‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 143 sur 573 · MANUEL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

MANUEL GÉNÉRAL

Mann indulgent; il en signalait la gravité et le danger au double point de vue de la morale et de l'avenir des enfants; mais la sévérité de son jugement n'entraînait point à ses yeux la dureté de la répression.

Aux moyens moraux de discipline que l'expérience et l'amour des enfants suggèrent, il voulait avant tout qu'on ajoutât Vmfluence de la religion, du christianisme, mais entendu d'une façon indépendante de toute secte et de toute étroitesse. L'.enseignement pratique des devoirs ne pouvait à ses yeux s'appuyer que sur cet ordre de principes. La lecture de la Bible, la prière, quelques explications morales à cette occasion, lui semblaient le moyen par excellence de cultiver les bons instincts des élèves. Les sectaires de son temps trouvaient ses idées trop vaguesetl'accusaientde déserter le véritable christianisme. Il leur répondit dans Trois lettres qu'il publia sur ce sujet et dont il résuma les arguments dans son dernier rapport. Il mit l'opinion de son côté et resta comme elle persuadé que, sous cette discipline religieuse et morale, avec des maîtres bien préparés et dignes de leur mission, avec une inspection assez vigilante des écoles, et toutes les précautions que la sagesse conseille, l'instruction publique triompherait des mauvais instincts, et sauverait du vice la presque totalité des enfants du pays. Une enquête qu'il lit à ce sujet en 1847, en interrogeant 1 expérience des maîtres et des maîtresses les plus estimes, les plus capables, et dont il donna le résultat dans son onzième rapport, l'affermit dans la conviction que, dans les conditions énoncées, un pour cent au plus des élèves échapperait à l'influence moralisatrice de l'éducation.

En 1848, la mort de John Quincy Adams ayant laissé un siège vacant au congrès des Etats-Unis, Horace Mann fut désigné à une grande majorité pour l'occuper. Il donna sa démission de secrétaire du Bureau d'éducation. Ses amis regrettèrent sa décision et il la regretta lui-même; mais il ne désertait pas le champ de bataille où il avait si vaillamment combattu. Il voulait généraliser les bienfaits de l'instruction en travaillant à la création d'un Bureau national d'éducation, et il n'y épargna pas ses efforts, mais sans succès. La création qu'il souhaitait ne put s'accomplir que beaucoup plus tard, en 1867. En attendant, il combattit contre l'esclavage. En 1852 il fut proposé pour le poste de gouverneur de l'Etat de Massachusetts, mais il n'accepta qu'un poste plus modeste, le rectorat de l'Ecole normale désignée sous le nom de Collège d'Antioche, à Yellow Spring (Ohio). Il croyait y trouver une sorte de retraite, chez des chrétiens non sectaires (ils en avaient bien la prétention, mais non la largeur), avec des jeunes gens qui se considéreraient comme des membres de la même famille. Les nobles âmes sont candides. Le rectorat du Collège d'Antioche fut nialheureux; les élèves arrivaient sans culture intellectuelle ou morale ; les collègues de Mann ne comprenaient rien à ses sentiments élevés et attaquaient ses idées : des constructions trop onéreuses ayant obéré les finances de l'établissement, les créanciers se plaignirent plus amèrement encore que les sectaires. Il fallut vendre l'école. Mann ne survécut pas à cet insuccès. Averti qu'il n'avait plus que peu d'heures à vivre, il fit à ses élèves de touchants adieux et termina, le 2 août 1859, une des plus belles vies qu'il soit possible de consacrer au bien de l'humanité. Sa veuve, Mme Mary Mann, a écrit sa vie et recueilli sa correspondance. Ses concitoyens lui ont élevé, en 18G5, une statue à l'érection de laquelle ont contribué, chacun pour une somme minime, tous les maîtres et tous les élèves des écoles du Massachusetts; son nom est un des plus populaires dans tous les Etats de l'Union,

et c'est justice, car ils lui doivent tous pour une bonne part les merveilleux progrès de hiurs (écoles. (M.-J. Gaufrés. 1

MANUEL GKXÉHAL DE L'INSTRUCTION PH13IAIKI:. — Le Manuel f/énéral Je iinstruction primaire est, après le bulletin de la Société pour l'instruction élémentaire [W ce mot), la plus ancienne publication périodique française consacrée à l'instructipn primaire qui paraisse encore.

