‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 151 sur 573 · État de l'instruction publique avant · texte numérisé non relu

État de l'instruction publique avant

— V. Champagne.

2. Développement do l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — Nous n'avons pas de renseignements qui nous permettent de faire l'histoire de l'instruction primaire dans la Marne durant la Révolution, le Consulat, l'Empire et la Restauration. Nous nous bornons à renvoyer à ce qui a été dit de l'état des écoles primaires sous ces différents régimes à l'article général France.

Statistique comparée de 1829 a 1881-1882. -— Voici les données que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans le département de la Marne depuis la fin de la Restauration, époque où fut faite la première statistique des écoles primaires.

Nombre des communes dépourvues d'écoles. — En 1837, le département comptait 47 communes n'ayant aucune école, et 519 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il n'y avait plus que 11 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1878, on ne trouve plus de communes sans écoles; mais 7 communes de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques de filles.

Nombre des écoles primaires publiques et libres.

— Le nombre total des écoles primaires était, d'après VAlmanach de l'Université^ de 638 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résumé dans le tableau ci-après :

1829 d'après la statistique offic'i<=.

187fi-77 — —

Division des écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixtes et écoles de filles.

Écoles

de garçons mixtes de filles

1850 702 (y compris les 153 855

écoles mixtes

Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.

Kcoles publiques

Ecoles libres

Écoles laïques Écoles congréganistes

isb:{

de garçons ou mixtes

de filles

de garçons . ...

ou mixtes "® """

Total

Nombre d'institutews et d'institutrices, y compris les adjoints et les adjointes.

Instituteurs

Institutrices

La'iques.

Congrég

Laïques.

Congrég

Total.

Nombre total d'élèves et nombre des élèves gratuits dans les écoles piHmaires de toute nature.

Total des élèves Élèves gratuit»

1832 (année civile).... 40 533

1876-77 (année scolaire).. 53460

Manque

Manque 28 753 30 451 32795

Gratuité

En 1832, il y avait 1202 élèves inscrits sur 10 OOO habitants; en 1840, 1538; en 1863, 1456; en 1876- 1877, 1333, et 1310 en 1881-1882.

Ecoles maternelles {Salles d'asile).

Nombre Nombre

des établissements des élèves

Nombre des cours d'adultes et de leurs auditeurs.

Nombre de cours Nsnibre d'auditeurs

Hommes Femmes Hommes Femmes

Brevets. — Le nombre des brevets délivrés de 1833 à 1882 inclusivement a été le suivant :

Instituteurs.

1833-1850. 619 brevets élémentaires, 10 brevets supérieurs.

— obligatoires,

— élémentaires,

complots.

— facultatifs ou complets.

— supérieurs..

Institutrices .

26 bt-evets élémentaires, 11 brevets supérieurs.

418 — obligatoires, 77

100 — élémentaires, 11

complets, facultatifs ou complets,

Certificats d'études primai^^es. — Les examens du certificat d'études primaires ont été introduits dans le département de la Marne en 1867; mais

MARNE

MARNE

!es résultats connus ne remontent pas au delà de 1872. En voici le tableau :

Nombre de candidati Cerlidcats obtenu

Garçons Filles Garçons Fillci

Bésutlats de l'instruction. — Les deux tableaux ci-dessous indiquent le degré d'instruction des conscrits et des conjoints :

l^ombre de conscrits sachant au moins lirCy de 1827 à 1882 inclusivemenl.

Manque

CLASSES

NOMBRE DES CONSCRITS

Examinés

Sachant

iu moins

lire

Combien pour 100

lO" 13»

En 1827-1829 la moyenne de l'instruction des conscrits était de 44.8 0/0; dans le département de la Marne cette moyenne était de 71.1 0/0, soit 26.3 0/0 au-dessus de la moyenne générale. La classe de 1882, en portant l'instruction des conscrits dans le département de la Marne à 93.8 0/0, réalise ainsi un progrès total de 22.7 0/0 pour la période de cinquante-trois années qui s'est écoulée de 1829 à 1882, soit un progrès annuel de 0.4; progrès suffisant pour maintenir ce département au-dessus de la moyenne générale qui est actuellement de 89.9 0/0.

