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maire ou son délégué, faire le récolernent du mobilier scolaire, des livres de la bibliothèque, des archives scolaires, et, s'il y a lieu, de son mobilier personnel et de celui de ses adjoints.
» Le procès-verbal de cette opération, signé par les deux parties, constituera l'instituteur responsable des objets désignés à l'inventaire. [Cette opération si importante ne se fait pas toujours avec tout le soin désirable.)
» En cas de changement de résidence, l'instituteur provoquera, avant son départ, un nouveau récolernent du mobilier. [En cas de coiitestation entre les deux instituteurs^ l'un sortajit de L'école, Vautre y entrant, ils devront s'adresser immédiatement à l'inspecteur primaire, tout désigné dans ces conditions pour exercer une sorte de justice de paix.)
» Art. 10.— Un tableau portant le prix de tous les objets que l'instituteur sera autorisé à fournir aux élèves sera affiché dans l'école, après avoir été visé par l'inspecteur primaire.
» Art. 11. — La classe sera blanchie ou lessivée tous les ans, et tenue dans un état constant de propreté et de salubrité. A cet effet, elle sera balayée et arrosée tous les jours ; l'air y sera fréquemment renouvelé; même en hiver, les fenêtres seront ouvertes pendant l'intervalle des classes.
» Art. 12. — Le français sera seul en usage dans l'école.
» Art. 13. — Toute représentation théâtrale est interdite dans les écoles publiques. (Celte interdiction ne s'étend pas aux dialogues classiques.)
» Art. 14. — Aucun livre ni brochure, aucun imprimé ni manuscrit étrangers à l'enseignement ne peuvent être introduits dans l'école, sans l'autorisation écrite de l'inspecteur d'académie.
» Art. 15. — Toute pétition, quête, souscription ou loterie y est également interdite. [En cas de calamité publique, cfioléra, inondation, etc., il est bien difficile d'interdire absolument toute souscription : il y a là une question de mesure, et Vinslituteur ne doit jamais rien faire sans avoir reçu une autorisation expresse de l'inspecteur d'académie.)
» Art. 16. — Les seules punitions dont l'institcur puisse faire usage sont :
» Les mauvais points ;
» La réprimande;
» La privation partielle de la récréation ;
» La retenue après la classe, sous la surveillance de l'instituteur;
» L'exclusion temporaire.
» Cette dernière peine ne pourra dépasser trois jours. Avis en sera donné immédiatement par ï'in&tituteur aux parents de l'enfant, aux autorités locales et à l'inspecteur primaire.
» Une exclusion de plus longue durée ne pourra être prononcée que par l'inspecteur d'académie.
» Art. n. — Il est absolument interdit d'infliger aucun châtiment corporel. [La mise à genoux, l'obligation de porter un écriteau sur le dos, et autres punitio7is semblables, doivent être considérées comme des peines corporelles.)
» Art, 18. — Les jours de congés extraordinaires sont :
» Une semaine à l'occasion des fêtes do Pâques ;
» Le premier jour de l'an, ou le lendemain si ce jour est un dimanche ou un jeudi ;
» Le lundi de la Pentecôte ;
)> Le lendemain de la Toussaint, le matin seulement ;
» Les jours de fêtes patronales;
» Les jours de fêtes nationales.
» Art. 19. — L'époque et la durée des vacances seront fixées chaque année par le préfet, en Conseil départemental.
» Art. 20. — L'insiiiuteur ne pourra ni intervertir les jours de classe, ni s'absenter, sans y avoir été autorisé par l'inspecteur primaire, et sans avoir donné avis de cette autorisation aux autorités locales.
« Si l'absence doit durer plus de trois jours, l'autorisation de l'inspecteur d'académie est nécessaire.
» Un congé de plus de huit jours ne peut être donné que par le préfet. Dans les circonstances graves et-imprévues, l'instituteur pourra s'absenter, sans autre condition que de donner immédiatement avis de son absence aux autorités locales et à l'inspecteur primaire.
» Art. 21. — Les dispositions de ce règlement sont applicables aux écoles de filles.
» Art, 22. — Le règlement modèle en date du n août 18Ô1 est et demeure abrogé.
