IMAGERIE SCOLAIRE
cartes ou des tableaux étaient criardes ou brutales- les compositions, empruntées à 1 histoire ou à la vie familière, d'un dessin trop incorrect, d un barbouillage trop hideux. Assurément, en se reportant à ce que l'imagerie d'Epinal nous montrait
IMAGINATION
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fl V a une vingtaine d'années, on ne saurait méconnaître qu'un certain progrès général ait ete accompli Mais, en regardant ce qui se fait aujourdhui hors de chez nous, en particulier ce qui s est fait en Angleterre, la Commission ne peut croire que nos éditeurs français ne puissent arriver à mjeux satisfaire les exigences du goût. Avec un peu de patience et de persévérance, elle est convaincue qu'il dépend d'eux d'atteindre à de tout autres irésultats. Elle tient à dire aux éditeurs qu a son avis ils se trompent, en appelant, en général, de préférence des artistes médiocres à composer les modèles qu'ils destinent à l'imagerie de nos écoles. Sans doute, les artistes de valeur voudront être payés plus cher ; mais aucun artiste n'a trop de talent pour servir de maître à l'enfance. Elle pense que les éditeurs se trompent aussi en cherchant la complication des couleurs dans la chromo-lithographie ou la chromo-typie: des teintes plates en petit nombre, franches et choisies avec goîit, approcheront plus près de l'art qu'aucun bariolage de couleurs. Les Japonais nous l'ont bien montré. . c •
» Quant aux sujets de ces images, ils sontinfinis comme la vie et la nature elle-même : nos fleurs et nos fruits, notre industrie, nos travaux de la ville et de la campagne, les monuments, les scènes de l'histoire, la reproduction des ouvrages de l'art, tout est à sa place dans l'imagerie scolaire, tout a son utilité. Un des plus vifs regrets de la Commission a été de trouver trop rarement des compositions historiques qui lui parussent dignes de vous être recommandées. L'éditeur qui apprendra à l'enfant à mieux aimer la patrie, en racontant aux yeux ses grandes joies et ses grands deuils, aura bien mérité de l'éducation natioïiale.
» Si la Commission a dû constater 1 insuffisance de la plupart des modèles qui lui ont été présentés, elle ne s'effraie pas toutefois de cette insuffisance. Rien ne serait plus injuste que déjuger ce qui sera bientôt d'après ce qui est. L'introduction de l'art dans l'école, sous la forme de l'image, est encore chez nous presque une nouveauté. La Commission est persuadée que le mouvement imprimé ira vite croissant. Elle invite nos éditeurs classiques à se mettre h. l'œuvre. Elle a confiance dans l'intérêt bien entendu pour stimuler leur zèle. Avant peu, elle en est convaincue, ils rivaliseront pour produire de beaux moulages, de belles gravures, de bonnes photographies dignes do trouver place dans les musées d'art scolaires, ou d'être décernés en prix aux élèves, des images élégantes pour la décoration des murailles, ou les récompenses scolaires. »
Les propositions de la Commission relatives à l'architecture des maisons d'école, à la décoration de la salie déclasse, aux musées scolaires artistiques, à l'emploi des projections lumineuses, ne sauraient trouver place dans cet article. Nous nous bornons ici à mentionner les résolutions qui concernent l'imagerie scolaire proprement dite. En voici le texte :
» L L'imagerie scolaire comprend les estampes ou photographies destinées à être distribuées comme prix, accessits, bonnes notes, bons points ou autres récompenses.
» 11. Ces estampes ou photographies pourront être commandées directement ou olKu^ios parmi les spécimens présentés par l'industrie privée.
»11J. Une Commission spéciale et permanente est chargée d'examiner ces derniers au point de vue des souscriptions dont ils pourront être l'objet do
la part du ministère de l'instruction publique. La Commission indiquera aux artistes et aux éditeurs dans quel sens leurs efforts devront être dirigés.
» IV. Chacune des estampes ou photographies adoptées par la Commission pourra être revêtue de la mention: Honorée d'une souscription du ministère de L'instruction publique, à la condition, toutefois, de joindre à cette mention la date à laquelle la souscription aura été accordée.
» Prix et accessits. — l°Les estampes et photographies destinées aux prix et aux accessits devront reproduire, aiitant que possible, des œuvres d'art consacrées par l'admiration générale. On s'attachera, de préférence, aux compositions qui unissent l'intérêt du sujet à la perfection du style.
» 2" Les prix consisteront en un portefeuille renfermant plusieurs estampes, ou bien en une estampe unique destinée à être encadrée.
» 3° A côté des chefs-d'œuvre de la peinture, on admettra ceux de l'architecture, de la sculpture et des arts décoratifs.
» Ces dernières reproductions devront, de préférence, être appropriées aux industries d'art spécialement représentées dans chaque région.
