MUSÉES D'ART INDUSTRIEL — 1980 — MUSÉES D'ART INDUSTRIEL
propager dans tout le Royaume-Uni l'étude des beaux-ans. Avec les nombreuses ressources mises à sa disposition, ce département fonda le magnifique musée d'art industriel de South Keusington, pour la formation duquel le gouvernement a recueilli dans l'univers entier des chefsd'œuvre de tous les genres. A ce musée sont adjoints une école de dessin et une bibliothèque très riche. L'enseignement donné au musée de South Kensington est complété par l'organisation d'expositions ou musées ambulants composés de reproductions ou d'objets qui peuvent être détachés de la collection mère sans la dépareiller; ces objets sont envoyés dans les difterents comtés qui -en font la demande, afin de permettre aux dessinateurs-ouvriers d'y étudier les modèles qui peuvent développer leur goût. VArt Department a fondé en outre des musées analogues à celui de South Kensington, à Edimbourg pour l'Ecosse, et à Dublin pour l'Irlande. Le budget affecté à ces diverses institutions s'élève à la somme d'environ 6 millions de francs.
L'extrait ci-dessous du chapitre vu de VArt Directory, publié pour l'année 1883 par le département des sciences et arts, fera connaître l'organisation du musée de South Kensington :
« Le musée de South Kensington contient des objets réunis dans le but de servir à l'histoire, à, la théorie et à l'application pratique des arts décoratifs.
» Le musée comprend les divisions suivantes : 1° Sculpture en marbre, pierre, etc.; 2° mosaïques ; 3° objets sculptés d'ivoire, d'os, etc. ; •i° ouvrages en bois ; 5° ouvrages de métal ; 6" monnaies et médailles ; 7° armes et armures ; 8° bijouterie d'argent; 9° bijouterie générale; 10° métaux émaillés; 11° poterie et porcelaines; 12° verrerie; 13" vitraux; 14° ouvrages de cuir, reliure; 15° fabrication textile; 16" dentelles; 17° instruments musicaux; 18° peinture décorative. Il comprend en outre des photographies, eaux-fortes, gravures, dessins, aquarelles et tableaux à l'huile.
» On forme au musée des collections pouvant convenir aux écoles locales d'art et aux musées d'art dépendants du département. Les conditions auxquelles les collections circulantes du musée sont expédiées aux écoles locales d'art sont les suivantes : 1° le comité de l'école locale aura pris les dispositions requises par le département pour l'exposition diurne et nocturne des objets de la collection circulante ; 2° le département, en fournissant ces objets, n'entend pas organiser une exposition, mais seulement aider à compléter des collections déjà commencées par les comités des écoles d'art et les localités où ces écoles sont situées; il est de grande importance qu'en pareile circonstance on réunisse tous les objets d'art ayant un caractère local; 3° les ouvriers qui sont élèves de l'école devront être admis gratuitement; toutes les autres personnes paieront une entrée modique; 4" dans le cas où les recettes excéderaient les dépenses, le surplus devra être employé au profit de l'école à laquelle l'exposition sera rattachée.
» Le principe de circulation est étendu aux objets d'art, reproductions, modèles, etc., qui ne doivent pas être constamment exposés au musée central; ils peuvent être prêtés en dépôt aux écoles locales d'art, groupés dans des vitrines; ils sont délivrés au commencement de la session d'hiver, et doivent êire retournes au musée à l'époque des vacances d'été.
« Certaines collections peuvent même être prêtées aux localités n'ayant pas d'écolo d'art, à dos conditions qui seront déterminées pour chaque cas particulier.
» La bibliothèque d'art est une collection con-
tenant environ 60 000 volumes» 24 000 dessins et plans, 96 000 gravures, et 59 000 photographies La collection de dessins originaux <!t de gravures sert à l'illustration de l'art ornemental. La collection de photographies renferme des sujets d'architecture, des exemples d'ornement et des spécimens d'art, pris dans diverses collections publiques et privées de la Grande-Bretagne et de l'étranger. »
Allemagne. — La Bavière possède deux musées d'art industriel, celui de Nuremberg, fondé en 1852, et celui de Munich, fondé en 1853. La Saxe en a un, à Dresde, auquel est jointe une école. La Prusse a créé à Berlin, en 1867, un musée sur le plan de celui de South Kensington ; fondé par une association particulière, il a passé entre les mains de lÉtat : il contient de belles collections de poterie, de porcelaine, d'émaux, d'objets en métal, de tissus, de sculptures sur bois, etc.; au musée est attachée une école d'art décoratif.
Beaucoup d'autres villes d'Allemagne ont des musées d'art industriel établis dans des proportions moins considérables ; ainsi à Stuttgart dans la Centralstelle, à Hambourg dans la Gewerbeschule, et ailleurs dans nombre de Gewerbehallen, où des collections d'importance diverse ont été réunies.
Autriche-Hongrie. — Le musée d'art industriel de Vienne a été fondé par l'État en 1863; il se trouve dans le même bâtiment que la Kunstgewerbe schule, et possède de riches collections, que les professeurs de l'école d'art appliqué à l'industrie utilisent pour leur enseignement.
La Hongrie, de son côté, possède depuis quel ques années un musée d'art industriel, qui forme une section du musée national de Buda-Pest.
Suisse. — Il existe à Zurich un musée d'art industriel annexé à la Kunstgewerbeschule de cette ville.
Autres pays. — Il a été fondé en 1863, à Moscou, un musée d'art industriel où les artisans trouvent réunies des collections de modèles de tous genres, en rapport avec leurs travaux. Un autre musée du même genre existe à 'Varsovie.
En Suède, le gouvernement a fait mettre à l'étude un projet de j création, à Stockholm, d'un musée spécial des arts industriels et décoratifs. En attendant, la Société suédoise des arts et métiers a fondé, depuis 1872, une collection de mo dèles industriels propres à servir de guides au point de vue du goût et de l'élégance artistique.
Plus récemment, un musée d'art industriel a été créé à Boston, aux Etats-Unis.
FRANCE. — Nous ne pouvons mieux faire que de donner ici quelques extraits de l'exposé des motifs de la proposition de loi présentée le 24 mars 1879 à la Chambre des députés par M. Antonin Proust, et tendant à l'organisation d'écoles et de musées d'art industrie/.
^i Pendant qu'à l'étranger, dit M. Proust, on créait des musées d'art industriel, qu'on fortifiait les écoles de dessin, le gouvernement, en France, ne paraissait prendre qu'un médiocre intéi'èt à tout ce qui pouvait vulgariser le sentiment de l'art. Cependant, depuis longtemps, des esprits soucieux de notre réputation artistique et de l'avenir de nos arts industriels sollicitaient le gouvernement d'une façon pressante de donner à cette branche de l'enseignement des arts une direction hautement revendiquée par les gouvernements des autres nations.
» Si le gouvernement ne prêtait pas à ces avertissements toute l'attention désirable, il était aussi, nous devons le reconnaître, fort embarrassé pour porter remède au mal qui lui était signalé. Depuis longtemps oji se faisait, en effet, en France, une très fausse idée de ce (lue devaient être le système et les méthodes d'enseignement en
MUSÉES ÉCONOMIQUES — i981 — MUSÉES ÉCONOMIQUES
matière d'art industriel. Oq estimait qu'il fallait se borner à organiser, à côte de renseignement des beaux-arts proprement dits, l'enseignement technique, enseignement qui, dans la pensée de nos gouvernants, était bien plus destiné à faire des contre-maîtres pour le génie civil que des ouvriers d'art... L'école des arts décoratifs à Paris, les écoles de Lyon et de Dijon étaient seules encouragées. Les collections de nos musées n'étaient pas utilisées au profit de nos ouvriers, et l'on reculait devant la nécessité, chaque jour plus évidente, d'instituer des musées d'art industriel, non pas à l'exemple de South Konsington, mais en s'inspirant des projets d'Emeric David et de Mayeuvrc, que les Anglais n'ont fait que copier. »
M. Proust concluait en demandant, d'une part, une 8in)vention de l'Etat en faveur des écoles de dessin industriel qui seraient fondées par les départements, les communes et les particuliers; d'autre part, des encouragements accordés à la création de musées d'art industriel. « Tout département, disait son projet de loi, toute commune ou toute association reconnue ou autorisée par l'Etat, qui créera urt musée industriel, recevra de l'Etat une collection des objets d'art appliqués à l'industrie appartenant aux musées nationaux et reproduits par le moulage, la galvanoplastie, la gravure, la litliographic, ou tout autre procédé de reproduction. Le département, la commune ou l'association qui recevra en dépôt ces collections, sera tenu d'instituer dans les musées industriels, «n dehors des cours spéciaux, un cours d'histoire de l'art dans ses rapports avec l'industrie. »
Le gouvernement proposa aux Chambres de voter l'adoption du crédit nécessaire pour la subvention aux écoles de dessin, mais d'ajourner le crédit destiné aux musées; son avis prévalut. Toutefois, la question de la création en France de musées d'art industriel est restée à l'ordre du jour ; une commission nommée le 24 décembre 1 881 pour faire une enquête sur la situation des ouvriers et des industries d'art, commission dont M. Proust est devenu le rapporteur après l'avoir instituée comme ministre, vient de conclure (1884), «ntre autres vœux soumis par elle à l'administration de l'instruction publique, « à la création d'écoles et musées d'art industriel, et à des encouragements à donner aux écoles et musées d'art industriel créés par l'initiative privée, au moyen d'une dotation spéciale de cinq millions. »
Si la France ne possède encore ni un grand musée central analogue à celui de South Kensington, ni les musées locaux d'art industriel dont il est question dans le projet de M. Antonin Proust, elle a du moins un certain nombre de musées spéciaux où sont réunies des collections de premier ordre : tels sont celui de la manufacture des Gobelins, à Paris, celui de la manufacture de Sèvres, et le musée céramique de Limoges. Mentionnons aussi l'exposition permanente de l'Union centrale des arts décoratifs, installée au Palais de l'industrie à Paris.
MUSÉES DÉl'AHTEMENTALX. — Nous n'entendons pas désigner, sous ce titre, les grands musées scientifiques et artistiques qui existent dans quelques-unes des villes importantes de la province, comme Lyon, Marseille, Bordeaux, Caen, Rouen, etc., mais les collections destinées à 1 mstruction populaire et qui sont comme une reproduction, sur une plus grande échelle, des musées cantonaux. Quelques chefs-lieux de départements seulement possèdent, à cette heure, de semblables musées d'instruction populaire, plus ou moins riches et plus ou moins bien installés ; nous citerons entre autres ceux de Nice, Cahors, Tulle, *oix et Pau (ce dernier en voie de formation).
