État de l'instruction publique avant
— V. Normandie.
depuis 1789 et état actuel. — De 1789 a la fics- TAURATioN. — V. Normandie.
Statistique comparée de 1829 a 1882-1883. — Voici les données que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans le département de l'Orne depuis la fin de la Restauration, époque où fut faite la première statistique des écoles primaires.
Nombre des communes dépourvues d'écoles, — En 18 {7, le département comptait 69 communes n'ayant aucune école, et 249 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il n'y avait plus que 50 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1878, on ne trouve plus que 11 communes sans écoles; mais 52 communes de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques de filles.
Nombre des écoles primaires publiques et libres.
— Le nombre total des écoles primaires, publiques et libres, était, d'après ÏAlmanach de C Université ^ de 273 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résumé dans le tableau ci-après :
d'après la statisti que ofhc"« .
TftlA
publiquei
librei
Division des écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixLes et écoles de filles.
Ecoles de garçons Ecoles mixtes Écoles d« filles ToU
1850 418 (v compris les éc. mixtes) 301 719
lS8i-83.... 270 239 307 816
ORNE
ORNE
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.
Ecoles lalquei
Écoles congi de garçons
éganistei
de garçon»
de nUei
de m les
ou mixtes
ou mixtes
Total
Nombre d'instituteurs et d' institutrices ^ y compris les adjoints et les adjointes.
Instituteurs laïques congrégan.
Ins
itutri
ces
iques
con
jrégan
Total
Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.
Total des élève»
1832 (année civile) 2^055
1876-77 (année scolaire).. 45 520
Élèves gratuits Manque
Manque 16 685 16 925 16 097
Gratuité
En 1832, il y avait 522 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1840, 753; en 18G3, 1026; en 1876- 1877, 1159, et 1252 en 1882-1883.
Ecoles maternelles [Salles d'asile).
Nombre Nombre des établissements des élèves
Nombre des cours d'adultes et de leurs auditeurs.
Nombre des cours Nombre des auditeurs Hommes Femmes Hommes Femmes
brevets. — Le nooïbre de» brevets délivrés de 18i3 à 1882 inclusivement a été le snivant :
Instituteurs.
1833-1850. 350 brevet» plémcntairç», 13 brevets supérieon.
oblii^atoirea,
élémentaires.
tl
facultatift
ou complets.
supérieuri.
Institutrices.
142 brevets élémentaires,
— obligatoires,
— élémentaires,
1 brevets supéricnTS.
4 — complets.
— faiultatifs
Certificat d'études primaires. — Les examens du certificat d'études primaires ont été introduits dans le département de l'Orne en 1877. En voici le tableau :
Nombre de candidats Certificats obteoni
Garçons Filles Garçons Fille»
Résultats de Viyistruction. — Les deux tableaux ci-dessous indiquent le degré d'instruction des conscrits et des conjoints.
Nombre de conscrits sachant au moins lire, de 1827 à 1883 inclusivement.
ANNÉES
CONSCRITS
au moins
lire
8 401 13 495 5 477 2 726 2 753 2 8ÎO 2 846 2 690
Combien pour 100
En 1827-1829 la moyenne de rinstruction des conscrits était de 44.8 0/0; dans le départi-ment de l'Orne cette moyenne était de 53.8 0/0, soit 9 0/0 au-dessus de la moyenne gcnéiale. La classe do 1883, en portant l'instruction des conscrits dans le département de 1 Orne à J;{.3 0,0, ne réalise ainsi qu'un progrès total de 3J.5 0/0 pour la période de cinquante-quatre années qui s'est écoulée de 1S29 à 1«83, soit un progrès annuel de 0.73 0/0, tandis que pour toute la France le progrès a été durant la môme période de 0.85 0/0.
ORNE
ORNE
Nombre de conjoints, sw 100, ayant signé leur acte de mariage.
Années Hommes Femmes Hommes et femmes
Budget de Vinstruction primaire. — Nous donnons ci-dessous le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire pour les vingtneuf dernières années, de 1855 à 1883:
SUBVENTIONS
J Se,"
ANNÉES
3TA des g co com tion
H Sg|
du
m es
département
Gratuité.
En 1863, la dépense moyenne par tête d'élève des écoles publiques était de 12fr,71, soit 3f%24 au-dessus de la moyenne générale qui était à la même date de 9"",47. En 1876, celte dépense était de I9'',42, la moyenne générale étant de 17f',83. En 1882, la dépense par tête d'élève dans le département de l'Orne était de SS'^H, tandis que la moyenne générale était de 21^'", 77.
