ORPHÉON
ORTHOGRAPHE
nales. On put alors, en réunissant toutes ces voix, juger des aptitudes et de Teflot grandiose de ces masses chorales. Plus les auditions publiques se multiplièrent, mieux elles firent ressortir l'intérôt que nous devons porter à la cause orpliéonique. Des organisateurs intelligents et dévoués vinrent imprimer à l'enseignement du chant choral une impulsion plus vive encore, en instituant des concours et des festivals auxquels les jeunes phalanges de chanteurs populaires accoururent d'un bout à l'autre de la France. Bientôt même des sociétés orphéoniques osèrent traverser la Manche et, en 1851, lors de l'Exposition universelle de Londres, on entendit les orphéonistes français exécuter sous la direction de M. Delaporte des chœurs qiii produisirent beaucoup d'effet.
A la suite de ces manifestations imposantes, la ville de Paris résolut de placer à la tête de l'orphéon un compositeur du premier ordre et vraiment apte à diriger cette excellente institution dans la voie du beau; les fonctions remplies d'abord par B. Wilhem, puis confiées après sa mort (1842) à son élève Hubert, furent conférées en 1852 à M. Charles Gounod. Ce maître éminent s'en démit en 1860, et l'orphéon, de plus en plus prospère, fut à cette époque, et à cause de l'agrandissement de Paris, divisé en deux sections : celle de la rive gauche de la Seine, dont la direction échut à François Bazin, et celle de la rive droite dont on donna la conduite à M. Jules Pasdeloup. A Hubert fut réservée l'inspection des écoles communales de la rive droite, et l'on nomma Foulon inspecteur général des écoles de la rive gauche.
Cliaque année, au printemps, une séance solennelle se tenait au cirque des Champs-Elysées ou au Cirque d'hiver et permettait de juger des travaux et des progrès de l'orphéon : douze cents chanteurs d'élite, c'est-à-dire la moitié environ des élèves suivant les cours des écoles et des adultes dans chaque section, faisaient entendre, en présence du préfet de la Seine et des membres de la commission de surveillance du chant, les morceaux nouveaux dont ils avaient enrichi leur répertoire.
Cette organisation se maintint jusqu'en 1872 ; mais, au commencementde l'année 1873, la direction de l'orphéon de Paris fut confiée aux seules mains de François Bazin, qui la garda jusqu'à la fin de son heureuse carrière. Après la mort de ce compositeur, son élève favori, M. Danhauser, inspecteur du chant dans les écoles communales depuis 1875, lut promu, en juillet 1878, inspecteur général de l'enseignement du chant, — fonctions équivalentes en réalité à celles que remplissait F. Bazin et avant ce dernier Charles Gounod.
On comprend qu'une institution qui, en 1867, comptait en France 3243 sociétés chorales présentant un effectif de 147 500 chanteurs et qui, à l'heure où nous écrivons, possède encore près de 1500 orphéons et une armée d'environ 60 000 orphéonistes, ait fait naître un répertoire des plus variés et un certain nombre de journaux spéciaux. Dès le principe, Halévy, Adolphe Adam, Félicien David, MM. Ambroise Thomas et Ch. Gounod ont composé des pages chorales du caractère le plus musical et le plus varié. Après eux, sont venus tour à tour François Bazin, MM. Ernest Boulanger, Th. Semet, LéoDelibes, J. Massenet, Saint- Saens, Laurent de Rillé, J. Monestier et une foule d'imitateurs. La Belgique, où l'on cultive avec amour le chant choral, compte aussi beaucoup de compositeurs écrivant volontiers pour l'orphéon ; nous nous contenterons de citer ici Ch Hanssens, MM. Gevaert, Soubre, J. Denefve, Radoux et Camille de Vos, l'émule belge du parisien Laurent de Rillé.
Il n'existe jusqu'à présent aucune Histoire de iorphéon. A qui voudrait en tracer une complète !'• Partie.
nous donnerions le conseil de lire les (.'/lants de la vie, de l'érudit Georges Kastner, ie ne pas dédaigner Olivier l'orphéoniste^ de M. Laurent de Hillé, et de consulter avec l'œil exercé du critique la France chorale (18G2), journal rédigé par le fougueux polémiste J.-F. Vaudlii, l Orij/iéon, fondé en 1855 par M. Abcl Simon, la Nouvelle France chorale (18G9), dirigée par M. Camille de Vos, et VEcho des orphéoiis (18G1), administré par M. Victor Lory.
On trouve dans ces feuilles bi-mcnsucUes la mention de tous les exploits des sociétés chorales, le récit du voyage à Londres que 3000 orphéonistes français ont fait en juin 18G0 sous la direction de M. Delaporte, le compte-rendu des concours internationaux les plus brillants tels que ceux de Lille (1802', d'Arras (18G4), de Paris (18C7 et 1878), de Reims (1869 et 1876j, de Lyon (1877 et 1885), de Bruxelles (1880), etc.
C'est à l'occasion de ces luttes instructives que les meilleures compositions du répertoire ont été publiées, et l'on nous permettra de rappeler que les belles pages écrites par MM. Ambroise Thomas, Ernest Boulanger,!. Massenet et autres maîtres aimés sur des paroles du signataire de cet article marquent dans les annales de l'orphéon, parce qu'elles donnent à un simple chœur à quaire voix d'hommes l'intérêt et le mouvement d'une scène dramatique.
En parcourant attentivement les journaux spéciaux que nous venons de nommer, on s'apercevra que, depuis les tristes événements militaires de 1870-71, le chant choral souffre de la concurrence que lui font les fanfares. Nous ne voulons pas dire du mal des sociétés instrumentales et nous ne les croyons pas amies du cabaret, comme le prétendent certaines langues méchantes ; mais nous gardons nos préférences de vieille date pour l'orphéon. Il reste à nos yeux un des éléments de civilisation les plus puissants de la France actuelle. En effet, il enseigne à la jeunesse des écoles communales les éléments de la musique, et, en l'initiant aux beautés de la haute poésie, en lui révélant les lois primordiales de l'harmonie, il lui forme l'oreille, il lui apprend à mieux prononcer, à mieux parler notre tangue ; il lui inspire le goût des nobles récréations, il lui montre en même tem|)S comment de l'union des voix peut naître l'union des cœurs. Ne rapproche t-il pas toutes les classes et ne voit-on pas marcher sous sa bannière ouvriers et patrons, riches et pauvres, paysans et citadins ? Cette institution utile et bienfaisante n'a d'autres ennemis à redouter que les ambitieux qui voudraient la détourner de sa voie naturelle pour la faire servir à leurs intérêts particuliers. Que l'orphéon garde sa première devise et qu'on l'entende encore, répétant partout le refrain magique du Chant des amis, d'Alfred de Musset :
Amour, Patrie et Liberté 1
[Gustave Chouquet.]
ORTHOGRAPHE. — C'est au mot Orthographe de la II» Partie de ce Dictionnaire que le lecteur doit chercher la définition de l'orthographe, la distinction entre l'orthographe d'usage et l'orthographe de règles, l'historique des variations de l'orihographe française. La dictée étant, dans l'enseignement primaire, l'exercice propre de l'orthographe, on trouvera, au mot Dictée de cette I* Parme, la pédagogie théorique de l'orthographe, comme aussi, à ce même mot, dans la Il« Partie, on en Jtrouvera la pédagogie pratique.
Reste ici à tirer, au point de vue liénéral de l'enseignement, les conclusions des principes et des développements contenus dans ces différents articles.
