‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 224 sur 573 · NORMALES (ÉCOLES · texte numérisé non relu

NORMALES (ÉCOLES

NORMANDIE

La plupart des écoles normales américainfis sont mixtes quant aux sexes. Les écoles normales publiques sont ouvertes aux adhérents de tous les

cultes. , .

Nous donnons ci-dessous, à titre de spécimen, quelques détails sur le programme d'études et l'organisation de V école normale d'AWany {State Normal Sc/iool at AlhajiTj), la plus ancienne des écoles normales de TEtat de New- York, fondée en 18i4. Nous empruntons ces renseignements à une notice publiée en 1884 par les autorités de cet établissement.

Le cours d'études dure deux années ; l'année est divisée en deux semestres {terms) de vingt semaines chacun. Le temps requis pour achever le cours d'études dépend des talents et de l'applicatioii de rélève : il ne doit jamais dépasser deux ans. Les élèves sont divisés en quatre classes. Les matières d'enseignement sont les suivantes :

Junior class (l*' semestre).

Arithmétique, grammaire anglaise, géographie, dessin de cartes, calligraphie, physiologie, algèbre, pédagogie.

Junior class (2'' semestre).

Algèbre (suite), arithmétique supérieure, élocution, rhétorique, grammaire anglaise, botanique, physique, histoire des Etats-Unis, pédagogie.

Senior class (l^r semestre).

Géométrie, physique (suite), morale, astronomie, histoire, science du gouYcrnement, algèbre supérieure, critique, dessin à main libre et dessin industriel, pédagogie.

Senior class (2^ semestre).

Littérature anglaise, psychologie et logique, trigonométrie et arpentage, chimie, géologie, comptabilité, économie politique, preuves du christianisme, histoire naturelle, anatomie comparée, usage pratique du microscope, pédagogie, enseignement à l'école modèle.

Le personnel enseignant comprend : un directeur, qui enseigne la psychologie, la morale et la pédagogie ; quatre professeurs hommes, dont deux pour les mathématiques, un pour les sciences physiques et naturelles, et un pour le chant; cinq professeurs femmes, l'une pour la géographie, le dessin et la calligraphie, une seconde pour la grammaire anglaise et l'histoire, une troisième pour la littérature anglaise et la rhétorique, une quatrième pour l'arithmétique et l'algèbre, une cinquième pour l'élocution ; enfin les deux institutrices de l'école modèle et la directrice du jardin d'enfants.

L'école reçoit des élèves des deux sexes. L'âge d'admission est fixé à seize ans pour les femmes, à dix-huit ans pour les hommes. Les candidats qui le sont pas munis d'un certificat d'études doivent passer un examen d'entrée. L'enseignement est gratuit; les livres sont fournis gratuitement. Le prix du voyage est remboursé aux élèves venant du dehors, s'ils restent à l'école pendant tout le semestre. Le prix de la pension, dans des familles respectables, est de 3 dollars et demi à 4 dollars par semaine, blanchissage non compris. Les élèves qui veulent se charger eux-mêmes de leur .lourriture peuvent se procurer des chambres meu- Dlées à un dollar par semaine; en procédant ainsi, ils arrivent à réduire la dépense de leur entretien à 3 dollars par semaine. Avant de choisir an logement ou une pension, les élèves doivent obtenir l'autorisation de la direction de l'école.

Malgré le nombre considérable des écoles normales américaines, la plupart des instituteurs et des institutrices qui enseignent dans les petites écoles rurales ne ^ sont pas préparés dans ces étabUsse-

mcnts. Pour fournir à cette catéfçorie du personnel enseignant primaire l'occasion de se perfectionner dans l'art de l'enseignement, on a organisé dans la plupart des Etats des conférences pédagogiques ou des cours normaux temporaires, dé. 'gnés sous le nom de Teachers' Institutes. Le rapport du Bureau d'éducation ne donne pas d^i statistique de ces cours normaux.

On trouvera de nombreux renseignements sur les Normal Schools et les Teachers' Institulei des Etats-Unis dans le Rapport sur l'instruction primaire à l'Exposition de Philadelphie (Paris, I87S), chapitres xxv et xxvi. Le Bureau d'éducation de Washington prépare la publication d'une Histoire des écoles normales américaines.

URUGUAY. — Le décret du 24 août 1877 organisant l'instruction publique porte (art. 4"2-ii) qu'une école normale d'instituteurs et d'institutrices sera créée à Montevideo. L'enseignrjni- ut doit y être gratuit; le programme en est anôié par la direction générale de l'instruction publiquo, qui nomme également les professeurs. Le directeur de l'école normale est nommé pur le gouvernement ; son traitement est fixé à 2400 pesos,

NOUaiArSDIE. — La Normandie, qu'on a surnommée la Terre des églises et des c/idteaux, mériterait aussi, comme le fait remarquer M. l'abbé Daniel dans sa Notice sur le collège de Coutanc-îs, d'être appelée la Terre des écoles. Il n'y a pas, on effet, de province de France qui se soit associée plus tôt et avec plus d'ardeur au mouvement qui poussait vers les études littéraires et scientifiques.

Dans son Histoire de la civilisation en Fronce, M. Guizot cite jusqu'à 20 écoles épiscopales ou monastiques établies en Neustrie sous la première race : il y en avait notamment à Lisieux et à Evreux. Nous sommes porté à croire, avec M. de Beaurepaire, que cette liste n'est pas complète. Comment supposer que Lisieux et Evreux eussent des écoles, et qu'il n'y en eût pas à. Rouen, dans une ville « dont saint Paulin, écrivant à saint Victrice, disait qu'on en prononçait le nom avec respect jusque dans les pays les plus lointains, et qu'on la comptait avec admiration au nombre des plus illustres par leurs lieux sacrés?» (De Beaurepaire).

Les bons professeurs étaient difficiles à rencontrer à l'époque mérovingienne. Nous lisons, en effet, dans Grégoire de Tours, qu'un évêque de Lisieux, Aetherius, racheta un clerc condamné à mort qui se disait maître de belles-lettres.

Ces anciennes écoles, si l'on en juge par les recommandations de Charlemagne, étaient tombées en décadence à l'époque de ce roi. Il en existait cependant encore au commencement du VIII* siècle. Dom Bessin cite un canon d'un concile tenu à Rouen vers 700, et ainsi conçu : « Que tous nos diocésains envoient leurs enfants à instruire dans l'école de la cité, à l'exception de ceux qui doivent rester pour l'office avec les prêtres des villages. »

Vers 790, Ragenfroi, évoque de Séez, établit près de la cathédrale, en vertu des capitulaires de Charlemagne, une école où l'on apprenait la lecture, la psalmodie et le chant d'église. Nous devons mentionner encore, en Normandie, les écoles de Saint-Taurin d'Evrcux, de Juinièges et de Fontenelle ou Saint- Wandrille : au vu' siècle, on con)ptait dans cette dernière 300 écoliers.

Plus tard, nous trouvons des écoles qui eurent un moment de grande célébrité : nous citerons celle d'Avranches, où le bienheureux Lanfranc (xie siècle) professa avec éclat avant d'avoir renoncé au monde; celle de l'abbaye du Bec, où Lanfranc et saint Anselme réunissaient un grand nombre d'écoliers venus des points les plus divers : de Nora;andie, de Gascogne, de Bretagne, de Flandre, d'Allemagne, de Rouie même.

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Il paraît certain qu'il y eut une école diocésaine à. Rouen sous les premiers ducs normands. Celles de Bayeux et de Lisieux sont mentionnées, la première dans une donation faite par Eudes, frère de Guillaume le Conquérant et évoque de Bayeux, à l'abbaye de Saint-Ouen; la deuxième, dans le cartulaire de Préaux et dans une charte d'Arnoul, évoque de Lisieux.

En 1063, Lanfranc, premier abbé de Saint- Etienne de Caen, établit dans son abbaye une école (jui conserva pendant plus de trois siècles la célébrité qu'elle dut à son illustre fondateur. Cette école avait été organisée sur le modèle de celle du Bec.

A la même époque, Arnoult-Malcouronne, chapelain de Robert Courte-Heuse, fonde une autre école à côté de l'école bénédictine. Ce fut là que fut élevé l'historien Raoul de Caen.

Dans le même siècle, saint Guillaume de Dijon établit une école dans l'abbaye de Fécamp, IVous citerons encore l'école du monastère de Sainte- Catherine-du-Mont, près de Rouen, et celle du monastère de Saint-Ouen, qui étaient alors florissantes.

