‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 114 sur 573 · IU · texte numérisé non relu

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LOZERE

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En 1878, M. Audray avait dû dire, au sujet de l'infériorité du personnel enseignant de la Lozère, de tristes vérités. Il y avait à ce moment 346 institutrices non brevetées contre 309 brevetées, et parmi ces dernières on comptait bien des incapables. « Ce qui manque en général à toutes nos institutrices laïques, disait M. Audray, c'est, outre l'aptitude pédagogique, le goût de leur profession, le respect de leurs fonctions, la notion de leurs devoirs envers l'autorité scolaire... Sur la conduite de leurs classes, l'emploi du temps, le choix des méthodes et des livres, elles demandent des avis, n©n à l'inspecteur primaire, investi du droit de les donner, mais au desservant dont les avis et même les injonctions ont à leurs yeux l'autorité qui s'attache au caractère du prêtre. »

Quoique la situation se soit bien améliorée depuis, puisque tout le personnel laïque est actuellement muni du brevet, et que chaque année, selon l'expression du rapport d'inspection académique de 1882, « un sang nouveau et généreux soit infusé dans le corps enseignant par les promotions sorties de l'école normale, » il y a encore beaucoup à faire pour pourvoir toutes les écoles de la Lozère de maîtres et de maîtresses qui soient réellement à la hauteur de leurs fonctions.

Maisons d'école et mobilier scolaire. — Sur 773 maisons d'école que comptait le département de la Lozère en 1882, 40 1 appartenaient aux communes, 37 étaient prêtées et 335 louées. Le montant des sommes payées pour location de ces dernières était de 28 267 francs; 175 des maisons appartenant aux communes étaient l'objet d'une demande de réparation ou d'amélioration quelconque.

Dès 1878, M. l'inspecteur Audray avait signalé en termes énergiques l'état des locaux scolaires :

« La Lozère en est encore aux taudis de 1833, et elle est restée sourde à tous les appels de l'administration... Elle allègue sa pauvreté, mais elle trouve de l'argent pour d'autres constructions, et n'en cherche pas pour ses écoles... L'Etat a prodigué ses encouragements et ses secours; mais ces secours n'ont presque rien produit, parce que la part de dépense des communes a été illusoire ou nulle, parce que les secours ont été ou gaspillés par la mise en régie des travaux, par l'exécution de plans dérisoires, ou trop souvent détournés de leur destination.

» L'incurie des municipalités pour les locaux scolaires est coupable et pourrait être, dans bien dos cas, déférée aux tribunaux, car elle met en péril la santé des enfants et l'existence des maîtres.

» J'ai fait dresser la liste des instituteurs et des institutrices victimes des maisons d'école insalubres; leur nombre est de 50 depuis 1870 : les uns ont contracté des infirmités, des maladies incurables, les autres ont dû, avant le temps, solliciter leur mise à la retraite, beaucoup sont morts dans ces locaux homicides. En parcourant ce martyrologe, on est pris de pitié pour tous ces malheureux qui n'ont pas osé défendre leur vie, et on trouve que l'administration, en les laissant souffrir et mourir dans les caves humides, dans les greniers délabrés, dans les écuries nauséabondes où on les reléguait, a été bien coupable.

» Mais je n'insiste pas : ce ne serait pas de la tristesse, ce serait de l'indignation que j'éprouverais et que j'exprimerais en traitant ce sujet, car l'état des locaux n'est pas seulement déplorable, il est honteux. »

Quatre ans plus tard, en 1882, un autre inspecteur d'académie, M. Poirier, constatait encore la triste situation do la Lozère sous ce rapport : « Sans doute, dit-il, depuis quelques années il a beaucoup été fait pour améliorer la situation, mais il reste beaucoup à faire, et les communes ne pa-

raissent pas avoir marché assez résolument dans ce sens. Sans doute il leur faut s'imposer de lourds

sacrifices , mais les avantages que leur offre la

caisse des écoles rendent impardonnable la négligence des municipalités qui retardent encore le moment de se constituer, à peu de frais, propriétaires do maisons convenables, et laissent s'entasser plus longtemps les enfants dans des réduits qu'on ne peut désigner autrement que sous le nom de bouges iyifects. »

Le mobilier scolaire est à l'avenant, au moins dans les écoles anciennes; dans les écoles nouvelles il doit marcher de pair avec les constructions. Pour renouveler le mobilier scolaire partout où il y a lieu, il faudrait faire une dépense qui est évaluée à 105 000 francs. Ce n'est pas facile à obtenir de municipalités dont quelques-unes tolèrent des écoles sans poêle où les petites filles sont obligées d'apporter des chaufferettes pour ne pas se laisser engourdir par le froid.

