‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 242 sur 573 · OWEN · texte numérisé non relu

OWEN

OWKN. —Robert Ovven, le grand philanthrope et socialiste anglais, appartient à la pédagogie par sa remarquable création de l'école de New- Lanark. Né en 1771, et d'abord simple commis dans une maison de commerce de Londres, il épousa la fille de M. Dale, industriel écossais, et se trouva placé, vers l'âge de trente ans, à la tête de la manufacture que Bon beau-père avait fondée à New-Lanark, sur les bords de la Clyde, en Ecosse. 11 réussit, en quelques années, à transformer radicalement les habitudes de la population ouvrière au milieu de laquelle il vivait ; le vol, la débauche, l'ivrognerie, la paresse, disparurent de New-Lanark, qui n'offrit plus que le spectacle d'une grande famille où régnaient le travail et la concorde. Owen, dans ses tentatives de réforme sociale, partait d'une doctrine philosophique particulière : selon lui, pour améliorer les hommes, il suffisait de modifier le milieu où ils vivaient ; sans contrainte, sans châtiments, le bien devait germer naturellement dans une organisation sociale fondée sur la raison, la bienveillance et la justice. Il appliqua ses principes à l'éducation de l'enfance, et l'école qu'il ouvrit à New-Lanark acquit bientôt, par les résultats qu'elle donna, une juste célébrité. Nous empruntons à M. Louis Keybaud la description suivante, qui ne pourra pas être soupçonnée d'exagération, puisque M. Reybaud compte au nombre des adversaires les plus résolus des idées professées par Owen :

« Depuis longtemps, Owen était dominé par cette idée que les châtiments et les récompenses qui règlent nos rapports en ce monde et sont notre perspective dans l'autre, entraient pour beaucoup dans les misères qui nous rongent et les jalousies qui nous divisent; qu'en exaltant les uns et en abaissant les autres, elles créaient ici-bas l'inégalité des rangs, les schismes des familles et l'infériorité des races, situations arbitraires, fausses à son avis, et sources de toutes les oppressions qui régnent d'individu à individu, de caste à caste, de fortune à fortune, de mérite à mérite, de caractère à caractère. Il voulait donc essayer sur des enfants si une méthode dépourvue à la fois d'encouragements et de reproches, de couronnes et de férules, amènerait des résultats assez concluants pour qu'on pût s'en faire une arme et un point d'appui contre les expédients contraires. Ce fut dans cet esprit qu'il organisa son institution de New-Lanark... L'école réussit au-delà de toutes les attentes. Il ne semble pas que, pour n'être pas récompensés, les élèves de New-Lanark se soient montrés moins ardents à l'étude, ni moins retenus pour n'être point punis. Comme local, l'école était un beau bâtiment, avec des salles pour quatre cents élèves et une grande galerie intérieure où douze cents personnes pouvaient s'asseoir. De vastes cours, des jardins, des vergers, puis la campagne environnante étaient ouverts aux enfants, sans qu'aucune clôture leur indiquât les limites qu'il leur était interdit de franchir. Quoique toute liberté fût laissée à leurs ébats, il s'était établi parmi eux une sorte de discipline et de surveillance mutuelle qui maintenaient dans leurs rangs l'ordre, la justice et l'union. Une méchanceté était punie par le délaissement, peine affreuse pour le jeune âge ; un abus de la force était réprimé par l'emploi de la force collective. A de certaines heures de la journée, des groupes se formaient dans les salles pour y exécuter des chœurs et des évolutions militaires au son du fifre montagnard. Rien ne saurait rendre l'effet produit par ces voix fraîches et pures quand elles entonnaient leur chant national : When first this humble roof l knew (Quand pour la première fois je connus cet humble toit). Robert Owen avait en outre un enseignement approprié à l'intelligence de ses élèves; il voulait qu'à

la démonstration se joignit l'observation et que l'enfant («ût sous b-s yeux l'objet dent on lui enseignait les propriétés. Le champ d'études de l'histoire naturelle était la campagne ; une mappemonde gigantesque venait à l'appui des leçons de géographie, des tableaux' sjnchroniques gravaient dans la mémoire les notions d'histoire; un vaste tableau rendait visibles à tous les yeux les problèmes du calcul. Conséquent avec son système, Owen ne se mêlait pas de l'enseignement religieux; il en laissait le soin aux familles. Son unique souci était d'empêcher qu'aucune secte ne prit dans l'institution des formes dominantes , toutes y étaient protégées à titre é:;al, et l'on pouvait voir à New-Lanark, vivant côte à côte et en bonne intelligence, des quakers, des anabaptistes, des anglicans, des catholiques, des presbytériens et des indépendants. Ce fut ainsi que New-Lanark réussit moins en raison de sa méthode que par l'influence d'un homme animé d'un sentiment bienveillant. »

La classe des petits enfants avait été confiée à Joseph Buchanan, simple ouvrier tisserand, qui plus tard, appelé à Londres, devint le premier créateur des infant schools anglaises. — V. Maternelles {Ecoles), p. 1862 et 1874.