Si nous en jugeons par le Livre noir^ statistique du diocèse de Coutances, rédigé par ordre de l'évêque Jean d'Essey, il y avait à Contances, au XI"' siècle, un enseignement littéraire et scientifique, dont la bonne organisation était due à Geflfroy de Montbray. « Rectorem scholarum, dit le Livre noir en parlant de ce prélat, constituit, juvenesque et adolescentes satagebat Ipse niagistros scholarum, grammaticos et dialecticos qui famae celebrioris erant, largo sumptu Constantiis retinebat largisque donationibus remunerabat. »

Au xii^ siècle, Thibaut d'Eiampes professa à Oxford et à Caen. Robert Wace, trouvère normand né à Jersey, nous apprend dans ses vers qu'il fut élevé aux écoles de Caen.

A partir du xiii^ siècle, nous trouvons en Normandie toutes les sortes d'établissements où se donnait l'enseignement en France, sous l'ancien régime : université, collèges, écoles spéciales, petites écoles.

L'uNiVEiiSiTÉDECAEN. — Des vingt-deux universités qui existaientencore en Franceen 1789, l'université de Caen, si l'on ne tient pas compte de celle d'Avignon, qui était réputée université étrangère, est la dixième par ordre chronologique de fondation.

Le roi d'Angleterre Henri V s'étant emparé de Caen en 1417, s'empressa d'y établir des ^/'a^^c^es écoles, c'est-à-dire des écoles de droit, de théologie et de langues anciennes. Mais sa mort, arrivée on 14J2, laissa fort imparfaite l'organisation de ces nouvelles créations. Son successeur Henri VI, ou plutôt le duc de Bedford, régent, reprit cette œuvre en 1431. On ne créa alors que la faculté de droit civil et canonique. En 1437, on y affilia les nombreuses et florissantes écoles de maîtres eu théologie et de maîtres ès-arts, qui existaient depuis longtemps dans la ville de Caen, et l'on compléta l'université en y ajoutant une faculté de médecine.

Les lettres-patentes de ces fondations portent les dates de janvier 1431, IS février 143G et 19 mars 1437. Un acte du 10 mars 1438 spécifie les privilèges royaux accordés au nouveau corps universitaire, dont les statuts furent promulgués par lettres-pat3ntes du 20 mai 1439.

Les États de Normandie tenus à C^'en en 1437 arrêtèrent que l'on demanderait au pape la confirmation apostolicjue de l'université. La ville de Caen fit les avances des frais pour l'obtention des bulles; elle paya en conséquence au pape Eugène IV HiUO livres tourjiois, somme égale à environ 14 000 francs de notre monnaie actuelle. Mais, comme l'établissement de Tuniversiié inté-

ressait toute la Normandi(^, cette somme fut ensuite répartie proportionnellement sur les grands bailliages de la province.

L'inauguration solennelle de l'université, la promulgation des statuts, ainsi que des lettrespatentes du roi et des bulles du pape, se firent dans l'église Saint-Pierre de Caen, le 20 octo-

Après l'expulsion des Anglais, l'université fut maintenue provisoirement par lettres-patentes du roi Charles VII, données à Ecouché le 30 juillet 1450, à l'exception toutefois de la faculté de droit civil, contVe laquelle avait prolesté, dès l'origine, l'université de Paris, qui n'en avait pas dans ses écoles. Plus tard, Charles VII, sur la demande des trois États de Normandie, confirma l'érection de l'université de Caen, avec les cinq facultés. Les lettres-patentes que le roi donna à cet effet sont datées du 30 octobre 1452, de Pommiers en Forez. Une nouvelle inauguration fut célébrée en grande pompe, dans l'église Saint-Pierre, le 22 janvier 1453.

Peu de temps après sa fondation, on voit l'université de Caen occuper le bâtiment dit des grandes écoles, voisin de celui doiit Henri VI lui avait fait don. Ce lieu appartenait au duc d'Orléans, père de Louis XII. Marie de Clèves, veuve de ce prince, avait d'abord réclamé cette propriété et se l'était fait rendre au nom de ses enfants en 1450; mais elle finit par la céder à l'université par lettres-patentes de l'an 1476, moyennant la fondation d'un service pour le repos de l'âme de son mari.

A la fin du xvii^ siècle, le bâtiment des grandes écoles se trouva en si mauvais état que la reconstruction en devint indispensable. Elle se fit par les soins de M, Foucault, intendant de Caen, qui en posa la première pierre en 1701. C'est dans ce nouveau local qu'eurent lieu les cours jusqu'au moment oîi disparut, avec les autres universités, celle de Caen, en mai 1791. Elle fut supprimée à l'occasion du serment civique contre lequel elle protesta par un acte solennel du 25 mai, acte qui lui valut du pape Pie VI un bref de félicitations, en date du 9 juillet, alors qu'elle n'existait plus.

L'université de Caen était une des quatorze universités complètes, c'est-à-dire qu'elle comprenait les cinq facultés : droit civil, droit canonique, théologie, arts et médecine. L'université avait pour chef un recteur qu'on élisait tous les six mois, le 24 mars et le l^r octobre. L'élection était faite par un député de chaque faculté. Les électeurs étaient appelés originairement intrantesy parce que seuls ils pouvaient entrer dans le lieu destiné à l'élection, qu'on appelait conclavp.Yia.r\s la suite on les nomma augures. L'usage d'élire le recteur après le premier semestre et de le continuer un deuxième fut introduit en 1G16 et subsista jusqu'en 1G56. A dater de cette époque, les recteurs restèrent en fonctions, à quelques exceptions près, pendant trois semestres consécutifs.

L'université de Caen compta, dès le principe, beaucoup de recteurs et de professeurs qui l'honorèrent par leurs talents et leurs vertus. Micliel Trégorre, le premier recteur, devint archevêque de Dublin; Jean Lenfant, deuxième recteur, maître des requêtes de Ihôtel du roi et chancelier du duc d'Alençon ; Thomas Bazin, sixième recteur, évoque de Lisieux et archevêque de Césarée.

Parmi les professeurs qui enseignèrent pendant les dix premières années, on remar()ue : Robert (lornegrue, qui fut évèciue de Séez; Jean Sorcth, général de l'ordre des Carmes; le frère Olivier Maillard, si renommé par la singularité de ses sermons, et Jean Masselin, qui devint grand doyen de Rouen et fut député aux Etats Généraux de Tours en 148 i. On trouve à la même époque.

NO^^TANDTïï

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parmi les docteurs d(; l'université de Caen, douze abbés des principales abbayes de la basse Normandie.

Dans toutes les universités françaises, les facultés de théologie, dn droit et de médecine avaient des professeurs spéciaux dont le nombre variait. Quant aux facultés des arts, le corps professoral était formé de professeurs empruntés aux collèges du ressort universitaire. Celle de Caen en comptait douze, appartenant à trois collèges.^

Ajoutons que ce fut devant l'université de Caen que Thomas Corneille et Nicolas Heinsius, de Loy;l-e, passèrent leur licence, le premier le 20 mai lOiG, le second le 5 octobre de la même année.

Les Collèges. — Sous l'ancien régime, l'enseignement secondaire était assez étroitement lié à l'enseignement supérieur. Ainsi que nous l'avons dit à propos de l'université de Caen, les professeurs qui occupaient les chaires des facultés des arts se recrutaient parmi les professeurs des collèges; c'étaient, d'autre part, les élèves de ces facultés qui professaient dans les collèges universitaires.

Presque partout en France, c'est à la fin du xvi° siècle que s'est produit le mouvement qui a donné naissance aux collèges. A ce mouvement prirent part l'Église, l'autorité royale, les assemblées provinciales : les corps de ville s'y associèrent aussi, mais à un moindre degré.

La Normandie devança le mouvement général : nous y trouvons des collèges bien avant la fin du xvic siècle.

11 en existait à Cae7i avant la fondation de l'unlversiié de cette ville : les lettres-patentes données à cette occasion par le roi Henri VI, en H'il et I4;n, nous apprennent, en eftet, que Caen possédait alors des collèges considérables, notabiUbus collcgiis ornnto. Parmi ces établissements, on cite : le collège de Bouet, rue des Cordeliers; ceux de Cliiigal, de la Couronne, à.' Avoine, dans le quartier Saint-Jean; de VOrnille, de //enr« le Prévost, rue de l'Eglise-Saint-Etienne-le-Vieux; des Carmes, des Croisiers, des Jacobins, des Cor//eliers.