Remarquons d'abord qu'en soi l'orthographe est une connaissance de pure forme ou, si l'on veut, un instrument de connaissance. Ou dit bien : « Je
ORTHOGRAPHE
ORTHOGRAPHE
sais rorthographe, cet enfant sait l'orthographe; » mais c'est là un savoir qui par lui-même n'ajoute rien aux acquisitions de l'esprit. Vous concevez, par exemple, qu'un homme puisse être botaniste, connaître les plantes, les distinguer^ les nommer même et en parler avec compétence, sans qu'il lui soit indispensable de savoir écrire selon les règles toute la série de mots qui les concerne.
Dans les anciennes écoles primaires, on se bornait, sauf le catéchisme, à mettre aux mains des enfants ces instruments de connaissance, l'écriture, la lecture, le calcul mécanique; l'orthographe venait ensuite, au même titre et en dernier lieu. On demande plus aujourd'hui à l'enseignement primaire : il doit commencer l'instruction réelle, comme il commence l'éducation. L'école enseigne l'arithmétique, l'histoire, la géographie, et toutes les autres matières d'un programme défini; elle enseigne aussi, non plus seulement l'orthographe, mais la langue, pour en tirer parti au profit de l'expression et de la disposition logique des idées ; elle doit conduire l'élève à la composition, au moins aux éléments de la composition, si l'on a peur de ce mot effectivement un peu ambitieux.
Tout cela restreint d'autant le domaine de l'orthographe, puisqu'elle n'est après tout que la réglementation de la langue écrite.
JMais, en fait, l'orthographe est encore aujourd'hui dans nos écoles l'exercice principal, sinon exclusif, auquel sont soumis les enfants pour l'enseignement propre de la langue ; c'est celui sur lequel comptent les maîtres pour le succès des examens, et on peut dire qu'avec l'arithmétique l'orthngraphe est l'épreuve maîtresse des examens primaires proprement dits, du certificat d'études pour les élèves, de l'examen d'entrée aux écoles normales et du brevet simple pour les maîtres. Il semble qu'étant donnée une langue comme la nôtre, où l'orthographe est, comine on l'a dit, toute hérissée de superfétations étymologiques, ce seraient les élèves de l'enseignement secondaire qui devraient se tirer le mieux de ces difficultés. Le contraire arrive généralement, et on a constaté bien souvent qu'en présence d'une dictée l'écolier est plus fort que le lycéen. Cela est à l'honneur de l'école primaire, mais seulement à la condition que l'école primaire ne laisse pas de côté, au bénéfice de l'orthographe, les connaissances élémentaires qui sont de son ressort et que l'on a très légitimement inscrites sur son programme, h la condition aussi qu'elle ne prés'^nte pas, comme cela se voit, pour un même examen, à côté de dictées irréprochables, des rédactions absolument nulles.
11 ne faut pas qu'elle oublie non plus qu'en orthographe comme en tout le reste l'école primaire ne doit connaître que ce qui est courant, que ce qui est à l'usage de tout le monde. Il y a, dans la grammaire, des règles concernant l'orthographe qui sont acceptées partout, que tous doivent connaître ; mais il y a aussi ce qu'on pourrait appeler des raffinements de luxe; il y a des fantaisies qui se sont peu à peu formulées en exception, il y a ces cas tératologiques dont parle M. Bréal. De même l'orthographe d'usage compte, à côté des faits acquis qui en forment comme la substance, un nombre considérable de bizarreries merveilleusement faites pour déconcerter h logique naturelle, de raretés savantes fort peu utiles pour le vulgaire, à plus forte raison pour les enfants, de subtilités ou de minuties que ceux qu'on'eût appelés au dix-septième siècle « les honnêtes gens » négligent dans la pratique, et contre les(iuelles a proiesté de tout temps la foule irrévérencieuse des néograples plus ou moins révoluiionnaires. Tout cela devrait être absolument inconnu à l'école primaire, qui a autre choso à faire que de
sacrifier au superflu ou de deviner des logogriphes-
II fut un temps où, dans notre pays, qui ne répugne point à l'exagération, on se plaisait, pour rendre l'épreuve d'orthographe plus probante et plus décisive, à accumuler dans une page autant de difficultés qu'il était possible d'en réunir, au grand détriment des écrivains dont on dénaturait ainsi les plus beaux morceaux. Les grammairiens, de leur côté, plus préoccupés de donner des preuves de leur érudition que de rechercher les définitions les plus simples et les préceptes- les plus larges en expliquant par le raisonnement ou l'histoire les anomalies apparentes ou réelles, accumulaient à l'envi dans leurs livres les prohibitions* de tout genre, et se livraient, dans la recherche des incorrections, à des sévérités de pointe d'aiguille devant lesquelles le libre génie des plus grands écrivains ne pouvait point trouver grâce.
Faut-il s'étonner que ceux qui devaient affronter la redoutable épreuve d'un thème d'exercice ou d'une dictée composée artificiellement, où chaque mot cachait un piège, aient cru devoir consacrera cette gymnastique détours de force une préparation toute particulière? Aujourd'hui même que les textes se tirent directement des auteurs, sans aucune altération, et que les grammairiens, éclairés par la comparaison des langues et par leur histoire, ont substitué des rèt^les simples et peu nombreuses au dogmatisme étroit des anciens rudiments, le mal n'a pas encore complètement disparu. On fait trop de dictées dans nos écoles, et on y recherche avec trop de prédilection a les dictées difficiles w ; il y a des écoles où, aux approches des examens, on ne fait plus que des dictées.
C'est là évidemment un excès et un abus. Mais, dans les conditions et dans les limites <iue nous avons indiquées, l'orthogniphe a si bien sa place dans l'école et dans l'instruction des enfants, qu'on peut dire qu'elle n'est à sa vraie place que là. L'enfant seul a l'oreille et l'œil assez sûrs pour discerner les mots tout en acquérant des idées, et la mémoire assez neuve et assez fidèle pour garder en quehiue sorte empiriquement le souvenir du son et de la forme, et comme l'empreinte de chaque mot. Plus tard, c'est trop tard; l'attention est ailleurs, et l'expérience prouve que rien n'est diffi( ile à un adulte dont l'instruction première a été manquée ou insuffisante sur ce point comme d'apprendre la grammaire et l'orthographe.
Les exercices d'orthographe ont en outre, sans parler de leur objet propre, l'avantage d'être une très utile et très saine gymnastique pour l'esprit des enfants. L'application des règles de la grammaire met en œuvre leur raisonnement dans des proportions qu il est très facile d'adapter à la juste mesure de leurs forces. Il va sans dire qu'il faut que ces règles soient simples et qu'on les déduise naturellement d'exemples bien choisis et bien expliqués.
