‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 169 sur 573 · MILITAIRES (EXERCICES · texte numérisé non relu

MILITAIRES (EXERCICES

beaux rêves. Il imaginait une société où l'enseienementsevaitla fonction de tous ou presque tous, a où l'on profiterait de l'élan du jeune homme, du recueillement du vieillard, de la flamme de 1 un, de la lumière de l'autre ». Il désirait surtout que l'on créât des fôtes populaires, des fôtes nationales, môme des fôtes internationales, des fêtesi» qui dilatent le cœur », qui enseignent le patriotisme, la fraternité, des fôtes semblables à celles de la Grèce. Comme il aviiit été le premier à retrouver et t. raconter ce qu'avaient éié les fédérations en nt)0, il gardait l'espoir de voir un jour jaillir du cœur des peuples des fôies exerçant une action morale sur ceux qui y prendraient part. Théâtres, concerts, banquets, il voulait de grandes manifestations de la vie collective unissant les classes et les moralisant toutes. Il a tracé h la fin du Banquet un admirable programme de ces pia vota si (iiffénmts de la réalité. Il demandait aussi que Ton fît pour lo peuple des livres qui lui donnassent soiis une forme très simple, mais élevée et belle, non enfantine, une nourriture intellectuelle solide et saine, des livres d'action, des bibles du travail (récits de voyages, biographies des grands inventeurs, etc.), des livres de morale, et surtout Il Bible de la France. Lui-même avait écrit le Peuple et la Bible de l'humanité^ mais il sentait que sa langue n'était pas accessible au peuple et il en souffrait.

Michelet a pourtant écrit une de ces Bibles populaires, c'est sa Jeanne d'Arc. Tous peuvent la lire et la comprendre. Les livres tels qu'il les désirait commencent à naître, et il aura contribué à leur éclosion. Si ce grand écrivain était trop original pour avoir à proprement parler des disciples, il aura exercé néanmoins une puissante et durable influence, dans la science, dans la politique, dans l'éducation, dans les mœurs publiques : il aura été un éducateur. Nul ne l'aura lu et goûté sans s'être senti plus pénétré de ses devoirs envers l'enfance, envers le peuple, envers la patrie, sans aimer davantage l'humanité et la jusilice. La France compte peu d'écrivains qui aient eu au même degré que Michelet une influence éducatrice sur leur pays. [Gabriel Monod.]

SlICIllCLOT. —Jean-Charles-Auguste Michelot, né à Strasbourg, le 2G novembre 1792, mort le 10 septembre 1854, a été, pendant de longues années, le collaborateur d'Achille Meissas*. Elève de l'Ecole polytechnique en 1812, M. Auguste Michelot avait été d'abord officier du génie. Démissionnaire en 1816, il passa par difi'érents emplois et devint chef d'institution à Paris de 1823 à 1840.

Ce fut pendant cette période qu'il prit part à la publication de la plus grande partie des ouvrages classiques de Meissas. A partir de 1841, celui-ci resta seul chargé de tout le travail de révision des nouvelles éditions, et, en 1851, M. Michelot fut entièrement désintéressé de l'entreprise commune.

M. Michelot a été membre, puis président de la Société pour l'instruction élémentaire; membre de la commission chargée de l'examen des livres pour l'instruction primaire de 1837 à 1849 ; membre du comité local du X^ arrondissement de Paris, de 1830 à 1848, et adjoint au maire dans le môme arrondissement de 1843 à 1848 ; administrateur des caisses d'épargne ; membre, administrateur et fondateur de l'institution nationale des sourds-muets, l'un des fondateurs de la colonie de Mettray*, etc.

Outre les livres qu'il a publiés en collaboration avec Meissas, on a de lui une notice sur le Discours de la méthode de Descartes et un grand nombre d'articles dans la Revue encyclopédique, le Journal de l'instruction élémentaire, le Journal de la Société d'éducation nationale, le Journal de ^instruction publique j etc.

V^ Partie.