» Art. 23. — Les autorités préposées par la loi à la surveillance de l'instruction primaire sont chargées de l'exécution du présent règlement. »
Tous les devoirs de l'instituteur ne sont pas énumérés dans le règlement modèle. On sait que les maîtres et les maltresses doivent tenir : le registre matricule; le registre d'appel ou de présence; le registre de l'inventaire du mobilier de l'école et du matériel d'enseignement; le registre d'inventaire du mobi ier personnel, s'il y a lieu; le catalogue des livres de la bibliothèque populaire de l'école avec le registre des recettes et des dépenses et le registre des entrées et des sorties. Ce sont les seules écritures obligatoires depuis l'arrêté du 14 octobre 1881, quia supprimé le journal de classe. Cependant beaucoup d'instituteurs continuent, sans y être forcés, à rédiger un carnet de préparation des leçons : nous ne pouvons que les en féliciter. Beaucoup d'entre eux correspondent avec les familles par les notes qu'ils envoient aux parents sous une forme ou sous une autre; rien ne saurait être plus encouragé.
La loi du 28 mars 1882 (art. 10) a ordonné en outre que tous les instituteurs publics ou libres adresseraient à la fin de chaque mois au maire et à l'inspetteur primaire un extrait du registre d'appel, avec l'indication du nombre des absences et des motifs invoqués.
Enfin, les conférences pédagogiques cantonales ont été rendues obligatoires par l'arrêté du 5 juin 1880; et il est bien entendu que tout instituteur doit répondre à la convocation de ses chefs : inspecteur primaire, inspecteur d'académie et préfet, pour toute affaire de service.
Il est bien entendu aussi que l'instituteur n'a pas seulement des devoirs envers ses chefs et ses élèves : lorsqu'il dirige une école à plusieurs classes, il en a de particulièrement graves et délicats à remplir envers ses adjoints ; par leur nature même, ces devoirs se prêtent mal à des prescriptions réglementaires, et en général une grande liberté est laissée aux titulaires : il est rare qu'ils en mésusent.
Nous n'avons parlé ici que de l'organisation administrative de l'école primaire proprement dite, de l'école que doivent fréquenter les élèves soumis à l'obligation légale de l'instruction. Quant aux écoles primaires supérieures, leur organisation est restée jusqu'à présent assez rudimentaire, et n'a pas été fixée par un règlement modèle. Les écoles maternelles sont régies par un règlement modèle en date du 2 août 1881, conçu dans le même esprit que celui des écoles primaires; nous ne reproduisons pas ici ce document, qu'on trouvera à l'articlo Règlements scolaires, p. 2558.
[A. Beurier.]
ORGANISATION PEDAGOGlQTE I)E L'EN- SI'KiNEMK.XT l'IUMAIKE. — L'instruction primaire est aujonrdhui donnée dans une série d'écoles qui est la suivante : les écoles maternelles ; les écoles primaires proprement dites, auxquelles, dam
des circonstances prévues, peuvent s'ajouter une classe enfantine et quel(|U('fois un cours complémentaire d'enscignempnl primaire supérieur; et les écoles primaires supérieures. Il existe en outre des écoles normales primaires d'instituteurs et d'institutrices, et deux écoles normales primaires supérieures destinées à pourvoir de professeurs les écoles normales primaires.
On comprend que chacune de ces catégories d'écoles, qui représente un degré de l'enseignement primaire, ait son programme particulier découlant du programme général. Sous peine de n'arrivera aucun résultat satisfaisant, il fautque, dans chaque établissement, on sache non seulement à quel maximum de connaissances on doit s'élever, mais encore comment ilimporte de diviser et de répartir l'ensemble des matières à étudier, pour permettre à des groupes d'élèves, différents par l'âge et par l'avancement, d'arriver, par des degrés successifs, à l'embrasser dans un temps donné. Pénétrant plus avant dans le détail, il n'importe pas moins de savoir quel temps doit être consacré, chaque jour, à chaque matière d'enseignement selon son importance relative. Telle est l'œuvre de Vorganisation pédagogique. Cette organisation comprend nécessairement plusieurs points principaux qui sont, pour chaque catégorie d'écoles: 1° un plan d'études; 2° un classement des élèves en conformité de ce plan; 3° un emploi du temps.
L'organisation pédagogique des écoles maternelles est réglée par l'arrêté ministériel du 28 juillet 1882.
Celle des écoles primaires élémentaires est réglée par l'arrêté du 27 juillet de la même année.
Les écoles d'enseignement primaire supérieur (cours complémentaires d'un an ou écoles supérieures proprement dites), créées par décret du 15 janvier 1881, sont organisées par l'arrêté de la même date, qui détermine la durée des études et les programmes de ces études.
