‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 156 sur 573 · II. ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE. — C'CSt ÎCi qU · texte numérisé non relu

II. ÉCOLE PRIMAIRE ÉLÉMENTAIRE. — C'CSt ÎCi qU

nous nous trouvons en présence de besoins évidents sans que rien ait encore déterminé comment il y sera satisfait. Aujourd'hui que l'enseignement des écoles publiques est collectif et non plus individuel, il faut un matériel permettant de mettre l'objet de la leçon sous les yeux de tous les élèves. De là, la nécessité d'avoir des tableaux de lecture sur carton ou sur toile, des cartes géographiques de grandes dimensions, des images représentant en grandeur naturelle les mesures métriques, ou mieux ces mesures mêmes ; enfin des objets pour les leçons sur les choses usuelles.

C'est là ce qu'avait reconnu le règlement du 17 août 1851 au moins dans les parties essentielles, mais il s'en fallait bien que toutes les communes y eussent pourvu. Dans nombre d'écoles on ne trouvait encore, en 1863, qu'un matériel fort insuffisant qui se bornait à un petit tableau noir, mal peint et placé quelquefois hors de la portée des élèves (Voir l'enquête ordonnée par M. Duruy et publiée en 1864).

Il est regrettable que le règlement modèle du 6 janvier 1881 n'ait pas déterminé le matériel indispensable d'enseignement pour chaque branche du programme et qu'il se soit borné (art. 11) à parler du récolement du mobilier scolaire. Il aurait été bon surtout de donner des indications à ce sujet dans l'arrêté du 27 juillet 1882, qui règle l'organisation pédagogique et le plan d'études des écoles primaires élémentaires. C'aurait été la sanction de cette sage prescription touchant l'éducation intellectuelle : « En tout enseignement, le maître, pour commencer, se sert d'objets sensibleSj fait voir et toucher les choses, met les enfaiits en présence de réalifés'concrètes, puis peu à peu il les exerce à en dégager l'idée abstraite, à comparer, à généraliser, à raisonner sans le secours d'exemples matériels. »

L'objet le plus indispensable du matériel d'enseignement, celui que réclament presque toutes les leçons, c'est le tableau noir : non plus, comme le disaient d'anciens règlements, la planche noire, mais un tableau de grande dimension, bien en vue des élèves; non pas verni et miroitant, mais ardoisé afin que l'écriture y soit nette et facile. Quand nous disons qu'il faut un tableau noir, cela ne veut pas dire qu'il ne doive y en avoir qu'un par classe. On doit, à cet égard, tenir compte de la composition de la classe : elle peut, dans l'école de village, renfermer les trois cours, ou bien, dans des écoles plus importantes, en réunir deux, ou enfin être affectée à un seul. Il est certain qu'un tableau noir serait insuffisant dans les deux premiers cas, à moins qu'il ne règne sur tout le mur en face des élèves, comme cela a lieu quand la paroi est ardoisée. En général, il faut un tableau noir d'au moins un mètre carré et demi pour chaque division ou cours. C'est sur ce tableau que l'instituteur doit tracer ce qui sert à ses leçons de lecture, d'écriture, de calcul, de dessin, etc. On a pu dire avec raison que le meilleur instituteur est celui qui use le plus de craie ; il faudrait toutefois ajouter : et qui en fait le plus user par ses élèves.

Autrefois le tableau noir ne servait guère que pour les exercices de calcul ; aujourd'hui il tend à devenir de plus en plus le moyen de traduire toutes les leçons d'une façon sensible, et d'en fixer la matière dans l'esprit des jeunes enfants. Ainsi les bons maîtres ne se contentent plus, dans les premiers exercices de lecture, de suivre aveuglément ou de routine les tableaux d'une méthode ; ils tracent eux-mêmes au tableau noir les éléments phonétiques à étudier, les mots à faire lire. De même, pour les leçons d'écriture, ils exécutent au tableau noir, sous les yeux des élèves, telle ou telle lettre, majuscule ou minuscule, et montrent par où il faut la commencer, quelle est la proportion entre les diverses parties, etc. C'est encore au tableau noir qu'ils recourent pour toutes leurs explications grammaticales, pour les exercices d'analyse, et c'est au tableau noir que les élèves viennent à tour de rôle donner la preuve que la leçon a porté la lumière en leur esprit. Nulle part le parti à tirer du tableau noir n'apparaît mieux que dans les écoles des États- Unis : aussi le pourtour de la classe y est-il souvent transformé en un grand tableau noir où un certain nombre d'élèves peuvent travailler simultanément.

On ne saurait demander à un instituteur d'être assez habile et assez maître de son petit auditoire pour faire instantanément au tableau noir tout ce qui doit rendre ses leçons parlantes. Puis le dessin est une langue de convention, et il serait souvent difficile aux élèves de l'interpréter. De là le besoin d'avoir des images faites avec art, ou mieux les objets mêmes, pour faire de bonnes leçons sur le système métrique, sur les surfaces et les solides géométriques.

En géographie, le tableau noir sera l'utile accessoire des cartes murales, et, si le maître peut disposer des images de Cicéri (librairie Delagrave), ou de celles publiées chez Holzel, à Vienne (Autriche), il rendra ses leçons vraiment intéressantes. On a souvent contesté l'utilité d'avoir les cartes murales constamment déroulées, et d'ailleurs il y a aujourd'hui bien souvent une impossibilité matérielle de le faire, car la surface de la paroi en face des élèves ne saurait contenir les trois cartes rigoureusement nécessaires ; la France, l'Europe, et la Terre (soit en planisphère, soit en mappemonde"), auxquelles il faudrait ajouter, autant que possible, les cartes du département, du canton et de la commune. Les cartes doivent alors être disposées en avant l'une de l'autre, sur des rouleaux fixés à deux bras en fer ou en fonte scellés dans le mur, et on les déploie au moyen d'une corde s'enroulant sur une poulie placée à une extrémité du rouleau. Ce n'^est d'ailleurs là qu'un système de suspension, et il en est d'autres.

Aux cartes ci-dessus doit toujours être joint un globe d'au moins 25 centimètres de diamètre, avec los continents en blanc et les océans en bleu. Il sera peu chargé de noms et servira surtout à expliquer les différences d'heures selon la longitude, la succession du jour et de la nuit, l'ordre inverse des saisons dans l'hémisphère septententrional et dans l'hémisphère méridional, les grandes lignes de navigation, etc.

L'enseignement de l'histoire devient bien plus profitable et bien plus intéressant si l'instituteur dispose d'images représentant les hommes célèbres, les monuments et les faits les plus importants. Diverses collections ont déjà été publiées par les librairies Hachette et Delagrave, mais elles ont surtout en vue les écoles maternelles ou les classes enfantines. On en attend d'autres pour le cours moyen et le cours supérieur.

Pour cette branche du programme, mais plus encore pour les leçons sur les éléments usuels des sciences physiques et naturelles, il importa

MATÉRIEL

MATÉRIEL

que les instituteurs se servent des projections lumlneustîs, avoc la lampe à pétrole quand les ressources locales ne permettent pas l'emploi de ja lumière oxhydrique. Les appareils sont peu coûteux, et on est parvenu à fabriquer des clichés sur verre ou sur gélatine à très bon marché. Il no s'agit que d'apprendre la manœuvre de l'appareil, et cela est facile. Par les projections, les élèves seroDt particulièrement frappés de la netteté des images et acquerront une idée plus juste des clioses qu'au moyen d'une image graphiée nécessairement de petite dimension.

l'our les premières notions de physique et de chimie indiquées aux programmes du 27 juillet 1882, toute école d'une certaine importance doit avoir un petit matériel permettant de faire les expériences les plus simples pour l'explication des phénomènes ordinaires.

On ne saurait songer pour cela à faire acquérir des appareils coûteux et d'un maniement délicat; il faut, selon les indications que donnait M. Ballard aux élèves de l'école normale de Cluny, employer des choses d'un prix peu élevé qu'on peut acheter chez le premier épicier ou quincaillier venu. Le maître doit savoir s'en servir pour confectionner lui-même beaucoup des instruments dont il a besoin, ainsi que M. Desperrois, instituteur à Iville (Elire), l'avait fait lors de l'exposition de 1878, et comme M. Ch. Adam l'a montré dans une collection déposée au Musée pédagogique. Il n'est pas d'école rurale qui ne puisse ainsi avoir de quoi expliquer les principales lois de la physique.

(Vest le môme principe qui doit être appliqué aux musées scolaires ou aux collections d'histoire naturelle. Il ne s'agit pas d'acquérir des collections faites à un point de vue théorique, mais bien de rassembler avec méthode et de classer avec soin ce que les ressources locales présentent à un observateur attentif, à un chercheur patient. C'est avec le concours des élèves que ces collections seront form«ées : ils s'y intéresseront et viendront les voir quand ils auront quitté l'école.

Enfin, à ce petit matériel scientifique, il est bon que toute école joigne quelques objets d'art, propres h former le goût et à développer le sentiment du beau. Ce seront des ornements en céramique, des bas-reliefs ou des bustes en plâtre, ou encore des images bien choisies (gravures ou photographies) reproduisant les œuvres des grands artistes.

La gymnastique exige un petit nombre d'appareils, et pour les travaux manuels il faudra des outils appropriés à l'âge des enfants et aux ouvrages qu'on pourra leur demander.

Telles sont les diverses parties du matériel d'enseignement que, dans les conditions actuelles et pour répondre au programme développé dans l'arrêté du 27 juillet 1882, une commune doit fournir à l'instituteur communal. Il peut se résumer ainsi qu'il suit :

1° Des tableaux muraux ou des caractères mobiles formant divers alphabets de majuscules et de minuscules pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture;

2° Un grand tableau ardoisé d'au moins un mètre carré et demi pour chaque cours ou division ;

3° Un boulier-compteur pouvant se tenir à la main;

4« Un nécessaire métrique ou un tableau mural des poids et mesures ;

5" Des objets pour le dessin géométrique au tableau noir : une règle d'un mètre divisée en centimètres, une équerre, un compas et un rapl)orteur en bois ;

GO Un globe terrestre d'au moins 25 centimètres de diamètre et trois cartes murales : la Terre, 1 Europe, la France;

7" Une collection d images pour l'enseignement de l'histoire (grands hommes, monuments, faits célèbres) ;

8" Un appareil pour projections lumineuses avec un choix de dessins à projeter ;

9° Des instruments simples pour expériences de physique et de chimie;

10" Des collections d'histoire naturelle et des échantillons variés pour leçons de chfises;

Il "Un diapason ou un petit harmonium ;

12" Un portique et les principaux agrès pour la gymnastique;

13° Les outils les plus indispensables pour travaux usuels.

Dans les écoles de filles, il faudra, en outre, une table pour découper les patrons, des bustes de trois grandeurs et des boîtes à ouvrages.

III. Écoi.E PRIMAIRE SUPÉRIEURE. — Le programme de l'enseignement à l'école primaire supérieure (art. 4 de l'arrêté du 15 janvier \SS\) n"est que l'extension du programme de l'école primaire élémentaire et a pour caractère principal d'être donné en vue des applications pratiques. Il s'agit « d'affermir le savoir plus encore que de l'étendre, de l'approfoiulir et non de le disperser, et de donner à l'esprit une trempe forte plutôt qu'un brillant vernis. » [Rapport au Président de la République, 29oct. 1881."^

Dès lors le matériel d'enseignement doit y être plus varié et plus complet, surtout pour les sciences. Il importe que les élèves puissent manipuler eux-mêmes et instituer en quelque sorte des expériences diverses. Le tableau noir jouira toujours un rôle important : le maître y traduira toutes ses leçons par des diagrammes, et montrera par la bonne disposition des calculs, par la netteté de ses figures, ce que doit être un bon enseignement. Pour cela il aura besoin d'une grande surface ardoisés : la disposition dite des tableaux à volets est surtout avantageuse en ce qu'elle donne 6 faces en ne prenant sur la paroi que la place de deux.

Dans le cours complémentaire d'un an, la classe aura une hotte de cheminée permettant de faire quelques manipulations et des vitrines pour renfermer les instruments et les collections. Le mieux serait encore d'avoir un cabinet attenant à la classe. On peut suivre les indications données par la commission instituée pour l'enseignement des sciences dans les établissements d'instruction primaire. Le ministre de l'instruction publique a fait établir en 1883, par cette commission, un catalogue comprenant un matériel de physique, de chimie et d'iiistoire naturelle, dont le prix d'acquisition est évalué à 272 fr. 55.

Dans les écoles primaires supérieures de deux ou de trois années, il faudra placer dans une pièce les instruments de physique et les collections d'histoire naturelle, et dans une autre les appareils et les produits destinés aux manipulations chimiques. Chaque classe sera pourvue d'une gpnde table en ardoise ou en plaques de faïence pour les expériences que le maître fera avec le concours des élèves.

Les instruments de physique seront plus nombreux et de construction plus parfaite qu'au cours complémentaire. H en a été dressé, par la commission des sciences physiques et naturelles, un catalogue qui peut recevoir des modifications suivant l'importance de l'école et les besoins spéciaux auxquels elle doit répoîidre. Ce catalogue, publié en 1882, donne les indications suivantes quant au coût des instruments 4 des collections qui y sont énuméi 137 fr. ; chimie, appareil à projectic

A ces collections pour l'enseignement scientifique s'ajouteront des modèles de machines simples, des plâtres pour le dessin d'après le relief, enfin

instruments m aes coiiecuuns qui érés: physique, 870 fr.; arpentage, j, 335 fr. ; histoire naturelle. 755 fr. 25 ; )jection, 50 fr. ; total, 2 U7 fr. 25. ^

MATÉaiEL

MATÉHIEL

des solides cjécmétriques en bois ou en zinc, avec des coupes pour le dessin géométrique.

Les outils pour les travaux manuels (fer, bois, jardinage) formeront un ensemble plus complet et "seront en rapport avec l'âge des élèves.

L'école primaire supérieure ne doit pas, en formant l'ouvrier habile, perdre de vue l'homme comme être intelligent et libre. La culture littéraire, qui a surtout une portée morale, n'y sera point négligée, et pour la géographie et l'histoire il sera bon d'avoir des cartes du monde ancien (Grèce et empire romain), des images des monuments célèbres et des grands hommes. A ce sujet l'étranger nous donne des exemples dont nous devrions savoir prc^fiter. Les écoles moyennes allemandes, autrichiennes et suisses ont un matériel d'enseignement beaucoup plus riche que celui dont nous disposons pour nos écoles primaires supérieures et même pour nos écoles normales primaires. On sent là le besoin de présenter aux yeux les choses qu'une description orale ne saurait faire bien connaître à de jeunes esprits auxquels manque le secours des musées. Par les projections lumineuses et avec un bon clioix de dessins à projeter on pourra donner de l'intérêt à l'enseignement de la géographie et de l'histoire.

IV. École normale primaire. — Il ne s'agit pas seulement de donner aux élèves-maîtres l'éducation professionnelle en leur apprenant l'art d'enseigner; leur instruction doit être, en quelque sorte, reprise en sous-œuvre et refaite d'une façon plus solide. C'est donc en les faisant profiter euxmêmes des ressources d'un bon matériel qu'il faut leur montrer le parti qu'ils devront en tirer un jour dans les écoles qui leur seront confiées.

Il n'est pas besoin de reprendre les considérations qui montrent l'utilité d'un matériel pour chaque branche du programme. Qu'il nous suffise de dire qu'il faut à l'école normale mettre une certaine discrétion dans l'emploi des moyens matériels et obtenir que les élèves arrivent à se faire des idées abstraites et à raisonner sans avoir besoin des choses sensibles ou des moyens concrets. Ce sont des appuis pour leurs premiers pas et peu à peu ils doivent savoir s'en passer.

C'est surtout pour l'étude des sciences qu'on ne saurait se passer de moyens variés. Quand l'administration fit faire une enquête, en 1880, sur l'état de l'enseignement des sciences dans les écoles normales d'instituteurs, la commission constata avec une certaine stupéfaction que dans plus des trois quarts des écoles cet enseignement laissait beaucoup à désirer. Il manquait surtout de précision et de portée pratique : les expériences étaient rares pour la physique et faisaient souvent défaut pour la chimie ; quant aux notions d'histoire naturelle, elles étaient tout à fait théoriques et ne reposaient point sur l'observation directe. Comment, dans ces conditions, obtenir que les instituteurs donnassent avec fruit le premier enseignement des sciences en vue de l'agriculture et des industries les plus communes?

Aussi la commission demanda-t-elle au ministre de fournir sans retard les écoles normales d'un matériel complet d'enseignement scientifique, qui faisait défaut ou était très incomplet, et elle fut appelée à en dresser le catalogue. La dépense, répartie sur divers exercices, devait avoir lieu sous le contrôle de la commission, qui délégua plusieurs de ses membres pour examiner et estampiller tous les appareils en les rapprochant des types déposés au Musée pédagogique.

En deux ans l'essentiel fut fourni, et l'enseignement scientifique commença h prendre le caractère expérimental qui lui est propre. Les projections lumineuses furent employées, et les élèves purent étudier de près tout ce qui touche aux applications usuelles des sciences. Ils firent

des collections entomologiques, botaniques et géologiques, apprirent à classer et à conserver les échantillons divers et se formèrent à ce qui est l'essence même des études scientifiques : l'observation et l'expérimentation.

L'énumération du matériel adopté pour l'enseignement scientifique dans les écoles normales primaires se trouve dans un document publié par le ministère de l'instruction publique en 1881 sous le titre de Matériel des sciences physiques et naturelles et de l'enseignement agricole, et qui contient les indications suivantes : instruments de physique, matériel obligatoire, 2 284 fr., matériel facultatil, 3 340 fr. ; matériel d'arpentage et de nivellement, 213 fr. ; chimie, collection de produits chimiques et de minéraux, 80 fr., matériel de laboratoire, 540 fr. ; zoologie, collection d'animaux vertébrés, 354 fr. à 1048 fr., collection d'animaux invertébrés, 350 fr., outillage entomologique; botanique, collection de fruits moulés et coloriés, 1G4 fr., outillage botanique; géologie, outillage, 32 fr., collection de minéraux, roches et fossiles; instruments d'agriculture.

En ce qui concerne l'histoire, les moyens d'enseignement par l'aspect laissent encore à désirer. I es manuels contiennent bien depuis quelque temps des gravures représentant les principaux monuments et les grands hommes, mais nous manquons encore de grands dessins qui puissent être exposes en classe et éclaircir la leçon du professeur. M. Boban a donné des collections d'outils et d'armes pour les temps préhistoriques, notamment pour l'âge de la pierre, mais il manque des séries d'images suffisamment grandes pour les monuments des civilisations orientales, pour la Grèce, Rome et le moyen âge, comme celle du docteur Langl, chez Hoizel, à Vienne. C'est à quoi l'on pourra obvier par une bonne collection d'images sur verres pour les projections, comme celle que s'occupe de publier la librairie Hûchette.