Etat actuel de l'instruction primaire. — Voici la situation do l'instruction primaire dans le département de l'Orne pendant l'année scolaire 1883-
Nombre Wécoles. — Le nombre des écoles primaires est de 823 (747 écoles publiques et 76 écoles libres). 6 communes seulement sont entièrement dépourvues d'écoles. 30 communes de plus de 500 habitants n'ont pas oncore d'école publique de filles (ce nombre éiait de 36 en 1882). Sur les 823 écoles primaires du département, il y a 566 écoles laïques (261 écoles de garçons, 106 de filles et 199 mixtes) et 257 écoles congréganistes (11 de garçons, 207 de filles et 39 mixtes).
Division des écoles de toute nature d'après le nombre de classes qu'elles possèdent.
Publiques
Écoles aidasse 6)9
à 2 classes 92
à 8 — et au-dessus »
Totaux 747
Libres
Division des classes d'après le nombre des élèves quelles reçoivent.
Classes de 50 élèves et au-dessous 83,7 0/0
— de plus de 50 élevés 9 ,9
Nombre d'élèves. — Les enfants qui ont fréquenté les écoles primaires pendant l'année scolaire I88i-1884 sont au nombre de 47 233 (au lieu de 470 97 en 1882-1883). Ce nombre peut se décomposer en :
Garçons 22 651
Filles 24 582
Élèves des écoles i ^^'"î"^^ " ' * : ^^ ^^^
iiieves aes ecoies ^ congre ganistes. ... 16 389
!de garçons 18 037
de tilles 20 284
mixtes 8 912
Les élèves d'âge scolaire figurent dans ce nombre de 47 233 pour 38 563. D'après le recensement de 1881, le nombre des enfants de cet âge pour le département de l'Orne n'est que de 43 673, d'où il résulterait que 5110 enfants d'âge scolaire ne fréquentent pas les écoles primaires. Il convient toutefois de retrancher de ce nombre 630 enfants de 6 ans et au-dessus, inscrits dans les écoles maternelles publiques ou libres, ce qui réduit à 4480 le nombre des enfants de 6 à 13 ans qui ne fréquentent pas les écoles primaires. Ce nombre est évidemment très supérieur à celui des enfants recevant l'instruction dans des établissements d'enseignement secondaire ou dans leurs familles.
Certificat d'études primaires. — Le résultat des examens pour le certificat d'études primaires a été le suivant en 1884 :
Nombre Nombre
de candidats de certilicals obtenus
Garçons Filles . . .
Totaux . ,
Personnel enseignant. — L'enseignement primaire a employé dans l'année scolaire 1883-1884 un effectif de 1546 maîtres ou maîtresses, dont nous donnons le détail en deux tableaux.
1" Pour les écoles publiques :
Instituteurs
laïques cungr.
Titulaires avec brevet
supérieur 60 »
Titulaires avec brevet
éléiiieiitaire 322 8
Titulaires sans brevet. » »
Adjoints brevetés 98 2
Adjoints non brevetés.. 1 7
Institutrices
laïques
congr
ORNE
ORPHELINAT
20 Pour les écoles libres
Titulaires brevetés....
— non brevetés.
Adjoints brevetés
Adjoints uon brevetés.
Instituteurs laïques congr.
Institut la'iquei
nces cynfjr
Maisons (V école. —La situation au I*"" septembre 1884 est résumée dans le tableau suivant :
Nombre et nature des immeubles scolaires.
De garçons
De tilles
Mixtes
Ecoles de garçons et écoles de filles dans le même immeuble.
Totaux
Appartenant aux communes.
Prêtées. Louées. Total
Parmi les maisons d'école appartenant aux communes, 183 sont l'objet d'une demande d'amélioration. Le montant des sommes payées pour loyers de maisons d'école s'élève à 33 828 francs.
Le chiffre des subventions accordées par l'Etat à diverses communes du département de l'Orne pour construction ou réparation de maisons d'école et pour acquisition de mobilier scolaire, durant les huit dernières années, est le suivant :
Nombre des communes
Totaux.
2 525 505 fr.