Mais ce n'étaient pas là des collèges proprement dits, ayant tous les caractères do véritables établissements publics.

Le premier auquel puisse s'appliquer ce titre est celui de Mortain. Il fut fondé en 1082, grâce aux libéralités du comte Robert, frèi-e utérin de Guillaume le Conquérant. La même année, Robert avait établi une église collégiale : ce fut aux chanoines de cette église que fut confiée la direction du collège. L'acte de fondation spécifiait qu'aucun autre collège ne pouvait être établi dans la ville de Mortain. Si l'on essayait d'en ouvrir, les chanoines avaient le droit d'en confisquer les livres. C'était le chapitre qui devait nommer les maîtres du collège; mais c'était le comte qui leur fournissait leurs provisions. Nous avons cru bon de donner ces quelques détails sur le collège de Mortain; car, si nous ne nous trompons, c'«st un des premiers, sinon le premier, qui ait été établi on France. Les collèges des Danois, de Notre- Dame-des-Dix-huit et deSaint-Thomas-du-Louvre, les plus anciens qui aient été fondés à Paris, lui sont postérieurs de près d'un siècle. La charte de fondation du collège de Mortain fut reconnue et visée on 1330 par Philippe de Valois.

En 1433 fut fondé à Caen, par l'abbaye du Mont Saint-Michel, le collège du Mont, dans la rue de 1 Eglise-Saint-Etienne-le-Vieux, sur l'emplacement du collège Henri le Prévost. Au xvi« siècle, le collège du Mont fut vendu et abandonné. Il lui racheté en 1591 par le maire et les échevins de Caen, qui le rendirent à son usage. En 1G07 la ville le céda aux jésuites. C'était alors le plus

fréquenté do tous : on y comptait 800 écoliers externes et 22 pensionnaires. Il fut rendu à l'université en 1702, après l'expulsion des jésuites. Le 5 mars 17C:{, un arrêt du Parlement de Rouen ordonna la réunion de ce collège o l'université de Caen : cet arrêt fut confirmé, en novembre 1T83, par des lettres-patentes du roi, datées de Fontainebleau. Le principal du collège du Mont était nommé, avant l'arrivée des jésuites, par le maire et les échevins de Caen.

Vers 1441 fut fondé dans la même ville le collège du Bois, connu aussi eous les noms de collège llarrington et de Goiivix. Le fondateur était Guillaume du Bois, ancien chef du collège do Bouet. En 1493, des legs furent faits à ce collège par le fameux Gauchon, évoque de Lisieux. Jean de Gouvix, exécuteur testamentaire de Gauchon, combla de son côté cet établissement de libéralités. Au xvi^ siècle, on comptait, au collège du Bois, 160 pensionnaires et 14 régents. On y enseignait les langues hébraïque, grecque et latine. La laniille de Gouvix nommait le principal. Ce collège était situé rue Saint-Sauveur.

En 1445 ou 1452, Roger le Cloutier, seigneur du Mesnil d'Argences, de Saint-Germain-le-Vasson et de Montigny, fonda, dans la rue Neuve-Saint-Jean, à Caen, le collège du Cloutier, qui était destiné à « l'instruction des jeunes enfants ». Des lettrespatentes du roi, datées de Versailles, réunirent, en avril 1131, ce collège à l'université. Le principal était nommé par le fondateur et ses héritiers; il le fut plus tard par le recteur de l'université.

Le collège des Arts fut fondé en 1462 par la faculté des arts et à ses frais, à l'angle de la rue des Grandes-Ecoles et de la cour des Cordeliers, sur l'emplacement de l'hôtel de Michel d'Anfernet, seigneur de Montchauvet, acquis par la faculté en 14G0. Elle y avait fait construire, vers la fin du xv= siècle (de J487 à 1496), une belle façade qu'elle décora des statues des sept arts libéraux. Les protestants, qui dévastèrent Caen dans les journées des 8 et 9 mai 15G2, crurent que ces statues représentaient des saints : ils les brisèrent et abattirent le frontispice dont elles étaient le principal ornement. Le principal de ce collège était nommé par la faculté des arts. En I78ti, le collège des Arts devint une espèce de faculté : un édit du roi Louis XVI (août 1780) le transforma ea Collège Royal de Nonnandie.

En 1499, sous l'épiscopat de Geffroi Herbert, qui se montra un protecteur généreux et zélé de l'instruction, Jean Hélye, prêtre de Coutances, fonda un collège dans cette ville. Voici ce que dit à ce sujet Toustain de Billy, auteur d'une histoire du diocèse de Coutances, qui jouit dun certain renom d'exactitude : a En cette môme année 149Î) furent jetés les fondements du collège de Coutances, par mcssiie Jean Hélye, prêtre, natif de Heugueville, chapelain de l'église cathédrale, qui donna un manoir assis à Saint-Nicolas de Coutances où était une maison, jardin, cour et clôtures, suivant qu'il est porté par le contrat passé devant Jourdan et son adjoint, tabellions à Coutances, le mercredi dixième décembre 1499. »

Dès 1479, les bourgeois de Coutances avaient acquis une portion de terrain destinée à rétablissement du collège.

Un collège fut fondé à Bni/eux en 1550, et organisé en 15G1 par Charles d'Hunières, évoque de celte ville. C'était une espèce d'académie où l'on célébrait en prose et en vers l'avènement et la mort des souverains, leurs victoires sur les ennemis de la France. On y jouait quelquefois des comédies et des tragédies en latin et en français.

Un acte de 1552 ineniionne la fondation ^ CoU" ches d'une école ou collège par Jean Levavasseur, abbé du monastère do cette ville.

La fondation du collège de Lisieux remonte à

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1571. Ce fut révêque Jean le Hennuyer qui créa cet établissement a selon les décrets du concile de Trente et les ordonnances du roi ». Un acte des audiences du Parlement de Normandie, en date du 5 mars 1586, atteste que ce collège était bâti et que le principal avait été nommé depuis plusieurs années.

En 1587, un abbé résignataire de Montehourg, raessire Bon de Broë, conseiller au Parlement et président aux enquêtes, ordonne par son testament a de faire construire et accomoder une escliolle à Montebourg pour l'instruction de la jeunesse ». Cette école se bâtit et prit bientôt rimportance d'un collège pourvu de régents. On y enseignait le latin aux enfants qui « marquaient de la disposition ». L'instruction primaire et l'instruction secondaire s'y donnaient gratuitement à tous les enfants pauvres.

A peu près à la même époque fut fondé le collège de Caudebec. Il existait dans cette ville dos écoles fort anciennes. En 1570, Henri III accorde aux bourgeois de Caudebec dos lettres-patentes qui leur permettent d'employer 134 livres, restant de la taille, à l'entretien d'un collège. Les lettres de fondation sont de 1586; elles furent enregistrées à la Chambre des comptes de Normandie le 19 mai 1588. Il est probable que le collège fut ouvert très peu de temps après; dans tous les cas, il existait dès le commencement du xvii^ siècle.

La ville de Pantoise, qui faisait alors partie du diocèse de Rouen, possédait déjà à cette époque un collège. Les lettres do donation sont du 2 janvier 1566; le fondateur était le duc de Mayenne.

Ce fut à la fin de février 15f3 que s'ouvrirent les classes du collège de Rouen; mais on trouve mention d'un principal en 1592. Ce collège aurait dû être ouvert beaucoup plus tôt, puisque, dès le mois de février 1566, le roi Charles IXavait donné, par lettres-patentes, l'Hôpital du Roi à la ville pour en faire un collège. Mais un long procès suivit cette donation. La direction de l'établissement fut confiée d'abord aux cordeliers, puis aux jésuites. Dix ans avant l'ouverture des classes, en 1582, il avait été doté par le cardinal de Bourbon.

Le collège é'Eu fut fondé la môme année que celui de Rouen ; mais les classes furent ouvertes plus tôt. Dès le 10 janvier 1581, la ville avait donné un emplacement ; lesbâtime^its furent commencés en i682, et le premier recteur nommé en 1586.

Le collège à!Alençon fut fondé en 1592, par lettres-patentes du roi Henri IV. Il fut donné aux jésuites en 1620.

Le 25 mai 1595, Charles de Lorraine et un ecclésiastique nommé Jacques Gallemant font à la ville ài'Aumale une donation qui devait servir à rétablissement d'un collège.

Le 31 mai 1599, M^r Jacques Péricard, évêque d'Evreux, approuve les statuts du collège de Verneuil, par ordonnance datée du château de Condé.

