MEXIQUE
2° Pour les écoles libres :
Instituteurs
Institutrices'
Titulaires brevetés.....
— non brevetés.
Adjoints brevetés
— non brevetés.
Laïques
Conj:;!
Laïques
Congr.
Maisons d'école. — La situation au 1" septembre 1883 est résumée dans le tableau suivant ;
Nombre et nature des maisons d'école.
Appartenant . , , ,
aux communes, ^^^eiees. i^ouees.
De garçons ou mixtes.
De filles
Totaux,
TotaL
Parmi les maisons d'école appartenant aux communes, 279 sont l'objet d'une demande d'amélioration. Le montant des sommes payées pour loyers de maison d'école s'élève à 2061 francs.
Le chiffre des subventions accordées par l'Etat à diverses communes du département de la Meuse pour construction ou réparation de maisons d'école et pour acquisition de mobilier scolaire, durant les sept dernières années, est indiqué dans le tableau suivant :
Nombre des communes
Subventions de l'Etat
41 100 fr.
883 (jusqu'au
31 uctobre^ Totaux...
833 180 fr.
Ecoles maternelles. — Le département compte, en 1883, 171 écoles maternelles (168 publiques et lo libres). Sur les 158 écoles maternelles publiques, 26 sont dirigées par des directrices laïques et 132 par des directrices congréganistes. Toutes les directrices laïques sont munies du certificat d'aptitude; parmi les 132 directrices congréganistes, 66 seulement sont dans ce cas. Sur les 13 école[maternelles libres, 3 sont dirigées par des laïques et 10 par des congréganistes; 4 directrices congréganistes n'ont pas de titres de capacité. Les directrices publiques laïques sont secondées par 1 seule sous-directrice, pourvue d'un titre de capacité; les directrices publiques congréganistes sont secondées par 20 sous-directrices, dont 10 sans titre de capacité. On trouve également 3 sous-directrices d'écoles maternelles libres congréganistes, toutes trois pourvues d'un titre de capacité.
Les écoles maternelles ont reçu, pendant l'année 1882-1883, 11 095 élèves (Il 024 en 1881-1882), répartis comme suit :
Ecoles maternelles Haïques.. 1502
publiques ) congrég. 8 999
Ecoles maternelles) laïques.. 90
libres | congrég. 504
11 095 élèves.
Les enfants de 6 ans et au-dessus, c'est-à-dire d'âge scolaire, figurent dans ce nombre pour 1212.
Ecoles normales. — Le département de la rieuse possède une école normale d'instituteurs fondée ;i Gommercy en 1823. Elle contient actuellement 60 élèves-maîtres.
Aux termes de la loi du 9 août 1879, tous les départements doivent avoir une école normale d'instituteurs et une école normale d'institutrices.
Pour se conformer à cette loi, le département de la Meuse devra créer une école normale d'institutrices qui n'existe pas encore actuellement.
Ecoles primaires supérieures. — Le tableau cidessous résume la situation au 31 décembre 1883 :
NOMBRE
tn
e= IL
ce
ta
es
u rz •5
primai supùrieu
ta
PS a
Garçons
Filles
Totaux
Bibliothèques scolaires et bibliothèques pédagogiques. — Voici la situation au l^"^ janvier 1884:
Bibliothèques scolaires 492
Nombre de livres de lecture 61 365
— de prêts 51393
Bibliothèques pédagogiques 27
Nombre de volumes 11 052
En 1863, le département ne possédait que 252 bibliothèques scolaires contenant ensemble 19 767 volumes de toute nature.
Caisses des écoles. — 396 caisses des écoles fonctionnent en 1884 dans le département. Voici leur mouvement pendant l'année 1883 :
Recettes de l'exercice 1882 32 864 fr.
Dépenses 23 148
Somme en caisse après la clôture de l'exercice. 9 716 fr.
Avant l'application de la loi du 28 mars 1882, qui a rendu cette institution obligatoire, le département ne possédait que 3 caisses de ce genre, dont l'actif était en 1881 de 103 francs.
Caisses d'épargne scolaires. — Elles existent dans le département depuis 1875. Voici leur situation en 1879 et en 1884 :
de caisses
de livrets
ces livrets
1 959 fr.
Société de secours mutuels. — La Société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 1866, est en voie de prospérité. Elle ne comptait en 1879 que 198 membres et un actif qui n'atteignait pas 45 222 francs. Elle compte en 1884 321 membres, et son actif s'élève à 76 392 francs.
