‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 239 sur 573 · ORGANISTE · texte numérisé non relu

ORGANISTE

directeur de ronscignemcnt primaire du Nord, l'instituteur restera juge de l'emploi restreint ou complet des programmes. Il s'inspirera on cela de la culture intellectuelle de ses élèves. Tout ce que nous lui demandons, c'est qu'il n'en sorte pas, c'est qu'il embrasse la matière dans le temps prescrit C'est qu'enfin il tâche d'élever progressivement le niveau intellectuel de son école de manière à y rendre possible la pratique entière de ces programmes. »

Nous pensons qu'il est un point que ne doivent pas perdre de vue ceux qui soiit appelés h rédiger le plan d'études de nos écoles élémentaires, c'est que si la loi ne divise plus le programme de l'enseignement en partie obligatoire et en partie facultative, il est néanmoins de toute évidence que, parmi les matières embrassées, il en est de principales, desquelles il faut se préoccuper avant tout. L'arrêté ministériel fait connaître leur ordre d'importance par le temps qu'il accorde, chaque semaine, à chacune d'elles. « Il faut se garder, dit avec raison M. l'inspecteur d'académie de Seineet-Oise, de donner aux matières qui étaient autrefois facultatives un développement trop ambitieux S'il en était ainsi, les élèves ne sauraient

pas beaucoup de chimie, d'agriculture et d'histoire naturelle, et ils courraient risque de ne savoir ni parler, ni écrire correctement, ni faire le plus simple calcul. »

' Tel est aussi l'avis du Conseil supérieur. Dans l'exposé officiel de la méthode à suivre pour le développement intellectuel de nos élèves, nous lisons ces sages conseils : • L'idéal de l'école primaire n'est pas d'enseigner beaucoup, mais de bien enseigner. L'enfant qui en sort sait peu, mais sait bien ; l'instruction qu'il a reçue est restreinte, mais eMe n'est pas superficielle. « Et plus loin l'auteur de cet exposé résume sa pensée en citant cette phrase empruntée à un remarquable rapport de M. Gréard : <v L'objet de l'enseignement primaire n'est pas d'embrasser sur les diverses matières auxquelles il touche tout ce qu'il est possible de savoir, mais bien d'apprendre dans chacune d'elles ce qu'il n'est pas permis d'ignorer. »

C'est surtout en ce qui concerne le programme des sciences physiques et naturelles que la mesure recommandée doit être observée. Il faut, à notre avis, se garder de perdre de vue le soustitre placé entre parenthèses dans le programme officiel : Leçons de choses. Cet enseignement, à l'école élémentaire, ne doit pas dépasser les limites de la leçon de choses. Il ne doit, pensonsnous, avoir d'autre but que de donner à l'enfant quelques connaissances bien nettes; il doit surtout lui inspirer le goût des études scientifiques, qu'il pourra faire au-delà de l'école primaire élémentaire. Les leçons de sciences ne peuvent guère être autre chose qu'une suite d'expériences très simples. Il y aurait certainement excès à présenter à nos écoliers cet enseignement « sous la forme de cours suivis ».

Des réserves pourraient être également faites au sujet de l'enseignement de l'histoire au cours supérieur. Les quelques notions d'histoire générale qu'indique le programme ne doivent être, en ce qui concerne les temps anciens, qu'une introduction très succincte à notre histoire nationale, et, en ce qui concerne les temps moderuCù, qu'un trait d'union entre notre histoire et celle des peuples dont la vie a été mêlée à la nôtre. Le programme n'a voulu, selon nous, que montrer à nos enfants qu'il a existé et qu'il existe au monde d'autres nations que la France, rien de plus. Vouloir faire un cours complet d'histoire serait à la fois déraisonnable et impraticable.