MUSEES ECOOMIQUES. — Le nom de musées économiques sl été donné par un Anglais phil'o Partie.
lanihrope, M. Twining, à une création qu'il définit lui-môme de la manière suivante : « Un musée économique est un choix méthodiquement classé de spécimens, modèles, diagrammes, etc., montrant les caractères distinctifs, l'origine et la préparation des choses qui sont du domaine de la vie usuelle, et dont la valeur pratique est mise en relief au moyen d'étiquettes explicatives, de livrets descriptifs, ou de quelque autre façon. Toutes les classes de la société, et particu lièreraent celles qui n'ont qu'un laible revenu, peuvent apprendre ainsi comment les habitations doivent être construites pour répondre aux oxiuc n :es de l'hygiène ; quels avantages on peut retirer , au point de vue domestique, des découvertes d e la science ou des progrès réalisés à l'étranger; quelles étoffes il faut porter; de quels aliments il faut se nourrir, et comment il faut les préparer; comment on peut distinguer les produits authentiques, sains, durables, et réellement bon marché, de ceux qui n'offrent qu'un bon marché apparent; et, en un mot, quelle est la façon de vivre la plus judicieuse, et la manière la plus avantageuse d'employer son argent. Un m usée d'hygiène comprend toutes les choses qui ont rapport à la santé : un musée économique tout ce qui peut augmenter d'une façon rationnelle noire bien-être matériel. »
Les travaux de M. Twlning en vue d'améliorer, par l'enseignement pratique des notions élémentaires de la science, la situation économique des classes laborieuses, ont commencé il y a environ quarante ans. En 1855, une conférence philanthropique réunie à Paris, après avoir entendu un mémoire dans lequel il avait exposé ses idées, émit le vœu « qu'il fût constitué dans les divers pays un musée économique permanent, où seraient réunis et classés tous les articles destinés à l'usage domestique et qui se distinguent par des qualités d'utilité, de solidité et de bon marché, ainsi que les procédés et les appareils qui se rapportent à l'hygiène et à l'assainissement des habitations, des ateliers, etc. » C'était au moment de la seconde Exposition universelle, dont le commissaire général, M. Le Play, entrant dans les vues de M. Tvvining, fit réunir dans une « galerie d'économie domestique » les articles manufacturés les plus remarquables par leur bon marché, leur utilité et leur bonne qualité. M. Twining lui-même commença, en 1856, une collection de tous les objets intéressant l'économie domestiq ue et en 1860 il fit bâtir près de sa résidence, à, Twickenham, un petit édifice où ces collectoins furent installées sous le nom de Twickenham Economie Muséum. Quelques années plus tard, en 1864, il commença à faire donner, dans divers quartiers de Londres, une série de conférences explicatives, accompagnées d'expériences etd'exhibition de spécimens et de figures, afin de répandre dans la population ouvrière les premières notions des sciences usuelles; l'état de sa santé l'empêchant d'agir personnellement, il engagea à ses frais des lecteurs et des démonstrateurs qui répétaient, devant des auditoires nombreux et attentifs, les lectures composées par lui. En 1871, malheureusement, le musée de Twickenham fut détruit par un incendie. M. Twining le remplaça par une agence de renseignements qui fournit gratuitement des indications sur la manière de créer un musée économique, et qui contienX une bibliothèque ainsi qu'un atelier où sont préparés les div(irs objets pouvant servir aux démonstrations scientifiques dans les conférences populaires. M. Twining a publié on lb76, sous le litre de Science made easy (La science rendue facile), le recueil de ses lectures populaires, au nombre de neuf; ce recueil est accompagné d'une série do 47 tableaux destinés b. illustrer les explications
MUSÉES PÉDAGOGIQUES — 1^2 — MUSÉES PÉDAGOGfQPES
du lecteur. Il a en outre fait paraître, en 1874, urj volume intitulé Technical Training {Education technique), où il expose le plan d'un système national d'instruction industrielle, dont les musées économiques forment un des ressorts les plus importants. Enfin, il a écrit de nombreuses brochures de propagande, qui sont envoyées gratuitement à toute personne qui en fait la demande par M. W. Hudson, secrétaire du Twickenham Economie *Juseum^ à Twickenham, près Londres. MUSÉES PÉDAGOGIQUES. — On a pris l'habitude en France de désigner sous ce nom des établissements qui comprennent, d'une pari, yne bibliothèque d'ouvrages d'éducation, de législation et d'administration scolaires, ainsi que de livres classiques proprement dits ; d'autre part, des collections de matériel d'enseignement et de mobilier scolaire. A l'étranger, ces établissements sont désignés tantôt sous ce même nom de musée pédagogiqucy tantôt sous ceux d'exposition scolaire permanente, de mw4e 4]f!^¥sationi^^.d^. vi]Lisj^^^^eo- Ittire, etc. i-r^^t f,:f»-t rt ,.-. t -'•t-.rt^.o-»'" «j ^-n.'-.q'V'i' FRANCE.
Les origines du Musée pédagogique de Paris jusqu'en 1879. — L'idée de créer un établissement destiné à l'étude comparée des méthodes d'éducation, des livres classiques et du matériel d'enseignement est fort ancienne en France. Elle avait été émise dès 1817 par un disciple de Pestalozzi, Jullien * de Paris, dans une brochure intitulée Esquisse et vue préliminaire d'un ouvrage sur l'éducation comjmrée. u Les recherches sur Vanatomie comparée, disait Jullien, ont fait avancer la science de l'anatomie. De même les recherches sur V instruction comparée doivent fournir des moyens nouveaux pour perfectionner la science de l'éducation. » Il proposait en conséquence la création d'une Commission d'éducation, « composée d'hommes chargés de recueillir par eux-mêmes et par des correspondants choisis avec soin les matériaux d'un travail général sur les établissements et les méthodes d'éducation et d'instruction des différents Etats de l'Europe rapprochés et comparés entre eux sous ce rapport» ; d'un Institut normal d'éducation, dans lequel les meilleures méthodes d'éducation seraient successivement combinées et appliquées; et enfin d'un Bulletin d'éducation « permettant d'établir une communication périodique entre tous les hommes instruits occupés de la science de Téducation ».
M. de Montalivet *, auquel on doit un' grand nombre de mesures utiles, avait conçu le projet d'établir à Paris une bibliothèque centrale d'mstruction primaire. Dans un rapport adressé au roi Louis-Philippe, en date du 12 août 18al, il annonçait qu'il avait fait dresser un catalogue raisonné de quinze cents ouvrages d'éducation, tant français qu'étrangers; il proposait de charger une commission spéciale de rechercher lesquels, parmi les ouvrages étrangers, pourraient utilement être traduits; cette commission « proposerait un choix de livrer d'instruction primaire ; elle présenterait le catalogue d'une bibliothèque centrale, où devrait désormais aboutir, de tous les pays du monde civilisé, le résultat de tous les travaux entrepris dans l'intérêt de l'éducation populaire, et d'où sortiraient ensuite, en faveur de cette même éducation, tous les moyens d'amélioration progressive. » Il ne fut malheureusement pas donné do suite h ce projet.
Trente-six ans plus tard, à l'occasio*". de l'Exposition universelle de 18G7, sous un ministre zélé pour l'instruction populaire, le plan d'un Institut pédagogique U7iiversel était exposé par M.Ph. Pompée aux instituteurs réunis à Paris, dans la séance «l'inauguration des conférences pédagogiques. « Pourquoi, dit l'orateur, prenant comme point do départ l'exposition scolaire de 1867, ne nous pro-
poserions-nous pas 4e fonder à Paris une exposition internationale et perfnanerite de tous les objets qui peuvent facjiliter à,ux instituteurs le développement des facultés morales, physiques et intellectuelles des enfants confiés à leurs soins? Cette création serait, pour les maîtres et les maîtresses de Paris, des départements et de l'étranger, un lieu de renseignement, de comparaison et d'étude; ce serait, pour les amis de l'instruction primaire, un libre établissement destiné à fixer la valeur réelle des procédés, des instruments, des livres et des méthodes ; ce serait potjr tout lé monde un sanctuaire pacifique élevé au progrès des générations futures. » Cette fois encore i| projet ne se réalisa pas, M. Duruy n'ayant pu ob^ tenir les ressources nécessaires. ' " '^ i^, ; ' '^'^'
En 1871, M. Jules Simon décida, par un" W^fô en date du l^r juillet, la création d'un Musée scolaire. « Une collection délivres, tableaux et appareils à l'usage des écoles, des salles d'asile et des cours d'adultes, disait l'arrêté, est établie au ministère de l'instruction publique et rattachée au deuxième bureau de la direction de l'enseignement primaire. Cette collection recevra, outre les ouvrages et les objets composant le matériel de no» établissements d'instruction primaire, les livres et les instruments scolaires en usage dans les pays étrangers. » M. Rapet, inspecteur général honoraire de l'enseignement primaire, fut nommé le 29 avril 1872 conservateur du musée; une commission chargée de donner son avis sur la réception des objets présentés pour être admis dans les collections fut instituée le 15 mai 1872; et des circulaires aux recteurs et aux inspecteurs primaires les invitèrent à faire rechercher, pour être déposés dans la bibliothèque du musée en voie de création, les documents pouvant servir à l'histoire de renseignement primaire en France. Comme l'hôtel du ministère ne pouvait offrir un local convenable, le siège du musée fut placé dans une partie du magasin scolaire de la ville de Paris, quai Morland, près de l'Arsenal. Mais la retraite de M. Jules Simon, au 24 mai 1873, fit ajourner indéfiniment les travaux commencés.
L'idée ne fut reprise que cinq ans plus tard sous le ministère de M. Bardoux. Au moment où allait s'ouvrir à Paris l'Exposition universelle de 187R, M. F. Buisson, qui dirigeait alors au ministère de l'instruction publique le service de la statistique de l'enseignement primaire, publia dans le Manuel général de Vinstruction primaire deux articles consacrés à un « projet d'établissement d'un Musée pédagogique ». Après avoir passé en revue les divers établissements analogues existant déjà à l'étranger, il rappelait les tentatives faites en France à plusieurs reprises, et demandait si le moment ne serait pas favorable pour créer définitivement un établissement destiné à rendre d'importants services, soit comme exposition permanente de matériel de classe, soit comme bibliothèque technique de l'instruction primaire. Quelques semaines plus tard, le 16 mai 1878, le ministre présentait à la Chambre des députés un projet de loi relatif à la création d'un Musée pédagogique et d'un Bureau central de statistique scalaire. Nous croyons devoir reproduire les passages suivants de Texposé des motifs de ce projet de loi :
« La plupart des nations de l'Europe ont créé leur musée pédagogique, les unes avec un grand luxe, les autres sur un plan plus modeste et non moins pratique. Partout, ces collections, où chaque peuple profite de l'expérience et de l'initiative de tous les autres, ont rendu de réels services.