Depuis 1870, on a abusé quelque peu de la construction de cartes en relief dans les écoles normales ; il importe que les élèves-maîtres sachent lire et traduire au besoin par un relief la carte de l'État-major, mais ce ne doit pas être leur occupation principale, et il suffira à cet égard de modelages rapidement faits en sable ou en cire, ainsi que les pratiquaient les élèves sous-officiers du génie sous la direction du capitaine Dolot (Voir Revue pédagogique, 1882, t. II, p. 165).

Le dessin d'après modèles graphies tend à disparaître, mais en certaines écoles les plâtres font encore défaut et les dessins finement ombres, bien léchés, pour parler la langue de l'atelier, sont encore trop exclusivement appréciés. La traduction par le trait de l'impression que l'œil a reçue doit être surtout encouragée, et pour cela les reliefs sur papier fort, publiés par les frères Monrocq, rendront d'utiles services en remédiant à l'absence des reliefs en plâtre.

Enfin le matériel pour les travaux manuels doit surtout être aussi complet que possible ; tour pour le bois et le fer, établi de menuisier, forge et étau, outils de reliure, appareils à souder, sont autant de choses nécessaires pour que le futur instituteur apprenne à réparer tous ses appareils de physique ou de chimie, à confectionner des boîtes pour collections, à relier ses livres, en un mot à subvenir au défaut d'ouvriers spéciaux dans certaines localités. C'est par cette habileté de main, cette ingéniosité à tirer parti de tout qu'il triomphera souvent de la parcimonie des municipalités et qu'il saura faire aimer à ses élèves les occupations manuelles. De même que le missionnaire qui porte la civilisation chrétienne au delà, des mers, l'instituteur doit avoir une certaine compétence pratique dans les arts manuels pour établir son autorité et gagner la confiance. Or, rien n"y

MATÉRIEL

MATERIEL

contribue mieux que l'iiabitude des travaux d atelier. [■'*• Berger.]

PAYS ÉTRANGERS

ALLEMAGNE. — La distinction administrative entre le mobilier scolaire et le matériel d'enseignement proprement dit a lieu eu Allemagne comme chez nous; le matériel d'enseignement est désigné par l'expression de Lehropparat ou de Lthrmittd. Il faut noter que ce dernier terme, Lehrmiliel, est pris dans un sens plus étendu que notre mot matériel^ car il comprend aussi les

Badk. — Le matériel d'enseignement de 1 école primaire comprend au minimum : un tableau noir, un tableau avec portées pour la musique, tous deux mobiles si possible ; une règle, une équerre, un compas à craie, un planisphère, des cartes murales du grand-duché de Cade, de l'Allemagne, de l'Europe et de la Palestine, un harmonium ou un violon {Schulordnung du 23 avril 1869, art. 37). Bavière. — D'après l'ordonnance du 12 octobre 1832 et divers règlements provinciaux de date plus récente, les objets formant le matériel d'enseignement de l'école primaire sont : des cartes murales de la Bavière, de l'Allemagne et de l'Europe, des tableaux d'épellation, un boulier-compteur, des tableaux représentant les plantes vénéneuses, et les tableaux du système métrique et des anciennes mesures bavaroises.

Prusse. — Les objets formant le matériel d'enaeignement indispensable pour l'école primaire sont : un globe terrestre, des cartes murales de la province, de l'Allemagne, de la Palestine, quelques tableaux d'histoire naturelle, des tableaux d'épellation, un violon, une règle, un compas, un boulier-compteur (Arrêté du 15 octobre 18-2). Saxe (Royaume de). — Le règlement des écoles primaires du 25 août 1874 énumère à l'article 21 les objets suivants comme constituant le matériel d'enseignement : les cartes murales, les objets destinés à l'enseignement intuitif, les modèles de dessin, les collections d'histoire naturelle, les instruments de physique, les instruments de musique, etc.

Saxe-Weimar. — Les objets formant le matériel d'enseignement indispensable pour l'école primaire sont : deux tableaux noirs, dont l'un avec portées pour la musique; un globe terrestre; des cartes murales de la Palestine, de la Thuringc, de l'Allemagne, de l'Europe ; une machine pour l'enseignement de la lecture {Lesemaschine) avec un alphabet; une règle et un compas à l'usage du tableau noir; un boulier-compteur; des modèles de dessin, estampe et relief. (Arrêté du 20 mars 1875.)

WuuTEMBKRG. — L'énumératiou du matériel d'enseignement obligatoire pour l'école primaire comprend les objets suivants : un boulier-compteur, des cartes murales du Wurtemberg, de l'Allemagne, de l'Europe, une mappemonde, une carte de la localité et de ses environs, des instruments de physique {ein physikalischer Apparat), des modèles d'écriture, et, lorsque le dessin est enseigné, des modèles de dessin ; deux tableaux noirs, dont l'un avec des portées pour la musique. (Schalfler, Hayidbucli, etc., § 14).

ANGLETERRE. — Il n'existe aucune prescription officielle relative au matériel d'enseignement : chaque School Board adopte, pour les écoles qu'il est chargé d'administrer, les mesures qu'il juge convenable.

AUTRICHE-HONGRIE. — AUTRICHE. — Le règlement du '10 août 1870 dit, art. 71, que le matériel d'enseignement dans les écoles primaires comporte au minimum -. le matériel pour l'enseignement de la lecture ; le matériel pour l'ensei-

gnement du calcul élémentaire ; des tableaux pour l'enseignement intuitif; un globe terrestre, des cartes murales: mappemonde, cartes delà province, de la monarchie austro-hongroise, de lEurope et de la Palestine; des modèles icstampes) pour l'enseignement du dessin; une petite collection d'objets naturels et d'instruments de physique simples.

Un arrêté du 25 mars 187-3 porte que les livres et les objets formant le matériel d'ensf^ignement ne peuvent être introduits dans les écolos qu'après avoir reçu l'approbation du ministre. Toutefois, cette autorisation n'est pas nécessaire pour les collections d'histoire naturelle et les instruments de physique. (Arrêté du 15 janvier 1876.) Un arrêté du 22 mai 1878 a prévu la publication annuelle d'une liste des livres et du matériel dont l'emploi dans les écoles est autorisé.

Hongrie. — La loi ne contient pas de prescriptions relatives au matériel d'enseignement; mais l'Etat intervient pour faciliter aux communes et aux particuliers l'acquisition du matériel nécessaire : à cet effet, il a créé au Musée pédagogique de Buda-Pest une coUeciion de matériel d'enseignement, et la commission du Musée se charge de fournir aux écoles, à prix coûtant, les objets de la collection qui lui sont demandés.

BELGIQUE. — La loi scolaire du l^r juillet 18*9 charge les conférences cantonales d'instituteurs de l'examen a des méthodes, des livres et des moyens matériels d'enseignement employés dans les écoles » (art. 25) ; leurs observations sont transmises au ministre. D'autre part, le conseil de perfectionnement de l'instruction primaire, créé par l'article 27 de la même loi, donne son avis sur « les programmes d'études, les méthodes et les moyens matériels d'enseignement. » ^Arrêté du 11 août 1879.)

ESPAGNE. — Ni la loi du 9 septembre 1857, ni les divers décrets ou arrêtés qui ont réglé l'organisation de l'enseignement primaire, ne parlent de « matériel d'enseignement » : la loi ne prévoit d'autre moyen d'enseignement que les livres.

HOLLANDE. — Il n'existe pas de prescriptions légales relatives au matériel d'enseignement.

ITALIE. — Le règlement du 15 septembre 1860 énumère, sous le nom de materiale, des objets dont les uns appartiennent au mobilier, les autres au matériel d'enseignement proprement dit. Ces derniers sont : un tableau représentant les unités fondamentales et les mesures eft'ectives du système métrique décimal; dans la classe inférieure, des tableaux pour l'enseignement de la lecture, conformes au syllabaire dont se servent les élèves; dans les classes supérieures, un globe terrestre, des cartes pour l'enseignement de la géographie, spécialement la mappemonde et les cartes d'Europe et d'Italie, des tableaux représentant des objets relatifs aux premiers éléments des sciences naturelles, et des modèles en relief des principaux solides géométriques. t^Art. 140, 141 et 142.)

PORTUGAL. — De même qu'en Espagne, la loi n'a rien prévu concernant le matériel d'enseignement.

RUSSIE. — Nous n'avons pas trouvé, dans les statuts régissant les diverses catégories d'écoles qui relèvent du ministère de l'instruction publique, de dispositions relatives au matériel d'enseignement. Toutefois le gouvernement a cru devoir, comme en Hongrie, encourager et éclairer le zèle des autorités scolaires locales par la création de musées pédagogiques. 11 en existe deux, 1 un consacré aux écoles primaires supérieures ^écoles urbaines), l'autre aux écoles élémentaires : ils ont pour but de tenir les instituteurs et les institutrices au courant de tout ce qui paraît de nouveau en fait de manuels et d'objets classiques. Des

MATERIEL

— 1802 — MATERNELLES (ÉCOLES

coUoctions de matériel d'enseignement sont aussi annexées à la plupart des écoles normales.

SUÈDE. — Une circulaire du ministère des cultes, en date du 31 décembre 1874, indique les objets suivants comme formant le matériel d'enseignement des écoles primaires:

Une série de tableaux d'histoires de la Bible; une carte murale de la Palestine; le tableau des rois de Suède depuis l'époque de Luther; une carte physique et une carte politique de la Suède et de la Norvège ; des cartes de l'Europe, de l'Asie et des deux hémisphères; un globe terrestre et un tellurium; un tableau des poids, mesures et monnaies; un boulier-compteur; des solides géométriques; des tableaux d'histoire naturelle (corps humain, mammifères, oiseaux, géologie) ; une collection minéralogique; un harmonium; des modèles de dessin (estampe et bosse).

SUISSE. — Chaque canton a sa législation spéciale. Voici celle de Zurich et de Berne :

Dans le canton de Zurich, la loi du 23 décembre 1859 dit que les livres et le matériel d'enseignement {Lehrmitlel) sont déterminés par le conseil d'éducation et exécutés d'après un plan qui embrasse tous les degrés de l'école et toutes les branches du programme. L'Etat veille à ce qu'ils puissent être obtenus à bon marché, et à cet effet, autant que possible, il les édite luimême (art. 78). Le conseil d'éducation a publié, le 22 février 1879, une liste comprenant les i7idividuelle LehnnitteL (livres et fournitures destinés à l'usage de l'élève) et les allgemei7ie Lehrynittel (matériel d'enseignement proprement dit) : cette dernière catégorie se compose de tableaux de lecture, de tableaux de cliant, de cartes du canton de Zurich, de la Suisse et de l'Europe, d'une mappemonde, de tableaux du système métrique, et de modèles de dessin; l'école complémentaire y ajoute des tableaux d'histoire naturelle, un globe terrestre, et une collection d'instruments de physique et de chimie; l'école primaire supérieure {Sekundarsdiulé), des collections botaniques, zoologiques et minéralogiques, et une .collection de préparations pour le microscope.

Dans le canton de Berne, la loi du 8 mars 1870 prescrit aux communes de pourvoir leurs écoles des « moyens d'enseignement servant à l'usage général de l'école, tels que tables noires, cartes, tableaux, registres d'école, etc. »; elle ajoute que la direction de l'éducation prendra des mesures pour que ces moyens généraux d'enseignement puissent être achetés au plus bas prix possible. Le plan d'enseignement du 28 février 1878 énumère comme suit les « moyens d'enseignement généraux » obligatoires pour les écoles : « Premier degré : tableaux destinés à l'enseignement intuitif; un boulier-compteur; une règle graduée d'un mètre de longueur ; plusieurs planches noires (dans les écoles nombreuses, une pour vingt élèves); — Deuxième degi-é : un décimètre cube ; plusieurs planches noires (l'une d'elles aura exactement un mètre carré) ; un grand compas, une équerrc, une règle graduée; une carte du canton de Berne; une carte de la Suisse; des planches destinées à l'enseignement de la zoologie; des modèles de dessin ; — Troisième degré : une carte destinée à l'enseignement religieux; un tableau pour l'enseignement du système métrique ; trois prismes et un cylindre; une carte de l'Europe, un planisphère, un globe ; un appareil servant à la démonstration des lois des leviers; une fontaine de Héron; un tube de verre avec tiole de mercure; une pompe foulante et une pompe aspirante en verre; une aiguille aimantée; un prisme en verre; les planches nécessaires à l'enseignement de la physique. »

UNION AMÉRICAINE. — Aux Etats-Unis, le matériel d'enseignement a reçu de grands perfection-

nements et joue un rôle considérable, au moins dans les écoles des grandes villes. Ce sont les comités scolaires qui prononcent souverainement sur le choix du matériel et des livres classiques. MATERNELLES (ÉCOLES). — Le décret du t août 1881, reprenant une appellation déjà proposée en 1848, a donné le nom d'écoles wia^e/'- 7ie//(?5 aux établissements qui avaient été désignés jusqu'alors sous celui de salles d'asile.

L'institution des écoles maternelles ou salles d'asile est née en France il y a plus d'un siècle. C'est en 1770 que le pasteur Oberlin fonda dans une vallée des Vosges, au Ban-de-la-Roche, la première école à tricoter. (V. Oberlin.)

Avant la tentative d'Oberlin, il n'existait que des refuges. Dans une pièce le plus souvent mal aérée, mal éclairée, malpropre, servant à la fois de salle de classe, de cuisine, de salle à manger, de chambre à coucher, une femme, presque toujours une ignorante, recevait dix, vingt ou môme trente enfants, qui jouaient, criaient ou dormaient tout le jour. La ménagère qui les gardait, pas plus que les familles, ne se doutait qu'on pût utiliser le temps au profit de leur éducation. On était gardeuse d'enfants comme on eût été gardeuse d'oisons ; c'était un métier qui permettait de rester à la maison; on n'y voyait rien autre chose.

Oberlin protège les enfants contre les dangers de la rue. Mais il fait quelque chose de plus, il les instruit.

L'œuvre d'Oberlin et de ses dignes collaboratrices (V. Conductrices de l'enfance), Sara Bauzet et Louise Scheppler*, continuée avec persévérance pendant de longues années, attira l'attention de la Convention qui, à deux reprises, décerna à Oberlin des éloges publics. Mais il devait se passer bien du temps encore avant que le charitable pasteur du Ban-de-la-Roche trouvât des imitateurs.

En 1801, M™o de Pastoret* entreprit de fondera Paris une salle d'hospitalité. Elle loua à cet effet deux chambres dans une maison de la rue Miromesnil, et y installa une sœur hospitalière et une femme de ménage. Cet établissement se rapprochait plutôt de la crèche que de la salle d'asile ; du reste, il ne put se soutenir longtemps. — Y. Pastoret (M™« de).

La création des salles d'asile en France fut déterminée par l'exemple de l'Ecosse et de l'Angleterre. Le célèbre Robert Owen* avait fondé en 1816, dans son établissement industriel de New- Lanark, une école de petits enfants, dont il confia la direction à un simple ouvrier tisserand, James Buchanan, homme sans instruction, mais possédant de remarquables aptitudes pour l'éducation. Les succès que Buchanan obtint dans l'école de New-Lanark attirèrent l'attention sur lui; en 1819 il fut appelé à Londres par Brougham * et chargé par celui-ci d'organiser dans cette capitale des écoles enfantines {Infant schools). Il ne réussit pas moins bien dans cette nouvelle tâche, et créa, pour ces institutions, tout un ensemble de procédés formant une méthode d'éducation et d'enseignement. En 1825, M. de Gérando ayant parlé avec admiration Ae%lnfarit schools anglaises dans le ?alon de M™* Gautier-Delessert, M™' de Pastoret, qui l'avait entendu, résolut de faire une nouvelle tentative, sur un plan plus large que celui de 1801 : d'accord avec l'abbé Desgenettes, elle forma un comité de dames, dont elle fut la présidente et M"»* Jules Mallet* la trésorière. Ce comité obtint du Conseil des hospices une subvention de 3000 francs et la concession d'un local à la nîaison des Ménages, rue du Bac. Un asile recevant 80 enfants y fut ouvert eu avril 1826.

C'est à ce moment que M. Cochin*, maire du douzième arrondissement, douloureusement éprouve^ par des malheurs de famille, charitable autant qu'il était pieux, entra en relations avec le comité dos dames. Il s'était voué à la cause de l'enfance. Il redoutait, pour l'œuvre de M«»« de Pastoret, un nouvel échec, qui, malgré les résultats concluants obtenus à l'étranger, eût tout compromis pour longtemps. Il fit part de ses appréhensions au comité, et il décida une mère de famille, bonne et éprouvée comme lui, M°" Millet*, à aller étudier sur place les Infant schools. Voulant lui-même connaître la méthode de Buchanan, il se rendit à Londres, et après une laborieuse année d'études judicieuses, il revint en France avec la traduction des manuels de Bûcha n an.

Le comité ouvrit, en 1828, rue des Martyrs, une salle d'asile imitée de celle de Londres.

La méthode qui y était suivie ne fut pas absolument celle des Infant schools. « J'ai vu en Angleterre, écrivait M.^* Millet à quelques années de là, donner de graves leçons dans les écoles de la première enfance. J'ai constamment fait mes efforts pour qu'en France l'enseignement des salles d'asile soit substantiel et varié sans être approfondi. La différence du caractère des deux nations, ajoutait-elle, permet la diversité des méthodes, sans qu'il soit nécessaire de blâmer ce qui se fait chez nos voisins d'outremer. »

La même année, M. Cochin fonda un asile modèle dans letiuel devait être éprouvée et fixée la méthode à suivre. Cet asile prit plus tard le nom de son fondateur (Ordonnance du 22 mars 1831). A la salle d'asile proprement dite était joint un cours normal destiné à préparer un personnel enseignant, cours normal que dirigea M™* Millet de 18'28 à t83!i.

L'exemple donné par le comité des dames et par M. Cochin porta ses fruits. De nombreuses salles d'asile furent fondées non seulement à Paris, mais dans les principales villes de province. De 1830 à 1835, le mouvement fut très marqué. S'il y avait opposition de certains côtés, on accueillait, d'autre part, l'institution avec faveur.

Dès 1828, on comptait à ParisS asiles ; 4, en 1829 ; 6, en 1830 ; 8, en 1832 ; 10, en 1833 ; 15, en 1834 ; 19, en 1835; 24, en 1836. On ne sait au juste quel nombre d'enfants les fréquentaient pendant les premières années. On en comptait 990, en 1 830; 1 490, en 1832; 2800, en 1834; et en 1836, 3600 environ. Les dépenses, qui avaient été de 5809 francs en 1826 pour l'asile unique de la rue du Bac, s'élevaient en 1836 à 75 408 francs ; les loyers étaient payés par l'administration des hospices et la ville.