Bulletin scolaire. — Le Bulletin de l'instruction primaire du département de la Meuse, dont la fondation remonte à 1876, paraît tous les mcis, en format petit in-S». Il est envoyé gratuitement à toutes les écoles publiques, dont il devient la propriété, et reçoit à cet effet une subvention du Conseil général.
MEXIQUE. — Le Mexique, dont le territoire occupe une superficie de 1 921 000 kilomètres carrés, a, d'après le recensement de 1876, une population de 9 989 461 habitants, ainsi répartie d'apr^'s la race : blancs, 1783 998; Indiens, 3 567 110; métis, 4 637 468. Au point de vue politique, il
MKXÎQUE
MICHEL
forme une confédération semblable h. celle des États-Unis d'Amérique, et comprenant 27 EUats, 1 territoire, et un district fédéral. Le district fédéral est formé de la ville de Mexico et de sa banlieue; les Ltats sont ceux d'Aguascalientes, Campôclie. Chiapas, Chihuahua, Goahuila. Colima, Duran'go, Guanaxuato, Guerrero, Hidalgo, Mexico {moins la ville de Mexico), Michoacan, Morelos, Nuevo-Leon, Oaxaca.Puebla, Queretaro,San-Luis l'otosi, Sinaloa, Sonora, Tabasco, Tamaulipas, Tlascala, Vera-Cruz, Xalisco, Yucatan, Zacatecas; ie territoire est la Basse-Califormie.
La loi de 184G a placé l'instruction publique dans les attributions des Etats; néanmoins, il existe un ministère fédéral de rinstruction publique, et le gouvernement fédéral possède un certain nombre d'écoles ; il intervient en outre par voie de subventions pour favoriser le développement de l'instruction primaire.
L'instruction primaire est obligatoire dans le district fédéral, dans la Basse-Californie, et dans 17 Etats sur 27 (Aguascalientes, Chiapas, Cohaliuila, Campêche, Guanaxuato, Guerrero, Michoacan, Morelos, Nuevo-Leon, Oaxaca, Puebla, Sinaloa, Sonora, San-Luis Potosi, Tlascala, Vera- Cruz, et Xalisco). Dans la plupart de ces Etats, les parents ou tuteurs qui n'envoient pas leurs enfants à l'école sont l'objet des poursuites juridiques; ailleurs (district fédéral, basse-Californie, Sonora, etc.). on se contente de récompenser les enfants qui fréquentent régulièrement l'école, et on refuse tout emploi public au père coupable de négligence
Le programme de l'enseignement primaire comprend la lecture, l'écriture, la grammaire espagnole, l'arithmétique, le système des poids et mesures, la morale et la politesse. Dans la plupart des écoles on ajoute à ces matières obligatoires l'instruction civique, la géographie, l'histoire nationale, le dessin, ainsi que la couture pour les filles. L'instruction est gratuite, sauf dans les écoles privées.
La dernière statistique scolaire publiée est celle de 1874. A cette date, le nombre total des écoles primaires était de 8103, se divisant de la manière suivante : écoles du gouvernement fédéral et des gouvernements d'Etat, 603; écoles des municipalités, 5240 ; écoles soutenues par des corporations ou des particuliers, 378 ; écoles soutenues parle clergé, 117; écoles privées (non gratuites), 1581; écoles non classées, 184. Sous le rapport des sexes, ces écoles se divisent comme suit : écoles de garçons, 55G7 ; écoles de filles, 1594; écoles mixtes, 548; écoles d'adultes hommes, 124; écoles d'adultes femmes, 21 ; écoles non classées, 249. Le nombre des élèves qui fréquentaient en 1874 ces 8103 écoles était de 349 000 environ, soit moins d'un cinquième de la population âgée de six à treize ans. Le rapport du chiffre des écoles à celui de la population totale était d'une école pour 1141 habitants. La dépense totale pour l'instruction primaire, en 1874, a été de 1 632 436 piastres (la piastre vaut environ 5 francs); sur cette somme, 1042000 piastres ont été payées par les municipalités, 417 000 piastres par le gouvernement fédéral et les gouvernements des Etats, et 173 000 piastres par des corporations et des particuliers.
Le traitement des instituteurs est en général peu élevé ; dans les vilages, il est de 10, 8 ou même 6 piastres par mois. La préparation du personnel enseignant est jusqu'à ce jour très insuffisante; les écoles normales sont très peu nombreuses. C'est une association privée, la Société lancastériennc, qui fournit aux écoles publiques leurs meilleurs instituteurs.