MII)Di:iSDORFF. — Guillaume Middendorfi", éducateur allemand, l'ami et le collaborateur le plus dévoué de Frœbel*, naquit à Brechten (Westphalie) en 1793. Après avoir fait ses premières études au gymnase de Dortmund, il vint à Berlin au printemps de 181 1 sui\."o les cours de la faculté de théflogie. En février 1813, s'étant lié avec Langethal ', alors étudiant comme lui, il s'enrôla à son exemple dans le corps des cliasseurs noirs de Lùtzow. Nous avons raconté ailleurs en détail (V. les articles Frœbel et Lanr/ethal) comment les deux amis rencontrèrent Frœbel à Dresde, comment tous tmis ensemble firent la campagne de 1813 et de 1814, et se retrouvèrent ensuite à Berlin ; comment Middendorfi", après avoir repris ses études interrompues, finit par renoncer à la théologie pour aller, au printemps de 1817, rejoindre Frœbel à Griesheim ; et comment, depuis cet instant, il se consacra tout entier à l'œuvre à laquelle l'avait appelé à participer celui dont il s'était fait l'enthousiaste et fidèle disciple. Nature tendre et poétique, Middendorfi' subit sans résistance et jusqu'à la fin l'ascendant du caractère impérieux de Frœbel. Langethal, l'autre adepte du maître, avait une certaine indépendance d'esprit; on sait que, malgré l'étroite amitié qui l'unissait à Frœbel, il finit par se séparer de lui en 1841 pour suivre sa voie propre. Middendorfi", lui, n'était pas de ceux qui se reprennent : il s'était donné pour la vie. Nous ne referons pas ici l'histoire de l'institut de Keilhau ; disons seuleiîient que, par son caractère enjoué, sa bonté, le charme de son enseignement, Middendorff se faisait adorer des élèves. Il épousa en 1826 une nièce de Frœbel, Albertine, l'aînée des filles de Christian Frœbel. Lors de la création de l'institut de Willisau, il fut le dernier des trois amis qui resta à Keilhau; puis à son tour, sur l'appel de Frœbel, il prit le chemin de la Suisse, en compagnie de sa belle-sœur Elise, s'installa à Willisau en 1834, et de 1835 à 1839 demeura seul chargé de la direction du nouvel institut, tandis que Frœbel, après une année passée à Burgdorf, retournait en Allemagne. L'établissement de Willisau ayant cessé d'exister en 1839, Middendorlf rentra comme professeur à l'institut de Keilhau, qui se trouvait depuis 1834 sous la direction de Barop : c'est là qu'il passa les quatorze dernières années de sa vie, dans le voisinage immédiat de Frœbel, qui vécut successivement à Blankenburg, à Keilhau, à Liebenstein et à Marienthal. La part que prit Middendorfi" aux travaux de Frœbel durant cette période, qui vit naître le jardin d'enfants, n'est pas sans importance : on lui doit un certain nombre des chansons et des poésies contenues dans les Mutter- und Koselieder ; il accompagna Frœbel en 1844 dans le voyage de propagande qu'entreprit celui-ci ; et en 1848 il fit paraître une brochure sur les jardins d'enfants, dédiée au Parlement de Francfort, sous ce titre : Die Kinder gdrten, ein Bedûrfniss der Zeit, Grundlage eiJiigender Erziehung.

Ce fut Middendorff qui ferma les yeux à Frœbel, en 1852 ; il a raconté les derniers moments de son ami dans un écrit intitulé FrÔbels Ausgang aus dem Leben (Liebenstein, 1852). Il ne lui survécut que dix-huit mois, et mourut à Keilhau le 27 novembre 1853, à l'âge de soixante ans. — Sa fille, Alwine Middendorff, fut une des premières <^ jardinières d'enfants » formées par Frœbel. Elle a épousé le Dr Wichard Lange, et est morte en 1882.

[J. Guillaume.] 3IILDE. — - V. au Supplément.

MILITAIRE (SERVICE). —V. Service militaire. MILITAIRES (EXERCICES). - Les exercices militaires ont été introduits dans lo plnn d éludes des écoles normales d'instituteurs par 1 arrête du 3 août 1881 et dans celui des écoles primaires do garçons par l'arrêté du 27 juillet 1882.

Dans les écoles normales, ces exercices sont associés à la gymnastique, dont ils sont considérés comme le complément. En voici le programme :

« Première année. — Ecole du soldat sans armes. Formation de la section. Alignements, Marches. Changements de direction.

)) Ecole d'intonation.