»... Le crédit généreusement ouvert par la Chambre pour la construction de bâtiments scolaires donne lieu en ce moment à un mouvement d'études que nous ne saurions trop encourager; de toutes parts, on s'enquiert des meilleures con-
inijk^^^^PtiiMomOtÈS - 198^ - musées pédagogiques
ditîons hygiéniques, pédagogiques, économiques à adopter pour ce grand nombre de constructions nouvelles; on demande à l'administration les plans d'école, les types de matériel, les appareils d'enseignement les mieux entendus... L'administration de linstruction publique n'a pas sans doute à édicter des modèles officiels de constructions et ameublements scolaires, mais elle ne peut se dissimuler quelle influence heureuse elle pourrait exercer en offrant à ce public avide de renseignements précis une exposition permanente, méthodiquement classée, do tout ce qui intéresse l'Installation matérielle des écoles. Un tel musée serait h notre instruction primaire ce qu'est à l'enseignement technique^. (^^JJpnservatoire des arts et métiers. ,' ', ', ' .
n Mais ce n'est pas le seul service que I institution nouvelle doit être appelée à rendre. Ce musée, riche de spécimens se rapportant au matériel scolaire, pourvu de tous les documents français et étrangers concernant l'instruction primaire, serait le siège naturellement désigné d'un bureau permanent de la statistique scolaire. Il centraliserait, sans effort, les différents ordres de renseignements qui ont trait à la situation des écoles, à leur développement numérique, à leur valeur pédagogique, à leurs résultats intellectuels et moraux, à l'histoire complète enfin de notre instruction primaire dans le passé et dans le présent.
» ...Dans mon rapport sur le budget de 1878, j'exprimais le regret que la France ne possédât rien d'analogue au Bureau national d'éducation de Washington. Vous le voyez, c'est le bureau même que je voudrais aujourd'hui constituer et pour lequel je sollicite un vote favorable des Chambres françaises. Comme celui de Washington, le bureau qui vous est proposé serait surtout un centre de renseigneuients pédagogiques et statistiques. Il n'aurait d'action à exercer que par les informations qu'il recueillerait et qu'il répandrait; jpar les conférences spéciales dont il serait le siège et qui pourraient devenir, pour une élite d'instituteurs laborieux, un complément d'éducation professionnelle; enfin, par les facilités d'étude et d'examen quo procureraient à tous les amis de l'instruction populaire ses propres publications statistiques et aussi celles qu'il inspirerait.
, » Ce n'est point sans motif que cette fondation vous est proposée au lendemain même de l'ouverture de l'Exposition universelle. Partout où des établissements analogues ont pris naissance, c'est aux Expositions internationales qu'ils ont dû leur origine et aussi leur succès, depuis celle de Londres en 1851 jusqu'à celle de Philadelphie en 1876. En effet, une Exposition universelle offre pour une telle institution des ressources qui ne se présentent plus ainsi réunies qu'après une longue suite d'années. Il importe au premier chef que le Musée national d'enseignement primaire puisse bénéficier, au moment de sa création, des avantages que lui offrira l'Exposition universelle de 1878. » \:j''7' I -V
L'article l^' du projet de loi était ainsi conçu : a 11 est créé au ministère de l'instruction publique un Musée nationalde V enseignement primaire ^ comprenant un bureau permanent de statistique scolaire, une bibliothèque pédagogique française et étrangère, et une exposition permanente et publique de tout ce qui se rapporte au matériel de classe, n
La commission de l'enseignement primaire, à laquelle fut renvoyé le projet de M. Bardoux, s'y montra favorable; mais au cours de l'examen qu'elle en fit, elle fut amenée à considérer que la création du Musée pédagogique « ne constituait pas matière législative » et pouvait être décidée par décret. Elle invita donc le ministre à substituer Ji son projet de loi un projet de décret à sou-
mettre à la signature du président de la République.
En attendant, et pour ne pas laisser disperser les richesses réunies à l'Exposition universelle sans essayer d'en retenir une nota.,le part, un arrêté en date du 20 mai chargea M. F. Buisson « de contracter avec les délégués des puissances étrangères au point de vue soit de rechange, soit de l'acquisition des objets scolaires devant faire partie du Musée pédagogique en formation ». Quelques salles du PalaU-Ûourbon, qui était alors vacant, furent mises par le président et les questeurs de la Chambre à la disposition du ministre de l'instruction publique; et c'est dans ces salles que furent déposées les premières collections, françaises et étrangères, du futur Musée pédagogique.
La création du Musée, son organisation, son état actuel. — C'est à M. Jules Ferry que devait échoir l'honneur de fonder définitivement l'établissement dont ses prédécesseurs avaient ainsi préparé la création. Le 13 mai 1879, à la suite d'un rapport adressé au président de la République par le nouveau ministre de l'instruction publique, était signé le décret suivant :
« Article !«'. — Il est créé au ministère de l'instruction publique un Musée pédagogique et une Bibliothèque centrale de l'enseignement primaire, comprenant des collections diverses de matériel scolaire, des documents historiques et statistiques, et des livres de classe provenant de la France et de l'étranger.
» Art. 2. — La direction en sera confiée à un inspecteur général de l'enseignement primaire (hors cadre). »
Des arrêtés miniâtérièls nommèrent M. B. Berger, inspecteur général de l'enseignement primaire, directeur du Musée pédagogique, et confièrent les fonctions de bibliothécaire à M. Ch.Defodon, ancien professeur à l'école normale de la Seine. Un conseil d'administration fut attaché au Musée par arrêté en date du 5 mai 1880, et un règlement intérieur, élaboré par ce conseil, reçut l'approbation ministérielle le 1" novembre 1881. Dès le mois de septembre 1879, le retour des Chambres à Paris avait obligé le Musée à quitter les salles du Palais-Bourbon pour un autre local : c'est dans un bâtiment dépendant de l'ancien collège Rollin, rue Lhomond, n" 42, et appartenant à la ville de Paris, que furent transférées les collections et la bibliothèque. Cette installation, toutefois, n'était que provisoire, et en 1885 le Musée put prendre possession, à titre définitif, d'un local lui appartenant en propre et aménagé en vue de cette destination spéciale, l'ancien bâtiment de l'école Pape-Carpantier, 41, rue Gay-Lussac.
La bibliothèque du Musée s'enricbit considérablement, dès la seconde année de son existence, grâce à une acquisition importante faite par l'Etat. M. l'inspecteur général Rapet avait réuni, pendant sa longue carrière, une bibliothèque pédagogique formant une collection des plus précieuses : cette bibliothèque fut achetée pour la somme de 45000 fr. (loi du 5 juin 1880). Elle comprenait, au moment où Tacquisition en fu: faite, 5480 ouvrages; par suite d'achats complémentaires qui eurent lieu après la mort de M. Rapet, en 1882, ce nombre a été porté à 6Si8. La «i bibliothèque Rapet » forme un fonds à part dans l ensemble de la bibliothèque du Musée, et elle est conservée dans une salle spéciale.
Mentionnons en outre une créauon des plus utiles, qui a été faite au commencement de 1 année 1882, celle de la bibliothèque circulante. La bibliothèque circulante a été instituée en vue d'aider à la préparation des candidats au professorat dans les écoles normales d'instituteurs et d'mstitutrices, à l'inspection de l'enseignement pri-
maire et à celle des écoles maternelles. Elle est divisée en trois sections : section des lettres, section des sciences, et section de pédagogie. Le catalogue do la première section comprend 100 ouvrages, celui de la seconde 56, et celui de la troisième 57; chaque ouvrage existe à un certain nombre d'exemplaires. Toute personne se préparant à l'un des examens indiqués ci-dessus peut, sous la simple condition du visa de l'inspecteur d'académie ou de l'inspecteur primaire pour la première demande, se faire envoyer par le directeur de Musée ceux des livres portés au catalogue qu'elle désire lire ou étudier. Pour chaque envoi, le nombre des volumes ne peut former un poids supérieur à cinq kilogrammes. Les ouvrages empruntés ne peuvent être gardés plus de deux mois. Le port du retour est seul à la charge de l'emprunteur.
La bibliothèque centrale de l'enseignement primaire, distincte de la bibliothèque Rapet et de la bibliothèque circulante, comprend des ouvrages de pédag( gic proprement dite, des collections de documents législatifs, administratifs et statistiques, des livres d'enseignement à l'usage des maîtres et des élèves, des ouvrages de science ou de littérature générale, des collections de journaux et revues d'éducation.
La section française de la bibliothèque s'est constituée d'abord par un premier fonds émanant du ministère de l'instruction publique, au moyen du dépôt légal, puis par des dons volontaires des auteurs et des éditeurs, enfin par des achats. La section étrangère a été formée en très grande partie des ouvrages de pédagogie et des livres de classe concédés par les divers gouvernements après l'Exposition de 1878. Le nombre des ouvrages composant cette bibliothèque s'élevait, en mai 1884, à plus de dix mille (7786 ouvrages français, 2341 ouvrages étrangers). Le Musée reçoit en outre, par voie d'abonnement ou d'échange, de nombreux périodiques français et étrangers (plus de 130, dont 64 en langue française).
En dehors de sa triple bibliothèque, le Musée pédagogique comprend quatre importantes sections :
1° Matériel scolaire (plans de maisons d'écoles, types de mobiliers de classe) ;
2° Appareils d'enseignement {iahleauXj modèles, collections géographiques, scientifiques et technologiques) ;
3° Collections de travaux d'élèves (garçons et filles), tant de classes que d'ateliers;
4° Documents relatifs à l'histoire de l'éducation.
La plupart des objets constituant le matériel scolaire français ont été donnés ou placés en dépôt par les éditeurs ou les fabricants ; on peut y remarquer une collection de bancs-tables de différents types, des spécimens d'armoires-bibliothèques, de tableaux noirs, d'ardoises naturelles ou factices, d'imagerie scolaire, etc. Les objets de matériel étranger proviennent de l'Exposition universelle de 1878 et d'acquisitions postérieures.
Les collections d'appareils d'enseignement comprennent entre autres : un modèle de laboratoire de chimie, des collections de produits chimiques, de réactifs, d'engrais agricoles; des spécimens d'appareils pour le premier enseignement de la physique dans les écoles primaires; des instruments-types de physique et de météorologie pour les écoles normales; des appareils pour projections lumineuses; des échantillons r'e zoologie, de botanique, d'horticulture, notamment une fort belle série de fruits imités; des objets d'anatomie réelle et élastique, et des tableaux d'enseignement sur toutes ces matières ; une très riche collection de cartes et plans en relief, d'appareils cosmographiques, de globes, de cartes murales françaises et étrangères ; des types de musées
scolaires et des collections et spécimens pour les leçons de choses, etc. Une salle de dessin, comprenant des modèles en reliefs, des spécimens de stéréotomie, des modèles gravés et des méthodes, a été disposée en 1884.
Les collections de travaux d'élèves viennent surtout de l'étranger. La Suède a envoyé au Musée de très curieux spécimens de travaux manuels exécutés dans diverses écoles spéciales ; des albums de lingerie et de travaux d'aiguille sont également] venus de la Suède, de l'Allemagne, du Canada ; l'exposition tout entière des cahiers d'élèves des écoles des Etats-Unis, qui a figuré à Paris en 1878, a été laissée au Musée en môme temps que les livres scolaires.