L'école élémentaire, qui nous occupe ici, n'a pas mission de s'élever jusqu'aux extrêmes limites de

l'enseignement primaire; elle n'en est, en effet, que la première étape. De même quelle a un cours élémentaire, un cours moyen et un cours supérieur, elle est elle-même le cours élémentaire de l'enseignement primaire complet que vise la loi. Le cours complémentaire sera, si l'on veut, la division intermédiaire de cet enseignement; et l'école primaire supérieure d'un côié, les écoles normales de l'autre, en formeront les divisions supérieures. Que l'école élémentaire soit donc le premier degré de cet ensemble, qu'elle soit un tout solide et complet h son degré ; mais qu'elle n'empiète pas sur le domaine des écoles dont la mission est de fortifier, d'étendre et de compléter son œuvre.

Une dernière réflexion. Nous croyons que pour la préparation d'un plan d'études, il serait sage de commencer par bien déterminer le programme du cours supérieur : on fixerait tout d'abord la limite qu'il importe de ne pas franchir. Les programmes des cours moyen et élémentaire seraient extraits de celui du COUPS supérieur et resteraient ainsi dans la mesure normale. Si, au contraire, on commence par le cours élémentaire, il est bien difficile que, sollicité par le désir de ne rien omettre, on ne se laisse pas entraîner trop loin. Alors on conçoit que, le niveau du cours moyen s'élevant dans la même proportion, le cours supérieur dépassera certainement le but. C'est ce qui s'est produit I pour pres(iue tous les ouvrages rédigés en vue de I l'application des programmes. Le livre du cours élémentaire est souvent beaucoup trop chargé ; celui du cours moyen suffit généralement aux élèves du cours supérieur ; et le livre de ce dernier cours pourrait être employé dans les écoles normales.

Si, dans les organisations pédagogiques départementales, on sait maintenir partout, entre les programmes des trois cours de l'école primaire élémentaire, l'équilibre que le plan d'études officiel s'est efforcé d'établir; si, conformément aux dispositions réglementaires, le classement des élèves est fait avec un soin scrupuleux dans chaque école, il deviendra facile d'embrasser d'un coup d'œil le degré d'avancement de l'instruction dans une région et même dans le pays tout entier. Il suffira pour cela de relever le nombre des élèves de chacun des trois cours. Au dénombrement de ces groupes s'attachera une signification précise. Le but de l'organisation pédagogique des écoles sera réellement atteint. [J, Gaillard.]

ORGANISTE. — Sousle régime de la loi de ISfiO, et des lois et ordonnances qui l'ont précédée à partir du Consulat, les instituteurs publics avaient la faculté de remplir certains emplois dans le service des cultes, tels que ceux de bedeau, chantre, organiste, etc. La loi sur l'organisation de l'enseignement primaire, du 30 octobre 1886, interdit aux instituteurs " les emplois rémunérés ou gratuits dans les services des cultes h (art. 25\ Dans la discussion à laquelle cet article a donné lieu à la Chambre des députés, M. Freppel, évèque d'Angers, a fait l'éloge de l'orgue, « cet instrument dont on peut dire qu'il est le plus magnifique et le plus varié de tous », et a demaiidc si les fonctions d'organiste pouvaient être regardées comme incompatibles avec la dignité de l'instituteur? Le rapporteur, M. Paul iiert, a répondu que a dans la pratique des choses et au fond des petits villages où tout particulièrement l'insiiiuteur entre dans les services du culte, l'orgue se transforme en un simple serpent»; le but q<;e veut atteindre le projet de loi, en interdisant à l'instituteur, d'une façon générale, tous les emplois qui touchent au culte, aussi bien celui dorganiste que celui de chantre ou de balayeur, c'est de le soustraire à l'état de dépendance où le placent ces fonctions ecclésiastiques: l'instituteur

ORLÉANAIS

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doit rester un fonctionnaire laïque, n'ayant d'ordre à recevoir que de ses chefs directs.

ORLEANAIS. — L'ancienne province d'Orléanais a formé le département de Loir-et-Cher, presque tout celui 'd'Eure-et-Loir, et la plus grande partie de celui du Loiret.