Enfin, les écoles normales ont été réorganisées par le décret du 29 juillet 1881 et l'arrêté du 3 août 1881.
Nous ne traiterons ici ni des écoles maternelles, ni des écoles primaires supérieures, ni des écoles normales, auxquelles des articles spéciaux sont consacrés. Nous limiterons notre exposé à l'organisation pédagogique des écoles primaires proprement dites.
La première tentative pour donner aux écoles primaires publiques ce qu'on appelle une organisation pédagogique se trouve dans l'arrêté du 25 avril 1834, pris en exécution de la loi du 28 juin 1833. Durant la période qui précède, deux systèmes rivaux s'étaient disputé le champ de l'instruction primaire : celui des frères des écoles chrétiennes et celui de l'enseignement mutuel. Chacun d[eux avait sa méthode particulière. Nous ne reviendrons pas ici sur ce sujet, qui a été traité ailleurs avec tous les développements désirables. Nous renvoyons le lecteur, pour ce qui concerne les écoles des frères, aux arti> les Frères des écoles chrétiennes et La Salle, et pour ce qui concerne les écoles mutuelles aux articles Lancaster^ Mutuel [Enseignement) et Société pour l'instruction élémentaire.
L'arrêté du 25 avril 1834 traite à la fois de la discipline (V. Orgaiiisation administrative) et des études. Il contient, quant au programme et au classement des élèves, des régîtes intéressantes à consulter. Il reproduit le prouramme de la loi de 1833. Il fixe l'âge scolaire de six à treize ans. 11 partage les élèves des écoles élémentaires en trois divisions principales, « à raison de leur âge et des objets d'enseignement dont ils seront occupés ». Les enfants de six à huit ans formeront la 1" division. Indépendamment des prières, « on leurcnseignera en même temps la lecture, l'écriiure et
les premières notions du calcul verbt'. » Les enfants de huit à dix ans formeront la 2* division. On leur enseignera de plus « le calcul écrit et la grammaire française ». La 3^ division se composera des enfants de dix ans et au-dessus'jusqu'à leur sortie de l'école. « Ils recevront en outre des notions élémentaires de géographie et d'histoire... L'enseignement du chant et du dessin linéaire sera donné de préférence dans cette division. » A l'article 8 de ce règlement est annexé un tableau de la répartition des matières entre les trois divisions. Des révisions, des compositions, des exanxins sont recommandés. « Il y aura, dit l'article 13, pour les écoles de chaque arrondissement, une répartition de leçons et d'exercices qui sera faite par le comité supérieur et soumise à l'approbation du Conseil royal. »
Cette organisation est encore rudimentaire et vague. Elle considérait surtout les écoles à un seul maître. Elle constituait néanmoins un progrès et affirmait la nécessité d'un ordre quelconque. Malheureusement la voie n'était pas préparée. Ce règlement resta lettre morte.
Il faut cependant signaler le mouvement de réveil dont la loi de 1833 et le règlement de 1834 furent le prélude. Dans quelques grandes villes, à Paris surtout, les écoles libres eurent une ère de prospérité et luttèrent vaillamment contre les écoles des frères et les écoles mutuelles. Le mode .simultané y fut généralement pratiqué. Le partage des élèves en trois divisions ou en trois classes y était presque partout établi. Les expressions : la grande, la moyenne, la petite classe étaient consacrées. En parcourant les six années du journal pédagogique VEcho des écoles primaires, publié de 1837 à 1843, on constate que de grands efforts ont été faits, efforts isolés, manquant encore de lien, d'unité et de sanction, mais démontrant la nécessité d'une organisation générale et lui préparant les voies.
Sous le régime de la loi de 1850, il faut arriver à l'année 1854 pour retrouver, en dehors d'efforts individuels, la tendance vers une organisation pédagogique. Cette idée renaît avec les conférences d'instituteurs, abandonnées depuis 1849. Une tentative qui mérite d'être signalée la première fut faite dans le Loiret par M. Villemcreux, inspecteur d'académie, secondé par MM. Brouard, Pinet et Mettas, inspecteurs de l'enseignement primaire. M. Villemereux avait fait déjà dans la Marne un premier essai dans ce sens.