Nombre de conjoints, sur 100, ayant signé leur acte de mariage.

Années Hommes Femmes , Hommes et femmes

Budget de l'instruction primaire. — Nous donnons ci-dessous le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire pour les vingthuit dernières années, de 1855 à 1882 :

ANNEES

IlÉTHinU- TIOX

scolaire

k PAIIT.

^ e ^ se ^

Gratuité.

SUBVENTIONS

du département

51 427 oO 322 48 728 53 405

de ITUt

En 1863, la dépense moyenne par tête d'élève des écoles publiques était de 10"",34, soit 87 centimes au-dessus de la moyenne générale qui était à la même date de 9'%47. En 1876, cette dépense était de W%11, la moyenne générale étant de 1"",83. En 1882, la dépense par têto d'élève dans le département de la Marne était de 28'',81, tandis que la moyenne générale était de 2H',77.

Etat actuel de l'instruction primaire. — Voici la situation de l'instruction primaire dans le département de la Marne pendant l'année scolaire 1882-1883.

. Nombre d'écoles. — Le nombre des écoles primaires est de 1033 (942 écoles publiques et 91 écoles libres). Aucune commune n'est entièrement dépourvue d'écoles. 4 communes de plus de 500 habitants n'ont pas encore d'école publique de filles (ce nombre était aussi de 4 en 1882). Sur les 1033 écoles primaires du département, il y a 874 écoles laïques (261 écoles de garçons, 177 de filles et 436 mixtes) et 159 écoles congréganistes (18 de garçons, 137 de filles et 4 mixtes).

Division des écoles de toute nature d'après le nombre de classes qu'elles possèdent:

Publiques. Libres.

Écoles à 1 classe 839 32

— 8 — et au-dessus. I '^

Totaux 9*i '^1

Division des écoles publiques d'après le nombre des élèves que les classes reçoivent:

Classes de 50 élèves et au-dessous.... 890 soit 76.70/0

- de plus de 50 élèves llO — 9.oO/0

(>ii — 65 — 5.6 0/0

MARNE

MARNE

Les moyennes correspondantes pour toute la France sont : 55.2 0/0, 18.9 0/0, 12.3 0/0, 7 0/0, 6.6 0/0. D'où il résulte que sous le rapport de la répartition du nombre d'élèves par classe, le département se trouve dans une bonne situation.

Kombre d'élèves. — Les enfants qui ont fréquenté les écoles primaires pendant l'année scolaire 1882-1883 sont au nombre de 56 599 (au lieu de 55 237 en 1881-1882). Ce nombre peut se décomposer en :

Elèves des écoles publiques 47 515 )

— — libres 9 084 ]

Garçons 27 992

Filles 28 607

Elèves des écoles laïques 41 205 )

— — congréganistes.. 15 394 i

Elèves des écoles

( de garçons... 20 856 \

l de filles 21921 \ 56599

f mixtes 13 822 )

Les élèves d'âge scolaire figurent dans ce nombre de 56 599 pour 47 699. D'après le recensement de 1881, le nombre des enfants de cet âge pour le département de la Marne est de 50 300, d'où il résulterait que 2691 enfants d'âge scolaire ne fréquentent pas les écoles primaires. Il convient toutefois de retrancher de ce nombre 1696 enfants de 6 ans et au-dessus, inscrits dans les écoles maternelles publiques ou libres, ce qui réduit à 1000 le nombre des enfants de 6 à 13 ans qui ne fréquentent pas les écoles primaires. Ce nombre de 1000 équivaut probablement à celui des «nfants recevant l'instruction dans des établissements d'enseignement secondaire ou dans leurs familles.

Certificat d'études primaires. — Le résultat des examens pour le certificat d'études primaires a été le suivant en 1883 :

Garçons.

Filles...

Totaux.

Nombre de candidats.

Nombre de cerlificalt obtenus.

un effectif de 1523 maîtres ou maîtresses, dont nous donnons le détail en deux tableaux.