A la fin de 1835, la statistique établissait qu'il existait, en France, 102 salles d'asile, réparties dans 35 départements. Le département de la Seine en avait 22; celui de Seine-et-Oise, 13 ; celui du Bas-Rhin, 9; celui du Bhône, 5; celui de la Seine-Inférieure et celui du Pas-de-Calais, 4. Le total des subventions du ministère de Tinstruction publique était de 25900 francs.

Dès 1833, la ville de Rouen comptait 3 salles a asile. L'institution ne disposait d'aucune ressource assurée. Elle vivait du produit de souscriptions ou d'oeuvres de bienfaisance.

Nantes possédait deux salles d'asile en 1836, la première ouverte en 1834, la seconde en 1835; elles recevaient à peu près 300 enfants. Une troisième fut créée et inaugurée avec grand éclat en 1837, Le montant des frais annuels pour chaque établissement était d'environ 2200 francs La mairie soldait le loyer. Un médecin faisait gratuitement le service sanitaire. Les autres dépenses

étaient couvertes par le produit de quêtes, de fêtes ou de cotisations.

Amiens eut sa seconde salle d'asile inaugurée le 10 décembre 1838, sous la présidence du recteur do l'académie, M. Martin.

Le département de Seine-et-Oise comptait, à la fin de 1838, 25 salles d'asile recevant 1511 enfants (693 garçons et 818 filles) parmi lesquels 1155 gratuits et 356 payants.

A Strasbourg, il existait 10 asiles où étaient admis séparément les catholiques et les protestants. On y donnait l'instruction à la fois en français et en allemand. Les établissements, installés dans de vastes locaux bien aérés, pourvus du matériel nécessaire, recevaient environ 1200 enfants. Les dames inspectrices montraient le zèle le plus ardent dans cette ville, ainsi qu'à Colmar et à Mulhouse. L'Alsace possédait, en IS'VJ, 19 salles d'asile. On y enseignait à parler bien plus qu'à

En Lorraine, où cependant l'état de l'instructiou primaire était assez avancé, il n'y avait guère d'autres salles d'asile que celles des Vosges. Nancy n'en possédait pas avant 1837. Un premier établissement fut construit, à l'aide de souscriptions, sur un terrain donné par la ville. On fit des quêtes pour acheter le mobilier. L'Etat fournit un secours de 1200 francs. Le général Devaux dota l'école d'une rente annuelle de 450 francs. Une seconde salle fut établie vers la fin de 1837, dans un local cédé par le bureau de bienfaisance. Deux ans après, le comité communal et le comité d'arrondissement de Nancy élaboraient une longue instruction pour les salles d'asile de la ville, dont tous les exercices étaient réglés avec le soin le plus minutieux.

Rennes ne fut pourvue qu'à la fin de 1839, grâce à l'initiative de la charité privée. Les élèves du collège ouvrirent une collecte qui produisit une somme de 500 francs. La première salle ouverte pouvait recevoir 200 enfants. Une seconde fut à quelque temps de là installée dans un local où trouvaient place 500 à 600 enfants.

Il existait à Fougères deux salles tenues par les sœurs et fréquentées par 190 enfants.

Le département des Côtes-du-Nord n'en avait pas ; on s'occupait d'en ouvrir une à Lannion. Dans le Morbihan, Lorient en comptait 2 ; le conseil municipal de Pontivy donnait les meilleures espérances; partout ailleurs l'inertie était invincible. Dans le Finistère, il y avait 6 asiles publics ; il existait en outre 39 maisons de garde où 986 enfants étaient mis à couvert.

Des deux salles d'asile de Poitiers, l'une seulement était communale ; elle était dirigée par les sœurs de la Sagesse. En 1837, elle ne recevait que les petites filles et jouissait d'une subvention de 1*20 francs du Conseil municipal. Au l^r janvier 1838, la subvention fut portée à 440 francs, à la condition que l'asile serait ouvert aux garçons.

A Bordeaux, c'est grâce aux soins du cardinal de Cheverus, a qui avait parfaitement compris toutes les espérances religieuses et sociales attachées à cette précieuse institution », que plusieurs salles d'asile avaient été établies. Un document officiel, le cahier des procès-verbaux des séances du Conseil général de la Gironde pour l'année 1836, contient un rapport de iiuspecieur primaire sur ces établissements.

(t La ville, y est-il dit, soutient dix salles d'asile... Ces établissements sont en progrès; ils sont du goût de toutes les classes, car les enfants du pauvre, de l'ouvrier et de l'artisan y surabondent ; le riche les entretient et les visite; la ville

les soutient et le département les encourage

Plus de 2500 enfants des deux sexes, de l'âge de 18 mois à six ans, sont reçus journellement dans ces petites écoles. » On ny pratiquait guère dail-

leurs que des exercices religieux, auxquels s'ajoutaient de petits travaux manuels et un peu de lecture.

La ville de Moulins (Allier) avait fondé deux salles d'asile gratuites, la première en 1835, la seconde en 1837. Cette dernière, installée dans un vaste local et recevant près de 200 enfants, était considérée comme un asile modèle. Les dépenses annuelles pour chaque salle étaient de 1700 francs environ.

Marseille eut son asile en 1832. La direction en fut confiée à un homme. Mais l'opposition faite à l'établissement fut particulièrement vive. Pendant trois ans, les parents, circonvenus par les ennemis de l'institution, n'envoyèrent pas leurs enfants. Le chiffre des inscrits, qui avait été de 95 à l'origine, tomba à 40 au 15 décembre 1836. Le directeur se retira. Le comité communal remplaça l'instituteur par une femme. La maison fut mieux tenue ; la confiance vint peu à peu et, le 25 mai 1837, l'asile comptait 20ii inscrits et 180 présents. Un second établissement fut ouvert.

A Rochefort (Charente-Inférieure), on négociait depuis plusieurs années sans succès l'établissement d'une salle d'asile.

Lyon, Nîmes, et au grand nombre d'autres villes avaient depuis longtemps les leurs.

Il serait superflu de multiplier les détails. Disons seulement qu'au commencement de 1838, vingt-quatre départements étaient encore dépourvus d'asiles. En 1840, ce chiffre était réduit à quatre.

Le département de la Seine continuait à donner l'exemple du progrès. Il avait son inspectrice générale, Mine Millet, depuis le 25 février 1830. Dans un rapport, daté de décembre 1837, elle rendit compte de ses visites au comité central, qui était en même temps le comité spécial de la ville de Paris. Ce document est fort intéressant. Il est peut-être un peu empreint d'optimisme. C'était alors un défaut commun à presque tous les rapports officiels. Il ne faut donc savoir aucun mauvais gré à M™^ Millet, qui, d'ailleurs, appréciait son œuvre propre.

En somme, l'institution prenait racine. Disons toutefois que les salles d'asile continuèrent à être considérées à peu près partout plutôt et non sans raison, comme des établissements de charité, que comme des établissements d'éducation.

Les salles d asile n'avaient point, à l'origine, de législation. C'étaient les comités de patronage qui les surveillaient. L'œuvre était purement charitable ; elle n'avait à, aucun degré un caractère officiel. Mais les offrandes et les souscriptions ne pouvant suffire aux besoins, le comité de Paris dut faire appel, dès la première année, à la libéralité de l'administration de l'assistance publique. En demandant un secours, il fallut céder, bien qu'à regret, une part d'autorité. Ce fut un bienfait pour l'œuvre. Le conseil général des hospices accorda plusieurs subventions; la première date de mai 1 826; elle s'élevait à 3000 francs. Le 28 octobre 1820, « considérant que les essais commencés depuis deux ans ont donné des résultats satisfaisants et qu'il y a lieu de multiplier, autant que les ressources le permettront, les établissements d'asiles à Paris», le conseil prit un arrêté aux termes duquel « les salles d'asile pour l'enfance indigente actuellr ment établies ou qui seraient ouvertes par la suite dans Paris seront toutes sous la surveillance du conseil général des hospices. » Elles étaient distinguées en deux catégories : la première composée de toutes celles dont les dépenses sont exclusivement laites sur fondations ou souscriptions particulières; la deuxième comprenant celles qui sont

soutenues en totalité ou en partie par les allocations du conseil général des hospices. Les bureaux de charité étaient invités à favoriser les asiles et à concourir autant que leurs ressources le permettraient à l'entretien de ces établissements. Le conseil devait prendre pour l'administration et la surveillance des asiles l'avis des dames charitables. L'arrêté fut approuvé le 7 décembre par le ministre de l'intérieur, après avis du préfet de la Seine.

La question des attributions du comité des dames avait été réservée. Elle fut l'objet d'un nouvel arrêté en date du 3 février 1830. Il y était dit que le comité délibère sur les asiles à former, sur les locaux à choisir, sur les dépenses, sur les méthodes, sur les améliorations à introduire, « et généralement sur tout ce qui peut intéresser les enfants qui fréquentent les établissements ». Il avait qualité pour choisir les directeurs et directrices d'asile; l'administration économique lui appartenait ; il était autorisé à déléguer son trésorier spécial, à recueillir les souscriptions des particuliers ; la gestion des établissements, ainsi que la comptabilité des deniers, se faisait par l'administration des hospices, assistée par le comité des dames, une sorte de courant réciproque étant établi dans toutes leurs relations. Les dames se partageaient la surveillance. Pendant plusieurs années, aucune difficulté ne se produisit; vingt établissements furent fondés en peu de temps. L'administration hospitalière payait les loyers; sa subvention annuelle était de quarante à cinquante mille francs, auxquels s'ajoutaient les souscriptions représentant une quinzaine de mille francs.

Mais, dès 1835, un conflit d'attributions s'éleva au sujet de la direction et du contrôle des salles d'asile. Le comité central de l'instruction primaire se plaignait de n'avoir aucun droit sur ces établissements.

L'opinion reconnaissait que le comité des dames avait agi selon la nécessité du moment ; qu'il avait sagement fait en recherchant l'appui du conseil général des hospices ; que le concours que cette administration lui avait prêté avait produit de féconds résultats. Mais si on félicitait le comité des dames de ses sentiments de charité, on contestait sa compétence. D'ailleurs, il était manifeste que l'initiative individuelle était impuissante à propager ou même seulement à soutenir l'œuvre, combattue passionnément d'un certain côté comme au premier jour. Il était donc à désirer que la dotation des salles d'asile fût assise sur des revenus fixes pour que leur existence fût assurée. Si, à Paris, il n'eût pas été impossible de se suffire à peu près, les ressources manquaint partout ailleurs; il fallait faire appel aux libéralités des conseils municipaux. Par circulaire du 27 avril 1834, le ministre décida do faire porter au budget de toutes les communes ayant un revenu suffisant ces dépenses d'organisation et d'entretien des salles d'asiles. Presque toutes les communes assez riches pour avoir des écoles de tous les degrés exécutèrent la loi, qui ne fut appliquée à Paris que deux ans plus tard. En échange des subsides qu'elles accordaient, les villes, à l'exemple du conseil des hospices, demandèrent une part d'autorité. L'Etat de son côté avait consenti à faire quelques sacrifices. L'ordonnance du 26 février 1835 prescrivit en conséquence aux inspecteurs de l'instruction primaire dans les départements de comprendre les salles d'asile au nombre des établissements qu'ils devaient visiter.

A la fin de 1835, on comptait 93 salles d'asile, parmi lesquelles 27 recevaient des subventions dont le total s'élevait à 24 000 francs. Voici d ailleurs le tableau qui résume la situation :

Etat indiquant le nombre <ies salles d'asile au V* janvier 1836.

Académies.

Communes

où il exislc

une salle d'asile.

Ail Marseille

Amiena Villers-Cotterets. .

I(i Saint-Quentin

Id Verberie

Angers Angers

I(j La Flèche

Bordeaux Angoulême

Bourges Saint-Amand

Id Sancerre

Caen Caen

Id Lisieux

Douai Arras

Id Ecourt-St-Queutin.

Grenoble Vizille

Limoges Bourganeuf

Lyon Lyon

Id Yillefrancho

Montpellier Espalion

Nancy Mirecourt

Kimes Nîmes

]d Mende

Id Orange

Orléans Orléans

Id Gien

Paris Paris

Id Bercy

Id Troyes

I i Brou

Id Melun

Id Versailles

Id Sèvres

Id Étanipes

Id Sarcelles

Id Corbeil

Id Crépières

Id Saint-Cyr

Id Sannois

Id Chapet

Rennes Nantes

Id . Brest

Id Morlaix

Rouen Rouen

Strasbourg Strasbourg

Id Saverne

Toulouse Toulouse

Id Albi

Id Castres

Id Moutauban

.•ailes d'asile.

Montant

de la subTenlioii

accordée par l'Llut.

Totaux.

De 1833 k 1836, les municipalités accordèrent de nouvelles allocations; mais elles se montrèrent de plus en plus jalouses d'être investies, à lexclusion de toute immixtion étrangère, du droit d'administrer les salles d'asile. Le comité des dames, se sentant dépossédé de fait de la direction de ces établissements, demandait instamment qu'on lui laissât au moins le droit de surveillance. Mais son contrôle était difficilement accepté par le personnel des salles d'asile, en grande partie congréganiste. « En général, dit M. de Cormenin, les religieuses souffrent assez impatiemment la surveillance des femmes du monde, et même celle des hommes laïques. » On exprimait le regret qu'aucune place n'eût été faite ^ -es établissemenis, pas plus qu'aux écoles de filles, dans la grande loi de 1833. Il est vrai qu'au lendemain de la promulgation de cette loi, le ministre, M. Guizot, avait signalé aux préfets (4 juillet 1833(les avantages des salles d'asile, et qui! invitait ces fonctionnaires « à ne rien négliger pour inspirer aux populations le désir de voir fonder des établissements partout où en existe le besoin. » Mais son appel, qui manquait peut-être de chaleur, qui ne promettait aucun subside de riAat, fut peu entendu. M. Guizot avait manifesté l'intention de mettre à l'étude la question de l'or-

ganisation générale des salles d'asile, lorsqu'il fut remplacé, le 22 février 1836, par le baron Pelet de la Lozère.

Dans sa réception officielle des premiers jours do mars 183G, le nouveau niiristre annonça aux membres du comité central de l'instruction primaire de Paris r|ue l'administration s'occupait de préparer une circulaire tendant à la propagation des salles d'asile, et il les invita à lui soumettre leurs vues. Aprè.s délibération, une note fut rédigée et remise au ministre dans le courant de mars. Il y était établi « qu'aucun acte administratif n'étant émané jusqu'à ce jour du ministère de l'instruction publique, à l'effet de rèt/lementer les salles d'asile, la première détermination à prendre était la plus grave de toutes; elle aura pour effet de compromettre ou de favoriser l'avenir de ces établissements, selon qu'il aura été fait un choix heureux ou malheureux, en décidant de la tutelle sous laquelle devront se produire et se perpétuer ces premières écoles de l'enfance. » Les caractères spéciaux des salles d'asile y étaient tracés. On y montrait qu'elles sont en réalité des écoles, que dès lors elles doivent être placées sous le patronage des autorités établies par la loi de 1833. On y contestait l'efficacité de l'action des comités de dames; on en démontrait linsuffisance. « A notre avis, disait-on, l'administration scolaire ne ferait pas usage du pouvoir qui lui appartient et qui lui est imposé par la législation de 1833 si elle n'examinait pas jusqu'à quel point, dans l'organisation actuelle, est observée ou méconnue la compétence des pouvoirs légaux. Nous croyons pouvoir affirmer :

> 1° Qu'en ce qui concerne l'autorité du ministre pour la délivrance des brevets et l'institution des maîtres, les vingt maîtres ou maîtres&es qui exercent en ce moment dans les salles d'asile (de Paris) ne sont pourvus d'aucuns certificats de capacité,, délivrés par aucunes commissions d'examen ; ils ont été instruits par l'inspectrice du comité des dames, et installés de l'autorité de ce comité, sans que rien soit émané de l'autorité ministérielle.

» 2° Qu'en ce qui touche l'autorité municipale, c'est un membre de la commission administrative des hospices civils de Paris qui surveille personnellement tous les détails administratifs des établissements, et qui rend compte de son administration au conseil des hospices ; les recettes fournies par le comité sont dépensées en mélange avec les deniers communaux, et l'administration municipale, appelée par les articles 8 et 9 de la loi à diriger elle-même le régime économique de ses écoles, se borne à verser ses subventions dans la caisse spéciale d'un comité délégué d'ine administration qui n'a plus cette compétence depuis la loi nouvelle.

» 3° Qu'en ce qui touche l'autorité du comité central, ce comité n'est informé d'aucunes vacances, ni mutations dans le personnel des directeurs et directrices ; il n'a jamais été appelé à nommer des maîtres ; ces maîtres ne sont soumis ni à sa juridiction, ni à sa discipline. Le comité des dames les révoque ou les change de résidence, comme il lui plaît, sans aucun recours possible de la part des maîtres, sans aucun contrôle de la part de l'administration publique.

» 4° Qu'en ce qui touche les comités locaux, leur action est nulle sur les salles d'asile de leur circonscription. On assure même que des maires de Paris se sont vu refuser l'entrée des salles d asile, et n'ont pu quelquefois parvenir à y faire admettre des enfants. . ,

» C'est sur cette position qu'eu exécution ae l'art. 22 de la loi du 28 juin nous provoquons refoi^me et amélioration. » ^ . .-, t\ aa

Comme conclusion, on demandait qu il fui aecidé aussi promptement que possible :

« Que les salles d'asile doivent être soumises à un régime scolaire conforme dans ses bases à la loi du "28 juin 1833;

» Que notamment, les examens et les brevets des maîtres et maltresses doivent être faits et délivrés au nom du ministre de l'instruction publique, et par des personnes à sa nomination;

» Que le régime économique des salles d'asile communales doit entrer dans l'administration municipale;

» Que les comités locaux et supérieurs doivent •être mis en position de fonctionner envers les salles d'asile par des délégations et autres moyens administratifs autorisés par le pouvoir exécutif de la loi du 28 juin 1833;

» Que l'application de ces bases aux salles d'asile sera faite après avoir entendu une commission que le ministre est, dès à présent, invité à convoquer. »

La circulaire du 6 avril 1836, qui parut quelques jours après la publication de ce mémoire, classait les salles d'asile au nombre des écoles relevant du ministère de l'instruction publique. Elles étaient soumises à l'autorité des comités locaux et d'arrondissement institués par la loi du 28 juin 1833. C'était donner satisfaction dans la plus large mesure au comité central dont les autres vœux, d'ailleurs, étaient pour la plupart accueillis. D'autre part, la circulaire admettait, en raison du caractère spécial de ces établissements, l'adjonction à ces comités d'un a certain nombre de dames habituées à s'occuper des besoins de l'enfance ». Toutes celles qui étaient en exercice étaient invitées à continuer leurs fonctions. Elles devaient remettre au comité les renseignements qu'elles auraient recueillis.