Les travaux publiés depuis quelques années sur l'histoire de l'instruction publique dans l'Orléanais avantla Révolution permettent de se faire une idée assez exacte de ce que furent les écoles dans cette province pendant le moyen âge et jusqu'à la la fin de l'ancienne monarchie. Le premier nom à signaler est celui de Théodulfe, évêque d'Orléans sous le règne de Charlemagne : ce prélat protégea les lettres ; il fonda, dans le monastère bénédictin de Fleury, une école qui fut une sorte de collège de la noblesse : Charlemagne l'avait destinée à lecevoir les enfants de ses leudes, et il en venait de tous les points de la France s'y former aux rettrcs et aux sciences. Théodulfe publia des règlements ou capitulaires relatifs à la tenue par les prêtres d'écoles gratuites : u Que les prêtres, y lit-on, aient des écoles dans les villes et dans les bourgades... Que les prêtres enseignent sans exiger aucun salaire, ni rien recevoir de leurs élèves, si ce n'est ce qui leur sera volontairement offert par les familles à titre de don affectueux. » — w On peut considérer l'épiscopat de Théodulfe , dit M'^e de Foulques de Villaret, comme une oasis jetée au milieu de la barbarie du moyen âge. Tout ce qu^il y avait en France de civilisation et de lumières semblait s'être concentré autour de l'illustre prélat. » Bientôt, avec letriomphe de ia féodalité, la nuit redevient plus épaisse que jamais. Cependant le monastère de Fleury conserve les traditions de Théodulfe, et au x^ siècle l'enseignement d'Abbon jette sur cette école un nouveau lustre. Les écoles de la ville d'Orléans acquièrent à leur tour une certaine réputation : au xii*' siècle, on y vient même d'Italie étudier la grammaire, le droit civil et le droit canon. Cependant le savoir reste le lot d'une infinie minorité, et non seulement la masse du peuple^ mais la plupart des personnages de distinction continuent à vivre dans l'ignorance. « Il y avait encore un grand nombre de laïcs qui négligeaient de faire donner à leurs enfants une éducation qu'il leur eût été cependant bien facile de leur procurer. Les monastères et les écoles s'étaient prodigieusement multipliés; les maîtres auraient donc pu suffire largement aux besoins de ceux qui auraient voulu fréquenter leurs classes. Le papier à écrire venait d'être inventé ; les livres étaient beaucoup moins chers et moins rares; et pourtant il se rencontrait encore des prêtres n'ayant pas la moindre notion des lettres, ni même du latin. )) Les écoles de droit d'Orléans furent érigées en université en 1309 par Philippe le Bel. Quant au collège de cette ville, il ne fut fondé qu'au commencement du xvii^ siècle par les jésuites (1617), qui durent l'abandonner en 1762 et le céder aux autorités municipales.

Si nous recherchons plus spécialement ce qui concerne l'instruction primaire, nous ne trouvons, pour les siècles du moyen âge, que peu d'indications précises. « Le plus ancien nom de maître d'école que nous ayons jusqu'à présent rencontré, dit M"** de Foulques de Villaret dans son livre Vlnstruction primaire avant 1789 à Orléans, est celui de Pierre, en 1378... L'existence des petites écoles ressort en outre de diverses pièces comptables de Tépoque. Ainsi nous lisons dans le compte d'Arnaud Fabre, maître de l'Hôtel-Dieu d'Orléans en 1341 : De magistro scholarum de liurgo novo, XV solid. De semblables articles de dépenses figurejit aussi dans les comptes municipaux. » On a d'ailleurs une preuve indirecte de l'existence des petites écoles dans la mention qui en est faite à réitérées fois dans les actes de l'autorité ecclésiastique :