L'enseignement secondaire et supérieur est donné dans des collèges dont les uns sont des éta-
blissements des Etats ou de la confédération, le» autres des établissements ecclésiastiques. En 1874, il y avait 54 collèges fédéraux ou d'Etat, avec 9337 étudiants, et 24 collèges ou séminaires ecclésiastiques, avec 3800 étutiants. Plusieurs de ces collèges possèdent une faculté de droit, de médecine ou de théologie, ou une école d'ingénieurs ou d'agriculture. Il y a en outre 15 collèg^is déjeunes filles, avec 2300 élèves. Il existe, dans le district fédéral, 5 écoles spéciales, savoir : l'école des mines et des ponts-et-chaussées, l'école de médecine, l'école d'agriculture, et l'école des beaux-arts.
MICHEL. — Louis-C. Michel, né en 1795, dans le département de l'Ain, mort à Dijon, le 18 mars 1874, appartenait à une famille honorable, de fortune modeste. Il fit d'excellentes études au collège de Belley, et entra de très bonne heure dans la carrière de l'enseignement. Il y débuta, à lâge de seize ans, dans le collège même où il avait fait ses études, et se signala par le succès de son enseignement et par l'ascendant qu'il avait sur les élèves. Appelé ensuite à professer la rhétorique au collège du Puy et plus tard au lycée de Moulins, il se démit de ses fonctions pour pouvoir visiter les établissements scolaires les plus renommés de la France et de l'étranger, et, en 1823, il vint s'établir à Lyon, où il fonda une institution libre, d'un caractère très particulièrement religieux et dont l'enseignement s'inspirait des principes du P. Girard * sur l'emploi éducatif de la langue maternelle. L'institution Michel fut bientôt regardée comme un établissement modèle, et le nom de M. Michel fit dès lors autorité. Il en profita pour créer, à Lyon, une i:>odété d'éducation et denseigyiement destinée à propager ses idées et sa méthode. Dans les mêmes vues, il quitta, après douze ans, sa maison, qui n'avait cessé de prospérer, et vint à Paris. Il y fonda, dabord, en 1839, VEducation pratique^ journal des faotilles et des maisons d'éducation^ où il publia une biographie du P. Girard et un examen très détaillé de ses ouvrages et de ses travaux. Ce journal n'eut que quelques numéros; mais M. Michel en fonda un autre sous le titre VEducation^ revue de l'enseignement, où il eut pour collaborateurs MM. Rapet*, Audley, Eugène Rendu, etc. Lui même y publia d'importants articles, notamment sur la question de la « nécessité de ne pas séparer l'éducation et l'instruction ». C'est aussi de cette époque que datent ses premiers ouvrages d'enseignement.
En 1844, il eut l'honneur de présenter à l'Institut le livre du P. Girard sur VEnseignement régulier de la langue maternelle, qui est comme la préface du Cours éducatifs et, de concert avec M. Rapet, il fut chargé par le P. Girard de publier successivement les diverses parties du Cours éducatifs en les adaptant aux écoles françaises. Dans un avis qui précède la Syntaxe de la période, le P. Girard rend ainsi qu'il suit hommage à ses deux collaborateurs : « Je dois, dit-il, signaler les services que m'ont rendus deux de mes amis de France. Ce sont M. J.-J. Rapet, directeur de l'école normale de Périgueux, aujourd'hui en congé à Paris pour surveiller la publication du Cours de langue maternelle, et M. L.-C. Michel, connu par ses ouvrages sur l'éducation, et qui non seulement a donné ses soins à la première édition de mon livre couronné, mais encore Ta présenté à l'Académie, lorsque je n'y songeais pas du tout. »
Nommé professeur de langue française à l'école Turgot, M. Michel s'y fit remarquer par la manière élevée et originale dont il donnait cet enseignement, qui fut, d'ailleurs, pour lui l'occaoion d'une série de publications. En 1854, le minisièra de l'instruction publique ayant créé le Bulletin de Vinstruction primaire, il eu devint uu des pria
MICHELET
MICHELET
cipaux collaborateurs. Plus tard, il fonda, h l'Hôtel de ville, des cours pour les aspirants au brevet de capacité. Enfin, en 1868, il constitua, avec plusieurs de ses amis, la Société générale d'éducation et d'enseignement, où il reprenait, sur des bases plus larges d'action et de propagande, les principes qui l'avaient guidé, quelque trente ans auparavant, dans la création de l'association lyonnaise du même titre ; ce fut la dernière œuvre de sa vie, et il s'en occupa avec activité jusqu'au *!«» moment où, après la guerre de 1870, la vieillesse l'ont forcé de quitter Paris.
