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sonnel suffisant pour les écoles de filles, mais nous manquons de candidats pour occuper plusieurs emplois d'adjoint dans nos écoles de garçons, w
MAINTENOIV (M^e de). — Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, naquit le 27 novembre 1635 dans la conciergerie de la prison de Niort, où son père, Constant d'Aubigné, avait été enfermé à la suite d'intrigues nouées avec le gouvernement anglais pour fonder un établissement à la Caroline. Quelques jours après sa naissance, sa tante, M™" de Villette, émue de son dénûment, la transporta au château de Murçay où elle la fit allaiter par la même nourrice que sa propre fille. Commencée sous ces auspices, l'enfance de Françoise d'Aubigné fut pénible, presque misérable. Au sortir de prison, son père, toujours criblé de dettes, résolut d'aller chercher la fortune à la Martinique. Françoise avait 18 mois à peine. « Au cours de la traversée, raconte M"** d'Aumale, elle fut si mal qu'on la crut morte. M°i^ d'Aubigné, par un mouvement de tendresse naturelle, la voulut voir avant qu'on la jetât. Elle sentit quelque artère qui battait encore et dit : Ma fille n'est pas morte. Ce qui la sauva. On doutait si peu de sa mort que le canon était prêt à tirer pour quand on la jetterait à la mer. » Dix ans après, au retour, « le vaisseau dans lequel elle était pensa être pris par des corsaires. » M™* de Maintenon racontant dans la suite ces aventures, un courtisan, M. l'évêque de Metz, qui était présent, dit : « Madame, on ne revient pas de là pour rien. »
Constant d'Aubigné, après s'être ruiné à la Martinique, avait fini par y succomber. En rentrant en France, sa femme était dans une détresse si absolue que, pendant quelques jours, elle dut aller demander la charité à la porte d'un couvent de la Rochelle. M^* de Villette lui offrit un asile à Murçay, à elle et à ses trois enfants. Françoise y était à peine qu'elle vit son frère aîné, âgé de 16 à 17 ans, sur qui l'on faisait fonds comme soutien de la famille, se noyer dans un étang. Elle avait du moins retrouvé celle qu'elle appelait sa vraie mère. M™« d'Aubigné, obligée d aller à Paris pour solliciter quelque pension, l'avait laissée entre ses mains. « Je crains, lui disait-elle, que cette pauvre petite galeuse ne vous donne bien de la peine : ce sont des effets de votre bonté de l'avoir bien voulu prendre : Dieu lui fasse la grâce de pouvoir s'en revancher. »
Mais Mme de Villette était protestante. Une parente de Mme d'Aubigné, ardente catholique comme elle, — Mme (Je Neuillant, — demanda un ordre à la reine-mère, croyant faire sa cour, pour mettre fin h ce dangereux patronage. Mme de Neuillant était l'avarice même. Au témoignage de Saint-Simon, « elle ne put se résoudre à donner du pain à l'enfant qu'elle avait réclamée, sans en tirer quelques services ; elle la chargea donc de la clef de son grenier pour donn^er le foin et l'avoine par compte et l'aller voir manger à ses chevaux. » Elle voulait aussi, par les mauvais traitements et les humiliations, réduire la jeune fille à renoncer à la religion où Mm» de Villette l'avait élevée. Aucun moyen ne venant à bout de son obstination et mécontente de s'être chargée d'une demoiselle sans biens, elle chercha bientôt à s'en défaire à quelque prix que ce fût. Françoise fut reléguée au couvent des Ursulines de Niort; puis bientôt, Mm«de Neuillant se refusant à payer pour elle aucune pension, renvoyée à Paris près de sa mère, qui la plaça, comme elle put, chez le' Ursulines de la rue Saint- Jacques. C'est là qu'on obtint son abjuration non sans de nouvelles luttes. Elle « fatiguait les prêtres, la bible à la main ». — « Je me souviens, dit M™" de Caylus, qu'étant convaincue sur les articles principaux de la religion, elle résistait encore et ne voulait se rendre qu'à la condition qu'on ne l'obligeât pas de croire que salante.
