MENTELLE
MÈRE
•'exerçant qu'elle se développe. Si donc il importe de l'avoir bonne, il importe de l'exercer dans l'enfance, alors qu'elle a son maximum de souplesse et de perfectibilité. Aussi no saurions-nous sans quelque réserve donner les mains à la réaction qui s'est faite récemment, dans nos mœurs pédagogiques, contre les exercices de mémoire. Juste dans le principe et nécessaire contre certains abus, cette réaction, en quelques endroits, menace de dépasser les intentions de ceux qui en ont été les promoteurs. Le système commode et cher à la paresse des maîtres, qui consiste, je ne dis pas à faire tout apprendre par cœur, ce qui est au-dessous de toute critique, mais à donner de longues leçons sous prétexte d'occuper les enfants, et à les faire réciter durant la moitié de la classe, ce système, à coup sûr, devait être dénoncé. Mais ce n'est pas une raison pour proscrire toute leçon apprise par cœur et toute récitation. Indépendamment des avantages qu'il y a, comme on l'a vu plus haut, à orner l'esprit de belles choses et à le munir de modèles, le seul fait d'affermir et d'éprouver la mémoire vaudrait le temps et la peine que peuvent coûter des exercices bien conduits. On pourrait, par exemple, donner très courtes les leçons quotidiennes, à condition de les exiger bien sues. La récitation, au lieu de traîner en longueur, devrait se réduire à un rapide contrôle. Puis les élèves, surtout à mesure qu'ils grandissent, seraient invités à choisir eux-mêmes, dans leurs lectures, des morceaux de plus longue haleine pour les apprendre. Apprenant chacun ce qui leur plaît, ils le sauraient plus vite et mieux et demanderaient spontanément à le réciter. On pourrait, de loin en loin, consacrer quelque temps à les entendre, et l'occasion serait particulièrement bonne pour exiger une diction soignée, bien qu'il faille tous les jours en exiger une simple et correcte. Pour les tenir en garde contre l'oubli, lequel n'est qu'une désuétude, on les préviendrait que ce qu'ils ont une fois su pourra leur être demandé de temps en temps àl'improviste, et l'on ne manquerait pas, en effet, de renouveler assez souvent cette épreuve, qui serait pour tout le monde une agréable diversion au train un peu monotone de la classe. Quand le maître lui-même y trouverait un instant de re-
f»os, ce serait un gain déplus; car s'il est bon que e maître soit d'humeur à s'oublier lui-même, peutêtre n'est-ce pas une raison pour oublier toujours ses besoins et les limites de ses forces, comme semble le faire quelquefois la pédagogie nou. velle.
Nous n'avons pas maintenant à parler des précautions à prendre pour empêcher que le développement de la mémoire ne nuise à celui de l'intelligence. Ce sujet, qui n'est pas ici le nôtre, se trouve implicitement traité en partie, car non seulement, on a pu le voir, la mémoire et le jugement sont loin de s'opposer, mais la culture de la mémoire telle que nous la concevons, et conduite comme elle devrait l'être, avec le continuel secours de la réflexion, de la raison, de l'effort intellectuel et de la sensibilité, ne ferait plus qu'un, pour ainsi dire, avec la culture du jugement.
[Henri Marion.I
MENAGERES (ECOLES). — V. Ecoles ménagères.
MENSUELLE (UÉFAKïITION). — V. Mois.