Parmi les nombreux ouvrages d'enseignement qu'a publiés M. Michel, il faut citer une méthode de lecture, avec un Guide du maître^ et un Cours méthodique de lecture, de prononciation et d'orthographe, ouvrages qui dénotent une connaissance approfondie de l'art d'enspigner h lire et qui contiennent d'excellents préceptes didactiques; puis, à l'autre extrémité de l'enseignement do la langue pour l'école primaire, son Cours complémentaire de grammaire et son Cours de style et de composition^ qui sont la reproduction ides leçons qu'il a professées à l'école Turgot. L'ur«i'Jes volumes qui composent le cours complémentaire de grammaire, intitulé Etudes sur la signification des mots, peut être considéré comme ayant fait époque dans l'enseignement de la langue française s'adressant à nos écoles primaires supérieures. Il faut encore citer le Cours de grammaire publié en collaboration avec M. Rapct, et comprenant quatre parties, sans parler de nombreux travaux pédagogiques dans les différents journaux d'éducation auxquels M. Michel a collaboré. Plusieurs de ces travaux ont été publiés sous forme de brochures, comme l'Enfant du peuple de Paris (in-8, Douniol, 1864; extrait du Correspo7idant, avec addition de deux chapitres) ; Dm rôle des écoles à l'époque actuelle et des partis qui s'en disputent la direction (in-8, Adrien Le Clere et G'®, 1865; extrait de la Revue d'économie chrétienne) ; Du système pénitentiaire pour les jeunes détenus (in-8, Douniol, 18C6 ; extrait du Contemporain). Le dernier livre de M. Michel est une étude à la fois morale et économique sur la Colonie de Cîteaux (Dijon et Paris, 1873), composée, en très grande partie, d'articles publiés, à diverses époques, dans le Contemporain et le Correspondant, [Ch. Defodon.]
MICHELET. — Jules Michelct, né à Paris le 21 août 1798, mort à Hyères le 9 février 1874, un des plus grands historiens et un des écrivains les plus originaux du xix* siècle, mérite d'être compté au nombre des éducateurs, non seulement à cause du livre intitulé Nos fils (l869), consacré aux questions pédagogiques, mais aussi à cause des enseignements qui rcssortent de sa vie même et à cause de la place que tient la préoccupation de l'éducation nationale dans Tinspiration de tous ses écrits. En publiant en 1884, sous le titre Ma jeunesse, le premier volume des souvenirs autobiographiques de Michelet, sa veuve l'a dédié « à ceux qui veulent devenir des hommes ». La biographie de Michelet est en effet une leçon de virilité, de travail, de désintéressement, et dans tous ses ouvrages on voit qu'il se considère comme ayant charge d'âmes et qu'il songe à éclairer les consciences autant qu'à instruire les esprits. Son père, originaire de Laon, était venu à Paris au moment de la Révolution établir une petite imprimerie. C'est dans une ancienne église, « occupée et non profanée », comme il le dit lui-même, par cette imprimerie, que naquit J. Michelet. Bientôt les persécutio is que Napoléon lit subir aux imprimeurs amenèrent la ruine du père de Michelet, puis la suppression de son imprimerie. Pendant ces années do misère et de privations, l'enfant, occupé comme ouvrier cIipz son père, ne reçut qu'une instruction loit peu régulière ; maÀs son caractère se trempa, son imagi-
nation et sa puissance de réflexion se fortifièrent toutes deux durant les longues heures de solitude et de méditation. Jusqu'à l'âge de douze ans il n'avait reçu que les leçons de latin d'un vieux libraire, et lu que quelques livres dépareillés, une mythologie, un Boileau, l'Imitation de Jésus-Christ ; mais déjà sa vocation historique lui avait été révélée par l'impression profonde que lui avait faite le musée des monuments français. Entré au lycée Charlemagne en 1813, il fut bientôt remarqué par ses professeurs, MM. Andrieux, Villemain et Le Clerc, et, malgré les difficultés de tout genre et les peines qu'il eut à supporter, il prit confiance en lui-même. « Un jour, raconte-t-il, sans feu (la neige couvrait tout), ne sachant pas trop si le pain viendrait le soir, tout semblant finir pour moi, -— j'eus en moi, sans nul mélange d'espérance religieuse, un pur sentiment stoïcien, — je frappai de ma main, crevée par le froid, sur ma table de chêne (que j'ai toujours conservée\ et je sentis une joie virile de jeunesse et d'avenir. » Dès sa sortie du lycée, il se consacra à l'enseignement et s'y absorba complètement, d'abord comme répétiteur à l'institution Brland de 1817 à 1821, puis comme professeur