» Deuxième année. — Mécanisme des mouvements en ordre dispersé. Déploiement. Marches. Ralliement. Rassemblement. .na m/

» Ecole du soldat avec Tarme. •

» Tir. Exercices préparatoires. Tir à courte portée.

« Ecole d'intonation.

« Troisième année. — Ecole du soldat avec l'arme. Ecole de section.

» Ecole d'intonation.

» Etude du fusil modèle 1874. Appréciation des distances.

» Tir à courte portée. Tir à la cible. t»l .. ^

Dans les écoles primaires, les exercices militaires sont distincts de la gymnastique, et forment une branche particulière du programme. Le plan d'études en indique de la manière suivante la répartition graduée entre les trois cours :

« CoDRS élémentaire. — Exercices de marche, d'alignement, de formation des pelotons, etc. — Préparation à l'exercice militaire.

» Cours moyen. — Exercice militaire : Ecole du soldat sans armes. — Principes des différents pas. — Alignements. — Marches, contre-marches et haltes. — Changement de direction.

» Cours supérieur. — Exercice militaire : Révision de l'école du soldat sans armes. — Mécanisme des mouvements en ordre dispersé. — Marches militaires et topographiques.

» Exercices préparatoires au tir : notions sur les lignes de tir. — Etude pratique sur le mécanisme du fusil. »

Aussitôt après la guerre de 1870, un grand courant d'opinion s'était manifesté en faveur d'une éducation militaire à donnera la jeunesse française. Dès 1871, M. Jules Simon, ministre de l'instruction publique, invitait les recteurs à tenir la main à ce que les décrets et règlements relatifs à la gymnastique (V. Gymnastique, p. 1231 et 1232) fussent observés, et il leur transmettait une circulaire du ministre de la guerre disant : « Le gouvernement attache la plus grande importance à ce que les exercices corporels, y compris le maniement du fusil, occupent désormais une large place dans l'éducation de la jeunesse. »

A la suite de la loi du 21 janvier 1880 qui rendait obligatoire, dans tous les établissements d'instruction publique de garçons dépendants de l'Etat, des départements et des communes, l'enseignement de la gymnastique (V. Gymnastique, p. 1233), un manuel de gymnastique et des exercices militaires, rédigé par une commission spéciale, fut publié en deux volumes par le ministère de l'instruction publique. Le :;!0 mai 1880, M. Jules Ferry, en adressant aux recteurs le premier volume de ce manuel, s'exprimait ainsi dans la circulaire d'envoi :

« Le Sénat et la Chambre des députés ont affirmé d'une manière éclatante leur sollicitude pour un enseignement que l'on peut considérer comme le complément indispensable des études scolaires et comme un moyen très efficace d'assurer le bon fonctionnement de nos lois militaires... Les exercices gymnastiques et militaires se pratiquent régulièrement dans les établissements secondaires et dans les écoles normales primaires ; mai» le nombre des écoles primaires pourvues de cet enseignement est encore bien restreint; il reste beaucoup à faire, surtout en ce qui concerne les écoles rurales, et c'est surtout de ce côté que doi-

vent se porter nos efforts.., Les exercices de l'école du soldat prescrits par la deuxième partie du manuel sont faciles à apprendre; on doit y attacher d'autant plus d'importance qu'ils préparent directement les jeunes gens au service militaire. 11 en est de même des promenades, qui ont pour objet de leur faire contracter l'habitude do la marche et dont on peut profiter pour leur donner des notions de topographie fort utiles. L'enseignement du tir présente également un grand intérêt. L'administration n'a pas encore adopté l'arme qui devra être employée ; j'espère être en mesure de vous faire connaître prochainement les résolutions qui auront été prises à ce sujet. »

Le 29 mars 1881, une nouvelle circulaire ministérielle accompagnait l'envoi aux recteurs du second volume du manuel. Elle contenait des instructions dont nous reproduisons ci-après les passages essentiels :

