‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 155 sur 573 · MARTINIÈRE (ÉCOLE LA · texte numérisé non relu

MARTINIÈRE (ÉCOLE LA

et ceux qui l'ont entendu dire ne paraissent pas beaucoup s'en inquiéter. A peine est-il question des filles dans les trente lois d'instruction primaire qui, depuis cinquante ans, sont sorties de nos fabriques législatives. »

C'est encore un honneur pour Aimé Martin d'avoir répandu ou entretenu, autant qu'il était en lui, dans l'opinion publique, le sentiment de la puissance bienfaisante de l'éducation et de l'instruction du peuple. Au cours de son livre, il trace l'esquisse d'un projet de loi sur l'jnstruction publique, qu'il formule ainsi :

« Article unique. — La nation redevenue libre par la grâce de Dieu et de Louis XVIII, le roi législateur, reconnaît qu'elle a le droit et le devoir de s'instruire. Voulant donner un exemple utile au monde, elle déclare qu'elle s'inscrit ellemême sur le budget de l'Etat dans cette pensée sainte d'acquérir l'instruction qui lui manque, et de répandre cette instruction jusque sur les membres les plus infimes du souverain.

» Pour accomplir cette mission divine d'élever tout un peuple à l'intelligence et à l'amour de Dieu, du beau et de la vérité, soixante-dix millions seront portés chaque année au budget du ministre de l'instruction publique. »

C'était d'excellente inteniion, bien qu'on puisse remarquer que nous avons aujourd'hui à peu près doublé le chiffre budgétaire auquel s'arrêtaient les prévisions, alors bien utopiques, d'Aimé Martin.

Mais il est vrai de dire qu'à serrer tant soit peu l'étude de son livre, ce qu'on y trouve de plus louable, ce sont précisément les bonnes intentions. Bien au-dessous, non seulement de la grâce ineffable de Fénelon et du solide bon sens de l'abbé Fleury, mais aussi de toutes les qualités d'observation délicate et profonde de M™^ Necker de Saussure, de M^e Guizot et de M^^e de Rémusat, ou de l'esprit élevé et pratique de M^^ Campan, Aimé Martin est, comme l'a si bien dit M. Gréard, « un de ces écrivains à la suite, qui expriment le sentiment général d'une époque avec d'autant plus de fidélité qu'ils ont peu d'idées personnelles. » Son livre, de difficile analyse, parce qu'il ne se pique guère de précision, comprend quatre livres ; le premier traite de l'influence des femmes et de la nécessité de leur éducation; les trois autres ont pour titre commun : « Education de l'âme », et contiennent d'abord une sorte de psychologie passablement flottante et nuageuse, puis des aperçus, selon la pensée et quelquefois selon la manière de Bernardin de Saint-Pierre et de Chateaubriand, sur le rajeunissement du genre humain par. l'influence d'un christianisme épuré et idéalisé. C'est la femme qui doit être le principal instrument, on pourrait dire linstrument exclusif, de cette rénovation dans la société et dans la famille. Si véritablement exclusif que, par une singulière omission, dont il s'est confessé lui-même, sans grande contrition d'ailleurs, Aimé Martin avait commencé par ne laisser aucune part au père dans l'éducation de l'enfant. Dans l' « Avis de l'auteur », placé en tête de la seconde édition, on lit ce qui suit : « Livre 1", chapitre XV. Ce chapitre répare un oubli; il indique le rôle du père dans l'éducation des enfants donnée par la mère. » Le livre d'Aimé Martin manque donc de mesure; on peut dire aussi qu'il manque de fond ; le ton sentencieux et à la Rousseau de quelques-unes de ses pages, les tirades sentimentales de beaucoup d'autres ; même, ce qui vaut mieux, les élans généreux, la chaleur d'âme qu'on y sent au-dessous des élégances voulues et des pastorales de convention, ne suffisent point h y tenir lieu des vues élevées et justes, sinon originales, ou des données pratiques et utiles qu'on croirait pouvoir trouver dans un ouvrage de ce genre.

En somme, Aimé Martin a été un ami, un apôtre, si l'on veut, de l'éducation, particulièrement de l'éducation des femmes et de l'enfant par les mères; à ce titre, son livre, qui a été beaucoup lu, a eu une bonne influence ; mais ce n'est pas le livre d'un pédagogue.