Un noyau de pièces d'archives sur l'instruction primaire française constitue au Musée un fonds spécial déjà considérable et destiné à s'accroître. Ces pièces, manuscrites ou imprimées, ont été recueillies à diverses époques et proviennent de diverses sources, principalement des enquêtes provoquées par les circulaires de M. Jules Simon en 1872 et 1873, renouvelées par M. Jules Ferry en 1879.
Ajoutons que le Musée reçoit, à titre de dépôt temporaire, après avis du conseil d'administration, les livres et les objets d'enseignement sur lesquels les auteurs ou éditeurs veulent appeler l'attention.
Le Musée est ouvert tous les jours (le lundi excepté), de 10 heures à 4 heures, aux personnes munies de cartes de travail ; ces cartes sont délivrées par l'administration du Musée et par le ministère de l'instruction publique. Il est ouvert au public les dimanches et jeudis. Les livres et les publications périodiques sont mis à la disposition des visiteurs dans les salles de lecture. Les prêts au dehors ne sont faits qu'à titre exceptionnel, et pour un délai maximum d'un mois.
« La salle de lecture du Musée, » lisons-nous dans une notice officielle publiée par la direction du Musée pédagogique à l'occasion de l'Exposition internationale de South Kensington en mai 1884, tt reçoit le jeudi et le dimanche, depuis le mois de novembre 1880, d'assez nombreux lecteurs ; quelquefois la place a manqué autour des deux grandes tables qui leur sont destinées. Les autres jours, le Musée n'admet que les personnes munies de cartes de travail : environ LOO de ces cartes, soit 125 par an, ont été délivrées. Les prêts de livres (indépendamment de ceux de la bibliothèque circulante) se sont élevés à 2000 environ depuis le 29 mars 1880.
» A partir de cette môme date, il a été tenu un registre des visiteurs ; ce registre compte aujourd'hui 2400 noms... ; en moyenne 40 à 50 personnes parcourent chaque semaine les salles du Musée.
» Plusieurs commissions officielles ont au Musée pédagogique leur point d'appui et, en quelque sorte, leur office de renseignements. Ce sont celle du mobilier scolaire, celle des bibliothèques pédagogiques, celle des souscriptions pour les cartes et appareils géographiques, celle de l'enseignement des sciences physiques et naturelles.»
La Revue pédagogique. — Dès 1881, l'administration du Musée avait songé à la création d'un organe spécial de publicité. Le directeur avait rédigé le programme d'une revue qui eût paru tous les deux mois et aurait pris le titre d'Archives de In pédagogie en France et à l'étranger. Mais, sur ces entrefaites, des circonstances inattendues firent adopter une autre combinaison. 11 existait depuis 1878, sous le non do Revue pédagogique ^ un recueil mensuel dirigé en dernier lieu par M. H. Cocheris, inspecteur général de l'enseignement primaire. M. Gocheris étant mort en avril 1882, une entente intervint entre le ministère do l'instruction publique et l'éditeur du recueil ; et à^ partir
du 15 juillet 1882, la Revue pédagogique^ dont le format fut agrandi, fut translormée en organe officiel du Musée. Elle est envoyée gratuitement aux membres du personnel administratif de l'instruction primaire, aux directeurs d'école normale et à un certain nombre de maîtres et de maîtresses qui sont signales à l'administration comme s'occupant sérieusement de travaux pédagogiques ou de la préparation des examens professionnels.
PAYS ÉTRANGERS
ALLEMAGNE. — H n'existe pas en Allemagne d'établissements comparables aux Musées pédagogiques de Londres, de Vienne ou de Paris. Kos renseignements nous permettent toutefois de sigtialer l'existence d'un certain nombre de collections, désignées sous le nom de Schulmuseum ou sous celui plus modeste de Lehrmittelsammiung .
La plus ancienne, croyons-nous, est celle qui est annexée au Cassianeum de Donauwôrth, en Bavière. Le Cassianeum est un établissement placé sous l'invocation de saint Cassien, et qui a été fondé par la Société bavaroise d'éducation cathoiiijue. Il comprend sept sections : une école nor- * maie {Pœdagogium']y un institut d'éducation, une librairie (qui édite plusieurs journaux et almanachs), une imprimerie, un établissement de reliure, une bibliothèque pédagogique avec une collection de malériel d'enseignement, et enfin une librairie pour les livres anciens {Antiquariat). La bibliothèque pédagogique comptait, en 1878, environ 20 000 livres et brochures.
Mentionnons en second lieu la collection de matériel d'enseignement commencée en 1873 à Dresde, au ministère de l'instruction publique, par M. le conseiller Bornemann, quia bien voulu nous fournir quelques indications à ce sujet. Cette collection comprend des livres scolaires, des cartes murales, des atlas, du matériel pour l'enseignement des sciences physiques et naturelles, des modèles de dessin, des tableaux d'histoire, ainsi que des spécimens de mobilier scolaire et des plans de maisons d'école. La collection se compose d'environ 1800 numéros, dont les deux tiers se rapportent aux écoles saxonnes. Elle est accessible au public.
La Société des instituteurs allemands [deutsclier Lehrerverein) a fondé en 187G, à Berlin, sous le i\Q\\\ ÙQ deutsches Schulmuseun^ un établissement qui comprend : une collection de matériel d'enseignement {permmiente Lelirmittelaussiellung) ; une collection de brochures et de journaux pédagogiques, et de documents législatifs; une collection de livres scolaires anciens et moilernes; et enfin une bibliothèque destinée à l'usago des maîtres. Le public est admis gratuitement à visiter les collections; mais les livres de la bibliothèque ne sont prêtés qu'aux membres de la société. Le musée se trouve au numéro GSa de la Blumenstrasse. Il publie depuis sa fondation un organe mensuclinlilulé Deutsches Schulmuseum, qui forme un supplément du journal la Pudagogische Zeitung.
Peu de temps après la fondation de ce musée, du à l'initiative des instituteurs, le Conseil municipal de Berlin a voté la création d'un muséo du même genre, qui porte le nom de stâdtisches Schulmuseum, et qui est installé aux numéros 78 et 79 de la Brandenburgstrasse. Un nouveau local plus spacieux sera inauguré prochainement. Le catalogue du musée est sous presse. Le budget annuel de l'établissement est de 4000 marks.
Enfin les Sociétés d'instituteurs do Magdebourg et de Koiiigsberg ont fondé, la première en 1877, la seconde en 1879, des collections de matériel d'enseignement sous le nom de permanente Lehrmittelaustellung ,
' ANGLETERiiE. — Le grand Musée de South Kensington, dont il a été parlé à l'article précédent , V. Musées d'art industriel) a possédé dès le début une section spécialement consacrée à l'éducation. Celte section, qui a été ouve-te au public en 1856, est désignée sous le nom d Educational Muséum; elle comprend une bibliothèque {Educational Ubrary), une collection de mobilier et de matériel scolaires (Educafiona/ Apparatus), et une collection de matériel scientifique {Scientific Apparatus).
La bibliothèque se composait, à la an de 1883, de 38 934 volumes^ répartis dans les seize catégories suivantes :
Langue et littérature anglaise, y compris les grammaires, livres de lecture, etc
Langues et littératures anciennes
Langues et littératures modernes, y compri* des spécimens de livres scolaires en usage dans divers pays étrangers
Biographie et histoire
Théologie, histoire ecclésiastique
Ouvrages de pédagogie, r;ippurts, etc
Économie politique et domestique
Dessin et écriture
Musique
Mathématiques
Géographie et astronomie
Géologie et minéralogie
Botanique et histoire naturelle en général
Chimie, physique et mécanique
Diologie, eto,
Diverses coUectioDS spéciales
Le nombre des lecteurs a été de 22347 pendant l'année 1883, ce qui fait une moyenne de 72 pour chacun des 311 jours pendant lesquels le Musée a été ouvert.
Par une décision du Département des sciences et arts, duquel relève le Musée, d'importantes modifications doivent être apportées en 1884 dans l'organisation de cette bibliothèque. Tous les livres de sciences proprement dits seront classés à part, et formeront une bibliotlièque scientifique, mise spécialement à la disposition des professeurs et des étudiants de l'Ecole normale dos sciences de South Kensington. Les livres relatifs aux arts seront incorporés dans la bibliothèque d'art qui existe auprès du Musée d'art. Les livres scolaires [school and text books), anglais et étrangers, seront groupés en une collection séparée, qui sera jointe à la collection de mobilier et matériel scolaire. Les autres catégories de livres resteront, comme auparavant, à la disposition du public dans les locaux actuels.
La collection de mobilier scolaire est installée non dans les bâtiments du Musée, mais dans un local séparé où elle se trouve un peu à l'étroit.
La collection de matériel scientifique a été récemment réorganisée, et des mesures ont été prises pour que les objets qui la composent pussent être fréquemment utilisés dans renseignement qui se donne à l'Ecole normale des sciences. En outre, diverses collections spéciales ont été prêtées, pendant l'année 1883, à 83 classes de sciences sur divers points du Royaurae-Uni.
AUTRICHE -HONGRIE. — AUTRICHE. --Le conseil municipal de Vienne a fondé, par décision en date du 30 juillet 1872, un musée scolaire municipal sous le nom d'Exposition permanente de matériel d'enseignement {permaîiente Lehrmitlel- Ausstellung). Les industriels et les instituteurs qui voulaient faire connaître leurs produits ainsi que les livres, cartes, collections ou instruments dont ils étaient les auteurs, furent invites à les envoyer au Musée, qui ouvrit ses salles au public en septembre 1872. Après l'Exposition universelle de 1873, il s'enrichit de la plupart des collections étrangères qui y avaient figuré et qu lui furent cédées à titre gracieux. En 1874, le
MlIS^ÉF$'^!>'ï>ï)Aea(^IQtJSS —1086— MUBÉfE8)PÉOÀ<C;(M3a[:CHJE)S
Musj^e fût' ^srtfefSf-ê itfàèft tin local plus vaste,* Neubau, Wëstb^lihstrasSe, ri»' 25. L'année suivante le coii^èiV municipal fit photographier les principales coîlections, et envoya ces photographies à l'Exposition de Philadelphie. En 1878, une collection de matériel do jardins d'enfants vint s'ajouter aux collections déjà existantes. Le catalogue du Musée a été publié, en 1880, par le coDscrvateUr, M. A. Rîss, membre du conseil municipal, à l'initiative personnelle duquel est due la foridatiOn de cet utile établissement. Les collections occupent actuellement douze salles ; les objets qui les composent sont tous, k l'exception d'un très petit nônfibre, la propriété de la ville de ^'ienne. Le Musée est ouvert gratuitement au public les jeudis de 9 heures à Bfrîdtef -dej»'^ 6 heufes (de 2 à 4 h. en hiver). Mir^ntM
* Hongrie. -^ Là Hongrie n'est pas restée en arrière t le rifiîmstèré de l'instruction publique a créé depuis une dizaine d'années, à Buda-Pest, un Musée scolaire de l'Etat. Le comité du Musée a, parmi ses attributions, celle de servir d'intermédiaire entre lés fabricants de matériel d'enseignement et les écoles : il a formé diverses collections-types, entré autres une collection d'instruments de physique, et il se charge de fournir, à prix coûtant, les Objets de ces collections qui lui sont demandés. Lé Musée possède, en outre, une bibliothèque, et il s'occupe de réunir une collection d'ouvrages et de documents relatifs à l'histoire de l'éducation en Hongrie.