Ecoles maternelles. — Le département compte, en 1884, 28 écoles maternelles (12 publiques et 16 libres). Sur les 12 écoles maternelles publiques, 2 sont dirigées par des laïques et 10 par des congréganistes. Les 2 directrices laïques sont pourvues du certificat d'aptitude; parmi les 12 directrices congréganistes, 3 ne possèdent aucun titre. Sur les 16 écoles maternelles libres, 1 est dirigée par des laïques et 15 par des congréganistes; 4 directrices congréganistes n'ont pas de titres de capacité. Les directrices publiques laïques sont secondées par 2 sous-directrices toutes deux pourvues du titre de capacité ; les directrices publiques congréganistes sont secondées par Il sous-directrices, dont 5 sans titre de capacité. On trouve également 6 sous-directrices d'écoles maternelles libres 2 laïques et 4 congréganistes, dont 3 sans titre de capacité.
Les écoles maternelles ont reçu, pendant l'année 1883-1884, 2795 élèves (2625 en 1882-1883) répartis comme suit :
2 795 élèves
publiques | congrég. 1 491 j
Ecoles maternelles ( laïques. . 64 )
hbres (congrég. 946 1 ^^^^
Les enfants de 6 ans et au-dessus, c'est-à-dire d âge scolaire, figurent dans ce nombre pour 600 en- Ecoles normales. - Le département de l'Orne Sormales longtemps ses deux écoles
L'école normale d'instituteurs, fondée à Alen-
çon en 18:52, comptait, en 1883-1884, 48 élèvesmaîtres.
L'écule normale d'institutrices, fondée à Argentan en 1842 comptait, en 1883-1884, 23 élèvesmaltresses.
Ecoles primaires supérieures. — Jusqu'à ce moment, l'arrondissement de Domfront seul possède des écoles où l'on donne l'enseignement primaire supérif^r: un cours complémentaire public de 10 élèves garçons, et deux cours complémentaires, également publics, comptant ensemble 38 élèves filles.
Bibliothèques scolaires et bibliothèqueft pélaqch giques. — Voici la situation au 1er janvier |jj84:
Bibliothèques scolaires 345
Nombre de livres de lecture 33 221
-;- de prêts 22 6â3
Bibliothèques pédagogiques 36
Nombre de volumes il 354
En lH63,le département ne possédait que 9 bibliothèques scolaires contenant ensemble 85G vo-
fonctionnent en 1884 dans le département. Voici leur mouvement pendant l'année 1883 :
Recettes de l'exercice 1883 31612 fr.
Dépenses 25 389 fr.
Somme en caisse à la clôture de l'exercice
6 223 fr.
Avant l'application de la loi du 28 mars 1882, qui a rendu cette institution obligatoire, le département ne possédait que 44 caisses de ce genre, dont l'actif était en 1881 de 5 084 francs.
Caisses d'épargne scolaires. — Elles existent dans le département depuis 1875. Voici leur situation en 1879 et en 1884 :
Années.
TCOMBRR
SOMMES
de caisses. de livrets.
inscrites à ces livret?
72 108 fr 95 176 fr
Société de secours mutuels. — La Société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 18(j8, est en voie de prospérité. Elle ne comptait en 1879 que 323 membres et un actif qui n'atteignait pas 24 000 francs. Elle compte en 1884 587 membres, et son actif s'élève à 37 787 francs.
Bulletin scolaire. — Le Bulletin scolaire du département de l'Orne, dont la fondation remonte à 1866, parait mensuellement, en format petit in-80. Il est envoyé gratuitement à toutes les écoles publiques et aux délégués cantonaux, dont il devient la propriété, et reçoit à cet eftet une subvention du Conseil général.
ORPHELliNAT. — Le nom d'orpheUuat est donné àun grand nombre d'établissemeois publics ou privés destinés à des mineurs qui ne sont pas toujours orphelins. Il existe en outre des maisons qui ne portent pas le nom d'orphelinat, mais qui reçoivent pourtant des orphelins, et quelquefois à l'exclusion de toute autre catégorie d'enfants: tels sont certains « asiles », « ouvroirs >>, « patronages », etc., et notamment beaucoup de « maisons des sœurs de Saint-Vincent de Paul », qui ne reçoivent pas d'autres enfants que des orphelines ou demi-orphelines.
Les orphelinats ont pour but d'élever, d'instruire les enfants indigents ou de familles peu aisées, de les préserver physiquement et moralement des dangers de la misèro et de l'oisiveté, et de les mettre en état, lorsqu'ils sont adultes, de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance par le travail.