On trouve dans le Manuel de l'instituteur primaire ou résumé des conférences fades aux instituteurs du L'iiret l'exposé d'une réelle organisation pédagogi(iue, reposant sur un classement méthodique des élèves, sur des emplois du temps bien conçus et sur un mode de préparation des classes à l'aide d'un journal de classe Le plan adopté distribue les élèves de cha(iue école en trois divisions « d'après la force moyenne des enfants sur l'ensemble des matières de l'enseignement » : la division inférieure ou 3^ division, la division moyenne ou 2® division, la division snpérieure ou r* division. Celte organisation comprend un emploi du temps uniforme, « d'un plan invariable dans ses dispositions générales, mais d'un agencement suffisamment mobile pour l'adapter aux circo stances et aux habitudes locales, de manière à être également applicable aux écoles spéciales et aux écoles mixtes, aux villes et aux communes rurales. » Sans entrer dans les détails, nous dirons seulement que cet emploi du t> uips était conçu de manière à favoriser le dév. loppement des îarultes physiques, eu combinant les exercices intellectuels avec de nombreux m'>uvements; qu'il s'cffoicaii de mettre dans l'enx'iu'nement beaucoup do variété; qu'il coordonnait et répartissait les exercices de telle sorte que les
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élèves eussent tous les jours une leçon sur chacune des matières du programme ; qu'enfin il établissait les cours communs permettant au maître, dans les écoles si nombreuses à une seule classe, de s'adresser à de certains moments à la classe tout entière. Notons que la classe du samedi était consacrée à une révision.
Cette organisation pédagogique fut mise en œuvre et produisit d'excellents résultats. Elle était cependant incomplète encore. Il y manquait des programmes précis et convenablement divisés. Sans doute ces programmes ont été indiqués et développés dans les conférences. Ils existaient dans l'esprit des auteurs du Manuel; ils ressortent des directions pédagogiques que ce Manuel renferme ; mais ils ne se formulent pas dans un tableau invariable destiné à devenir la loi de l'école. Un tel pian d'études nous semble pourtant plus facile à imposer qu'un emploi du temps uniforme. Une foule de circonstances peuvent nécessiter la modification de l'emploi du temps. Les mêmes circonstances ont moins de prise sur un programme. Si ce qui doit être étudié dans chacune des trois divisions est bien déterminé, il se peut qu'une école ne puisse jamais avoir de première division, qu'elle n'en ait même qu'une troisième : mais on étudiera dans cette troisième division toutes les matières qu'elle embrasse.
Hâtons-nous d'ajouter que nous trouvons cette lacune en partie comblée dans V Organisation pédagogique des écoles, d'après M. Villemereux, par JVl. Pinet. Ce livre donne un programme des matières à enseigner dans chacune des trois divisions d'une école primaire.
Une autre tentative d'organisation pédagogique fut faite par M. J.-J. Rapet. Nous trouvons, en 1856, dans le journal V Instruction primaire, l'exposé d'un plan d'études primaires auquel nous devons nous arrêter quelques instants.
M. Rapet commence par insister sur la nécessité de déterminer d'abord comment il convient de répartir les branches d'études du programme dans la durée du temps que la moyenne des élèves passe à l'école. « Avant, dit-il, de savoir comment on peut enseigner, il faut savoir ce qu'on doit enseigner. » Parlant des nombreux emplois du temps publiés à cette époque, il en prend à partie les auteurs. Ceux qui les ont composés sans arrêter d'avance un plan d'études ressemblent, dit-il, « à des gens qui voudraient régler le menu de chaque jour avant de savoir ce qu'ils ont à dépenser par an ». M. Rapet donne la préférence à une division triennale des matières du programme. Il déclare que cette idée, à laquelle il s'est rallié après mûre réflexion, appartient à M. Charbonneau, directeur de l'école normale deParthenay.
Au soin que prend M. Rapet de répondre, dans l'Instruction primaire^ aux objections que peut soulever son système, on sent que ces objections furent nombreuses. Il démontre victorieusement, selon nous, que la division du cours d'études en trois années est la seule rationnelle. Il a en vue surtout les écoles à un seul maître, les plus nombreuses (à cette époque elles représentaient les neuf dixièmes des écoles de garçons). Si l'école est partagée en plus de trois divisions, le tour de chacune de recevoir la leçon du maître ne revient plus qu'à de longs intervalles. L'aciion de l'instituteur s'amoindrit; il faut ou le ti-avail solitaire, dont l'enfaut est incapable, ou le concours du moniteur, et nous retombons dans l'enseignement mutuel. De ce que le cours d'études est divisé en trois années, il ne s'ensuit pas que tous les élèves doivent le parcourir dans ce temps, et il est toujours possible, il est nécessaire même, de faire recommencer une année d'études à ceux qui ne sont pas en état de passer au programme de l'année suivante.