Le nombre dtes visiteurs est d'environ 5000 par an. i
' BELGIQUE. — Le Musée scolaire belge a été créé par la loi budgétaire du 29 août 1878 (article 5), ^autorisant la fondation, h Bruxelles, d'un Musée scolaire de l'Etat pour les trois degrés de l'enseignement public. Des arrêtés du ministre de l'instruction publique, du 26 novembre 1878 et du 120 décembre 1879, prescrivirent les premières me- Égures indispensables à la réunion, à la conserva- ^tion et à l'exhibition provisoire des Collections du Musée, en attendant qUe des locaux convenables lui fussent désignés. Ces locaux furent mis à, sa disposition au mois d'août 1880, rue Ducale, n» 22 ; mais ce fut seulement le 10 Septembre 1882 qu'un arrêté royal fixa le règlement organique: de la ^nouvelle institution. ■ i i
2 Aux termes dô ce règlement, le Musée scolaire 'ûe l'Etat est destiné à répandre autan* que possible la connaissance de tout ce qui intéresse les diverses branches de l'instruction publique. L'exposition des collections appartenant à l'Etat et composant le Musée est permanente. H peut y ^avoir, en outre, des expositions temporaires de Collections appartenant à des institutions publi- "ques ou privées, à des associations ou à des par- -ticuliers, du pays ou de l'étranger. L'établissement possède une salle de lecture et de travail. Il peut y être donné des conférences et des cours publics. L'administration du Musée est confiée à un conservateur nommé par le roi. La direction scientifique appartient & une commission directrice, composée ^des principaux fonctionnaires du ministère de ^rinstruction publique sous la présidence du sc- »crétaire général de ce département. — Un règlement d'ordre et d'attributions, du 14 septembre tl882, a complété le règlement organique en abro- Igeant les arrêtés des 2G novembre 1818 et 20 dé- •^Cembre 1879 sur l'organisation première du Musée.
Le catalogue du Musée n'a pas encore été publié; mais une communication que nous devons à iVobligeance du conservateur, M. A. De Vos, ihdique de la manière suivante les principales divisions établies dans les collections :
1° Administratiûn, statistique. —Tableaux statistiques. Rapports sur l'état de renseignement. Documents sur la législation scolairo h l'étranger.
i%Q>iMafériel seblairet -^ Plans d'écoles ; ra^»» blliers de classe, systèmes de chaisifage, ventilAtiiEMQk et éclairage, etc. . ;,- n/r^
3» Ecoles gardiennes (jardins d'enfants) . — Dons de Frcèbel, travaux d'cnfants> jeux divers, livres relatifs à la méthode Frœbel.
4" Outillage didactique. — Calcul, système m^r trique, etc. Géographie, cosmographie. Histoire. Sciences naturelles. Collection technologique. Dessin. Sciences diverses. Travaux manuels. Musée-type pour l'enseignement des sciences commerciales dans les athéaées.
L'inventaire général des collectiotts - s'élevait, en septembre 1884, à près de 5000 numéros.
Le Musée est ouvert au public tous les jours, de 10 heures à 4 heures, sauf Je vendredi et le samedi.
A deux reprises, des concours ont été institués pour encourager les efl'orts du personnel enseignant tendant à améliorer le matériel d'enseignement: en 1880, concours pour la composition de tableaux ou de collectiiïns destinés à l'enseignement intuitif dans les écoles primaires; en 1883, concours entre les professeurs de l'enseignement moyen sur les procédés à employer pour assurer et hâter les progrès en rédaction française et en rédaction flamande, et entre les membres du personnel enseignantprimaire, pour la composition de diverses collections^ de plans et de cartes, et l'exposé de méthodes d'enseignement.
Le budget du Musée s'élève, pour 1884, 6 la somme de 54 000 francs. ii oo^ (
Pendant l'année 1883', le Musée scolaire a été visité par 64 établissements d'instruction, c'est-àdire par environ 3000 élèves accompagnés de leurs maîtres : en outre beaucoup de personnes appartenant tant au personnel enseignant qu'aux diverses classes de la société, et d'assez nombreux visiteurs étrangers, en ont parcouru les salles.
Le Musée scolaire de Bruxelles est en Belgique le seul établissement de ce genre appartenantà l'Etat. Mais il existe plusieurs musées provinciaux, notamment à Arlon, à Liège et à Namur; quelques petits musées scolaires ont aussi été formés dans divers chefs-lieux de canton.
CANADA. — Le Haut-Canada possède depuis 1856, à Toronto, un Musée qui n'est pas un Musée d'éducation dans le sens restreint que nous donnons à ce mot en Europe : il s'appelle néanmoins Erfttcaiional Muséum. Ses fondateurs ont voulu y réunir tout ce qui peut contribuer à la culture intellectuelle et artistique du peuple canadien. Il comprend des collections de mobilier scolaire et de matériel d'enseignement, de modèles de machines agricoles et autres, de spécimens d'histoire naturelle, de moulages de statues et de bustes antiques et modernes et de copies des tableaux des principaux maîtres. Le Musée est installé dans le bâtiment où se trouvent à la fois les bureaux du département d'éducation et l'école normale.
Un catalogue de cet Educational Muséum a été publié en lsâ8.
ESPAGNE. — Le Musée pédagogique de Madrid, qui porte le nom de Museo de instruccion primaria, a été fondé par le décret royal du 6 mai 1882, rendu sur le rapport de M. Albareda, ministre du Fomento. Nous résumons ci-dessous les principales dispositions du décret :
(( Il est créé à Madrid un Musée d'instruction primaire, qui sera iastallc dans un édifico de l'Eut que l'on désignera à cet effet. Ce Musée comprendra : 1° des modèles, projets, plans et dessins d'édifices espagnols et étrangers destinés à l'enseignement primaire général et spécial ; 2* des spécimens de mobilier adopté ou pouvant être adopté dans lesdits établissements ; 3* le matériel scientifique de l'enaeignemeat ; 4« les c<^«ction8
MUSÉES PÉDAtîOi3II0UES — i987 — MUSÉES PÉDAGOGIQUES
des objiRtB employés' dans les leçons de choses, 'les don» de Frfebel, jeux et toute^ sorte d'objets layant rapport à l'instruction et à l'éducation des élèves; &" une bibliothèque d'instruction primaire. — i Lo catalogue des livres et des objets acquis sera publié ; il contiendra' les explications pouvant être miles aux instituteui-s. Chaque année sera publié en outre un catalogue des nouvelles acquisitions, accompagné de notes bibliographiques, législatives et statistiques sur les autres nations et de comptes-rendus et monographies critiques sur les méthodes d'enseignement en rapport avec les innovations et les progrès faits en Espagne et à 1 étranger. — Le Mtisée sera ouvert au public tous les jours. — Des conférences publiques sur les diverses matières de l'enseignement primaire seront organisées au Musée. — Il sera porté chaque année au budget do l'Etat, pour être employée aux achats du matériel du Musée> une somme qui ne pourra être inférieure à 6000 francs. »
Aux termes du règlement spécial, qui a été publié le 8 juillet 1882, le Musée doit, en outre, organiser des expositions temporaires ou permanentes des livres, instruments, mobilier et matériel d'enseignement que les particuliers, les établissements d'instruction et les industriels voudraient faire connaître. Il aura dans sa bibliothèque une section circulante pour des prêts gratuits de livres. Il devra acquérir un nombre suffisant de modèles de toute sorte, destinés à l'enseignement, qui pourront être prêté» aux industriels qui voudraient s'occuper de leur reproduction ou les étudier pour améliorer le matériel à construire en Espagne. Enfin, le Musée organisera périodiquement deux sortes de concours : les uns auront pour objet la concession de prix aux auteurs d'ouvrages originaux ou traduits sur la pédagogie ; d'autres prix seront destinés à récompenser les projets d'édifices pour les écoles, ainsi que les modèles de mobilier, outils et ustensiles à l'usage des écoles.
Selon l'usage espagnol, le directeur du Muséd a été nommé par la voie du concours. Les conditions de ce concours, écrites tout au long dans le règlement, sont caractéristiques; les épreuves imposées aux candidats comprenaient : 1** la rédaction d'un mémoire traitant dé ce que doit être lo Musée pédagogique et donnant une idée des principaux musées de ce genre qui existent à l'étranger; 2" deux conférences, dont la première devait avoir pour sujet l'un des points suivants : éducation générale et scolaire, méthodes^ matériel, hygiène, construction, mobilier, et bibliographie en rapport avec l'enseignement primaire; la seconde, une étude comparative sur l'organisation des écoles dans les nations les plus avancées; 30 un exercice pratique, consistant en une visite d'inspection faite à une école et suivie de la rédaction d'un rapport sur les réformes à introduire dans cette école; 4° une épreuve de langues vivantes, consistant en traduction et conversation usuelle, en français d'abord, puis en deux des trois langues suivantes, au choix du candidat : allemand, anglais ou italien.
Diverses circonstances ayant retardé l'exécution du décret du 6 mai 1882, le Musée de Madrid n'a pu s'organiser définitivement qu'au commencement de 1884. C'est à la courtoisie de son directeur, M. Cossio, que nous devons la communication des détails qtii précèdent.
HOLLANDE. -*• 11 existe à Amsterdam, depuis la fin de 187(), un Musée scolaire (Schoolmuseum), fondé par un comité de directeurs d'écoles. Ce Musée a pour objet d'exposer, d'une manière permanente ou temporaire, tout ce qui concerne lo mobilier scolaire, le matériel d'enseignement, et les maisons d'école; il embrasse les trois degrés d'enseignement, écoles élémentaires, écoles moyen-
nes et universités, de même que les salies d'asile, les écoles do sourds-muets, d'aveugles, etc. Il comprend les neuf sections suivantes : 1° Plans et modèles d'ajchiiecture scolaire; hygiène scolaire^ appareils de chauffage et de veniilation , etc. ; 20 modèles et dessins de mobilioi' scolaire; 30 matériel pour les salles d'asile, les institutions d'aveugles, de sourds-muets, etc. ; 4» tableaux, planches, objets et livres pour l'enseignement élémentaire de la lecture, de l'écriture et de l'arithmétique; 5^ livres de classe et matériel d'enseignement pour toutes les branches du programme; fto modèles d'écriture et de dessin ; 1<> cartes géographiques, atlas, globes, etc. ; 8" tableaux, planthes, objets et appareils pour l'enseignement dea sciences physiques et naturelles; JJ" collection de photographies et d'images de toute nature pouvant servir à l'enseignement; 10» plans, descriptions et modèles de nouveaux objets ou appareils destinés à l'enseignement. ,,-
Un Musée du môme genre existe à Rotterdada.