MARTIlV (Le major-général). — Claude Martin, né à Lyon en 173S, mort dans l'Inde en 1800 avec le grade de major-général dans l'arrnée anglaise, légua une somme de 200 000 roupios à chacune des villes de Lyon, Calcutta et Lucknow, pour y créer des établissements d'utilité publique. — V. ci-dessous Martinière [La).

MARTIMÈRE (ÉCOLE LA). — L'école la Martinière de Lyon est une école d'enseignement primaire supérieur et professionnel. La création de cette école est due à la libéralité testamentaire du major-général Martin, né à Lyon en 1735, et mort en 1800 au service de la compagnie des Indes anglaises. Le major Martin légua à, la ville de Lyon une somme de 700 000 francs environ, destinée à établir une institution « pour le bien public de cette ville ». La ville de Lyon n'entra qu'en 1826 en possession de ce legs, s'élevant à ce moment, en capital et intérêts, à 1 700 000 francs.

L'Académie de Lyon, chargée par le testament du choix de l'institution, avait décidé la création d'une école gratuite pour les enfants du sexe masculin, école qui devait recevoir le nom de Martinière (lécole la Martinière des filles est ouverte seulement depuis quelques années). Cette école s'ouvrit à titre provisoire, avec deux cours seulement, le 9 juin 1826, et à titre définitif le 2 décembre 1833.

La Martinière est une école complètement gratuite, même pour les fournitures scolaires. Elle n'admet que des élèves externes. Les enfants y entrent âgés de treize ans au moins, à la suite d'un concours d'admission portant sur la grammaire, l'arithmétique, l'histoire et la géographie.

Le nombre des élèves admis chaque année est de 300 environ. Le nombre des élèves présents à l'école, au début de Tannée scolaire, se décompose ainsi :

l^e année. . . . 300 élèves divisés en 3 sections ; 2* — .... 180 — -- 2 —

Total 620 élèves.

L'amortissement de la V^ à la 2* année a pour cause surtout l'impossibilité où se trouvent un certain nombre d'élèves de suivre l'enseignement rapide de l'école, et l'amortissement encore plus considérable de la 2^ à la 3® année a lieu surtout par suite du manque de ressources de beaucoup de familles.

Les matières enseignées sont les suivantes :

1'* année. — Mathématiques (arithmétique, algèbre, géométrie plane), dessin, grammaire, écriture, physique, histoire, géographie, travaux manuels, modelage et morale.

1* année. — Mathématiques (algèbre, géométrie dans l'espace, géométrie descriptive, trigonométrie, mécanique), dessin, grammaire, écriture, physique, chimie, histoire, géographie, travaux manuels, morale, comptabilité, anglais, étude théorique et pratique du tissage.

3' année. — Mathématit^ues (algèbre, géométrie descriptive, géométrie analytique, mécanique), dessin, langue française, physique, chimie avec manipulations, histoire, géographie commerciale, travaux manuels, morale, com^ptabilité, anglais, tissage.

En deuxième année les élèves sont exercés à des travaux de levé des plans et de nivellement sur le terrain.

En troisième année ils vont visiter, sous la

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direction des professeurs compétents, un certain nombre d'usines, soit chimiques, soit mécaniques. Ils ont à faire dans ces visites l'étude d'ensemble de l'usine, et une étude do détail, avec croquis. Chaque élève remet ensuite un rapport.

Le côté le plus saillant de la Martinière, celui auquel elle doit surtout les résultats remarquables qu'elle a produits, consiste dans des méthodes spéciales d'enseignement qui ne sont employées que chez elle.

M. ïabareau, doyen de la Faculté des sciences de Lyon et organisateur de la Martinière (182G), a imaginé, pour l'enseignement des sciences mathématiques et physiques, des méthodes susceptibles de mettre un professeur ordinaire à môme de faire travailler en même temps tous les élèves d'une classe très nombreuse (100 élèves) sans qu'aucun d'eux cesse un instant d'avoir son attention éveillée. Ce résultat est obtenu par un systèmed'interrogaiions soit simultanées, soit isolées, combinées avec des exercices faits constamment en classe, par les élèves, sur des planchettes de bois et des ardoises qu'ils ont entre les mains, exercices qui sont corrigés immédiatement par le professeur ou par le répétiteur. Une leçon n'est jamais faite à la Martinière sous forme purement orale ; la parole du professeur y est toujours intimement et constamment mêlée avec le travail personnel des élèves. La méthode Tabareau, qu'il serait trop long d'exposer en détail, est employée dans toutes les classes de la Martinière, même les classes de lettres.