MENTELLE. — Edme Mentelle, géographe français, naquit à Paris en 1730, et fit ses études au collège de Beauvais. Il s'adonna d'abord à la poésie légère et au théâtre; mais s'étant consacré ensuite à l'étude de la géographie et de l'histoire, il Sut nommé, en 1 760, professeur de ces deux sciences h l Ecole militaire. Pendant les trente années que dura son enseignement à cette école, il publia une série de manuels d'histoire et do géographie qui tirent connaître son nom du public. La Rcvolulion ayant supprimé l'Ecole miliiairo, Men-
telle ouvrit des cours chez lui. Il avait adopte les principes républicains, et se montra zélé patriote, comme le prouve un curieux opuscule publié sous ce titre : Déclaratim des droits de l'homme et du citoyen^ mise en t> ente strophes, pour être chantée par les hommes libres de tous les pays ; paroles au citoyen Mentelle, de la Section du Muséum; musiffue du citoyen Lenylé, maître de l'Ecole nationale de chant, de la section des Gardes- Françaises; dédiée à tous les sans-culottes delà Hèpublique. n En 1795, Mentelle fut chargé avec Buache d'enseigner la géographie à l'Ecole normale; ses leçons ont été publiées, comme • ceiles des autres professeurs, dans les Séances et débats de l'Ecole normale. Il fut ensuite nommé professeur aux écoles centrales du département de la Seine ; en môme temps il entrait à l'Institut national. Les manuels qu'il avait publiés sous la monarchie ne pouvant servir à l'enseignement des écoles républicaines, il en rédigea de nouveaux, entre autres une Méthode nouvelle de géographie à l'usage des écoles primaires et cen» traies, 1 vol. in-12, avec cartes enluminées (an V). « Le procédé de l'auteur, dit à propos de cet ouvrage M. Depping dans la Biographie Michaud, est assez ingénieux : après avoir exposé la manière d'indiquer les quatre points cardinaux et la position d'un lieu géographique, il montre successivement à son écolier la ville de Bourges, le département du Cher, les quatre ou cinq départements qui y confinent, puis ceux qui sont un peu plus éloignés, enfin la France entière, l'Europe, etc., passant toujours du connu à l'inconnu, mais toujours sur la même échelle. » Citons encore deux autres manuels scolaires, un Précis de l'histoire des Hébreux, ouvrage dans lequel on a tâché de concilier l'exactitude des faits avec les saines lumières de la raison; à l'usage des écoles primaires et centrales, 1 vol. in-12 (an VI) ; et un Précis de l'histoire de France (an IX). Son principal ouvrage est une Géographie universelle, en 16 vol. et un atlas, publiée de I8u3 à 1805, en collaboration avec Malte-Brun. Il mourut en 1815, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
Quérard indique au nombre des écrits de Mentelle des Considérations nouvelles sur l'instruction publique, mémoire lu à la classe des sciences morales et politiques de l'Institut, le 17 fructidor an V. Ce travail ne figure pas dans la collection des mémoires de l'Institut, et nous l'avons cherché vainement à la Bibliothèque nationale.
MENTION HONORABLE. — V. Récompenses honorifiques.
MÈRE. — L'influence de la mère sur l'enfant s'exerce sui'tout dans la période qui précède l'école, période aui se prolongeait autrefois jusque vers sept ant et qui s'arrête aujourd'hui à quatre ou cinq. L'action de la mère s'étend sans cloute audelà de ces premières années et, par certains côtés, dure toute la vie, mais elle est prédominante et presque exclusive avant l'âge scolaire. Elle pose alors les fondements de l'éducation et détermine les dispositions physiques, intellectuelles, morales qui, avec l'hérédité, feront le tempérament et le caractère. La mère est d'abord l'institutrice unique de son enfant; elle est ensuite la collaboratrice des maîtres et des maîtresses qui l'instruisent à l'école; elle reste toujours la confidente, la conseillère de son fils, la gardienne de ses principes de moralité et de conduite.