Nous donnons ci-dessous le chiffre des subventions accordées par l'Etat à diverses communes de la Lozère pour construction ou réparations de maisons d'école ou pour acquisition de mobilier scolaire durant les six dernières années qui viennent de s'écouler ;

Nombre des écoles.

2 600fr.

Totaux

1 133 010 fr.

Enseignement primaire supérieur. — « Cet enseignement, disait l'inspecteur d'académie en 1 882, qui pourrait être donné avec profit dans les principales villes du département, comme Monde, Marvejols, Florac, Langogne, Saint-Chely, n'est pas encore constitué en Lozère. Dans quelques écoles, sans doute, on enseigne à certains élèves assez avancés quelques-unes des matières du programme de l'enseignement primaire supérieur, mais aucune organisation sérieuse ne permet de contrôler cet enseignement et de retenir d'une façon précise pendant une année ou deux les jeunes gens et les jeunes filles qui voudraient compléter leur instruction. Il s'ensuit que les enfants du département sont obligés d'aller chercher ailleurs ce que leur pays leur refuse. Malgré tout ce qu'il y a à faire encore pour l'organisation de l'enseignement primaire élémentaire, je crois qu'il ne serait pas irapossible à certaines municipalités d'établir, dès cette année, au moins des cours complémentaires d'enseignement primaire supérieur, soit dans une classe spéciale de l'école primaire, soit dans des locaux affectés tout particulièrement à cette espèce d'enseignement. »

Certificat cTctudes primaires. — Le certificat d'études primaires a été introduit dans le département de la Lozère en 1877. A cette date 519 candidats, dont 30 i garçons et 215 filles, s'étaient présentés aux examens; 172 garçons et 117 filles, en tout 289, avaient obtenu le certificat. En 1881^ probablement par suite de la réglementation des programmes, qui avait rendu les épreuves plus difficiles, le nombre des candidats était inférieur à celui do 1877 : 276 garçons et 158 filles, en tout 434, dont 192 garçons et 112 filles ont obtenu le certificat. Le nombre de certificats obtenus en 1881 représente 1.06 0/0 de la population scolaire de toutes les écoles primaires. Sous ce rapport le département est dans une situation d'infériorité, la moyenne générale étant de 1.36 0/0.

En 1882 on a pris pour base de la proportion du nombre de certificats obtenus, non p^ i% le total

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des élèves de toutes les écoles, mais seulement le total des enfants de 11 ans et au-dessus, c"est-àdire en âgo de concourir pour le certificat. Cette nouvelle base donne comme moyenne générale 6.6 0/0. Dans la Lozère 634 candidats, dont 539 garçons et 2'J5 filles, avaient aiïronté les épreuves; 29;J garçons et 193 filles ont obtenu le certificat. La proportion des certificats obtenus par rapport aux enfants en âge do concourir est de 4.8 0/0, soit 1.8 0/0 au-dessous de la moyenne générale.

Ecoles normales. — Le département de la Lozère possède une école normale d'icstituteurs fondée à M«nde en 1833. Cette école contient en 1883 31 élèves. L'enseignement^ y est donné par le directeur, cinq maîtres-adjoints et cinq professeurs externes. L'école normale de Mende, pendant la période quinquennale de 1877 à 1881, n'avait pas donné de bien brillants résultats: sur 34 élèves-maîtres sortis durant ces cinq ans, 2 seulement avaient le brevet supérieur.

Les résultats obtenus en 1882 sont plus satisfaisants : sur les 11 élèves-maîtres sortis cette année-là, 4 seulement n'avaient que le brevet élémentaire, les 7 autres avaient obtenu le brevet supérieur.