Quelques jours après, les salles d'asile de Paris furent détachées par le conseil municipal du budget des hospices et portées, à dater du i"='" janvier 1837, sur celui de la ville conformément aux prescriptions de la circulaire du 27 avril 1834, dont il a été fait mention plus haut. Le comité des dames déclara que a son existence se trouvait ainsi terminée », selon l'expression de son rapporteur; il donna sa démission le 22 décembre lcS36, et publia un compte-rendu de ses travaux. « C'est avec douleur, y est -il dit, que les dames se séparent... Ce qu'elles regrettent, ce n'est pas l'autorité dont elles ne se sont trouvées investies que parce qu'elles n'ont pas craint d'entreprendre une œuvre devant laquelle reculait l'administration, -— mais c'est le privilège d'exercer envers les petits enfants du pauvre une mission de patience et de dévouement Puisse la nature de l'institution des salles d'asile être véritablement comprise par ceux qui s'en déclarent les protecteurs, et qui, se méfiant de la faiblesse des mains de femmes, ont étendu les leurs pour recevoir et diriger les petits enfants du pauvre à l'eutrée de leur pénible carrière. »

Une décision du 1«' juillet 1836 avait, conformément au dernier vœu du comité central, créé une commission, composée d'hommes et de dames, pour exercer cumulativement, sous l'autorité du ministre, toutes les attributions scolaires en ce qui concerne les salles d'asile. Cette décision avait soulevé de violentes protestations, et le 15 novembre suivant une lettre ministérielle avait ordonné d'en suspendre l'exécution. Il était résulté de ces mesures contradictoires une incertitude absolue en ce qui concernait les attributions des diverses autorités ; les anciens pouvoirs avaient été dessaisis ; les nouveaux n'avaient pas pris possession. La question fut portée devant la commission du budget de l'instruction publique pour l'exercice 1838. Le rapporteur de la commission établit officiellement que la cause de cet état de choses était « dans le conflit élevé entre le comité

central d'instruction primaire, qui demandait que les salles d'asile fussent soumises exclusivement à sa direction, et les dames surveillantes qu'il serait injuste et nuisible de priver de leur autorité. » (Voir Moniteur du 21 mai 1837, 2«»e supplément, page 1267.)

Des efforts furent tentés à Paris, notamment, auprès des dames ayant fait partie des anciens comités, pour que, conformément au désir exprimé par le ministre dans sa circulaire du 6 avril 1836, elles consentissent « à continuer leurs honorables fonctions en qualité de dames inspectrices ». Ce fut en vain.

L'ordonnance du 22 décembre 1837 mit fin à toute incertitude. Aux termes mêmes de l'exposé des motifs, elle ne faisait « que reproduire exactement la loi de 1833, avec toutes les modifications exigées par ce qu'il y a de plus spécial dans l institution des salles d'asile. » Dans son rapport au roi (22 décembre), le ministre faisait connaître qu'on en comptait à ce moment près de 800 tant publiques que privées. L'ordonnance les appela « des établissements charitables où les enfants des deux sexes pouvaient être admis pour recevoir les soins de surveillance maternelle et de première éducation que leur âge réclame ». Les exercices comprenaient nécessairement les premiers principes de l'instruction religieuse et les notions élémentaires de la lecture, de l'écriture et du calcul mental. On pouvait y joindre des chants instructifs et moraux, des travaux d'aiguille et tous les ouvrages de main. Un établissement de cet ordre n'était reconnu public qu'autant qu'un traitement et un logement convenables avaient été assurés à la personne — homme ou femme — chargée de la direction. L'administration et la comptabilité restaient aux municipalités. Les comités locaux, les comités d'arrondissement et le comité cei t'ai exerçaient, quant aux salles d'asile, tous les droits que leur avait conférés la loi à l'égard de l'instruction primaire. Des inspectrices étaient chargées, sous leur autorité, de la surveillance des établissements et de la distribution des secours. Des commissions départementales, composées de mères de famille, devaient examiner les aspirants et les aspirantes à la direction des salles d'asile, rédiger les programmes et veiller à la propagation des méthodes. Un règlement général délibéré par le Conseil royal de l'instruction publique, le 24 avril 1838, fixa les dispositions relatives à «la tenue des salles d'asile, les soins qui doivent y être donnés aux enfants, et les exercices qui doivent y avoir lieu. »

L'article 27 avait établi, près la commission supérieure des salles d'asile, une inspectrice permanente, avec le titre de déléguée g é7ié raie pour les salles d'asile du royaume. L'emploi fut confié à M™' Chevreau-Lemercier, qui visita, dans les départements de la Meurthe et des Vosges (1838), huit salles d'asile et cinq petites écoles « décorées à tort du nom de salles d'asile ». Elle s'était en outre rendue dans vingt-deux autres villes. « J'ai la conviction, disait-elle dans son compte-rendu adressé au ministre, que pour soutenir le zèle des autorités, il devient important de correspondre souvent avec elles, de leur rappeler leurs promesses et de faire espérer de nouvelles inspections Je suis heureuse de constater que j'ai

trouvé partout beaucoup de bonne volonté et que j'ai triomphé facilement des objections plutôt que des oppositions que j'ai rencontrées. » |

En même temps, M. Rendu, président de lai commission supérieure des asiles, chargé de constater l'état général de l'enseignement à tous ses degrés dans les académies de Rouen, de Caen et de Rennes, visitait quelques asiles. Dans un rapport daté des premiers j^urs de 1839, il indiquait

les améliorations qu'il lui paraissait y avoir lieu d'introduin; dans les renflements et dans les^étabjissements mômes. Il demandait que l'institution des postulantes à un emploi d'enseignement fût consacrée et généralisée; qu'autant que possible l'asile fût partagé en plusieurs divisions ; qu'on renfermât l'instruction dans des limites étroites, mûme pour la classe la plus avancée; que, dans ks grandes villes, chaque salle d'asile eût, pour éviter l'encombrement ou le vide, une^ circonscription bien déterminée avec son comité de patronage particulier, que les conditions d'admission et d'exclusion fussent expressément réglées; qu'aucune friandise ne fût offerte aux enfants en témoignage de satisfaction, que les récompenses eussent toujours, au contraire, un objet utile ; que les curés fussent invités à aider les dames inspectrices de leurs conseils; que la gratuité fût assurée aux pauvres, mais que les familles aisées fussent obligées à une rétribution, si minime qu'elle fût.

Quelques-unes de ces propositions étaient heureuses ; d'autres étaient irréalisables. L'administration se borna à publier le rapport en appelant l'attention sur les desiderata qui y étaient exprimés.

Cependant un réel progrès était constaté, non seulement dans l'accroissement du nombre des salles d'asile, mais dans la préoccupation des soins à donner aux enfants.

C'est vers cette époque que Marie Carpantier (plus tard M°** Pape-Carpantier) organisait avec sa mère la salle d'asile de La Flèche (Sarthe), sa ville natale. Ses succès la Ih-ent bientôt appeler au Mans (1842). Litelligente et laborieuse, elle se consacra à l'observation de l'enfance, et traça la méthode à suivre pour faire pénétrer sûrement dans la salle d'asile les premières notions des connaissances élémentaires et les premiers principes du bien. Après quelques années d'expériences, elle écrivit les Conseils aux Directrices, qui parurent en 184G.

A la fin de 1837, 172 communes subventionnaient des salles d'asiles et consacraient à leur entretien une somme de 174 639 francs. Les établissements secourus étaient au nombre de 2G1; ils recevaient 29 514 enfants.

En 1838, 330 salles d'asile étaient officiellement reconnues. Deux ans après, en 1840, on compte 555 salles d'asile municipales dans 352 communes; 50 986 enfants les fréquentent; les dépenses communales ont presque doublé : elles s'élèvent à 245 631 francs. De plus, 79 créations sont en projet. Mais combien est insuffisante cette somme de 245 000 francs allouée pour 555 asiles (450 francs par établissement)!

Il est vrai que le budget général de l'instruction publique était proportionnellement aussi maigre que celui des salles d'asile. Jusqu'au 1" jaiwier ,1841, une somme de 1 600 000 francs était affectée à l'enseignement primaire. Aux termes du rapport au roi, annexé au budget de 1840, un crédit de 50 000 francs au plus devait être affecté au triple service des écoles de filles, des salles d'asile et des écoles privées. En fait, aucune part n'était •faite aux salles d'asile.

En 1837, M. Delessert avait demandé à la Chambre des députés de porter son attention sur ces modestes mais si utiles établissements. Le 12 juillet 1839, à l'occasion du vote d'une somme de 60 000 francs destinée à développer les eadres de l'inspection primaire, il renouvela son appel. Ces deux efforts, bien qu'ils n'aient pas été suivis 4l'effet immédiat, ne furent pas inutiles. Le sillon «e creusait peu h, peu. Dans la séance du 3 juin 1840, M. Delessert proposa à la Chambre de -voter un fonds de 200 000 francs spécialement destiné aux salles d'asile. « Tous ceux qui se sont

occupés d'instruction primaire, dit-il, connaissent les services que rendent les salles d'asile, surtout aux familles pauvres chargées d'enfants, aux ouvriers, si dignes de notre sollicitude. Elles offrent un refuge assuré aux enfants, pe.^dant que les parents se livrent à leurs travaux; elles permettent aux pères et aux mères de se rendre à leurs ateliers sans avoir la crainte de voir leurs enfants exposés à tousîles dangors de vagabondage et à l'oisiveté ; elles ont ainsi un double titre à votre intérêt. Les enfants y contractent de bonne heure des habitudes d'ordre, d'obéissance, de travail, de propreté, qu'ils portent ensuite dans les écoles... Je sollicite l'attention de la Chambre sur la nécessité de donner un plus grand encouragement à la formation des salles d'asile. »

La proposition eût dû être votée par acclamation. M. Lepelletier d'Aulnay en contesta l'opportunité. Le crédit général affecté à l'instruction primaire lui semblait assez large pour permettre de doter les salles d'asile. La demande de M. Delessert lui paraissait, d'ailleurs, exagérée, et il déclarait a qu'à moins de nécessité absolue, démontrée », il ne devait être fait aucune addition au budget. M. Lherbette combattit le projet sous prétexte qu'il n'avait pas été mûri, que le besoin n'était nullement pressant et que la Chambre avait à ménager les deniers des contribuables. Le ministre de l'instruction publique, M. de Salvandy, ne réussit qu'à grand'peine, après un plaidoyer chaleureux de M. Glais-Bizoin en faveur des salles d'asile, à faire aboutir cette demande de crédit, aussi modeste que légitime. Il est douloureux d'avoir à ajouter que le vote des 200 000 francs ne fut acquis « qu après une première éiireuve déclarée douteuse ».

Quoi qu'il en soit, si l'existence des salles d'asile était loin d'être assurée par le crédit alloué, elle devenait moins incertaine. Le vote de la Chambre eut d'ailleurs pour heureux effet de provoquer parmi les Conseils généraux un zèle inattendu en faveur de ces établissements. Ces assemblées voulurent témoigner de leurs sympathies pour l'œuvre, et voici le tableau des subventions qu'elles lui accordèrent sur l'exercice 1841 :

Aube 1800 fr.

Aude 2 000

Bouches-du-Ubùce ... 3682

Calvados 1000

Charcute 1500

Doubs 2 000

Eure 2 000

Eure-et Loir 3 000

Finistère 3 000

Gard 2100

Gironde 1500

Hérault 2 000

ludre 1500

Isère 500

Jura 600

Loire-inférieure. 5 800

Loiret 1200

A reporter. 35 182 fr.

Report 35 182fr.

Maine-et-Ljire .. 3 000

Meuse 600

Moselle 300

Nord 3 OOÛ

Pas-de-Calais... 4 500

Puy-de-Dôme... 3 000

Rhône 2 000

Seine 4 250

Seine-et-Marne.. 3 000

Seine-et Oiie 2 000

Tarn 600

Tarnet-Garonne. 1 000

Tienne 2 000

Vosges 1500

Youue 500

Total 66 43ifr.

Mais toutes ces allocations réunies, celles des communes, celle du budget, celles des Conseils généraux, ne dépassaient guère la somme de

M. Villemain, ministre de l'instriiction publique en 1840, eût songé volontiers à demander qu'un impôt spécial fût établi au profit des salles d'asile. « La France, écrivait-il dans le rapport au roi sur la situation de l'enseignement primaire en 1840, la France n'a pas de taxe des pauvies; mais il serait digne d'elle de s'imposer quelques sacrifices pour ménager des moyens de préservatiou aux enfants des pauvres, et pour lier, autant que

cela est possible et nécessaire, l'institution des salles d'asile h celle des écoles primaires. »

Le mouvement de faveur s'accentue t\ partir de 18i(). En 1843, la statistique signale 1480 asiles recevant 9G192 élèves; en 1850, 1735 établissements et 160 244 enfants. Dans l'exposé des motifs de la loi sur l'organisation de l'assistance publique en France présentée le 27 novembre 1848, M. Dufaure constatait le progrès accompli. « Les crèches, cette seconde maternité, disait-il, les salles d'asile, cette première éducation, pénètrent peu à peu dans toutes les villes et même parmi les populations rurales. Le budget de l'Etat leur consacre des fonds d'encouragement. Elles laissent peu à désirer, et leurs résultats ont frappé lus esprits. Elles introduisent l'enfance à l'école primaire. »

La charité privée fonda, en 1847, sous le patronage du ministre, M. de Salvandy, au no 12 de la rue Neuve Saint-Paul, dans le quart'er Saint-Antoine, une sorte d'école normale destinée à former des maîtresses pour les salles d'asile. M^ie Carpantier avait été appelée du Mans et fut placée à la tête du nouvel établissement. Ouverte sous le nom de maison d'étude, l'institution fut investie d'un caractère officiel, après la révolution de Février, par l'arrêté du 28 avril 1848, qui portait les dispositions suivantes :

(c Art. 1". — Les salles d'asile, improprement qualifiées établissements charitables par l'ordonnance du 22 décembre 1837, sont des établissements d'instruction publique. Ces établissements porteront désormais le nom d'écoles maternelles.

« Art. 2. — Il est institué, près l'académie de Paris, une école maternelle normale, pour l'instruction des fonctionnaires des écoles maternelles, en remplacement de la maison provisoire établie à Paris, rue Neuve-Saint-Paul. »

Les autres articles de l'arrêté réglaient les condiùons d'admission.

La prescription relative à la dénomination d'écoles maternelles resta lettre morte. Pour ce qui concerne l'établissement de la rue Neuve- Saint-Paul, nous renvoyons nos lecteurs à l'article Cows pratique.

Un projet de loi du 15 décembre 1848 spécifiait que « toute commune au-dessus de 2000 âmes serait tenue d'avoir une salie d'asile au moins ». Il n'aboutit pas.

La loi du 15 mars 1850 ne fit rien pour les écoles maternelles. Le législateur de ce temps n'avait pas, en réformant la réglementation de l'instruction publique, l'unique souci d'en améliorer le régime. L'art, 57 décida seulement qu'un décret ultérieur déterminerait « tout ce qui se rapporte à la surveillance et à l'inspection des salles d'asile, ainsi qu'aux conditions d'âge, d'aptitude, de moralité, des personnes qui seront chargées de la direction et du service dans les salles d'asile publiques. «

Le décret annoncé se fit attendre cinq ans, jusqu'au 21 mars 1855. « Les salles d'asile, y était-il dit, sont des établissements d'éducation où les enfants des deux sexes reçoivent les soins que réclame leur développement physique et moral. » L'organisation qu'il fixait, bien que très imparfaite sur nombre de points, réalisait dans l'ensemble un notable progrès. L'enseignement comprenait les premiers principes de l'instruction religieuse, de la lecture, de l'écriture, du calcul mental et du dessin linéaire; — des connaissances usuelles à la portée des enfants ; — des ouvrages: manuels appropriés à leur âge; — des chants religieux, des exercices moraux et corporels. L'admission des enfants était autorisée par le maire. Le personnel de l'établissement était composé exclusivemciit de femmes. Le traitement des directrices variait de 150 à 250 francs. Indépendamment des '

autorités ordinaires, des comités locaux de patronage pouvaient être établis. L'inspection était confiée à des déléguées spéciales et à des déléguées générales (V. Inspectrices des écoles maternelles) ; la haute direction appartenait au ministre et au comité central institué par le décret du 16 mai 1854 (V. Comité central de patronage des salles d'asile).

Le décret fut complété par un arrêté (22 mars 1855) portant règlement pour le régime intérieur des salles d'asile publiques.

L'un des avantages de ce décret fut de ramener l'attention publique sur l'institution et de faire renaître la confiance et le zèle qui s'étaient presque éteints depuis 1850.

Sur tous les points de la France des établissements nouveaux furent ouverts, et des améliorations matérielles furent réalisées dans ceux qui existaient. Dans le Gers, le préfet, M. Féart, mit toutes les communes importantes en demeure de créer des salles d'asile. Il invita les inspecteurs primaires à faire une tournée spéciale pour se rendre compte des besoins. La tentative fut heureuse ; 16 créations eurent lieu presque immédiatement. « Toutes les fois qu'il y aura lieu de construire une maison d'école, disait M. Féart, les communes intéressées seront mises en demeure d'affecter, autant que possible, une partie de la nouvelle construction à une salle d'asile. Je donnerai aux communes qui me seconderont dans l'exécution de ce projet toutes les primes d'encouragement dont je pourrai disposer. »

Dans l'académie d'Aix, une vive impulsion était donnée par les administrations départementale et académique. On y comptait 71 salles d'asile, savoir : 29 dans le Var, 25 dans les Bouches-du- Rhône, 11 dans le 'Vaucluse, 3 dans les Basses- Alpes, et 3 en Corse. De nouveaux établissements étaient projetées pour l'année 1856.

La ville de Boulogne s'enorgueillissait, en 1855, de consacrer 85 000 francs à l'entretien de ses établissements d'instruction. Elle possédait quatre salles d'asile, dont deux étaient des modèles. Un médecin spécial, rémunéré par la municipalité, donnait ses soins aux enfants. Il existait, en outre, dans la ville, un certain nombre de garderies libres, la plupart mal tenues et mal surveillées ; le maire, M. A. Adam, exigea que les améliorations matérielles nécessaires fussent réalisées. « En échange des treize anciennes garderies, disait-il quelques années plus tard, treize salles d'asile libres ont été ouvertes, dont trois assimilables, pour l'étendue, l'appropriation des locaux et le mobilier, à nos salles d'asile publiques. » Il y avait, à n'en pas douter, dans ces affirmations optimistes quelque emphase et quelque exagération intéressée ; on ne peut toutefois méconnaître que les résultats obtenus étaient importants.