La tâche de la mère cisiste à préserver et à fortifier dans l'enfant l'être physique, à dégager et à former l'être moral. II lui faut donc une sollicitude infatigable et toujours en éveil ; il ne lui faut pas moins, à un degré émi.ient, les idées et les qualités qu'elle a charge de transmettre. Eu tenant dans ses bras son cnfatit, elle doit se dire qu'elle porto non une poupée perfectionnée destinée à
MÈRE
MÈRE
son amusement, mais un être de nature supérieure, sensible, intelligent, moral, capable pour lui-même et pour les autres de beaucoup de bien et de beaucoup de mal, en rapport direct avec la vérité qui parlera à son esprit, avec le bien suprême qui se fera entendre à sa conscience. Elever cet enfant est une tâche auguste qui exige les plus hautes qualités de l'esprit et du cœur, qui implique la responsabilité la plus grande. La mère a pourtant des collaborateurs, des associés dans son entreprise. Le père, h côté d'elle, lui donne la sécurité et le pain quotidien : il lui donne aussi au dedans et au dehors l'exemple des vertus qu'elle inculque à son fils. D'autres enfants, d'autres membres de la famille, appartenant à des générations différentes, entretiennent au foyer la variété, l'entrain, la joie et concourent, chacun pour sa part, à l'éducation du jeune enfant. Privée de leur appui, la mère emprunte à son malheur même une dignité nouvelle qui est aussi une force. En tout cas, le principal rôle lui est réservé; chacun lui laisse le dernier mot. Elle est l'interprète de tous les sentiments, de toutes les vérités ; l'arbitre écouté de tout ce qui s'impose à l'affection ou à la croyance. Elle ne laisse arriver à l'enfant que ce qu'elle a approuvé, que ce qu'elle a reconnu bienfaisant et bon,
C'est son droit de mère qui la désigne à ce rôle supérieur dans l'éducation du nouveau-né. Celuici est si tendre, si fragile en venant au monde que, sans le dévouementprovidentiel qui l'y attend, il n'y vivrait pas un jour. L'enfant existe à peine, il n'est ni formé, ni fixé; il est moins un être qu'un aspirant à l'existence. Son premier besoin, celui de vivre et de se fortifier, trace à la mère son premier devoir. Elle doit le conserver, le faire durer, le tremper pour la vie. Elle ne le peut que par des soins incessants et infinis, par un dévouement que ne rebutent ni les veilles, ni le danger. Ce dévouement jaillit de la plus grande affection qu'il y ait au monde, de l'instinct le plus fort de notre nature, puisqu'il l'emporte de beaucoup sur celui de la conservation et sur l'attachement à la vie. Si l'amour maternel inspire à l'occasion des sacrifices sublimes, il inspire à toute heure une abnégation inépuisable qui ne l'est pas moins, une suite ininterrompue de prodiges obscurs auxquels est due la conservation de notre race. Sans eux, eljie n'aurait pas survécu à la première génération.
Par malheur, l'affection ne suffit pas pour assurer la conservation du nouveau-né. 11 faut qu'elle soit accompagnée d'un certain savoir et de l'art d'en user. La nature donne l'instinct, elle ne donne pas le savoir qui ne peut naître que de l'observation et de l'étude. Si l'enfant respire un air vicié, q'il est nourri de mauvais lait, si les tissus qui le couvrent sont trop ou trop peu perméables, si les lois de la propreté et de l'hygiène ne sont pas observées, la tendresse la plus vive ne pourra le sauver. Un cinquième des enfants succombe ainsi la première année, près d'un tiers est mort avant Tâj^e de cinq ans. L'ignorance des mères est le plus grand des fléaux, et la société humaine n'a pas de plus pressant intérêt que de la dissiper en faisant connaître aux femmes les lois de la santé et de la vie, surtout dans le premier âge, afin que l'amour maternel soit mis en état d'accomplir son œuvre de salut.
Cette œuvre ne se borne pas à assurer l'existence actuelle des enfants; elle la protèpe dans la suite en essayant d'éliminer les dispositions morbides, héréditaires ou acquises, qui peuvent la menacer; elle la met sous la tutelle d'habitudes salutaires d'ordre, de régularité, d'exercice, de tempérance qui deviendront une seconde nature. Ces habitudes ne sont pas moins favorables à la moralité qu'à la santé, car la vie ordonnée, l'acti-
vité, la mesure en toutes choses sont plus qu'une bonne hygiène: elles sont une discipline excellente pour le caractère et les mœurs ; une vie bien encadrée et soumise à la règle est bien près d'être une vie honnête.
