‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 89 sur 593 · ARAIGNÉES · texte numérisé non relu

ARAIGNÉES

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seux et jaunâtre, couvertes de petits points noirâtres. Ce sont des loges de Dcmodex, qu'il est facile de faire sortir par la pression. On se débarrasse aisément de ces parasites de la peau par un lavage à l'eau de savon un peu caustique, comme celle du savon noir, ou mieux par des lotions avec des alcoolats de toilette, comme l'eau de Cologne ou l'eau de Botot. [Maurice Girard.]

AIlAIGMii;s ou scientifiquement Aranéides (Ordre des). — Zoologie, XXV. — Sous ce nom se trouve compris l'ordre le plus élevé de la classe des Arachnides, non pas seulement par son organisation, mais par ses instincts, nous dirons presque ses lueurs d'intelligence, ses ruses de chasse et les pièges soyeux si variés qui servent aux araignées il capturer leurs victimes, et qui leur ont valu leur nom tiré du grec etconsacrépar lalégende mythologique. Arachné avait surpassé Minerve dans l'art de tisser à la navette les plus riches dessins. Outragée et frappée par l'irascible déesse, la jeune artiste se pendit de désespoir ; Jupiter la ht revivre sous la forme de l'araignée, afin qu'elle pût continuer éternellement à filer et à tisser;

Nous ne répéterons pas les caractères des Arachnides ; nous indiquerons seulement les modifications spéciales h la classe des Aranéides. Le céphalothorax présente en dessus une plaque coriace nommée bouclier, large h sa partie moyenne et rétrécie en avant, où elle se recourbe pour former un rebord frontal sur lequel sont placés les yeux, généralement au nombre de huit, parfois seulement au nombre de six, et dont les grandeurs et la disposition relative varient suivant les genres et sont en rapport avec les habitudes et le mode de vie de l'araignée ; en arrière le bouclier est déprimé et plus ou moins échancré au-dessus de l'insertion de l'abdomen. En dessous du céphalothorax se trouve le plastron, offrant des échancrures latérales pour l'insertion des pattes. En avant du bouclier céphalothoracique sont les chélicères. Ce sont les analogues des antennes, mais d'un usage tout différent, car elles sont munies d'un crochet à venin pour tuer les victimes. Puis viennent les premiers appendices du thorax, les pattes-mùdioires, servant à saisir et à déchirer la proie. Leur tarse ou article terminal porte seulement chez la femelle deux petits crochets simples et rétractiles. Chez le mâle cet article se renfle en une large cupule renfermant un crochet considérable. Ces deux cupules renflées des bouts des pattes-mâchoires font tout de suite reconnaître les mâles des araignées, qui sont beaucoup plus rares que les femelles; ils sont aussi en général bien plus petits et semblent avoir une existence assez malheureuse, car les araignées, qui sont des mères tendres et dévouées, sont d'ordinaire des épouses très cruelles, rendant fréquemment les mâles victimes de leur voracité féroce.

L'abdomen est attaché au thorax par un pédicule cylindrique. Sans annulations, il est le plus souvent ovale, renflé, variablcmont allongé, plus ou moins arrondi, plus gros en avant qu'en arrière, tout à fait globuleux dans quelques genres, triangulaire dans d'autres, enfin ofl'rant parfois la partie postérieure la plus large et la plus grosse. La face ventrale de cet abdomen est le plus souvent plane ; sa partie antérieure porte une ou deux paires d'opercules ou plaques larges qui recouvrent les orifices respiratoires ou poumons (trachées aplaties et groupées en lames multiples dans des cavités spéciales) ; entre ces opercules et au milieu de l'espace qui les sépare se voit une ouverture arrondie, orifice des organes reproducteurs et par où sortent les œufs. La partie postérieure du dessous de l'abdomen présente l'ouverture anale placée au milieu d'un petit chaperon et entourée d'appendices destinés à donner passage à la soie et pour cette raison

nommes filières. Il sera très facile de voir, môme îi l'œil nu, tous les organes que nous venons de décrire, en prenant une araignée des maisons à toute sa taille (tégénaire) ; ou mieux encore une grosse araignée de jardin (épeire) ; pour se soustraire aux morsures des chélicères, au reste à peu près inofi'ensives pour l'homme, et surtout pour paralyser les mouvements qui rendent l'observation difficile, il faudra tuer ou engourdir l'araignée par l'alcool ou le chloroforme.

Les filières sont de petits mamelons articulés, disposés en couronne et par paires autour du chaperon anal. Ils semblent tronqués à leur extrémité, et, si on soumet celle-ci au grossissement du microscope, on reconnaît que c'est une membrane molle et percée, comme un crible, d'une infinité de petits trous. La matière soyeuse sort de ces trous sous forme d'une petite gouttelette qui ne peut toucher un objet sans s'y fixer et y produire un fil que l'araignée tend en s'éloignant de ce point. Ainsi le fil de l'araignée, dont on admire la finesse, est formé par la réunion de centaines de filaments invisibles, simples d'abord et accolés ensemble après leur sortie de l'organe. Les filières sont au nombre de six ou de quatre et inégales de grandeur. Les unes sont destinées à filer les pièges de chasse, tandis que les autres donnent une soie difTérente, plus douce, servant à faire de moelleux cocons blancs, jaunes, verts, etc., dans lesquels reposeront les œufs de l'araignée. Beaucoup d'espèces cachent ces cocons dans des refuges propices et les surveillent avec vigilance; certaines les emportent dans leurs courses attachées sous le corps, et alors les petites araignées qui éclnsent grimpent souvent sur le dos de leur mère.

