MONGE (ÉCOLE
et éclat! Comme avec Agnès il nous a bien montré les périls certains de l'ignorance chez la femme livrée s^ns défense à toutes les impressions, à toutes les impulsions de sa vive nature non contenuK^ non contrôlée, et s'égarant sans môme en avoir conscience ! Commeavec Philaminte, Armande et Bôlise, il nou» a bi(în montré les incoavénients possibles de la science dans cette môme nature féminine! Bien plus, comme il nous a émus du spectacle de cette maison où nous voyons aller tout sens dessus dessous, le mari négligé et justement mécontent, la femme h qui certes ne manquent ni l'intelligence ni le caractère, mais chez qui les plus belles qualités sont à leur source môme viciées, s'éprenant d'un vulgaire coureur de dot et près de sacrifier à ses chimères l'avenir de la plus jeune de ses filles ; l'aînée manquant ellemôme l'occasion de son bonheur ; les intérêts de fortune si bien abandonnés qu'on peut apporter la nouvelle d'une ruine complète sans qu'aucun s'en étonne ou la mette en doute!
Mais ces deux thèses sont-elles donc si éloignées quil paraît d'abord? Ne saurait-on découvrir de Tune à l'autre un lien? A y regarder de près, la première ne serait-elle pas la correction, ou, pour parler plus juste, le complément de la seconde? Molière a commencé par dire : « Instruisez la femme; cela importe h sa propre dignité; il faut qu'elle devienne capable de S) décider et d'agir par elie-môme, et à l'occasion de se défendre ellemême; pères, cela importe à votre sécurité; maris, cela importe à votre honneur. » Bientôt il ajoute, lui, l'homme du bon sens et de la mesure : <« Ne sortez ni du bon sens ni de la mesure; veillez à ce que le vin pur de la science, surtout quand l'usage en est encore nouveau, ne tourne point des tôtes trop impressionnables; veillez à ce que la femme, admise avec l'homme au partage du savoir, consente à rester femme, à s'occuper de ce qui a été jusqu'ici, de ce qui doit toujours être le lot de la femme, les soins de la vie intérieure €t dom sticiue; à ce que s'élevant par l'instruction elle n'aille pas trouver au-dessous d'elle, traiter de vulgaire et grossier le programme du bon Chrysale :
Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens, Et régler la dépense avec économie ;
à ce qu'enfin le mari, même de la femme instruite, puisse le soir en rentrant trouver le logis en bon ordre, la table bien servie, une bonne soupe (car avec Molière on sort vite du vague des généralités, ou va droit aux choses, aux réalités, comme il les appelle), les légumes bien accommodés, le rôti ni briilé ni trop salé ; oui, instruisez les femmes, mais ne nous faites pas des Philaminte et des Armande, faites-nous des Henriette. » Mais, ô poète,, nous diras-tu comment Henriette, sortie des mêmes parents qu'Armande, élevée dans la même maison, avec les mêmes exemples sous les yeux, ayant reçu de tout point la môme instruction, est devenue ce qu'elle est, aimable et sérieuse, sensée et charmante, Henriette enfin, si différente d'Armande? Quel problème tu nous as posé là?
En somme, Molière (il semble qu'il ne soit pas besoin de 1« dire) n'est pas pédagogue de métier; il l'a été à ses heures et par rencontre ; il est pourtant de ceux (lue les pédagogues de métier peuvent et doivent lire avec fruit. Même lorsqu'il na fait (lu'effleurer les choses de l'éducation, il y a porté un esprit merveilleusement droit et juste. Quel admirable précepte pédagogique contenu en ce vers :
Je trouve que le cœur est ce qu'U faut gagner 1
Sans doute Molière dans les questions qu'il touche nest pas toujours assez précis et rigoureux; mais cette précision et cette rigueur ne sont point son
affaire; il est homme de théâtre; il faut qu'il aille, qu'il passe, amtise et fasse rire; mais tout en faisant rire, il fait réfléchir aussi ; il nous avertit, il nous met sur nos gardes; quand il crie cassecou, nous aurions grand tort de ne pas faire attention. [E. Anthoine.]
M OPf ASTIQUES (ÉCOLES). — V. E'.otes claustrales et monastiques.
MO>'BART (Mme de). — Maric-Joséphlne de Lescun, née à Paris vers -17âO, épousa M. de Monbart, qu'elle suivit en Prusse en 1770. Elle publia à Berlin quelques ouvrages en français, entre autres deux traités d'éducation : Sophie^ ou de l'éducation des filles, 1777, in-S", et D>i l'éducation d'une princesse. M™* Briquet, l'auteur d'un Dictionnaire des dames françaises , fait un éloge pompeux de Sop/iie : « Aux agréments du style et à la délicatesse des réflexions qui caractérisent cet ouvrage, dit-elle, on croirait que ce sont les Grâces qui l'ont écrit sous la dictée de la saine raison. » Nous n'avons pu nous procurer ce livre, que la Bibliothèque nationale ne possède pas. Après la mort de son mari, M™« de Monbart se remaria avec un Prussien, M. de Sydow. Outre ses ouvrages français, elle a laissé quelques écrits en allemand.
MO>'GE (ÉCOLE). — L'école Monge a été fondée à Paris en 1871 par un groupe d'hommes de progrès qui voulaient tenter de régénérer l'enseignement secondaire classique en y introduisant l'esprit nouveau et les méthodes perfectionnées de la pédagogie contemporaine. Parmi eux se trouvaient au premier rang M. de Bagnaux, qui a rendu depuis tant de services ;\ notre enseignement primaire par la part qu'il a prise, de 1878 à sa mort, à toutes les réformes inaugurées par le gouvernement républicain: c'est sous son inspiration directe que furent réligés les programmes de la nouvelle institution.
Les innovations expérimentées à l'école Monge peuvent se résumer, dans leurs traits essentiels, de la façon suivante :
Dans la division élémentaire (de 7 à 12 ans), les premières notions des sciences naturelles sont données aux élèves au moyen de leçons de choses, u Les leçons de choses telles qu'elles se sont données jusqu'à ce jour, disait le plan d'études, laissent à désirer en ce que les objets auxquels elles se rapportent sont présentés sans ordre, et pour ainsi dire au hasard... Nous sommes convaincus qu'une coordination méihodique et rigoureuse, introdiiite dans le choix et le classement des sujets de leçons, doit en peu d'années, et sans aucune fatigue pour de jeunes intelligences , leur préparer une base solide pour le développement ultérieur d'un enseignement scientifique abstrait. » A l'enseignement de la langue maternelle s'associe, dès la première année, celui d'une langue étrangère vivante, l'allemand; l'étude de ces deux langues est exclusivement pratique pendant les quatre premières années, les premières notions théoriques étant rejetées à la cinquième année. « Nous avons pensé que l'enseignement de la langue maternelle devait, pour être fructueux, s'appuyer dès le début sur un continuel exercice de traduction; l'enfant est nécessairement conduit par cet exercice à l'examen spontané des rapports entre les difl'érentes parties du di>cours et h la recherche des foinies diverses qu'une môme idée peut recevoir; ainsi, il passe en revue naturellement tous les détails de l'analyse grammaticale et de l'analyse logitiue. qu'il n'éprouvera ensuite aucune difficulté à éiudier théoriquement. » Le latin n'est abordé que dans la cinquième et dernière année du cours é émentaire : « Ce n'est pas sans raison que nous avons rejeté l'enseignement du latin bien après celui de la langue allemande; suivant nous, l'enseignement