« En attendant, disait le ministre, que la question de l'organisation du tir soit résolue, ce qui ne saurait tarder, je vous prie de veiller à ce que les exercices militaires se fassent régulièrement dans les écoles primaires, comme dans les lycées et collèges. Vous savez quel en est le but, quelle importance nous devons y attacher; suivant l'expression de l'honorable auteur de la proposition de loi sur la gymnastique, « il ne s'agit plus seu- « lement ici de la sanié, de la vigueur corporelle, « de l'éducation physique de la jeunesse française, « il s'agit aussi du bon fonctionnement de nos « lois militaires, de la composition et de la force « de notre armée. » Tous les enfants qui fréquentent nos écoles sont appelés à servir un jour notre pays comme soldats; c'est une œuvre patriotique que nous poursuivons, et nous rendons un vrai service à nos élèves eux-mêmes en cherchant à leur donner des habitudes viriles, à les familiariser, dès l'enfance, avec le rôle qu'ils auront p'us tard à remplir, à les initier aux devoirs qui les attendent au régiment. Si, dans toutes les écoles, l'instruction militaire était donnée comme noua le désirons et comme nous le demandons instamment, les jeunes gens, en arrivant sous les drapeaux, n'auraient plus qu'à compléter leur éducation militaire, et ainsi se trouverait résolu le problème de la réduction de la durée du service.

» La tâche est facile en ce qui concerne les lycées, les collèges et les écoles primaires situées dans les villes. Les instructeurs spéciaux sont nombreux; les garnisons offrent de grandes res» sources à ce point de vue...

» Dans les écoles rurales, c'est à l'instituteur que l'instruction militaire, comme l'enseignement de la gjmnastique, doit être confiée. Ce que nous lui demandons est en réalité fort simple. En effet, les exercices militaires prescrits pour les écoles primaires ne comportent pas l'emploi du fusil, excepté pour le tir. Nous ne pouvions pas songer à fourniraux écoles, sur les fonds de l'Etat, des armes en quantité suffisante, ni à imposer aux communes l'obligation d'en acquérir; la dépense eût été trop élevée, et nous nous serions exposés à aller à rencontre des intentions qui s'étaient manifestées dans les deux Chambres, lors de la discussion de la loi sur l'obligation de la gymnastique. Les mouvements dont il s'agit n'en î rien de compliqué, ils sont tout à fait élémentaires, et avec le goût qu'ont les enfants pour ces sortes d'exercices, un maître peut et doit les faire exécuter facilement ; le succès n'est pas douteux.

» Toutefois un instituteur peut se trouver empêché de donner l'instruction militaire; l'inspecteur primaire sera juge de ces cas tout exceptionnels, il s'entendra avec les autorités locales pour assurer les moyens de procurer cet enseignement.

« 11 n'y a pas un seul village, » disait avec raison le rapporteur de la commiseion d'initiative au Sénat, « où Ton ne prisse rencontrer d'anciens « sous-officiera et même au besoin d'anciens niili- « taires non gradés, qui, moyennant une légère « indemnité, seraient disposés h consacrer une « ou deux heures par semaine & enseigner aux « élèves do l'école communale les principes de la « gymnastique ft les mouvements militaires. » il existe aussi dans les département» un certain nomlire de sociétés de gymnastique qui poursuivent un but analogue au nôtre et qui sont toutes prêtes, je le sais, à seconder l'administration. Enfin il me paraîtrait utile de profiter des réunions des instituteurs en conférence cantonale pour faire donner des leçons-modèles. »

La loi de finances du 29 juillet 1881 mit à la disposition de Tadministration une somme d'un million pour l'instruction militaire. Cette somme fut consacrée à la fabrication de 52 600 fusils scolaires de lir, dont une circulaire aux préfets, du 22 octobre 1881, annonça la distribution en ces termes :

« Les fusils scolaires, pour la fabrication desquels un crédit d'un million de francs a été ouvert au ministère de la guerre, sont exclusivement destinés à l'enseignement du tir. Toutes les écoles publiques de garçons en seront pourvues ; M. le ministre de la guerre m'a fait savoir que les manufactures de l'Etat en livreraient très prochainement une certaine quantité. — L'administration n'est pas en mesure de fournir une autre arme aux écoles, et les municipalités qui désireraient acquérir des fusils d'exercice auront à s'adresser à l'itidustrie privée. Je suis d'ailleurs disposé à leur venir en aide, s'il en est besoin, dans la limite de mes ressources. — Il est bien entendu que le fusil d'exercice ne doit pas être susceptible de recevoir la cartouche, tout en se rapprochant autant que possible, comme mécanisme, du modèle en usage dans l'arniGe; il va sans dire tjue son poids et ses dimensions seront en rapport avec les forces et la taille des enfants qui auront à le manier. — Les élèves âji;ésde plus de on2e ans pourront seuls être exercés au maniement de l'arme. »