Les toiles de chasse sont dos plus variées. Il y a des araignées toujours errantes, sautant sur la proie qui passe (saltiques,lycoses, etc.) et chez lesquelles la soie né sert qu'à faire les cocons ; d'autres se cachent en embuscade dans des cellules tapissées de soie (mygales, atj'pes, scgestries, clubiones) et tendent seulement au dehors quelques fils isolés. La plupart des araignées font de véritables tissus continus et très variés, destinés à retenir les insectes au passage. Les uns sont irréguliers, à mailles lâches et entrecroisées (pholques) ; les autres se présentent sous la forme de larges nappes horizontales, ressemblant à des hamacs et artistement travaillées (tégénaires) ; les autres enfin, suspendus verticalement à travers les allées de nos jardins, sont formés de rayons et de cercles concentriques, dont la régularité et la précision de tr.-ivail sont toujours un sujet d'étonnement (épeire). Les filières servent à fournir la matière des tissus ; mais elle est assemblée par les bouts des pattes ou tarses, qui sont munis de poils raides, de peignes, de cardes, ustensiles de filature d'autant plus compliqués que les toiles sont plus parfaites.

L'examen dos tarses à de fortes loupes permet de reconnaître si les araignées sont des tisserands plus ou moins industrieux et ont fait donner aux pattes des espèces à réseaux bien travaillés le nom de piedstisseurs; on voit les araignées occupées îi ajuster les uns aux autres avec leurs tarses les fils qui sortent des filières. On peut dire que la sécrétion de la soie joue un rôle continuel dans la vie des araignées; son usage intervient îi tous les instants de leur existence. La soie sert aux araignées îi marcher sans se heurter sur les corps les plus âpres, à se maintenir sur les plus lisses, à se précipiter à terre sans secousse sur le sol pour échapper aux ennemis, à tendre de longs fils au bout desquels elles se balancent pour atteindre un point éloigné, souvent avec l'aide du vent, à bâtir les coques d'abri, ;\ tisser les toiles et les pièges sans lesquels elles périraient de faim. Dans le combat, c'est encore avec des fils que l'araignée enbce et garrotte

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son adversaire, et ce sont enfin des fils qui, au moment de la ponte, servent à fabriquer soit des sacs feutrés et imperméables à l'eau où reposent les œufs, soit de moelleux édredons qui les enveloppent et les protègent contre le refroidissement nocturne.

Les œufs, en sortant des ovaires, ont la forme de petites sphères très polies et lisses; quand il n'y a pas de cocons, comme chez les pholques, ils sont couverts d'une matière visqueuse qui les fait adhérer ensemble en un petit paquet que la mère tient sous le plastron, entre ses pattes-mâchoires. La plupart des araignées font des pontes successives, de huit jours en huit jours, et entourent chaque ponte d'un cocon spécial, tissé pour elle. Au bout d'un mois environ, selon la température, les jeunes araignées brisent la coque de l'œuf. Elles sont alors entièrement blanches et ont les pattes réunies et accolées sous le ventre: au bout d'une huitaine de jours environ a lieu une première mue qui rend libres tous les appendices ; alors les petites araignées se hâtent de sortir du cocon. Dans beaucoup d'espèces, elles se dispersent, et chacune choisit la place de sa demeure future; dans certaines espèces elles restent encore ensemble quelque temps, soit sur le dos de la mère, soit formant ces pelotons de petites araignées si communes dans les jardins. C'est en automne que se fait l'éclosion du plus grand nombre des araignées. Lors de la dispersion des jeunes, toutes ces petites araignées laissent des fils sur leur passage, couvrant le terrain et les troncs d'arbres de leurs filaments innombrables et tellement fins qu'ils ne sont visibles que lorsqu'ils réfléchissent la lumière du soleil. C'est aussi à cette époque que le vent promène de toutes parts des filaments accolés et des flocons de ces fils, blanchis par la rosée, et qui forment ces fils de la Vierge si abondants dans les campagnes.