M. Rapet dresse alors un tableau indiquant avec détail le programme de chacune des trois années d'études.
Dans le programme de la 3^ division (enfants de sept à neuf ans) figurent : la lecture, l'écriture, l'instruction morale et religieuse, les exercices de langue française (orthographe usuelle et explication du sens des mots), le calcul (numération parlée, calcul mental : addition, soustraction, table de multiplication), le dessin linéaire, le chant pendant les marches. — Dans le programme de la 2« division (enfants de neuf à onze ans), nous trouvons, outre les matières qui précèdent, la grammaire moins la syntaxe, le calcul écrit (quatre règles et système métrique), le dessin linéaire à main levée, les premières notions de géographie, des notions familières des connaissances usuelles. — Dans le programme de la 1" division (enfants de onze à treize ans), les élèves étudient la syntaxe, font des exercices de composition et de style, dessinent avec des instruments, étudient l'arpentage, le levé des plans, le toisé, la géographie générale et la géographie de la France, l'histoire de France et la chronologie des principaux peuples, des notions élémentaires de mécanique, de physique, de chimie, d'histoire naturelle, d'industrie, d'hygiène, la musique.
Des emplois du temps accompagnent ce plan d'études.
En étudiant cette organisation, nous remarquons que toutes les matières du programme, même du programme obligatoire, ne sont pas abordées en même temps dans les trois années. Le calcul écrit ne vient qu'en 2^ année, la géographie ne s'étudie en réalité qu'en 3* année; il en est de même de l'histoire de France et des notions usuelles des sciences. Avec ce système, beaucoup d'enfants, surtout à une époque où l'obligation n'existait pas, devaient quitter l'école sans avoir abordé un certain nombre des matières du programme. Il est vrai de dire qu'alors l'histoire, la géographie de la France et les sciences étaient des matières facultatives. On ne demandait aux maîtres eux-mêmes ni l'histoire, ni la géographie.
Il ne faut pas quitter l'organisation de M. Rapet sans mentionner son Cours d'études des écoles primaires, recueil de devoirs pour chacune des divisions, dans chaque branche. Il contient des devoirs pour chaque jour de l'année scolaire. C'est la mise en pratique minutieuse de son plan d'études. Le pédagogue éminent s'y révèle à chaque page.
L'initiative prise par M. Villemereux dans le Loiret, par M. Rapet dans le journal V Instruction primaire, porta ses fruits. Des organisations semblables furent tentées dans beaucoup de départements. M. Pinet, dans son livre, n'en cite pas moins de dix-neuf, en tête desquelles figure celle de Maine-et-Loire. (Voir le Guide des instituteurs de Maine-et-Loire publié à Angers en 1858.)
Nous sommes arrivés à l'époque où fut créée l'organisation pédagogique des écoles du département de la Seine, œuvre de M. Gréard, alors inspecteur d'académie. Le règlement de cette organisation porte la date du 10 juillet 18GS. Il répartit l'enseignement primaire en trois cours : cours élémentaire, cours intermédiaire, cours supérieur; mais il ne suit pas de cette division que l'élève doive terminer ses études en trois années. Le règlement permet donc le sectionnement de chaque cours eu autant de divisions (jue le comporte le nombre des élèves. Il détermine l'effectif de chaque division. 11 renferme des indications précises relaliveuicnt au classement des élèves, qui « seront répartis entre les différents cours, à la suite d'un examen fait par le directeur ou la directrice de l'école sous le contrôle de l'inspecteur
primaire ». Enfin il établit un certificat d'études accorde aux élèves du cours supérieur après examen.
Les détails de l'organisation pédagogique de la Seine ont été exposés dans plusieurs articles de ce Dictionnaire (V. Classe^ Cours, Emploi du temps, Mois, etc.). Nous nous contenterons ici de rappeler les principes sur lesquels elle repose, principes qui depuis ont été mis partout en application et qui ont produit de si heureux résultats.