Cependant l'initiative des municipalités et des particuliers venait en aide, sur un grand nombre de points du territoire, aux efforts de l'administration centrale. Dans plusieurs communes, les exercices militaires s'étaient organisés spontanément, et les autorités locales montraient le plus grand zèle pour l'éducation militaire de la jeunesse. A Piiris, le 4 novembre 1880, le conseil municipal était saisi d'une proposition de M. Aristide Rey, ajant pour objet d'organiser en bataillons armés et équipés les enfants des écoles communales de garçons; le 19 juillet suivant, le conseil approuvait le plan de M. Aristide Hey, pour la réalisation duquel un crédit de 260(00 francs était mis à la disposition du préfet de la Seine; un premier bataillon scolaire fut aussitôt organisé dans le cinquième arrondissc'mont. Au même moment, d'autres bataillons d'élèves se formaient en province et surtout dans les départements de 1 hst, où l'institution était bien vite devenue populaire.

Pendant son passage au ministère, M. Paul Bert, transportant la question sur un terrain plus large, institua une a commission de l'éuucation militaire », devant laquelle il exposa, le 25 ianvier 1882, ses idées sur ce sujet.

fa La I réparation du cor/;.f, dit-il, a été l'œuvre commencée ici même par la commission de gymnastique et des exercices miliiaires. Elle a prépare un manuel... Il y anra certainement peu à reprendre dans son œuvre, et en tout cas il ne laudrait pas refaire le travail de Pénélope. Mais il

ne s'agit pas seulement ici d'hygiène et d'exercices corporels, il faut se servir des exercices gymnastiques et militaires pour arriver à la trempe morale de l'enfant. Pour cela, il faudra d'abord leur donner, aux yeux des élèves, des administrateurs, des parent.s, du pays tout entier, plus d'importance, plus d'ampleur, et par le temps qui y sera consacré, et par les maîtres qui en seront chargés. Vous aurez à rechercher comment ils peuvent être organisés depuis nos grands lycées jusqu'aux moindres villages. Vous aurez à voir comment ces unités peuvent être groupées en bataillons scolaires, comment pourront être organiséesdes excursions, des exercices extérieurs, des manœuvres d'ensemble. Tout cela dirigé, surveillé, inspecté non plus seulement par des maîtres sans autorité, mais avec le concours d'officiers délégués par le ministre de l'instruction publique, et j'en ai le ferme espoir, par le ministre de la guerre.

» ... Je vous demande enfin de porter vos regards en dehors de l'école. Vous aurez à étudier les moyens de faire participer les enfants des écoles aux fêtes patriotiques et militaires, et vous devrez ici tenir compte de ce qu'ont préparé et réalisé les sociétés de tir, de gymnastique, d'excursions, qui se sont fondées en grand nombre et commencent à s'associer, à s'organiser sérieusement. Et je serai bien aise que vous me mettiez en mesure de donner à mes idées assez de précision pour que je puisse présenter au Parlement un projet de loi qui permettrait d'organiser, entre l'âge où finit l'enseignement primaire et celui où commence le service militaire, une série d'exercices, de manœuvres, afin d'empêcher l'enfant de nos écoles d'oublier avant d'entrer au régiment tout ce qu'il aurait déjà appris. »