L'enseignement du dessin, créé par M. Dupasquier, architecte, présente une originalité aussi remarquable que celui des sciences. Cet enseignement, organisé en 1833, supprimait absolument la copie de l'estampe. Partant de ce principe que faire exercer l'œil sans le jugement est peu rationnel, M. Dupasquier débuta par donner des leçons élémentaires de perspective linéaire, se bornant à la direction et au parallélisme des lignes, ainsi qu'au développement des surfaces, le tout dessiné sur l'ardoise. Puis, pour faire faire aux élèves l'application de cette étude aux modèles en relief, il créa des modèles exerçant simultanément l'œil, la main, l'intelligence, et servant à résoudre pratiquement les éléments de perspective. Enfin il compléta cette partie de l'enseignement par des modèles qui, quoique d'une conception simple, présentaient la plupart des difficultés à résoudre en perspective.

Le côté réellement original et heureux de la méthode Dupasquier ne consiste pas seulement dans le dessin sur l'ardoise, dans l'emploi de modèles spéciaux, et dans cette conception hardie de faire commencer l'étude du dessin par la perspective pour des enfants de douze ans (ils ont treize ans maintenant). Il consiste particulièrement aussi dans cet enseignement simultané qui manque malheureusement encore dans la plupart des cours de cette nature. Le cours de dessin de la Martinière est réellement une classe, au lieu d'être, comme presque toujours en pareil cas, un atelier.

La coordination en un ensemble raisonné des différentes études que M. Dupasquier introduisit successivement dans son cours lui permit et permet encore d'enseigner en deux années à des enfants de douze à quatorze ans n'ayant jamais dessiné : !• le dessin perspectif à main levée; 2° la perspective linéaire ; 3" le dessin de projection ; 40 enfin l'application du tracé des ombres et du lavis aui dessins perspectifs les plus compliqués.

Depuis quelques années s,ei>lement, on a ajouté a cet enseignement le cours de 3me année, qui comprend le complément de l'étude- des ombres et de ir perspective linéaire, le dessin architectural, enfin et surtout le dessin de machines, tant

au point de vue du trait qu'au point de vue du croquis coté d'ateliers.

Chaque classe de la Martinière — une classe comprend, comme nous l'avons dit p'us haut, jusqu'à 100 élèves — est dirigée par un professeur constamment assisté d'un répétiteur. Le personnel enseignant se recrute surtout parmi les anciens élèves de l'école, qui deviennent d'abord répétiteurs, puis professeurs. Les professeurs qui ne sont pas anciens élèves de l'école réussissent généralement très peu, parce que, n'étant pas imbus des méthodes spéciales de la Martinière, ils ne veulent pas ou ne savent pas appliquer ces méthodes. Seulement, pour suppléer à l'insuffisance de l'instruction première des élèves de l'école qui se destinent à l'enseignement, on leur fait suivre des cours qui les préparentau baccalauréat d'abord, et ensuite aux licences scientifiques.

Les élèves qui justifient, à la fin de la 3™« année d'études, d'une instruction suffisante, reçoivent le diplôme d'élève de la Martinière.

Près de 80 O/o des élèves entrent à leur sortie de l'école dans le commerce, la banque, ou dans l'industrie de la soierie. Les autres, ou coniinaent leurs études, ou se placent chez des ingénieurs, des architectes, ou dans les industries chimiques, ou dans la construction mécanique, ou enfin dans des industries diverses.

L'école a fourni ainsi depuis sa création près de 20 000 sujets k l'industrie et au commerce. La plupart des chefs de maisons de produits cliimiques, de teinture et de construction de machines, qui sont des industries importantes à Lyon, sont sortis de la Martinière. On peut donc dire que cette école a eu une très grande influence sur le développement des principales industries de la région lyonnaise.

Outre ses ateliers manuels, la Martinière possède un musée important, des collections considérables, principalement en physique, chimie, cinématique, géométrie, tissage, modèles de dessin, et une bibliothèque.