Le caractère principal et distinctif de ce plan d'études, c'est que chacune de ses parties forme un tout complet : « Ciiacun des cours a son développement propre. » Dès le cours élémentaire, toutes les matières de l'enseignement sont embrassées dans leurs premiers éléments de manière à former un ensemble suffisant. Au cours moyen, elles reçoivent toutes un certain développement. Au cours supérieur, elles atteignent le degré maximum fixé par la loi. « L'enfant qui ne pourra pas pousser ses études jusqu'au cours supérieur, dit M. Gréard, aura du moins un fonds de notions formant un tout complet à son degré et qu'il lui sera facile d'entretenir et d'étendre, soit de lui-même dans la maison paternelle, soit dans les classes d'apprentis et d'adultes. »
Un autre caractère de cette organisation, c'est le parallélisme qu'elle s'efforce de maintenir entre les cours et qu'elle recommande surtout entre les divisions d'un même cours. Ce parallélisme présente de précieux avantages. Dans les grandes écoles urbaines où les mutations sont nombreuses, il permet aux élèves de changer de division dans la même année, sans qu'il y ait perturbation dans leurs études. Dans les écoles rurales où plusieurs cours sont souvent confiés à un même maître, il rend possibles les leçons communes recommandées avec tant de raison.
C'est afin de faciliter ce parallélisme et de donner aux programmes plus de précision, que lut établie une répartition mensuelle des matières de l'enseignement pour chacun des trois cours. Ce point important de l'organisation pédagogique des écoles a fait l'objet d'une étude particulière qu'on trouvera à l'article Mois.
Dès le début, l'organisation des écoles de la Seine fut complétée par des emplois du temps bien conçus.
Si l'on veut connaître à fond cette organisation, qui a servi de type à l'organisation actuelle, il faut lire dans le Bulletin de l'instruction pritnaire du département de la Seine les circulaires et les directions pédagogiques dont M. Gréard fit suivie la publication de ses programmes; il faut lire ses rapports au Conseil départemental et son grand rapport sur l'instruction primaire dans le déparment de la Seine de 1867 à 1877. Ces pages magistrales ont alors provoqué, encouragé et éclairé bien des efforts. On n'a pas oublié avec quel courageux entrain tous, inspecteurs, instituteurs et institutrices, entrèrent dans la voie nouvelle et travaillèrent à la transformation de nos écoles et de notre enseignement.
L'élan se communiqua bientôt au dehors. Dès 1868, M. Duruy, minisire de l'instruction publique, demandait à M. le préfet de la Seine 110 exemplaires de la brochure qui renfermait l'exposé de la nouvelle organisation, afin de la communiquer aux préfets et aux recteurs.
Aussitôt après les événements de 1870, le 18 novembre 1871, M. Jules Simon, ministre de l'instruction publique, adressait aux inspecteurs d'académie une circulaire prescrivant une organisation pédagogique de toutes les écoles de France. A cette circulaire étaient annexés des programmes et des emplois du temps. Ces programmes qui, à peu de chose près, étaient ceux du département de la Seine, réparlissaient, tri-
mestre par trimestre, les matières d'enseignement en trois années ou en trois cours. Mais ces dispositions n'étaient pas imposées ; dans la pensée du ministre, elles n'étaient qu'une indication. Cliaque instituteur et chaque institutrice devait dresser pour son usage : « 1° un plan d'études indiquant la répartition de l'enseignement en un nombre d'années approprié aux besoins de leur école; S'' un tableau de l'emploi du temps en harmonie avec ce plan. » Le ministre voulait encoarager chez les maîtres l'esprit d'initiative; il ne trouvait pas d'ailleurs le terrain suffisamment pr.'paré à recevoir une organisation uniforme. Ce qu'il désirait, c'est que rien ne fût plus livré au hasard, c'est qu'il y eût partout une organisation, c'est qu'on s'habituât partout à une règle.
On se mit à l'œuvre. Dans un grand nombre de départements, des plans d'études furent préparés et reçurent l'approbation des inspecteurs primaires et des Conseils départementaux. Mais il est facile de comprendre que ces organisations multiples manquèrent d'unité. Si un grand nombre de maîtres intelligents avaient mûri avec soin leur travail, d'autres l'avaient fait un peu au hasard. D'ailleurs les circonstances qui influent sur la fréquentation scolaire et sur les besoins des populations au point de vue de l'instruction sont plutôt régionales que locales. On ne tarda donc pas à s'apercevoir qu'il n'y avait aucun inconvénient à donner à chaque département une organisation unique, au moins quant au plan d'études, l'emploi du temps pouvant seul varier d'une commune à l'autre. Plusieurs inspecteurs d'académie prirent résolument l'initiative de cette réforme. Les instituteurs furent consultés. Le plan d'études et les programmes particuliers furent étudiés et discutés dans des conférences et dans des commissions, puis ils devinrent la règle uniforme du département.