!• Pour les écoles publiques:

Titulaires avec brevet supérieur

Titulaires avec brevet élémentaire

Titulaires sans brevet....

Adjoints brevetés

— non brevetés . . . .

Instituteurs La'iques Gongr.

Inslilutricej Lutïques Congr.

2» Pour les écoles libres :

Titulaires brevetés. ...

— non brevetés.

Adjoints brevetés. ...

— non brevetés.

Instituteurs

Laïques Congr.

InslUutrices

Laïques Congr.

Maisons d'école. — La situation au 1" septembre 1883 est résumée dans le tableau suivant :

Nombre et nature des maisons d'école.

Appartenant „ ... ,

aux communes. Prêtées. Louées

De garçons ou mixtes. 672 3 16

Le filles 225 9 17

Totaux..., 897 12 33

Total.

Parmi les maisons d'école appartenant aux communes, 224 sont l'objet d'une demande d'amélioration. Le montant des sommes payées pour loyers de maison d'école s'élève à 10 625 francs.

Le chiffre des subventions accordées par l'Etat à diverses communes du département de la Marne pour construction ou réparation de maisons d'école et pour acquisition de mobilier scolaire, durant les sept dernières années, est le suivant :

Nombre des communes.

Subventions de l'Etat.

45 900 fr.

Totaux..

2 372 721 fr.

Ecoles maternelles. — Le département compte, en 1883, 79 écoles maternelles (6i publiques et 15 libres). Sur les 64 écoles maternelles publiques, 27 sont dirigées par des directrices laïques et 37 par des directrices congréganistes. Toutes les directrices laïques sont munies du certificat d'aptitude; parmi les directrices congréganistes, 13 n'en n'ont pas. Sur les 15 écoles maternelles libres, 3 sont dirigées par des laïques et 12 par des congréganistes; 4 directrices congréganistes n'ont pas de titres de capacité. Les directrices publiques laïques sont secondées par 16 sousdirectrices dont 14 sont pourvues de titres de capacité ; les directrices publiques congréganistes sont secondées par 21 sous-directrices dont 8 sans titre de capacité. On trouve également 4 sous-directrices d'écoles maternelles libres congréganistes, dont 3 sans titre de capacité.

Les écoles maternelles ont reçu, pendant l'année 1882-1883, 12 849 élèves (403 de plus qu'en 1881-1882), répartis comme suit :

:oles maternelles ) laïques 4 890 ) iiona

publiques | congréganistes 6 912 )' |

Écoles maternelles | laïques

libres (congréganistes

Les enfants de 6 ans et au-dessus, c'est-à-dire d'âge scolaire, figurent dans ce nombre pour -1690.

Ecoles normales et cours normal. — Le département de la Marne possède une école normale d'instituteurs et une école normale d'institutrices:

L'école normale d'instituteurs, fondée à Châlons en 1833, contenait en 1883 91 élèves-maîtres.

L'école normale d'institutrices, installée également à Châlons, a été ouverte en 1880. Elle contenait en 1883 61 élèves-maîtresses.

Ecoles primaires supérieures. — Le tableau cidessous donne la statistique de ces établissemoiits à la fin de 1883:

NOMBRE

NOMBRE

d'Établissements.

le

n fa

es

es ^

Garçons

Filles

MARNE (HAUTE) - 1847

MAIINE (HAUTE-)

Bibliothèques scolaires et bibliothèques pédagogiques. — Voici la situation au 1" janvier irffei :

Bibliothèques scolairct Ci7

Nombre de livres de lecture 1 1 1 0G6

Bibliothèques pédagogiques 28

Nombre de volumes 7 062

En 18G3, le département ne possédait que 128 bibliothèques scolaires contenant ensemble 10 274 volumes de toute nature.

fonctionnent en 1884 dans le département. Voici leur mouvement pendant l'année 1883 :

Recettes de l'exercice 1882 54 349 fr.

Dépenses 31532

Somme en caisse à la clôture de l'exercice 22 81 7 fr.