Mais nulle part le progrès ne fut plus activement poursuivi que dans l'académie de Piennes. Si la situation des départements de Maine-et- Loire, Mayenne, Loire-Inférieure, ïlle-ct-Vilaine était à peu près satisfaisante, celle des Côtes-du- Nord, du Morbihan, du Finistère laissait beaucoup à désirer. Une vive opposition y était faite aux progrès de l'instruction. Le département des Côtes-du-Nord comptait 10 salles d'asile publiques et 41 libres; celui du Finistère, 11 publiques et 87 libres; celui du Morbihan, 8 publiques et 3 libres. Mais presque tous ces établissements n'étaient en réalité que des garderies où la malpropreté était à son comble. Quelques-uns seulement méritaient leur titre de salles d'asile. M. Mourier, qui devait plus tard diriger l'académie de Paris, commençait sa longue et fructueuse carrière de recteur. Chargé de la province la plus arriérée de la France, il parvint, avec le concours de la déléguée, M>"« Néve-Marguery, à transformer

MATERNELLES (ÉCOLES) — i860 — MATERNELLES (ÉCOLES)

la plupart de ces garderies en asiles, dont quelques-unes dcvinreni des établissements modèles. M. le comte Rivaux, préfet des Côtes-du- Nord, adressait à son instigation des instructions aux maires de son département (17 mars 1857) en vue de provoquer la création d'asiles partout où il y avait possibilité de le faire ; il insistait pour que dans toutes les communes des comités locaux de patronage fussent institués et fréquemment convofjués.

Si les salles d'asile vraiment dignes de ce nom demeuraient rares, il est incontestable que de sérieux efforts étaient tentés partout. La méthode était très imparfaite. Le matériel n'existait qu'à l'état rudimentaire. En 1847, M. de Salvandy, dans son rapport au roi, disait qu'il n'était pas nécessaire. « Ces petites écoles, écrivait-il, n'exigent pas de matériel de classe : quelques gradins ou bancs, des tableaux de lecture, des bouliers-compteurs, un tableau noir, des images et quelques ustensiles de ménage suffisent le plus ordinairement. » On en était encore là vingt ans plus tard. Le but qui était surtout poursuivi, c'était le vote des crédits nécessaires pour ouvrir les établissements ; le reste devait venir après. On était à peu près assuré de trouver dans chaque commune, tant bien que mal, le personnel nécessaire. On n'était pas exigeant quant aux aptitudes ; on donnerait plus tard aux maîtresses les qualités qui leur manquaient, on songerait à en former de capables. Ce qui importait, c'était de trouver un abri pour les enfants, quelques objets pour simuler un mobilier d'école, et une personne pour représenter l'autorité. Un grand nombre d'établissements furent ouverts dans ces conditions.

L'effectif des salles d'asile s'accrut considérablement.

En 1850, il était de 1735

Il s'élevait, en 1863, à 3308

C'est une augmentation de 1573

qui, repartie entre les treize années, donne pour chacune un chiffre moyen de 121 fondations.

La progression se continue jusqu'en 1867. A cette époque, nous comptions 3 669 établissements, soit un accroissement de 120 pour chacune des années 1864, 1865, 1866 et 1867.

Le nombre des enfants des salles d'asile, qui était, en 1850, de 160 244

monte, en 1863, à 383 856, et en 1867 à. . 432 l41 soit une augmentation de 27 1 897

En fait, pendant cette période de dix-sept ans, l'effectif de ces établissements a presque triplé.

La loi du 10 avril 1867, en rendant obligatoires les écoles de filles dans les communes de plus de 500 âmes, porta peut-être — et nous ne songeons pas à nous en plaindre — les efforts d'un autre côté. Mais e.Ue eut l'heureux effet, en dehors de son objet spécial, de faire sentir aux municipalités les obligations qui leur incombent.

De 1867 à 1875, le progrès des salles d'asile est peu sensible. A la cause indirecte résultant de l'obligation imposée aux communes par la loi de 1867, il convient d'ajouter celle que ne pouvait manquer de produire la guerre de 1870. Le mouvement de laveur qui se produisit en 1876 ne s'est pas ralenti depuis cette époque; il a pris de nos jours de vastes proportions.

Le 30 octobre 1879, le ministre, M. Jules Ferry, signalait de nouveau aux préfets la nécessité de créer des asiles. Il recommandait, là où la fondation d'un établissement n'était pas possible, « d'introduire au moins dans la dernière division des écoles primaires les méthodes adoptées pour les salles d'asile ». Mais, ajoutait-il, ces moyens sont insuffisants, et a je considère qu'on réaliserait une très importante amélioration dans nos services, si l'on pouvait former une petite salle d'asile avec iro Partie,

les élèves d<^. moins de six ans de l'école des garçons 0^ do l'école des filles de toute commune de plus de 500 âmes. »

Grâce à cette énergique impulsion, un courant d'émulation s'établit de toutes parts. De 187G à 1880, on relève annuellement 125 créations; la statistique en signale plus de 200 en 1881; on en compte 182 en 1882, et 328 en 1883.

Voici, au surplus, le tableau qui résume la situation :

Etat indiquant : 1° le nombre; 2° la population des salles d'nsile, de 1S36 à 18H3.

NOMIli'.E des salles d'asile

NOMBIŒ !

des élèves nui frequcnleia

les «iiliej (J'a?!!." 1

t8iO

tS30

Un détail particulier à Paris pour finir. Le budget des écoles maternelles de la capitale atteignait, en 1883, 2 051250 francs. Ces écoles étaient au nombre de 128 et recevaient 21 000 enfants. On ne comptait en 1871, à Paris, que 94 salles d'asile avec 16111 élèves. [Albert Durand].

Le 24 octobre 1879, une commission avait été « chargée d'étudier un projet de révision de l'organisation de l'enseignement dans les salles d'asile, destiné à être ultérieurement soumis au Conseil supérieur de l'instruction publique. » Ses îravaux ont abouti au décret du 2 août ISSl, qui régit actuellement les écoles maternelles.

En voici la teneur :

« Titre P'. — Dispositiom communes aux écoles maternelles publiques et libres {organisation^ surveillance et inspection).

» Article premier. — Les écoles maternelles (salles d'asile), publiques ou libres, sont des établissements d'éducation où les enfants des deux sexes reçoivent les soins que réclame leur développement physique, intellectuel et moral.

» Les enfants peuvent y être admis dès lâge de deux ans accomplis et y rester jusqu'à ce qu ils aient atteint l'âge do sept ans.

» Art. 2. — L'enseignement dans les écoles maternelles comprend : . .

» r Les premiers principes d'éducation morale; des connaissances sur les objets usuels ; les premiers éléments du dessin, de l'écriture et de la lecture; des exercices de langage; des notions d'histoire naturelle et de géographie ; des récits a la portée des enfants ;

» 2° Des exercices manuels ;

» 3° Le chant et des mouvements gyranastiques gradués.

» Art. 3. — Les écoles maternelles sont exclusivement dirigées par des femmes.

» Art. 4. — Nulle ne peut diriger une école maternelle avant l'âge de vingt et un ans accomplis, et sans être pourvue du ceitificat d'aptitude à la direction des écoles maternelles.

» Nulle ne peut diriger une école maternelle annexée à un cours normal avant l'âge de vingtcinq ans, ni sans avoir exercé pendant cinq ans dans les écoles maternelles publiques ou libres.

» Nulle ne peut être sous-directrice d'école maternelle avant l'âge de dix-huit ans, ni sans justifier du certificat d'aptitude à la direction des écoles maternelles.

w Art. 5. — Sont incapables de tenir une école maternelle publique ou libre, les personnes qui se trouvent dans les cas prévus par l'article 26 de la loi du 15 mars 1850.

» Art. 6. — Indépendamment drs autorités instituées par la loi pour la surveillance et l'inspection des écoles, l'inspection des écoles maternelles est exercée :

» 10 Par les inspectrices générales;

» 2° Par les inspectrices départementales ;

» Les inspectrices générales et départementales sont nommées par le ministre.

» Art. 7. — Nulle ne peut être nommée inspectrice générale sans avoir au moins trente-cinq ans d'âge et cinq ans de service dans l'enseignement public ou libre et sans être pourvue: 1° du brevet supérieur; 2° du certificat d'aptitude à la direction des écoles maternelles ; 3° du certificat d'aptiiude à l'inspection des écoles maternelles.

» Une inspectrice générale fait partie du comité consultatif de l'enseignement primaire au ministère de l'instruction publique.

» Art. 8. — Nulle ne peut être nommée inspectrice départementale sans avoir trente ans d'âge et trois ans de service dans l'enseignement public ou libre, et sans être pourvue : l» du brevet supérieur ou, à son défaut, du brevet élémentaire complété par le certificat d'aptitude pédagogique ; 2° du certificat d'aptitude à la direction des écoles maternelles ; S» du certificat d'aptitude à l'inspection des écoles maternelles.

» Les inspectrices départementales visitent deux fois par an, au moins, les écoles maternelles de leur ressort et adressent à l'inspecteur d'académie un rapport spécial sur chaque école, à la suite de chaque inspection.

» Elles donnent leur avis sur la nomination et la révocation des directrices et sous-directrices d'écoles maternelles publiques, ainsi que sur les récompenses qui peuvent leur être accordées.

» Art. 9. — L'examen pour l'obtention du certificat d'aptitude à l'inspection des écoles maternelles comprend les épreuves suivantes ;

» 1° Epreuve écrite :

» Un sujet de pédagogie appliqué aux écoles maternelles;

» 2° Epreuve orale :

» Questions de législation et d'administration concernant les écoles maternelles;

» 3° Epreuve pratique :

» Inspection d'une école maternelle et rapport à la suite de cette inspection.

» Art. 10. -- Il peut être établi, dans chaque commune où il existe des écoles maternelles, un ou plusieurs comités de dames patronnesses présidés par le maire.

» Les membres du comité de paVonage sont nommés par le préfet, sur la proposition de l'inspecteur d'académie et après avis du maire.

» Ce comité a pour attribution exclusive de veiller à l'observation des prescriptions de l'hygiène, à la bonne tenue de l'établissement et au bon emploi des fonds ou des dons en nature recueillis en favô^f des enfants.

» Art. 11. — L'inspection des écoles maternelles libres porte sur la morale, l'hygiène et la salubrité. Elle ne peut porter sur l'enseignement que pour vérifier s'il n'est pas contraire à la morale, à la constitution et aux lois.

» Titre II. — Ecoles maternelles publiques.

» Art. 12. — Dans les écoles maternelles publiques, les enfants seront divisés en deux sections suivant leur âge et le développement de leur intelligence.

» Art. 13. — Les premiers principes d'éducation morale seront donnés dans les écoles maternelles publiques, non sous forme de leçons distinctes et suivies, mais par des entretiens familiers, des questions, des récits, des chants destinés à inspirer aux enfants le sentiment de leurs devoirs envers la famille, envers la patrie, envers Dieu. Ces premiers principes devront être indépendants de tout enseignement confessionnel.

» Art. 14. — Les connaissances sur les objets usuels comportent des explications très élémentaires sur le vêtement, l'habitation et l'alimentation, sur les couleurs et les formes, sur la division du temps, les saisons, etc.

» Art. 15. — Les exercices de langage ont pour but d'habituer les enfants à parler et à rendre compte de ce qu'ils ont vu et compris.

» Les morceaux de poésie qu'on leur fait apprendre seront courts et simples.

» Art. 16. — L'enseignement du dessin comprend :

» 1" Des combinaisons de lignes au moyen de lattes, bâtonnets, etc. ;

» 2° La représentation sur l'ardoise de ces combinaisons et de dessins faciles faits par la maîtresse au tableau quadrillé;

» 3» La reproduction sur l'ardoise des objets usuels les plus simples.

» Art. n. — La lecture et l'écriture seront, autant que possible, enseignées simultanément.

» Les exercices doivent toujours être collectifs.

» Art. 18. — L'enseignement du calcul comprend ;

» 1° L'étude delaformationdesnombresdelàlO;

» 2" L'étude de la formation des dizaines de 10 à 100;

)) 3» Les quatre opérations, sous la forme la plus élémentaire, appliquées d'abord à la première dizaine ;

» 40 La représentation des nombres par les chiffres ;

» 50 Des applications très simples du système métrique (mètre, litre, monnaie).

» Cet enseignement sera donné au moyen d'objets mis entre les mains des enfants, tels que lattes, bâtonnets, cubes, etc.

» Les enfants seront exercés au calcul mental sur toutes les combinaisons de nombres qu'ils auront faites.

» Art. 19. — Les éléments d'histoire naturelle comprennent la désignation des parties principales du corps humain, des notions sur les animaux les plus connus, les végétaux et les minéraux usuels.

» Cet enseignement est donné à l'aide d'objefs réels et de collections formées, autant que possible, par les enfants et les maîtresses.

» Ai^. 20. — L'enseignement de la géographie est descriptif; il s'appuie sur l'observation des lieux où vit l'enfant.

» Il comprend :

» 10 L'orientation (points cardinaux);

M 2° Des notions sur la terre et les eaux ;

» 30 Quelques indications sur les fleuves, les montagnes et les principales villes de France.

» Art. 21 . — Les récits porteront principalement :

» 1° Sur les grands faits de l'histoire nationale:

)> 2» Sur des leçons de choses.

» Art. 22. — Les exercices manuels consisteront en tressage, tissage, pliage, petits ouvrages de tricot.

n Los travaux de couture et tous autres travaux de nature à fatiguer les enfants sont interdits.

» Art. 23. — L'enseignement du chant comprend :

» Les exercices d'intonation et de mesure les plus simples, les chants à l'unisson et à deux parues qui accompagnent les jeux gyranastiques et évolutions. Les chants sont appropriés à l'étendue de la voix des enfants. Pour ces exercices, les directrices se serviront du diapason.

» Art. 24. — Les exercices gymnastiques seront gradues de manière à favoriser le développement physique de l'enfant. Ils se composeront de mouvements, de marches, d'évolutions et de jeux dirigés par la maîtresse.

» Art. 25. — Les leçons ne devront jamais durer plus d'un quart d'heure ou vingt minutes ; elles seront toujours séparées par des chants, des exercices gymnastiques, des marches ou des évolutions.

» Art. 26. — Les conditions dans lesquelles dolent être établies les écoles maternelles publiques, tant au point de vue des bâtiments que de l'ameublement, seront l'objet d'un règlement spécial.

» Art. 27. — Le matériel d'enseignement de l'école maternelle comprend nécessairement les •objets suivants :

» Un claquoir, un sifflet;

M Un ou plusieurs tableaux noirs, dont un, au moins, sera quadrillé;

» Une méthode de lecture en tableaux et plusieurs collections d'images ;

» Un nécessaire métrique ;

» Un globe terrestre et une carte murale de la

» Un boulier ;

» Des collections de bûchettes ou bâtonnets, des lattes, des cubes, etc. ;

» Une collection de jouets;

» Des ardoises, quadrillées d'un côté et unies de l'autre;

» Un diapason.

» Art. 28. — Aucun enfant n'est reçu dans une école maternelle, s'il n'est muni d'un billet d'admission signé par le maire, et s'il ne produit un certificat de médecin, dûment légalisé, constatant qu'il n'est atteint d'aucune maladie contagieuse et qu'il a été vacciné.

» Art. 29. — Lorsqu'un enfant est présenté dans une école maternelle, la directrice fait connaître aux parents les conditions réglementaires auxquelles ils devront se conformer.

» Art. 30. — Un mois de vacances est successivement accordé chaque année aux directrices et sous- directrices d'écoles maternelles.

» Art. 31. — Les enfants seront toujours repris avec bienveillance. Ils ne devront jamais être frappés.

» Art. 32. — - Un médecin nommé par le maire Tisite une fois par semaine les écoles maternelles.

» Il inscrit ses observations sur un registre particulier. ** ^

» Art. 33. — Les directrices et sous-directrices des écoles maternelles publiques sont nommées et révoquées dans la même forme que les institutrices publiques. Les mêmes peines disciplinaires leur sont applicables et dans la môme forme qu aux institutrices.

>> Les directrices sont choisies, autant que possible, parmi les sous-directrices.

«Chaque année, la directrice adresse à l'inspec-

trice départementale un rapport détaillé sur tout ce qui concerne l'établissement qu'elle dirige.

» Art. 34. — Dans toute école maternelle publique recevant plus de cinquante enfants, la directrice est aidée par une sous-directrice.

» Dans toute école maternelle publique recevant plus de vingt-cinq enfants, la directrice est assistée par une femme de service.

« Art. 35. — Les directrices et sous-directrices d'écoles maternelles publiques pourvues du brevet de capacité sont assimilées aux institutrices titulaires et adjointes pour la fixation du taux du traitement, les conditions de l'avancement et du logement.

» Art. 36. — La femme de service est nommée, dans chaque école maternelle publique, par la directrice, avec agrément du maire ; elle est révoquée dans la même forme,

» Art. 37. — Un règlement des écoles maternelles de chaque département sera rédigé par le Conseil départemental, d'après les indications générales d'un règlement modèle arrêté par le ministre de l'instruction publique en Conseil supérieur.

» Titre III. — Ecoles maternelles libres.

» Art, 38, — - Quiconque veut ouvrir ou diriger une école maternelle libre doit se conformer préalablement aux dispositions prescrites par les articles 25 et 27 de la loi du 15 mars 1850, et 1, 2 et 3 du décret du 7 octobre 1850,

» Le préfet peut faire opposition à l'ouverture de l'école maternelle, dans les cas prévus par l'article 28 de la loi du 15 mars 1850 et par l'article 4 du décret du 7 octobre 1850, L'opposition est jugée parle Conseil départemental, contradictoirement et à bref délai. Le recours est admis lorsque l'opposition est faite à la personne. Si le maire refuse d'approuver le local, il est statué à cet égard par le Conseil départemental.

» A défaut d'opposition, l'école maternelle peut être ouverte à l'expiration du mois,

» Art. 39. — Le Conseil départemental peut, par application de l'article 30 de la loi du 15 mars 1850, censurer, suspendre pour un temps qui ne pourra excéder six mois, ou interdire de l'exercice de sa profession dans la commune où elle réside, une directrice ou une sous-directrice d'école maternelle libre.

» Il peut frapper d'interdiction absolue une directrice ou une sous-directrice d'école maternelle libre ou publique, sauf appel devant le Conseil supérieur de l'instruction publique, dans les délais légaux.

» Titre IV — Examens.

» Art. 40. — Il est institué, dans chaque département, une commission d'examen chargée de constater l'aptitude des personnes qui aspirent à diriger les écoles maternelles.

» La commission tient une session ordinaire par an. La date de l'ouverture de la session est fixée par le ministre.

» Les membres de la commission d'examen sont nommés pour trois ans par le Conseil départemental de l'instruction publique.

» La commission d'examen se compose :

» De l'inspecteur d'académie, président ;

») D'un inspecteur de l'instruction primaire faisant fonctions de secrétaire ;

» D'un ou plusieurs membres de l'enseignement public ou libre ;

» De l'inspectrice départementale.