Comme à Rouen, la fondation d'un collège au Havre fut une affaire de temps. Dès le 4 octobre 1579, des lettres patentes avaient autorisé la ville du Havre à prélever sur ses octrois une somme de 200 livres pour la location d'une classe et le traitement d'un professeur. Le fondateur du collège fut Michel Petit, curé d'Heuqueville et doyen de Saint-Romain, qui donna à la ville une maison le 11 décembre 1599. Cette donation fut acceptée le 7 avril 1601 par l'assemblée des échevins, notables et bourgeois.

Ce fut également dans le cours du xvi» siècle que fut fondé le collège d'Evreux. Dès 1298, il existait dans celte ville des grandes écoles : ces grandes écoles donnèrent naissance au collège.

A Gourmay, il existait de temps immémorial

des écoles qui étaient confiées aux chanoines de la collégiale. Un. acte du 25 mars 1600 mentionne la nomination, par la princesse Marie de Bourgogne, de Marian de Martinbroz comme principal.

Ce doit être de la même époque que date le collège de Bernay. En effet, une pièce déposée aux archives de la Seine-Inférieure porte qu'en 1601, « un octroi fut continué aux échevins de Bernay, par égard à ce qu'ils employoient la plus grande partie des deniers qui en provenoient à faire instruire la jeunesse, les faisant délivrer à un précepteur. » Dès le xiii^ siècle, on constate, à Bernay, l'existence d'écoles tenues par les Bénédictins et les Augustins, « qui étaient tenus d'instruire gratuitement les enfants pauvres ».

En 1602, Jean Véron, sieur d'Offranville et curé de la paroisse, donne une maison pour établir à Offranville une école ou collège et 100 livres de rente pour le principal.

A Vernon, un gouverneur de la ville avait proposé aux habitants, après la disparition de la lèpre, d'affecter les revenus de la léproserie à la fondation d'un collège. Cette proposition fut adoptée, et le collège établi par lettres-patentes de Henri IV, données en 1606.

En 1609, des lettres-patentes de Henri IV fondent un collège à Saint-Lô.

Le collège de Dieppe fut fondé quelques années seulement après ceux de Rouen et d'Eu : ce (ut, en grande partie, l'œuvre du cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen. La direction en fut conliée aux prêtres de l'Oratoire : c'est, par ordre chronologique de fondations, le premier collège dirigé par cette congrégation. En 1614, une donation fut faite à cet établissement par Etienne Brice. Cn janvier 1616, le collège n'était pas encore ouvert, puisque c'est de cette époque que date « la concession faite par la ville du collège à fonder à la congrégation de l'Oratoire ».Des lettres-patentes du roi avaient autorisé la ville, en décembre 1614, à prélever 600 livres sur ses octrois pour l'entretien de trois régents. On trouve mention d'un supérieur de ce collège dès 1614; mais les classes ne s'ouvrirent que le 10 janvier 1616.

En cette même année 1616, Jean Lecocq, curé de Bérigny, sa paroisse natale, chanoine du Poligny, en l'église cathédrale de Bayeux, crée, dote et érige un collège au dit lieu de Bérigny, auquel il veut qu'il y ait deux régents suffisants et capables pour instruire aux bonnes lettres les jeunes gens qui n'auraient pas le moyen d'aller étudier dans les villes voisines. Le règlement porte : « L'un des régents sera principal et aura l'administration de l'établissement. Il sera prestre, de bonnes mœurs et de condition libre. Le doyen et chapitre de la cathédrale de Bayeux le présenteront à l'évêque qui lui baillera la collation ; le 2'J juillet de chaque année, il comparaîtra au chapitre général pour rendre raison de ses actions. Il représentera sous son seing l'état des maisons et du revenu, le nom des écoliers étudiants audit collège et la liste des livres dans lesquels ils auront lu. »

Ce fut l'année suivante, le 14 mai 1617, que fut ouvert le séminaire de Joyeuse, à Rouen, que le cardinal de Joyeuse avait fondé par son testament du 22 août 1615.

La ville d'Argentan eut son collège en 1622.

Nous ignorons la date exacte de la fondation du collège d'AvrancJies. Mais il est certain qu'il existait à cette époque, puis'iue, par une requête de l'année 1627, les notables de cette ville demandaient à 1' ur évêque d'unir l'ancienne léproserie de Saint-Nicolas à leur collège, où, dès lors, on ne comptait pas moins de 500 écoliers.

En 1654, M. l'abbé François de la Luthumière fonde le collège do Valognea.

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En 1658, Me' de Harlay de Chanvallon crée .'i Rouen un établissement qu'il faut regarder plutôt comme un séminaire que comme un collège.

En 1682, un collège est fondé à Vire par l'abbé Le Ghartier, docteur en Sorbonne, doyen du Valde-Vire et curé de Neuville. Douze ans auparavant, en 1670, on avait essayé d'établir un collège 6 Vire; mais comme il n'y avait pas de fondation, on fut obligé, pour faire face aux frais de location, de porter la rétribution scolaire k un chiffre très élevé, ce qui amena bientôt la chute de l'établissement. Le collège de Vire a compté, paraît-il, jusqu'à 800 élèves.

En 1684, un collège est établi au Grand-Andely.

C'est de 1689 que date la création du collège de Domfront; mais les lettres-patentes ne furent obtenues qu'en 1719.

l,e collège de Gisors fut réorganisé, sinon fondo, au commencement du xyiii^ siècle. Cet établissement était dû à la confrérie de Notre- Dame, érigée très anciennement en l'église paroissiale de cette ville.

Nous devons mentionner encore le collège de Condé-sur-Noireau, dont la fondation est attribuée à Blanche de Navarre. Les protestants fondèrent aussi, à Gondé, un établissement d'instruction publique.

Le cahier des États de la province de Normandie, de 1655, nous révèle également l'existence, à Quevilly, d'un collège protestant, sur l'imporlance et la durée duquel nous n'avons aucun renseignement.

Dans la seconde moitié du xviii* siècle, de nouveaux collèges s'ouvrirent en Normandie.

M. Le Roux d'Esneval, baron d'Acquigny, en établit un à PaviUy, qui comprenait six classes, et un autre à GrénvrivUle.

Le 1"^ avril 1788, un collège fondé sous les auspices du prince de Lambesc, mais en réalité par les soins des chanoines qui l'occupaient, s'ouvrit à la Saussaye, près d'Elbeuf.

A Beaumont-en-Auge existait un collège militaire qui ouvrait libéralement ses portes à tous les jeunes gens de la commune et des environs. Il avait été créé sous la protection du duc d'Orléans et la direction eu avaii été donné aux Bénédictins de Saint-Maur.

Les religieux de Saint-Maur dirigeaient aussi le collège d'Ivry, qui était placé sous la direction du duc de Penthièvre.

Nous mentionnerons enfin le collège de l'abbaye de Saint- Germer, près de Gournay.

Bourses fondées dans des collèges établis hors de la Normandie. — On ne s'était pas borné, en Normandie, à établir des collèges dans les principales villes de la province ; de généreux bienfaiteurs avaient créé des collèges à Paris, ou y avaient fondé des bourses, afin de permettre à quelques écoliers de suivre les cours de l'Université.

En 1268, Guillaume de Saâne, trésorier de la cathédrale de Rouen, avait fondé à Paris le collège du Trésorier y 3i\xq\xQ\'û donna un règlement en 1280. Ce collège devait recevoir 12 boursiers théologiens et plusieurs artiens (le nombre de ces derniers fut plus tard de 12) du diocèse de Rouen, et principalement du pays de Caux.

Le collège dllarcourt (1280) fut dû à la libéralité do Raoul d'Harcourt, chanoine de Paris, et précédemment archidiacre du Gotentin, chancelier h Bayoux, chantre à Evreux et grand-archidiacre à Rouen. Ce fut son frère, Robert d'Harcourt, évoque de Coutances, qui exécuta ses volontés, et dota le collège de 40 bourses destinées à 12 théologiens et à 28 artiens; 24 de ces bourses devaient être assignées à 6 écoliers de chacun des diocèses de Coutances, Bayeux, Evreux et Rouen. Jean Boucurd, évèque 'Avranches, aumônier de Louis

XI, établit 12 nouveaux boursiers. Geffroi Herbert, évoque de Coutances, suivit cet exemple et fonda, en 1509, 14 bourses pour des artiens et dos grammairiens. D'autres bourses furent créées par Jean Michel, chancelier, Jean Rouxel, Mcolas Pèlerin et Nicolas Quintaine, prêtres du diocèse de Coutances. Un arrêt du Parlement de Paris, du 27 juin 1703, porte que les bourses fondé'i» par Geffroi Herbert ne pourront être attribuées qu'à des jeunes gens de la ville d*; Coutances. Une disposition des statuts du collège d'Harcourt exigeait que les emplois de proviseur et de professeur ne fussent confiés qu'à des Normands.