Les araignées sont ornées à la région dorsale de pigments de couleurs variées et elles ont d'habitude des teintes en rapport avec celles des objets sur lesquels elles doivent passer leur existence ; c'est là une harmonie d'imitation fréquente chez les animaux et qui sert à dérober l'araignée à la vue des insectes dont elle fait sa proie, comme aussi à celle des pompiles et des pélopées (Hyménoptères fouisseurs), qui emportent les araignées dans leurs terriers comme provision pour leurs larves, et de divers Hyménoptères entomophages qui viennent pondre dans leurs corps et surtout dans leurs cocons à œufs ; ce sont les vengeurs de la race des insectes. Les araignées qui vivent dans la corolle des fleurs (thomises) sont parées de couleurs rouges, jaunes ou violettes ; celles des vergers et des jardins (épeires, tliéridions, attes) ont des couleurs et des dessins variés; les sparasses, qui chassent au printemps sur les gazons, sont d'un vert émeraude. Les espèces établissant leurs toiles dans des endroits obscurs, les grottes, les caves, les celliers, les écuries, les granges, etc., ont des teintes foncées et uniformes (tégénaires, ségestries, drasses) ; celles qui se cachent sous l'écorce des arbres ou dans des trous en terre, comme les clubioncs, les mygales, les atypes, sont brunes, plus ou moins rougeâtres ou verdàtres ; les lycoses, les philodromes, les dolomèdes, qui courent à terre, ont la couleur du sable ou des feuilles sèches.

Les araignées ne peuvent pas absorber de matières solides et ne vivent que de sang et de sucs animaux; elles rejettent les parties dures et desséchées de leurs victimes et sont capables de supporter des jeûnes de plusieurs mois, même en été, surtout chez les espèces sédentaires, obligées d'attendre une provende qui ne vient parfois qu'à de longs intervalles ; souvent l'araignée est obligée, par la faim, de quitter une place mal choisie et de

tenter la fortune en des lieux plus propices. C'est dans ces moments de famine que les femelles dévorent leurs mâles ou se mangent entre elles ; c'est ce qui empêche de faire travailler, en société, les araignées, comme on en a eu la pensée, afin d'utiliser les toiles et surtout les cocons à œufs de certaines espèces. Si l'on rapporte chez soi des araignées, pour l'étude ou la collection, il faut placer chacune dans un tube de verre séparé ou dans un cornet de fort papier, sous peine d'un prompt carnage dans lequel les plus faibles succombent.

Les araignées, en raison de leurs mœurs carnassières, sont des Articulés éminemment utiles et dont on doit protéger l'existence, en recommandant de ne pas les écraser et de respecter leurs pièges de chasse ; il n'y a d'exception que pour les grosses espèces qui se trouveraient dans le voisinage des ruches, car elles détruisent des abeilles capturées dans leurs toiles.

Espèces d'Araignées dont l'étude est à recommander en raison de leur utilité ou de leurs mœurs curieuses :

1° Araignées des maisons. — Les araignées qui habitent nos demeures d'une manière exclusive ou accidentelle, et qui nous délivrent d'un grand nombre d'insectes nuisibles de divers ordres, appartiennent à des genres difi'érents.

Les Tégénaires construisent dans les angles des murs et entre les solives des plafonds de larges toiles enfoncées dans leur milieu et en forme de hamacs, s'étendant parfois sur toute la largeur d'une fenêtre, qui sont d'abord d'un blanc éclatant, mais ne tardent pas à se couvrir de poussière. La vie des tégénaires est sédentaire et se passe dans un tube soyeux placé à l'un des angles de la toile, d'où elles guettent les insectes qui y tombent et les entraînent dans leur tube pour les sucer. Pour la ponte de leurs œufs ronds et d'un blanc mat, laquelle se fait en été, les tégénaires de nos maisons filent d'abord un flocon de soie d'un beau blanc et l'entourent d'un sac de fils bruns et lâches lesté avec des graviers et des débris d'insectes et attaché avec de nombreux fils dont certains communiquent à la toile. Les œufs sont alors pondus et enveloppés d'un cocon de soie fine et transparente que l'araignée transporte au centre du flocon. Elle en ferme l'ouverture, et, abandonnant sa grande toile et son tube, se pose sur le sac aux œufs, qu'elle surveille constamment jusqu'après la sortie de sa progéniture. Deux tégénaires vivent ainsi dans nos maisons. Lune atteint dans sa grande vieillesse, qui peut, dit-on, dépasser sept ans, une longueur de •,; centimètres et est la plus grande araignée des environs de Paris. C'est l'Araignée domestique {Tegenaria doinestica, Linn.), à pattes longues et grêles, à couleur grise et obscure. Une autre espèce, de plus petite taille et d'une couleur brune plus vive, l'Araignée civile Tegenaria civilis, 'Walckenaër), a les mêmes habitudes. J'ai vu des tégénaires venant sucer des gouttes de sang humain sur les parquets ou dans une cuvette. Il faut, autant que possible, ne pas enlever les toiles des légénaires dans les celliers, les granges, les écuries, les étables, les bergeries, etc., car elles détruisent les mouches domestiques, les mouches nuisibles aux grains [Chlorops, OsciJiis), celles qui tourmentent le bétail, les œstres, les hypodermes, les céphalémyies.