Mme (Je Villette, qui était morte et qu'elle avait vu vivre comme une sainte, fût damnée. »
Sortie du couvent, elle vint rejoindre, dans une petite chambre de la rue des Tournelles, sa mère, qui vivait du travail de ses mains et d'une rente de 200 livres. Dès ce moment, elle avait un véritable renom de beauté, d'esprit et de raison. On l'appelait la jeune Indienne, à cause de son voyage à Id Martinique, et ce nom avait fait fortune dans le monde qui fréquentait l'hôtel de Scarron. M»e de Neuillant voulut la présenter au vieux poète. Elle apparut dans le salon rempli, comme de coutume, « avec une robe si courte et une toilette si pauvre qu'elle en rougit et se mit à pleurer ». Informé de sa situation, Scarron lui fit remettre une somme d'argent qu'elle refusa avec hauteur. Mais, quelques mois après, Mm* d'Aubigné, pressée par la misère, était forcée de quitter Paris et de se retirer à Niort où elle mourait de chagrin presque en arrivant. Il ne restait plus à M^'* d'Aubigné que l'appui de M™» de Neuillant. Celle-ci résolut, s'il faut en -croire Languet, de la faire épouser par Scarron. Le « pauvre estropié » perclus et difforme lui offrit en effet de la prendre pour femme ou de payer sa dot dans un couvent. Le mariage se fit, au mois de mai 1652. Françoise d'Aubigné avait seize ans et demi.
Sa vie en fut peu changée. Habituée à l'austérité, elle s'y maintint au milieu du monde frivole et hardi où Scarron l'avait introduite, o Elle passait ses carêmes, raconte Mm* de Caylus, à manger un hareng au bout de la table et se retirait aussitôt dans sa chambre, parce qu'elle avait compris qu'une conduite moins exacte, à l'âge où elle était, ferait que la licence de cette jeunesse n'aurait plus de frein et deviendrait préjudiciable à sa bonne réputation. «Scarron mort (16(30), ce fut cette bonne réputation qui fit arriver son nom jusqu'à la reinemère. Touchée de la vertu et du malheur d'une fille de condition réduite à une si grande pauvreté, Anne d'Autriche lui assura une pension de 2000 livres avec laquelle elle se mit au couvent des Hospitalières du faubourg Saint-Marceau. Jamais peut-être elle ne fut plus heureuse. Mm» de Caylus, à qui il faut toujours en revenir pour les incidents les plus intimes de sa biographie, a merveilleusement saisi et fixé cette riante éclaircie de la première partie de sa vie. « Avec cette modique pension, dit-elle, on la vit toujours honnêtement et simplement vêtue. Ses habits n'étaient que d'étamine de Lude, du linge uni, mais bien chaussée et de beaux jupons; etsa pension, avec celle de sa femme de chambre et ses gages, suffisaient à sa dépense; elle avait même encore de l'argent de reste et n'a jamais passé de temps si heureux. Elle ne comprenait pas, répétait-elle alors, qu'on pût appeler cette vie une vallée de larmes. »
La mort de la reine-mère (1G63) la rejeta dans la détresse. Privée de toute ressource, elle conçut le dessein d'aller chercher une condition à la cour du Portugal auprès de la reine qui voulait l'emmener. Après de longues et douloureuses hésitations, « son étoile l'emporta ». Mm* de Montespan, à qui elle avait fini par s'adresser comme tout le monde, lui fit rendre sa pension. « Je lui peignis ma misère, disait-elle, mais sans me ravaler. » Trois ans après, Mm« de Montespan lui fit proposer d'élever en secret ses enfants. Elle n'y consentit pas sans grande résistance. « Si ces enfants sont du roi, répondait-elle, je le veux bien; je ne me chargerais pas sans scrupule d'élever ceux de Mm» de Montespan. Ainsi il faut que le roi me l'ordonne : voilà mon dernier mot. » Le roi ordonna.