La ville de Coutances avait aussi une bourse au collège de Maître Gervais ou de Notre- Dame-de- Bayeux, fondé en 1.376 par Gi^rvais Chrétien, premier médecin, ou, comme on disait alors, premier physicien du roi Charles V.

Jean Justice, chantre de Bayeux, fonda en 134^ le collège de Jws^zce, qui dut recevoir 12 boursiers, 8 du diocèse de Rouen et 4 du diocèse de Bayeux.

Au XIV8 siècle fut fondé le collège de Torcy ou de Lisieux, par Guy d'Harcourt, évêque de Lisieux : il recevait 24 boursiers artiens. En 1422, Guillaume d'Estouteville, évêque de Lisieux, fixa le chiff"re des boursiers à 36, dont 12 théologiens et 24 artiens.

En 1427 fut ouvert à Paris le collège de Séez, dû aux libéralités de l'évêque de ce diocèse, Grégoire Langlois. On doit à ce môme évêque la fondation, dans les environs d'Angers, du collège de Bueil, destiné à des étudiants normands et manceaux.

Enfin, un prélat italien, Branda de Castiglione, chanoine de Rouen, connu sous le nom de cardinal de Plaisance, fonda, au xv' siècle, une bourse au collège de Pavie ; cette bourse était réservée à un écolier originaire du diocèse de Rouen. Il fit des fondations analogues en faveur des diocèses de Bayeux, d'Evreux, et de Lisieux

Situation des collèges en 1789. — Nous avons montré, par dos chiffres, quelle était l'importance de certains collèges. Il serait intéressant de connaître leur situation, au point de vue scolaire, en 1789. Nous n'avons pu réunir de renseignements certains que pour le collège de Coutances; pour ceux qui étaient établis dans la partie du diocèse de Rouen dont a été formée la Seine-Inférieure, nous n'avons eu qu'à résumer le travail de M. de Beaurepaire.

A Coutances, dans la seconde moitié du xyiii» siècle, la classe de philosophie, qui était divisée en deux années, comptait de l6J à 200 élèves; elle en avait 180 en 1789. Chacune des autres classes réunissait de 100 à 120 élèves. Le chiffre total des écoliers ne descendait pas au-dessous de 700; il atteignit souvent à 800, et même à 900 et au delà.

A Rouen, il y avait, en 1789, 12 professeurs et 800 élèves; à Dieppe, 1 supérieur, 7 professeurs et de 150 à 200 élèves; à Eu, 1 supérieur, 8 professeurs et de 150 à 200 élèves ; au Havre, 4 professeurs et 150 élèves ; à Aumalo, 1 principal, 2 professeurs, 100 élèves ; à Pavilly, 3 professeurs, de 45 à 50 élèves; au Val-au-Grès, une centame d'élèves; à Gournay, 1 professeur (l'enseignement y était à peu près nul); à Vernon, 70 pensionnaires et 120 externes.

Les écoles spéciales. —Après avoir parle des collèges, nous devons mentionner les ecotes spéciales qui s'établirent en Normandie- La ville de Dieppe revendique la création de la première école d'hydrographie. Le fondateur serait un prêtre nommé Doscheliers ou Descailliers, sur la date de la naissance duquel on n'est pas d'accord. Ce qui est certain, c'est que ceUô école fut confirmée par Golbert en 1069.

NORMANDIE

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Il existait au Havre une école de marine au xve siècle; Fécamp eut aussi, paraîL-il, une école d'hydrographie h une époque assez reculée. Il dut y avoir de bonne heure à Rouen des professeurs hydrographes; une école publique d'hydrographie y fut installée en 1763. En 1704, l'intendant Foucault avait fait établir, au collège des Jésuites de Caen, une chaire de mathématiques et d'hydrographie.

Depuis le xvie siècle, il y avait à Rouen une sorte d'enseignement public de la chirurgie. Le chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, Le Cat, y établit en 1734 une école d'anatomie et de chirurgie, qui fut reconnue par lettres-patentes en 1738.

En 1736, on avait créé dans la même ville un jardin botanique. Un arrêt du conseil d'Etat y établit en 1756 une école de botanique.

L'école de dessin et de peinture, qu'on appela plus tard école normande, fat organisée à Rouen «n 1749 par J.-B. Descamps.

Nous trouvons dans la même ville : une école de mathématiques, fondée en 1746 par Jean-Théodore Bouin ; un cours de chimie, établi en 1757 par Le Danois; un cours de physique, fondé par Le Cat.

Enfin, un chirurgien, M. Thibaut, créa en 1764 «n cours de l'art des accouchements. Plus tard, sous le règne de Louis XVI, une sage-femme de Paris, M™* Ducoudray, fut chargée par l'intendant de la généralité de Caen, M. de Fbntctte, de faire des cours à Caen, Bayeux, Saint-Lô, Valognes, Avranches et Vire. En 1777, M. de Crosne l'ap- ■pela à son tour dans la généralité de Rouen.

Les petites écoles. — Jusqu'à la fin du xvio siè- -cle, nous ne trouvons guère en Normandie que des établissements d'enseignement supérieur ou d'enseignement secondaire. C'était, à de rares «xceptions près, au clergé d'abord, puis aux enfants de la bourgeoisie qui se destinaient aux •offices qu'était réservé cet enseignement.

C'est seulement à la fin du xvi^ siècle que se constitue l'enseignement primaire et que se fondent les écoles élémentaires, ou plutôt, comme on les appelait alors, les écoles de charité ou petites écoles.

L'impulsion donnée à cette époque à la création de l'enseignement populaire en Normandie est assez vigoureuse. Les conciles, les synodes diocésains, ainsi que les Etats de la province et ceux des bailliages, se préoccupent de répandre le bienfait de l'instruction parmi le peuple.

Dès 1565, les Etats de Normandie avaient obtenu du roi Charles IX l'Hôpital du Roi situé à Rouen pour y établir un collège. A plusieurs reprises, les députés de la province émirent des vœux en faveur de 1 instruction publique.

En 1567, ils demandent « que les revenus des léproseries et des hôpitaux, où il n'y a aucuns malades, soient employez à l'entretenement des maisires d'écoles et pauvres catholiques des paroisses où les établissements sont assis. »

En 1570, ils émettent le vœu « que les escolles par cy-devant installées tant aux villes, bourgs •que villaiges soyent restablies aux lieux accoutumez et que à ce faire les subjects et habitants des lieux y soient contraincts. »

En 1570, Claude de Sainctes, évêque d'Evreux, célèbre théologien et surtout bon administrateur, réunit un synode et donne des statuts à son diocèse. Dans ces statuts, il se plaint amèrement de la situation déplorable de l'instruction ; « Nous admirons, dit-il, le zèle de nos pè.es [)aur l'instruction dans notre diocèse. Il eût été difficile autrefois de trouver une paroisse un peu populeuse qui n'eût sa maison ou sa fondation pour les écoles. Mais, en même temps, nous devons maudire la négligence, ou, pour mieux dire, la conduite sacrilège de notre siècle, où l'on a vu

des gentilshommes, des ecclésiastiques, Ips pnroissiens usurper ou aliéner les maisons d'école et les biens qui y étaient affectés ; en sorte qu'à peine trouve-t-on maintenant une école ou un maître, nous ne dirons pas dans les campagnes, mais dans les villes, et même dans les cités les plus considérables. C'est une honte pour nous de voir les héréticjues faire la guerre pour obtenir des écoles et s'imposer tous les sacrifices, afin qu'il leur soit permis de faire élever leurs enfants dans l'impiété, tandis que nous, catholiques, non contents de n'accorder aux écoles de la pieté ni subvention publique, ni subvention privée, nous prenons à tâche de les ruiner et les abolir. »

Claude de Sainctes indique le moyen de remédier à ces maux : c'est d'accoutumer les hommes, dès leurs plus tendres années, à vivre et à étudieidans les mêmes écoles comme dans un môme troupeau, à boire à la même coupe le lait de la science et de la religion, de les accoutumer à sentir et à vouloir de la même façon. Puis il prescrit à tous ceux à qui il appartient d'établirdes précepteurs dans les villes, les bourgs et les villages, de choisir des maîtres capables, de leur assurer des appointements convenables, en s'entendant à cet effet avec les habitants, s'il n'existe pas de fondation. Il ordonne de rechercher et do rendre, sans délai, à leur première destination, sous les peines les plus sévères, les biens qui ont appartenu aux écoles : ces écoles devront être toutes rétablies. Les anciens maîtres possédant encore les revenus et les bénéfices qui étaient attachés à leurs fonctions se rendront à leurs postes pour se livrer immédiatement à l'instruction de la jeunesse.