Pour le cœur et pour l'esprit, non moins que pour le corps, l'enfant arrive aux mains de sa mère dans un état de fluidité qui demande à être fixé. La même sollicitude y pourvoit par les mêmes moyens : les soins infatigables, la formation des habitudes. Rien n'est faible et variable comme le jeune enfant. De toutes les formes que prend sans cesse son intelligence ou sa sensibilité, la mère doit choisir la plus conforme au naturel de l'enfant, la meilleure en elle-même, et la rendre stable par l'exercice répété. Après la conscience des besoins physiques, ce qui se forme d'abord dans l'enfant, c'est l'affection pour les siens. Il répond au sourire de sa mère dès qu'il a deviné l'amour maternel et qu'il a commencé d'y répondre. Il répond de même aux caresses de tous les habitués du foyer, et bientôt toute la gamme des sentiments de famille vibre et résonne en lui. Quel enseignement que celui que donne ainsi la mère, et que l'influence en sera grande dans tout le cours de la vie! Les affections domestiques sont pour l'homme la source, la substance, la condition de toute vertu ; elles sont le cadre de la vie et en font le prix; elles sont l'inspiration du dévouement et du sacrifice; le civisme et le patriotisme en dérivent à leur tour. La mère qui échoue dans cette partie de son œuvre, qui ne gagne pas à jamais le cœur de son enfant, qui ne sait pas lui rendre chers et sacrés son père, son aïeul, ses frères, ses sœurs, ses amis, ne fait qu'on égoïste, livré sans contre-poids à l'individualisme et aux passions destructives. La mère qui réussit confie au temps le germe de nouvelles vertus, donne à la cité un citoyen, à la patrie un défenseur, à toutes les bonnes causes un adepte. L'exemple de ces vertus sera fécond et l'avenir en recueillera les fruits. Naguère la mère préservait l'existence, maintenant elle en assure la paix et le prix, elle en marque le vrai sens. Hors des sentiments de la famille il n'y a ni sécurité, ni vertu.
La vie du cœur ne va pas sans celle de l'esprit. Ici encore l'exercice et de sages habitudes fixent la nature indécise de l'enfant, dégagent une faculté endormie. La question maternelle, plus subtile que l'interrogation socratique, éveille l'attention, fait jaillir la pensée latente. L'enfant ne comprend pas encore les mots, il en devine le sens, il en pressent la portée. Le langage est la première discipline à laquelle la mère l'assujettit. Peu à peu, des mots précis, répondant à des idées précises, lui font distinguer les êtres et les objets qui l'entourent, le distinguent lui-même de ce qui n'est pas lui. Quelle influence se trouve avoir exercée la mère, au bout de quelques années de cet enseignement des mots et des choses où le regard, le sourire, l'inflexion de la voix ajoutent à la clarté de la leçon! Que d'idées et de sentiments ainsi rendus distincts ! Deux enfants arrivent à l'école : l'un, préparé par une mère intelligente» active, nette dans son langage, logique dans ses actes, se montre dès le premier jour l'héritier des qualités maternelles, prend aussitôt la tête de la classe, comprend tout, se fait un jeu des tâches qu'on lui donne. L'autre, laissé dans l'inconscience et la confusion natives par une mère moins habile ou de moins de loisir, reste jusqu'au bout obscur dans SOS notions, vulgaire dans ses goilts, indécis de caractère, aussi peu on état de profiter des leçons que de se préparer à une carrière. Les grands hommes, a-t-ondit, sont fils de leur mère: les autres ne le sont pas moins.
Les instincts variés, qui distinguent la riche nature de l'enfant, guident les soins de la mère et