au collège Sainte-Barbe de 1821 à 1827. Ses publications durant cette période se bornèrent à deux courtes dissertations qui lui servirent de thèses de doctorat es lettres (1819), et à deux petits volumes de tableaux chronologiques (1826, lh2G). En 1827 il fit paraître les premières œuvres qui révélèrent ses qualités d'écrivain et de penseur, l'analyse de la Scienza nuova de Vico et le Précis d'histoire moderne, et il fut nommé maître de conférences à l'Ecole normale, où il enseigna d'abord la philosophie, puis l'histoire jusqu'en 1838. Ce fut l'époque la plus féconde de sa carrière. En 1831 il avait publié les deux volumes de son Histoire de la République romaine. Entré aux Archives comme chef de section en 1831, il fit bientôt de l'histoire de France son étude presque exclusive. De 1833 à 1835 parurent les six volumes de son Histoire de France au moyen âge; en 1835 les deux volumes des Mémoires de Luther; en 1837 les Origines du droit français. En 1834 et 1835 il suppléa M. Guizot à la Faculté des lettres. En 1838 il quitta l'Ecole normale pour la chaire d'histoire et morale au Collège de France. Il fit dans ce nouvel enseignement une large place aux questions religieuses et sociales. Ses livres, les Jésuites^ publié en collaboration avec Quinet,Dw prêtre, de la femme, de la famille^ le Peuple, sont sortis de ses cours. En 1847 il commença son Histoire de la Révolution française qui ne fut achevée qu'en 1853 (7 vol.). A ce moment la carrière de Michelet venait d'être brusquement interrompue. Suspendu comme professeur en janvier 1848, révoqué en 1851, il perdit après le 2 décembre 1851 sa position aux Archives par suite de son refus de prêter serment au nouveau régime. Ayant ainsi perdu la plus grande partie de ses ressources, ce qui était d'autant plus grave qu'il venait de contracter un second mariage, il dut dès lors vivre de sa plume. Pendant les années 1855 à 1870 il produisit successivement onze volumes de Y Histoire de France qu'il poursuivit jusqu'en 1789, et une série de petits volumes d'histoire naturelle, de psychologie et de morale qui popularisèrent sa gloire (l'O/sca^^, 1856, VInsecte, 1857, VAmour, 1858, la Femme, 1858, la Mer, 1861, la Sorcière, 1862, la Bible de l'humanité, 18ti4, la Montagne^ 1868, Nos fils, 1869). Les tristesses de l'année 1870-1871 ébranlèrent sa santé. Il eut pourtant encore la force de protester dans sa brochure la France devaiit l'Europe contre les violences dont la patrie était victime, et d'écrire trois volumes d'une Histoire du XIX' siècle (1872-1875) qui resta inachevée. Il mourut pendant l'impression du troisième volume, le 9 février 1874. Sa veuve a publié après sa mort le Bariquet (1878), où le récit d'un séjour
MICHELET
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en Italie sert d'occasion h l'exposition d'idées sociales, les Soldats de la dévolution (1880), des souvenirs autobiograplii(iues {Ma jeunesse, 1884) tirés de SCS papiers, un Précis d'iiistoire de France en trois volumes (1883), extrait do la grande histoire, et d'autres extraits sur tes Croisades, François /", Henri IV, les Grandes journées de la Révolution. Soit comme professeur, soit comme écrivain, l\Ucht'lct a donné toute sa vie à l'enseignement. Il n'a jamais voulu entrer dans la vie politique, et s'il a (luilté la carrière du professorat, c'a été par contrainte et avec déchirement de cœur. C'est à lEcole normale que son enseignement fut lo plus fécond; ses ouvrages do cette période, l'Histoire romaine, les six premiers volumes de YHistoire de France, sont les plus solides au point de vue (le la science, les plus achevés au point de vue de la composition et du style, les plus riches en fortes pensées. Ses cours se composaient de vastes aperçus sur l'histoire universelle où il esquissait en traits rapides et vigoureux la physionomie de chaque civilisation et de chaque époque, et d'études de détail sur quelques points spéciaux, par lesquelles il initiait ses élèves aux recherches d'érudition et aux règles de la critique. Il joignait à ses leçons des conseils pratiques à ses élèves sur la manière dont ils devaient comprendre leur tâche de professeurs, et profiter de leur séjour dans les lycées de province pour y étudier, selon les ressources qu'offrirait leur résidence, soit les archives, soit l'histoire locale, soit l'archéologie, soit même les patois. Il prenait plaisir à connaître l'origine et le lieu de naissance des jeunes gens qu'il avait