Avant l'application de la loi du 28 mars 1882, qui a rendu cette institution obligatoire, le département possédait déjà 16 caisses de ce genre dont l'actif était en 1881 de 10128 francs.

Caisses d'épargne scolaires. — Elles existent dans le département depuis 1875. Voici leur situation en 1879 et en 1884 :

NOMBRE

SOMMES

Années.

inscrites

de caisses. de livrets.

à ces livrets

600 198 fr.

Société de secours mutuels, — La Société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 18G3, est en voie de prospérité. Elle ne comptait en 1879 que 426 membres et un actif qui n'atteignait pas 61000 francs. Elle compte en 1884 616 membres, et son actif s'élève à 109030 francs.

Bulletin scolaire. — Le Bulletin officiel de Vinstruction primaire du département de la Marne, dont la fondation remonte à 1866, paraît régulièrement tous les mois, en format in-S». Il est envoyé gratuitement à toutes les écoles publiques, dont il devient la propriété, et reçoit à cet effet une subvention du Conseil général.

'marne (Département de la HAUTE-). — Superficie : 6220 kilom. carrés. Population : 254 876 habitants en 1881, au lieu de 252 448 en 1876. Densité moyenne de la population par kilom. carré : 41 habitants, au lieu de 71 habitants, chiffre de la densité moyenne de la France. 3 arrondissements, formant 5 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Ghaumont (F'), Ghaumont (2'^), Langres (T'), Langres (2^) et Vassy; 28 cantons, 650 communes, dont 221 de iûO habitants et audessus.

Le service de l'inspection primaire dans le département de la Haute-Marne est réparti comme suit :

MOMBRE

UKCOSSCRIPTIONS.

d'écofes

de cl

asses

d'élèves

pubi.

libr.

publ.

libr.

publics

libres

Ghaumont (1").

Langres (!■••) .

Vassy

Population d'âge scolaire. — En IS'C on comptait 1!S.386 enfants de 0 à 13 ans (14 681 garçons et 13 70.') filles), soit 11.24 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. En 1881 on ne compte plus que 23211 enfants de 6 à 13 ans (11927 garçons et 11284 filles), soit 9.11 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. C'est une diminution de 5175 enfants de 6 à 13 ans pour une période de cinq années, tandis que pendant la môme période la population totale s'est accrue de 2'»28 habitants.

1. État de l'instruction primaire avant 1789. — La plus grande partie du territoire de la Haute- Marne était comprise dans l'ancienne province de Champagne (V. Champagne). Une étude intéressante sur l'état de l'instruction primaire avant 1789 dans les communes qui ont formé ce département se trouve dans l'ouvrage publié par M. Fayet sous ce titre : Recherches historiques et statistiques sur les communes et les écoles de la Haute- Marne, Paris et Langres, 1879. Les recherches de M. Fayet, malheureusement, ne remontent pas très loin ; son livre ne nous fournit aucun renseignement sur ce qu'ont pu être les écoles de la Haute-Marne au moyen âge, ni pendant les xv"' et xvi' siècles et la première moitié du xvii*.

Il constate qu'en 1680, le nombre des communes de la Haute-Marne qui possédaient une école était de 235; en 1700, ce nombre s'élevait à 394; en 1750, à 500; en 1790, à 527.

M. Fayet a extrait du registre des décisions du bureau établi en 1739 par Ms' Gilbert de Montmorin, évoque de Langres, pour ie gouvernement de son église, diverses notices relatives au fonctionnement des écoles durant la première moitié du XVIII* siècle. Il résulte de ce registre que l'évêque possédait le droit d'approbation à l'égard des maîtres d'école, et qu'il entendait revendiquer ce droit dont l'exercice avait été négligé par ses prédécesseurs. Le bureau décida de faire imprimer des « cadres » pour l'approbation des maîtres en fonctions et de ceux qui seraient nommés h l'avenir ; la formule de ces cadres était ainsi conçue : a Vu le bail fait par la communauté de X. au sieur N. pour faire les fonctions de maître d'école audit lieu, et l'attestatiou du curé de la paroisse, nous avons par ces présentes approuvé et approuvons ledit N, en ladite qualité de maître d'école, à la charge de se conformer aux règlements que nous ferons pour tout ce qui concerne leurs fonctions. » Le curé, comme on le voit, devait fournir des renseignements sur les mœurs et la capacité du candidat. L'évêque, ayant le droit d'approuver, avait aussi celui de révoquer, et il en usait ; ainsi le registre du bureau, à la date du 7 juin 1741, mentionne la révocation du sieur Soquard : a Vu la requête présentée par les habitants de Darniannes, vu le procès-verbal du curé par lequel il conste que le nommé Jacques Soquard, recteur d'école, ne s'acquitte pas de ses devoirs, » l'approbation est retirée à ce maître, et les habitants de Darmannes reçoivent l'ordre d'en choisir un autre.