Quant à l'orthographe d'usage, elle est, dans l'ordre des exercices de la langue, comme une conséquence naturelle des lectures; il faudrait même qu'elle ne fût qiie cela ; il ne serait pas bon qu'un mot vînt sous l'œil de l'enfant dans une épreuve de dictée, avant d'avoir été déjà vu une ou plusieurs fois dans le livre de lecture, et il serait à désirer (ju'il y eût entre le livre de lecture et le livre de dictées une exacte correspondance, peut-être que ces deux livres n'en fissent qu'un. Supposez que l'enfant soit obligé de deviner l'oriliogr-aphe d'un mot inconnu et de la mettre au hasard; il n'est pas certain que, s'il devine mal, ce ne soit pas cette impression fautive venant de lui-même qui lui restera plutôt que la correction du maître. En somme, celui qui sait le mieux l'orthographe, qui a, comme on dit, rorthographe naturelle tt comme spontanée, c'est celui d'ordi-
ouïe
OUIB
naire qui a fait le plus de lectures et qui en a le mieux profité. Il est d'ailleurs facile au maître de venir en aide à l'enfant au point de vue de l'orthographe des mots en l'accoutumant, soit au cours des liictnres communes, soit par des exercices spéciaux, à ranger hîs mots par familles et à «oumeitre hnirs radicaux à des analyses lexicologiques judicieusement mises à sa portée. Il n'est pas nécessaire d'attendre que les élèves atteignent les cours supérieurs de l'école primaire pour les familiariser avec ce genre d'exercices, et on doit les conduire le plus lôt possible à décomposer les mots dont l'analyse est la plus facile. Il va sans dire que l'enfant, qui ne peut pas sortir de sa langue, n'arrivera jamais au dernier terme de l'étymologie; mais cela n'est pas nécessaire ; il suffit qu'il puisse tomber, pour fixer son incertitude, sur un mot initial qui l'éclairera sur la forme de tous les congénères.
Les maîtres qui procéderont ainsi n'auront point à se préoccuper, comme quelques-uns l'ont fait, à tort, suivant nous, des réformes plus ou moins aventureuses de la néographie (V. sur les tentatives faites à diverses époques pour réformer l'orthographe française l'article Orthographe de la Ile Partie). Outre que ces réformes, si elles doivent avoir lieu, ne sont point du ressort de l'école primaire, nous ne voyons pas beaucoup ce que pourrait y gagner celle-ci. Gode pour code, autant valent les règles traditionnelles, pourvu qu'on n'en prenne que le nécessaire ei qu'on les interprète avec indulgence. On pourrait même prétendre que plus les règles resteront fixes, plus la besogne restera relativement aisée. L'Académie, en modifiant sur un très petit nombre de points l'orthographe acceptée et à laquelle on était habitué, n'a-t-elle pas plutôt embrouillé les choses, lorsqu'elle pensait les simplifier?
C'est aux commissions d'examen qu'il appartient de se montrer libérales sur tous les points — et Dieu sait s'ils sont nombreux — que l'usage a laissés et qu'il laissera toujours flottants. En ce qui regarde le brevet simple, telle a été certainement l'intention du Conseil supérieur de l'instruction publique, lorsqu'il a laissé à ces commissions l'évaluation, selon la raison et le bon sens, du maximum de fautes qui peuvent être tolérées dans chaque composition d'orthographe.
[C. Rouzé.]
ORTHOPHONIE. — V. Bégaiement et Prononciation.
ouïe. — Nous n'avancerons certainement rien d'excessif en disant que l'hygiène de l'ouia des enfants entre bien rarement et pour bien peu de chose dans les préoccupations du maître d'école, •et que, sauf le cas très exceptionnel d'une surdité caractérisée, il ne songe pas que l'audition de plus d'un des membres de son petit auditoire puisse être défectueuse et que ce soit là une question qui a son importance parmi celles de l'hygiène pratique et familière.
Cela est pourtant. Comme on s'est préoccupé des altérations de la vue chez les écoliers, on a recherché aussi celles de l'ouie, et les résultats de cette enquête, sans avoir l'alarmante gravité que présentent les conclusions relatives à la myopie scolaire, sont cependant de nature à surprendre et à mériter réflexion. Il semble prouvé, en effet, par les études entreprises sur cet objet dans divers pays, que de 20 à 25 0/0 des enfants ne possèdent qu'une audition imparfaite. Il va sans dire que chez le plus grand nombre de ces mal entendanis l'ouie n'est que très légèrement défectueuse et que cette imperfection est trop peu marquée pour frapper un observateur inattentif. Elle n'en existe pas moins, et, telle qu'elle est, elle peut avoir pour le travail de l'enfant d'assez ■•érieuses conséquences.
Il a été constaté que l'un des signes les plus constants de cette infériorité auditive, '♦.'est l'omission, dans les dictées, de certain^'S consonnes, r, /, m, by et des syllabes nasales, in, an, un^ on, ou encore la confusion des consonnes m et h, ((et t, etc. « Quand un enfant, dit le rapporteur de la commission ministérielle d'hygiène scolair'* écrit entière pour rentière, connaisoaytce pour reconnaissance, cause pour clausp, tonde ^our monde, tioijer pour loyer, Vindépendanne pour U dépendance, etc., on peut être assuré qu'il entend mal. »
Il résulte de là que le maître d'école, dès qu'il constatera chez un enfant la persistance de ce genre de fautes, fera bien de soumettre sa faculté auditive à un examen attentif, sous peine de puni;comme des étourderies ou des marques d'ignorance ce qui n'est que l'efl'et d'un vice de constitution. Le meilleur et le plus simple moyen de remarquer les défauts d'acuité d'ouïe, c'est de faire à plusieurs reprises une dictée en parlant assez bas. Les mal entendants se signaleront par leur attitude plus attentive, par leur façon do tendre l'oreille, de contrôler fréquemment sur le cahier du voisin les mots imparfaitement perçus, et enfin par les fautes d'orthographe caractéristiques. Il sera bon d'introduire dans ces dictées un n(«mbre suffisants de mots suspects, prCtant aux erreurs et aux confusions dont nous avons donné ci-dessus des échantillons.
- L'une des causes les plus fréquentes de ces états de très légère surdité, c'est le catarrhe chronique de la trompe d'Eustache, déterminant; l'obstruction de ce conduit. C'est là une affection qui est elle-même presque toujours sous la dépendance d'un état habituel de congestion ou d'inflammation des premières voies respiratoires et particulièrement du pharynx. Un enfant sujet aux rhumes de cerveau et aux maux de gorge est prédisposé aux altérations de l'ouïe, le catarrhe des fosses nasales ou de l'arrière-gorge se pro«pageant aisément à la trompe d'Eustache et empêchant ainsi la libre communication de l'oreille moyenne avec l'air atmosphérique. Nous n'avoi\s naturellement pas à traiter ici des moyens médicaux de remédier à cette infirmité. Il nous suffira de recommander aux maîtres d'école de surveiller plus attentivement les enfants sujets à s'enrhumer. On évitera de les placer au voisinage du poêle, de la porte, de la fenêtre. On ne les laissera pas, en hiver, passer de la classe chaufl"ée au préau sans les obliger de se couvrir plus abondamment ou de jouer à quelque jeu violent; en été, au contraire, ils se couvriront pour rentrer en classe et rester immobiles après avoir couru et transpiré dans le préau. La commission d'hygiène signale avec raison les vasistas mal construits ou mal maniés comme une cause fiéquente de rhumes, d'inflammation des oreilles, et par suite d'infirmité auditive. Il est nécessaire de ventiler la classe, mais non moins nécessaire de le faire avec prudence et habileté. Si l'air pur tombe en douches glacées sur les têtes des enfants, il eût autant valu pour eux les laisser croupir dans l'air vicié.
Une autre cause fréquente du défauc d'acuité de l'ouïe, c'est la propagation au conduit auditif externe des maladies cutanées : eczéma, impétigo, gourmes, etc. Le maître ne manquera pas de remarquer ces éruptions diverses, et de les signaler aux parents.