devant lui et en qui il voyait comme un abrégé de la France. Il se donnait tout entier à ses élèves et à leur tour ses élèves ont eu sur lui une influence bienfaisante. « Ils m'ont rendu, ditil, sans le savoir, un service immense. Si j'avais, comme historien, un mérite spécial qui me soutient à côté de mes illustres prédécesseurs, je le devrais à l'enseignement, qui pour moi fut Vamitié. Ces grands historiens ont été brillants, judicieux, profonds. Moi, j'ai aimé davantage. » — Il ajoute : « J'ai souffert davantage aussi. Les épreuves de mon enfance me sont toujours présentes, j'ai gardé l'impression du travail, d'une vie âpre et laborieuse, je suis resté peuple. » Cet amour de la jeunesse et cet amour du peuple, unis à l'amour de la France, ont été l'inspiration même de sa vie, et c'est pour cela qu'il a été essentiellement un éducateur. « Quelle est, dit-il, la pre- , mière partie de la politique? L'éducation. La seconde ? L'éducation. Et la troisième? L'éducation. » S'il a écrit l'Histoire de France, c'est pour donner à la jeunesse et à la nation une conscience plus nette de la patrie, pour enseigner la patrie « comme dogme et principe, puis comme légende» . La oatrie était en effet pour lui une religion, celle du dévoûment et de la fraternité. Il se regardait comme le révélateur de l'âme de la France, « de son génie pacifique et vraiment humain». — « Que soit là ma part dans l'avenir d'avoir, non pas atteint, mais marqué le but de l'histoire... Thierry y voyait une narration et M. Guizot une analyse. Je l'ai nommée résurrection et ce nom lui restera. » Grâce en effet à une érudition solide et à une imagination d'une puissance et d'une fraîcheur incomparables, il a fait vraiment revivre la France du moyen âge, et surtout il a réussi par la force de sa sympathie à rendre la voix à ces masses populaires anonymes, à ces foules de souffrants, de persécutés, de déshérités qui font l'histoire et que trop souvent l'histoire oublie. Les deux points culminants de l'histoire do France étaient pour lui ce qu'il appelait* ses deux rédemption'^, Jeanne d'Arc et la Révolution. Il a consacré à l'une un volume qui est son chef-d'œuvre, et un des chefs-d'œuvre de la litté-
rature française; à la seconde un ouvrage en sept volumes.
Il aborda l'histoire de la Révolution avec un sentiment d'enthousiasme mystique, vers 184S, peu après la mort de sa première lémme : il s'y prépara dans une sorte de recueillement ascétique. Il prévoyait des révolutions politiques, peutêtre des guerres européennes, il voulait rapprocher les classes, enseigner à la bourgeoisie l'amour du peuple, enseigner à tous « l'élan de 92, la gloire du jeune drapeau et la loi de l'équité divine, de la fraternité, que la France promulgua, écrivit de son sang. » Le Peuple, paru en 1846, fut la préface de l'Histoire de la Révolution, dont le premier volume est de 1847. Composée dans cet esprit, celte histoire, qui repose pourtant sur des recherches très sérieuses et très neuves, a plutôt les allures d'une épopée, dont le peuple est lo héros, personnifié en Danton.
Si à cette époque le côté lyrique, Imaginatif et mystique de son talent prit un développemenc excessif, on doit l'attribuer en partie aux circonstances politiques, aux agitations religieuses et sociales qui ont précédé la Révolution de 1848, mais aussi au théâtre nouveau où son enseignement était transporté depuis 1838, au Collège de France. Là, avec ses collègues Quinet et Mickiewicz, il formait une sorte de triumvirat profe>soral; entouré d'une jeunesse ardente, plus avide d'émotions que de science, pénétré de la gravité des temps, il se crut appelé à une sorte d'apostolat social et moral. Il en sortit des œuvres d'une rare éloquence, pleines d'aperçus ingénieux et profonds, entre autres son livre sur le prêtre, la femme et la famille : son génie ne perdit rien ce son éclat et de sa puissance, mais la sérénité et l'équilibre de son esprit furent troublés. Les onzo derniers volumes de son Histoire de Frajice sont moins une histoire complète et suivie qu'une série d'aperçus tantôt brillants, tantôt profonds sur les xvie, xviie et xviiie siècles. De plus il s'était fait dans son esprit une réaction excessive contre le moyen âge, contre le catholicisme et contre !a royauté, et l'on ne trouve pas dans ces derniers volumes, ni dans YHistoire du xix® siècle, ni dans la Sorcière, la même largeur de sympathie, la même équité qu'il avait montrées dans ses premières œuvres.