« car, si elles n'eussent pas été en exercice, si elles n'eussent pas tenu une place définie parmi les institutions de leur époque, les évêques, dans les canons de leurs conciles, n'auraient pas eu à en réglementer le fonctionnement, à rappeler aux maîtres leurs devoirs, et surtout à y maintenir ce principe de gratuité que l'Église ne voulait point laisser tomber en désuétude. » Mais à partir du xvi« siècle, des documents authentiques permettent de constater le fonctionnement des écoles populaires, de relever le nom des maîtres qui y ont enseigné, d'indiquer les ressources qui étaient affectés à leur entretien. Dans l'intéressant travail que nous venons de mentionner, l'auteur donne la liste des écoles paroissiales de garçons et de filles existant à Orléans du xvi* au xviiie siècle, auxquelles il faut ajouter un certain nombre d'institutions spéciales, savoir : les écoles des aumônes de Saint-Paterne et de Saint-Paul, l'école de la maîtrise, l'institut des Nouvelles-Catholiques, ceux des Bénédictines calvairiennes, des religieuses de la Madeleine, des Ursulines, des dames de la Visitation, les écoles des frères de la doctrine chrétienne, l'école municipale d'arithmétique et d'écriture, fondée en 1731, et l'école municipale de dessin, fondée en 1786. Sur les 105 communes rurales dont se composait, avant 1789, l'arrondissement d'Orléans, 68 étaient pourvues d'écoles ; il en reste 37 où les recherches n'ont pas abouti à faire reconnaître la présence d'un établissement d'instrifction.

Dans la portion de la province qui a formé le département de Loir-et-Cher, 90 paroisses possédaient des écoles, petites écoles ou écoles de charité. Les maîtres d'école vivaient en général du produit de la rétribution scolaire et des dons volontaires que leur faisaient les familles. Leur situation était souvent bien précaire. A Soings, par exemple, faute de logement, le maître d'école allait de famille en famille pour y donner ses leçons; il ne recevait pour tout traitement que les repas qu'il partageait avec la famille au milieu de laquelle il se trouvait; il y logeait aussi, s'il était possible; dans le cas contraire, il revenait chez un aubergiste qui lui donnait gratuitement l'hospitalité.

Au xvme siècle, un évêque de Blois, M. de Caumartin, promulgua un recueil d'ordonnances synodales renfermant des dispositions relatives aux écoles. L'article 3 du titre I^r était conçu en ces termes : « Comme les petites écoles sont destinées, non seulement à apprendre aux enfants à lire et à écrire, mais encore à les instruire dans la doctrine et la piété chrétiennes, on peut dire qu'elles appartiennent en quelque façon aux fonctions pastorales. Nulle personne ne pourra, en conséquence, tenir les petites écoles dans notre diocèse, sans avoir auparavant obtenu de nous ou de nos doyens ruraux des lettres d'institution. Nous défendons aux maîtres de recevoir dans leurs écoles aucunes filles et aux maîtresses d"y admettre aucuns garçons... Enjoignons aux curés de faire de temps en temps la visite des écoles de leurs paroisses et de tenir la main à l'exécution du présent règlement; ils nous en informeront, nous ou nos doyens ruraux, dans le cours des visites auxquelles lesdits maîtres et maîtresses se présenteront pour être examinés et continués dans leur emploi ou destitués selon qu'il sera jugé convenable. Dans les paroisses où l'on ne peut établir des maîtres d'école, nous exhortons les curés de suppléer à leur défaut, soit par eux, soit par d'autres ecclésiastiques. »

A Blois, la charité publique ouvrit en 1657, dans le faubourg de Vienne-lès-Blois, un asile à la vieillesse et à l'enfance délaissées. Le premier règlement de cet Uôpit.al général, érigé à l'instar de celui de Paris, fut délibéré en assemblée de ville au mois de juillet de la même année, et nous y lisons (art. il) : « Les enfants qui ne pourront en-