Les baux ou traités conclus entre les habitants et les maîtres d'école font connaître la natUL-'^ des services qu'on exigeait du maître, et la maiiicro dont ces services étaient rétribués. Ces traités ne diffèrent pas beaucoup dune commune à l'autre; il suffit donc d'une citation pour donner une idée de ce que renferment en général ces documents. Voici le passage essentiel du bail pur lequel la paroisse de Germainvilliers, en 1683, confi.» pour trois ans la charge de régent des écoles à Nicolas

Bresson : ^,. - j u-

« Ledit Bresson sera tenu et oblige de bien exercer la charge de régent des escolles audit lieu de Germainvilliers, bien et deuement démontrer et enseigner les cnfans suivant leur capacité, tant au sçavoir de Dieu leur créateur, îi lire et escrire,

MARNE (HAUTE

1848 — MARNE (HAUTE-

de même que le plain chant, ortograffe et arittemétique ; assister le sieur Curé à l'église, en tous les services divers, administration des sacrements; sonnerie matin, à midi et le soir pour les Angélus, de môme qu'au temps d'orages et aussi que d'autres circonstances, de même que la veille de Saint- Jean-Baptiste pendant vingt-quatre minutes, porter l'eau bénite, de mars et d'avril tous les dimanches par toutes maisons sans exception. Moyennant quoi, lesdits habitans seront aussi tenus et obligés de payer et livrer, savoir la somme de 100 francs monnoies barrois pour chaque année, et un boisseau de blé froment comble par chaque ménage. Et pour le payement des enfans qui seront sous la charge dudit Bresson à l'ordinaire, qui est six gros pour ceux qui escrivent et trois gros pour ceux qui sont à leur commencement et pour chaque mois. Et pour les rétributions des obits de fondation se payeront par l'église à l'ordinaire. Outre ce, sera aussi obligé et tenu ledit Bresson de dire et chanter le salut en l'église dudit Germainvilliers pendant le caresme et depuis la feste de Pasques jusques à celle de Saint-Jean-Baptiste, après les cloches sonnées au préalable. »

Du reste la situation des petites écoles avant 1 789 était, dans la Haute-Marne, ce qu'elle était dans le reste de la France ; et nous pouvons nous borner à renvoyer au tableau général qui en a été fait à l'article France, p. 1052 du Dictionnaire.

2. Développement de l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — Epoque de la Révolution. — Le livre de M. Fayet contient des renseignements extrêmement précieux sur l'état des écoles dans la Haute-Marne durant la période révolutionnaire ; et nous ne pouvons que remercier cet auteur d'avoir contribué — bien involontairement sans doute — à mettre en pleine lumière les efforts énergiques qui furent tentés par la Convention et les républicains de 1793 et 1794 pour créer un système efficace d'éducation nationale.