En 1581, le concile provincial réuni à Rouen par le cardinal de Bourbon, archevêque de cette ville, s'exprime ainsi : « Que les évoques rétablissent les anciennes écoles dans leurs diocèses et procèdent par censures ecclésiastiques contre tous les détenteurs des revenus appartenant à ces écoles, tant dans les monastères et les prieurés que dans les églises collégiales et paroissiales; et là où ces écoles font défaut, qu'ils apportent tous leurs soins à en ouvrir, afin que la jeunesse soit instruite dans les voies du Seigneur et dans les bonnes mœurs. Qu'ils y introduisent, autant que cela pourra se faire, les règles et la méthode en usage dans les séminaires, afin qu'un lien existe entre toutes les écoles d'un même diocèse. »

En 1595, les Etats de Normandie demandent (article 90) « que les deniers des léproseries de chacune vicomte où il n'y a aucun lépreux soient employez en la nourriture et entretien d'un ou plusieurs précepteurs pour l'instruction de la jeunesse et les comptes rendus devant les échevins et maires des villes. »

En 1600, le R. P. en Dieu François Péricard, évêque d'Avranches, donne des « statuts et ordonnances pour le rétablissement de la police et discipline ecclésiastique en son diocèse ». Ces statuts, publiés et reçus au synode tenu par lui à Avranches le 13 avril 1600, portent ce qui suit à l'article 79 : « Les écoles seront remises aux sièges où elles avaient accoutumé d'estre, et les pères de famille des paroisses afl'ectées auxdits sièges y envoyèrent leurs enfants pour estre instruits en payant les taxes accoustumées. Et sera faite recherche de toutes les fondations desdites écoles et des legs testamentaires et autres dons qui leur ont été faicts et laissez afin de les faire payer, et sera procédé par censures ecclésiastiques contre ceux qui les retiendront ou seront refusans de les payer. »

Les Etats de Normandie, en septembre 1614, rappellent qu'il serait bon d'aflecter les biens des léproseries désertes aux établissements d'instruction publique : « La lèpre, disent-ils (article 30)

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a cessé : que les revenus des Icproserics, aprcs les fondations et services accomplis, seront convertis à l'entretien d'un précepteur^ pour l'insstruction de la jeunesse et aulmoncs aux pauvres veuves et orphelins. »

Le 9 octobre de la môme année, les députés de la ville de Houen délibéraient en l'hôtel commun sur les demandes à présenter aux Etats généraux f|ui se réunissaient le lendemain à Paris. Parmi les articles qui sortirent de cette délibération, nous devons mentionner le suivant : « Qu'il soit enjoint aux archevesques et évesques de faire establir escoies par toutes les villes et bourgs de leurs diocèses en pourvoyant de prébendes les précepteurs et régents qui seront célèbres en doctrine et du tout affectionnés à l'instruciion de la jeunesse. »

La même année, les Etats du bailliage du Cotcntin , réunis à Saint-Lô, émettaient ce vœu : « Qu'il soit permis à chascune ville d'avoir ung collège et des escolles pour l'instruction de la j<;unesse et que, à ceste fin les bourgeois, manants et habitants des villes pourvoient par élection de personnes ydoines. »

Les États de Normandie reviennent, en septembre UilG, sur la demande qu'ils avaient déjà faite on 1G14 à propos des revenus des léproseries. L'art. 18 de leurs délibérations est ainsi conçu : « Pour appliquer le revenu des léproseries h l'entretien d'un précepteur : et d'aultant qu'il n'y a rien si nécessaire à l'État que Tnistruction de la jeunesse , ne qui rende les hommes plus obéissans aux lois et au prince que la bonne institution, Votre Majesté est su()pliée d'ordonner qu'en toutes les églises collégiales, il y aura une prébende, la première vacante, affectée à un homme capable, de mœurs et littérature suffisante, pour instruire la jeunesse des paroisses voisines desdictes églises, raesmes que les abbez seront tenus de nourrir et entretenir un personnage de semblable qualité pour exercer la mesme fonction tant pour leurs novices que pour les enfans des paroisses voisines des abbayes, n'ayant le pauvre peuple moyen d'envoyer leurs enfans aux escolles publiques qui partant demeurent sans discipline et instruction. »

Dans un synode tenu le 21 avril 1637, Léonor de Matignon, évoque de Coutances, promulgue des statuts et règlements pour les écoles qui seront repris en 1676, ainsi que nous le verrons plus loin, par l'un de ses successeurs, Loménie de Brie une.

En 1644, messire François de Péricard, évoque d'Evreux, donne à son diocèse des statuts et règlements où l'on remarque Tarticle suivant : « Comme de la bonne instruction qui se donne à la jeunesse dépend tout le fruit et le progrès de son âge plus avancé, ainsi que la moisson de la semence, il importe grandement que les curez prennent un soin particulier qu'aux paroisses auxquelles il y a fonds affectez pour les écoliers, il ne soit pas diverti ailleurs, ains donné k un maître d'école qui sera promu aux ordres sacrez, si faire se peut ; ou si c'est un laïque, qu'il soit de bonne vie, bonnes mœurs et bon exemple, soigneux d'instruire les enfans en l'honneur, amour et crainte de Dieu, observance des saints commandements et de son église, de leur enseigner le catéchisme, et particulièrement ce que chaque chrétien est obligé de savoir pour être sauvé : de ne leur permettre de lire aucun livre hérétique, roman impudique, et chansons déshonnêtes, ni aucuns livres qui ne soient pour leur utilité, instruction do bonnes mœurs, civilité et bonne discipline; et surtout, qu'il lui soit défendu d'admettre aucun enfant de huguenot pour être instruit parmi les écoliers. Et quant aux paroisses où il u'y a fonds pour ce sujet, les curez sont exhortez

d'exercer eux-mêmes cette œuvre de charité envers leurs paroissiens, ou la faire exercer par leurs vicairos ou prêtres, s'ils en ont : et seront lesdits précepteurs tenus de comparaître devant nous ou nos archidiacres en leurs visites, pour recevoir leur approbation. »

Au synode tenu à Rayeux en 1C62, messire François de Ncsmond % cvêque de celte ville, publie des statuts où se trouve l'article suivant (art. 10) redatif aux petites écoles : « Comme il est important de ne commettre pas toutes sortes dft personnes pour l'instruction des enfants : nous défendons k tons maures et maîtresses de s'ingérer dans ce ministère, sans y avoir été admis par nos doyens ruraux , conjointement avec chaque; curé des lieux, (iui examineront soigneusement leur capacité d'esprit et de science, tant pour la lecture, écriture, fjue catéchisme, et surtout leurs mœurs et piudence ; et les chargeons de les visiter, et de nous en rendre compte de temps en temps. Exhortons lesdits maîtres et maîtresses de se bien acciuitnr de cette charge ; et leur enjoignons d'ap|)rendre aux enfans les principaux mystère de notre foy, et de les instruire dans la piété chrétienne, et de la manière de se confesser : leurs défendons de tenir leurs écoles dans les églises ou chapelles : comme aussi aux maîtres de recevoir les filles dans leurs écoles, à peine de suspense pour les ecclésiasiiqnes, et d'excommunication pour les laïques, et aux maîtresses de recevoir des garçons sous les mêmes peines. Les curez marqueront une heure réglée et ordinaire à laquelle les maîtres et les maîtresses d'école seront tenus de conduire leurs écoliers et écoiières à la Sainte Messe et de les contenir dans un état modeste, et ils veilleront que leurs écoliers et écolières assistent au service paroissial et aux instructions les dimanches et les fêtes, et qu'ils fréquentent les sacremens. »