On voit souvent pendre aux plafonds et aux corniches des chambres des fils très-gluants fixés aux deux bouts, entrecroisés en tous sens et sur plusieurs plans. Se tiennent au milieu de ces fils des araignées à pattes extrêmement longues , ténues comme des fils, ressemblant à celles des faucheurs, à petit corselet circulaire, à long abdomen tronqué en arrière, à mouvements lents et d'une couleur blanc-grisâire. Ce sont les Phol-

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ques {Pholcus phnlnnqoides, Walk.), se secouant par fortes saccades dès qu'un insecte se prend dans la toile, ou dès qu'on y touche. Dès qu'une mouclie s'est collée aux fils gluants, le pliolque s'avance lentement au-dessus d'elle, puis, se soutenant au moyen de ses six grandes pattes antérieures, l'enlace de fils nombreux comme d'un maillot, fils que ses pattes postérieures portent avec régularité des filières de l'araignée à la mouche. Puis le pholque fait monter la mouche jusqu'à sa bouche au moyen de la troisième paire de pattes, l'applique sous son corps, la suce pendant plusieurs heures, détache ensuite le cadavre qu'il laisse tomber, de sorte que ses fils ne sont jamais souillés par les dépouilles des victimes. Les pholques femelles collent sous leur plastron leur paquet d'œufs agglutinés entre eux et sans cocon, le maintenant ainsi pendant tout le temps que mettent les jeunes à éclore et à se développer; la mère ne sort pas de sa toile, ne fait aucun mouvement, négligeant même de prendre de la nourriture jusqu'à ce que le sort de sa postérité soit assuré.

On trouve encore dans les maisons, aux angles des murs, aux corniches, dans les armoires abandonnées, entre les interstices des poutres, des toiles très-lâches et à fils isolés pendants, tissées par un Théridiondit Xx\a.r)g\x\iîkve [Theridion trimiguliferum, Walck.), petite araignée à abdomen renflé et luisant comme s'il était verni, d'un brun violacé, orné de trois lignes blanches formées par de petits triangles à la suite les uns des autres. Lourde et lente, elle se laisse prendre sans résistance en simulant la mort. Elle pond au printemps et en été, à divers intervalles, garnissant un coin de sa toile d'une série de cocons d'un tissu transparent et pleins d'œufs ovales, et reste auprès de ces précieux dépôts, qu'elle surveille avec attention.

Un autre Théridionide, la Dictyne civique {Dictyna civica, H. Lucas), à céphalothorax noir, à abdomen gris avec une ligne de triangles noirs au milieu, établit des toiles en fils rayonnants et au milieu desquelles elle se tient sur les murs rugueux et non badigeonnés des maisons. Bientôt ces toiles, couvertes de poussière, ressemblent à des taches de boue desséchée de la grandeur d'une pièce d'argent de cinq francs. Les murs en moellons ou en pierre de taille des maisons de Paris sont parsemés de ces toiles maculées.

'1" Araignées des céréales, des prairies, des vignobles, des vergers et des jardins. — On trouve en grande abondance dans tous les jardins deux Clubiones. L'une a le corselet et les pattes d'un blanc jaunâtre et l'abdomen d'un gris bleuâtre velouté et argenté : c'est la Clubione soyeuse [Clubione holosericca, Latreille) ; l'autre, avec l'abdomen rougeâtre, est la Clubione amarante [Clubione aniaranta, Latr.'. Ces espèces vivent sur les feuilles des arbustes et des plantes basses des jardins, entre les pétales des fleurs, sous les pierres et sous les plâtras des vieux murs, aussi bien que sous l'écorce à moitié détachée des arbres ; parfois, mais rarement, à l'intérieur des maisons champêtres peu habitées, particulièrement au haut des rideaux ou dans les armoires abandonnées. Ciiaque clubione se file une coque en forme de cellule oblongue ou de tube allongé d'une soie très fine et très blanclie, toujours fort propre. L'habitation a une ouverture par où sort l'araignée, soit pour la chasse, soit pour fuir si on attaque sa demeure. Elle se laisse alors tomber à terre sans se pendre à un fil, reste immobile quelques instants, puis se sauve avec rapidité pour aller construire ailleurs une autre co(|ue d'abri. En automne, on ne peut pas agiter une branche de lilas dans un jardin sans voir tomber plusieurs clubiones de ces deux espèces, ordinairement gîtées entre les feuilles et

les fruits de cet arbuste. (;hez les clubiones, les mâles et les femelles sont de même taille, et par suite font bon ménage. Au mois de juin, chaque coque renferme à côté l'un de l'autre un mâle et une femelle sépares par une cloison de soie. En juillet, la femelle restée seule enferme ses œufs dans un cocon aplati d'une soie lâche, déposé dans la coque, et devient alors hardie et courageuse pour défendre sa progéniture ; alors, au lieu de fuir si on déchire sa coque, elle mord violemment son ennemi.

On trouve au printemps et en été une autre clubione, dite nourrice [Cheiracanthium nutrix, Walck.), dans les champs d'avoine, dans les prairies, etc.. à corselet d'un jaune orangé chez la femelle, d'un riche vert rougeâtre chez le mâle. Ils vivent côte à côte dans une coque blanche, balancée par le vent et exposée à la pleine lumière du soleil, placée au haut des épis maintenus courbés en demi-cercle par des fils de soie. Cette retraite, d'où les clubiones sortent pour attaquer avec courage les insectes les plus vigoureux, ressemble au nid du mulot des moissons ou à celui de certaines chenilles sociales. Le cocon à œu.fs est placé dans le nid où les œufs éclosent en automne, la mère défendant ses petits comme elle protégeait les œufs.