L'attention de toute l'Europe avait été attirée par le succès de l'expérience tentée à New Lanark; de toutes parts les curieux affluaient, et l'empereur de Russie vint en personne visiter l'établissement d'Owen. Celui-ci, persuadé que ce qu'il avait réalisé dans un village écossais pouvait être accompli partout, conçut le projet d'une réforme générale de la société humaine, qu'il exposa dans un écrit intitulé : Vues nouvel/es sur la société, ou Essai sur la formation du caractère de l'homme {New view of society, or Essay on the formation of human character), Londres, 1812. En 1818, il présenta aux souverains réunis en congrès à Aix-la-Chapelle une adresse où il les adjurait d'accomplir dans leurs Etats un certain nombre de réformes en faveur des classes laborieuses; mais sa voix, comme il fallait s'y attendre, ne fut pas écoutée. Devenu possesseur d'une fortune considérable, il la consacra tout entière à la propagande de ses idées, et soutint de ses deniers et de son crédit tous ceux qui voulaient travailler à l'éducation populaire et à l'amélioration du sort des pauvres gens. C'est ainsi qu'il donna mille livres sterling à Joseph Lancaster*et cinq cents au D"" Bell* pour leurs écoles ; il avait offert à ce dernier cinq cents livres de plus, pourvu qu'il admît des enfants de tous les cultes. Il visita et encouragea sur le continent tous les établissements qui avaient pour but l'éducation des classes populaires, entre autres ceux de Pestalozzi* et de Fellenberg*. Mais il avait trouvé en Angleterre des adversaires déterminés dans le clergé et dans une partie de l'aristocratie; il se résolut à quitter sa patrie et à chercher pour la réalisation de ses idées un terrain plus favorable. Une tentative qu'il fit, de 1824 à 1827, pour fonder aux Etats-Unis une colonie où seraient appliqués ses principes d'organisation sociale ne réussit pas. Revenu en Europe, il continua sans relâche à prêter son concours à toutes les œuvres philanthropiques. Dans les dernières années de sa vie, il se trouvait isolé au milieu des partis nouveaux qui s'étaient formés ; le public avait cessé de prêter attention à sa personne et à sa doctrine.^ et il s'éteignit dans l'obscurité à Newton, en 1858, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.

On a publié d'Owen, en français, les ouvrages suivants : Mémoire adressé aux souveraim alliés, assemblésàAix-la Chapelle, dans Cintérét des classes ouvrières, Paris, 1818; Institutions pour améliorer le caractère moral du peuple, ou adresse aux habitants de New-Lanark, traduit de

PAIEMENT

PAIEMENT

l'anglais sur la 3* édition par M. le comte de L. (Lasteyrie), Paris, Colas, 1819. Le philantlirope M, -A. JiiUien* de Paris, qui visita New-Lanark en 1822, fit paraître dans la Revue encyclopédique d'avril 1823 une Notice stir la colonie industrielle de New-Lanark, en Ecosse, fondée par M. Robert Owen. M. Desfontaines a traduit en

1825 un opuscule de M. Robert Dale Owen, fils du fondateur de New-Lanark, où celui-ci expose les théories de son père ; cet ouvrage est intitulé ^5guisse du système d'éducation suivi dans les écoles de New-Lanark, Paris, 1 vol. in-18, 1825; le traducteur Ta fait précéder de la reproductiort do la Notice de M. -A. Juilien.