On distingue :
ORPHELINAT
ORPHELINAT
1* Les orphelinats exclusivement charitables ; les uns, suffisamment dotés par des fondateurs, recueillent les enfants dès leurs plus jeunes années, même à trois, à deux ans, et les gardent jusqu'à l'âge de treize à quatorze ans, c'est-à-dire jusqu'au moment où ils peuvent, être mis en apprentissage au dehors ; les autres reçoivent les enfants de six à dix ans, mais les conservent jusqu'à vingt et un ans, afin de compenser, par le produit de leur travail, les frais qu'ils ont occasionnés plus jeunes.
2» Les orphelinats industriels, fondés par des particuliers en vue de tirer profit du travail des enfants, admis alors seulement qu'ils peuvent rendre quelques services.
3° Les orphelinats professionnels ou agricoles, où les mineurs apprennent un état suivant leurs aptitudes.
4° Les orphelinats correctionnels ou de préservation, qui, au contraire des autres, admettent les enfants vicieux et s'efforcent de les ramener au bien.
Les enfants recueillis par les orplielinats doivent y recevoir l'instruction qui leur serait assurée dans les écoles maternelles jusqu'à six ans, et dans les écoles primaires de six à treize ans. Ils doivent en outre bénéficier des dispositions de la loi du 19 mai 1874 relative à la réglementation du travail des enfants et des jeunes filles employés dans l'industrie.
La surveillance de l'autorité à cet égard est d'autant plus nécessaire que l'instruction dans les orphelinats est presque toujours donnée par des personnes dépourvues de diplôme, et que, dans certains établissements, il y a une tendance, soit à faire des économies sur la nourriture et le bienêtre des élèves, soit à imposer à ceux-ci un travail manuel excessif.
Il existe une jurisprudence applicable aux orphelinats et aux établissements semblables. Si elle n'est pas observée rigoureusement, c'est sans doute par crainte d'entraver la charité privée qui est ici un puissant auxiliaire de l'assistance publique.
Avant la Révolution, des édits royaux de 1666 et de 1749 défendaient qu'il fût « fait aucun établissecnent de collèges, monastères, communautés religieuses ou séculières, même sous prétexte d'hospice, sans permission expresse du roi, par lettres patentes bien et dûment enregistrées ». Sans remonter aussi loin, on ne saurait nier que le droit du gouvernement à surveiller les orphelinats est reconnu par un avis du Conseil d'État du 17 janvier 1806, ainsi conçu:
« Le Conseil d'État... est d'avis que tous les établissements de charité et de bienfaisance dirigés par des sociétés libres, et qui rassemblent sous divers noms, dans un bâtiment, des femmes en couches, des malades, des orphelins, des vieillards et des pauvres, ne doivent plus être tolérés sans être régularisés et surveillés, et qu'en conséquence le ministre de l'intérieur, après s'être fait rendre compte de ces établissements, doit, par un rapport au gouvernement, lui soumettre leurs règlements, et le mettre à portée de décider, en Conseil d'État, quels sont ceux qu'il est nécessaire de supprimer, quels sont ceux que l'on peut conserver, et quels moyens il est convenable de prendre pour la régularisation et l'administratio-i de ces derniers. »
Quelque défectueuse que soit l'organisation de la plupart des orphelinats, ces établissements ne rendent pas moins de très grands services à beaucoup d'enfants pauvres ou sans famille qui resteraient livrés au vagabondage s'ils ne pouvaient y être recueillis. [C. Rouit.]
Nous croyons utile de compléter l'article qui précède par quelques extraits du Rapport sur les
résultats de l'enquête conceimant les orphelinats et autres établissements de charité consacrés à l'enfance, présenté à la commission du Sénat chargée de l'examen de la proposition et du projet de loi ayant pour objet la protection des enfants abandonnés, délaissés ou maltraités, par M. Théophile Ronssel (Paris, 1882^
'» Les établissements de charité consacrés à l'enfance, lit-on dans ce document, pages 24 et suivantes, ont, des origines très diverses. Pour les plus anciens, qui sont des établissements publics, l'origine se confond quelquefois avec celle de Vhôtel-dieu, de Yhôpital ou de Vhospice^ dont ils font partie, avec les ressources duquel ils vivent, par la commission administrative duquel ils sont dirigés et surveillés. Certains départements, tels que l'Aisne, l'Allier, les Alpes-Maritimes, les Ardennes, la Côte-d'Or, le Gard, la Haute-Garonne, la Gironde, l'Hérault, la Manche, Meurthe-et-IVloselle, le Puy-de-Dôme, Saône-et-Loire, la Somme, Vaucluse, les Vosges, comptent plusieurs établissements de cette catégorie. D'autres orphelinats annexés à des hospices ou à des bureaux de bienfaisance sont le produit de fondations particulières, anciennes ou récentes, à l'aide desquelles il est pourvu, en tout ou en partie, à leurs dépenses. On compte enfin un certain nombre d'établissements hospitaliers, fondés à des époques différentes, comme hôpitaux ou hospices particuliers d'enfants pauvres des deux sexes, et qui ont conservé leur destination primitive ainsi que tout ou partie des ressources de leur fondation.