Les tristesses de l'histoire, les hontes de l'ancien régime devinrent pour lui comme un cauchemar qui s'ajoutait aux tristesses et aux hontes des premières années du second empire pour remplir son cœur d'amertume et noircir son imagination. Les études d'histoire naturelle furent pour lui un rafraîchissement et un cordial, et il retrouva dans ses livres sur VOiseau^ l'Insecte, la Mer, l'équilibre qu'il avait perdu et le plein épanouissement de son génie. En même temps il ne perdait pas de vue la tâche d'éducateur qu'il s'était donnée. V Amour et la Femme, malgré des crudités inutiles et des puérilités choquantes, sont des livres d'une haute inspiration, écrits pour montrer dans la famille et dans la femme la base de toute éducation '^' îe toute société. Dans la Bible de l'Humanité il voulut extraire de toutes les religions, et surtout des civilisations antiques, les plus hautes idées de morale et de vertu, les exemples les plus propres à fortifier la conscience moderne, écrire un livre d'édification laïque; malheureusement, les chapitres sur le judaïsme et le christianisme sont conçus dans un esprit hostile et injuste et ne font pas ressortir co que ces religions ont apporté au trésor commun des grandes idées et des grands sentiments de rhu;uanitc. Enfin il a résumé dans Nos Fils ses idées pédagogiques, ses espérances et ses projets de réforme pour la France.
\l est très difficile de tirer des livres de Michelet
MIGHELET
MIGHELET
une doctrine pédagogique précise, logique et aboutissant à des conclusions nettes. Il n'est ni un philosophe théoricien, ni un réformateur pratique; il est un semeur et un excitateur d'idées, un prédicateur qui s'adresse au cœur et à l'imagination autant qu'à la raison. Il n'expose pas un système; il exprime des aspirations, des désirs; il ouvre des perspectives.
Le principe philosophique de toute sa pédagogie est l'idée de Rousseau, l'idée de la bonté foncière de la nature humaine. L'âme humaine naît innocente et contient en elle les éléments de tout développement intellectuel et moral. L'éducation ne doit pas être une contrainte, elle n'a pas pour objet de réprimer ou de châtier, mais de diriger l'homme dans ses voies normales, de le placer dans les conditions où il fera naturellement le bien ; l'instruction ne doit pas être une chose étrangère qu'on impose au cerveau de l'enfant, «lie est le développement normal des énergies naturelles du cerveau, à qui on donne à mesure les aliments nécessaires à leur croissance. Aussi Michelet fait-il une critique sévère de l'enseignement des écoles catholiques, aussi bien des écoles des jansénistes que de celles des jésuites, qui partent toutes de l'idée de la chute, et il s'attache à faire connaître et à développer les théories de Coménius, de Rousseau, de Pestalozzi et de Frœbel. L'enthousiasme de Michelet pour ce dernier €t pour son élève, M^^e de Marenholtz, ce qu'il a écrit sur eux dans Nos Fils, ce qu'il disait d'eux dans ses conversations, a beaucoup contribué à la popularité qui s'est attachée en France au système de Frœbel, souvent plus admiré que connu.
Si le point de départ de l'éducation est la bonté naturelle de l'homme, le but de l'éducation est de former l'homme pour l'action. Voltaire, Vico, Daniel de Foë ont proclamé au xviiie siècle ce principe que l'homme est fait pour l'action, se sauve par l'action. Optimisme etIiberté,tellessont les deux idées fondamentales de la pédagogie de Michelet. Mais il faut que cette liberté soit dirigée, que cette action ait un objet. Cet objet, c'est la justice. L'ancien régime reposait sur l'idée de la grâce, de la faveur; c'est aussi le fondement de l'éducation catholique. La Révolution a remplacé le principe de la grâce par celui de la jus
L'éducation pour Michelet commence avant la naissance. Il veut que la mère se sanctifie pour ainsi dire pour l'enfant qu'elle va mettre au monde, et il insiste beaucoup sur les influences inconscientes, sur la prédestination physiologique qui se transmettent des parents aux enfants. L'harmonie dans la famille, des mœurs conjugales austères, le sentiment de la responsabilité chez les parents, sont les points de départ de toute éducation. Le père enseigne à l'enfant par son exemple le dévouement; il lui parle de la justice et de la patrie; la mère enseigne à l'enfant l'union du devoir et de l'amour, en lui apprenant à admirer son père.