Elle était admirablement préparée à ce rôle de gouvernante, et la vie de la cour n'était point pour l'étonner. Sa première éducation avait été conduite sans grande méthode et avec quelque
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sécheresse. M™" d'Aubigné, qui avait dans l'esprit plus do sérieux que de grâce et que le malheur avait encore assombrie, avait élevé ses enfants sans effusion, surtout sa fille, qui ne la regardait qu'en tremblant. Elle leur apprenait à lire dans Plutarque et leur interdisait de parler entre eux d'autre chose que de ce qu'ils avaient lu ensemble. Les soins de M"* de Neuillant n'avaient été ni plus intelligents ni plus tendres. Françoise d'Aubigné passait une partie du jour avec sa cousine à garder les dindons. « On nous plaquait un masque sur notre nez, racontait-elle plus \ard gaîment, car on avait peur que nous ne nous hâtassions; on nous mettait au bras un petit panier où était notre déjeuner, avec un petit livret des quatrains de Pibrac, dont on nous donnait quelques pages à apprendre; avec cela on nous mettait une grande gaule dans la main, et on nous chargeait d'empêcher que les dindons n'allassent où ils ne devaient point aller. » Le couvent avait ajouté peu de chose à ces connaissances. C'est dans le commerce de la société de Scarron, et grâce aux heures de retraite qu'elle avait su s'y réserver, que son instruction se compléta et se raffina. Elle ne possédait pas le grec comme M^e de Rochechouart ou M™* de Castries; mais elle lisait le latin comme M™* de Sévigné; l'italien et l'espagnol lui étaient familiers. Elle avait, en outre, le goût et le don de communiquer ce qu'elle savait. Au couvent des Ursulines de Niort, son plus grand plaisir était de «t se sacrifier pour le plaisir d'une maîtresse qu'elle aimait entre toutes, de faire à sa place lire, écrire, compter et jouer tout son petit monde, de façon à ménager à sa bonne amie la surprise d'une classe conduite en son absence. » Exercée par sa mère et par sa tante, M™'= de Villette, à rendre compte de ses moindres lectures, elle excellait à discipliner l'application des autres-, son élève préférée. M"»" de Caylus, n'allait pas entendre un sermon qu'il ne fallût en rapporter l'analyse. La vie intérieure, qui avait été si longtemps pour elle une nécessité au milieu de toutes ses disgrâces, qui l'obligeait à se replier, à chercher en soi sa force et ses ressources, lui était devenue une douce et chère habitude. De bonne heure elle s'était imposé une règle froide, sévère, rigide, où tout était comme tendu par une préoccupation de respectabilité et de dignité. « Je voulais, disait-elle à ses élèves de Saint-Cyr dans une de ces confidences qui étaient un de ses moyens d'action les plus puissants, je voulais faire prononcer mon nom avec admiration, jouer un beau personnage : c'était mon idole. Il n'y a rien que je n'eusse été capable de faire et de souffrit* pour faire dire du bien de moi. Je me contraignais beaucoup; mais cela ne me coûtait rien, pourvu que j'eusse une belle réputation. Je ne me souciais pas des richesses : j'étais élevée de cent pieds au-dessus de l'intérêt; je voulais de l'honneur. » Un tel souci poussé jus- ([u'à la « folie », — c'est le mot qu'elle s'applique à elle-même, — pouvait être un danger. Mais à ce soin jaloux de sa considération M™" Scarron savait unir toutes les grâces d'un esprit qui, sans cesser de s'appartenir, n'était pas moins capable de se divertir que de s'ennuyer où il le fallait et avait dû pendant vingt ans complaire à tous ceux dont le sowtien lui était nécessaire. Un de ses contemporains, juge délicat et difficile, le chevalier de Méré, la représente à cette époque, non seulement comme belle, et de cette beauté qui plaît toujours, mais comme reconnaissante, secrète, douce, fidèle à l'amitié et ne faisant usage des dons qu'elle avait en partage que pour amuser les autres.