Le Manuel général a été fondé par M. Guizot, en octobre 1832, quelques mois avant l'adoption par les Chambres de la célèbre loi du 2.S juin 1833. A cette époqueoù tout était àcréer.budrçet scolaire, maisons d'écoles, méthodes, matériel, et jusqu'aux cadres mêmes de l'enseignement primaire, y compris les écoles normales, il parut utile au nouveau ministre de l'instruction publique de fonder un recueil périodique à l'usage des écoles primaires de touslesdegrés.Cerecueildevaitcomprendre: a l' la publication de tous les documents relatifs à l'instruction populaire en France ; 2° la publication de tout ce qui intéresse l'instruction primaire dans les principaux pays du monde civilisé ; 3° l'analyse des ouvrages relatifs à l'instruction primaire; 4" des conseils et des directions propres à assurer les progrès de cette instruction dans toutes les parties du royaume. » Pour présenter toutes les garanties désirables, le journal devait être confié « à un haut fonctionnaire de l'Université, sous la direction du Conseil royal» . Le rapport de M. Guizot, approuvé par le roi Louis-Philippe, qui trace ainsi au journal des principes généraux qu'on peut aujourd'hui encore retrouver dans sa rédaction, est du 19 octobre 1832; par un arrêté du ministre en date du 20 du même mois, « M. Matter, inspecteur général des études, fut chargé, sous la surveillance du Conseil royal, de la rédaction du Manuel général de l'instruction primaire ; » quatre maisons de librairie, celles de MM. L. Hachette, Levrault, Firmin Didot frères et Jules Renouard, se partagèrent le soin de sa publication par séries annuelles de numéros paraissant une fois chaque mois. En 1834, M. Matter fut remplacé comme rédacteur officiel du Manuel général par M. Lorain, l'auteur du célèbre Tableau de Viiistruction primaire en France, qui avait si bien démontré l'urgence des réformes scolaires entreprises par le gouvernement de Juillet.

Mais le Maîiuel général ne garda pas longtemps ce caractère officiel qui avait pu avoir sa raison d'être à l'origine. En 1840, il se borne à publier, dans son Bulletin officiel de l'instruction primaire, les actes émanant du ministère de l'instruction publique; pour la partie pédagogique, il se fond avec un autre journal, llnslituteur, et s'intitule : V Instituteur, Manuel général de l'instruction primaire. En 1844, il reprend son premier titre.

Les noms que nous trouvons, à cette époque, le plus souvent répétés dans ses colonnes sont ceux de MM. Lamotte, Salmon, Sardou, Meissas, Bernard JuUien, qui lui continua une longue collaboration. En 1845, nous y voyons apparaître pour la première fois le nom de M. Théod. H. Barrau *, qui e n devint, vers 1847, le principal rédacteur, et, en 1850, le rédacteur en chef, donnant à la publication le cachet de sa propre personnalité, toute de bon sens et de mesure, et se faisant bientôt, dans des circonstances très délicates et très difficiles, l'organe le plus autorisé des instituteurs.

Lorsque vinrent, en effet, les événements do 1848, sous l'influence du mouvement qui agitait la France et l'Europe entière, cédant d'ailleurs à des sollicitations émanant du gouvernement lui-moni»», un certain nombre de maîtres se laissèrent entraîner à jouer dans leurs communes un rôle politique, toujours dangereux, surtout en temps de crise, dans un pays divisé comme le nôtre. M. Barrau, sans méconnaître les droits des instituteurs en tant que citoyens, ne cessa de les rappeler à la

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