Nous citerons ici, entre autres, les organisations de M. Rousselot dans le Doubs d'abord, et dans la Meurthe-et-Moselle, en 1874; celles de M. de Coiirçonnais dans l'Aube, de M. Godin dans la Lozère, de M. Anthoine dans le Nord, de AL Aubin dans le Rhône, et enfin celle de M. Desprez dans l'Eure-et-Loir en 1880. Cette dernière est la plus complète ; elle embrasse les salles d'asile, les écoles enfantines, les écoles élémentaires, les écoles primaires supérieures de garçons et de filles, et même l'enseignement secondaire pour les jeunes filles.
Toutes ces organisations ressemblaient en beaucoup de points à celle de la Seine. Dans quelques-unes, la répartition des matières était trimestrielle. Une seule, celle du Nord, admettait quatre cours ; elle ajoutait au début un cours préparatoire : c'était l'école enfantine.
Aujourd'hui, la loi du 28 mars 1882 a modifié le programme général de l'enseignement primaire. L'article l^r de cette loi énumère les matières d'enseignement, mais ne fait plus de démarcation entre les matières obligatoires et les matières facultatives. Cette extension du programme devait nécessairement amener la modification des organisations préparées sous le régime de la loi précédente.
Le ministre de l'instruction publique, voulant étendre à toute la France les avantages d'une organisation dont tout le monde reconnaît la nécessité, publia le 27 juillet 1882, après avis du Conseil supérieur, un arrêté qui règle cette organisation. Nous indiquons sommairement ici les principales dispositions de cet arrêté.
L'enseignement est divisé en trois cours, dont la constitution est obligatoire dans toutes les écoles, quel que soit le nombre des classes et des élèves : cours élémentaire, cours moyen, cours supérieur. — Le règlement admet, dans les com-
munes où il n'y a point d'école maternelle, une classe enfantine pour les enfants de cinq à sept ans. Il admet également, pour les enfants munis du certificat d'études, en l'absence d'une école supérieure, un cours complémentaire dont la durée est fixée à un an. — Il contient des instructions précises pour le classement des élèves, dans les écoles à une seule classe, et dans les écoles à deux, trois, quatre, cinq, six classes et au-dessus. Le classement des élèves est confié aux directeurs et directrices d'école sous le contrôle de l'inspecteur primaire. — Afin de rendre l'enseignement réellement simultané et de faire profiter les efl'orts du maître à la masse des élèves toujours, et jamais à quelques-uns seulement, le règlement interdit tout concours auquel ne participerait pas la totalité des élèves de l'un au moins des trois cours.
Des programmes sont annexés à cet arrêté.
L'ensemble des matières qu'embrassent ces programmes a été divisé en trois parties distinctes, rappelant le triple objet de l'éducation ; 1° éducation physique ; 2^ éducation intellectuelle ; 3» éducation morale.
Le programme d'éducation physique comprend, pour la classe enfantine et pour chacun des trois cours : l» les soins d'hygiène et de propreté; 2° la gymnastique; 3° les exercices militaires pour les garçons, les travaux manuels pour les garçons et pour les filles. — Le programme d'éducation intellectuelle comprend, pour la classe enfantine et pour chacun des trois cours : 1° la lecture; 2° l'écriture; 3° la langue française ; 4° l'histoire; 5<> la géographie; 6° l'instruction civique, le droit usuel, les notions d'économie politique ; 7° le calcul, l'arithmétique ; 8» la géométrie; 9° le dessin d'ornement; 10° les éléments usuels des sciences physiques et naturelles (leçons de choses); 11" l'agriculture et l'horticulture; l'l° le chant. Signalons de plus un programme spécial des leçons de choses pour la classe enfantine : c'est un exemple de répartition mensuelle emprunté à un travail de M. l'inspecteur général Félix Cadet, publié dans ce Dictionnaire (V. Leçons de choses dans la Ile Partie). — Le programme d'éducation morale comprend , pour la classe enfantine et pour chacun des trois cours : l'enseignement de la morale. Ce programme est précédé de remarquables instructions dans lesquelles les maîtres trouveront l'exposé de la méthode à suivre pour son application. Ils pourront se reporter également à la circulaire que M. Jules Ferry, ministre de l'instruction publique, a adressée sur cet objet à tous les instituteurs de France, le 17 novembre 1883. La loi du V8 mars 1882 met en dehors du programme des écoles publiques l'enseignement de tout dogme particulier; mais elle y place au premi'^r rang l'enseignement moral et civique (V. Laïcité).