La fortune actuelle de la Martinière l'élève, outre son immeuble et ses collections, qui valent plus d'un million, à 140 000 francs de rentes. C'est donc un total de 190 000 francs de rentes, qui sont dépensés à peu près intégralement chaque année. Cette fortune provient en partie du capital légué par le major Martin, et grossi des économies qui ont été faites, surtout dans les premières années, et en partie des sommes qui ont été léguées successivement par le D"" Eynard (15 000 francs de rentes en 1837), par le D' Gilibert (20 000 francs de rentes en 1870) et par le D"" Bonnaric (2000 francs de rentes en 1876).

L'école la Martinière jouit d'une réputation méritée en France et à l'étranger, réputation que lui ont value les résultats considérables qu'elle a produits, et l'étude de ses méthodes par les hommes compétents des différents pays. Un fait particulier à noter, c'est que ces méthodes ont été copiées à j l'étranger beaucoup plus qu'en France. Ce n'est j que depuis quelques années que la réforme de I l'enseignement du dessin dans notre pays est éiuj diée en s'appuyant précisément sur les principes qui sont pratiqués à la Martinière depuis un ! demi-siècle. [T. Lang.]

MASUYKR. — G.-L. Masuyer, né en 1703 à Bellèvre (Saône-et-Loire), fut d'abord avocat à Bellèvre, puis juge au tribunal de Louhans. Il fut élu député à la Législative en 1791, puis réélu en 1792 comme membre de la Convention, où il siégea du côté droit. Lorsque s'ouvrit le 12 décembre 1792 la discussion sur le plan du premier Comité d'instruction publique, Masuycr fut le second des orateurs qui se présentèrent à la tribune ce jour-là pour combattre le projet du Comité (V. Convejitioh, p. 521). Lors de la cou-

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damnation de Louis XVI, il vota pour la réclusion et le bannissement à la paix. Il protesta contre les événements du 31 mai, contribua à l'évasion de Pétion, et, arrêté comme complice des fauteurs de l'insurrection girondine, périt sur l'échafaud le 21 mars 1794. Son discours a été imprimé en 1793, probablement vers le mois d'avril ou de mai; l'auteur, en le livrant à l'impression, l'a remanié et considérablement augmenté : il y a fait entrer une réfutation du rapport de Romme, qui ne fut présenté que le 20 décembre 1792, et il y passe en revue l'opinion de la plupart des orateurs qui parlèrent après lui dans la discussion, comme Jacob Dupont, Ducos, Rabaut Saint-Etienne; il y a de plus ajouté des notes dont quelques-unes sont intéressantes. Voici le titre de la brochure : DiS' cours sur l'organisation de L'instruction publique et de l'éducation nationale en France, examen et réfutation du système proposé successivemejit par les citoyens Condor cet et G. Romme au nom du Comité d instruction publique de V Assemblée législative et de la Convention nationale; Paris, imprimerie nationale, 1793; 98 pages. Après le 9 thermidor, le frère de Masuyer donna une nouvelle édition de cet écrit, en y ajoutant une « préface ou notice sur le député assassiné par les décemvirs » ; cette seconde édition est accompagnée d'un projet de décret qui ne se trouve pas dans celle de 1793.