Nous trouvons des prescriptions analogues dans les statuts et ordonnances publiés le '2ô mai 16!»4 par Ms' Henry de Maupas du Tour, évoque d Evreux, pour son diocèse. L'art. 10 concernant Itts petites écoles est ainsi conçu: « Nous défendons à tous maîtres et maîtresses d'écoles d'enseigner la jeunesse sans notre permission, ou celle de ni s grands-vicaires ou archidiacres dans le cours de leur visite; et lesdits maîtres et maîtresses seront tenus de se trouver aux visites. Et en attendant que nous puissions apporter l'ordre nécessaire pour les écoles des campagnes, nous ordonnons que dans toutes les villes, les filles, quelque jeunes qu'elles soient, ne soient point enseignées aux écoles des hommes, ni les garçons en celles des femmes. »

C'est de la même pensée que s'inspire M»'' Jean Forcoal, évêque de Sész, dans les statuts qu'il promulgueau synode tenu en cette ville le 16 octobre 1674 : « Les curez, dit-il (article 6^ seront obligez do tenir registre de toutes les choses principales qui regardent leur ministère, et particulièrement des baptêmes, mariages et mortuaires, lesquels registres demeureront à l'église, et non à leurs hériiiers. Nous les exhortons de tenir euxmêmes les petites écoles dans leurs paroisses, ou de procurer quelque bon prêtre ou autre maître qui les tienne dans quelque maison particulière, et jamais dans l'église ; et i\ l'égard des bourgs et villes de notre diocèse où l'on peut avoir facilement des maîtres et des maîtresses, afin d'éviter les abus qui arrivent souvent par le mélange de sexe, nous défondons aux hommes de r.icevoir chez eux les filles, et pareillement aux femmes de recevoir les garçons, et sur tout défendons, sous peined'excommunication encourue ipso facto, aux pères et mèi-cs d'envoyer leurs enfants chez des maîtres ou jnaitros>os hérétiiiues. «

Le rj mai 1076, M='' Charles-François Loménie

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de Brienne. évoque de Coutances, tient un synode où il «t renouvelle et augmente » les statuts et règlements faits par M^' Léonor de Matignon au synode du 21 avril 1G37. L'article 19 de ces statuts traite des écoles: u Une des principales fins du sacrement de mariage, y est-il dit, étant Téducation des enfans, qui doivent ôtre élevez dans la connoissance, l'amour et la crainte de Dieu, rien n'est plus à désirer que de voir des maîtres et maîtresses d'écoles établis et multipliez dans le diocèse autant qu'il se pourra. Quelque désir néanmoins que Nous en ayons, Kous ne pouvons nous empê'her de défendre à tous les maîtres d'écoles, d'admettre les filles à leur école, de quelque âge qu'elles soient, ce que nous défendons aux ecclésiastiques sous peine de suspense, et aux séculiers à peine d'excommunication. Nous défendons semblablement aux maîtresses d'admettre aucuns garçons, de quelque âge qu'ils soient, sous la même peine, et .joi s conjurons tous les pères et les mères qui souffriront difficulté sur cet article, d'être persuadez que de fortes raisons nous obligent à faire la présente ordonnance pour tout le diocèse, qui avoit déjà été faite par M^' de Lesseville notre prédécesseur immédiat pour quelques lieux particuliers; et qu'il vaut mieux que les filles qui n'auront pas de maîtresse se sauvent en n'apprenant que le catéchisme à l'église, que de se damner peur apprendre davantage. Et d'autant qu'il est de grande importance que nous soyons asseurez de la doctrine et mœurs des maîtres et maîtresses, parce que des sources corrompues ne pourraient pas donner des eaux salutaires, nous souhaitons que personne ne s'ingère d'enseigner et de tenir les petites écoles qu'elle n'y soit autorisée, et que suivant l'ancien usage de ce diocèse elle n'ait pris des lettres. Nous défendons aux maîtres et maîtresses de se servir de livres hérétiques, suspects ou qui soient capables de corrompre les mœurs, comme sont les romans, les comédies, et autres, pour apprendre à lire aux enfans. Ils leur apprendront à prier Dieu, et leur feront le catéchisme au moins un jour de la semaine. »

Les mêmes recommandations sont résumées dans l'article 3, intitulé «Des Vicaires », des ordonnances publiées vers 1680 par messire Léonor de Matignon, évêque de Lisieux. « Nous enjoignons très expressément, dit ce prélat, à tous les vicaires de notre diocèse, de faire le catéchisme dans les paroisses de leur résidence tous les dimanches, comme aussi de tenir les petites écoles, dans lesquelles nous leur défendons, sous peine de suspense, d'y admettre aucunes filles, sous quelque prétexte que ce soit; et il ne leur sera délivré aucunes lettres de vicariat qu'à cette condition, lesquelles même ne leur seront continuées qu'en rapportant un certificat signé du curé du lieu, par lequel il paraîtra comme ils y auront satisfait. »

En 1682, M" Loménie de Brienne, évêque de Coutances, dont nous avons déjà parlé, proscrit des dîners des calendes, qui ne devaient durer qu'une heure au plus, la trop grande abondance des viandes, les pâtisseries et les confitures, mais il w réserve à ses curés la douceur beaucoup plus grande de surveiller les écoles, de les tenir, eux ou leurs vicaires, » d'en établir dans toutes les paroisses, si faire se peut, pour les garçons et pour les filles, et d'y afl'ccter une fondaiion capable d'attacher le maître et la maîtresse aux fonctions, si importantes, d'instruire la jeunesse, M l'espoir de la religion et de la société ».

Dans les statuts synodaux publiés le 17 octobre de la même année par messire Gabriel-Philippe de Froullay de Tessé, évoque d'Avranchcs, l'obligation de tenir les petites écoles est rappelée aux

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curés à plusieurs reprises. L'art. 29 de ces statuts est ainsi conçu : « 11 est du devoir des curez et vicaires de. prendre soin de l'instruction des enfans de leurs paroisses, et de leur apprendre non seulement les points fondamentaux de notre foi, expliquez dans le catéchisme, mais encore, autant qu'il se peut, à lire et à écrire, afin qu'ils soient en état de chanter les louanges de Dieu, et d'éviter les tromperies, qui ne sont que trop fréquentes parmi les hommes. C'est pour les porter j à s'acquitter de cette obligation, que nous les ex- ; hortons et leur enjoignons de tenir eux-mêmes, ! ou faire tenir de petites écoles, avec défense, 1 sous peine de suspense ipso facto, de recevoir en celle qu'ils tiendront, ou souffrir qu'on reçoive dans celles qu'ils feront tenir par les ecclésiastiques de leurs paroises ou autres, pour linstruction des garçons, aucune fille, de quelque âge qu'elle soit, dont toutefois il faudra procurer l'instruction par le ministère de quelque fille ou femme de piété, qui voudra bien donner ses soins pour un si saint emploi. » L'article 81 est encore plus explicite : « Les pasteurs de l'Eglise, y estil dit, étant, en effet, les pères des peuples, et plus particulièrement encoie des enfans des pauvres, dont les parens prennent fort peu de soin, soit à cause de la négligence qui leur est naturelle, ou à cause de !a nécessité où ils sont d'être assidus à leur travail, nous ordonnons à tous les curez de notre diocèse, conformément aux règles de l'Eglise, de tenir par eux-mêmes, ou de faire tenir de petites écoles dans leurs paroisses, dans lesquelles on recevra indifieremment les enfans des pauvres et des riches pour leur enseigner les principaux points de la foi catholique, les prière» du soir et du matin, à lire, écrire, et à servir la messe; que dans ces écoles on n'exigera aucune rétribution des enfans des pauvres, dont on prendra beaucoup de soin, dans la vue de plaire à Dieu; que les curez qui ne tiendront point euxmêmes les écoles auront soin d'en faire souvent la visite, pour connaître fi les maîtres s'acquittent soigneusement de leur devoir, s'ils gardent une juste médiocrité entre une trop grande sévélité et une trop grande indulgence ; si les enfans sont dociles, respectueux, soigneux de se rendre à l'école, et s'ils se corrigent de leurs vices et mauvaises habitudes : et pour nous conformer aux anciens statuts de notre diocèse, nous défendons expressément de recevoir en même école les garçons et les filles, et nous enjoignons aux maîtres et maîtresses desdites écoles d'apprendre à lire à leurs écoliers et leurs écolières dans des Heures approuvées par les docteurs, ou autres ministres de l'Eglise, ou dans d'autres livres de piété pareillement approuvez. Nous supplions tous les curez de notre diocèse de considérer attentivement devant Dieu l'obligatioaoù ils sont d'enseii;ner ou faire enseigner tous les enfans de leurs paroisses, et de chercher tous les moyens de faire instruire les filles par une fille ou une femme vertueuse, qui ait les conditions requises pour cet emploi. Cette obligation nous a paru d'une si grande importance, qu'encore que nous en ayons parlé ci-devant, nous avons jugé nécessaire d'en faire en cet endroit une mention plus particulière, sous les peines portées par l'ordonnance ci-dessus. »