» Les orphelinats proprement dits sont des oeuvres de la charité moderne ; on "peut presque dire de la charité contemporaine. Nous avons compté dans les documents de l'enquête 623 de ces établissements de charité qui figurent avec la date de leur fondation. Sur ce nombre, plus des cinq sixièmes (525) appartiennent au dix-neuvième siècle. En 1804, la fondation à Lyon, par une société de dames charitables, de la Providence des sœurs de la Trinité, semble ouvrir la série des orphelinats de la Providence. Jusqu'en 1816, le mouvement est très peu prononcé; plusieurs années sont entièrement vides, et les quinze premières années de ce siècle ne voient naître que 13 établissements. Mais à partir de 1816, le mouvement s'accentue : de 1800 à 1810, l'enquête ne mentionne que 7 établissements fondés ; elle en mentionne 17 de 1810 à 1820, 30 de 1820 à 1830, 73 de 1830 à 1840, 63 de 1840 à 1850, 137 de 1860 à 1860, 133 de 1860 à 1870, 87 de 1870 à 1880, et 7 dans l'année qui a précédé l'enquête.
» L'absence dans les relevés des chiffres afférents à plusieurs départements importants commande beaucoup de réserve dans l'appréciation des causes qui ont influé sur les actes de la charité à différentes époques. Il est impossible toutefois de ne pas apercevoir, dans le mouvement qui a multiplié les orphelinats pendant les années qui ont suivi la mise en pratique du décret du 19 janvier 1811 (V. Enfants assistés, p. 839), une réaction des sentiments d'humanité contre l'esprit de restriction qui a dirigé les pratiques de l'administration. Les tendances qui présidaient, depuis Chaptal, à la direction de l'assistance publique, avaient conduit, après 1811, à exclure l'orphelin pauvre, de môme que l'enfant pauvre, des secours de l'Etat et des départements, en vertu d'une jurisprudence arbitraire formulée en ces termes par M. de Corbière en 1823 : « Lesorphe- « lins, comme tous les enfants des faniilles indiu gentes, sont à la charge exclusive des hospices « et des secours à domicile, »
» C'est pour lutter contre cet abandon par l'Etat et les départements des orphelins et des enfants pauvres uu délaissés par leurs parents, que la charité a progressivement ajouté aux anciennes
ORPHELINAT
ORPHELINAT
fondations spéciales à l'enfance, dont le nontibre était fort restreint, d'une part des fondations nouvelles annoxé«;3 aux hôpitaux, aux hospices ou aux bureaux de bienfaisance, et, d'autre part, les orphelinats libres, congréganistes et laïques.
» Il est impossible de méconnaître, à partir de 1830 surtout, l'influence que le cours des événements, les épidémies de choléra, les guerres, les besoins nouveaux et croissants, résultant de la concentration des populations industrielles, ont exercé sur le développement de ces institutions charitables, dont la plupart sont nées et se sont développées en dehors de toute relation avec les pouvoirs publics et avec un caractère d'institutions absolument libres, que les œuvres de charité n'avaient pas dans le passé.
» Les dates que nous avons relevées dans l'enquête apprennent que peu à peu, à côté des asiles de l'enfance d'un caractère hospitalier et public, soutenus au moyen des ressources des hospices ou des bureaux de bienfaisance, ou à l'aide de fondations qui attribuaient leur administration et leur surveillance aux commissions administratives de ces établissements, aux municipalités ou même à l'autorité départementale, ont surgi de toutes part les orphelinats, c'est-à-dire des établissements absolument distincts des autres établissements de bienfaisance et dans lesquels la charité congréganiste ou laïque exerce sa fonction éducatrice de l'enfance avec une liberté entière, à l'abri de toute ingérence et de tout contrôle de l'autorité publique.
