‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 164 sur 573 · METTRAY · texte numérisé non relu

METTRAY

briques Education intellectuelle et Organisation pédagogique, témoigne que l'école normale française doit préparer, non pas des maîtres exercés seulement au côté technique du métier, mais des hommes ayant reçu la culture intellectuelle la plus large qui puisse être donnée dans les conditions spéciales où ils se trouvent — V. Méthode.

MÉTRIQUE (SYSTÈME). — Le système métrique décimal des poids et mesures est actuellement adopté dans tous les Etats européens, à l'exception de l'Angleterre (où il est toutefois autorisé à titre facultatif], du Danemark, de la Russie et de la Turquie. En Amérique, il est facultatif au Canada et aux Etats-Unis, il est officiellement adopté au Brésil et dans le Venezuela, la Colombie, l'Equateur, le Pérou, le Chili, la République Argentine et l'Uruguay.

Le système monétaire français, qui forme une annexe du système métrique décimal, a été adopté en Europe par la Belgique, la Suisse, l'Italie, l'Espagne, la Grèce et la Roumanie. En Amérique, il sert de base au système monétaire des États de Venezuela, de Colombie, de l'Equateur, du Pérou et du Chili, où l'unité monétaire est la pièce d'or ou d'argent valant cinq francs.

L'enseignement du système métrique des poids, des mesures et des monnaies fait nécessairement partie du programme d'arithmétique dans les écoles primaires des pays où ce système est en vigueur. — V. Système métrique dans la lie Partie.

METTRAY. — La Colonie agricole de Mettray (Indre-et-Loire) a été fondée en 1839 par M. De Metz*et M. de Courteilles. Cette colonie fut la première tentative d'application en France du « système des familles » adopté par le célèbre \Vichern*dans son établissement du Rauhe-Haus. M. De Metz avait consacré plusieurs années à parcourir les pays étrangers pour y étudier les ai vers moyens rais en pratique pour moraliser les jeunes détenus. Ce qu'il vit aux Etats-Unis (péniicncier agricole de l'île Thompson, près de Boston) et en Angleterre (pénitencier agricole de Parkhurst, dans l'île de Wight) l'avait fait bien augurer des résultats que pourrait donner une colonie agricole ; par contre, il n'avait pas été satisfait des établissements pénitentiaires belges et hollandais. Mais, après avoir visité la Hollande et la Belgique, il se rendit à Hambourg, et il a raconté lui-même l'impression que lui fit éprouver la vue de l'établissement du Rauhe-Haus.

« C'est à Hambourg, dit-il, que nous avons découvert la solution que nous étions chargés d'étudier. Près du village de Horn, nous allâmes visiter l'école de réforme du Rauhe-Haus. Elle avait été fondée, vers la fin de 1833, par le respectable M. W^ichern, pour recevoir les jeunes enfants que lies habitudes vicieuses menaçaient de pervertir ou avaient déjà flétris. L'habile fondateur avait cherché son moyen de salut dans l'esprit de famille ; il s'était efforcé d'exciter dans ces jeunes cœurs les émotions douces et salutaires du foyer paternel, qui étaient devenues, ou avaient toujours été, étrangères à ces malheureux. Les colons étaient divisés en groupes de douze individus qui prenaient le nom de famille. Cette dénomination était justifiée par le lien d'afi'ection intime et de bienveillance continue qu'on s'efi"orçait d'établir entre les membres qui les composaient. A chacune de ces familles était préposé un chef, ou plutôt un guide, que les enfants appelaient leur père; elle habitait une petite maison isolée, construite de ses mains et séparée de la maison voisine par des jardins ou des vergers. La discipline de la colonie était ferme et sévère; mais elle était tempérée par une paternelle tendresse. La réforme morale en était le but; un travail énergique, persévérant, en même temps qu'une éducation profondément

religieuse, en étaient les moyens. Des notes journalières constataient la conduite de chacnn, ses progrès et ses rechutes ; la tendre sollicitude des chefs n'empêchait en rien les rigueurs d'un régime qui conservait au fond un caractère correctionnel... La vue de l'établissement de Horn et l'étude attentive des résultats excellents qu e cette institution produisait, nous apportèrent la lumière que nous cherchions, et notre esprit ne put conserver aucun doute sur l'efficacité du principe qui avait présidé à sa formation. La division par famille nous semble devoir être le principe fondamental de toute colonie pénitentiaire et réformatrice. »

Le 4 juin 1839 se constituait le conseil d'administratioii de la colonie agricole de Mettray, sous la présidence de M. de Gasparin ; MM. De Metz et do Courteilles étaient nommés directeurs; dans le courant de la même année, quatre chalets étaient construits, et dès les premiers mois de 1840 la colonie recevait 80 enfants. Le succès couronna bientôt les efforts des généreux fondateurs ; les dons affluèrent et permirent de bâtir des chalets nouveaux et d'affermer des terres ; le nombre des colons put être porté successivement à 300, 400, et enfin à 800; et le 21 janvier 1853, un décret conférait à Mettray le titre d'établissement d'utilité publique, qui assurait son existence. M. de Courteilles était mort en 1852; M. De Metz, resté seul à la tête de la colonie, la dirigea pendant vingt et un ans encore. A sa mort, en 1873, le conseil d'administration lui a donné pour successeur M. Blanchard.

Nous empruntons à une brochure publiée par M. Bertin quelques détails sur l'organisation intérieure de la colonie de Mettray et sur les procédés d'éducation, de moralisation et d'instruction qui y sont employés.

Aujourd'hui les bâtiments de la colonie se composent de deux pavillons : celui de gauche destiné à l'habitation du directeur, celui de droite à l'école préparatoire des chefs de famille; en retraite, et faisant suite à chacun de ces pavillons, cinq chalets à droite et cinq à gauche sont occupés par dix familles de colons; au fond, l'église, et de chaque côté les bâtiments destinés à la salle d'études et aux habitations du nombreux personnel de la colonie. Indépendamment de son établissement principal, la colonie possède plusieurs fermes détachées, habitées chacune par une famille. Une famille se compose d'environ quarante enfants, placés sous la direction d'un chef; celui-ci est assisté par un sous-chef, et par deux jeunes gens pris parmi les colons et portant le nom de « frères aînés ».

La discipline de Mettray est la discipline militaire; les heures de lever, de coucher, celles des travaux, des repas et de tous les exercices sont annoncées au son du clairon. Au signal du lever, le branle-bas des hamacs est commandé, les colons s'habillent, disent la prière, se rendent en ordre par section et en silence dans les cours pour les ablutions. Il est procédé à un appel dans chaque famille, à la suite duquel les colons vont aux exercices et aux travaux qui leur sont assignés. Ils marchent au pas et en silence, sous la conduite des chefs de famille ou d'atelier. Au signal du coucher, les colons font la prière; chacun se place près de son hamac: au commandement, les hamacs sont décrochés du mur et accrochés au poteau placé en face, les enfants se déshabillent, disposent en ordre leurs vêtements et se couchent.

Les colons sont employés surtout à l'agriculture et aux divers travaux d'exploitation des fermes. Mais il existe des ateliers pour favoriser et développer les différentes aptitudes, et pourvoir directement par le travail des colons aux besoins de l'établissement. Les divers métiers enseignés sont ceux que l'on peut le plus facilement exercer à, la

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