« Nous attendons avec impatience, disait en 1882 l'inspecteur d'académie, le jour où l'école pourra s'installer dans les constructions projetées. En attendant il a fallu aménager le mieux possible le vieux local; cette année une infirmerie a été établie dans les combles et permettra d'isoler les malades ; jusqu'alors il avait fallu les tenir dans le dortoir; c'est d'ailleurs la seule construction qui ait été faite, les autres travaux consistent en appropriation et nettoyages. »

Il n'existait à Mende, jusqu'en 1883, qu'un cours normal d'institutrices fondé en 1841 et dirigé par une congrégation religieuse. Des bourses au nombre de 18 y étaient entretenues par l'État et le département. L'État entretenait en outre, au cours normal protestant de Nîmes, 6 bourses pour des élèves lozériennes protestantes.

Aujourd'hui la Lozère possède son école normale d'institutrices, qui s'est ouverte à Mende à la rentrée d'octobre 1883 avec 24 élèves.

Brevets de capacité. — Nous donnons ci-dessous par nature et par sexe le nombre des brevets de capacité délivrés dans le département de la Lozère depuis 1836 jusqu'à 1882 inclusivement :

Instituteurs.

1836-1850. 278 brevets élémentaires, 20 brevets supérieurs. 1851-1867. 384 — obligatoires, 12 — complets. 1868-1880. 308 — 84 — facultatifs

ou complets.

1881 154 — élémentaires, 12 — supérieurs.

Institutrices.

1836-1850. 273 brevets élémentaires, 8 brevets supérieurs. 1851-1867. 4-22 — obligatoires, 2 — complets. 1868-1880. 417 — — 6 — facultatifs

ou complets.

1881 191 — élémentaires, 1 — supérieur.

^ En 1881, 257 aspirants s'étaient présentés pour l'obtention du brevet de capacité élémentaire, 154 6nt été admis, soit 59.9 0/0. Les aspirantes s'étaient présentées au nombre de 309 sur lesquelles 191 ont été admises, soit 61.8 0/0. La moyenne des admissions par rapport aux candidats étant, pour toute la France, de 49.9 0/0 pour les aspirants et de 62.2 0/0 pour les aspirantes, il en résultait que le département de la Lozère, qui restait un peu au-dessous de la moyenne générale pour les aspirantes, la dépasse sensiblement pour les aspirants. Les résultats pour 1882 sont moins satisfaisants.

Les aspirants n'ont réussi que dans la proportion de 32. .S 0/0 et les aspirantes dans la proportion de 43.3 0/0. La Lozère reste ainsi au-dessous de îa moyenne générale qui, pour les premiers, est de 3G.y 0/0 et pour les secondes de 5*.0 0/0. Les postulants pour le brevet supérieur ont mieux réussi: 18 brevets pour 42 aspirants, soit 42.9 0/0 ; 18 brevets pour 37 aspirantes, soit 48.6 0/0; les moyennes générales sont respectivement 38.5 0/0 et 37.9 0/0. •

Salles d'asile {écoles maternelles). — Le département de la Lozère comptait 1 salle d'asile en 1837, 3 en 1850, 7 en 1863, 7 en 1807 et 9 en 1876- 1877. Le nombre des élèves reçus dans les salles d'asile était de 183 en 1837, de 485 en 1850, rie 677 en 18G3, de 726 en 1867 et de 829 en 1876- 1877. En 1881-1882 le département comptait 11 écoles maternelles, dont 5 publi'jues et 6 libres; 1 école maternelle libre seulement était dirigée par des maîtresses laïques, les 10 autres étaient dirigées par des congréganisîes. Ces 11 établissements avaient reçu ensemble 1201 élèves répartis comme suit :

Écoles maternelles .

publiques, libres....

laïques., congre g.

laïques., coiigrég.

Les enfants de 6 ans et au-dessus, c'est-à-dire d'âge scolaire, figurent dans ce nombre pour 117.