» Ce n'est pas sans surprise, nous devons l'avouer, que nous avons constaté, pour ainsi dire à chaque pas, dans le cours de nos recherches, l'existence d'établissements très divers d'origine et de caractère, les uns religieux, les autres industriels, dans lesquels la plus délicate des fonctions sociales, l'éducation de l'enfance, s'exerce non seulement on dehors de la puissance paternelle trop souvent absente ou indigne, mais pour ainsi dire en dehors des lois, et dans des lieux dont la porte est fermée aux représentants des pouvoirs publics.
» Sur 914 établissements dont la situation légale est indiquée, on en compte :
» 103 reconnus d'utilité publique;
» 1292 autorisés ;
» 519 sans aucune situation légale, c'est-à-dire tolérés ou ignorés par l'autorité publique, qu'ils semblent eux-mêmes ignorer, et que quelques-uns semblent presque se croire en droit de braver...
» Non seulement dans les orphelinats industriels proprement dits, créés par des industriels en vue de l'exploitation de la main-d'œuvre de l'enfance, mais dans de nombreux établissements couverts de toutes les apparences de la charité, laïques ou congréganistes, qui, comme nous l'avons déjà dit, vivent par le produit du travail des mineurs recueillis, plutôt qu'ils ne font vivre les mineurs par leurs ressources propres, le regard protecteur de l'autorité ne pénètre pas. Nous avons cherché vainement les traces de l'intervention des inspecteurs du travail des enfants dans les manufactures. Nous voyons les établissements qui ont des écoles organisées visités généralement par les inspecteurs primaires; mais cette inspection porte seulement sur ce qui concerne l'école. De rnêine tous les établissements qui traitent avec 1 assistance publique pour garder les pupilles dont elle est embarrassée reçoivent la visite de 1 inspecteur départemental des enfants assistés, mais cet inspecteur ne visite que ces pupilles et demeure étranger au reste de l'établissement.
« On rencontre dans l'enquête un certain nombre d'établissements privés qui, par la volonté du fondateur, sont placés sous le contrôle de l'admmistration préfectorale. Il en est d'autres qui
par des vicissitudes diverses ont pris le caractère d'établissements publics départegiç'itaux. Les asiles protestants, qui, en règle générale, loin de craindre le grand jour, le recherchent, recherchent aussi le plus souvent, loin de le fuir, le contrôle de l'autorité, surtout lorsqu'ils réclament son appui. On compte encore un assez grand nombre d'établissements de charité subventionnés par les communes, et qui ont coutume non seulement do fournir chaque année à l'administration municipale un compte rendu des résultats matériels et moraux obtenus au cours de l'exercice clos, mais encore de se soumettre à l'inspection et à la surveillance de cette administration, ou d'une commission nommée par elle, ou de la commission du bureau de bienfaisance.
» Malgré le nombre d'orphelinats soumis ainsi par leurs statuts à la surveillance de l'autoriié publique, on peut dire que la grande majorité des établissemenis libres consacrés à l'enfance échappe à tout contrôle de l'Etat. Quels que puissent être le droit et le devoir de l'Etat sur l'éducation de l'enfance, il faut reconnaître qu'en fait l'éducation donnée aux enfants indigents et surtout aux tilles dans les orphelinats lui échappe à peu près entièrement.
» Pour beaucoup de ces établissements qui s'intitulent, non sans raison, orphelinats libres, l'inspection de l'Etat est remplacée par celle du clergé diocésain. La plupart des communautés de femmes qui se partagent la direction des orphelinats reconnaissent l'évoque pour leur supérieur, reçoivent sa visite ou celle de ses vicaires-généraux. Dans les paroisses urbaines où existent, comme à Lyon, des établissements fondés par des associations de dames charitables, le curé de la paroisse est généralement appelé à jouer un rôle notable dans la direction et la surveillance.
» Les garanties morales ne font donc pas défaut dans tous les cas où la charité n'est en réalité contrôlée que par elle-même; mais où trouver ces garanties dans les établissements privés qui ne connaissent pas d'autre autorité que celle du propriétaire ou du chef qui le représente, et dans les établissements trop nombreux qui n'ont guère de la charité que l'étiquette et ne sont au fond que des entreprises industrielles? »
Le Rapport de M. Roussel donne les chiffres suivants relativement au nombre et à l'âge des enfants recueillis dans les orphelinats :
« Sur 1110 établissements qui figurent dans les relevés placés à la suite de ce rapport, 840 ont fait connaître le nombre des mineurs recueillis. Sur ce nombre 327 établissements contieanent de '20 à 50 enfants; 210 en contiennent de 50 à 100; 191 en contiennent de 1 à 20. On compte 102 établissements ayant plus de 100 mineurs; 78 en ont de 100 à 200 ; 1 7 en ont de 2 à 300 ; 4, de 3 à 400 ; 1 (l'orphelinat de Saint-Nicolas à Igny, Seine-ei- Oise) en contient 420; 2, à savoir le Bon-Pasteur d'Angers et l ouvroir Sainte-Marie à Nantes, eu contiennent chacun près de 600.