PACCORI. — Ambroise Paccori, né à Céaucé (Mayenne) vers 1650, fut principal du collège de Céaucé, puis du collège de Meung près d'Orléans; il est mort à Paris en 1730. Il a laissé plusieurs ouvrages de piété, de morale et d'éducation, dont les principaux sont : Avis salutaire à ufie mère chrétiejine pour se sajictifier dans l'éducation de ses enfayits, Orléans, 1G89, réimprimé plusieurs fois ; Règles pour vivre chrétiennement dans l'engagement du niariage et dans la conduite dune famille, nouvelle édition, Paris, 1741 ; Règles chrétiennes pour faire saintement toutes ses actions, dressées en faveur des enfants gui se font instruire dons les écoles chMtiennes, 2° édition, Orléans, 1701. L'extrait suivant de la table des matières de ce dernier ouvrage donnera une idée de la façon singulière dont un principal de collège pouvait concevoir un traité d'éducation au commencement du xvm* siècle : « Du réveil et du lever. \° Ce qu'il faut faire le matin à son réveil; 2° Ce qu'il faut faire en s'habillant; où l'on parle des nudités du corps, et Ion montre coinbien c'est une grande indécence, ou plutôt impudence, de laisser voir nu aux autres quelque endroit de son corps que l'on doit couvrir; 3° Qu'on doit éviter avec la même horreur de se voir contre l'honnêteté; combien cela est dangereux et criminel devant Dieu ; 4° Que Dieu ne nous a donné les habits que pour couvrir notre nudité, qui est honteuse depuis le péché ; en quel esprit il en faut user. — De l'école, et de ce qu'il y faut faire. 1° En quel esprit il faut aller à l'école ; comment il faut considérer son maître ou sa maîtresse; 2° Dans quelles dispositions les pauvres y doivent prendre leur déjeuner; 3° Que les enfants riches doivent donner le superflu de leur déjeuner aux pauvres, et en quel esprit ils doivent faire cette action ; 4° Charité et union des enfants de l'école. — De la manière de se conduire envers les tnaîtres ou maîtresses d'école, envers les enfants de l'école et les autres personnes du dehors. 1° Modestie dans l'école ; obéissance et respect envers le maître ou la maîtresse ; ne leur jamais résister; S» En quel esprit il faut souffrir d'être accusé, ou avertir le maître ou la maîtresse des défauts des autres ; 3° iSe jamais accuser les autres faussement; 4° Comment on doit souffrir les fausses accusations ; 5° Comment il faut sortir de l'école et s'en retourner au logis ; on parle par occasion de la manière de souffrir les insultes et les mauvais traitements. » La distance est grande, comme on voit, entre la pédagogie de Paccori et celle de Locke, qui avait publié ses Pensées sur l'éducation à peu près à la même époque.

PAIE3IEIST DU TRAITEMENT DES INSTI- TUTEURS ET DES INSTITUTRICES. — Les traitements des instituteurs et des institutrices sont mandatés par le préfet et acquittés suivant le mode établi en matière de cotisations municipales. Ils sont payés mensupUement et par douzièmes, sur le vu d'un état dressé par l'inspecteur d'académie. (Loi du 19 juillet 1875, art. 8.)

La circulaire du 13 août 1877, résumée ci-des-

sous, a eu pour but d'assurer l'exécution de ces dispositions.

Le |cr octobre de chaque année, l'inspecteur d'académie arrête, d'après les lois en vigueur, le montant provisoire du traitement de chacun des maîtres et maîtresses dans les écoles communales. L'état ainsi dressé est transmis par lui au préfet qui, au plus tard le 10 décembre, prend un arrêté fixant les contingents provisoires pour chaque commune. Cet arrêté est notifié au trésorier payeur général, qui en donne notification aux maires et percepteurs, de manière que le premier versement puisse être effectué avant le 10 janvier.

Les traitements sont payés par douzièmes et par mois. Avant le 25 de chaque mois, l'inspecteur d'académie dresse l'état de traitement d'après les évaluations provisoires. Mais il est à remarquer que pour les traitements supérieurs au minimum fixé par la loi, et qui varient suivant le chiffre de l'éventuel, la somme payée est inférieure à celle qui figure aux prévisions. On espère par là éviter d'avoir à prescrire des reversements s'il arrivait que le traitement définitivement arrêté fût inférieur au traitement provisoire. L'inspecteur d'académie envoie l'état mensuel au préfet qui procède immédiatement au mandatement des traitements» Les mandats sont individuels. Ils sont soumis au visa du trésorier payeur et ensuite transmis directement par la préfecture aux parties prenantes dans les deux premiers jours du mois au plus tard. Le paiement en est effectué par le percepteur.