» Les commissions ne peuvent délibérer qu'autant que cinq de leurs membres sont présents. Les délibérations sont prises .\ la majorité des sufl'rages. En cas de partage, la voix du président est prépondérante.

» Pour procéder à l'examen oral, la commission

ne peut, dans aucun cas, se subdiviser en souscommissions de moins Ûc trois membres.

» Art. 41. — Les certificats d'aptitude sont délivrés au nom du recteur par l'inspecteur d'académie dans les départements, et, à Paris, par le vice-recteur.

» Art. 42. — Nulle n'est admise devant une commission d'examen avant l'âjce de dix-huit ans, et sans avoir déposé entre les mains de l'inspecteur d'académie, un mois avant l'ouverture de la session :

» 1** Son acte de naissance;

» 2° Des certificats attestant sa moralité et indiquant les lieux où elle a résidé et les occupations auxquelles elle s'est livrée depuis trois ans au moins.

» Aucune dispense d'âge ne pourra être accordée, sauf dans le cas où l'aspirante serait déjà pourvue du brevet de capacité.

« Art. 43. — L'examen se compose de deux parties distinctes :

» 10 Un examen d'instruction ;

» 2° Un examen pratique.

» L'examen d'instruction comprend :

» Des épreuves écrites ;

» Des épreuves orales.

w Epreuves écrites :

■>■> 1" Une dictée d'orthographe de vingt lignes environ tirée d'un texte simple et facile ; la dictée sert d'épreuve d'écriture ;

» 2» La solution raisonnée de deux questions d'arithmétique portant sur les applications du calcul et du système métrique ;

» 3° Une rédaction d'un genre simple (lettre, lécit, rapport) ;

» 4" Un dessin au trait sur ardoise d'après un objet usuel.

» Les aspirantes exécuteront en outre des travaux à l'aiguille.

» Epreuves orales :

» 1° Principes d'éducation morale ;

» 2° Lecture ; explication du texte et questions de grammaire ;

» 30 Géographie ; notions générales, géographie de la France ;

« 40 Histoire de France (grands faits et grands hommes);

» 5° Notions élémentaires d'histoire naturelle et d'hygiène applicables aux leçons de choses;

» 6° Chant (un exercice sur un chant très simple).

» L'examen pratique a lieu dans une école maternelle, préalablement désignée, et où les aspirantes ont droit d'assister aux exercices deux jours avant l'examen.

» Cet examen se compose des exercices ordinaires de l'école ; il est accordé une heure pour la préparation de la leçon ;

» L'aspirante doit remplir les fonctions de directrice pendant une partie de la séance, et celle de sous-directrice pendant l'autre partie.

» Une heure est donnée à chaque aspirante pour préparer sa leçon; les sujets sont tirés au sort.

)> Le jury exprime la valeur de chacune des épreuves par les notes qui suivent :

» Très bien ; — Bien; — Passable ; — Mal; — Nul.

» Pour répreuve d'orthographe, cinq fautes entraînent la nullité ; trois ou quatre fautes, la note mal; deux fautes, la noie passable ; nx\Q faute et une demi-faute, la note bien; la dictée ayant moins d'une demi-faute donne seule droit à la note très bien.

» Les notes données par la comn.ission sont le résultat de l'appréciation faite en commun de chaque épreuve.

» La note nul sur l'une des matières entraîne l'ajournement.

» A chacun des examens, deux notes mal entraînent l'ajournement, à moins qu'elles ne soient compensées par deux notes très bien.

» Art. 44. — Il pourra être créé, dans chaque académie, aux frais de l'Etat, un cours normal des écoles maternelles analogue à celui qui existe à Paris sous le nom d'école Pape-Carpantier.

» Art. 45. — Les décrets du 16 mai 1854 et du 21 mars 1855, les arrêtés du 22 mars 1855, du 28 mars 1857, du 5 août 1859 et du SOjuillet 1875 sont Q* demeurent rapportés. »

Pour les modifications à ce décret, voir le décret et l'arrêté du 18 janvier 1887, au mot Règlements organiques, au Supplément.

En date du même jour (2 août 1881) parut un règlement qui a remplacé celui du 22 mars 1855, et qui contient les prescriptions relatives à l'admission des enfants, à la durée des classes, h l'hygiène, à la discipline et à l'ordre intérieur. Nous n'en reproduisons pas le texte, qu'on pewt trouver dans tous les recueils de documents relatifs à l'organisation de l'instruction publique. Nous ne croyons pas nécessaire non plus de reproduire in extenso l'arrêté du 28 juillet 1882, relatif à l'organisation pédagogique des écoles maternelles, ni le programme d'études qui l'accompagne.

Si maintenant nous jetons un regard en arrière, il nous sera permis de constater que la France a fait dans le dernier demi-siècle de grands et fructueux efforts pour réparer le temps perdu . Ce domaine particulier de la civilisation moderne qui comprend tous les soins à donner au premier âge scolaire, domaine vraiment sacré, elle ne l'a pas laissé inculte. Les salles d'asile se sont multipliées; leur population s'est considérablement accrue ; et bien que l'on soit encore très loin d'avoir satisfait à tous les besoins, ni même aux plus puissants, le branle est donné, et l'opinion publique est favorable au mouvement, qui se poursuit presque de lui-même. Peut-être y a-t-il déjà eu çà et là quelque excès dans l'application systématique que l'on a voulu faire de cette précieuse institution à un âge trop tendre, sans égard à la dilïérence des nécessités locales et des circonstances de toute espèce. Il nous paraît qu'en principe, la limite d'âge de l'école maternelle ne doit pas descendre au-dessous de quatre ans et demi ou de quatre ans; plus bas, l'enfant n'est décidément pas, si l'on peut ainsi dire, matière scolaire; il appartient à la mère, ou plutôt à la famille entière, qui en tirera meilleur parti que nous. Encore faut-il, nous le reconnaissons, qu'il y ait une famille, une mère, une grande sœur, des vieillards libres de s'occuper de lui : c'est malheureusement ce qui manque dans beaucoup de villes industrielles ou même agricoles, et là il faut nous résigner, bien qu'à contre-cœur, à ouvrir les portes à des enfants de deux à quatre ans. Partout ailleurs, il est à souhaiter que la salle d'asile ne forme que la section inférieure de l'école enfantine.

Avons-nous également lieu de nous féliciter d'un grand progrès accompli en ce qui concerne l'aptitude des maîtresses? Oui, si nous comparons l'état présent avec celui des anciennes garderies; mais si nous regardons à ce que cet office d'institutrice maternelle réclamerait d'éducation spéciale comme aussi de dons naturels, tels que la souplesse d'esprit, l'imagination fraîche et vive, le caractère doux, ferme et patient, nous aurons sûrement lieu de penser modestement de notre pays. Ni les bonnes méthodes ne sont encore assez bien connues, ni môme elles ne trouvent en général des esprits préparés à les comprendre et à les appliquer. Il manque à beaucoup de maîtresses, laïques ou congréganistes, aujourd'hui en fonctions, ce minimum de bonne culture générale qui leur permettrait de s'approprier la pédagogie maternelle spéciale et de profiter ensuite des leçons

MATERNELLES (ÉCOLES

MATERNELLES (ÉCOLES

de la pratique journalière. Remarquons toutefois, à riionneur de la Ilépublique, qu'il a été fait dans ces dernières années un grand pas en avant. L'institutrice de l'école maternelle a été mise, quant au traitement, de pair avec l'institutrice primaire; de là à exiger d'elle une préparation aussi sérieuse, sinon tout à fait semblable, que celle que l'on exige de l'institutrice primaire, l'intervalle çst petit et il ne peut manquer de se combler de jour en jour. Déjà il a été pris en ce sens une résolution importante. Des cours normaux destinés à former les maîtresses des écoles maternelles ont été fondés dans les écoles normales, et les institutrices primaires seront appelées désormais à enseigner indifféremment dans les écoles maternelles et dans les écoles primaires. L'enseignement maternel recouvre ainsi toute sa dignité.

Mais où le progrès est considérable, et, nous rcspérons, définitif, c'est dans les programmes officiels, dans l'esprit qui les a dictés, dans les instructions qui les accompagnent, dans les méthodes que recommandent ces instructions. Sans doute il s'écoulera un long temps jusqu'à ce que les faits se soient mis d'accord avec la théorie; mais il n'en est pas moins de grande conséquence, 4ans un pays de forte organisation tel que le nôtre, que le but à atteindre soit marqué assez haut, que les principes régulateurs soient nettement exposés à la vue de tous, et que les moyens pratiques les meilleurs aient pris corps dans un programme officiel.

En ce qui touche d'abord le véritable caractère al l'esprit des établissements destinés au premier âge, on ne saurait mieux s'exprimer que n'a fait le Conseil supérieur. Le beau nom d'école maternellCy restauré, est à lui seul plein de signification: il dit assez que l'éducation tient à la fois de la famille et de l'école; « qu'elle garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille, en même temps qu'elle initie l'enfant au travail et à la régularité de l'école. »

Le but à atteindre ne sera donc pas de procurer à l'enfant telle ou telle mesure de savoir en lecture, en écriture, en calcul, mais de « le soumettre à un ensemble de bonnes influences », de lui inculquer de bonnes habitudes intellectuelles et morales, physiques et de savoir-vivre, de lui faire prendre le goiit du travail et, en éveillant son activité spirituelle, de la régler doucement.

« Une bonne santé ; l'ouïe, la vue, le toucher déjà exercés par une suite graduée de ces petits jeux et de ces petites expériences propres à faire l'éducation des sens ; des idées enfantines mais nettes et claires sur les premiers éléments de ce qui sera plus tard l'instruction primaire ; un commencement d'habitudes et de dispositions sur lesquelles l'école puisse s'appuyer pour donner plus tard un enseignement régulier, le goût de la gymnastique, du chant, du dessin, des images, des récits ; l'empressement à écouter, à voir, à observer, à imiter, à questionner, à répondre ; une certaine faculté d'attention entretenue par la docilité, la confiance et la bonne humeur; l'intelligence éveillée enfin et l'âme ouverte à toutes les bonnes impressions morales ; tels doivent être les effets et les résultats de ces premières années passées à l'école maternelle, et si l'enfant qui en sort arrive à l'école primaire avec une telle préparation, il importe peu qu'il y joigne quelques pages de plus ou de moins du syllabaire. »

Le Conseil supérieur n'a pas été moins bien inspiré quand il a défini la méthode propre aux écoles maternelles : « C'est celle qui consiste à imiter le plus possible les procédés d'éducation d'une mère intelligente et dévouée. » Cultiver toutes les facultés harmoniquement, et pour cela

ne s'asservir à aucune des méthodeg spéciales et artificielles qui se fondent sur un système exclusif; prendre librement dans toutes les méthodes ce qu'elles ont de plus approprié aux besoins divers de l'enfant : leçons de choses, causeries, chant, premiers essais de dessin, de lecture, de calcul, de récitation, alternant avec les jeux et les exercices du corps, telle est la voie que tracent les récents programmes. Méthode « essentiellement naturelle et familière », on a eu raison de le dire, qui n'a rien de rigide ni de scolastique, méthode vraiment spî'n7Me//e, en ce qu'elle n'applique point de procédés mécaniques à l'éducation de l'âme humaine et qu'elle ne peut être maniée que par des esprits actifs et bien cultivés. Le dernier mot de ces programmes, ce qui en fait le fort et aussi le faible, c'est qu'ils ne valent que par d'excellentes maîtresses. [F. Pécaut.]

PAYS ÉTRANGERS

ALLEMAGNE. — En Allemagne, les écoles de petits enfants {Kleinkinder - Bewnhranstalten, Kleinkinderschulen, Kinderp/legen, Warieschulen) ont le caractère d'établissements privés. Leur création remonte en général au commencement de ce siècle. Mais pendant longtemps ce ne furent que de simples garderies. Deux hommes ont contribué surtout à la transformation qui s'est opérée à partir de 1840 : Frœbel, le fondateur des jardins d'enfants, et Fœlsing, de Darmstadt. Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui a été dit ailleurs de Frœbel et de sa doctrine (V. Frœbel et Jardin d'enfants). Quant à Fœlsing (né en 1816, mort le 18 juillet 1882j, nous résumerons son œuvre en peu de mots. Sorti de l'école normale de Friedberg, et devenu en 1843 instituteur à l'école de la garnison de Darmstadt, il fonda la môme année un institut destiné à former des institutrices pour les écoles de petits enfants. En 1844, Frœbel, dans un de ses voyages de propagande, s'arrêta trois mois à Darmstadt chez Fœlsing, qu'il chercha à gagner à ses théories ; mais l'accord ne put se faire entre eux : Fœlsing trouvait que Frœbel accordait au jeu une importance exagérée; il n'aimait pas le mot à.Q jardin d'enfants, qui lui paraissait prétentieux; enfin son christianisme était plus dogmatique et plus rigide que celui de Frœbel. Fœlsing garda sa méthode propre, et refusa d'admettre les innovations que le pédagogue thuringien voulait introduire dans l'éducation des petits enfants. C'était avant tout un homme pratique ; c'était aussi un conservateur plein de respect poui* la tradition et l'autorité : aussi, tandis que Frœbel restait isolé et usait ses dernières années en effoits infructueux, Fœlsing reçut-il des encouragements officiels; son institut devint célèbre, et pendant les trente-sept années de son existence (1843-1880), il a fourni plus de 600 institutrices aux écoles de petits enfants de l'Allemagne du Sud.

On rencontre, dans un certain nombre d'États allemands, des dispositions officielles relatives aux écoles de petits enfants.

Gn Prusse, l'instruction ministérielle du 31 décembre 1839, relative aux écoles privées, contient ce qui suit au sujet de ces établissements : « Les écoles enfantines {Warle-Schulen), (\\x\ reçoivent des enfants n'ayant pas encore atteint l'â^ic scolaire, doivent être considérées comme des établissements d'éducation, et sont placées à ce titre sous la surveillance de l'autorité scolaire locale. L'autorisation d'ouvrir une école enfantine ne peut être accordée qu'à des femmes mariées ou à des veuves (une décision du 22 août 186G permet d'accorder aussi cette autorisation a des femmes non mariées^ de mœurs irréprochables, capables de donner aux enfants la première éducation, et disposant d'un local convenable au point de vue

de la salubrité et des dimensions. L'autorité scolaire locale accorde l'autorisation d'ouverture, et veille à ce que les enfants ne prolongent pas leur séjour à l'école enfantine au-delà de l'âge scolaire. »

Un rapport annuel doit être adressé par le Landrath à l'administration de chaque régence, concernant le nombre et la situation des écoles enfantines de leur ressort.

En Bavière, ces établissements portent le nom de Kleinkinder-Bewahranstalten ou Kinderpflegen; ils ne peuvent prendre le nom d'écoles; l'enseignement de la lecture, de récriture et du calcul y est interdit; toutefois les enfants peuvent y être exercés à assembler et à comparer des lettres et des chiffres, mais simplement à titre d'exercices d'intuition ; les occupations des enfants doivent avoir pour objet de développer les sens et l'intelligence, et autant que possible être présentées sous la forme de jeux. Gomme les autres établissements d'éducation d'un caractère privé, ils doivent être autorisés par l'inspection scolaire et l'autorité de police du district. Un .soin particulier doit être apporté à l'éducation religieuse des enfants; lorsque des enfants de confession différente sont réunis dans un même établissement, on doit éviter tout ce qui pourrait conduire à l'indifférence religieuse, et ne pas tolérer que le^ enfants d'une confession prennent part aux exercices d'une autre confession. Les examens publics, les distributions de prix et tout ce qui pourrait exciter la vanité et l'amour-propre, sont interdits; mais les enfants pourront être encouragés de temps en temps par des secours, de petits cadeaux, etc., et en particulier une fête pourra être organisée pour eux à l'époque deMoël.

En Saxe, jusqu'en 1873, une autorisation officielle était nécessaire pour l'ouverture de garderies d'enfants {Kleinkinder-Bewahranstalten) ou de jardins d'enfants. Cette autorisation n'est plus exigée aujourd'hui que pour les établissements privés dont la fréquentation peut dispenser de celle de l'école publique ; elle n'est pas nécessaire pour les établissements qui ne reçoivent que des enfants n'ayant pas atteint l'âge scolaire.

En Wurtemberg, l'école enfantine est, comme dans les autres Etats allemands, un établissement privé; mais le choix de l'institutrice appartient au conseil de paroisse (Kirchenconvent). Ces écoles sont, soit des écoles préparatoires {Vorschulen)^ Roit des garderies {Bewahranstalten), soit des établissenients réunissant le caractère de la garderie et celui de l'école [Lern- und Bewahranstalien)^ soit, dans certaines villes, des jardins d'enfants. La commune peut accorder une subvention.

ANGLETERRE. — Nous avons rappelé plus haut comment Robert Owen* avait fondé à New-Lanark, pour les petits enfants des ouvriers qui travaillaient dans son vaste établissement industriel, une sorte de garderie dont il avait confié la direction à un ouvrier tisserand, Joseph Buchanan. Les résultats obtenus par Buchanan ayant attiré l'attention de quelques amis de l'instruction populaire, parmi lesquels Brougham, James Mill, Zacharie Macaulay, ceux-ci résolurent de fonder à Londres des établissements du même genre. Ils demandèrent à Owen de leur céder Buchanan, qui fut placé à la tête de la première Infant School, ouverte à Londres, en 1819, dans un quartier pauvre. La tentative ayant complètement réussi, au bout de six mois une autre école du même genre fut établie dans un autre quartier et confiée à un élève de Buchanan, Wilderspin, qui en fit bientôt une sorte d'école modèle destinée à former des maîtres. En 1825 se fonda, par l'initiative du Dr Bloomsfield, évêque de Chester, une société des J?i/'ant Schools de la Cité. Bientôt l'Angleterre compta deux cents écoles enfantines, et le mouve-

ment se propagea rapidement en Ecosse et en Irlande.

La création et l'entretien des Infant Schools sont restés, jusqu'en 1870, du domaine exclusif de l'initiative privée; mais, depuis le vote de VElementary Education Act, les écoles qui reçoivent des enfants âgés de quatre à sept ans [infants) sont admises à participer aux subventions que le Parlement accorde en faveur de l'instruction primaire. Aux termes du plus récent Code scolaire publié par le Département d'éducation (mars 1884), les subventions (grants) accordées aux écoles et classes enfantines sont les suivantes : 9 shillings^ par élève, si les élèves forment un département séparé, sous la direction d'un instituteur ou d'une institutrice munis d'un brevet, dans une salle convenablement aménagée et pourvue du matériel nécessaire ; 7 shillings seulement, si les infants ne forment qu'une division de l'école, recevant une instruction appropriée à l'âge des élèves; en outre, une prime de mérite {merit grant) de 2, 4 ou 6 shillings par élève, selon que l'inspecteur aura accordé à l'école ou à la classe la note passable^ bonne, ou excellente, en tenant compte des trois points suivants : instruction appropriée dan& les matières du programme élémentaire; simples leçons sur des objets et sur les phénomènes de la nature et de la vie ordinaire; occupations convenables et variées; enfin une prime de 1 shilling si les élèves reçoivent l'enseignement des travaux à l'aiguille; et une prime pour le chant, qui est de 1 shilling si [les élèves chantent d'après les notes, et de 6 pence seulement s'ils chantent d'après l'oreille. Toute classe enfantine de plus de 60 élèves doit être dirigée par un instituteur (ou institutrice) muni du brevet; toute classe enfantine de plus de 40 élèves, par un instituteur (ou institutrice) âgé de dix-huit ans et approuvé par l'inspecteur, sous peine de perdre le droit à la subvention.