N'oublions pas enfin que l'obstruction du co.:duit auditif par l'accumulation de'vla crasse et de la matière cérumineuse de l'oreille n'est point chose absolument rare. Quand le maître aura reconnu qu'un enfant entend mal, et qu il C3 pourra point attribuer cette infirmité à quelque rhume, il devra soupçonner la malpropreté. Ea
ouïe
OUTREMAN (D')
pareil cas, il est rare que les deux oreilles soient égale iuent obstruées : on s'assurera aisément de la chose à l'aide d'une montre écartée successivement de cliaque oreille jusqu'au point où le tictac cesse d'être perçu ; la distance inégale révélera l'oreille obstruée. Il faudra alors examiner cette oreille auprès d'une fenêtre, en faisant incliner la tête et en tirant légèrement en arrière et en haut le pavillon, de façon que le conduit auditif s'éclaire jusqu'au fond : alors, au lieu d'apercevoir la tache blanche que fait, au fond du trou, la membrane du tympan, l'on distinguera une masse plus ou moins considérable, de couleur jaune ou brune. Il est bon de savoir que ces accumulations de cérumen et de crasse sont parfois fort adhérentes : le meilleur moyen de les enlever, c'est de projeter violemment et à plusieurs reprises de l'eau chaude, à l'aide d'une petite seringue, dans l'oreille obstruée, jusqu'à ce que le liquide ait dissocié et ramené au dehors le bouchon brunâtre.
On a vu souvent la rupture du tympan déterminée par un coup de poing ou un soufflet appliqués sur l'oreille : le choc se transmet à la colonne d'air contenue dans le conduit auditif externe et la comprime assez violemment pour crever la membrane tympanique. Un maître prudent ne manquera pas d'informer les enfants de la possibilité d'un accident aussi redoutable, et leur recommandera d'éviter, dans leurs jeux ou dans leurs batailles, de se frapper mutuellement sur l'oreille.
Il faut savoir aussi que les très jeunes enfants sont portés à s'introduire toutes sortes de petits objets dans les oreilles : grains de froment, de mais, de raisin, pépins de fruit, petites pierres, etc. Lorsque le défaut d'acuité acoustique sera constaté chez un enfant de l'école maternelle ou de la classe enfantine, il sera bon de s'assurer par une exploration attentive que sa surdité n'est point due à la présence dans le conduit auditif de quelque corps étranger.
La première précaution à prendre, quand on aura reconnu chez certains enfants une infériorité constitutionnelle de l'ouïe, c'est de les placer sur le front de la classe, le plus près possible de la chaire, de façon qu'ils reçoivent directement les paroles du maître. Mais un point d'une importance plus grande encore, c'est de leur parler avec une parfaite netteté d'articulation, en marquant les consonnes, en détachant les diphtongues nasales en un son bref et net. Ceci, nous ne l'ignorons pas, est une qualité rare chez la plupart de nos maîtres d'école, à l'exception de ceux qui appartiennent à quelques départements centraux, où l'accent est naturellement pur et correct. Presque partout ailleurs, le maître subit l'influence de l'accent local, qui est toujours un élément de déformation et de confusion, mais qui, en certaines régions méridionales ou du Nord-Est, fait de la langue française un jargon aussi laid qu'inintelligible. Il nous est souvent arrivé, en visitant telle école du midi de la France, de déplorer qu'un maître intelligent et attaché à son devoir ne sût pas se débarrasser de cet horrible accent, et de nous étonner que ses petits auditeurs pussent percevoir la véritable forme des mots à travers cette prononciation vicieuse. Ce reproche, du reste, remonte plus haut que l'instituteur et atteint l'école normale : c'est là seulement que le mal peut être supprimé ou du moins diminué. C'est là que d'excellentes leçons de lecture à haute voix et de diction peuvent sauver les maîtres de l'influence locale et leur incuhiuer un parler ferme et correct. Mais il faut ajouter que celte impulsion ne suffirait pas, qu'elle s'éteindrait vite, une fois le jeune maître retourné au village, i'il ne prenait lui-même le soin de consacrer
chaque jour quelques minutes à une lecture h haute voix, faite chez lui, dans la solitude, et où il s'efforcerait de poursuivre et de chasser de sa prononciation toute trace d'accent.
Un des points importants de l'hygiène de l'ouïe, c'est la bonne disposition acoustique des classes. La commission d'hygiène scolaire établit quelques règles simples qu'il est bon de connaître.
Le cube d'air que la voix du maître doit mettre en vibration doit être le plus petit possible, sans toutefois se réduire au point de compromettre la bonne aération. On a reconnu que la hauteur du plafond de la classe ne doit jamais dépasser quatre mètres. Dans une salle plus élevée, la voix se perd, n'est point nettement perçue.
Il est mauvais que le mur qui fait face au maître présente une surface nue et lisse ; il se produit alors un écho qui double chaque syllabe et rend tout indistinct. Des tableaux, des cartes murales flottantes, au besoin quelques draperies, ou une large planche placée debout dans chacun des angles, de façon à le transformer en un pan coupé, cela suffira pour empêcher la réflexion du son et rétablir la bonne acoustique. Il en est de môme, quoique à un moindre degré, du mur qui est derrière la chaire : les mêmes précautions l'empêcheront de donner lieu à un écho désagréable.
Il y a des salles qui présentent des résonnances-; fort gênantes. Le son y retentit, s'y prolonge, de façon que l'articulation des paroles se fond en un murmure continu et confus. L'expérience ai montré qu'un moyen d'atténuer un tel défaut, c'est de tendre à quelque distance du plafond des fils de coton lâches, et se croisant dans les | deux sens. Ils suffisent à briser les ondes sonores et à les empêcher de se renforcer.
[D' Elle Pécaut.] OUTREMAN (D'). — Philippe d'Outreman, de la compagnie de Jésus, né à Valenciennes en 1585, mort dans sa ville natale en 1652, est l'auteur du Pédagogue chrétien (1629), ouvrage qui eut au xvii^ siècle plus de soixante éditions, et qui fut traduit en plusieurs langues. Les deux parties du premier tome sont le développement de ces deux préceptes : « s'abstenir du péché » (1" partie) et « faire le bien » (2^ partie) ; le second tome, aussi divisé en deux parties, est un traité de la patience. L'ouvrage est distribué en sections ; chaque section s'ouvre par un exposé dogmatique, à la suite duquel l'auteur place un certain nombre de récit» édifiants, tirés de l'histoire sacrée ou profane, et servant à illustrer le précepte par l'exemple.
L'auteur n'a pas spécialement en vue l'éducation des enfants ; son ouvrage s'adresse aux chrétiens en général. « J'ai voulu, dit-il, l'appeler Pédagogue, à l'imitation de Clément Alexandrin, non pas toutefois que je me sois proposé de n'enseigner que les enfants en ce livre, si ce n'est que je veuille appeler tous les chrétiens enfants, tels que voirement ils doivent être {?ion sensibiis^ sed malUiâ), non plus que le susdit Clément, dont {^Pédagogue donne de très parfaites leçons... Je le pourrais même à ce sujet appeler Médecin^ pour ce qu'il en pratique l'office. Es-tu chargé d'humeurs peccantes? Il a les vomitifs, pour t'en faire quitte au plus tôt. Es-tu atteint de blessures et maladies mortelles? Il a les médicaments et antidotes, pour te guérir et rendre aussi sain et dispos que jamais : et voilà le but et la fin de la ir« partie. Es-tu en bonne santé, et désireux de te porter mieux et t'acheminer à bon escient à la perfection 'i II te montre le chemin, et enseigne tout ce que tu dois faire de nuit ei de jour dès le malin jusques au soir, et dès le soir jusques au matin, tant es jours ouvrables qu'es dimanches et fêtes. Et c'est à quoi butte toute la 2° partie
OUVERTURE
OUVERTURE
(du l«r tome) de sos instructions, si vous y ajoutez les vertus contraires aux péchés capitaux, dont il donne la doctrine et la pratique, et la dévotion à Notre-Dame. »
Cet ouvrage est un curieux spécimen des pratiques dévotes mises à la mode par les jésuites. Il a consorvé jusqu'à nos jours une partie de sa vogue dans un certain public, car nous en avons sous les yeux une édition moderne, qui est ainsi intitulée : « L'instruction du chrétien, nouvelle édition du Pédagogue chrétien du père d'Outreman, de la compagnie de Jésus {première et seconde partie), revue et retouchée par le père Nnmpon, de la Diêine compagnie, avec approbation de Mgr l'archevêque de Tours » ; Paris, Poussielgue, 18G6, 1 vol. in-12.