Masuyer est un disciple de Rousseau, un ennemi du « pbilosophisme » ; il appelle l'athéisme, professé à la tribune dans la discussion sur l'instruction publique par les Girondins Jacob Dupont et Ducos, a la plus vile, la plus absurde, la plus intolérante, la plus anti-sociale de toutes les sectes ». Il appartient à ce groupe de conventionnels de l'école idyllique et sentimentale, qui éprouvaient une égale antipathie pour les idées philosophiques de certains Girondins comme Condorcet et Ducos, et pour la doctrine politique des hommes de la Montagne, que Masuyer appelle, dans une note, « l'anarchie, toute dégoûtante de crimes ». Ses héros sont le vieux philologue Dussaulx et le fantaisiste Mercier, « cet homme qui a prédit et prévu toute notre Révolution, l'auteur de VA?! 2440 ». A ses yeux, la grande œuvre que doit se proposer le législateur, c'est la réforme des mœurs, et c'est à ce point de vue qu'il se place pour juger le projet du Comité d'instruction publique. « C'est une faute grave, dit-il, que de parler à cette tribune d'instruction publique au lieu d'éducation nationale^ car nous devons nous occuper ici moins de Venseignement que de Véducatio7i. Ces mots instruction publique sont néologiques et entraînent une confusion d'idées propre à nous détourner de notre objet principal, à moins que l'on n'entende par là l'éducation nationale, qui doit être le seul objet de nos méditations. Ainsi, dans ce sens, l'instruction publique, ou éducation nationale, se compose de deux parties principales, de Venseignement pour les premiers âges et de la direction pour tous les âges. Si vous n'organisez que la partie de Venseignement, si vous oubliez la partie de la direction, vous manquez votre bat, vous n'organisez pas l'instruction publique ou l'éducation nationale, vous ne vous occupez que de l'enfance et de la jeunesse, vous négligez l'âge mûr, vous ne donnez point à la nation tout ce que vous lui promettez, tout ce qu'elle attend de vous, en un mot vous ne créez pas une institution vraiment nationale. — Quels sont donc les caractères de Vinstruction publique ou éducation nationale? Elle doit être, si je ne me trompe, publique et commune à tous, gratuite, graduelle, constante et universelle ; elle doit surtout se combiner d'après les éléments composés des devoirs et des besoins réciproques de la société et des individus, u

Il compte beaucoup, pour faire l'éducation du

peuple et l'émanciper de la domination des prêtres, sur les fêtes nationales, dont Rabaut Saint-Etienne avait préconisé l'institution. « Eu ajoutant encore au projet de Rabaut et au mien celui d'un de mes anciens collègues à la législature, le projet de Gohier, nous porterons le dernier coup à la superstition. »

Le reproche essentiel qu'il fait au projet de Condorcet, c'est que son système d'instruction publique est aristocratique : « Il n'aurait pour effet que de créer deux classes d'hommes, celle de ceux qui pensent et raisonnent, et celle de ceux qui croient et qui obéissent », Ce sont là précisément les objections qu'on retrouvera quelques mois plus tard dans la bouche des jacobins qui substitueront le projet Bouquier au projet Romme. Quant à lui, il veut que dans les premières écoles on se borne à enseigner aux élèves à lire et à écrire, en leur faisant apprendre par cœur la constitution et un catéchisme de morale pratique ; l'enfant ne sera admis aux secondes écoles qu'après en avoir présenté une copie écrite de sa main. Il est partisan de l'internat ; et, s'il ne demande pas que la nation se charge elle-même des maisons d'éducation, c'est simplement « parce qu'elle assumerait une trop grande responsabilité envers les familles »; mais il estime que tout au moins l'Etat doit «indiquer aux parents des pensionnats auxquels ils puissent confier leurs enfants; organiser et surveiller assidûment le régime intérieur de ces pensionnats ». Dans une note, il fait en ces termes l'éloge de l'institution du chevalier Paulet* : «J'ai ouï parler de la maison d'éducation du chevalier Paulet; je n'ai pu l'étudier par moi-même; mais ce que Ion m'en a dit m'a paru mériter beaucoup d'attention : j'aurais bien désiré avoir des détails exacts et circonstanciés; le Comité d'instruction pubUque devrait se les procurer; je doute qu'il soit possible de faire mieux dans cette partie. Voici une esquisse de leur manière de vivre t Manger debout, les repas de quinze minutes, la soupe et le bouilli le matin et un fruit; des viandes grillées ou rôties, la salade et un fruit le soir; un bon pain à discrétion et à toute heure; faire ses souliers, sabots et habits, les raccommoder, passer successivement dans différents ateliers de tailleurs, de couturières, de cordonniers, de menuisiers; travailler soi-même pour pourvoir à ses besoins et se donner ses plaisirs ; s'affranchir ainsi des besoins factices, les seuls pervertisseurs ; se placer sous la main de la nécessité seule : éducation sévère, économique, et qui dans peu nous créerait une génération préférable à tous égards aux Spartiates. »

Comme on le voit, les théories de ce modéré ne différaient pas beaucoup, au fond, de celles que défendirent des jacobins tels que Lepelletier, Robespierre ou Danton, ses adversaires politiques.