» Les très grands é'ablissements, contenant plus de 300 enfants, sont presque tous des établissements congréganistes de filles, maisons du Bon Pasteur ou Refuges, donnant asile aux jeunes filles vicieuses, insoumises, pénitentes ou repenties, dont la réformation est l'objet spécial de certaines congrégations. ( es Maisotis d'asile, Refuges, Solitudes, etc., figurent encore en assez grand nombre dans la catégorie des établissements dont le personnel dépasse 100 mineurs recueillis.
» Les très petits établissements, contenant moins de 20 mineurs, sont pour la plupart deâ annexes d'hospices ou de bureaux de bienfaisance, des fondations particulières résultant de legs ou dons faits à dos hôpitaux ou à des couvents, des ouvroirs municipaux, des orphelinats
ORPHELINAT
ORPHEON
privés, enfin quelques établissements spéciaux, notamment 2 établissements de sourdes-muettes pauvres et un petit orphelinat établi à Argelès avec la destination de recevoir des jeunes filles indigentes issues de parents phtliisiques et menacées elles-mêmes de phthisie.
» Les documents font connaître l'âge de 40 035 enfants élevés dans les établissements de charité, dont 8307 garçons et 31 G68 filles. Dans le groupe des garçons, on trouve 4727 enfants au-dessous et 3G40 au-dessus de douze ans. Pour les filles, au contraire, on compte 11 442 enfants au-dessous et 20 225 au-dessus de douze ans. Les deux groupes réunis donnent 16 170 enfants au-dessous de douze ans et 23 865 au-dessus. On est en droit de tirer de ces chiffres une seule conclusion, à savoir que les trois cinquièmes des mineurs recueillis par la charité sont des mineurs doni le travail est utilisé et vient, dans une proportion plus ou moins considérable, suivant les établissements, en diminution des dépenses de la charité. Si Ton veut entrer dans l'examen détaillé des situations, établissement par établissement, on pourra reconnaître qu'elles sont très variées.
» Dans les orphelinats industriels, les enfants au-dessous de douze ans comptent à peine. Dans l'établissement de Saint-Michel (près de Vervins), l'un des plus honorablement notés, sur 179 jeunes filles on n'en compte que 11 âgées de moins de douze ans : elles n'ont dû être admises que par faveur, la règle étant de recevoir les enfants de douze à quatorze ans, pour les garder jusqu'à vingt et un, sous peine d'indemnité à l'établissement en cas de retrait anticipé. Un certain nombre d'orphelinats congréganistes, maisons de la Providence ou autres, ne reçoivent pas d'enfants avant l'âge de dix ans, pour les garder jusqu'à, seize, dix-huit, vingt et un et même (dans la mesure possible) au delà : jusqu'à vingt-cinq ans, comme à l'établissement dom Bosco, de Nice ; jusqu'à la mort, comme dans les refuges et- les maisons du Bon-Pasteur.
. » Dans les orphelinats où le véritable sentiment de la charité chrétienne domine toute préoccupation de lucre, on reçoit généralement i'enfarfce à partir de six à sept ans ; assez souvent à cinq ou même à quatre ans; quelquefois à trois ans (orphelinat Saint-Martin à Digne, etc.), ou même à deux ans (à Saint-Domnin, Basses-Alpes). »
PAYS ÉTRANGERS
Lés orphelinats ont joué un grand rôle dans l'histoire de la pédagogie. Le plus illustre parmi les éducateurs allemands du xyiii^ siècle, Francke *, avait débuté par la création d'un orphelinat, qui devint le noyau des autres établissements fondés successivement par lui à Halle. Pestalozzi * aussi se consacra à l'éducation des orphelins, d'abord à Neuhof, puis à Stanz, puis, à la fin de sa longue carrière, à Clindy, près d'Yverdon. Parmi les établissements de Fellenbei-g* à Hofwyl, le plus célèbre est l'orphelinat que dirigea Wehrli*. Le lecteur voudra bien se reporter aux articles spéciaux consacrés aux éducateurs que nous venons de nommer.