Ce goût naturel des choses de l'éducation, cette précoce expérieace de la vie, cette tenue d'esprit
et cotte conduite, devaient assurer le succès de* la fonction à laquolle elle av;iit décidé de se prêter, fonction qui était traitée de faveur par ses contemporains, qu'elle ne laissait pas de considérer elle-même o comme un honneur fort singulier », Le premier enfant de M»« de Montespan vécut trois ans à peine; le second fut le duc du Maine, maladif et infirme, dont la santé exigeait les soins les plus délicats; puis vinrent les comtes du Vexin et de Toulouse, M"* de Nantes et M"« d© Blois. Pour se mieux consacrer à sa tâche, M^e Scarron s'était retirée rue de Vaugirard, dans une maison isolée. Aucun sacrifice ne lui répugnait. Elle avait pris maternellement son rôle de mère, et il semble que le mystère même dan» lequel elle était tenue de l'envelopper y ajoutait une sorte d'attrait. « Je montais à l'échelle, écrivait-elle, pour faire l'ouvrage des tapissiers et des ouvriers, parce qu'il ne fallait pas qu'ils entrassent; les nourrices ne mettaient la main à. rien, de peur d'être fatiguées et que leur lait ne fût moins bon. J'allais souvent de l'une à l'autre, à pied, déguisée, portant sous mon bras du linge, de la viande; et je passais quelquefois les nuits chez l'un de ces enfants malades, dans une petite maison hors de Paris. Je rentrais chez moi le matin par une porte de derrière, et, après ra'être habillée, je montais en carrosse par celle de devant pour aller à l'hôtel d'Albret ou de Richelieu, afin que ma société ordinaire ne sût pas seulement que j'avais un secret à garder. On le sut : de peur qu'on ne le pénétrât, je me faisais saigner pour m'empêcher de rougir. » Cette vie agitée, inquiète, ne l'empêchait pas d'ailleurs d'être fêtée dans les salons et les ruelles. C'est le moment où M"' de Sévigné écrivait à sa fille : « Nous soupâmes hier avec M"^ Scarron ; elle a l'esprit merveilleusement droit. Nous trouvâmes plaisant de l'aller ramener à minuit au fin fond du faubourg Saint-Germain, quasi auprès de Vaugirard, dans la campagne : une belle et grande maison, où l'on n'entre point; il y a un beau jardin, de beaux et grands appartements : elle a un carrosse, des gens et des chevaux. Elle est habillée modestement et magnifiquement; elle est aimable, belle, bonne et négligée. On cause fort bien avec elle. »
Louis XIV semblait le seul qui jusque-là eût résisté à ces graves et engageantes séductions. Il se défiait « do ce bel esprit à qui il fallait de» choses sublimes et qui paraissait, à tous égards, si difficile à contenter. » L'affection qu'il portait aux enfants de M^e de Montespan ne pouvait manquer cependant de le rapprocher peu à peu de celle qui avait consenti à les élever, et, insensiblement, il avait pris du goût pour cette femme d'une humeur toujours égale, maîtresse d'ellemême, modeste, raisonnable, qui joignait à des qualités si rares les agréments de l'esprit, et dont l'air de satisfaction intérieure, le calme parfait, témoignait si souverainement d'une vie sans reproche. Dès ce moment peut-être aussi n'était-il pas insensible à d'autres charmes. « M"ie de Maintenon, disent les dames de Saint-Cjr, avait le son de voix le plus agréable, un ton afl'ectueux, un front ouvert et riant, le geste naturel de la plus belle main, des yeux de feu, les mouvements d'une taille libre si affectueuse et si régulière qu'elle effaçait les plus belles de la cour. Le premier coup d'oeil était imposant et comme voilé de sévérité : le sourire et la voix ouvraient le nuage. » En ÏG73, le roi, ayant reconnu ses enfants, M"» Scarron alla demeurer à la cour ; et, l'année suivante, au retour d'une saison qu'elle avait été passer aux eaux des Pyrénées pour le duc du Maine, Louis XIV lui donna la terre de Maintenon, à laquelle était attachée une rente de 15 000 livres, et l'invita à en prendre le nom.