OUVKRTrRE. — Action d'ouvrir un établissement d'enseignement primaire libre. Cette expression ne s'applique guère aux écoles publiques fondées ou entretenues par les communes, le département ou l'Etat. Leur création est de la compétence du Conseil départemental, qui statue sur l'avis du conseil municipal et dont les décisions sont soumises à l'approbation du ministre de l'instruction publique (art. 2, loi du 10 avril 1867; art. 9, loi du 20 mars 1883). Cette intervention du ministre s'explique d'autant mieux que depuis le vote de la loi du 16 juin 1881 sur la gratuité, et depuis le vote des lois de finances de 1882^ 1883 et 1884, la part contributive des communes dans les dépenses de l'enseignement primaire est à peu près invariable, et que les créations d'écoles augmentent les charges de l'Etat. Quand certaines communes ont fourni le produit des 4 centimes spéciaux, quand d'autres y ont ajouté le prélèvement du cinquième sur certains revenus ordinaires (art. 2 et 3, loi du 16 juin 1881), elles sont libérées de l'obligation qui leur est imposée pour l'entretien du personnel de l'enseignement primaire. C'est dans cet esprit qu'a été rédigée la circulaire ministérielle du 21 mars 1884, sur la création d'écoles primaires de tout ordre. Parmi ces écoles, les unes sont obligatoires, les autres sont facultatives. Il ne faut pas ranger dans la première catégorie les écoles de fllles dans les communes dont la population est supérieure à 400 âmes mais inférieure à 500: la loi du 16 juin 1881 n'a pas modifié sur ce point l'article 1" de la loi du 10 avril 1867. Elle a seulement assimilé au point de vue de l'entretien les écoles de filles dans les communes de plus de 400 âmes à celles qui se trouvent dans les communes de plus de 500 âmes. L'article 7 du oroict voté par la Chambre (18 mars 1884) allait plus loin : il rendait obligatoires les écoles spéciales de filles dans les communes de plus de 400 âmes; mais le Sénat n'a pas admis cette disposition.
L'ouverture d'une école libre est soumise à ce^ ; taines conditions de forme et de fond :
Conditions de forme. — L'instituteur qui veut ouvrir une école libre doit faire une déclaration au maire de la commune où il se propose de l'établir; il joint à cette déclaration une désignation du local et l'indication des lieux où il a résidé et des professions qu'il a exercées pendant les dix années précédentes ; il envoie la même déclaration au préfet, au procureur de la république et au sous-préfet. Cette déclaration est inscrite sur un registre spécial, tenu à la mairie, avec la signature du maire et celle de l'instituteur. Elle reste en outre affichée par les soins du maire à la porte de la mairie pendant un mois (art. 27, loi de 1850; art. ï". décret du 7 oct. 18.'iO,qui exige la oroduction de l'extrait de naissance du déclarant
Conditions de fond. — Il faut :
1° Etre âgé de vingt et un ans accomplis.
2" Avoir la qualité de Français (art. 2ô, loi du tS mars 1850). Il ne faudrait pas conclure qu'un
é^tranger ne peut ouvrir une école primaire en France. Le décret du 5 décembre 18.\»0, r.jndu conformément à l'article 78 d»; la loi du 15 mars 1850, r(!Connalt aux étrangers le droit d'ouvrir une écoie primaire. Aux conditions imposées aux Fiançais il en ajoute deu,x autres: il exige qu'ils soient admis à jouir des droits civils (art. 13 du Code civil), et qu'ils obtiennent une autorisation spéciale du ministre de l'instruction publique, accordée après avis du Conseil supérieur (cf. circulaire du 14 mai 1851).
3" Etre pourvu du brevet de capacité. Sous l'empire de la loi du 15 mars 1850 (art 25), le brevet pouvait être suppléé soit par le diplôme de bachelier, soit par un certificat const.itant qu'on a été admis dans une des écoles spéciales de l'Etat, soit par le titre de ministre non interdit ni révoqué de l'un des cultes reconnus par l'Etat, soit par le certificat de stage que délivrait le Conseil départemental aux personnes qui justifiaient avoir enseigné pendant trois ans au moins les matières obligatoires du programme dans les écoles publiques ou libres autorisées à recevoir des stagiaires. Toutes ces équivalences ont été abolies par la loi du 16 juin 1881 (art. l^r), qui exige le brevet de capacité de toute personne qui dirige une école libre. Cette disposition ne s'applique pas aux instituteurs qui exerçaient les fonctions de directeurs au l<^r janvier 1881 en vertu des équivalences de la loi du 15 mars (an. 4). Il ne faudrait pas en conclure qu'un instituteur libre, après avoir quitté l'école qu'il dirigeait au l^r janvier 1881, puisse ouvrir une autre école sans produire le brevet. Car le but de la réserve consacrée par l'article 4, alinéa l^r, a été de maintenir en possession ceux qui, bénéficiant des dipositions de la loi de 1850, avaient pris la direction d'une école.
4*^ Il faut pour ouvrir une école ne pas avoir subi une condamnation pour crime ou délit contraire à la probité et aux mœurs, ne pas avoir été prive d'une partie des droits mentionnés en l'article 42 du Code pénal (art. 26, loi du 15 mars 1850). Cette privation, qui peut être prononcée comme peine accessoire parles tribunaux correctionnels, s'applique aux droits civiques^ civils et de famille. Dans le projet de loi voté par la Chambre en 1S84, cette incapacité spéciale n'était pas reproduite. Entre ce système et celui de la loi de 1850 que M. Paul Bert reprenait dans sa proposition, il y avait un système intermédiaire, auquel on pouvait se rallier : il eût consisté à ne faire découler l'incapacité que de la privation de certains droits, énnmérés dans l'article 42, comme les droits de famille. Mais l'art. 5 de la loi du 30 octobre 1886 a reproduit telle quelle la disposition de l'art. 26 de la loi de 1850.
5° Ne pas avoir été frappé de l'interdiction absolue d'enseigner soit comme instituteur public, soit comme instituteur libre. S'il s'agit d'un instituteur public, la révocation le rend incapable d'ouvrir une école dans la commune où il exerçait ; s'il s'agit d'un instituteur libre, la même incapacité est le résultat de l'interdiction restreinte à la commune où il était établi.
Sanction. — Si toutes les conditions de forme et de fond sont remplies et s'il n'y a pas d'opposition *, l'école peut être ouverte à l'expiration du mois d'affichage sans aucune autre formalité (art. 2S et 27, loi du 15 mars 1850; art. 38, loi du 30 octo-
S'il n'y a pas eu de déclaration et si l'école a été ouverte, elle doit être fermée par les soins du maire ou du commissaire de police soit d ofhce, soit sur la plainte du préfet, soit sur celle de l'inspecteur primaire. L'instituteur sera en outre poursuivi devant le tribunal correctionnel du liou du délit et condamné à une amende de 100?^
OUVERTURE
OUVERTURE
1 000 fr. (art. 40, loi du 30 octobre 1886). Il va sans dire que la fermeture de l'école peut précéder la décision judiciaire, puisqu'il s'agit d'une mesure administrative, complètement indépendante de la poursuite correctionnelle. La sanction est la même lorsque le déclarant n'a pas attendu pour ouvrir son école l'expiration du mois de publicité.