Un certain nombre de Théridionides nous rendent de grands services en raison de leur abondance. Du printemps à la fin de l'automne on rencontre dans les endroits abrités, sur les murs à l'ombre, sous le rebord des toits, à l'intérieur des buissons, le Théridion sisj'phe (Theridioîi sisyphiis, Walck.), dont la femelle, à abdomen énormément renflé, est variée de noir, de rouge et de blanc; le mâle, fort difi'érent et beaucoup plus petit, est entièrement noir. Ce théridion reste à l'affût, les pattes repliées sous le ventre, au milieu d'une toile assez lâche. Au moment de la ponte, la femelle fabrique en ce milieu une coque de soie jaune, qu'elle solidifie avec des feuilles sèches, du gravier, des grains de plâtre, destinés à la cacher, et elle dépose à l'intérieur ses œufs enveloppés d'une soie rougeâtre très serrée ; la mère, couchée sur cette coque, la garde avec vigilance et déchire avec ses chélicères l'enveloppe de soie serrée au moiuent où les petites araignées sortent des œufs. Une autre espèce, le Théridion à nervures ('/'. nervosum, Walck.), dont l'abdomen est rayé de fines lignes noires, établit sa toile en longs fils brillants, non plus dans les lieux abrités, mais à découvert dans les bois et dans les champs, se plaisant à l'extrémité des hautes herbes, sur les genêts, les bruyères, etc. Au sommet de la toile le théridion se construit un petit dôme d'abri, d'une soie forte et blanche, recouvert de débris de feuilles et do pétales desséchés. Il y pond ses œufs dans un petit cocon sphérique et verdâtre, l'entoure de ses pattes dès que l'on touche à la toile, et l'emporte si on le poursuit.

Un véritable protecteur de nos vignobles, détruisant beaucoup de pyralcs de la vigne et de la grappe (autre espèce très nuisible), est le théridion bienfaisant {Dicti/na benigna, Walck.'. C'est une petite araignée très commune, de couleur sombre, le gros abdomen de la femelle offrant au milieu une partie foncée qui se détache sur un fond gris. D'un courage excessif, elle attaque tous les insectes destructeurs qui viennent sur les feuilles et les fruits pour les dévorer ou pour pondre des œufs d'où sortiront des larves funestes. La femelle est lente et sédentaire ; le mâle, tout noir et à longues pattes, ressemble à une fourmi. Il est toujours errant et saisit les insectes à la course. Au mois de juillet il se place sur la toile lâche de la femelle à côté d'elle dans une coque de soie très fine; peu après, la femelle, dont l'abdomen gonfle d'œufs est devenu énorme, pond cinq ou six paquets d'œufs, dans des cocons jaunes au dehors, très plats et

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collés sur les feuilles. Il faut bien se garder de détruire les toiles et les œufs de ces précieux auxiliaires. En effet ils choississent pour faire leur toile les feuilles des plantes peu élevées, les fleurs de rosier, de sureau, de lilas, etc., la surface des poires et des pêches, les tapissant de fils lâches et irréguliers croisés en tous sens, au milieu desquels se tient la femelle, les pattes relevées et regardant en haut. Il n'est personne qui, en mangeant du raisin, n'ait remarqué, et peut-être même avalé quelques-unes de ces petites araignées, car souvent chaque grappe en loge plusieurs individus, avec leurs toiles et leurs cocons.

Les araignées des jardins et des vergers par excellence sont les Épeires. La plus importante est lEpeire diadème (Epeira ou Neopora diadema, Walck.), d'une couleur jaune, plus ou moins rou-

Epeires diadènies mâle et femelle

geâtre ou noirâtre, selon les variétés, et dont l'abdomen est orné de petites tâches blanches disposées en croix, qui la font nommer par les jardiniers porte-ci'oix ou croix de Saint-Denis. L'espèce atteint tout son développement au mois de septembre; l'abdomen gonflé des femelles est énorme, et elles construisent ces grandes toiles en cercles concentriques, qui pullulent partout entre les branches des arbres fruitiers ou d'un arbuste à l'autre au milieu des jardins. L'épeire diadème se tient à côté de sa toile, dans un abri formé par plusieurs feuilles réunies par des fils de soie et d'oùpart un gros fil, sorte de câble se rendant au centre de la toile, et sur lequel l'araignée glisse, comme un trait, dès qu'un insecte qui vole s'est empêtré dans la toile. Si l'insecte est petit, elle l'entraîne dans sa retraite pour le sucer; s'il est gros, elle le suce sur place après l'avoir enroulé dans ses fils en le faisant tourner entre ses pattes, à la façon d'un rôti à la broche. En octobre les épeires pondent de gros œufs ronds et jaunâtres, enveloppés d'une épaisse bourre de soie d'un jaune doré, ces cocons étant mis à l'abri pour l'hiver sous les pierres, sous les toits, dans les trous de mur au midi, etc.. Les astronomes utilisent les fins fils de ces cocons, afin de former par leur croisement le réticule des lunettes astronomiques, donnant un point sensiblement géométrique pour relever la position des étoiles. La plupart des épeires adultes meurent aux premiers froids. Certaines passent l'hiver dans quelque creux abrité, et s entourent alors d'une coque de soie blanche sans ouverture, d'un tissu très serré. Les œufs des cocons éclosent à la fin du printemps ; avant de se disperser, les petites épeires, qui sont alors d'un jaune uniforme avec une tache noire au-dessus de l'anus, forment comme un gros flocon de leurs fils do soie associés et fourmillant d'araignées ; dès qu'on y touche, le flocon s'agite, grossit par l'écart de ses fils, et de petites épeires se sauvent detoutesparts.il faut recommander aux enfants de ne pas détruire " ces petites sociétés soyeuses, si communes dans les jardins.