C'est le décret du 29 frimaire an II ou décret Bauquier (V. Convention, p. 552) qui a organisé pour la première fois l'instruction primaire, en la rendant obligatoire et gratuite, et en assurant un traitement de 20 livres par élève et par an aux instituteurs, de 15 livres par élève et par an aux institutrices. Ce décret a été en vigueur jusqu'au moment où il a été remplacé par celui du 27 brumaire an HI, c'est-à-dire pendant onze mois. On pourrait être tenté de croire que, vu les circonstances (ces onze mois correspondent précisément à l'époque qu'on a appelée la Terreur), le décret était resté lettre morte, que les écoles n'avaient pas été ouvertes, et surtout que la République n'avait pas trouvé d'argent pour payer les éducateurs de la jeunesse. Or, M. Fayet démontro, pièces en mains, que les écoles créées par le décret du 29 frimaire ont eu une existence bien réelle, et que le salaire des instituteurs et des institutrices a été régulièrement payé chaque trimestre. Pour le seul district de Chaumont, il a retrouvé les noms de 80 instituteurs et de 17 institutrices qui ont touché les mandats trimestriels de paiement. Et il fait mieux encore : il publie une circulaire envoyée en date du 26 messidor an II par le commissaire de la trésorerie aux receveurs de district et aux payeurs généraux, et qui explique le mécanisme financier grâce auquel ces paiements ont pu se faire malgré la détresse du Trésor : «Le paiement des salaires des instituteurs et institutrices des écoles primaires, dit la circulaire, doit être fait par toi chaque trimestre des deniers de la recette, ou, à défaut de fonds suffisants, au moyen dii sommes qui te seront avancées par le payeur général du département^ sur le mandat portant le nombre

des enfants qui, pendant chaque mois, auront suivi les écoles de l'instituteur ou de l'institutiice et la somme qui leur sera due. Ces mandats devront être signés du maire, de deux officiers municipaux et de deux membres de la commune, et visés par le directoire du district. »

Le décret du 27 brumaire an III ou décret Lakanal (V. Convention, p. 563) modifia l'organisation créée par le décret Bouquier ; il prescrivit l'établissement d'une école par 1000 habitants, confia la nomination des instituteurs et institutrices à un jury d'instruction de trois membres désignés par l'administration de chaque district, et accorda un traitement annuel de 1200 livre» aux instituteurs et de 1 000 livres aux institutrices. Ce décret fut aussi ponctuellement exécuté que le précédent. M. Fayet reproduit le procèsverbal, en date du 15 frimaire an III, de la nomination des trois membres du jury d'instruction du district de Chaumont, les citoyens Usunier, membre du département, Laloi, maire de Chaumont, et Hébert, receveur du district. Le district comptant 48 379 habitants, il y avait 48 écoles à y établir : le jury consacre ses séances des 16, 20 et 24 frimaire à déterminer l'emplacement et la circonscription de chacune de ces écoles, et dès le 26 frimaire il rédige une adresse invitant les personnes qui se destinent aux fonctions d'instituteur ou d'institutrice à se présenter devant lui. Voici les termes mêmes du passage essentiel de ce document :

« Pour nous, citoyens, qui sommes chargés de l'honorable fonction d'élire et de surveiller les instituteurs et les institutrices, nous la remplirons avec impartialité, nous n'aurons en vue que le bien public et la saine éducation de la jeunesse. Pour procéder avec plus d'ordre, de célérité et de discernement au choix que nous devons faire, nous prévenons ceux et celles qui se destinent aux fonctions d'instituteurs et d'institutrices :

» 1° Qu'ils pourront se présenter d'ici au 20 nivôse, tous les jours indistinctement, depuis une heure après midi jusqu'à trois, aux séances du jury, qui se tiendront au bureau des contributions du département, les hommes les jours impairs, et les femmes les jours pairs ;

» 2° Que chacun d'eux devra être muni d'un certificat de civisme, de bonnes vie et mœurs du conseil général de sa commune, visé par le directoire du district.