En cas de récidive le délinquant sera condamné à un emprisonnement de six jours à un mois et à une amende de 500 à 2000 fr.
Pj'is à la lettre ce texte conduirait à frapper des mêmes peines l'instituteur qui ne produit pas les autres pièces exigées, comme l'indication du local et ce qu'on appelle en style administratif le curriculum vitœ (indication des fonctions depuis dix ans), car en ne produisant pas ces pièces il contrevient aux prescriptions de l'article 38 visé dans l'article 40 qui contient les sanctions.
S'il y a eu opposition et si l'instituteur ouvre son école avant qu'il ait été statué sur cette opposition ou après qu'elle a été maintenue par le Conseil départemental, il sera frappé des peines établies pour le cas de récidive. Il n'en sera pas de même si, l'opposition ayant été levée par le Conseil départemental, l'opposant appelle de cette décision devant le Conseil supérieur. Cet appel n'emp^.he pas l'ouverture de l'école, ou plutôt ne rend pas l'instituteur coupable aux termes de l'art. 40, alinéa 4.
L'inobservation des règles prescrites et relatives aux conditions de fond entraîne les mêmes conséquences : cela résulte de l'article 40 de la loi du 30 octobre 1886, qui renvoie aux articles 4, 7 et 8 spéciaux aux conditions de fond. Si donc un étranger, un mineur, ont ouvert une école, cette école sera fermée et les peines rappelées plus haut pourront être appliquées. Dans cette hypothèse comme dans les autres, elles pourront être abaissées par suite de l'admission des circonstances atténuantes, l'article 40 réservant l'application de l'article 463 du Code pénal sur les circonstances atténuantes.
L'école libre, régulièrement ouverte, peut-elle être fermée? Il n'y a pas dans la loi une procédure organisée pour la fermeture des écoles; ce n'est que par voie indirecte qu'on peut arriver à faire fermer une école libre. Il y a là une lacune que le législateur devrait combler. Il peut arriver par exemple que le local, suffisant lorsque la déclaration d'ouverture a été faite, ait cessé de répondre aux prescriptions de l'hygiène scolaire, que l'instituteur ne remplisse plus les conditions qu'on est en droit d'exiger d'un maître de l'enfance; la législation ne fournit aucun moyen d'arriver directement à la fermeture de l'école. On pourra quelquefois traduire l'instituteur devant le Conseil départemental ; mais comme cette poursuite implique de sa part ou une faute grave, ou l'inconduite, ou l'immoralité (art. 41, loi du 30 octobre 1886), elle aura l'inconvénient d'entraîner une condamnation qui ne sera pas en rapport avec l'infraction commise. Mieux vaudrait indiquer par des dispositions spéciales les cas dans lesquels une école peut être fermée et les conditions auxquelles cette mesure sera subordonnée.
Dans une hypothèse particulière, l'écolô libre peut être fermée par une décision d'un tribunal correctionnel : c'est lorsque le directeur a refusé de se soumettre à la surveillance de l'État telle qu'elle a été organisée par la loi. Un premier refus peut entraîner une amende de 50 à 500 fr. ; s'il s'en produit un second, l'amende est de 100 à 1000 fr. Si le refus a donné lieu à deux condamnations dans l'année, la fermeture de l'établissement est ordonnée par le jugement qui prononce la seconde condamnation (art. 42, loi du 30 octobre 1886).
Les règles qui viennent d'être analysées sont
applicables aux écoles de filles. Sous l'empire delà loi de 1830 (art. 49), le brevet pouvait être remplacé par les lettres d'obédience pour les institutrices appartenant aux congrégations religieuses vouées à l'enseignement et reconnues par l'État. La loi du 16 juin 1881 a supprimé cette équivalence comme toutes les autres. Cela résulte des différents articles de la loi du 16 juin et notamment de l'article 4, alinéa 2, qui dispose que la loi nouvelle ne s'applique pas aux directrices d'écoles libres comptant trente-cinq ans d'âge et cinq ans au moins de services en qualité de directrices au 1er janvier 1881.
Les écoles maternelles libres sont soumises aux dispositions des articles 37 et 38 delà loi de 1886. Le décret du 2 août 1881 qui les concerne (art. 38) les assimile à peu près aux écoles de filles. Il y a cependant une différence qu'il est nécessaire de signaler. Elle ressort de la loi de 1881, art. 2, qui dispose que nulle ne peut exercer les fonctions de directrice d'école maternelle libre sans être pourvue du certificat d'aptitude à la direction des salles d'asile institué par le décret du 21 mars 1855. Pour ouvrir une école maternelle il faudra (et cela suffira) produire le certificat qui constitue une sorte d'examen professionnel et dont les épreuves sont déterminées par un arrêté (30 décembre 1884, art. 21). Il était regrettable qu'on eût consacré législativement un diplôme qui n'est qu'un brevet amoindri et qu'on eût conservé cette équivalence qui se comprenait à une époque où les écoles maternelles étaient moins des écoles que des espèces de garderies. La loi du 30 octobre 1886 a du reste fait disparaître le certificat d'aptitude à la direction des salles d'asile ; la possession du brevet de capacité est désormais exigée des directrices des écoles maternelles.
A côté des écoles maternelles ou à leur place on trouve les classes enfantines, auxquelles on donne quelquefois à tort le nom d'écoles. Il n'y a pas pour elles d'ouverture dans le sens légal. Elles ont encore le caractère de simples classes malgré l'article 7 de la loi du 16 juin 1881 et l'article 15 de la loi du 30 octobre 1886, qui les ont assimilées aux écoles proprement dites pour ce qui concerne l'entretien. C'est au Conseil départemental qu'il appartient d'autoriser la création de ces classes. Sa décision ne doit pas être sujette à appel devant le Conseil supérieur, le Conseil départemental agissant administrativement plutôt qu'au contentieux.
Il serait difficile, du moins c'est notre opinion, d'appliquer à cette hypothèse la jurisprudence nouvelle du Conseil supérieur, qui paraît un peu porté à attribuer le caractère contentieux à des actes que l'on était habitué à considérer comme purement administratifs. La recevabilité d'un appel contre le refus du Conseil départemental ne pourrait même pas être fondée sur l'article 7 de la loi du 27 février 1880, qui ne consacre expressément l'appel contre les décisions des Conseils départementaux que quand il s'agit d'affaires disciplinaires (V. Opposition). Le jour où par une disposition législative la classe enfantine aura été rangée parmi les écoles, l'institutrice qui voudra en ouvrir une devra remplir les mômes formalités que pour les autres écoles; si elle rencontre des difficultés, elle aura les mômes moyens pour les faire lever, et si elle se croit atteinte dans l'exercice de ses droits par une décision du Conseil départemental, elle aura les mêmes garanties et les mêmes voies de recours.
Il n'y a aucune règle particulière pour les écoles primaires supérieures. Leur ouverture est soumise aux mêmes conditions que celle des écoles primaires. Les établissements libres d'enseignement primaire supérieur, régulièrement ouverts,, ne pourront recevoir des boursiers nationaux que
OUVHOIR
OVERBKRG
s'ils remplissent les mômes conditions que les établissements publics (art. 169 du décret du 18 janvier 1887).