AUTRICHE-HONGRIE. — AUTRICHE. — La loi organique de l'instruction primaire du 14 mai 1869 porte, à l'article 10, que « selon les besoins des localités, des établissements destinés à la garde, à l'éducation et à l'instruction des enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge scolaire pourront être annexés à une ou à plusieurs écoles. « L'art. 27 ordonne qu'un jardin d'enfants soit annexé aux écoles normales d'institutrices, et les articles 29 et 30 disent que les élèves-maîtres et les élèves-maîtresses seront, autant que le permettront les circonstances, familiarisés avec l'organisation d'une école enfantine convenablement installée (jardin d'enfants).

Par arrêté ministériel en date du 22 juin 1872 a été édicté un règlement spécial concernant les jardins d'enfants et les établissements analogues (asiles et crèches). Nous en résumerons ci-dessous les dispositions essentielles :

Le jardin d'enfants a pour mission d'appuyer et de compléter l'éducation domestique des enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge scolaire, et de les préparer à l'enseignement de l'école primaire par des exercices réguliers du corps et des sens, ainsi que par une culture de l'esprit conforme à la nature.

Les moyens d'éducation employés au jardin d'enfants sont: des occupations propres à cultiver l'activité créatrice et formatrice, des jeux de mouvement avec ou sans accompagnement de chant, la vue et l'explication d'objets et d'images, des récits et de petites poésies, enfin des travaux faciles au jardin.

Tout enseignement scolaire proprement dit est formellement exclu.

L'âge d'admission des enfants est fixé à trois ans; l'âge de sortie, à six ans, conformément aux prescriptions de la loi du 14 mai 1869. i

MATEKNELLES (ÉCOLES) — iB'o — MATERNELLES (l-XOLES)

Les jardins d'enfants peuvent ôtre fondés par les provinces, les districts scolaires, les communes, les associations et les particuliers, sous réservo de l'approbation de l'autorité scolaire provinciale. Les jardins d'enfants fondes par les provinces, les districts scolaires ou les communes sont des établissements publics ; ceux qui sont fondés par des associations ou des particuliers sont des établissements privés.

Le nombre des enfants confiés à la surveillance d'une môme personne ne peut pas dépasser quarante.

Outre un local convenable, suffisamment vaste et satisfaisant aux conditions hygiéniques, tout jardin denfants doit avoir à sa disposition un jardin ou un préau pour les jeux. Il ne sera admis d'exception que dans les grandes villes et pour les établissements privés.

Lorsqu'un jardin d'enfants est annexé à une école primaire, la direction du jardin d'enfants appartient au directeur de l'école.

Lorsqu'il s'agit de jardins d'enfants ayant une existence indépendante, le directeur ou la directrice devra être âgé d'au moins vingt-quatre ans, être muni au moins du diplôme do sortie de l'école normale primaire (lieifezeugniss), et avoir fait un stage de trois mois au moins dans un jardin d'enfants convenablement organisé.

•L'éducation pratique des enfants est confiée à des jardinières d'enfants [Kindergurtnerinnen), qui doivent posséder les titres de capacité nécessaires. L'emploi de surveillante peut être confié à toute personne du sexe féminin possédant une bonne santé et du bon sens, et de mœurs irréprochables.

La nomination du directeur ou de la directrice, des jardinières et des surveillantes appartient au fondateur de l'établissement, qui fixe aussi le taux de la rétribution scolaire.

Les jardins d'enfants sont plafiîs sous la surveillance des autorités scolaires. Le contrôle, au point de vue pédagogique, appartient à l'inspecteur du district. L'autorité scolaire locale peut charger un comité de dames de visiter régulièrement les jardins d'enfants publics.

Les asiles [Kinderhewaliranstalten) ont pour mission de recevoir les enfants des familles appartenant à la classe ouvrière, pour les surveiller et les occuper, les habituer à la propreté, à l'ordre et à une bonne conduite, et leur inspirer le goût du travail. L'âge d'admission est fixé à trois ans. La fondation d'un asile est soumise à l'approbation de l'autorité scolaire provinciale. Les dispositions relatives à la surveillance sont les mêmes que pour les jardins d'enfants.

Les crèches [Warteanstalten, Krippen) reçoivent les enfants âgés de moins de trois ans; elles ne sont soumises qu'aux règles habituelles de la police sanitaire.

Le statut organique des écoles normales, du 26 mai 1874, contient un chapitre relatif à la préparation des jardinières d'enfants. Cette préparation a lieu soit par la fréquentation d'un cours de la durée d'une année, qui est donné dans un certain nombre d'écoles normales d'institutrices, soit par des études personnelles et un stage de trois mois dans un jardin d'enfants. Les aspirantes ont à subir un examen à la suite duquel il peut leur être délivré un brevet de capacité {Befahigungszeugnissals Kindcrgdrtnerin).

Hongrie. — Tandi* que l'Autriche a rangé les jardins d'enfants et les asiles au nombre des établissements publics, et a édicté toute une réglementation à leur usage, la Hongrie ne possède aucune disposition légale relative aux écoles de petits enfants : la loi scolaire de 1868 ne les mentionne pas. Il existe néanmoins en Hongrie un assez grand nombre de jardins d'enfants et do

salles d'asile dont la création est due à l'initiative privée; l'Ktat leur accorde des subventions; il subventionr)e également l'école normale fondée à Buda-Pest pour la préparation des instituteurs et institutrices qui se destinent â l'enseignement dans les jardins d'enfants. (V. Hongrie, p. 12î>2.)

BELGiQLi:. — Les salles d'asile ou écoles maternelles portent en Belgiriue le nom d'écoles gardiennes. Nous avons consacré à ces établissements un article spécial (V. Ecoles gardiennes, p. 778), ce qui nous dispense de revenir ici sur ce sujet. Il suifira de rappeler que l'article U' de la loi organique du F' juillet 1S7'.) a consacré par une disposition spéciale l'existence des écoles gardiennes, dont la loi de 18i2 ne parlait pas et qui n'avaient eu jusqu'alors que le caractère d'établissements privés. Voici comment s'exprime la loi : « Des salles d'asile ou écoles gardiennes et des cours pour les adultes sont adjoints à l'école communale dans toutes les localités où le gouvernement le juge nécessaire. » Les articles 37 et 48 autorisent le gouvernement à accorder des subsides aux écoles gardiennes, tant communales que privées. Un arrêté royal du 18 mars 1880 a institué un diplôme spécial pour les institutrices d'école gardienne, et le ministre de l'instruction publique a fait paraître, en date du 15 septembre 1880, un « Programme des exercices et dos occupations pour les écoles gardiennes communales ». Ce programme est entré immédiatement en vigueur dans toutes les écoles gardiennes communales dont les institutrices étaient en possession du certificat de capacité institué par l'arrêté du 18 mars 1880, ainsi que dans les écoles gardiennes communales où était suivie à ce moment la méthode Frœbel ; un délai de trois ans a été accordé aux autres institutrices pour se mettre en état de suivre le nouveau programme, qui a dû être introduit dans toutes les écoles gardiennes communales à partir de l'année scolaire 1883-1884.

DANEMARK. — Le règlement du 1^' juillet 1799, sur l'administration des revenus publics de la ville de Copenhague, disait que « s'il est possible, on établira des salles particulières pour les enfants au-dessous de cinq ans dont les parents sont occupés hors de la maison toute la journée; ils y seront surveillés par une ou plusieurs femmes d'un certain âge; on cherchera à leur former l'esprit, et on leur donnera des occupations autant que leur âge le permettra. » Plus tard, l'ordonnance du 29 juillet 1814 sur l'instruction publique mentionna également la création projetée de salles d'asile. Toutefois ce n'est qu'en 1828 que fut ouverte à Copenhague, par les soins d'un comité, la première salle d'asile du Danemark. Cette tentative échoua; mais une autre salle d'asile fut fondée bientôt après par la princesse Caroline- Amélie. Dans le courant de 1835 deux nouvelles salles furent ouvertes à Copenhague, en même temps que celle d'AItona et de Flensbourg. Une société se forma cette même année pour le patronage des salles d'asile, et, grâce à son activité, ces institutions prirent un développement assez considérable. En 1874, Copenhague contenait quatorze salles d'asile, et il y en avait une quarantaine dans le reste du pays.

ESPAGNE. — C'est au philanthrope Montesino * qu'est due la création en Espagne des salles d'asile, désignées sous le nom d' « écoles de petits enfants ». On lit à l'article 36 du plan d'études du 21 juillet 1838 : « Vu l'utilité notoire des établissements connus sous le nom d'écoles de petits enfants {escuelas de pdrvulos), le gouvernement s'efforcera de les généraliser par tous les moyens en son pouvoir. » La loi organique du l) septembre 1857 dit à l'article lOô : « Le gouvernement veillera à ce que dans les capitales de province et les localités atteignant une population de lOOOl»

<inbîtants il soit établi des écoles de petits enlants. » Des ordres royaux ont appelé à diverses reprises la sollicitude des gouverneurs et des recteurs sur ces établissements ; mais le nombre en est resté peu considérable, et on ne les rencontre que dans les villes.

Un décret du 17 mars 1882 a réorganisé les escuelas de pdrvidos. Il a établi un brevet spécial que devront posséder à l'avenir toutes les maîtresses enseignant dans les écoles de cette catégorie. Une junte spéciale, sous le titre de « Comité de patronage des écoles de petits enfants », est chargée de la surveillance de ces établissements ; elle fait au ministre les présentations pour les nominations définitives d'institutrices brevetées; ces nominations sont faites directement par le ministre. Un cours spécial préparatoire aux examens du brevet d'institutrice d'école de petits enfants a été annexé par le même décret à l'école normale centrale de Madria.

GRÈCE. — L'institution des salles d'asile a été introduite en Grèce par l'Association des amis de l'instruction [Philekpaideftiki Hetairia)^ qui annexa en 1867 à l'école normale de filles d'Athènes, fondée par elle sous le noradi" Arsakeion, une salle d'asile modèle dirigée d'après la méthode de M"* Pape-Carpantier. Une autre salle d'asile modèle a été ouverte en 1870 à Corfou. L'institution a fait peu de progrès dans la Grèce proprement dite ; elle s'est développée davantage dans les provinces qui font partie de l'empire ottoman ou qui n'ont été réunies au royaume de Grèce que depuis la dernière guerre : en 1879 on comptait 12 salles d'asile en Epire, 4 en Thessalie, 41 en Macédoine, 20 en Thrace, 8 dans les îles, et 23 en Asie-Mineure.

HOLLANDE. — Dès 1806, à l'époque où fut faite la première loi organique de l'instruction publique, la Hollande possédait des écoles gardiennes {Bewaarschoolen) ; un règlement de cette année prescrivait aux inspecteurs « de contribuer à faire établir un nombre suffisant d'écoles gardiennes ». Ces établissements prospérèrent surtout par les efforts de la Société du bien public, qui en fonda un grand nombre à partir de 1823. Les écoles gardiennes de cette Société étaient neutres au point de vue religieux; les diverses communions religieuses créèrent, de leur côté, des salles d'asile ayant un caractère confessionnel; et un certain nombre de communes ouvrirent des écoles gardiennes publiques. La loi de 1878 sur l'instruction primaire n'a pas rangé les écoles gardiennes au nombre des établissements scolaires proprement dits; elle dit, à l'article 15 : « La présente loi n'est pas applicable aux écoles dans lesquelles ne sont pas admis des enfants ayant plus de six ans et où l'on ne donne que l'instruction préparatoire; cependant ces établissements sont soumis aux dispositions des articles 5 (relatif aux conditions d'hygiène et de salubrité exigées des locaux scolaires) et 72 (relatif à la surveillance à, exercer par les muiûcipalités €t les inspecteurs). »

Le personnel enseignant des écoles gardiennes n'est pas astreint à la possession d'un titre de capacité, et l'Etat n'a rien fait pour lui faciliter une préparation professionnelle convenable; mais des écoles normales à l'usage des institutrices d'écoles gardiennes ont été fondées soit par des communes (Rotterdam, La Haye, Dordrecht,Delft), soit par des associations (Leyde, Harlem). La méthode de Frœbel est enseignée dans quelquesunes de ces écoles.

L'organisation des écoles gardiennes varie d'une ville à l'autre. La Haye a 7 écoles gardiennes communales avec 2900 enfants, et 29 écoles libres avec 3150 enfants; Rotterdam, 13 écoles gardiennes communales (dont 4 gratuites) avec 3000 en-

fants, et 23 écoles libres avec 3109 enfants; Amsterdam n'a que des écoles gardiennes libres .

ITALIE. — Les premières tentatives pour créer des asiles où pussent être reçus les enfants en bas âge sont dues à Garaventa, de Gènes (seconde moitié du xviiie siècle), et à quelques philanthropes de Milan (1819) dont l'œuvre fut entravée par l'Autriche. Vinrent ensuite la salle d'asile de Turin, fondée vers 1825 par la marquise de Barolo, celle de Pignerol, due au manufacturier Michel Bravo, et celle de Crémone, fondée par l'abbé Gallina. C'est à Crémone qu'en 1827 l'abbé Aporti *, le créateur du système italien des asili infantili, ouvrit, à l'usage des enfants riches, cette petite école qui devint promptement célèbre et qui servit de modèle aux asiles pour les enfants pauvres crées ensuite dans la plupart des autres villes italiennes. En 1833, Aporti publia son Manuel des asiles de Venfance, où il exposa les principes de sa méthode. Des philanthropes et des éducateurs, s'inspirant de son exemple, fondèrent de nombreuses salles d'asile : à Florence, Lambruschini * et Guicciardini ; à Pise, Luigi Frassi et Matilde Calandrini ; à Livourne, Enrico Mayer*; à Milan,Romagnosi et Robecchi; à Turin, le comte Pinelli et le comte Buoncompagni, auteur d'un Manuel qui corrigea et complota celui d'Aporti, etc., etc. Le pape Grégoire XVI condamna en 1837 les salles d'asile, sous prétexte que « les livres élémentaires mis entre les mains des élèves de ces écoles n'étaient pas rédigés dans un esprit vraiment religieux » ; mais cette interdiction fut levée par son successeur Pie IX.

On reprochait aux asiles fondés sous l'influence d'Aporti et de ses disciples de se rapprocher trop du système de l'école proprement dite. Vers 18G0, les idées de Frœbel commencèrent à pénétrer en Italie, et elles trouvèrent bientôt de nombreux adhérents. Le premier jardin d'enfants italien fut ouvert à Venise en 1869 par W^^ Vida Levi ; grâce à M°ie de Marenholtz, d'autres jardins d'enfants se fondèrent à Florence; à Milan, M. Vincenzo De Castro se fit l'apôtre de la doctrine frœbelienne. Aujourd'hui l'Italie compte un nombre assez considérable de jardins d'enfants, surtout dans les provinces du nord, et une association s'est formée pour la propagande de la méthode de Frœbel.

Les salles d'asile et les jardins d'enfants sont classés en Italie au nombre des établissements de bienfaisance, et relèvent à ce titre du ministère de l'intérieur. Cependant le ministère de l'instruction publique possède sur eux le droit d'inspection au point de vue pédagogique. Ceux de ces établissements qui sont fondés par des communes ou des associations ont le caractère d'établissements publics; lors de la statistique faite en 1878, on en comptait environ 1500, recevant 200 000 enfants ; quant aux établissements ayant un caractère privé, ie nombre n'en était pas connu.

PORTUGAL, — Une association de bienfaisance pour la première enfance fut fondée à Lisbonne en 1833, et ouvrit successivement dans cette vile cinq salles d'asile. Mais depuis cette époque linstitntion est restée à peu près stationnaire ; une statistique faite en 1861 ne relevait que 19 salles d'asile dans tout le Portugal. Ces établissements ont gardé le caractère de fondations charitables, et ne relèvent à aucun degré do l'administration de l'instruction publique.

RUSSIE. — La Russie compte un petit nombre de salles d'asile et de jardins d'enfants, fondés par l'initiative privée : mais ils ne sont point rangés au nombre des établissements d'instruction publique, et les rapports annuels du ministre de l'instruction publique ne renferment aucun renseignement à leur égard.

SUÈDE. — Il existe eu Suède, au-dessous des

écoles primaires proprement dites, une catégorie d'étahlissfMTients d'itistruction publique appelés petites écoles [smaskolor) ; ces iietites écoles, dont la création remonte h. ISô^i, ont pour mission de donner aux enfants les premières connaissances préparatoires, savoir : premiers éléments de la religion, exercices d'écriture et de lecture, calcul mental, exercices de pensée et d'intuition, chant. Dans les communes rurales qui ne possèdent pas <lo petites écoles, l'école primaire, outre ses deux divisions réglementaires, possède une troisième division ou division préparatoire, qui correspond \i la petite école.

L'enseignement dans les petites écoles peut être confié aux personnes qui produisent au pasteur et à la commission d'éducation des certificats de bonnes mœurs et de vie chrétienne, et • fournissent la preuve qu'elles possèdent les connaissances nécessaires dans les matières du programme des petites écoles, ainsi que la capacité pratique. La nomination appartient aux pères de famille de concert avec le pasteur. L'Etat a institué, dans les écoles normales de filles, des classes spéciales pour la formation de bonnes institutrices de petites écoles. Il a créé en outre une école normale pour la préparation des instituteurs et institutrices des petites écoles finnoises, et une autre école normale pour ceux des petites écoles laponnes.

L'âge auquel les enfants entrent dans les petites écoles suédoises est en général plus élevé que ce n'est le cas pour les salles d'asile ou écoles maternelles des autres pays d'Europe : la plupart des élèves des petites écoles ont plus de sept ans. En 1876, le nombre des petites écoles était de 4239 (2042 écoles fixes, 2197 écoles ambulantes), avec 860 instituteurs et 3429 instituteurs ; le nombre dés élèves âgés de plus de sept ans fréquentant ces écoles était de 185270; celui des «lèves âgés de moins de sept ans n'a pas étéindiqué.

SUISSE. — L'institution qui correspond en Snisse à notre école maternelle porte dans la Suisse française le nom à-'école enfantine^ dans la Suisse allemande celle de Kleinkinderschule. Un certain nombre d'écoles enfantines sont dirigées d'après les mômes principes que les jardins d'enfants, mais sans en porterie nom ; ailleurs, on trouve aussi des jardins d'enfants proprement dits.

