MAIRES
dopasse la mesure, il se mêle. à ses timidités ou h ses erreurs de jugement une large part de prévoyance. Nulle pcut-ôtre n'a eu un sentiment plus vif du péril qui pouvait résulter de la dis- {)roportion entre l'éducation d'une jeune fille et la destinée qui lui était réservée dans une société où la naissance et la fortune décidaient de tout. « Il faut élever nos bourgeoises en bourgeoises, écrit-elle ; ce qui les attend, c'est la vie en province, une vie de ménage, modeste et retirée, toute au devoir, entre un mari à aider dans l'administration de sa petite fortune, des enfants h. élever, des serviteurs à diriger. » Tel est l'objet d'un grand nombre de ses propres entretiens. Elle s'attache à faire envisager cet avenir à ses élèves avec sérénité ; elle leur en découvre tour à tour les aspects sévères et gracieux, elle y intéresse à la fois leur cœur et leur raison ; elle veut qu'on les reconnaisse entre toutes à cette marque de simplicité aimable et forte. Et sans parler de M"" de Caylus et de Me"e d'Aumale, quelle physionomie plus sérieuse tout ensemble et plus charmante que celle de « la petite Pincré » et de tant d'autres! Même dans la piété, qu'elle donne pour fondement à la vertu, elle écarte les raffinements, les scrupules, les fausses délicatesses, les ragoûts d'oraison. Elle a en vue la terre, non le ciel, « L'institut, disait-elle, n'est pas fait pour la prière, mais pour l'action.» L'habit monastique y était interdit. Elle l'appelait elle-même « une manière de collège ». Certes, nous concevons aujourd'hui un idéal d'éducation plus large dans ses programmes et plus libre dans son esprit. Mais cet effort de préparation à la vie, poursuivi, au début surtout, avec le sentiment exact des besoins de l'enfance, place, à certains égards, M™« de Maintenon au nombre de ceux qui ont affranchi l'éducation des femmes. Elle a été, comme on l'a dit, la première institutrice laïque ; et aujourd'hui encore, malgré les différences profondes de mœurs et d'intérêts qui séparent les (temps, ce n'est pas sans profit que, dans le détail des préceptes au moins, on prendrait conseil de ■son expérience et de sa raison. »
Les œuvres deM"»'' de Maintenon, dans l'édition la plus exacte et la plus complète qui en ait été faite jusqu'ici, celle de M. Th. Lavallée, comprennent : 1° Lettres sur l'éducation des filles, i volume ; 1° Entretiens sur l'éducation des filles, 'ï volume ; 3° Lettres historiques et édifiantes, 2 volumes; 4° Conseils aux demoiselles pour leur conduite dans le monde, 2 volumes; b» Corres- ,p.ondance générale, 4 volumes ; 6° Mémoires, contenant : L Souvenirs de M'^^ de Caijlus; II. Mémoires inédits de ili"^ d'Aumale; III. Mémoires des Dames de Saint-Cyr, 1 volume, lequel n'a ,pas été publié.
« M"« de Maintenon, dit Saint-Simon, avait tin langage doux, juste en tout point et naturellement éloquent et court. » — « C'est le langage de la Sagesse qui parle par la bouche des Grâces, » disait de son côté Fénelon. A l'appui de ces jugements, on pourrait citer plus d'une belle page solide et agréable. Nous nous bornerons à donner comme spécimen un passage des Instructions, vraiment éloquent en effet, sur la noblesse, et quelques conseils, expressifs et courts, sur la direction à suivre dans l'éducation des enfants.
« Ne comptez pour rien votre noblesse ; n'en ■parlez jamais. A quoi vous servirait-eîle si vous n'aviez pas de vertu? N'est-ce pas elle qui fait la ivraie noblesse? La vertu n'est-elle pas son origine? Ayez des égards pour tout le monde, et même du respect pour les personnes d'un certain âge et d'un certain état, quand bien même elles n'auraient pas de naissance; le monde est plein ^e ces sortes de personnes, et vous verrez, quand
vous y serez, que l'on a avec elles les meilleures manières. Mettez-vous bien dans l'esprit, une fois pour toutes, que la noblesse n'est rien sans mérite, et que c'est au mérite que l'on doit Ihonneur, l'estime et le respect, en qui que ce soit qu'il se trouve. » {Instructions aux demoisellei de la classe verte.)
« Je voudrais qu'on inspirât aux demoiselles une conscience droite, simple et ouverte ;....
» Qu'il ne laut point être curieux et se borner à un petit nombre de livres ;
» Que toute piété consiste dans l'observance des commandements et la pratique des vertus ;
» Leur faire aimer le silence et )e travail ;
» Chercher des inventions ou quelque intérêt pour leur donner le goût du travail;
» Expliquer ce qu'on leur dit ;
» Los rendre simples à tout dire en ne les groi*dant jamais ;
» Réjouir leur éducation ;
» Diversifier leurs instructions;
» Reprendre continuellement et doucement;
» Regarder les classes comme le principal d^ la maison ;
» Qu'on leur apprenne à parler français, mais simplement; qu'elles écrivent de même;
» Qu'on leur parle chrétiennement et toujours raisonnablement;
» Qu'on les élève en séculières; bonnes chrétiennes, sans exiger d'elles des pratiques reli- .' gieuses, comme de n'oser lever les yeux ;
» Qu'on les aime toutes également. » {Notes pour les maîtresses de Noisy.) [Gréard.]
MAIRES. — Ils sont préposés à la surveillance et à la direction morale de l'enseignement primaire dans chaque école de la commune. fLoi du 15 mars 1850, art. 41, § 1".)
En cas d'urgence, ils peuvent suspendre provisoirement l'instituteur communal, à charge d'en informer immédiatement l'inspecteur primaire et d'en rendre compte au préfet. (Même loi, art. 33, § 4; décret du 7 octobre 1850, art. 17.)
Ils reçoivent les déclarations d'ouverture d'écoles libres et de pensionnats, et, dans les trois jours, doivent visiter ou faire visiter le local. S'ils refusent de l'approuver, ils font mention de leur opposition et des motifs sur lesquels elle est fondée, en marge de la déclaration. Il est statué à cet égard par le Conseil départemental. (Loi du 15 mars 1850, art. 27, 28, 53 ; décret du 7 octobre 1850, art. 1 à 3; décret du 30 décembre 1850, art. 1 à 3.)
Ils font leurs propositions au préfet pour la nomination de la femme chargée de diriger les travaux h l'aiguille des filles dans les écoles mixtes tenues par des instituteurs, (Loi du 10 avril 1867, art. V^.)
Ils donnent leur agrément à la nomination et à la révocation par la directrice de l'école maternelle de la femme de service attachée à cet établissement. (Décret du 2 août 1881, art. 36.)
Ils nomment lô médecin chargé de visiter une fois par semaine les écoles maternelles. (Môme décret, art. 32.)
Ils président le comité local de patronage des J écoles maternelles. (Même décret, art. 10.)
A Paris, le maire de chaque arrondissement préside la réunion des délégués cantonaux. (Loi du 15 mars 1850, art. 43.)
Le maire a la présidence de la commission municipale scolaire instituée dans chaque commune pour surveiller et encourager la fréquentation des écoles. (Loi du 28 mars 1882, art. 5.)
Lorsqu'un maire néglige ou refuse de faire un des actes ou de remplir une des obligations que la loi lui impose, le préfet, après l'en avoir requis, peut y procéder d'office, soit par lui-même, soit par un délégué spécial. (Loi du 18 juillet 1837,