Pour terminer, il reste quelques mots à dire sur les pensionnats primaires, dont l'ouverture avait étij réglée par l'article î)-'> de la loi du 15 mars 1850, et par le décret du 30 décembre de la môme année. Ces textes renvoyaient aux dispositions relatives au\ écoles primaires dont la plupart s'appli(iuaieiit aux pensionnats. Une première difforcnce porte sur l'âge; pour ouvrir un pensionnat, il faut avoir vingt-cinq ans; il f;.ut de plus joindre à la déclaration d'ouverture: T l'acte de mariage, si l'instituteur est marié; 2° un certificat diiment légalisé, attestant que le postulant a exercé pendant cinq ans au moins soit comme mstituteur, soit comme maître dans un pensionnat primaire ; 3^» le programme de son enseignement; 4" le plan du local dans lequel le pensionnat doit être établi; 5^ l'indication du nombre maximum de pensionnaires qu'il se propose de recevoir; 6" l'indication des noms, prénoms, date et lieu de naissance des maîtres et employés qu'il s'est adjoints pour la surveillance du pensionnat.
Le maire et le préfet pouvaient faire opposition à l'ouverture du pensionnat. Cette opposition était jugée par le Conseil départemental dont la décision doit être sujette à appel devant le Conseil supérieur. Il serait difficile de soutenir le contraire en. présence de l'article 19 de la loi du 10 avril 1867 qui consacrait l'appel pour les cas prévus par l'article 28 de la loi du 15 mars 1850, et de l'article 53 qui dispose que les pensionnats primaires sont soumis à certaines prescriptions, notamment à celles de l'article 28. A défaut d'opposition à l'ouverture du pensionnat, et dans le cas où il était donné main-levée de l'opposition, le Conseil déterminait le nombre d'élèves qui peuvent être admis sans inconvénient dans le local affecté au pensionnat, et le nombre des maîtres et employés nécessaires à la surveillance (cf. art. 53, loi du 15 mars 1850, et le décret du 30 décembre 1850). L'instituteur libre qui aurait ouvert un pensionnat sans se soumettre aux prescriptions légales pouvait être frappé des peines édictées par les articles 29 et 30 de la loi du 15 mars 1850. Ce dernier article s'appliquait et l'instituteur pouvait être condamné pour faute grave, s'il ne s'était pas conformé aux mesures prescrites par le Conseil départemental dans l'intérêt des mœurs et de la santé des élèves.
Lorsque le pensionnat primaire devait être ouvert par un instituteur public, la déclaration devait être soumise au Conseil municipal et l'autorisation était donnée par le Conseil départemental qui fixait le nombre des pensionnaires (art. 53, loi de 1850). Si l'instituteur ne se soumettait pas aux mesures ordonnées par ce Conseil, il était passible des peines énoncées en l'article 33 de la loi de 1850 (art. 8, décret du 30 décembre 1850). Si le directeur d'un pensionnat changeait de commune ou si, sans changer de commune, il changeait de local ou le modifiait gravement, il était tenu d'en faire la déclaration au maire et au préfet, et de se pourvoir de nouveau devant le Conseil départemental (décret du 30 décembre 1850).
Les seules dispositions de la loi du 30 octobre 1886 applicables aux pensionnats primaires suit celle qui porte que «nul ne peut diriger une école recevant des internes avant l'âge de vingtcinq ans révolus >; (art 7), et celle qui ordonne que l^es déclarations prévues à l'article 37 devront aussi être faites en cas d'admission d élèves internes.
[E. Drumel.]
OUVUOIR. — Établissement dans lequel les jeunes filles sont particulièrement exercées aux travaux d'aiguille ou à d'autres travaux manuels.
La Cour de cassation, par arrêt du 2 mars 1860, a déclaré que les ouvroirs étaient soumis, pour ce qui concerne leur ouverture et leur exploitation, aux formalités imposées aux établiss»iments d'enseignement primaire, lorsque les j'îunes filles qui y sont admises reçoivent, avec l'enseigfiement professionnel, renseignement des salies d'asile, des écoles primaires ou des classes d'adultes.
La question avait, du reste, été déjà résolue dans le môme sens par le Conseil royal de l'instruction publique, à la date du 30 octobre 18-38, dans des termes tellement précis qu'il est intéressant de les reproduire :
« L — Les ouvroirs sont des établissements d'instruction primaire dans lesquels les jeunes filles sont particulièrement exercées aux travaux d'aiguille ou à d'autres travaux manuels, en môme temps qu'elles reçoivent des leçons d'instruction morale et religieuse, de lecture, d'écriture, de calcul et de dessin linéaire.
» IL — Les ouvroirs sont soumis à a surveillance des autorités préposées à l'instruction primaire par la loi du V8 juin 1833 et rordonnance royale du 23 juin i836.
» III. — Ils seront dirigés par des institutrices brevetées. »
Cette jurisprudence a été rappelée par le ministre de l'instruction publique dans une circulaire du 17 avril 1882 qui, relatant les diverses décisions sur lesquelles elle s'appuie, fait remarquer avec raison (ju'il ne saurait dépendre d'un établissement quelconque, en prenant la dénomination à'ouvroir, d'orphelinat, ou toute autre, de se dérober à l'application des lois relatives à l'enseignement primaire.
Il va sans dire qu'on ne saurait assimiler à un ouvroir ayant le caractère d'école p;imaire la réunion de jeunes filles chez une maîtresse qui les prend en simple apprentissage pour les mettre en état d'exercer une profession. Des réunions de ce genre constituent des ateliers et non des écoles ; la surveillance n'en appartient pas aux autorités scolaires. [Ernest Cad'^t.]
OVEIlBEUG. — Bernard Overberg est l'un des principaux représentants de la pédagogie catholique en Allemagne à l'époque antérieure à Pestalozzi. Né en 1754, dans un village près d'Osnabrûck en VVesphalie, il étudia la théologie, fut consacré prêtre en 1780, et exerça d'abord comme vicaire dans une paroisse rurale ; il s'y distingua par sa charité, sa douceur, son amour pour les enfants, et les succès qu'il obtint dans sa tâche de catéchiste. En 1783, le baron de Flirstenberg, administrateur de la principauté de Munster, le plaça à la tête de la Normal-Schuie qu'il avait récemment fondée dans cette ville ; Overberg dut faire chaque année un cours normal de deux à trois mois à un certain nombre d'instituteurs, et s'occuper en outre d'inspecter les écoles primaires pour en améliorer la méthode d'enseignement. C'est dans ce poste qu'il s'acquit promptement la réputation d'un éducateur hors ligne.