Dans la répartition des matières du programme entre les trois cours, le parallélisme de l'organisation des écoles de la Seine a été généralement observé. Une exception cependant a été faite pour l'histoire de France. Dans le cours élémentaire, on ne va que jusqu'à la guerre de Cent ans. Dans le cours moyen on étudie la période comprise de la guerre de Cent ans à nos jours. Comme dans l'organisation delà Seine, l'ensemble des matières étudiées dans chaque cours fori.ie un tout comîîlet. Chaque cours a sa part de chaque enseignement. < ette part est niesurôe à l'âge moyen des élèves du cours ; au maître de la mesurer à leur intelligence.
Après les programmes, après le classement des élèves, vient l'emploi du temps journalier. L'arrêté ministériel ne donne pas un tableau de cet emploi du temps : c'est qu'en effet un semblable
travail ne peut être fait utilement que surplace. Tout au plus l'autorité départementale peut-elle en offrir à ses instituteurs un type qu'il convient souvent de modifier d'une école à l'autre. Cela tient à des circonstances qu'il serait trop long d'énumérer, mais que connaît quiconque a quelque peu vu les écoles. L'administration laisse donc aux maîtres, à ce sujet, une assez grande latitude. C'est à eux qu'elle réserve le soin de préparer l'emploi du temps spécial pour leur école ; mais elle y met deux conditions : l'approbation de Tinspecteur primaire et l'obligation de se conformer à des prescriptions générales dont voici le résumé. Chaque séance doit être partagée entre plusieurs exercices différents, coupés, soit par la récréation réglementaire, soit par des mouvements et des chants. — Les exercices qui demandent le plus grand effort d'attention, tels que ceux d'arithmétique, de grammaire, de rédaction, seront placés de préférence le matin. — Toute leçon, toute lecture, tout devoir sera accompagné d'explications orales et d'interrogations. — Les trente heures de classe par semaine devront être réparties d'après les indications suivantes : Il y aura chaque jour une leçon consacrée à l'instruction morale. L'enseignement du français occupera tous les jours environ deux heures. L'enseignement scientifique occupera chaque jour environ une heure et demie ; une heure pour l'arithmétique, une demi-heure pour les sciences physiques et naturelles. L'enseignement de l'histoire et de la géographie, auquel se rattache l'instruction civique, comportera environ une heure de leçon tous les jours. L'écriture emploiera une heure par jour dans le cours élémentaire. L'enseignement du dessin occupera, dans les deux premiers cours, deux ou trois leçons par semaine. On consacrera une ou deux heures par semaine aux leçons de chant. La gymnastique se fera au moins tous les deux jours dans le courant de l'aprèsmidi. Deux ou trois heures par semaine seront consacrées au travail manuel.
Toutes les indications du règlement officiel d'organisation pédagogique sont générales. Elles sont assez précises pour que l'uniformité des programmes soit maintenue partout, assez élastiques cependant pour que, dans chaque région, on puisse les appliquer aux besoins particuliers. 11 est utile d'ajouter que l'obligation de l'instruction entrant de plus en plus dans les mœurs, rendra de plus en plus sérieuse la fréquentation scolaire et atténuera beaucoup les difficultés locales.
Le vote de la loi de 1882 et la publication de l'arrêté du 27 juillet ont été le signal d'un grand élan. Partout on a étudié sur le vif les dispositions de l'organisation nouvelle. Les instituteurs ont été consultés. Les programmes ont été commentés dans toutes les conférences. Le résultat de ces études commence à prendre un corps. Dans plusieurs départements, grâce à l'initiative des inspecteurs d'académie, des organisations pédagogiques ont été soumises aux Conseils départementaux et approuvées par eux; des répartitions mensuelles des matières des nouveaux programmes ont été faites. Nous avons sous les yeux celles des départements du Nord, de Seine-et- Oise, de la Gironde, et une répartition mensuelle proposée par les conférences d'instituteurs de Marseille. Celle de la Seine s'élabore en ce moment. Il est à désirer que le mouvement s'étende.
Tous ces travaux s'nispirent de l'organisation officielle et ne font que préciser davantage les prescriptions générales des programmes du ministère. Dans les directions qui accompagnent ces divers plans d'études, MM. les inspecteurs d'académie insistent sur ce point que certainement les programmes paraîtront trop élevés à beaucoup de maîtres, u Nous avons fixé un maximum, dit M. le