ki

ORLÉANAIS

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core travailler seront retenus dans l'école pour y être instruits et enseigiK's par ceux ou celles qui en auront la charge. » Plus tard, le règlement du 15 décembre 1768 renouvela cette prescription. Les libéralités publiques et privées pourvurent de même à l'instruction élémentaire et gratuite des enfants de familles indigentes, dans les paroisses du Vieux Blois. Celle de Saint-Honoré fut la première à recevoir une de ces utiles fondations. René de Humery, né à Blois, paroisse de Saint- Honoré, mais devenu ensuite bourgeois de Paris, légua à sa ville natale une somme de 11 000 livres destinée à établir dans sa paroisse d'origine deux écoles gratuites, l'une de garçons, l'autre de filles, « sur le modèle de celles qui existaient déjà dans la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris 5>. La paroisse fournit un local pour les classes. Le maître d'école touchait un traitement annuel de 160 livres. « Il devait tenir l'école tous les jours de huit heures à dix heures du matin, et depuis deux heures de relevée jusqu'à quatre heures ; conduire les écoliers, à la sortie de la classe du matin, deux à deux, dans l'église Saint- Honoré, pour y entendre la messe, s'il y en a une en ce moment, sinon pour y prier Dieu pendant un quart d'heure ; comme aussi les conduire, deux à deux, pour assister aux grandes messes, vêpres, processions et catéchismes qui se feront dans la paroisse, sans qu'il puisse recevoir ni congédier aucun élève sans la permission par écrit du curé et des marguilliers. » Pour remplir les intentions du fondateur, on faisait apprendre des métiers à un certain nombre de garçons et de filles, après la première communion. La paroisse Saitn-Nicolas de Blois fut dotée d'une école gratuite de filles, grâce aux libéralités de mademoiselle Belin (1746}. Le faubourg de Vienne-lès-Blois eut aussi une école de filles, fondée en 1769 par mademoiselle Crespin. La fabriquepayait, deson côté, un maître d'école pour les garçons. Un de ses registres nous a conservé le procès-verbal d'élection du dernier titulaire mous le transcrivons pour donner une idée exacte des fonctions mixtes de cet instituteur : « Aujourd'hui, 29 septembre 1782, nous, curé, marguilliers et autres habitants de la paroisse de Vienne, assemblés au banc-d'œuvre à l'effet de procéder à la nomination d'un maître d'école, avons, en conséquence, pour remplir cette place, nommé Jean Velu, lequel sera obligé de tenir l'école pour les garçons seulement, à l'exclusion des filles, de leur enseigner à lire, écrire, compter, etc., de leur faire le catéchisme toutes les semaines. Il recevra tous les enfants pauvres qui se présenteront. Il sera, en outre, obligé de porter chappe à tous les offices où il est d'usage de la porter, d'assister et de chanter à toutes les messes de fondation, pendant le cours de l'année, aux charges par la paroisse de payer audit sieur la somme de 200 livres par an, et de lui donner, pour son usage, le logement affecté au maître d'école. Il sera, de plus, obligé de montrer le plainchant à un certain nombre d'enfants. » Nous trouvons à peu près les mêmes règlements et les mêmes usages dans les autres paroisses de Blois. (Les renseignements relatifs au Loir-et-Cher nous ont été communiqués par M. Roux, ancien inspecteur primaire à Blois.)

M. Maggiolo, qui a fait le dépouillement des archives des communes de l'arrondissement de Pithiviers, dit que ces archives l'ont mis en mesure d'établir pour la plupart des communes la série non interrompue des maîtres d'école, surtout depuis 1700. Parmi les pièces curieuses qu'il a recueillies et publiées [Les Archives scolaires de la Beauce et au Gâtinais), nous remarquons l'acte de nomination de Sébastien Picard, qui exerça les fonctions de maître d'école à Saint-Loup- des-Vignes durant cinquante-deux ans, de 1782 à 1834,

