INCOMPATIBILITÉ
jeune humanité. L'enfance et l'antiquité sont deux âges primitifs qui s'entendraient parfois fort bien, si on leur ménageait un commerce plus aisé. Où trouverait-on un récit de voyage plus capable de passionner de jeunes lecteurs, plus instructif, plus fécond en enseignements, plus sage au fond et plus rayonnant d'harmonieuse intelligence, que cette vieille histoire d'Homère, VOdyasée? S'il est vrai que l'évolution individuelle des esprits reproduit en quelque manière celle de l'esprit humain, n'est-il pas bon que les nouveaux-venus repassent par les meilleures traces des anciens et abordent Todyssée de la vie avec de tels guides? Ne proposer aux enfants qu'une plate vérité serait erreur et sottise : ils ne la verraient pas des mêmes yeux que nous. On n'arriverait qu'à les mettre dans le cas de dénaturer, par le mélange de leurs propres conceptions, les réalités de la nature. Ne vaut-il pas mieux que, par un tact déjà plus éveillé et plus conscient qu'on ne le dit, ils fassent le départ du domaine des contes et du domaine du vrai? Les enfants ont une façon h eux de croire que les choses sont arrivées, sans être aussi pleinement et aussi sottement crédules que bien des hommes. Par une sorte de discernement naïf, ils prennent des histoires ce qu'il leur faut et y laissent bien des choses dont ils n'ont que faire.
Ainsi, nous ne craindrions pas de laisser entre leurs mains des livres qui, sans avoir été faits pour eux, sont allés les rejoindre par une pente naturelle : Swift avec Gulliver ^ Cervantes et son immortel hidalgo, La Fontaine et ses bêtes. Assurément ils n'en comprennent pas tout, et c'est bien fait. Mais l'idée se fait jour plus tard, et le charme demeure, qui n'eût jamais été senti sans la précocité de l'attachante lecture.
N'ayons donc pas peur de l'imagination. Soyonslui favorable, en la surveillant. Ayons seulement l'art de mettre l'esprit des enfants en garde vis-àvis d'elle : souvent un mot y suffit, quand il est adroitement placé. Sous cette réserve, laissons-la enchanter les jeunes têtes avec quelques tableaux ravissants, puisqu'elle n'en viendra pas moins offrir d'austères services et de saines excitations à la froide raison de l'âge mûr. Elle endort les enfants avec de belles rêveries et réveille les hommes avec de grandes espérances.
[Georges Dumesnil].
I3IITATI0IV. — Le don d'imiter, soit par les gestes, soit par la voix, est commun à un assez grand nombre d'animaux; mais peut-être est-il plus accusé choz ceux qui ont l'habitude de vivre en société, car il est une des formes de la sympathie, et celle-ci est le sentiment social par excellence.
Chez le jeune enfant, l'imitation, de l'avis des meilleurs observateurs, tels que MM. Darwin, Egger, Ferez (V. la Psychologie de Veiifant, par B. Perez, chez G. Baillière, cdit. de 1882, p. 1()2), no commence guère à se montrer que vers l'âge de quatre ou cinq mois, tout au plus tôt. Mais on sait quelle intensité acquiert cette disposition un peu plus tard, dès que les facultés sont éveillées et l'activité excitée, et combien les enfants sont toujours prêts à reproduire, souvent dans une perfection étrange, tout ce qui se dit et se fait autour d'eux.
S'il fallait chercher une explication philosophique de cette aptitude, on la trouverait dans l'opinion de certains philosophes contei) porains. D'après eux, il suffit (juc nous recevions ou que nous concevions une idée, pour qu'elle ait déjà une tendance à se réaliser dans nos actes. S'il s'agit d'un enfant, cette tendance sera d'autant moins combattue qu'elle trouvera le champ plus libre et (|u'elle ne se heurtera pas à tout un monde d'habitudes d'esprit et de corps déjà toutes
formées. Ce sera tout le contraire chez un homme fait, dont la personnalité est puissante et arrêtée. Il n'y a cepeirdant aucun cas où la faculté d'imiter soit tout à fait nulle, et elle atteint son plus haut degré pendant les premières années de la vie humaine.
Aussi est-elle d'une aide précieuse à l'éducation. Sans qu'on ait besoin de l'employer systématiquement, elle rend à l'enfant une multitude de services inappréciables, comme de lui apprendre la langue ; et c'est encore elle qui, peu à peu, l'assimilera si complètement à la population au milieu de laquelle il vit, qu'il ne fera qu'un avec elle et en gardera la marque indélébile.
Mais puisqu'il y a là une force si considérable de la nature humaine, il faut délibérément en tenir compte en pédagogie. L'enfant a une tendance à imiter; mais il imite aussi volontiers et aussi innocemment le mal que le bien. Il faut avoir soin de ne l'entourer que de bons exemples. Sa faculté d'imitation s'exerce également dans le triple domaine physique, intellectuel et moral. Il se pique de reproduire les actes de force ou d'adresse qu'il voit accomplir autour de lui. Il prend inconsciemment la tournure d'esprit des gens dont le commerce lui est habituel et son cœur se pénètre des sentiments qui leur sont familiers. Il faut faire en sorte qu'il soit de bonne heure à l'abri des mauvaises compagnies et des sots. Il aime imiter surtout les actions où il voit paraître un déploiement d'énergie qu'il admire ; il cherche à l'égaler ; là est sa gloriole et son point d'honneur. Si on lui fait comprendre de bonne heure la grandeur du dévouement, la beauté de l'héroïsme et de la vertu, il y a de grandes chances pour qu'il s'en éprenne et qu'il veuille en donner lui-même des exemples. La contagion du bien n'est pas moindre que celle du vice. Les bonnes actions sont plus éloquentes que les belles paroles ; et ce n'est pas une médiocre raison de mettre de la dignité dans sa vie, de penser qu'on n'en est pas seulement comptable à soi-même, et que par sa propre conduite on détermine en partie celle des autres.
Un dernier point qu'il ne faut pas oublier, même dans la propagande du bien, c'est qu'il faut faire des esprits libres, et non des imitateurs serviles. Ce n'est pas assez de bien faire et d'obtenir par là d'heureux résultats de ceux qui nous entourent ; il faut encore qu'eux-mêmes sachent ce qu'ils font. Il faut qu'il y ait dans leurs actes autre chose qu'une f^late copie, qu'ils y mettent de leur propre façon de sentir et de penser. Cela n'est pas vrai de la seule vertu, dont l'exercice est après tout un art, et des plus délicats; cela est vrai aussi de tous les arts, de ceux même où l'imitation pure paraît être le mieux à sa place. Quoi que fasse l'enfant, qu'il copie un dessin, qu'il exécute un mouvement, qu'il récite une leçon, qu'il contracte une bonne habitude, il faut qu'il ne doive à l'imitation de ses maîtres ou de son eniourage que la connaissance, le respect et l'admiration de ce qui est bien ; il faut qu'il garde une initiative libre et qu'il demeure un interprète original. [Georges Dumesnil.]
IMPOSITION D'OFFICE. — V. Inscription d'office.
IMPRIMÉS SCOLAIRES. — V. Ecritures exigées des instituteurs, États de liquidation^ Etats de situation^ Registres.
INACTIVITE. — V. Diiponibilité.
HNCLINATION. — V. ce même mot dans la II« Pautie. V. aussi Hérédité dans la P« Partie.
I;\C0MI»ATIB1LITÉ. — Il y a incompatibilité entre les fonctions de maire ou d'adjoint et celles d'instituteur public ou libre. (Loi du 5 mai 1865, art. 5, 8°.)
Les instituteurs publics ne peuvent également