Après ces premières impressions familiales viennent l'éducation physique, l'éducation morale, l'éducation intellectuelle.
Michelet insiste beaucoup sur l'éducation physique, sur les exercices du corps, sur la nécessité de laisser les forces de l'enfant se développer en toute liberté. 11 y revient à plusieurs reprises dans ses écrits; il exhorte surtout les habitants des villes à conduire leurs enfants soit sur les montagnes, soit au bord do la mer. Il appelle les baiiis de mer la vita nuova des nations.
L'éducation morale aessentiellcmei.v pour objet, aux yeux de Michelet, de dévelopi-.Li l'amour de
la nature et celui de la patrie. Il confond ces deux sentiments avec la religion elle-même. « Il faut dans cet enfant fonder l'homme, créer la vie du cœur. Dieu d'abord, révélé par la mère, dans l'amour et dans la nature. Dieu ensuite, révélé par le père dans la patrie vivante, dans son histoire héroïque, dans le sentiment de la France. » Il faut que l'enfant aime les animaux, les plantes, touc ce qui a vie, qu'il aime la nature elle-même comme une mère invisible et présente ; qu'il aima la patrie comme une personne vivante, visible dans les grandes œuvres où s'est déposée la vie nationale. Michelet ne veut pas qu'on parle trop tôt à l'enfant de Dieu. Dieu ne doit apparaître à l'enfant que quand l'idée de justice est née, comme Dieu de Justice. Le père loue en Dieu la Loi du monde, la mère le prie comme la Cause aimante. Bien que Michelet, en vertu môme du rôle qu'il donne à la justice, fasse du devoir la base de la morale et incarne dans les parents l'idée du devoir, on voit dans toutes ses œuvres que l'idée mystique de la nature et de la patrie, considérées comme objet d'un culte, était au fond sa préoccupation dominante.
Quant à l'éducation intellectuelle, les deux points sur lesquels Michelet insiste le plus sont : 1° la nécessité de ne pas surcharger l'esprit des enfants, de ne pas les accabler par trop d'heures de travail. « La quantité du tz'avail y fait bien moins qu'on ne croit; les enfants n'en prennent jamais qu'un peu tous les jours ; c'est comme un vase dont l'entrée est étroite; versez peu, versez beaucoup, il n'y entrera jamais beaucoup à la fois ; « 2° la nécessité de mettre de l'harmonie dans les facultés de l'enfant en n'en faisant pas une pure machine intellectuelle, en faisant des connaissances un tout organique. Pour la première éducation, il veut avec Frœbel développer le talent créateur de l'enfant, lui apprendre à s'approprier le monde et à associer ses idées par Taction; puis avec Coménius, avec Pestalozzi, avec Frœbel, il recommande la méthode intuitive, qui met les choses avant les mots; avec Pestalozzi, il voudrait associer le travail manuel au travail intellectuel, un enseignement qui réunît l'agriculture, le métier et Técole. Enfin, dans ses vues de réformes pour l'Université, dont il vante du reste les mérites solides et modestes, il demande qu'on rende l'enseignement plus simple et plus général, qu'on fusse comprendre les liens qui unissent les sciences, qu'on développe l'homme physique, qu'on mette en rapport le collège, les écoles industrielles, les écoles agricoles. Il est difficile do tirer des idées pratiques très claires des chapitres de Nos fils qui traitent de ces derniers points, ainsi que de ceux qui sont consacrés aux écoles de droit et de médecine ; mais on peut dire en résumé que la conception de Michelet en matière d'éducation est l'éducation encyclopédique que Rabelais fait donner à Gargantua. Il veut une éducation qui songe au sujet, à l'homme, au lieu de ne songer qu'à un des objets de l'enseignement, à la science.
Les idées de Michelet sur l'éducation ne se bornent pas à l'enfance et à la jeunesse, elles s'étendent à la nation entière, au peuple surtout qui, à tant d'égards, reste enfant et enfant négligé. Il voudrait que les jeunes gens de la bourgeoisie se fissent les apôtres de l'union entre les classes en s'occupant de l'instruction populaire, que les écoles, devenues écoles libres, dépendant seulement des communes, fussent à tous les degrés de l'enseignement accessibles à tous les jeunes gens sans distinction de fortune d'après le mérite seul ; enfin que la commune jouât dans la vie nationale un rôle beaucoup plus grand qu'aujourd'hui, que chacun consacrât h l'association communale le meilleur de ses forces. Il faisait à cet égard de
MICHELOT