» Nous invitons aussi les conseils généraux des communes d'engager les citoyens et citoyennes qu'ils croiront propres aux fonctions d'instituteurs et d'institutrices à se présenter dans le délai fixé, et à nous indiquer ceux qui, réunissant les talents au civisme, trouveraient dans leur modestie un prétexte pour rester dans l'oubli. »

Cet appel ne produisit pas tous les résultats que souhaitait le jury. Aussi le 25 nivôse, l'agent national s'exprimait-il ainsi dans une assemblée du conseil général du district :

« Vous deviez croire que tous les citoyens et citoyennes qui désirent la restauration de l'instruction publique et qui, parleurs talents, sont à même de l'opérer, s'empresseraient de se faire inscrire et que le nombre des concurrents n'eût laissé d'embarras que sur le choix : cependant je suis instruit qu'il ne s'est encore présenté qu'un très petit nombre de citoyens, et, parmi les aspirants, il en est très peu que leurs talents rendent dignes de ces places : la levée de la première réquisition nous a enlevé un grand nombre da jeunes gens qui y seraiejit infiniment propres; peut-être aussi faut-il accuser l'insouciance des municipalités... Pour ne pas retarder plus longtemps l'organisation des écoles primaires, je vous invite à faire à cet égard un nouvel avertissement

MARNE (HAUTE-) — 1840

MARNE (HAUTE-

aux communes. Je propose en môme temps de leur faire connaître à toutes la distribution que vous avez faite de votre territoire, pour désigner les chefs-lieux où sont fixées les 48 écoles primaires dont vous avez arrêté l'établissement ; vous savez que les localités n'ont pas permis de donner à cette distribution toute la perfection que vous auriez désirée; en vain le jury d'instruction «'est-il livré au travail le plus opiniâtre pour surmonter les obstacles que le territoire présentait, il en a rencontré d'insurmontables dans la dispersion de la population ; il se trouve un p;rand nombre de petites communes, telles que la Villeâu-Bois, qui sont éloignées d'une lieue de toute autre habitation ; comment alors les enfants des cultivateurs, qui n'ont que la saison de l'hiver pour se livrer à l'étude, pourront-ils, au milieu des neiges et des frimats, aller chercher l'instruction à une lieue du toit paternel? Il est vrai que la Convention nationale s'est réservé le droit d'établir, par un décret particulier, de secondes écoles primaires dans les lieux où la population est trop dispersée; il importe donc que les communes intéressées vous manifestent leurs vœux à cet égard pour que vous puissiez les transmettre aux législateurs... Il importe aussi que les municipalités dans le sein desquelles seront établies les écoles primaires vous fassent promptement connaître quelles ressources offrent les localités pour loger les instituteurs et institutrices, afin que vous soyez à même de remédier aux inconvénients qui pourraient exister à cet égard. »

Le conseil général du district vota les propositions de l'agent national, et adressa lui-même un nouvel appel aux aspirants et aux aspirantes. Nous ignorons s'il fut possible au jury de pourvoir complètement d'instituteurs et d'institutrices les 48 écoles publiques du district; M. Fayet néglige de nous renseigner sur ce point ; il se borne à nous faire connaître la formule des nominations faites par le jury, en reproduisant le diplôme délivré par celui-ci à Claude Finot, nommé instituteur pour les communes de Bricon, Blessonville et Braux. Il est libellé en ces termes :

a Nous, commissaires composant le jury d'instruction, vu le certificat délivré le 18 nivôse dernier par le conseil général de la commune de Bricon, visé par l'administration du district de Chaumont le 18 du même, constatant le civisme et les bonnes vie et mœurs du citoyen Claude Finot, arpenteur ; après nous être assurés par un examen attentif que ledit Claude Finot réunit à la capacité suffisante le talent d'enseigner la jeunesse, le nommons instituteur pour les communes de Bricon, Blessonville et Braux. Claude Finot résidera à Bricon et y tiendra l'école primaire sous notre surveillance et celle des autorités constituées, à charge par ledit Claude Finot de se conformer exactement aux dispositions de la loi du 27 brumaire dernier, notamment à celles qui concernent l'instruction. Et sera la présente nomination, avant d'avoir son effet, présentée à la confirmation du district de Chaumont. »

M. Fayet a retrouvé les mandats de paiement du traitement de 36 instituteurs et de 14 institutrices du district de Chaumont, sous le régime du décret du 27 brumaire an III.

Il faut noter que tout en instituant des écoles primaires publiques, le décret reconnaissait le droit des citoyens d'ouvrir des écoles libres. Dans un très grand nombre de communes, M. Fayet l'a constaté, les instituteurs qui n'avaient pas obtenu une nomination du jury continuèrent à exercer comme instituteurs privés.