w Les fonctions d'instituteur, au pays de Mïmster, dit un de ses biographes, étaient en général remplies, dans les paroisses importantes, par des hommes qui avaient suivi les cours du gymnase avec l'idée d'embrasser l'état ecclésiastique, mais qui ensuite, soit défaut de capacité, soir pour toute autre raison, n'avaient pas achevé leurs études. Dans les villages moins considérables et dans les hameaux, c'étaient des manouvricrs qui gagnaient leur pain en hiver adonner des leçons, et en été à travailler aux champs. Le plus grand nombre de ces maîtres étaient fort ignorants et hors d'état de donner une instruction convenable. Leur salaire, du reste, était aussi pauvre que leur enseignement, et plusieurs se voyaient ré duits à faire la classe dans une boulangerie
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OVEKBERG
eu dans quelque vieille chapelle, sans poêle, exposés à toute la rigueur du froid. Fiirstenberg chercha d'abord à gagner les maîtres par ramélioration matérielle de leur sort, pour opérer ensuite chez eux une réforme intellectuelle et morale. Overberg fut chargé d'inspecter toutes les écoles de campagne ; on abolit alors, d'après ses conseils, une partie des chétifs établissements dont nous venons de parler, et de la réunion de plusieurs places improductives on en forma une seule, à laquelle fut affecté un traitement suffisant ; puis on assura aux maîtres qui se soumettraient à un examen de capacité et le subiraient avec succès un supplément annuel de vingt, trente et quarante thalers, selon l'importance des communes. Cet examen devait se faire tous les trois ans : ceux qui voulaient s'y préparer avec plus de soin étaient invités à venir à l'école normale de Munster. L'augmentation de frais occasionnée par cette mesure fut mise à la charge du trésor public, et, afin que les enfants n'eussent point à soufi'rir de l'absence de leurs maîtres, les cours destinés à ceux-ci n'avaient lieu que pendant le temps ordinaire des vacances, c'est-à-dire depuis le 21 août jusqu'au commencement de novembre. En conséquence, il y eut bientôt chez Overberg de vingt à trente vieux magisters. Ils exercèrent largement sa patience angélique et sa généreuse confiance en Dieu, par l'indicible pesanteur et la dureté de leur esprit. De neuf heures à midi, et de deux heures à cinq heures, le digne prêtre leur donnait des leçons de pédagogie, de religion, d'histoire sainte, de lecture, d'écriture et de calcul. Overberg faisait ses leçons avec un soin extrême : il consacrait une heure et demie à la préparation de chacune, puis il employait le reste de sa journée à instruire et à aider en particulier, dans sa chambre, les maîtres les plus faibles. Ces infatigables efforts n'eurent pas tout d'abord des résultats sensibles ; mais au bout d'un petit nombre d'années on en ressentit Theureuse influence... Le généreux enthousiasme d'Overberg pour la jeunesse pauvre et délaissée éveilla dans d'autres âmes des sentiments semblables; le zèle des meilleurs entraîna une partie des plus indolents et des moins capables ; et plusieurs d'entre eux, non contents de suivre le cours d'Overberg une ou deux années, s'y rendirent dix ou douze fois à leurs propres frais. Quoiqu'un grand nombre de ses auditeurs, surtout au commencement, fussent des gens grossiers et sans éducation, jamais le professeur n'avait besoin d'en rappeler un seul à l'ordre. La haute dignité de son caractère, jointe à la candeur enfantine et à la bienveillance cordiale qui rayonnaient dans toute sa personne, inspiraient à chacun l'amour et le respect. »
Overberg s'occupa aussi de former des institutrices ; chaque année il donnait, à l'école gratuite du couvent de Lorraine, un cours que venaient suivre des jeunes filles qui se destinaient à la carrière de l'enseignement. Des personnes de toutes conditions se pressaient au catéchisme qu'il faisait, le dimanche, datjs l'église de ce couvent. Un passage du journal dans lequel il avait l'habitude de consigner ses réflexions et ses pensées intimes fera voir avec quel sérienx il envisageait sa tâche d'éducateur, et combien était élevé l'idéal auquel il s'efforçait d'atteindre. « Ce matin, écrivait-il dans ce journal à la date du 15 janvier 1790, je suis encore allé faire mon instruction sans l'avoir convenablement préparée. O Dieu, aide-moi pour que ceci ne m'arrive plus. C'est une illusion de me dire à moi-même : Sois tranquille, tu es maître de ton sujet, telle affaire est plus importante. Nulle affaire n'est aussi importante, du moment qu'elle peut être difl'orée. Le manque de préparation entraîne beaucoup
de fautes : la leçon devient obscure, incertaine, diffuse; l'esprit des enfants se trouble, ils écoutent mal, ils sont à la gêne et j'y suis avec eux. En général, j'ai fort à me garder de descendre dans les minuties, d'être trop long et trop savant pour les enfants. Une seule leçon bien comprise et bien retenue vaut mieux pour eux que d'en entendre dix et de n'en comprendre aucune, ou de perdre de vue et d'oublier, parmi les autres, la dixième qui était précisément la plus utile. Aide-moi, ô~ mon Dieu, pour que j'imite de plus en plus dans mes leçons la manière divinement simple, courte et saisissable de ton bien-aimé Fils. Fais que je me demande toujours avant de commencer une instruction : Est-elle nécessaire, est-elle utile ? N'y en a-t-il pas une autre qui doive passer auparavant? Est-elle à leur portée? Quel est le but que je me propose ? Ne donnerat-elle aux enfants qu'une apparence de savoir (dans ce cas il faudrait y renoncer) ? Est-elle présentement la plus profitable? »
Eu 1793, Overberg publia, à l'usage des instituteurs, un manuel dans lequel il résumait les directions et les conseils pédagogiques que lui avaient suggérés dix années d'expérience. Cet ouvrage, intitulé Anweisung zum zweckmdssigen Schulunterricht fur die ScfiuUehrer im Fûr-stenthum Munster, a eu de nombreuses éditions du vivant de l'auteur et après sa mort (la 8^ est de 1844), et il compte, malgré sa forme un peu vieillie et sa tendance au mysticisme religieux, parmi les livres classiques de la pédagogie allemande au xviii^ siècle. Les autres écrits d'Overberg sont un abécédaire, publié en 1788, une histoire biblique (1799), un manuel de religion (1804), et deux catéchismes.
Lorsque Georges Cuvier* fut chargé en 1810 d'inspecter les établissements d'instruction publique des départements de la Basse-Allemagne, il s'exprima en ces termes sur Overberg et son école normale dans le rapport qu'il adressa à l'empereur : « Les maîtres et maîtresses sont obligés de se rendre tous les automnes à une école normale où on perfectionne leur instruction et où l'on s'assure qu'ils se maintiennent dans leurs connaissances et qu'ils mettent en pratique les méthodes dont ils ont été imbus. Cette école est tenue à Munster par un ecclésiastique respectable nommé M. Overbeck (Cuvier écrit « Overbeck » pour « Overberg»), auteur d'ouvrages intéressants sur l'éducation. Il reçoit quatre cent cinquante risdales de traitement et réunit ordinairement trente ou quarante maîtres chaque année. »
Overberg avait vécu depuis 1789 dans la maison de la princesse Galitzin, qui s'était déclarée sa protectrice. Après la mort de celle-ci (1806), il continua à habiter chez elle jusqu'au moment où il fut nommé directeur du séminaire épiscopal (1809). Ces nouvelles fonctions ne l'empêchèrent pas de continuer à consacrer chaque année une pnrtie de son activité au cours normal; sans se laisser arrêter par l'âge et la fatigue, il persista à réunir comme autrefois les instituteurs autour de lui pour les initier à la méthode. Le 7 novembre 1826, il donna sa dernière leçon et prit congé de ses élèves ; deux jours après, il expirait à l'âge de soixante-douze ans.
11 existe une traduction française de l'ouvrage principal d'Overberg ; elle a été publiée à Liège en 1844, sous ce titre : « Manuel de pédagogie et de méthodique générale, ou Guide de l'instituteur primaire, par B. Overberg, traduit de l'allemand par N.-J. Cornet » (2« édition, 1845, 1 vol. in-8). Une Vie de Ber?iard Overberg, par G. -H. Schubert, professeur de sciences naturelles à l'université de Munich, a été traduite par M. Léon Bore (Paris, 1842; 2» édition, 1843, 1 vol. iii-18).
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