En ce qui concerne le dernier mandat qui est délivré pour solder le traitement annuel, des mesures particulières sont prescrites. Pour chacun des instituteurs, institutrices, adjoints et adjointes employés dans les écoles de la commune, les maires doivent, avant le 1^^ avril de Tannée qui suit celle à laquelle se rapporte la dépense, faire parvenir au préfet, en double expédition, un certificat d'exercice. L'une de ces expéditions est remise à l'inspecteur d'académie, l'autre est rattachée aux mandats de paiement, à celui de décembre pour les traitements minimes, au mandai de solde pour les traitements supérieurs au minimum, ou bien au mandat sur lequel sera effectuée la première reprise par voie de précompte, s'il y a lieu d'effectuer un reversement.

Le certificat d'exercice est visé par le receveur municipal et l'inspecteur d'académie. Cette pièce sert à l'inspecteur d académie pour dresser l'état de solde des traitements et l'état définitif pour la fixation des contingents. Le préfet prend ensuite un arrêté fixant le contingent définitif de chaque commune pour l'exercice afférent à Tannée précédente. Les mandats de solde délivrés aux insti-^ tuteurs sont mis en paiement du 16 au 30 juin.

Aux termes des instructions du ministère des finances, il est fait recette chaque mois des retenues prélevées sur les iraiiements des instituteurs au moyen d'un mandat collectif délivré parle préfet et remis au trésorier payeur avec les mandats mensuels de traitement soumis à son visa. Un duplicata du mandat collectif est gardé par ce

PAPK-CARPANTIER (M"') — 2199 — PAPE-CARPANTIER (M"")

comptable pour servir de titre de perception provisoire des retenues pour pensions civiles.

Un état des sommes versées à titre de retenues pour pensions civiles sur les traitements indûment payés est remis par le préfet au trésorier payeur afin de lui permettre d'en rétablir le montant au compte des cotisations municipales.

Deux points sont encore à noter : l'instituteur reverse en une seule fois les sommes qu'il a indûment perçues si elles ne dépassent pas 50 francs, et si elles sont supérieures à ce chiffre il fait autant de versements qu'il y a de fois 50 francs ou une fraction de 50 francs à restituer.

Les frais de timbre des quittances apposées sur les mandats de paiement des instituteurs et des institutrices sont à la charge des communes débitrices.

En Algérie le môme mode de paiement du traitement des instituteurs et des institutrices est appliqué depuis le décret du 13 février l'-SS. Toutefois le certificat d'exercice individuel délivré par le maire est remplacé par un certificat collectif remis par l'inspecteur d'académie au préfet, avant le 10 février de l'année qui suit celle à laquelle se rapporte la dépense. Mais le décompte faisant suite à l'ancien certificat doit toujours être transmis par les maires après la clôture de l'exercice communal (circulaire du 15 décembre 1883).

[H. Schmit.]

PALMER. — Christian Palmer, théologien et pédagogue allemand, est né en 181 1 à Winnênden ! en Wurtemberg, et mort en 1875 à Tubingue. ' Après avoir achevé ses études à l'université de ' cette dernière ville, il exerça le ministère ecclé- ' siastique dans différetites paroisses, puis fut ap- ] pelé en 1843 à Tubingue, où il résida jusqu'à sa ' mort, remplissant successivement les fonctions de diacre, de premier diacre et de doyen ; à partir de 18.'>2 il occupa en outre une chaire à la faculté de théologie protestante. C'est cette année-là qu'il fit ; paraître son livre sur la Pédagogie évangéliqiie (Evangelische Pddagogik), qui est arrivé en 1882 j à sa cinquième édition. En 1857 il s'associa avec le D' K.-A. Schmid, directeur du gymnase de Stuttgart, et quelques autres éducateurs ailemands, pour la publication de la grande Encyclopédie pédagogique [Encyklopàdie des gesammfen Erziehung<- und Untei-richtswesens, Gotha, 1858- ; 1875), à laquelle il a fourni beaucoup d'articles importants. Palmer représente, dans la pédagogie allemande contemporaine, la doctrine du protes- ! taniisme orthodoxe, en opposition à la tendance I libérale dont Diesterweg et Dittes sont les princi- ' paux champions.

PALMES. — V. Distinctions honorifiques.