MATÉRIEL. — Sous ce titre général, on désigne, dit le dictionnaire de l'Académie, « l'ensemble des objets de toute nature qui sont employés à quelque service public, par opposition à personnel qui s'entend de toutes les personnes attachées à ce même service. »

Dans l'enseignement, le matériel s'étend de la maison d'école et du mobilier propre à la classe, aux objets très variés que le maitre emploie pour ses leçons et à ceux dont l'élève a besoin pour ses travaux personnels.

De là quatre sections :

'LdLpYQm\QVQ,mai^ond'école et dépendances, ^àé']^ fait l'objet d'un article spécial (S. Maison d'école).

La deuxième, mobilier de la classe, comprendtout ce qui a un caractère de fixité et de néces*site : tables-bancs, bureau du maître, appareil de j^ chauffage. Nous en renvoyons l'élude à l'article Mobilier.

La troisième, matériel d'enseignement, est pro*-

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premont l'objet do cet article. Elle embrasse tout ce qui sert au maître, depuis le tablf.au noir et les tableaux de lecture jusqu'aux objets et aux images pour leçons de choses.

Nous renvoyons pour la quatrième section, fournitures d'élèves, aux articles Ardoises, Ca- /liers, Fournitures scolaires. Magasin scolaire, etc.

Avant d'examiner ce qui compose le matériel d'enseignement, nous croyons utile de faire remarquer que l'obligation de le fournir n'a été explicitement imposée aux communes par aucune des lois faites jusqu'à ce jour sur l'enseignement primaire. La loi du 28 juin 1833 se bornait (art. 12) h exiger « un local convenablement disposé »; la loi du 15 mars 1850 et celle du 10 avril 1867 ont demandé outre le local « un mobilier de classe »>, ce qui s'entend d'ordinaire des tables-bancs, de l'estrade du maître, du poêle, mais rien ne dit formellement que les communes sont tenues do procurer à l'instituteur les choses nécessaires à l'enseignement des diverses matières du programme : lecture, calcul, géographie, etc.

Nous ne sommes plus cependant au temps où l'enfant apprenait à lire par des leçons individuelles sur un syllabaire de deux sous, et où un petit tableau noir se détachait seul sur les murs plus ou moins blancs de la salle de classe.

Le règlement modèle du 17 août 1851 contenait, il est vrai, des dispositions que les instituteurs pouvaient invoquer pour demander aux communes un certain matériel d'enseignement. Voici en quels termes étaient conçus les art. 10 et 11 :

i( Il y aura dans l'école au moins un tableau noir destiné à des exercices d'écriture, d'orthographe, de calcul et de dessin linéaire. Sur une partie du mur appropriée à cet effet ou sur des tableaux mobiles appendus aux murs seront tracées des maximes religieuses et morales, les mesures usuelles du système métrique, la table de multiplication , les cartes géographiques de la France et du département. »

Le règlement des écoles publiques du département de la Seine, du 16 juin 18G5, portait h l'art. 7 :

« Les objets essentiels à chaque école sont : une estrade, une horloge, une bibliothèque-armoire, un cruciiix (et en outre une statue de la sainte Vierge dans les écoles de filles), des tableaux noirs, des cartes murales de géographie : mappemonde, Europe, France, Palestine, la table de multiplication, une collection de tableaux de lecture pour le français et le latin, une collection de modèles d'écriture; un tableau ou une collection de tableaux du système métrique. »

Mais le texte d'un règlement scolaire ne pouvait être un titre suffisant envers un conseil municipal mal disposé. Aussi Tinstituteur était-il souvent obligé ou de fournir lui-même les tableaux et les cartes, ou de réclamer à cet eff"et une subvention du département et surtout de l'Etat.

Cette insouciance pour l'ameublement de l'école est le signe du peu d'intérêt accordé à l'enseignement primaire. Nous ne serons vraiment en vole de progrès que lorsqu'on verra les municipalités avoir à cœur que le maître ne manque de rien pour donner de bonnes leçons et mettre leur honneur dans des écoles bien installées.