3° Araignées maçonnes. — Nous avons dans l'extrême midi de la France deux représentants de la famille des Mygalides fort curieux par leurs mœurs et de grande taille, bien moindre toutefois que celle des Mygales tropicales. Ce sont en Provence et dans le midi du Languedoc la Mygale maçonne (Mygale cementaria, Walck.), en Corse et en Sicile la Mygale pionnière {Mygale fodiens, Walck.). Ces deux espèces, avec quelques autres, forment, pour M. Eugène Simon, le genre Mygalodonte, avec de

•Mygale pionnière.

très longues pattes-mâchoires concourant à la marche avec les autres pattes, et des chélicères portant à leur extrémité une série de pointes cornées, formant un râteau au moyen duquel ces araignées creusent la terre. En effet leur industrie consiste à creuser des puits, sur les coteaux arides et exposés au soleil, dont les parois sont maçonnées de grains de terre agglutinés. Le dedans de ce tube cylindrique est tapissé d'une fine soie blanche et il est fermé en dessus par un couvercle circulaire, également en terre maçonnée, et garnie en dessous d'un épais tapis de soie blanche. La mygale se tient dans son tube, le couvercle légèrement soulevé, prête à s élancer sur la proie qui passe. Si on cherche à la saisir, elle ferme l'opercule, et, si on veut le soulever, on éprouve une véritable résistance, car la mygale accroche ses griffes de devant dans une série de petits trous percés en cercle dans le tapis de soie du couvercle, et retient avec force l'opercule protecteur.

Les Atypes sont des araignées maçonnes, à industrie dégradée. Elles vivent dans des tubes creusés en terre et à parois gi-ossièrement maçonnées ; mais ces tubes n'ont pas de couvercle. Ils sont d'abord horizontaux, puis inclinés; tapissés de soie blanche , ils se prolongent au dehors en tuyaux de terre et de débris de branches, de mousse et de brins d'herbe, ayant parfois un décimètre. L'atype se tient immobile au fond de ce terrier, et y pond ses œufs en masse ovoïde, entourée d'une toile blanche et reposant sur un coussinet d'herbes sèches. L'espèce de France, habitant surtout les parties montagneuses du centre et de l'est, accidentelle près de Paris, est Vatype de Sultzer (Atypa Sultzeri, Latreille)^ d'une teinte noire, parfois bleuâtre ou rougeâtre.

4° Araignées d'eau. — Bien peu de personnes se doutent que des araignées peuvent vivre dans l'eau, et partageraient l'étonnement , et même peut-êti-e l'effroi, dont fut saisi l'abbé de Lignac, au milieu du siècle dernier, lorsque, en se baignant près du Mans, il se vit tout à coup entouré dune

ARBITRAGE

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multitude d'araignées. Il venait de découvrir ri4rgyronète [Argyroneta 07Ma^c«, VValck. ), qui se trouve dans les eaux froides des mares et des cours deau calmes de l'Europe septentrionale et moyenne,

ne paraissant pas s'étendre chez nous au sud de la Loire, et devenant rare parce (|ueles eaux sont trop fréquentées l't troublées.

( /est une arai- 1,'née d'un brun terne uniforme, revêtue d'un duvet qui retient une forte couche d'air, de sorte qu'elle séjourne et nage au sein de l'eau comme entourée d'une épaisse robe d'argent (d'où lui vient son nom), ce qui lui permet de respirer l'air en nature comme toutes les autres araignées et non pas l'air dissous dansreau,àla façon des crustacés et des poissons.

Elle donne la chasse aux insectes aquatiques qu'elle entraîne dans sa demeure, suce les insectes tombés par accident à la surface de l'eau, et même court sur le bord des mares en quête des insectes terrestres, mais a soin pour les manger de les entraîner toujours au fond de l'eau. Elle se file une très élégante cloche ovale, d'une belle soie blanche, une vraie cloche à plongeur, dont le dôme supérieur est plein d'air; des fils amarrent la cloche aux plantes aquatiques pour qu'elle ne monte pas au-dessus d'un certain niveau. Les oeufs, entourés d'un cocon clair comme une pelure d'oignon, sont conservés sous la cloche. Entre les grandes cloches des femelles sont, çà et là, des cloches plus petites appartenant aux mâles, dont la taille est moindre. Ceux-ci établissent des tunnels ou corridors soyeux par où ils se rendent aux cloches des femelles, ces tunnels étant trop étroits pour laisser passer la femelle, dont ils ont fort à craindre la férocité. On peut élever les argyronètes dans des aquariums de salon ; mais elles se mangent entre elles.