PAPE-CARPANTIER (M^e). Marie Carpanlier naquit à la Flèche (Sarthe), le 10 septembre 1815. Quatre mois auparavant, son père, maréchal des logis de la gendarmerie, avait été tué par un parti de chouans qui guerroyait pour les Bourbons pendant les Cent-Jours. Dans de telles circonstances, la jeune Marie Carpantier devait connaître au moins la gêne. Et en effet, pendant son enfance, elle eut à supporter plus d'une privation. Elle ne reçut d'autre instruction que celle que pouvait lui offrir une modeste école primaire; encore la quitta-t-elle à onze ans et demi pour pouvoir partciper, dans la mesure de ses forces, au labeur de la famille. Mais, animée d'un vif désir d'apprendre, elle trouva dans sa riche et heureuse nature, surtout dans la puissance de volonté dont elle devait donner tant de preuves dans le cours de sa laborieuse carrière, les ressources nécessaires pour perfectionner ce que l'école n'avait qu'ébauché, pour développer ses connaissances et se faire elle-même sa propre éducation.

A quatorze ans, elle sentait naître en elle le

sentiment et le goût de la poésie; elle produisit un certain nombre de pièces de vers qui ne manquent ni de grâce ni d'inspiration. A ce goût pour la poésie se joignait celui des arta. Peutêtre eût-elle cédé à ce double attrait sans une circonstance fortuite qui vint changer le cours de ses idées et exercer une influence décisive sur sa destinée : en 1835, comme elle approchait de sa vingtième année, l'autorité munit ipale de la Flèche lui proposa de diriger, avec le concours de sa mère, une salle d'asile qui allait être créée. Après quelques hésitations, la jeune Marie Carpantier accepta cette mission et, pour se mettre en état de la remplir, elle alla éiudier pendant quelques mois la méthode dans une salle d'asile du Mans.

De retour à la Flèche, elle prit possession de son nouvel emploi et se trouva en plein dans sa vocation. Elle se prit à aimer les enfants et commença à chercher ce qui pourrait les rendre heureux en les améliorant. Elle se livrait avec tant d'ardeur à ses fonctions que sa santé en fut compromise.

Après quatre années d'exercice, elle dut donner sa démission et accepter un emploi de demoiselle de compagnie auprès d'une dame de la Flèche, dont elle ne tarda pas à se faire une amie dévouée. Elle se livra alors à son goût pour la poésie. En 1839, elle obtint au Congrès scientifique de France une médaille pour un petit volume intitulé Préludes, où domine la note mélancolique et qui, vinst ans auparavant, eût charmé les lecteurs de la Muse française. Puur le moment, ce recueil valut au moins à l'auteur des témoignages de bienveillance de la part de M^^ Tastu et Georges Sand. Mais les circonstances ramenèrent de nouveau Marie Carpantier vers la vocation qu'elle avait abandonnée : la ville du Mans lui proposa la direction de l'établissement où, quelques années auparavant, elle avait fait son apprentissage de directrice de salle d'asile. Elle accepta et succéda ainsi à M. et M™« Pape, dans la famille dt^squels elle devait entrer un jour. Elle reprit ses études, ses observations, ses vues d'amélioration, et incarna sa pensée dans un premier ouvrage auquel elle donna pour titre : Conseils sur la direction des salies d'asile (1845). Elle entrait cette fois résolument dans son rôle de créatrice et de réformatrice, et elle le faisait avec la conscience de sa force et de sa valeur : d'élève, elle devenait maîtresse et professeur; elle s'emparait en quelque sorte de la chaire et commençait ces enseignements qu'elle devaitbientôt donner avec tant d'autorité à Paris.

En effet, cette publication et la réputation qu'avait acquise la salle d'asile du Mans appelèrent l'attention sur M"* Marie Carpantier, et lorsque, en 18 i7, M"° Jules Mallet* et M. de Salvandy * eurent fondé, rue Neuve-Saint-Paul, dans le quartier Saint-Antoine, une sorte d'école normale pour le recrutement et la préparation du personnel des salles d'asile, M"« Carpantier se trouva désignée par l'opinion publitiue pour la direction de cet établissement, qui prit momentané ment le nom d'Ecole normale mattrnelle (sous le ministère de M. Carnot), et auquel on donna le nom de Cours pratique des satl<?s d'asile lorsqu'il fut transféré rue des Ursulines ;sous le ministère de M. Fortoul.) —V. Cours pratique.

j^me Pape-Carpantier (elle avait épouse, vers ce temps, M. Pape) a gardé vingt-sept ans ce poste de confiance et d'honneur. Durant celte longue période, environ quinze cents élèves de Paris ou de la province, dont quelques-unes même venues de la Suède, de la Bohème, etc., ont entendu ses leçons et rtçi ses directions. Malheureusement, on était loin alors de se faire des salles d'asile, des services qu'elles peuvent rendre, et de U