L'instituteur a, lui aussi, des devoirs propres quant au matériel : il faut d'abord qu'il s'en serve avec intelligence et qu'il le conserve avec soin, mais il importe, en outre, qu'il sache fabriquer lui-même certains petits appareils, tracer des cartes, recueillir et mettre en bon ordre des échantillons divers. Son rôle est d'éveiller l'opinion, de montrer combien est profitable l'enseignement par l'aspect, et ce qu'ont d'utirayant de bonnes leçons de choses. Quand les cartes murales étaient d'un prix élevé, certains instituteurs en

peignaient eux-mêmes sur les murs, et bon nombre confectionnaient des tableaux de lecture ou des solides géométrif|ue8. Cette habileté manuelle s'est perdue depuis que la fabrication du matériel scolaire est devenue une industrie importante.

Ces remarques faites, nous passerons succcssiment h l'examen de ce que doit comprendre un bon matériel d enseignement :

1" A l'école maternelle salle d'asile);

2° A l'école primaire élémentaire;

3'' A l'école primaire supérieure ;

4" A l'école normale primaire.

I. Salle d'asile ou Ecole maternelle. — L'ordonnance royale du 22 décembre 1837, qui donna aux salles d'asile le caractère d'institution publique de première éducation, fut suivie d'un règlement qui en détermina le mobilier et le maiérifl d'enseignement. L'article 7 de l'arrêté ministériel du 24 avril 1838 est ainsi conçu :

« Le mobilier nécessaire aux salles d'asile comprend les objets ci-après nommés : des champignons pour les casquettes, les vestes ou les gilets et les tabliers; des baquets ou jattes, des sébil-.'S de bois ou des gobelets d'étain, des éponges et des serviettes, une fontaine, un poêle, deux lits de camp sans rideaux ; une pendule, une clochette à la main et une cloche suspendue;

» Un sifflet ou signal pour les divers exercices de l'intérieur ; des tableaux, des porte-tableaux et dos touches; des ardoises et des crayons; une planche noire sur un chevalet et des crayons blancs; un boulier-compteur ayant dix rangées de dix boules chacune ; un ou plusieurs cahiers et porte-feuilles d'images, un cadre ou porte-gravure pour placer l'image qu'on veut exposer aux regards des enfants;

» Une armoire où seront gardés les registres et les tableaux, ainsi que les matériaux et les produits du travail manuel. »

Le caractère de l'enseignement est bien marqué par les objets énumérés au second paragraphe : on comprend qu'il s'agit de là de .parler aux yeux, d'éveiller les facultés de l'enfant sans faiigue, sans contrainte, sans excès d'application ; non de lui faire acquérir des connaissances bien liées, mais de l'intéresser à tout ce qui l'entoure; en un mot de trouver une suite d'exercices attrayants comme préparation à l'école primaire.

L'article 21 du règlement du 22 mars 1855 ne fait guère que reproduire l'énumération qui précède ; l'ordre seulement en est interverti ou plutôt il n'y a plus d'ordre : les objets mobiliers qui regardent la tenue et la propreté se trouvent confondus avec ceux qui servent à l'enseignement; on y a omis la clochette à la main, la cloche suspendue, et le claquoir remplace le signal.

Le règlement du 2 août 1881 a apporté quelques changements au programme des écoles maternelles : l'art. 27 énumère ce qui est nécessaire à l'enseignement en laissant à part ce qui est ameublement.

Il demande :

« Un claquoir, un sifflet;

» Un ou plusieurs tableaux noirs, dont un au moins sera quadrillé;

» Une méthode de lecture en tableaux et plusieurs collections d'images;

» Un nécessaire métrique;

» Un globe terrestre et une carte murale de la Fronce ;

)) Un boulier;

» Des collections de bûchettes ou bâtonnets, des lattes, des cubes, etc. ;

» Une collection de jouets;

>) Des ardoises quadrillées d'un côté et unies de l'autre ;

» Un diapason. »

^^Les mots en italiques d ésignent ce qui ne se trou-

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vait pas compris dans les arrêtés de 1838 et de 1855). La place faite à la méthode de Frœbel daus les écoles maternelles est indiquée sobrement, mais d'une façon suffisante. On cherche à faire agir l'enfant, à se servir de ses jeux pour l'instruire agréablement. Sans doute, le règlement n'a pas entendu limiter aux bâtonnets, aux lattes et aux cubes les objets que l'on mettra entre ses mains : c'est un minimum que, d'après les circonstances locales, la maîtresse saura bien augmenter ou modifier. Avec ces indications sommaires, elle connaît quel enseignement elle doit donner et quels objets elle peut réclamer de la commune.

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