Nous eussions désiré donner une statistique des orphelinats dans les divers pays étrangers. Malheureusement les renseignements nous manquent à cet égard: ce que la France, avec sa forte centralisation administrative, n'a pu obtenir que d'une manière imparfaite, n'a pas été mieux réalisé dans la plupart des autres États. Les seuls chifi'res que nous connaissions sont les suivants : en Prusse, le recensement du lo' décembre 1880 constate que 13 194 enfants étaient élevés dans des orphelinats, soit une proportion de 1.34 sur 1000, le chiffre total des enfants au dessous de quinze ans étant de 9 834144," aux ttats-Unis, la
statistique de 1882-1883, publiée par le Bureau d'éducation de Washington, indique un nombre de 379 établissements d'orphelins {homes and asylums for orphan or dépendent children), avec 34 777 pensionnaires, plus 37 orphelinats pour les petits enfants {infant asylums)^ avec 4907 pensionnaires.
ORPHÉON. — La France a toujours aimé la musique chorale et, dès le xvi" siècle, elle a produit des chefs-d'œuvre en ce genre de composition. Les Inventions musicales de Clément Jannequin, publiées en 1544, ont servi de modèles aux maîtres italiens, et telle en est l'originalité que, maintenant encore, on écoute avec plaisir la Bataille de Marignan, le Caquet des femmes, le Chant des oiseaux, bien que ces morceaux à 4 ou 5 voix soient unitoniques. Après la constitution de la tonalité moderne et l'abandon des tonalités ecclésiastiques, une fois les scènes lyriques régulièrement établies, c'est vers le théâtre que se porta l'efi'ort des compositeurs de l'école française, et les chœurs des opéras de Lulli, de Carapra, de Rameau, Grétry, Gluck, Méhui, Cherubini, Boieldieu, etc., sont restés justement célèbres. 11 suffit donc de se rappeler quel rôle important joue l'élément choral dans la Muette de Portici, dans Guillaume Tell et dans les Huguenots, pour ne pas craindre d'affirmer que, depuis trois siècles et demi, notre pays n'a cessé d'exceller dans une branche de l'art musical qui lui semble particulièrement chère.
Mais si, la première, la France a imaginé d'introduire des chœurs dans le drame lyrique et si elle a doté l'Italie de ce moyen ingénieux de varier l'intérêt vocal d'un opéra, elle s'est inspirée d'exemples étrangers en fondant les sociétés chorales qu'on appelle des orphéons. Le chant d'ensemble était cultivé avec succès en Allemagne et en Suisse, les Liedertafeln prospéraient déjà depuis un certain nombre d'années, lorsque nous songeâmes à en instituer de semblables au profit des classes populaires.
C'est un grand poète, Goethe, qui a secondé le musicien Zelter dans la création de la plus ancienne Liedertafel allemande (elle fut établie à Berlin en 1808) ; c'est aussi un poète, Béranger, qui, chez nous, a contribué à la réussite de Vorphéon, en désignant Bocquillon-Wilhem (V. Wilhtm) comme professeur de chant dans les écoles d'enseignement mutuel, lorsqu'on y introduisit l'élude de la musique au mois d'octobre 1818. Les mesures les plus utiles et les plus désirées rencontrent parfois des obstacles imprévus avant de pouvoir s'accomplir, et ce fut en 1835 seulement que le conseil municipal de Paris vota l'introduction du chant dans toutes les écoles communales. Trois ans après, le chant devint un enseignement universitaire: l'oreille de la jeunesse française était ouverte à la voix du progrès musical.
Restait à former celle des classes ouvrières, non seulement à Paris, mais dans les départements. Sous la surveillance et l'inspiration de B. Wilhem, un excellent professeur destiné à continuer plus tard lœuvre du fondateur de l'orphéon, xM. Hubert, ouvrit en 1835, rue Montgolfier, un cours de musique vocale pour les ouvriers, et les élèves de ces cours du soir parvinrent au bout de quelque temps à chanter avec ensemble. Ce premier succès engagea 1 autorité à donner son approbation à l'ouverture de plusieurs réunions du même genre, et l'on vit bientôt des classes de chant choral s'ouvrir à la Halle aux draps, rue de Fleurus, rue d'Argenteuil, etc., sous la direction des propagateurs les plus capables et les plus zélés de la méthode Wilhem.
L'orphéon eut ainsi à sa disposition des centaines de ténors et de basses qui vinrent renforcer et compléter les chœurs des écoles commu-