On consultera : Eugène Simon, Histoire naturelle fies Araignées; 1 vol. in-8". Paris, Roret, 1864. [Maurice Girard.]

ARBITRAGE INTERNATIONAL. — Histoire générale, XL. — {Etijm. : du latin arbiter, arbitre, juge.) — L'arbitrage est le mandat conféré à des tiers (nommés arbitres) par la volonté des parties pour juger sans appel un différend.

Nous n'avons pas à parler ici de l'arbitrage en matière de droit privé, mais seulement de l'arbitrage en matière de droit international.

C'est une idée bien simple que celle d'établir en cas de différend entre deux nations les mômes règles qu'on appliquerait entre de simples particuliers, c'est-à-dire de substituer le jugement d'un tiers éclairé et impartial à la lutte brutale et au droit du plus fort. Cette idée cependant n'a

Argyronètes sur une feuille de néniipliûr et sous l'eau dans la cloche.

prévalu que très rarement, et l'on ne connaît qu'un petit nombre de sentences arbitrales ayant réussi à prévenir ou à arrêter la guerre. Il est bon de signaler les plus importantes : cette histoire mallieureusoment trop courte de l'arbitrage international est une des pages significatives de l'histoire de la civilisation.

Arbitrages de Saint Louis. — Il faut remonter au règne de saint Louis pour trouver les premiers exemples d'arbitrage public. Louis IX avait acquis la confiance et le respect non-seulement de son peuple, mais du monde entier, par cet esprit d'équité, de droiture et de conciliation qui le mettait au-dessus de son siècle. La légende qui nous le représente jugeant sous le chêne de Vincennes les débats mômes des particuliers rend bien le sentiment public et l'opinion des contemporains, puisque, à maintes reprises, des seigneurs français et étrangers, des princes, des rois voulurent lui déférer leurs querelles et demandèrent à comparaître devant lui comme de simples plaideurs de Vinconnes.

C'est ainsi qu'il sut mettre un terme aux différends survenus entre les comtes de Chàlons et de Bourgogne, entre ceux-ci et Thibault V, comte de Champagne, entre les comtes de Bar et de Luxembourg. C'est ainsi qu'en l2G3il fut choisi pour arbitre entre Henri III d'Angleterre et ses barons révoltés à l'occasion de diverses chartes de liberté accordées, puis révoquées par le roi.

On peut même dire, — c'est ce qui frappa d'admiration ce monde habitué à la violence et à l'in ■ justice, — que Louis IX sut être arbitre dans sa propre cause, par exemple quand il se réconcilia avec le roi d'Angleterre en lui abandonnant une partie des provinces du Midi, avec le roi d'Aragon en lui rendant la Cerdagne et le Roussillon.

Arbitrages du pape. — Plusieurs fois pendant le moyen âge les papes jouèrent le rôle d'arbitres entre des princes ou des rois; quelquefois ils leur imposèrent ou la paix ou une trêve de longue durée ; souvent ils écliouèrent dans leur médiation.

Un r298, Philippe le Bel et Edouard I" roi d'Angleterre s'en remettent à l'arbitrage de Boniface VIII. Mais la bulle conciliatoire du pape fut tellement contraire aux intérêts de la couronne de France que Philippe le Bel, après l'avoir déchirée et jetée au feu en présence de l'envoyé de Boniface, la fit condamner par le parlement.

En 1319, le pape Jean XXII, choisi pour arbitre entre les Flamands et Philippe le Bel, parvint à arrêter une guerre qui durait depuis déjà vingt ans.

Arbitrages par des laïques. — En 1380, à la mort de Charles V, les trois oncles paternels du nouveau roi, Louis d'Anjou, Jean de Berri et Philippe de Valois prétendent, le premier à lautoritc sans partage, les deux autres à une part dans le gouvernement de l'État. La guerre civile est sur le point d'éclater, lorsque Jean Desmarets, avocat général au parlement de Paris, la prévint par une sentence arbitrale que les princes avaientdemandée et qu'ils respectèrent.

En 1570, le roi d'Espagne et les Suisses prennent des arbitres pour terminer leurs différends au sujet des limites de la Franche-Comté.

En 1613, l'archiduc d'Autriche et le duc de Wurtemberg soumirent à l'arbitrage du parlement de Grenoble leurs prétentions sur le comté de Montbéliard.

Projets de l'abbé de Saint-Pierre. — A la fin du xvni' siècle, un homme de bien, celui h qui l'on doit d'avoir introduit le mot bienfaisance dans notre langue, l'abbé de Saint-Pierre, développant jusqu'à l'utopie un beau rêve dont Henri IV paraît avoir eu la première idée, proposait d'établir un tribunal suprême des nations qui servirait d'arbitre permanent entre tous les peuples de l'Europe et assurerait la paix perpétuelle.