« Pendant l'année 1881, rien n'a été fait en Lozère, dit le rapport d'inspection académique, pour augmenter le nombre ou améliorer l'installation des écoles maternelles et j'ai, comme mes prédécesseurs, à constater la situation défectueuse du département sous ce rapport. »

Cours d'adultes. — Voici la statistique des cours d'adultes à partir de 1863 :

Nombre de eoars

Nombre d

aaditears

Sommes

Femmes

Hommes

Femmes

Pendant l'hiver 1881-1882, 228 cours d'adultes hommes ont été ouverts et suivis par 2789 auditeurs, 104 cours d'adultes femmes ont reçu 1210 élèves.

bibliothèques scolaires. — Le département de la Lozère possédait en 1863 1 bibliothèque scolaire qui contenait 68 volumes. Au !«' janvier 1883 on trouvait dans le même département 138 bibliothèques scolaires contenant 8282 livres de lecture, plus 3094 livres scolaires pour les besoins des élèves. Le nombre des bibliothèques et des livres augmente peu à peu. Le Conseil général alloue chaque année 100 francs pour cette desiination.

Musées scolaires. — « A côté des bibliothèques scolaires, disait l'inspecteur d'académie en 18h2, un grand nombre de nos écoles possèdent, par les soins de leurs maîtres, leur petit musée scolaire; quelques-uns de ces musées sont même très complets et très curieux. »

Bibliothèques pédagogiques. — Le département de la Lozère possède actuellement autant de bibliothèques pédagogiques que de cantons, soit 24. Ces bibliothèques contenaient ensemble, à la date du l" janvier 1883, 4530 volumes. Les fonds de ces bibliothèques sont formés des cotisations des instituteurs, des dons généreux de l'Etat et des envois gracieux de quelques hbraires do Pans et de quelques particuliers.

Coîiférences pédagogiques. — Deux fois par

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an, au printemps et à l'automne, les instituteurs et les institutrices se réunissent au chef-lieu de canton sous la présidence de leur inspecteur primaire. « Pendant l'année 1881, aux conférences d'automne, dit le rapport d'inspection académique, a été tentée une petite révolution qui a pleinement réussi; elle consistait à réunir à la fois les instituteurs et les institutrices. Le canton de Saint- Aurons seul a fait exception à cause de l'exiguïté du local dont on dispose, et les instituteurs et les institutrices de ce canton supportent

avec peine cette exception Je n'hésite pas à

dire que les. conférences pédagogiques sont une innovation des plus heureuses. »

Caisses d'épargne scolaires. — L'institution des caisses d'épargne scolaires a été introduite tout récemment dans la Lozère. Le premier relevé qui a été fait en 1879 n'en mentionne aucune dans ce département. En 1882 il en existait 74; les élèves épargnants sont au nombre de 735 et les sommes inscrites à leurs livrets s'élèvent à 10 128 francs.

Caisses des écoles. — Dans la Lozère, en 1881, il n'en existait qu'une, à Mende, qui recevait du Conseil général une allocation de 300 francs. Il •en existe, en 1883, 31.

Société de secou7^s mutuels. — Le département •de la Lozère possède une société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices fondée en 1857 et qui depuis cette date fournit annuellement à ses adhérents nécessiteux des secours pour une somme totale de 200 à 2000 fr. Le taux de la cotisation annuelle est de 7 francs. Au l^r janvier 1879 la société comptait 227 membres participants, l'actif de la société en titres ou numéraire s'élevait à 29 338 francs. Au 1*' janvier 1881 l'actif de la société atteignait 36 145 fr., mais le nombre des membres participants n'était plus que de 243, et il tendait plutôt à diminuer qu'à s'augmenter malgré les efforts de l'inspection académique, qui regrette de voir péricliter une institution aussi bienfaisante.

bulletin scolaire. — Le Bulletin de l'instruction primaire de la Lozère a été fondé en 1865. A cette époque ce n'était pas une publication régulière, et la subvention qui lui était accordée par le Conseil général ne l'était pas davantage. Actuellement le Bulletin paraît tous les mois, et il est envoyé aux instituteurs et institutrices titulaires moyennant un abonnement annuel de 2*^50, et de 2 francs seulement pour les instituteurs de hameaux. Le public peut s'y abonner pour 3 francs par an.

Résultats de l'instruction. — Les tableaux cidessous donnent les chiffres des conscrits et des conjoints lettrés :

ANNÉES

CONSCRITS

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