PAPE-CARPANTÏER (M"^*) — 2200 — PAPE-GARPANTIER. (M"°)

place qu'elles doivent occuper dans la hiérarchie scolaire, l'idée qu'on s'en fait de nos jours. On croyait que trois mois consacrés aux études les plus élémentaires et à quelques exercices pratiques suffisaient pour préparer à la fonction. D'un autre côté, la situation faite aux aspirantes à leur sortie du cours était des plus modestes et souvent même des plus précaires. On devine facilement que, dans ces conditions, Ife recrutement devait se faire difficilement et que l'action de l'éminente directrice ne pouvait s'exercer que dans des limites fort restreintes. Le Cours pratique ne produisait donc pas tous les résultats attendus. En fit-on, après un quart de siècle, retomber la faute sur M™* Pape, ou bien son établissement pécha-t-il par quelques menus détails d'administration intérieure ? On ne sait trop. Mais toujours est-il que, en 1874, sous le ministère passager de M. de Gumont, M°i* Pape- Carpantier fut dépossédée de sa situation et mise en congé d'inactivité. Les amis de M""* Pape (et ils étaient nombreux) virent dans cette mesure un procès de tendance : le Cours pratique était un établissement essentiellement laïque; on pensa qu'il portait ombrage aux partisans à outrance des congrégations religieuses, que la directrice en avait été signalée comme animée de sentiments peu orthodoxes, et que telle était la véritable cause de sa disgrâce. L'opinion publique se révolta contre la mesure qui avait frappé M^epape- Carpantier ; la maréchale de Mac-Mahon, qui avait pour elle une singulière estime, se fit l'écho de l'indignation générale ; des représentations furent faites au ministre, et M™« Pape-Carpantier recouvra à peu près les avantages de son ancienne situation, en reprenant le titre d'inspectrice générale des salles d'asile dont on l'avait précédemment honorée.

Cette sorte de réhabilitation adoucit sans doute pour M™e Pape-Carpantier l'amertume de la mesure qui l'avait atteinte, mais n'en répara pas les tristes eff'ets. En quittant l'établissement où elle avait passé la plus grande partie de sa vie, elle avait dit à quelques amis : « Ne le répétez pas à mes filles, mais ces gens-là m'ont tuée. » Et en effet, à partir de cette époque, sa santé déclina, et lorsque à l'ébranlement qu'elle avait éprouvé vinrent s'ajouter les fatigues qu'elle s'imposa pour prendre part soit à l'Exposition de 1878, soit aux travaux du jury où elle était seule pour représenter le haut intérêt des salles d'asile, elle se trouva à bout de forces; une courte maladie l'enleva le 31 juillet, c'est-à-dire avant qu'elle n'eût reçu la médaille d'or par laquelle le jury international devait récompenser une dernière fois son long dévouement à l'éducation de la première enfance.

Au moment où M"e Marie Carpantier apparaissait dans le monde scolaire, l'éducation populaire, l'éducation des masses cherchait sa voie. Les écoles primaires s'organisaient, les unes d'après le mode simultané, les autres d'après le mode mutuel. Les salles d'asile, sous l'influence et sous l'impulsion de personnalités alors fort en vue comme M^o Jules Mallet *, M. Cochin*, etc., s'élevaient à la hauteur d'une institution sociale, institution modeste, de fraîche date, m.ais déjà fort appréciée dans les centres ouvriers ou populeux. Bien qu'on s'en fît encore une idée étroite, puisqu'on ne les considérait que comme des refuges destinés aux enfants pauvres, elles avaient cependant pris rang parmi les écoles (ordonnance du 22 décembre i837). On avait inventé pour elles une méthode, des procédés, des exercices; mais il était réservé à M"e Marie Carpantier de développer ce que tout cela contenait en germe, de féconder l'idée première, de donner l'esprit même de la méthode et d'en éclairer l'application,

de faire comprendre la salle d'asile autrement que comme une agglomération d'enfants gardés, amusés s'il était possible, mis simplement à l'abri des dangers de la rue, de l'isolement ou de l'abandon. C'est ce à quoi elle a travaillé pendant trente-trois ans, soit de vive voix, soit par ses écrits, par ses écrits surtout, car c'est dans ses ouvrages, particulièrement dans ses préfaces, qu'il faut chercher sa pensée et qu'on trouve son âme tout entière. Ces ouvrages sont nombreux, rarement de longue haleine ; tous contiennent au moins des parcelles de sa doctrine, ou, si l'on aime mieux, de sa méthode. Ce qu'elle a à cœur, c'est l'éducation de la première enfance et avant tout de l'enfant du peuple. Quand elle traite ce sujet, elle est sur son véritable terrain ; dans ces humbles régions, elle a des sublimités; peut-être vaut-elle moins quand elle veut sortir de cette sphère qui est celle de son génie, quand, par exemple, elle pense et écrit pour des enfants déjà d'un certain âge, quand elle quitte la salle d'asile pour l'école elle-même. C'est donc principalement sur ses œuvres de pédagogie enfantine que nous devons insister dans la revue rapide qui nous reste à faire de ses écrits.