)>4''Les accessits comprendront des estampes en plus petit nombre ou d'un format plus réduit.
» Bonnes notes et bons points. — Dans le choix des bonnes notes et des bons points, on tiendra compte principalement des besoins de l'enseignement et de l'éducation. »
Un comité permanent, chargé d'examiner les spécimens présentés pour la décoration des écoles, l'imagerie et les musées d'art scolaires, a été institué, conformément au vœu de la Commission, par l'arrêté ministériel du V juillet 1881. Il se composait originairement de sept membres, sous la présidence de M. E. Guillaume, de l'Institut. Mais l'abondance et la variété des sujets présentés ayant fait sentir la nécessité du concours d'un plus grand nombre de juges compétents, un nouvel arrêté du 18 juillet 1882 a reconstitué ce comité, qui se compose actuellement de dix-neuf membres.
[A. Gresse.]
IMAGINATION. — L'imagination est la faculté que possède notre esprit de se représenter des images, indépendamment des impressions que fait en même temps sur lui le monde extérieur.
La source première et naturelle des images que notre esprit peut se représenter, ce sont les impressions extérieures que nous avons éprouvées précédemment ; en un mot, ce sont les souvenirs :
... Quiconque a beaucoup vu Peut avoir beaucoup retenu.
Chacun de nous a. dans son passé, une multitude de souvenirs qui constituent le lot de son expérience individuelle et peuplent son imagination.
A ce premier degré, l'imagination ne se sépare pas encore de la mémoire. Elle ne fait pas autre chose que de conserver la trace, l'image d'un passé qui fut un instant réel et qui n'est plus représenté qu'en elle. Cette mémoire imaqinative n'est particulière à aucun de nos sens. On peut dire, en l'entendant ainsi, qu'il y a une imagination du toucher aussi bien que de la vue; elle enregistre, emmagasine et, au besoin, évoque les pensées anciennes aussi bien que les sensations disparues. Bon nombre de philosophes, dans les deux derniers siècles, n'attachent guère d'autre signification au terme d'imagination, et cela est important pour l'intelligence des textes qu'ils nous ont laissés. Ils y voient comme une faculté
IMAGINATION
IMAGINATION
intermédiaire entre l'esprit et les clioses, capable de saisir et de fixer les formes et les apparences du monde extérieur, participant de la fatalité à laquelle il est supposé soumis et suscitant aveuglément les représentations dont elle est la servile dépositaire.
Mais l'imagination n'est ni toute passive, ni toute subordonnée à la mémoire. Dans la mémoire même, nos souvenirs ne se conservent pas avec une parfaite intégrité. Ils deviennent confus, obscurs, embrouillés; ils subissent une déformation qui n'est pas seulement l'œuvre du temps et le fait de l'infirmité humaine. Ils sont modifiés par la tournure même de notre esprit; certains d'entre eux sombrent et d'autres s'avivent. Il y a des mémoires partielles que nous avons et d'autres que nous n'avons pas. Les souvenirs que nous gardons, nous finissons toujours par les accommoder plus ou moins avec nos illusions et avec nos pensées ; ils se teignent et se colorent, pour ainsi dire, un peu de l'état actuel de nos âmes. Il y a 15, une première raison d'ordre naturel et inévitable pour que notre imagination ne nous offre jamais deux représentations tout à fait identiques et pour que le monde des réalités intérieures qui ressuscite à sa voix ne soit pas l'image exacte des réalités du monde extérieur.
Outre cette déformation plus ou moins consciente que subissent nos souvenirs et dont les limites sont assez étroites, notre imagination, vraiment active cette fois, peut imposer un remaniement voulu et considérable à tous les éléments qu'elle rencontre déjà formés dans l'esprit. Non seulement nos idées, dans notre mémoire, s'altèrent et se métamorphosent; mais l'esprit lui-même peut s'ingénier à changer ses idées, à les combiner sous des rapports nouveaux, et à créer ainsi des idées véritablement nouvelles. C'est là ce qu'on appelle plus ordinairement et plus proprement la faculté d'imagination, ou l'imagination créatrice.
Môme dans ce cas, elle ne crée rien d'une manière absolue. Un tel acte n'est pas d'un pouvoir humain et naturel. Si nous ne disposions pas d'une foule de connaissances préalablement acquises et d'idées antérieurement reçues, il nous serait impossible d'en imaginer aucune par nousmêmes Mais grâce au trésor des expériences déjà faites, nous pouvons augmenter encore la richesse de nos pensées. Nous remarquons ou nous inventons des relations jusqu'alors inconnues et imprévues, et aussitôt une idée qui ifavait pas encore vu le jour se forme et prend naissance, fille de notre esprit.