Plusieurs cantons n'ont pas d'écoles enfantines ; dans d'autres, les occupations ne sont pas dirigées d'après une méthode bien arrêtée, de sorte que ces établissements s'y rapprochent beaucoup des crèclies. C'est dans la Suisse occidentale que ces écoles ont pris le plus de développement et «ont le mieux organisées ; le canton de Genève a même rendu l'école enfantine obligatoire (V. Ecoles enfantines, p. 853j. Les cantons de Zurich et de Saint-Gall ont des établissements destinés à former des institutrices pour les jardins d'enfants.

D'après la statistique officielle publiée à l'occasion de l'exposition nationale de Zurich, le nombre des enfants reçus en 1881 dans les écoles enfantines et les jardins d'enfants était de 22 106, 10 8G4 garçons et 11 422 filles.

UNION AMÉRICAINE. — « Les salles d'asile ne font pas partie, aux Etats-Unis, du système d'éducalion publique. Les rares écoles enfantines [infcml. schools) qui s'y rencontrent sont des établissements privés pour lesquels il n'existe aucune disposition légale. Cependant, depuis 1871, des jardins d enfants (Ki?idergârten), établis d'après la méthode de Frœbel, ont été rattachés, à Boston et à baint-Louis, à des écoles publiques, et ces établissements prennent d'année en année, dans tous les Etats, une extension marquée.

») Les jardins denfants ont été introduits d'at)ord dans le Massachusetts par le dévouement de miss Elisabeth P. Peabody et de sa sœur M^c Ho-

race Mann ; de là ils se sont répandus dans l'e"!, le long de l'Atlantique; puis, favorises par l'immigration allemande, ils ont passé dans les grandes cités de l'ouest. L'is Etats du sud continuent d'être réfractaircs au progrès, sur ce point comme sur les autres. » (Rapport sur l'exposition de f'hiladelphie.)

Le rapport du bureau d'éducation de Washington pour 1881 donne la statistique suivante des jardins d'enfants (on remarquera que, sur un total de 47 Etats et territoires, 27 seulement sont compris dans cette énumération) :

États et territoires. Élablitiementj. Inititutric<.-s

Alabama

Californie

Connecticut .

Dclaware

Illinois

Indiaiia

lowa

Kansas

Louisiane

Maine .

Maryland

Massachusetts

Michigan

Minnesota

Missouri

Nevada

New-Hampstiirc. . .

New-Jersey

New-York

Caroline du Noni. . .

Ohio

Pensylvanie

Rhode Island

Virginie

AVisconsin

Arizona

District de Columbia.

Total.

Élève

loO

MATHïAS. — J^athias, principal du coUèse de Langrcs, qui vivait dans la seconde moitié du xviii"= siècle, est l'auteur d'un livre publié h Paris en 1770 sous ce titre : De l'enseignement public, par AV*. Dans sa préface, il critique les études des collèges et indique les principes d'après lesquels il conviendrait de les réorganiser. « Les études des collèges, dit-il, m'ont paru faites sans plan et au hasard. J'ai cru cependant qu'il devait y avoir un ordre relatif h notre esprit, et qu'on pourrait le trouver. Je l'ai donc cherché avec toute l'application dont je suis capable... Il est raisonnable d'occuper d'abord les enfants d'objets physiques, de les introduire par là à la connaissance des langues ; de continuer par les historiens, les orateurs, les poètes, et de faire marcher de front le français, le grec et le latin. Les humanités formeront ainsi un cours d'histoire et de littérature grecque, latine, française, et on finira par les sciences dans lesquelles on aura aussi l'attention de ne passer h ce qui échappe à nos sens qu'après s'être familiarisé avec ce oui est palpable et sensible. » L'ouvrage, qui semble avoir été inspiré par les écrits de La Ghalotais, du président Rolland et de Guyton de Morveau, ne s'élève pas au-dessus d'une honnête médiocrité. Il se termine par un prospectus de la pension du collège de Langres.

MATIÈIIES OBLIGATOIRES, MATIERES FA- CULTATIVES D'ENSEIG\E3IEIVT. — Sous le régime des lois du 15 mars 1850 et du 10 avril ISG', le programme de l'enseignement primaire comprenait des matières obligatoires et des matièi-es facultatives. Cette distinction a disparu depuis l'adoption de la loi du 18 mars 1SS2; mais ou la retrouve dans la législation de plusieurs pays étrangers. Voir, pour les détails, l'article Enscignement primaire.

MATTER

MATTER

M4TINÉES LITTÉIIAIUES. — La ville de Paris a institué, en faveur des enfants des écoles communales, des matinées littéraires. C'est le 10 mai 1882 que fut votée par le conseil municipal, sur une proposition de M. Rouzé et un rapport du docteur Frère, la délibération suivante :

a Article premier. — Il sera institué, dans les vingt arrondissements de Paris, des matinées littéraires pour les enfants des deux sexes de nos écoles communales.

» Art. 2. — Ces matinées littéraires, au nombre de soixante dans le cours de l'année, seront réparties entre les vingt arrondissements à raison de trois pour chacun; elles seront installées dans la mairie de chaque arrondissement ; chacune des séances durera environ une heure et demie ; le nombre des morceaux sera de huit à douze, selon le développement qu'ils pourront comporter.

» Art. 3. — Une commission directrice sera chargée de contrôler le choix des morceaux devant composer les programmes des matinées et tout ce qui s'y rattache.

w Art. 4. — Cette commission se composera : 1° du directeur de l'enseignement primaire ou de son représentant; 2° de deux conseillers municipaux élus en séance; 3° de deux inspecteurs primaires désignés par la direction de l'enseignement.

» Art. 5. — Le personnel devant concourir à l'exécution des matinées littéraires est déterminé ainsi qu'il suit :

» 1° M. Ricquier, professeur de lecture expressive à l'école normale de la Seine, administrateur; et sous sa direction:

» 2» M. Ruef, pouvant le suppléer à l'exécution ;

» 3« Un diseur et deux diseuses.

î) Art. 6. — Il est ouvert un crédit de 12000 francs pour couvrir les frais de toute nature des soixante matinées littéraires instituées.

)) Art. 7. — Ce crédit sera inscrit au chapitre XXIII, article unique (dépenses imprévues), du budget de 1882. »

Les deux premières matinées eurent lieu le dimanche 22 octobre 1882 dans le XX» et le IVe arrondissement, la première à dix heures, la deuxième à deux heures.

Soixante matinées eurent lieu du 22 octobre 1882 au 29 mai 1883.

Le 19 mars 1883, le Conseil général, sur la proposition de MM. Rouzé et Lefèvre, et sur un rapport de M. Hovelacque, décidait que vingt-quatre matinées du même genre seraient données dans les huit cantons suburbains. Ces vingt-quatre matinées eurent lieu du 3 juin au 22 juillet 1883.

Pour la seconde année, le crédit accordé par le conseil municipal fut porté à 15 000 francs, et les soixante matinées furent données du U octobre 1883 au 6 avril 1884.

Chaque morceau est relié au suivant par une courte allocution qui indique la portée morale du morceau, et donne au besoin quelques détails biographiques sur l'auteur.

Les billets d'entrée sont distribués aux enfants les plus méritants de chaque école (cours supérieur), et ces billets leur donnent le droit d'amener avec eux deux personnes de la famille.

L'empressement des enfants et de leurs parents est considérable, et les salles se trouvent toujours trop petites.

MATTER. —Jacques Matter, né le H mai 1791 à Alt-Eckendorf, près de Saverne (Alsace), mort en juin 1864, était le fils d'un cultivateur aisé; il apprit à lire et à écrire chez l'instituteur de son village, dont il tint l'école à onze ans; son père, qui le destinait au notariat, le plaça ensuite sous la direction d'un pasteur prolestant ; il y fit de •els progrès qu'il put en fort peu de temps suivre

les hautes classes du lycée de Strasbourg. Il compléta son éducation en Allemagne, à l'université de Gœttingue, et, quelques mois après les Cent- Jours, il vint à Paris, où il fréquenta les cours de Boissonnade, de Lacretelle, d'Andrieux et de Millin.

Couronné en 1816 pour un savant mémoire sur l'école philosophique d'Alexandrie, il fut chargé eu 1818 du cours d'histoire dans ce même lycée, devenu collège de Strasbourg, où il avait fait ses études, et il cumula ensuite, à partir de 1820^ les doubles fonctions de directeur et de professeur d'histoire ecclésiastique au gymnase protestant de la même ville. A la suite de la publication d'une Histoire du gnosticisme, il fut nommé, en 1828, inspecteur de l'académie de Strasbourg, et il eut, dans ces fonctions, à s'occuper de l'instruction primaire et des écoles, qu'il n'avait d'ailleurs jamais perdues de vue depuis sa jeunesse, quoique ses études le portassent plus haut. Aussi fut-il un de ceux qui propagèrent avec le plus d'énergie le grand mouvement d'où est sortie la loi du 28 juin 1833.

En 1832, M. Guizot l'appela à Paris avec le titre d'inspecteur général des études, et un arrêté à\x 20 octobre de cette année le chargea, sous la surveillance du Conseil royal, de la rédaction eu Manuel général de t instruction primaire, q>ie lo ministre créait alors, avec un caractère officie:, pour « faire promptement arriver, sous les yeux. des instituteurs, des administrateurs et des inspecteurs des écoles, les faits, les documents et les idées qui pouvaient les intéresser ou les éclairer. » [Mémoires,) Ses fonctions d'inspecteur général ne laissèrent guère, d'ailleurs, à M. Matj ter le temps de s'occuper de cette direction ; il y ' fut remplacé, provisoirement d'abord, le 24 mai ' 1833, et définitivement, le 7 janvier 1834, par M. Lorain, professeur de rhétorique au collège royal de Louis-le-Grand, et l'un de ses collaborateurs dans ce qu'on a appelé « la grande enquête ».

En 1845, M. Matter devint inspecteur général 1 des bibliothèques de France, officier de la Légion d'honneur et conseiller ordinaire de l'Université.

Ses dernières années, à partir de la fin du gouvernement de Juillet, se sont passées dans la retraite.

Les nombreuses et importantes publications de M. Matter sur la philosophie, l'histoire et l'histoire de la philosophie ne nous appartiennent pas. Tout au plus pouvons-nous citer un livre qu'il publia en 1832, et qui a pour titre : De l'influence des mœurs sur les lois et de l'influence des lois sur les mœurs (2^ édition en 1843); l'Académie française décerna à cette étude un prix extraordinaire de 10000 francs, et deux traductions en ont été faites en langue allemande.

Mais M. Matter a publié trois livres spécialement destinés à l'enseignement primaire : le Visiteur des écoles (l'e édition en 1831), VInstituteur primaire (V* édition en 1832), et le Nouveau Manuel des écoles primaires, moyennes et normales (l'* édition, 1836), qui ont été, pourrait-on dire, classiques dans leur temps et qui portent l'empreinte d'une grande époque.

Il faut lire le Visiteur des écoles dans le texte de la seconde édition (Hachette, in-8°, 1838), faite pour répondre aux modifications apportées dans l'instruction primaire par la loi de 1833. Le livre a pour but d'indiquer à chacune des personnes que l'auteur comprend sous le titre de visiteurs, leurs droits, leurs devoirs, leurs attributions. La situation légale des écoles et des autorités scolaires ayant passablement changé depuis 1833, on comprend que toute une partie technique du livre de M. Matter n'ait plus aujourd'hui qu'un intérôl

MATTER

MATTEPt

historique. Mais l'auteur a pris son sujet de très liaut; il ne se contente pas de citer et d'expliquer en légiste les textes de la loi ou des instruciions; il les interprète en y ajoutant des considérations pédagogiques et morales d'un très grand bon sens et d'une très grande autorité. Telle est cette page sur « les dispositions morales que les visiteurs doivent apporter à l'inspection des écoles » :

M Los lumières les plus étendues, dit-i), ne suffiraient pas pour faire d'un homme honorable un bon visiteur des écoles, et il est quelque chose de plus important que les connaissances qu'on doit apporter à l'accomplissement de cette mission : c'est un grand dévouement. Les dispositions morales, il est vrai, ne tiennent pas lieu de lumières, mais elles en font pardonner l'absence, tandis que, sans ces dispositions, eùt-on toutes les lumières de la science, on ne saurait mettre utilement le pied dans une école.

» Il est hors de doute qu'avec du talent et de l'instruction on peut faire des visites plus ou moins tolérables dans une école; mais cela ne suffit pas pour exercer sur l'enseignement une surveillance profonde, efficace. S'il y a des inspections utiles, il en est beaucoup d'inutiles; et celles qui ne sont que de vaines démonstrations de zèle ou de simples visites de parade sont toutes de ce nombre. Elles dérangent les études et leur enlèvent un temps précieux ; elles démoralisent les mauvais maîtres et leur inspirent une déplorable sécurité; elles affligent tout le monde, en révélant l'infériorité de ceux qui sont les supérieurs dans la hiérarchie établie. Si votre position vous oblige à faire de ces apparitions de cérémonie; si, pour votre malheur et celui de la jeunesse, vous n'êtes pas dès le début au niveau de votre mission, placez-vous haut au moins par votre dévouement. Sachez d'abord observer sérieusement et vous taire avec goût. Puis, à force d'amour pour la chose que vous ferez ainsi, vous parviendrez enfin à la faire avec intelligence et avec utilité.

I) Toute chose au monde, pour être bien faite, demande à l'être avec des dispositions convenables. Pour réussir dans une œuvre quelconque, il ne suffit pas qu'on soit capable d'y réussir, il faut le vouloir et s'y appliquer avec dévouement. Il y a plus ; il faut veiller avec soin sur ce dévouement et en entretenir le feu sacré. On n'est tout à fait soi-même que dans des moments d'inspiration ; et, s'il est de ces moments qui nous viennent spontanément, il en est d'autres que nous avons besoin de nous ménager par le recueillement et la méditation la plus sérieuse.

» Visiteurs des écoles, vous seriez animés de la plus belle philanthropie, vous sentiriez le bien et vous voudriez le faire, que cela ne suffirait pas pour y réussir. S'il ne se joignait à vos desseins ce recueillement et cette méditation, qui font la véritable puissance de l'homme, vous échoueriez malgré toutes vos résolutions et votre capacité.

» D'ailleurs, on a des moments d'action et d'élan ; mais on en a de lassitude et d'indifférence, de sécheresse d'âme et de dégoût. Si jamais, dans une œuvre quelconque, vous avez besoin des inspirations de votre bon génie (et il faut prendre ce mot dans son acception la plus élevée), c'est en allant voir les écoles. N'y allez jamais sans avoir médité sérieusement sur ce que vous v ferez. ^

» C'est alors, plus que jamais, le moment de vous pénétrer de l'importance de vos fonctions. Un sentiment consciencieux de votre tâche peut seul vous inspirer la force et la persévérance dont vous avez besoin. De plus, ce sentiment doit imprimer à vos visites la solennité qui leur convient,

et vous donnera vous-même une tenue simple et grave, aussi éloignée de la morgue et du pédantisme que de la légèreté et de la distraction. Sans doute la douceur et l'aménité auxquelles l'enfance a tant de droits, tempéreront toujours vos manières; mais vous bannirez de vos discours, avec une attention égale, cette mollesse et cette indécision qui, dans l'école comme dans la vie, finissent toujours par rendre méprisables ceux qui alfectent ou qui ont réellement ces habitudes.

» J'insiste à cet égard, parce que l'enfant observe d'ordinaire ceux qui rinterro;;;ent avec une grande perspicacité. Les visiteurs doivent donc être sévères envers eux-mêmes, s'ils ne veulent pas que les écoles le soient. Elles le sont toujours à l'égard de ceux qui restent au-dessous de leur mission; qui présentent des questions insignifiantes ou déplacées; qui se répondent eux-mêmea au lieu d'écouter les réponses qu'ils ont provoquées ; qui examinent dans une école autre chose que les livres, les cahiers, le tableau, les exercices, la pensée et les progrès des élèves.

» En revanche, l'enthousiasme des enfants pour ceux qui s'intéressent sérieusement à leurs travaux est sincère et n'a presque pas de bornes; leur reconnaissance est une espèce de culte, dont rien ne surpasse la pureté. »

Ajoutons qu'en dehors de cette doctrine si élevée et si saine, on trouvera dans le Visiteur des écoles des renseignements fort intéressants sur les avantages respectifs des écoles d'enseignement mutuel et d'enseignement simultané telles qu'on les entendait en 1833, sur les écoles normales, leur programme et leur discipline, sur les livres d'éducation et d'enseignement en usage dans les écoles primaires et dans les écoles normales, etc.

Dans V Instituteur primaire, sous le léger voile d'une fiction, où l'on pourrait, au moins en certains points, retrouver la trace d'une autobiographie, M. Matter raconte l'histoire d'un Alsacien qui, au sortir de l'école de son village, et après avoir recules instruciions d'un excellent ecclésiastique, s'en va en Suisse et en Allemagne suivre les cours des écoles les plusrenommées, celles de Pestalozzi, d'Auguste Zeller, de Dinter, de Rochow, etc., etc. ; revient de là à Paris, où il assiste aux séances de la Société pour l'instruction élémentaire, alors en pleine création des écoles d'enseignement mutuel, puis passe successivement par les fonctions d'aideinstituteur, d'instituteur cantonal, de directeur d'école normale, et quitte enfin l'enseignement direct, sans s'éloigner d'ailleurs complètement de la vie scolaire, sa situation d'associé dans une usine lui permettant d'abord de créer divers établissements d'instruction pour les enfants, ensuite de consacrer ses loisirs à la visite gratuite des écoles de son canton. Ce cadre, on le comprend» permet à l'auteur de décrire et d'apprécier tout le système d'enseignement primaire de son temps, en France et à l'étranger. Il le fait avec beaucoup de compétence, d'impartialité et d'indépendance. C'est ainsi qu'après avoir rendu pleine justice aux méthodes allemandes, il fait dire à son personnage : o Je ne regrette pas d'avoir passé deux années de ma vie en pays étranger; mais je suis aujourd'hui bien convaincu que, s'il faut beaucoup observer chez d'autres, il faut peu imiter. Le caractère et les mœurs des peuples diffèrent encore plus que leurs goûts et leur physionomie. Ce que l'on peut rapporter de mieux des pays étrangers, c'est l'émulation ; je dirai presque que c'est tout. » Pas plus que pour les méthodes importées de loin M. Matter n'a d'engouement pour les méthodes nouvelles; mais il ne veut pas qu'on le^ repousse au préalable par esprit de routine ou de prévention : « Les méthodes nouvelles doivent êtreaccueillies avec faveur, comme œuvres de bonne foi et de dévouement. Elles ont le mérite d'attiror

INJATTER

Page 1