On voudrait pouvoir les partager en livres de théorie et de doctrine, et en livres didactiques ou d'application. Mais on est bientôt arrêté dans cette division : presque partout, la pratique côtoie la théorie et réciproquement. Nous suivrons donc plutôt l'ordre du temps.

Conseils par la direction des salles d'asile (ISiS). — Cet ouvrage fut accueilli avec une faveur marquée : l'Académie française le couronna et le Conseil de l'université l'honora de son approbation. L'auteur y part de ce fait que « rien n'a encore été enseigné aux maîtres sur l'éducation de l'enfant pauvre ». « On a, dit-elle, écrit, il est vrai, quelques beaux ouvrages sur l'éducaiion; mais c'estsurun genre d'éducation élégante, inaccessible aux enfants du peuple et appropriée aux seuls enfants des classes distinguées. » M"e Carpantier oubliait J.-B. de La Salle, Pestalozzi et bien d'autres dont les noms lui étaient sans doute encore inconnus. Quoi qu'il en soit, son petit livre de moins de 200 pages était un véritable traité de pédagogie, de pédagogie nouvelle parce qu'elle s'adressait à un personnel de maîtres et d'élèves dont à la vérité on ne s'était point encore occupé chez nous, nouvelle aussi par les principes qui étaient posés et que l'auteur formule ainsi: « Il y a pour un instituteur deux sujets à étudier: les enfants et lui-môme; deux choses à accomplir : leur éducation et la sienne » ; nouvelle enfin en ce qu'elle se fondait bien moins sur une méthode établie à l'avance ou sur de savantes théories, que sur la nature de l'enfant ainsi que sur des observations et une expérience personnelles.

Enseignement pratique dans les écoles maternelles ou premières leçons à donner aux petits enfants (1848). — Dans son premier ouvrage, Marie Carpantier posait des principes ; son second fat surtout un traité d'application, disons le mot, un véritable Manuel des salles d'asile, dénomination que lui ont donnée et que lui donnent encore les maîtresses pour lesquelles il a été fait. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit de cet ouvrage en parlant des Ma7iuels d'instruction primaire*. Faisons remarquer seulement que l'expression d'écoles maternelles, introduite dans son titre, porte date: c'était le moment où M. Carnot tentait, sur les observations mêmes de Marie Carpantier, de substituer à l'idée étroite qu'on s'était faite jusqu'alors des salles d'asile une idée plus générale, celle d'une école ouverte à tous et formant comme le premier échelon dans la hiérarchie des écoles, comme le premier degré de Tin struction primaire. Ajoutons aussi que ce livre fut

accu

PAPE-GARPANTIER (M""^) - 2201 - PAPE-CARPANTIEK (M"-") oilliavecla môme faveur et honore des mômes ) nislère, M. Duruy lui ayant demandé de iracor

distinctions que celui dont il était la suite naturelle et comme le complément obligé. M. Ritt, inspecteur général de l'instruction primaire, déclara qu'il n'avait point d'analogue en France ou ailleurs. Il en eut un bientôt cependant, le Manuel dps sal/es d'asile de la sœur Maria, de l'ordre des sœurs de Saint-Vincent de Paul, la seule émule, nous dirions presque la seule rivale que M"« Pape- Carpantier ait rencontrée dans ces temps sur le terrain encore neuf des salles d'asile.

