NATIONAL
Pût causer une perte aux instituteurs, leur traitement moyen des trois années antérieures à la loi de 18G7 leur fut garanti (instruction du 12 mai et du 17 octobre 18G7).
L'.élite des instituteurs vise au professorat dans les écoles normales; le nombre des professeurs dans ces maisons fut accru et leur traitement augmenté (décret du 4 septembre 1863). Au lieu de pouvoir émarger chaque mois comme les autres fonctionnaires, les instituteurs éprouvaient souvent des retards d'un, de deux, même de trois trimestres. De là des embarras d'argent, de la gêne, et quelquefois, vis-à-vis des fournisseurs, une situation embarrassée; des mesures de trésorerie, concertées avec le ministre des finances, mirent un terme à cet abus.
Les communes sont propriétaires de la maison d'école; elles ne l'étaient pas du mobilier personnel de l'instituteur, de sorte qu'en quittant l'école normale pour se rendre à son poste, le nouvel instituteur avait à faire, dès le premier jour, une dépense au-dessus de ses ressources; le décret du 4 septembre 1863 décida que la commune qui solliciterait une subvention pour sa maison d'école devrait employer 300 francs à constituer le mobilier personnel de l'instituteur. Le département de l'instruction publique se chargeait de doubler la somme.
Le nombre des élèves réunis sous un seul maître fut limité, et des adjoints vinrent en aide aux titulaires trop chargés. En 1809, la dépense de l'État pour ces nouveaux maîtres que les communes et le département ne pouvaient payer s'éleva au chiffre de 700 000 francs. Mais les écoles furent mieux tenues, les enfants mieux instruits et beaucoup d'instituteurs déchargés d'un fardeau sous lequel ils succombaient. (Exposé de la situation de l'instruction publique en 1868.)
Enfin le crédit de 500000 francs inscrit au budget pour secours aux anciens instituteurs et institutrices fut accru de 300 000 fr. (rapport à l'empereur du 4 mai 1869).
De tout cela on dira peut-être : « petites mesures » ; du moins étaient-elles paternelles et dans l'intérêt du service. Les instituteurs y gagnaient du bien-être et aussi de la dignité. Pour mettre leurs sentiments au niveau de leurs fonctions, l'administration ne perdit pas une occasion de relever par ses paroles et par ses égards leur condition, afin de les exciter à mieux en remplir les devoirs. Ce fut principalement pour eux qu'elle institua une récompense nationale, la décoration universitaire, qui leur fut un honneur en môme temps qu'un profit, car l'administration accorda une allocation annuelle de 100 francs aux instituteurs qui obtinrent les palmes académiques.
Qu'on se représente l'ancien magistei^ de village, appelé un jour de solennité au milieu du Conseil général de son déparlement et recevant des mains du président les palmes d'argent, parfois même celles d'or, et l'on comprendra quelle émulation honnête et féconde une pareille cérémonie devait faire naître.
Quand six raille instituteurs, appelés à Paris pour étudier, à l'Exposition universelle de 1867, les méthodes scolaires de tous les pays, recevaient dans la cour des Tuileries la visite de l'empereur, ils sentaient bien que l'amélioration du service dont ils étaient chargés était une des plus vives préoccupations du gouvernement.
A la question du personnel enseignant se rapporte une discussion qui eut lieu au Corps législatif, à propos d'un amendement à l'aide duquel on voulait faire reconnaître aux chefs des congrégations enseignantes le pouvoir d'assurer la disj)ensc du service militaire à tous leurs membres. Je ministre défendit l'ancien règlement qui exigeait l'engagement décennal pris par devant le
recteur et la réalisation de cet engagement dan» une école publique; il fut menacé des foudres de tout un parti, mais il gagna sa cause.
Rappelons encore que la loi de 1867 avait reconnu, pour les cas déterminés par la loi de 1850, le droit d'appel du Conseil départemental au Conseil impérial; de sorte qu'un instituteur eut la faculté de mettre en mouvement la plus haute juridiction universitaire : c'était une garantie d'im- I partiale justice. |
En résumé, si, aux mesures prises dans l'intérêt ; de l'enseignement primaire, on ajoute l'organisa- ( tion de renseignement secondaire spécial, la créa- j tion des écoles normales secondaires qui sont aujourd'hui représentées par les boursiers de facultés, l'institution de l'École des hautes études, et si l'on tient compte des difficultés financières de cette époque, on ne sera que juste en plaçant le gouvernement de Napoléon III au nombre de ceux qui ont le mieux servi la grande cause de l'instruction nationale. [Victor Duruy.]
Pour ce qui concerne l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur pendant le second empire, consulter l'article France, pages 1072-1078.
NASILLEMKKï. — Altération de la voix causée par le passage trop facile ou trop difficile des sons modifiés par les fosses nasales. « Dans la première variété, dit le docteur Krishaber, l'air passe en quantité trop considérable à travers les fosses nasales dont l'obturation, nécessaire à toutes les lettres de l'alphabet, à l'exception de m, n, ne peut alors s'accomplir ; c'est le cas des perforations et divisions du palais. Dans la deuxième variété, les narines sont constamment imperméables, et le passage de l'air, pour les lettres dont la prononciation l'exige, ne peut point s'accomplir; c'est le cas des coryzas, des polypes, des tumeurs et autres déformations du nez. » Le nasillement est quelquefois aussi le résultat d'une mauvaise habitude que l'on peut prévenir et corriger, et cette troisième variété intéresse particulièrement l'éducateur.— Y.Pronojiciation. [A. Chervin.]
NAïlO^JAL. — Il est intéressant de rechercher à quel moment les expressions d' « éducation nationale », d' « écoles nationales », ont été employées pour la première fois dans notre langue. Ce n'est pas, comme on serait porté à le croire, la Révolution qui a créé ces termes : déjà vers le milieu du xviii' siècle les écrivains du parti philosophique avaient commencé à parler de la nation, de ses droits, de ses besoins, et l'adjectif national était devenu, grâce à eux, d'un usage coui-ant. La Chalotais a le premier, croyons-nous, associé ce dernier mot à celui &' éducation : son Essai d'éducation nationale est de 17(53. Après lui on trouve le Plan d'éducation nationale du comte de Thélis en 1779, le Mémoire concernant Les écoles nationales d'un anonyme, en 1781, et le Plan d'un établissement d'éducation nationale de Léonard Bourdon, en 1788. Il faut remarquer toutefois que la plupart de ceux qui proposent des plans de réforme pour les écoles et les collèges emploient, jusqu'en 1789, d'autres termes : Guy ton de Morveau (1764) dit éducation publique, le président Rolland dit éducation s&ns épithèie, Philipon de la Madelaine expose des vues patriotiques sur l'éducation du peuple, le P. Corbin parle à. éducation civile. Mais à partir de 1789, le mot est lancé : c'est à qui publiera son plan d'éducaàoîi nationale, son catéchisme natioîial, sa motion pour l'établissement d'écoles nationales (V. l'article Bibliographie, p. 201etsuiv.). Ni la Constituante, néanmoins, ni la Législative n'adoptèrent ces expressions ; dans le plan de Talleyrand, dans celui de Condorcot, il n'est pas question d'éducation naiioyiale ni d'écoles nationales : les termes employés sont ceux d'instruction publique, d'écoles primaires, secondaires, etc. La Convention, par