ARBITRAGE

Si ce rêve ne s'est pas réalisé, du moins quelques grands événements de nos jours semblent montrer que cette solution n'est pas toujours chimérique.

Sans nous arrêter à quelques arbitrages internationaux soumis au roi des Belges Léopold, sans insister non plus sur le conflit qui s'était élevé entre le Portugal et l'Angleterre relativement aux limites de leurs possessions réciproques en Afrique et qui fut réglé par M. Thiers en qualité de président de la République française, nous arrivons h celui qui en ces dernières années a le plus vivement préoccupé l'opinion publique.

Arbitrage international dans l'afj'aire de l'Ahibarna. — Pendant la guerre de sécession (c'est-àdire la guerre civile entre les États-Unis du Nord et du Sud), les confédérés du Sud avaient armé des vaisseaux qui portaient la terreur dans tous les parages de l'Atlantique, brûlant et coulant bas tous le; bâtiments de commerce appartenant aux États du Xord qu'ils rencontraient. Entre tous ces écumeurs de mer, un surtout, YAlabama, se distinguait par ses tristes exploits. Dans l'espace de deux mois il n'avait pas capturé moins de 22 navires américains, sur lesquels 19, représentant une valeur de plusieurs raillions de dollars, avaient été livrés aux flammes.

La conséquence de cette œuvre de destruction était double ; car si d'un côté elle ruinait le commerce de transport américain, de l'autre elle enrichissait ce même commerce en Angleterre. Or c'est l'Angleterre qui équipait et armait les corsaires confédérés; des matelots anglais s'embarquaient sur ces vaisseaux du Sud avec la connivence des officiers du gouvernement anglais et au mépris de la proclamation royale de neutralité.

Une circonstance survint qui montra combien était réelle, bien qu'inavouée, cette connivence de l'Angleterre. Le 14 juin 1864, VAlabama, cerne dans le port de Cherbourg par le Keursage envojé à sa poursuite, est obligé, pour sortir, de passer devant la corvette ennemie. Une bataille s'engage, VAlabama vaincu abaisse son pavillon et ne tarde pas à couler. Or un yacht de plaisance anglais se trouva précisément là pour recueillir les pirates et les enlèvera la juridiction fédérale.

Si le gouvernement de Washin2;ton ne voulut pas voir dans cet acte une violation de la neutralité promise, un casus belli, ce fut à cause de la lutte terrible dans laquelle il se trouvait engagé.

Mais quand, après la bataille de cinq jours qui livra Richmond aux troupes fédérales <3 avril 1865/ et entraîna la capitulation du général Lee, la guerre civile eut pris fin, alors les États-Unis se souvinrent des dommages causés à leur commerce et demandèrent satisfaction à l'Angleterre.

Des négociations s'engagèrent entre les deux gouvernements. Nous n'avons pas à suivre ici les diverses phases do ce débat que vint compliquer encore l'insurrection des Fenians protégés contre l'Angleterre par le gouvernement fédéral. Notons seulement le point en discussion. Les États-Unis prétendaient à des dommages « directs et indirects " et à la reconnaissance du principe de ces doramages; l'Angleterre ne voulait accorder qu'une indemnité pécuniaire réparant les pertes causées au commerce des États-Unis par la « négligence » de son ministre do la marine et dont le consentement ne porte en aucune façon atteuUe à son honneur.

La discussion, tantôt maintenue dans les termes du droit pur, tantôt prenant un caractère de gravité tel que l'on voyait la guerre près d'éclater, menaçait de s'éterniser, lorsque les deux parties résolurent par un traité signé à Washington (1871) de s'en remettre à la décision d'un tribunal arbitral compose par le roi d'Italie, l'empereur du Brésil et le gouvernement suisse.

Après bien des ajournements, causés par les exigences des États-Unis et les hésitations de l'Angleterre, les arbitres, réunis à Genève sous la présidence du comte Sclopis, représentant le roi d'Italie, en finirent avec la question de VAlabama. Ils décidèrent qu'une indemnité de 15 raillions et demi de dollars était due aux États-Unis par l'Angleterre ^loùt IST-.'). En donnant ainsi une part de satisfaction à chacune des deux parties, ils les mécontentèrent peut-être toutes deux, mais' ils empêchèrent deux peuples d'en venir aux mains et montrèrent par un éclatant exemple qu'entre peuples civilisés l'arbitrage est destiné à remplacer la guerre. [C.-F. Durand.]

, AIIBORICULTURK. — Agriculture, IX et XX. — [Etym. : du latin, culture des arbres.) — Ce mot indique tout ce qui se rattache à la culture des plantes ligneuses, arbres et arbrisseaux. Les arbres sont les végétaux dont la tige ou tronc s'élève î» une certaine hauteur sans se ramifier, vit pendant de longues années et acquiert un diamètre souvent considérable. Les arbrisseaux présentent une tige moins volumineuse, ramifiée dès sa base. Ils vivent, en général, moins longtemps que les arbres.

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