ITALIE. — En 1874, à la suite de l'Expositio n universelle de Vienne, M. Bonghi, alors ministre de l'instruction publique, voulut créer à Rome un musée sur le modèle de la permanente Lehrmittel'Ausstellung que le conseil municipal de Vienne avait fondée en 1872. Le décret royal du 15 novembre 1874, qui institua cet établissement sous le nom de Museo d'isti^uzione e deducazione, le plaça sous la double dépendance du ministre de l'instruction publique et du ministre de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. La mission du Musée est ainsi définie dans l'article 2 du décret : « Le Musée a pour but de recueillir les dessins et les objets qui se rapportent à l'ameublement et à la construction des écoles dans les pays civilisés, les statistiques et la législation scolaires, ainsi que les livres et les moyens d'enseignement, de les comparer avec ceux qui sont en usage dans les écoles nationales, et de travailler à propager la connaissance de tous les progrès accomplis dans l'enseignement, tant au moyen des conférences qui seront données dans les salles du Musée, que par une publication périodique spéciale. » Le directeur dut être nommé par le roi, sur la proposition du ministre de l'instruction publique; le secrétaire fut à la nomination du ministre de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. Les dépenses du Musée furent mises à la charge du ministère de l'instruction publique pour deux tiers, et du ministère de l'agriculture et du commerce pour l'autre tiers. Le Musée dut être ouvert au public deux jours par semaine.
Des collections assez considérables de mobilier scolaire et de matériel d'enseignement avaient pu être réunies à la suite de l'Exposition de Vienne, par les soins de M. Bonghi et de son collègue de l'agriculture et du commerce. Ces collections formèrent le premier fonds du Musée, qui fut installé en 1875 dans quelques salles du Collegio liomano. La direction en fut confiée à M. Labriola, professeur de philosophie et de pédagogie à l'Université de Rome. Pendant quelque temps le Musée, conformément à. une disposition du décret d'institution, publia uu bulletin [Giornale del Museo d'istruiione)^ qui fut plus tard réuni au bulletin officiel du ministère. M. Coppino, devenu ministre en 1876, ordonna la réunion annuelle au Musée pédagogique d'une conférence des inspecteurs scolaires du royaume, pour discuter les améliorations à introduire dans les écoles primaires.
M. Félix Pécaut, qui a visité en décembre 1879 le Musée pédagogique de Rome, le décrivait en ces termes : « Vous trouvez h\, disposés avec ordre, des types variés de ubles de tous pays, cartes murales, atlas, gravures pour l'histoire, livres classiques, collections de chimie et d'biatuirc
naturelle, cabinets élémentaires de physique, plans de bâtiments, dessins et modèles, et que sais-je encore? Il y a aussi une bibliothèque circulante, composée de livres utiles aux maîtres, qu'ils ne pourraient pas en général acheter euxpux-mêmes. On les leur envoie en province sur leur demande; ils n'ont qu'à payer le port d'aller et de retour. J'oubliais une abondante collection des actes législatifs et administratifs qui régissent l'instruction dans les divers pays, des journaux et revues scolaires en toutes langues. »
En 1881, le ministre Baccelli releva de ses fonctions M. Labriola ; les collections et la bibliothèque du Musée furent placées sous la dépendance du directeur de la Bibliothèque Victor-Emmanuel, dont les locaux se trouvent aussi dans le Collegio Romano. M. Coppino, redevenu ministre eu 1884, aurait l'intention, nous dit-on, de refaire du Musée pédagogique un établissement autonome.
Il existe dans quelques autres villes d'Italie des musées du même genre, fondés par des municipalités ou des particuliers. Citons entre autres celui de Palerrae, dû à l'initiative du professeur E. Latino; celui de Gênes; celui de Caserte, qui est annexé à l'école normale d'instituteurs de cette ville, sous la direction du professeur G. Ghiaia.
JAPON. — Nous devons à l'obligeance de M. S. Tegima, directeur du Musée pédagogique de Tôkiô, les renseignements suivants sur cette institution ;
Le Musée pédagogique de Tôkiô a été fondé en 1877. Le Musée relève du ministère de l'instruclion publique; son directeur est nommé par l'empereur sur la proposition du premier ministre. Il est divisé en cinq sections : 1° Mobilier scolaire et matériel d'enseignement, instruments de physique et de chimie, etc. , 2° Matériel et modèles pour l'enseignement technique et artistique ; 3° Collections zoologiques ; 4° Collections botaniques; un jardin botanique est attaché à l'établissement; 6" Collections minéralogiques. En outre, une bibliothèque d'éducation est installée dans un bâtiment particulier. A chaque section sont attachés un conservateur et plusieurs assistants.
Le Musée est ouvert au public tous les jours, excepté le lundi. L'admission est gratuite ; pour la bibliothèque seulement, on exige un droit d'entrée minime, afin d'éviter l'encombrement. Le nombre moyen des visiteurs quotidiens est évalué à 6G8; celui des lecteurs de la bibliothèque à une centaine.
Une des fonctions du Musée consiste à fournir aux écoles, à prix de revient, des collections d'histoire naturelle qui sont préparées dans l'établissement, des instruments de physique et de chimie, etc. Les instruments et appareils sont essayés au Musée avant d'être expédiés, et l'envoi est toujours accompagne d'une explication détaillée. Le Musée est aussi chargé d'acheter et d'essayer le matériel scientifique que le ministère de l'instruction publique accorde chaque année à titre de prime à celles des écoles qui se sont distinguées. Environ 2000 collections de matériel scientifique et 300 collections d'histoire naturelle sont expédiées chaque année par les soins du Musée.
Le budget annuel de l'établissement s'élève à plus de 100 000 francs.
L'inventaire fait en 1880 indiquait 4834 numéros pour le matériel d'enseignement scolaire et technique, 3647 numéros pour les spécimens de minéralogie, 7982 numéros pour les spécimens de zoologie, et 26282 numéros pour la bibliothèque.
Il existe dans les départements quatre musées scolaires créés par l'administration locale; ils sont en général annexés à une école normale.
PORTUGAL. — Depuis 1882, la ville de Lisbonne possède un Musée pédagogique municipal {Museu
pedagogico inunicipal) ù\x à l'initiative de M. Adolphe Coelho et du D' Ph. Ferreira. De»^ collections d'objets d'histoire naturelle et de mobilier scolaire, achetées par le conseil municipal, furent placées dans une salle de l'école n" 6 (rue de Santa-Isabel), et formèrent le noyau du Musée; elles s'augmentèrent bientôt, et une petite bibliothèque pédagogique y fut ajoutée.
Le Musée, dont M. Coelho futnommé directeur, s'ouvrit au public en juillet 1883 et reçut en quelques jours la visite de 1280 personnes; mais l'espace restreint dont on disposait et d'autres motifs obligèrent ensuite le directeur à ne plus admettre à visiter les collections que les personnes munies^ de cartes d'études : le nombre en a été de 132 du 15 juillet 1883 au 15 août 1884. En octobre 1883, une école primaire supérieure de travail manuel, dont M. Coelho reçut la direction, fat établie dansle bâtiment où se trouvait le Musée, dont la salle dut servir de secrétariat à l'école; mais sans selaisser décourager par les difficultés, M. Coelho persévéra : en septembre 1884, l'école supérieure et le Musée pédagogique ont été transférés dans un édifice ofi'rant des locaux plus convenables, et on peut espérer que les collections, moins à l'étroit désormais, prendront un développement nouveau. Dans le courant de 1883, deux séries de leçons de pédagogie ont été faites par M. Coelho dans une salle de l'hôtel de ville ; ces leçons ont été suivies par le personnel enseignant primaire de Lisbonne, et ainsi ont commencé à s'établir entre les écoleset le Musée pédagogique des relations qui aideront aux progrès de l'enseignement primaire en Portugal. — Les renseignements ci-dessus sont extraits des notes que M. Coelho a bien voulu nous communiquer,
RUSSIE. — Il existe à Saint-Pétersbourg un Musée pédagogique des établissements militaires d'éducation. Ce Musée, fondé en 1864, relève du ministère de la guerre et est dirigé depuis sa création par M. le général Kokhovsky; il a été institué dans les vues suivantes : 1° Présenter, à chaque moment donné, une collection systématique aussi complète que possible du matériel d'enseignement et d'éducation de provenance russe et étrangère, afin que les établissements d'éducation puissent en prendre connaissance et faire plus facilement leur choix; 2° soumettre ce matériel à un examen raisonné, et en faire connaître l'utilité, ainsi que le mode do son emploi; 3° contribuer au développement de la fabrication locale du matériel d'enseignement et d'éducation, à son perfectionnement et à la baisse des prix ; 4^ contribuer à répandre l'instruction en général par le moyen de ses collections. {Notice publiée par le Musée en- 1875.)
En 1871, le Musée pédagogique, tout en conservant son indépendance et ses premières attributions, a été réuni au Musée général des sciences appliquées,dont il forme maintenantune section (les autres sections sont le Musée technique, le Musée des arts et de l'industrie et celui de l'agriculture). Les collections du Musée pédagogique sont à la disposition des visiteurs pour les travaux scientifiques et classiques . Il a en outre organisé, h partir de 1872, une double série de conférences : les unes sur des questions pédagogiques et scientifiques, à l'usage du public éclairé de la capitale; les autres consistant en lectures populaires pour les classes ouvrières et les soldats de la garnison.
Le Musée pédagogique des établissements militaires d'éducation s'est fait avantageusement connaître par la part qu'il a prise aux Expositions de 1873 (Vienne), de 1876 (Philadelphie et Bruxelles), de Paris (1878), et par diverses publications de son directeur.
Le ministère de l'instruction publique a créé de son côté des musées destinés à hâter les progrès
d s écoles de son ressort. On lit à ce sujet dans 1 • Catalogue de l'Exposition du ministère de l'instruction publique (1878) :
« Le ministère a organisé deux Musées pédagogiques à Saint-Pétersbourg : l'un, spécialement consacre aux écoles d'instruction primaire supérieure (écoles urbaines), est attaché h l'école normale de cette ville ; l'autre, placé sous la direction du directeur des écoles primaires du gouverloment de Saint-Pétersbourg, est destiné aux koles primaires inférieures. Ils ont tous deux pour Dut de tenir les instituteurs et les institutrices au courant de tout ce qui paraît de nouveau en fait de manuels et d'objets classiques, et de leur faciliter par là les moyens de choisir les livres et les objets qui pourraient rendre le plus de services dans les différentes localités de l'empire. Le budget de ces deux établissements se monte h près de 3000 roubles par an. — Des collections du même genre, mais dans des proportions plus restreintes, sont attachées à la plupart des séminaires pédagogiques. » , ' 1" ' . . ' .'