Le successeur de Philippe de Iroullay à l'évêché d'Avranches fut le célèbre Pierre-Daniel Huet. Aprts avoir confié le collège et le séminaire d'Avranches aux Eudisies, il s'occupa tout spécialement de l'insiruction primaire. Dans un synode tenu le 23 avril li<93 dans ^a ville épiscopale, il lut et publia des statuts dont les articles 24, 25 et 26 sont coiisacrés aux petites écoles. Voici le texte de ces articles :

«Al t. 24. Nous ordonnons à tous les curez de

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notre diocèse, conlorm. mentaux règles de l'Église, détenir, ou faire tenir par leurs vicaires, ou autres personnes capables et approuvées de nous, les petites écoles pour l'instruction des enfants do leurs paroisses. Pour cet effet, nous déclarons qu'aucun ecclésiastique ne sera reçu à l'avenir pour faire les fonctions de vicaire, que sous la condition de te lir iosdites écoles lorsqu'il en sera requis par un curé. Nous enjoignons à ceux qui tiendront lesdiies écoles d'y recevoir indifféremment les pauvres et les riches sans exiger, ni môme recevoir aucune rétribution des premiers. On enseignera aux enfants dans ces écoles les principaux articles du catécliisme, les prières du soir et du malin ; à lire, à écrire et à servir la messe ; et même les principes de la langue latine, et la note du plain-chant aux enfans qui leur paraîtront y avoir quelque disposition, et si le nombre de ceux de l'instruction desquels ils sont chargez leur permet. Les maîtres prendront garde de ne se servir, pour les faire lire, ou traduire, d'aucuns livres qui ne soient approuvez ou qui contiennent des matières dangereuses. Les curez qui ne tiendront pas eux-mêmes les écoles, auront attention sur les maîtres qui les tiendront, pour leur faire faire leur devoir. Et pour l'instruction des jeunes filles, nous les exhortons d'employer tous leurs soins, et toute leur industrie, pour trouver et engager quelques filles ou femmes pieuses, et de vie exemplaire, et capables de cet emploi, à vouloir s'en charger, après avoir pris auparavant notre approbation.

» Art. 25. — Nous défendons à tous curez, vicaires, et autres ecclésiastiques tenant les petites écoles, sous peine de suspense, ipso facto, et à tous maîtres d'école laïques, sous peine d'excommunication, de recevoir des filles dans leurs écoles avec les garçons, ni même de se mêler d'instruire les filles, ni en public, ni en particulier.

» Art. 26. — Nous défendons à toutes personnes de s'ingérer de tenir une école, sans une permission de nous par écrit, u

Nous devons mentionner aussi un arrêt, en date du 14 mars 1699, de l'intendant Foucault, de la généralité de Gaen, qui soumet les écoles à l'autorisation préalable de l'évêque diocésain et qui interdit les écoles mixtes.

En 1705, M*' Daquin, évêque de Séez, s'exprime ainsi dans une ordonnance rendue pour la paroisse d'Alençon : « Notre devoir nous oblige de prendre garde que l'instruction des jeunes gens ne soit confiée qu'à des personnes d'une vertu et d'une capacité reconnues, de peur que ce qui doit les conserver dans l'innocence et dans la piété ne soit un piège pour les perdre et les engager dans le vice. Ce malheur arrive ordinairement et peut arriver toujours par des personnes inconnues et souvent déréglées qui se mêlent d'aller enseigner les enfants sans nous avoir donné des preuves de leur bonne vie et de leur capacité, et sans avoir obtenu de nous les approbations nécessaires conformément à la discipline de l'Eglise et aux ordonnances royales. Nous avons vu avec douleur que chacun indifféremment se mettait de cette profession dans cette paroisse, sans vocation, sans capacité et avec si peu de mérite pour cela, que quelques-uns montrent aux enfants dans des maisons où l'erreur, que le malheur de la naissance y a mis, n'y est pas encore éteinte ; ils faisaient lire aux enfants des livres des hérétiques; et, aux heures de prières, ils se retiraient pour les laisser prier avec leurs parents, loin de leur apprendre eux mômes à prier avec l'Eglise et comme l'Eglise. Pour remédier à ces maux, nous défendons à tous fidèles de l'un et de l'autre sexe de tenir les petites écoles publiques, ni d'aller enseigner les enfants dans la ville et faubourgs d'Alençon, sans nous avoir donné attestation juridique de leur l'e Partie

bonne conduite, mœurs et capacité, et sans avoir reçu notre approbation et permission par écrit, sous peine d'être interdits de Tenir ee de l'église.

» Le sieur curé s'opposera à ceux qui viendront s'ingérer de faire ces fonctions dans sa paroisse sans être approuvés de nous ;.et, s'ils n'obéissent pas, il fera les trois monitions de trois jours en trois jours par écrit, en présence de témoins , leur laissant chaque fois une copie des monitions signée des témoins, lesquelles il nous enverra ensuite afin d'être procédé contre eux par la déclaration de l'interdit. Nous confirmons pour cet emploi de maîtres et maîtresses décole les personnes qui nous ont été présentées et qui ont déjà été approuvées de nous dans le cours des deux visites que nous avons faites dans cette paroisse.

» Conformément aux décrets des saints conciles, aux Lettres de Louis XIV, aux déclarations des rois et aux arrêts des cours supérieures, et à la pratique des églises les plus florissantes, nous défendons aux maîtres et maîtresses d'école d'enseigner des filles, des garçons ou de les recevoir en même classe so us quelque prétexte que ce soit. Les garçons seront instruits parleshommes, et les filles qui nuiront pas aux écoles qui se trouvent dans les communautés dont c'est l'institut seront enseignées par quelques filles ou femmes de piété que nous aurons approuvées.

» Comme nous avons été informé qu'^ parmi les maîtresses d'école qui sont maintenant dans cette ville, il n'y en a point ou peu qui soient en état de montrer aux petites filles l'arithmétique ou même à écrire, ce qui réduit à la nécessité d'avoir recours aux maîtres, nous pcTm^'ttons, en ce cas seulement et pour un temps^ aux maîtres de montrer aux petites, mais seulement dans les maisons où ils seront mandés et en présence des parents. Nous recommandons aux confesseurs de tenir la main dans le tribunal de la pénitence tant à l'éi^ard des maîtres qu'à l'égard des pères et mères. On se donnera tous les soins pour faire cesser cette peine et avoir des maîtresses d'école et des ma îtres capables d'enseigner chacun de leur côté tout ce qui est de leur ministère.

» Les maîtresses d'école inspireront à leurs écolières la dévotion et la modestie dans leurs habits, leur défendront de paraître les épaules, les seins et les bras nus, et les porteront à é\iter les conversations familières avec les garçons, leur apprendront à prier Dieu, à lire, à écrire, l'arithmétique, à coudre^ à filer, ou quelque autre travail convenable à leur sexe; elles auront particulièrement soin de leur enseigner, pendant le cours de la semaine, les points de la doctrine chrétienne qui auront été expliqués publiquement les fêtes ou les dimanch es, dans léglise, au prône ou au catéchisme. On ne se servira pour cela, aussi bien que pour les prières , que de catéchismes et prières publiés dans le diocèse par l'autorité de nos prédécesseurs ou qui le seront dans la suite par la nôtre. On tâche ra aussi d'apprendre aux petites filles à chuiter des cantiques pendant qu'elles travailleront. On n e leur enseignera point d'autres cantiques que ce ux dont nous avons permis l'usage, afin qu'il n'y ait rien, ni dans les airs ni dans les paroles, qui en puisse faire perdre le fruit.

» Les maîtres d'école approuvés de nous enseigneront aux enfants à prier Dieu, à lire, à écrire et se souviendront sur toutes clio ses qu'ils sont principalement établis pour élev er les enfants dans la piété et leur apprendre à bicn vivre. Ils auront une application singulière à leur inspirer, par leurs paroles et par leurs exemples, des sentiments de pieté et de religion. Ils veilleront sur leurs moeurs et feront en sorte qu'ils ne fassent

NORMANDIE

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