Dans l'exemple, classique en psychologie, de la conception de la chimère, comment a dû procéder l'imagination des peuples et des poètes? Elle a négligé et, pour ainsi dire, laissé tomber celles des parties du corps des animaux qui ne devaient pas entrer dans la composition de l'être fantastitique. L'imagination a dénaturé volontairement ses connaissances et ses souvenirs, comme l'eût fait une mémoire infidèle ; mais elle a rapproché les divers organes dont elle avait fait choix et elle les a combinés sur le plan du monstre étrange qu'elle avait conçu. Il est bien sa création, quoiqu'elle en ait emprunté çà et là les éléments.
De môme le statuaire emprunte à la nature les formes qu'il modifie et qu'il harmonise, pour les rendre conformes à son idéal. Le peinlre ne crée
Sas les couleurs, mais il les arrange et les cooronne, pour leur faire exprimer le modèle intérieur qu'il porte dans son esprit. Le musicien n'a pas inventé les sons, .mais il les « compose », pour en tirer les chants qui, vaguement entendus en lui, doivent aller toucher à l'âme les autres hommes et faire tressaillir les échos qui dorment en eux.
Cette puissance extraordinaire qu'elle a de créer en quelque manière fait à la fois la grandeur et la misère de l'imagination. Malebraiiche lui donue le nom pittoresque de « folle du lof^is », et Pascal l'appelle a une maîtresse d'ern ur et de fausseté. » Dans la pédagogie, presque toute littéraire, à laquelle a été voué l'enseignement secondaire en France depuis environ trois siècles, les exercices d'imagination tenaient une grande place. On enrichissait la mémoire des enfants avec beaucoup de passages des plus grands écrivains, puis on leur demandait de faire, à l'aide de ce fonds de connaissances, des compositions latines ou françaises dont ils devaient imaginer la forme et les détails, trop souvent aux dépens do la vérité et de la vraisemblance.
Aujourd'hui, la tendance évidente des maîtres de l'éducation est de faire surtout appel aux facultés d'observation exacte. Cette tendance est excellente et justement inspirée par la science, qui fournit à la fois le programme et la méthode de l'éducation nouvelle. Toutefois il ne faudrait pas que l'élève fût réduit à un rôle passif et purement réceptif d'observateur. La pédagogie d'un pays libre doit faire plus que jamais appel à l'initiative, et, si les sciences doivent fournir les éléments de pensées solides, il doit y avoir pour l'élève un constant aiguillon d'activité dans des exercices ouverts à son ingéniosité originale, à son esprit de ressources, de trouvailles et d'invention, à ses facultés artistes de composition et de mise en œuvre.
Si nous avons exactement décrit plus haut l'imagination, on a pu voir qu'elle n'est autre chose, en somme, que l'esprit en travail. Ainsi bien comprise, elle reste la plus respectable, la pius haute et la plus précieuse des facultés humaines. Il ne faut que la régler par la raison, pour la préserver des folies. Investigatrice et créatrice, elle demeure l'instrument de toutes les inventions et de tous les progrès. C'est trop restreindre son domaine que de l'exiler dans les pays pourtant si vastes du rêve, de l'art et de la fantaisie esthétique. Elle ne se contente pas de découvrir toutes les fiirraes ignorées de la beauté. C'est elle qui fournit au savant les hypothèses hardies qui seront demain la vérité. Il y a de limagination jusque dans la vertu et dans les combinaisons délicates qu'invente chaque jour le bien pour se répandre et demeurer discret.
Les enfants sont plus sensibles que les hommes aux fables de l'imagination poétique et narrative. Ils aiment les contes et non les moins merveilleux. Leur propre imagination les anime de couleurs d'autant plus vives qu'ils connaissent moins la réalité et sont moins disposés à juger des choses d'après cette mesure. D'excellents esprits se sont effrayés pour eux de cette disposition à se forger des chimères; ils voudraient, dès ce jeune âge, les préserver de toute illusion, en ne les instruisant qu'à lécole de l'expérience la plus positive.
Craignons plutôt de vouloir imposer à de jeunes esprits la psychologie de nos âmes désabusées. Le chef-d'œuvre de l'éducation n'est point de faire marcher les enfants à notre pas, mais de nous accommoder au leur, pour les bien diriger et les amener à nos fins. Sans doute il y a d'absurdes contes de nourrices et des superstitions qui ne devraient jamais infecter l'imagination des enfants. Mais à côté de cela, n'esi-il rien qui leur convienne dans l'admirable legs de la « légende des siècles » et dans le livre d or des romans où notre civilisation n'a cessé de se rafraîchir et de s'épancher? Pour nous, nous aimerions surtout qu'on les mît en communication avec ces œuvres immortelles que nous appelons anciennes, parce qu'elles sont précisément les productions de la
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