SUISSE. — ZoRicfi. — L6m dé là création du Gewerhemuseum de Zurich au printemps de 1874, il fut décidé que ce musée industriel comprendrait une section pédagogique : cette section s'organisa en 1875 sous le nom di' Exposition scolaire permanente {permanente Schulaustellung) ; elle ajouta à son titre l'épithète de suisse {schweizcrische), pour indiquer que ses fondateurs entendaient lui donner un caractère national, et non pas seulement cantonal. En 1876, l'Assemblée fédérale vota une subvention annuelle de 1000 fr. (Ml faveur de la nouvelle institution, qui reçut l'année suivante en don les divers objets relatifs à l'éducation que le commissaire général suisse t\ l'Exposition de Philadelphie avait rapportés d'Amérique. En même temps que les collections s'enrichissaient ainsi, les documents relatifs à la pédagogie et à la législation scolaire étaient réunis en une bibliothèque spéciale {Schularchiv) à laquelle était attaché un bureau d'étude et de renseignements. Le local occupé par les collections et la bibliothèque dans le bcîtiment du Gewcrbemuseum étant devenu insuffisant, le Musée pédagogique émigra en janvier 1878 dans la maison d'école du Fraumiinster, sans rompre toutefois le lien qui l'unissait au Musée industriel.
En 1878, le bureau de la bibliothèque pédagogique, dirigé par M. le D^O. Hunziker, commença la publication d'un bulletin périodique, sous le litre de Kcrrespondenzblatt des Archivs der schvoeizerischenpermanenteriSchulaussteltu7ig. La môme année, l'exposition « pestalozzienne » qui avait figuré au Congrès des instituteurs de la Suisse allemande était transformée en un petit musée pestalozzien {PestalozziStûbchen), qui fut rattaché au Musée pédagogique. L'établissement était en voie de progrès marqué, et le comité directeur conçut l'espoir d'arriver à transformer le musée zuricois en une agence centrale de statistique et de renseignements pour toute la Confédération, sous le patronage des autorités fédérales. Mais ce projet échoua ; le Conseil fédéral suisse se prononça en 1880 pour la création à Berne, dans la ville fédérale, d'un secrétariat de l'éducation (on sait que l'arrêté relatif à cette création a été repoussé par le vote populaire en 1882); d autre part, l'Assemblée fédérale, à laquelle la Société des instituteurs de la Suisse allemande avait demandé de n'accorder de subvention qu'à un seul musée pédagogique, celui de Zurich, qui conserverait ainsi un caractère national, décida au contraire qu'elle répartirait les faveurs du budget entre toutes les institutions du même genre qui pourraient se créer dans les divers cantons. Cet échec de leurs espérances jeta un moment le découragement parmi les fondateurs du musée
de Zurich; mais ils se remirent bientôt à l'œuvre avec un nouveau zèle. Dans cette même année 1880, ils avaient remplacé leur modeste Korrespondenztjlntt par un organe plus important, le Schweizerisches Schularchiv, qui paraît en numéros mensuels de 2't pages, et dont la collection comprend déjà cinq années ; le Pestalozzi-Stubchen acquérait de son côté un organe spécial, le» Pestalozzi-Blâtter (6 numéros par an) ; des séries de conférences étaient organisées; aux trois salles occupées par le musée dans la maison d'école du Fraumunster venaient s'ajouter troi» salles no\i\pAle& ûànèle Salzhaus. En 188?, leMusée pédagogique s'est émancipé de la tutelle du Musée industriel, et s'est transformé, avec l'autorisation du gouvernement zuricois, en une institution indépendante (statuts du 25 novembre 1882). Un catalogue dos collections et de la bibliothèque a été publié dès 1880.
Beh.\e. — En 1879, un groupe d'hommes d'école bernois, ne voulant pas que la ville fédérale se laissât distancer par Zurich, résolut de créer à Berne un musée pédagogique sur le modèle de l'Exposition scolaire permanente zuricoise. Installé provisoirement dans un petit local offert par le département d'éducation, le musée bernois, qui prit comme celui de Zurich le nom de Schweizerische permanente Schulausstellung, put bientôt; grâce à la subvention que lui accorda l'Assemblée fédérale en 1880, s'établir plus convenablement dans l'ancienne caserne de cavalerie mise à sa disposition par le conseil municipal. Une société fut fondée pour assurer à l'institution naissante des ressources suffisantes. Un organe du Musée, le Pionier, a commencé à paraître mensuellement à partir de février 1880. Le Musée comprend cinq sections : 1» collection de modèles de maisons d'école, de mobilier scolaire et de matériel d'enseignement; 2° livres scolaires suisses; 3* bibliothèque pour les instituteurs; 4» collection de documents relatifs à l'histoire des écoles ; 5» statistique scolaire. Le catalogue des deux premières sections a été publié en 1883. Le Musée, qui est placé sous la direction de M. Lûthi, est ouvert gratuitement au public tous les jours, dans l'après-midi, excepté le dimanche.
UNION AMÉRICAINE. — Le Bureau d'éducation de Washington possède une bibliothèque pédagogique qui est l'une des plus riches du monde; ce Bureau rend la plupart des services en vue desquels les musées pédagogiques ont été fondés en Europe. Cependant il ne contient pas de collection de mobilier scolaire et de matériel d'enseignement. Mais une collection do cette nature a été réunie à Philadelphie à la suite de l'Exposition de 1876, et elle est installée, sous le nom d'Educational Muséum, dans une des ailes d'un édifice récemment construit sur les terrains appartenant à la Smithionian Institution.
MUSÉES POPULAIRES. — Sous le nom de Musée populaire, M. CI). Buis, alors secrétaire général de la Ligue belge de renseignement^ aujourd'hui bourgmestre de Bruxelles, a proposé en 1874 la création d'un établissement qui aurait pour objet « de faciliter l'accès des sciences aux enfants et aux classes populaires, de leur inspirer le goût de l'étude en écartant de leurs premiers efforts les plus grandes difficultés, d'éveiller la curiosité en leur montrant par un plan d'ensemble quel vaste champ d'exploration est livré à l'intelligence humaine. » Le plan de M. Buis nous paraît très heureusement conçu; nous le résumerons le plus brièvement possible.
Le Musée populaire serait installé dans un palais spécial, car « le contenant doit être bâti e.i vue du contenu, et ceiui-ci ne doit pas être eutassô dans celui-là, comme c'est généralement le cas aujourd'hui. » M. Buis propose de donner au pa-
MUSÉES POPULAIRES — 1990 -. MUSÉ^IogglgliîEJiA^ÏRÎiS
lais du Musée, qui n'aurait qu'un seul étage, la forme d'un fer à cheval aux branches allongées ; au rez-de-chaussée seraient les laboratoires, ateliers, bureaux et magasins; l'étage serait occupé parles salles du musée, éclairées par des lanternaux.
Une première salle^ reliant Tettré mité des deux branches du fer à cheval, serait consacrée à la. géographie et à l'astronomie : a Une immense sphère terrestre en occupe le centre; sur la verrière qui éclaire la salle, on a figuré un système planétaire ; les murailles sont couvertes de grands tableaux, largement traités, qui donnent les principaux aspects du globe; sur des pupitres sont disposées des cartes en relief et des cartes gravées des contrées les plus intéressantes. »
Trois autres salles occupent la branche droite du fer à cheval. C'est d'abord la salle de géologie, où sont disposés sur des gradins les échantillons des différentes roches, des fossiles caractéristiques et des minéraux utiles et précieux; un tableau vertical représente la série complète des terrains; sur les murailles sont représentés des paysages géologiques avec leur flore et leur faune. Vient ensuite la salle de botanique, avec une série de paysages choisis au point de vue de la. distribution des végétaux: zone équaturiale; zone du myrte, du riz, du tabac; zone tempérée^etc. ; au bas de chaque tableau est rangée, en exemplaires séchés ou imités, une collection des plantes co^ mestibles de cette région ; au centre, sur une immense estrade, sont disposés, dans un ordre méthodique, les types des familles végétales les plus importantes à connaître. Enfin la salle de zoologie présente une nouvelle série de tableaux illustrant la géographie animale, et offre en outre une collection d'animaux typiques: quatre-vingts animaux environ suffisent pour donner une idée complète des embranchements et des classes; chaque type est accompagné de détails anatomi-
La portion de l'édifice formant hémicycle est partagée en sept zones concentriques coupées par dix secteurs rayonnants. Chaque secteur comprend une grande période de la civilisation : 1 " Egypte ; 2° Grèce ; 3" Rome ; 4o période romanobyzantine; 5° période mauresque; 6° période gothique ; 7° période de la Renaissance du xvi^ siècle; $o période de la Renaissance du xvu* et du xviii* siècle; 9» période moderne; 10° l'Orient : Chine, Japon, Inde, Perse. Chaque zone correspond à un art spécial; en marcliant du centre vers la circonférence, on rencontre successivement: 1° les tissus, les vêtements; 2° la céramique, les poteries, le verre; 3» le travail des métaux; orfèvrerie, armurerie, monnaies ; 4° les meubles ; 5° l'architecture ; 6° la sculpture; T» la peinture. Donc, en parcourant les secteurs, on contemple l'ensemble de l'art d'une période; en suivant les zones, on voit se dérouler l'histoire de chaque art en particulier.
La branche gauche du fer à cheval est occupée tout entière par une vaste salle, parallèle aux trois salles de la branche droite ; cette salle est consacrée aux applications de la science. « On n'a pas cherché k réunir des appareils compliqués, mais on les a choisis de façon à bien montrer les organes essentiels qui servent à la transformation et à la transmission du mouvement, à faire comprendre facilement le mode d'action de ces appareils et à donner une idée exacte des lois de la mécanique qui les régissent. Toutes les machines sont mises en mouvement pendant les heures de visite. »
Nous devons ajouter — et c'est là un des traits essentiels du projet — que l'intelligence de tous les objets exposés dans le Musée est donnée aux •vlsitçurs au lïioyen d'étiquettes explicatives, suf-
fisamment détaillées, et qiie,r0ç pXw,r P0iUf>49;Bner à ceux qui ne la possèdent pas la connaissaneç, de la valeur exacte des termes techniques, on i> disposé dans chaque salle une sorte ae vocal^vtr laire en nature : à côté de chaque terme çcientl^r que est placé l'oblet qu'il désigne. /j» ,,.y.