La pensée qui inspirait M. Paul Bert répondait bien au sentiment national, et celui-ci, quelques semaines plus tard, trouvait l'occasion de se manifester d'une manière éclatante. Au congres de la Ligue de l'enseignement, tenu à Paris en avril 1882, M. Georges, sénateur des Vosges, proposa à la Ligue de prendre l'initiative d'une organisation destinée à assurer l'éducation militaire des jeunes gens ayant dépassé Tâge scolaire, a Au sortir de l'école, disait-il, l'enfant échappe à la loi, et dans les années qui s'écoulent entre sa sortie de l'école et son entrée au régiment, le fruit de l'instruction reçue pourra être en grande partie perdu, au grand détriment de tous. C'est à l'initiative des citoyens qu'il appartient de combler cette lacune et de compléter ainsi l'œuvre du législateur. Pour cela, il faudrait notamment que, dans chaque canton au moins, il se formât une association pour appeler et accueillir gratuitement dans ses rangs les jeunes gens depuis la sortie de l'école jusqu'au départ pour le régiment ; organiser, outre les exercices périodiques, des excursions, des promenades militaires, des tirs en pleine campagne à cet tains jours d'été et d'automne; s'occuper de créer des ressources (cotisations, souscriptions, subventions des com'.nunes, des départements) pour l'acquisition c armes d'exercice, d'objets d'instruction militaire et topographique, etc. Prendre l'initiative de ce mouvement, provoquer sur tous les points du territoire la formation de sociétés semblables; leur fournir non seulement les renseignements et les conseils, mais aussi l'aide morale et même matérielle dont elles auraient besoin, leur servir de lien et de centre de direction, — voilà la tâche à remplir. » La proposition de M. Georges fut votée par acclamation, et le Congrès décida d'ouvrir sur le champ une grande souscription nationale en faveur de l'œuvre nouvelle que la Ligue d« l'ensoijinenient allait entreprendre [\. le texte de la résolution votée, à l'article Ligue de l'tnseiyiiemeiit^ p. 1690}.

Cependant M. Jules Ferry, qui avait repris le portefeuille de l'instruction publique, s'appliquait de son côté à encourager et à régulariser ce remarquable mouvement. Non content d'avoir fait inscrire, dans ie plan d'études des écoles normales et dans celui des écoles primaires, les programmes d'exercices militaires que nous avons reproduits au début de cet article, il voulut assurer aux bataillons scolaires, dont les municipalités seules avaient jusque-là pris en mains la formation, le concours effectif de l'Etat. A cet effet, il ouvrit des négociations avec les ministères de la guerre et l'intérieur; une commission, formée de délégués des trois ministères, prépara un décret et un arrêté relatifs à l'instruction militaire, aux bataillons scolaires et aux exercices de tir. Ce décret et ce règlement, qui portent la date du 6 juillet 1882, donnèrent une consécration officielle aux créations enfantées par le zèle et le dévouement des citoyens et des conseils municipaux. Nous résumons ci-dessous les principales dispositions de ces deux documents :

Le décret porte ce qui suit :

« Tout établissement public d'instruction primaire ou secondaire, ou toute réimion d'écoles publiques comptant de 200 à 600 élèves âgés de douze ans et au-dessus pourra, sous le nom de bataillon scolaire, rassembler ses élèves pour les exercices gymnastiques et militaires pendant toute la durée de leur séjour dans les établissements d'instruction. — Aucun bataillon scolaire ne sera constitué sans un arrêté d'autorisation rendu par le préfet. Cette autorisation ne pourra être accordée qu'après que le groupe d'enfants destiné à former le bataillon aura été reconnu capable d'exécuter l'école de compagnie. Il sera procédé à cette constatation par les soins d'une commission de trois membres, savoir : deux officiers désignés par l'autorité militaire et l'inspecteur d'académie ou son délégué. — Tout bataillon scolaire recevra du ministre de l'instruction publique un drapeau spécial. Dans la pratique, cette distinction est accordée seulement aux bataillons qui ont obtenu, au cours de l'année, les meilleures notes d'inspection militaire). — Tout bataillon scolaire est placé sous les ordres d'un instructeur en chef et d'instructeurs-adjoints désignés par l'autorité militaire. — Un maître au moins de chaque établissement scolaire dont les élèves font partie du bataillon devra assister aux réunions du bataillon. — Le bataillon scolaire ne pourra être armé que de fusils conformes à un modèle adopté par le ministre de la guerre et poinçonnés par l'autorité militaire. Ces fusils, dont la fabrication sera abandonnée à l'industrie privée, devront présenter les trois conditions suivantes : n'être pas trop lourds pour l'âge des enfants ; comporter tout le mécanisme du fusil de guerre actuel, n'être pas sus- • ceptibles de faire feu, même à courte portée. Ces fusils seront déposés à l'école. — Pour les exercices du tir à la cible, les élèves des bataillons scolaires âgés de quatorze ans au moins^ et que l'instructeur en chef aura désignés comme aptes à y prendre part, seront conduits au stand ou au champ de tir et y seront exercés avec le fusil scolaire spécial dans les conditions qui seront réglées par un arrêté des ministres de la guerre et de l'instruction publique. — Aucun uniforme ne sera obligatoire. Les uniformes qui pourraient être adoptés par les bataillons scolaires devront être autorisés par le ministre de l'instruction publique. Les caisses des écoles pour-ont seules être autorisées par le préfet à fournir aux élèves, dans des conditions à déterminer par des règlements locaux, tout ou partie des objets d'habillement jugés nécessaires. (Le type d'uniforme adopté jusqu'à présent est celui des bataillons scolaires de la ville de Paris : vareuse, béret, et