sous cinq régimes différents. Voici le texte de ce document, daté du 2 février 1782 : « Nous, Pierre- Jacques de Condé, prêtre, bachelit- en théologie, chantre et préclianlre de l'église métropolitaine de Sens, à tous ceux qui ces présentes verront, salut; comme il nous appartient de notre dignité de préchantre de veiller à l'instruction de la jeunesse et d'établir pour ces fonctions importantes des personnes capables de s'en bien acquitter; sur le bon et fidèle rapport qui nous a été fait, par des personnes dignes de foi, des bonne vie, mœurs, capacité et expérience de Sébastien Picard, pour l'éducation des enfants, nous l'avons institué et établi, et par ces présentes nous l'instituons et établissons maître d'école en la paroisse de Saint-Loup-des-Vignes, en ce diocèse; lui permettant d'y tenir les petites écoles, d'y recevoir les enfants, de leur enseigner les principes de la religion, de leur apprendre à lire, écrire et généralement de les former dans toutes les connaissances utiles à régler leurs mœurs. Défendons à toute sorte de personnes de le troubler dans l'exercice de ses écoles. » Suit un règlement en

16 articles, énumérant les devoirs des maîtres; nous en reproduisons quelques-uns : « Les maîtres recevront les enfants des pauvres avec la même, affection que ceux des riches. Ils auront le même soin de leur éducation (art. 5). Nous les exhortons à observer, dans leur ministère envers les en fants, les règles de la charité et de la discrétion ne leur parlant point avec trop de rudesse, le^ reprenant sans passion, ne les frappant pas pa colère, les corrigeant sans humeur, sel jn les règles de la pudeur et de la modestie (art. 13j. Les maîtres auront les cheveux courts et modestes; ils porte ront toujours le surplis, la soutane et le bonnet carré pendant le service divin ; ils enseigneront le chant aux enfants (art. 15). Nous leur défendons de tenir taverne, de jouer en public du violon et autres instruments, d'assister aux danses, de fréquenter les cabarets et les mauvaises compagnies, de faire aucun trafic incompatible avec la dignité de leur charge (art. 16). »

Voici encore l'acte de nomination d'un maître d'école de la commune de Bazochcs, appartenant au diocèse d'Orléans : « Nous Agnan, prêtre, licencié en droit et scholastique de l'église d'Orléans, chancelier de l'université de ladite ville, étant informé des bonne vie, mœurs et capacité de Guillaume Malon, approuvé par notre prédécesseur le 6 juillet 1757, nous lui avons donné et donnons, par ces présentes, pouvoir d'ouvrir et tenir une école de garçons dans la commune de Bazoches-lès-Gallerandes, archidiaconé de Beauce, de ce diocèse, pour y enseigner à lire et à écrire, à la condition qu'il n'y recevra que des garçons, qu'il aura principalement soin de les élever dans la piété et la religion catholique, qu'il enseignera le catéchisme trois fois la semaine; qu'il ne pourra tenir école ailleurs qu'à Bazoches sans une permission de nous, par écrit; nous réservant le droit d'en faire la visite toutes les fois que nous le jugerons à propos, et lui enjoignons en outre d'observer exactement les avertissements ci-joints ^suivent

17 articles de règlement). En foi de quoi nous avons signé les présentes, y avons fait apposer notre cachet, et icelles fait contresigner par notre greffier, lesquelles ne vaudront qu'autant qu'il nous plaira seulement. Donné à Orléans, le 22 juillet 1780. »

La plupart de ceux qui ont écrit sur les petites écoles de l'ancien régime l'ont fait avec rinieniiou arrêtée de présenter à leurs lecteurs un panégyrique de l'Eglise et de la monarchie; aussi clierchent-ils à dissimuler certains côtés du tableau, et, avec un parti pris d'optimisme, ne consentent à montrer que ce qui est digne d'éloge, en taisant le reste. Nous avouons ne pas comprendre

ORNE

ORNE

cette tactique, qui ne peut tromper personne. Pourquoi ne pas confesser de bonne foi les lacunes, les imperfections, les abus? le lecteur moderne sait bien qu'il doit faire la part des difficultés du temps, et il ne sera que plus disposé à rendre justice aux efforts méritoires et au bien réalisé, s'il voit clairement combien ces efforts furent rares et les résultats malaisés à obtenir. Cette réflexion fort juste a été exprimée par un écrivain catholique déjà cité plus haut, M^'e de Foulques de Villaret, en des termes qu'il nous paraît intéressant de reproduire :

« En rapprochant l'état de choses d'il y a seulement un siècle de celui d'à présent, l'on aperçoit tout une série d'obstacles matériels auxquels on ne songe pas assez, et qui suffiraient à expliquer l'apparente indifférence dont on accuse les deux siècles antérieurs à la crise du xvnie,

» Signalons tout d'abord l'état défectueux des voies de communication vicinales, obstacle réel et bien digne d'être pris en sérieuse considération.