Le Musée populaire^ tel qu'il vient d'ëtro .i|i;ét sommairement décrit, serait complété par lîii amphithéâtre, qui trouverait une place toute dessinée dans la courbe du fer à cheval, dans la partie non occupée par les sept zones dont il a été parlé ci-dessus, a Cette salle pourrait servir à des, séances solennelles; mais sa véritable destinatiph serait ùç.s représentatiotis scienti/iques, et voici ce que nous entendons par là :, nous voudrions voir mettre à la disposition de la science. les moyens puissants et variéjs qu'on fournit à la Dpiusique pour charmer les yeux des auditeurs à l'Opéra; nous voudrions voir employer toutes leà ressources de la mise en scène : décors, lumière électrique, feux de bengalo, effets fantasmagori-; ques pour frapper Timagination du peuple aui profit de son éducation. Après une conférence sur l'art romain, par exemple, la toile se lèverait et montrerait aux auditeurs une vue restaurée dii Forum romain ; après un discours sur l'histoire grecque, le théâtre nous représenterait l'AcropçIe couronnée par les marbres éblouissants du Parthénon avec le théâtre de Bacchus à ses pieds et les Propylées à mi-côte. Des leçons de géologie seraient admirablement « lUiistrces » par une suite, de tableaux dioramiques représentant les différents paysages antédiluviens avec les ani? maux étranges propres à chacun d'eux; un cours de géographie serait l'occasion de dérouîler devant les yeux émerveillés des spectateurs tous les grands objets du globe. » .
M. Buis se demande en term.inant si les résvt|* tats qu'on obtiendrait par la fondation d'un Musée populaire seraient en rapport avec la dépende qu'aurait exigée son établissement; et voici.ça réponse : „ , ' ~ .
« Allez un dimanche à l'un de nos musées, à la collection d'histoire naturelle ou à la galerie de peinture, vous les trouverez parcourus par un courant continu de gens appartenant en grande majorité aux classes populaires, beaucoup de femmes et d'enfants, pas mai de miliciens et de paysans, des provinciaux venus pour visiter les curiosités de la capitale. Tous ces braves gens regardent avec les yeux écarquillés; de temps en temps, ils tombent sur un objet dont ils ont une notion vague, qu'ils saluent comme une vieillç connaissance et dont ils s'empressent d'expliquer la valeur ou la signification à leurs voisins; les enfants poursuivent leurs parents de demandes d'éclaircissements ; les uns avouent leur ignorance, les autres entrent dans des explications fantasr tiques. Il y a là toute une population d'affamés qui ne demandent qu'à mordre aux fruits de l'arbre de la science, d'altérés qui aspirent aux sources pures de la vérité. Que de fois, en voyant leurs yeux allumés par la curiosité, leur front plissé par l'obscurité qui pesait sur eux, nou^ nous sommes rappelé une inscription qui nous avait frappé dans les rues de Birmingham : Power to let, a Puissance à louer ». Cette inscription, nous la lisions sur les fronts honnêtes de ce peuple laborieux. Que de puissance enfermée en lui ! Il suffirait d'y introduire une étincelle comme dans le fourneau d'une machine à vapeur pour mettre en mouvement la force latçnte .qi^y dort inconsciente. » , . \,'^ ; !
Nous devons borner là nos citations; inâig nous engageons nos lecteurs à étudier l'intéressant projet de M. Buis dans la brochure même où il Ta publié : Un projet de musée populaire, par. Ch. Buis, Bruxelles, G.Muquardt,187^^ jneuiyvènd
MWMWM0i,kifim — iODl — MUSÉES SCOLAIRESIP
MtlSI^ES Sti0LÀI«e^. ^ L'expression de mutée scolaire I^otïrfalt 8'«ppfi'qwr aux collections de tibute nature formées par le maître en vue de son enseignement.* Mald ce terme est pris gjénéralement dans un seWè jilns restreint; il désigne surtout les qltjets uSiids dont l'instituteur fait usage dans le procéd(^ d'enseignement connu sous le nom de leçons de choses. Un musée scolaire est donc une collection d'objets/ les uns naturels, les autres fabriqués, destinés à donner aux enfants des idées nettes,' exactes, sur tout ce qui les entoure. ■
ï. Histôi'iqtcè'. '-^' C'est depuis quelques années seulcpienl qu'une vive impulsion a été donnée à rorganisati&ri' des musées scolaires; mais on peut retrouver YiàéG qui a présidé à leur création contenue, au moins implicitement, dans les écrits des penseurs qui se sont occupés de l'éducation. Rabelais, Coraéni'uS, Rousseau, Pestalozzi et tant d'autres plus obscurs demandent que l'enfant étudie des c/ioséis et non des mots. L'histoire des musées scolaires est intimement liée à celle des leçons dé choses. Aussi nous contenterons-nous de rechercher comment ceux qui ont préconisé ou mis en pratique ce procédé d'enseignement prôèientaient rëellemcnt des choses aux enfants.
L'élève imaginaire de Rabelais et plus tard celui dé Rousseau étudiaient en présence de la tiature même ;ce qui faisait l'objet de l'enseignejtoent. Ils visitaient à loisir les ateliers de toute espèce et trouvaient ainsi sur place, selon les hasards du moment, tout ce que nous sommes obligés de rassembler en un seul lieu pour lés besoins de notre enseignement collectif. ij ** v ' ■ , -
Coménius, et plus d'un siècle après lui Basedow, qui s'inspira de ses idées et de celles de Rousseau, mirent sous les yeux des enfants sinon les objets eux-m^mes, du moins leur représentation au moyen d'images. Mais c'est dans la Schul- Methodus û' AtiûresiS Reyher*, publiée en 1645 par ordre d'Ernest le Pieux*, qu'il est fait mention des musées scolaires de la manière la plus explicite : « Tdut ce qui frappe l'œil doit être montré
aux enfants, si on peut se le procurer sur place
Tout ce qui est nécessaire pour la démonstration des sciences naturelles ou autres, on devra se le procurer peu à peu et le garder dans un musée joint à l'école..... »
Bien que Pestalozzi, mieux que tous ses devanciers, ait compris la grande part que doit avoir l'intuition dans l'enseignement élémentaire, nous ne trouvons encore chez lui rien de précis relativement au sujet qui nous occupe. 11 a entrevu le principe bien plus qu'il ne l'a appliqué.
Pendant la longue période de tâtonnements et d'essais infructueux qui suivit la rénovation tentée par Pestalozzi, nous ne pouvons signaler que le musée scolaire dont fait mention M. de Cormenin dans son mémoire sur les salles d'asile en Italie. Ce musée se trouvait à Florence, dans l'établisseinent fondé par le prince DemidofT pour l'éducation des enfants pauvres, v On place sous les yeux des enfants, dît M. de Cormenin, à mesure qu'ils peuvent les comprendre, les objets des trois règnes de la nàmre. lé végétal, le minéral, l'animal. On tient ces divers objets dans des armoires séparées ; chaque objet a son casier. On y voit des épis de blé; d'orge, de froment, des herbages, des légumes, des fruits; On les nomme devant eux, on les leur montre, on les décrit. Ils s'accoutument à les distinguer, à les reconnaître, à les dénommer eux-mômes et tout de suite. Pareillement, des échantillons de pierres, de terres, de plâtres, de marbrés, dé soufré, de métaux, d'or, de cuivre, de plomb, d'argent, de bitumes y sont classés dans un ordre méthodique. On les leur hit toucher, on en dit l'origine, on en explique brièvement la transforhiation et l'application aux
divers usaçea de la vie. Il en est do nrôme des animaux empaillés et représentés aux enfants, tels que la nature les a faits, moins la vie. Ils savent leurs nonr>8, leurs mœur», leurs instiucts, leur manière d'étrn, leurs qualités, leurs dangers. » [Manuel, général de l'instruction primaire, 1849.) C'était bien là le musée scolaire, tel que nous le comprenons aujourd'hui. Mais les avantages de ces collections ne semblent pas avoir frappé U masse des instituteurs. La leçon de choses, avec son véritable caractère, n'avait pas encore pénétré dans les écoles. ,^,q
Vingt ans plus tard, à l'Exposition de 1867f «a ne trouvait encore dans la section de l'enseignement primaire que des collections très incomplètes et très imparfaites. Tel instituteur avait fait un herbier, tel autre avait recueilli des insectes. Ce n'était pas encore le musée scolaire proprement dit. Ce qui s'en rapprochait le plus, c'était, dans la section anglaise, une série de tableaux, dont l'un, par exemple, représentait un mouton autour duquel un avait placé les différents objets usuels fabriqués avec sa peau, sa laine, ses cor* nés, ses os.
A la même époque, dans les conférences qu'elle fit aux instituteurs venus à Paris, W^^ Pape- Carpantier donnait de remarquables modèles de leçons de choses ; elle appelait l'attention de ses auditeurs sur le parti qu'ils peuvent tirer de» objets usuels que tous ont sous la main et sur la nécessité de former de petites collections destinées à l'enseignement élémentaire. :i A partir de ce moment, l'institution progresse, quoique lentement. Dans son Rapport sur l'Exposition de Vienne, M. Buisson fait mention de quelques collections destinées à l'enseignement des leçons de choses; il décrit, en particulier, le musée composé par un instituteur autrichien, M. Grinime, pour l'usage de ses élèves. Aucune école française n'avait exposé de musée scolaire, il est vrai ; mais déjà, dans le département du Doubs, il existait 150 écoles pourvues de collections élémentaires.
Dès lors, le progrès alla s'accélérant sans cesse, et, en 1878, on put voir figurer à l'Exposition un certain nombre de musées scolaires dus les uns à l'industrie privée, les autres à l'initiative des instituteurs. Aujourd'hui, un assez grand nombre d'écoles, même parmi les plus modestes, sont pourvues d'un musée pour les leçons de choses. II. Création et orgtmisation d'un musée scolaire, — Le musée scolaire étant l'auxiliaire de la leçon de choses, l'instituteur devra, avant de le constituer, se rendre un compte exact de ce qu'il faut entendre par leçon de choses. Puis, il établira le programme de cette partie de son enseignement, et c'est ce programme qui le guidera dans l'organisation de son musée. S'il réunit ses collections au hasard, sans plan conçu à l'avance, il entassera une foule d'objets qui ne lui seront jamais d'aucune utilité et il négligera de recueillir les choses les plus indispensables. Le maître n'oubliera pas que le musée scolaire doit être approprié à l'enseignement et non l'enseignement au musée.
Le programme pourra s'étendre peu à peu; mais si, dès le début, le musée a été établi avec méthode, rien ne sera plus facile au maître que de le compléter, de le développer simultanément. Le programme des leçons de choses sera nécessairement approprié à la région, à la localité dans laquelle se trouve l'école; certaines parties en seront plus ou moins développées suivant les divers milieux. Il en sera de même du musée scolaire. Et c'est là l'un des grands avanUges que n'offrent pas les collections toutes préparée*:, que l'on achète souvent à grands frais. Le musée scolaire qui convient à une population industrielle diffère sensiblement de celui qui conviendrait à une