pantalon bleu marine). — Les éublissement* libres d'instruction primaire et secondaire qtii déclareront se soumettre à toutes les prescriptions du présent décret sont autorisés soit k incorporer leurs élèves dans le bauillon scolaire du canton, soit, si leur effectif est suffisant, à former des bataillons scolaires distincts qui seront à tous égards assimilés à ceux des écoles publiques. »

Van été est exclusivement relatif aux exercices de tir. « Les fusils scolaires destinés aux exercices de tir et mis en service à raison de trois par école, y est-il dit, seront, ainsi que les munitions, déposés soit dans les casernes de gendarmerie, soit dans les magasins des corps de troupes, suivant les ordres de l'autorité miliuire. — Ces armes ne seront délivrées que les jours d'exercice de tir réduit, et, exceptionnellement, les jours des exercices préparatoires ayant pour but de démontrer le maniement du fusil devant la cible, le pointage et les positions du tireur. — Les fusils et les munitions nécessaires pour le tir de la journée seront remis à l'instructeur militaire, sur sa demande écrite et motivée. — L'instructeur miliuire prendra, de concert avec les chefs des établissements scolaires, les dispositions nécessaires pour faire transporter, dans de bonnes conditions, les armes et les cartouches sur le terrain de tir, et pour les faire rapporter à la caserne, et, s'il y a Heu, pour faire transporter les cartouches du centre de fabrication à la caserne de gendarmerie. — Les armes seront nettoyées et réintégrées au lieu de dépôt, le jour même de chaque exercice, par les soins de l'instructeur militaire; remise sera faite, en même temps, des cartouches non consommées. Après les tirs, les étuis vides seront rapportés aux corps de troupes qui auront fourni les cartouches, pour être rechargés par leurs soins, s'il y a lieu. — Les demandes de délivrance de cartouches scolaires ou de chargements d'étuis vides, établies en triple expédition, seront adressées par les inspecteurs d'académie aux généraux commandant les subdivisions de régions, qui les transmettront pour exécution aux corps désignés à cet effet. Ces demandes seront totalisées par les soins de Tadministration de la guerre; la dépense totale sera indiquée au ministère de riustruciion publique, qui en remboursera le montant annuellement. — Chaque enfant susceptible de prendre part aux exercices de tir réduit, dans les écoles où ces exercices auront été organisés, pourra tirer (au maximum cinq séries de six balles, soit trente cartouches par an. Il ne sera jamais tiré dans la même séance plus de six cartouches par enfant. — Les plus grandes précautions seront recommandées pendant l'exécution des tirs. Il sera toujours préférable de construire un stand peu coiiieux, analogue à ceux qui sont décrits dans l'instruction ministérielle du 27 janvier 1S82. L'établissement d'un stand sera obligatoire pour les tirs au delà de 20 mètres. Le tir réduit pourra exceptionnellement être exécuté en rase campagne ; dans ce cas, la direction du tir ne devra rencontrer, à moins de 450 mètres de la cible, ni route, ni canal, ni voie ferrée, ni habitation. — Les généraux commandant les subdivi^ious mettront autant que possible les champs de tir à la. disposition du bataillon scolaire. »

Un nouveau manuel d'exercices gymnastiqaes et militaires a été rédigé par les soins des ministères de la guerre et de l'instruction publique ; il se compose de trois volumes, publiés en arril

Ajoutons que depuis 1883, M. le ministre de la guerre a fait inscrire au budget de son département un crédit de 400J francs pour délivrer, dans les établissements d'instruction publique, des prix aux élèves qui se seront le plus dlsiiugués par leur adresse au maniement du fusil, au tir et

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