» Personne n'ignore combien, dans les villages, les habitations disséminées se trouvent parfois éloignées du siège de l'école. C'était en toutes saisons que de jeunes enfants devaient parcourir seuls, par des chemins défoncés, un trajet de cinq ou six kilomètres, au risque de tomber dans quelque fondrière ou d'être surpris par les fauves rôdant aux alentours de la forêt.

» Aujourd'hui un système de viabilité rurale suffisant met les piétons à l'abri de tels accidents, et les abords de nos champs sont débarrassés de leurs hôtes redoutables.

» Enfin il nous faut surtout insister sur une question importante : le manque absolu de ressources budgétaires.

» Ici cesse naturellement tout point de comparaison entre l'enseignement ancien et moderne ; le moindre parallèle serait une injustice, car comment opposer des institutions largement soutenues des deniers de l'Etat à celles qui, bien que gratuites, ne tiraient leurs ressources que des dons volontaires de la charité individuelle? Comment assimiler dans leurs résultats des entreprises dont les moyens d'exécution diffèrent essentiellement?

» Pour notre part, loin d'être surpris que des établissements scolaires plus nombreux n'aient pas été créés dans tous les villages, nous nous étonnons au contraire qu'avec des ressources éminemment restreintes et livrées presque partout aux incertitudes de l'avenir, nos aïeux en soient arrivés à créer un enseignement primaire si développé et si prospère. Assurément, dans les siècles antérieurs, tout n'est pas à admirer ; mais sur bien des points ils valent mieux que la réputation qu'on veut leur faire, et les exemples de nos pères peuvent n'être pas toujours sans profit pour nous. »

A consulter. — C, de Vass*!,, archiviste du Loiret, Becherches sur le collège roi/al d'Orléans, Orléans, 1861.

— A. DK FouLQUKS DE ViLLARET, U enseignement des lettres et des sciences dans l'Orléanais depuis les premiers siècles du christianisme juaquà la fondation de l'université d'Orléans, Orléans, 1875. — 1d., Vinstruction primaire avant 1789 à Orléans et dans les communes de l'arrondissement, Orléans, 1882. — Bergevin et Dupré, Histoire de Blois.

— L. MiGOioLo, Les archives scolaires de la Beauce et du Câlinais, Nancy, 1877.

ORNE (Département de 1'). — Superficie : 6097 kilom. carrés. Population : 376 120 habitants en 1881, au lieu de 392 526 en 1876. Densité -noyenne de la population par kilom. carré : 62 habitants, au lieu de 71 habitants, chiffre de la densité moyenne de la France. 4 arrondissements, formant 4 circonscriptions d'inspection primaire, savoir: Alençon, Argentan, Domfront et Mortagne ; 36 cantons, 511 communes, dont 234 de 5U0 habitants et au-dessus.

Le service de l'inspection primaire dans le département de l'Orne est reparti comme suit :

CIRCONSCRIPTIONS

Alençon..

Argentan Domfront Mortagne

NOMBRE

d'élères public? libres

Population d'âge scolaire. —En 1876 on comptait i'i 194 enfants de 6 à 13 ans (22.S34 garçons et 21660 filles), soit 11.26 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. En 1881 on ne compte plus que 43 673 enfants de 6 à 13 ans (22 399 garçons et 21 274 filles), soit 11.61 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. C'est une diminution de 521 enfants de 6 à 13 ans pour une période de cinq années, tandis que pendant la même période la population totale a diminué de 16 400 habitants.

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