En floréal an III, le représentant Dupuis, l'un des cinq commissaires envoyés par la Convention pour assurer la prompte exécution des lois sur rinstruction publique, arriva à Langres; il prit

divers arrêtés concernant l'organisation de l'instruction primaire dans le département, et en particulier autorisa l'administration à ordonner, dans les grandes communes et les chefs-lieux de district, la réunion des instituteurs dans un même local, afin qu'ils pussent se partager les divers objets d'instruction auxquels ils seraient le plus propres et arriver plus sûrement au but proposé. Il ordonna aussi que les instituteurs en exercice seraient payés sur l'ancien pied jusqu'au jour de la nomination des nouveaux instituteurs, s ils justifiaient avoir continué leurs fonctions. Il arrêta enfin que l'école centrale de la Haute-Marne serait installée dans l'ancien collège de Langres.

Le décret du 3 brumaire an IV marque, on le sait, un recul considérable, une véritable désertion des principes que la Convention avait proclamés pendant l'époque révolutionnaire. Ce décret, qui a régi l'instruction publique de l'an IV à l'an X, porte qu'il y aura par canton o une ou plusieurs écoles primaires », au gré de l'administration du département; il rétablit la rétribution scolaire et n'alloue aucun traitement à l'instituteur, auquel la République n'est plus tenue de fournir qu'un local, ou à défaut une indemnité do logement. En exécution de cette loi, six jurys d'instruction sont établis en floréal an IV dans le département de la Haute-Marne, à Chaumont, Langres, Joinville, Bourbonne, Bourmont et Saint- Dizier, pour examiner les instituteurs et leur délivrer des attestations portant qu'ils sont en état de remplir la place pour laquelle ils ont concouru. Le jury de Chaumont examina 45 instituteurs en l'an IV, et continua régulièrement ses fonctions jusqu'en l'an X. On n'a retrouvé que peu de traces des opérations des cinq autres jurys. La nomination des instituteurs, aux termes du décret du 3 brumaire an IV, appartenait à l'administration du département ; l'administration de !a Haute-Marne en nomma 135 en l'an IV et en l'an V : la plupart étaient déjà en fonctions sous le régime des décrets précédents.

« Les nombreux détails dans lesquels nous sommes entrés, dit M. Fayet, en concluant son exposé de l'état de l'instruction primaire durant l'époque révolutionnaire, prouvent que dans la Haute- Marne, dans le district de Chaumont surtout, les jurys d'instruction comme les administrations de département n'ont cessé de déployer, pendant toute la période révolutionnaire, l'activité la plus grande et le zèle le plus ardent pour organiser ou réorganiser les écoles primaires, conformément aux lois qui leur étaient transmises. » Malheureusement, de même que la Convention décimée avait abouti, en politique, au Directoire, les plans d'instruction publique des Condorcet, des Romme, des Lakanal, désavoués par la réaction de l'an IV, firent place à la triste loi du 3 brumaire, que le Consulat devait remplacer par une loi plus mauvaise encore.

Le Consulat, l'Empiue et la Restauration. — La loi du 11 floréal an X remet l'instruction primaire au bon vouloir des communes; elle ajoute que les sous-préfets rendront compte de l'état des écoles primaires, une fois par mois, aux prcfets; mais, comme le fait observer M. Fayet, c'était décréter une chose impossible, et « cette disposition, dans la Haute-Marne du moins, paraît n'avoir jamais reçu une exécution sérieuse. » Les communes renouvellent l'ancienne coutume da bail conclu avec l'instituteur; et à lire ces documents rédigés sous le Consulat, on se croirait revenu à l'ancien régime : l'instituteur redevient sonneur de cloches, fossoyeur et poi'teur d'eau bénite à domicile. Le résultat do ce système lut que l'enseignement primaire devint à peu pros nul. Une lettre du maire de Suzennccourt adressée en septembre 1SU2 au préfet do la Haute-

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