Histoires et leçons de choses (1848). — Nous ne saurions dire si M^e Pape-Carpantier a deviné la leçon de choses, comme elle a deviné en quelque sorto la méthode, les procédés et les enseignements qui conviennent à la salle d'asile, ou bien si file n'a fait que l'importer chez nous. Mais ce qu'on ne saurait contester, c'est qu'elle l'a nettement définie, qu'elle en trace la marche et les règles et qu'elle en fournit d'impérissables modèles. Ses Histoires et leçons de choses lui ont coûté, ditelle, M beaucoup de méditations et de travail

un plan d'enseignement priinûTe, elle répondit à cette invitation p^r un opuscule intitulé -.l'Union scolaire ou orgmàsation économique de l'inslruclion primaire (ISUtij, d-'ins lequel elle propose, comme moyens de réorganiser notre instruction primaire et de la mettre d'accord avec elle-même et avec les besoins actuels :

« I. — La substitution de la méthode naturelle et altrayaote aux procédés factices, routiniers et dépressifs jusqu'ici en usag'i.

» II. — L'introduction dans l'enseignement de quelques connaissances aujourd'hui d'utilité générale, telles que l'Iiistoire du pays, celle du travail, l'hygiène, les notions des diverses sortes d'économie, etc.

» m. — L'introduction de l'élément professionnel, s'étendant au commerce, aux langues vivantes, aux arts industriels, aux métiers, et marchant simultanément avec l'instruction proprement dite. »

Sans doute, ces idées n'étaient point nouvelles; Toutes ces petftcs histoires et bien d'autres ont i on les trouvait un peu partout et quelquefois été racontées devant les enfants. Celles qui ont i avec des commencements d'exécution . Mais touché leurs cœurs, captivé leur esprit, ont été : Mme Pape-Carpantier eut au moins l'honneur de écrites ; les autres ne méritaient pas d'être con- \ les formuler nettement une des premières. Du servces. » On le voit une fois de plus, aux yeux ; reste, pour elle, ces idées dataient de loin. Elle de M^i^ Pape-Carpantier, le grand maître en édu- \ les avait jadis exposées à l'hôtel de ville, devant

qu'y prennent ceux auxquels il s'adresse. 1 de choix, son Cours d'é'/ucatio7i et d'instruction

Le secret des grains de sable ou le dessin expliqué 'pour les enfants des deux sexes, à l'usage des par la nature (IBOH"), ouvrage dont le titre dans \ écoles et des familles. Ce cours est fondé sur le certaines éditions (Hetzel) est : Le secret des grains \ pruicipe d'un enseignement concentrique, c'est-àde sable ou géométrie de la nature. — L'il- ; dire d'un enseignement qui, «< embrassant dès lustre éducatri'ce a-t-elle toujours été elle-même ; l'abord toutes les matières accessibles à l'esprit fidèle à cette doctrine de l'expi-rience et de \ de l'enfant, va sans cesse en se développant et en l'observation qu'elle aimait à recommander et j augmentant d'intensité, au fur et à mesure que qui l'avait placée d'emblée au premier rang j s'accroissent les forces physiques, intellectuelles des pédagogues modernes ? Ne s'est-elle pas i et morales. Il comprend deux années préparatoilaissé, elle aussi, séduire par sa vive imagination \ res (enfants de 5 à 7 ans) ; une période élonienet par l'esprit de système ? Le Secret des grains \ tain; (enfants de 8 à 10 ans) ; une période moyenne de sable donne des craintes sérieuses à cet égard. ; (enfants de 10 à 12 ans); enfin une période com- Dans cet ouvrage l'amour du concret, le désir de ; plémentaire (enfants de 12 ans et au-dessus), matérialiser quand même l'enseignement, de don- i Quant à la méthode, « c'est, dit l'auitoir, l'enseiner un corps à ce qui n'en peut avoir, comme les i gnement expéritnental compris sous les noms diidées morales et purement métaphysiques, sont j vers (ï enseignement par las yeux et de leçons de portés à un point tel que l'auteur tombe dans ! cA'j5^ 5; c'est l'instruction par les faits, en un mot^ une. sorte de mysticisme nuageux qui semble re- j c'est la méthode naturelle. » Ce qui distingue en nouvelé de certaines doctrines de Frœbel. On y | outre les petits traités dont se compose le cours, lit des passages tels que celui-ci : « La ligne | c'est le soin que prend M^<^ Pape-Carpantier de

courbe représente le cours de la vie pratique, toute de nécessités, de rapports avec nos proches, nos semblables, ou pleine de ménagements pour autrui, de concessions réciproques, de sacrifices mutuels. La ligne droite représente la vie théo-

donner préalablement les directions aux maîtres et aux maîtresses dans deux Manuels, le Manuel des maîtres et le Manuel de ^institutrice. Tous deux le manuel des maîtres surtout) débutent par des considérations d'un ordre élevé. On y trouve,

rique, \''\ûéa\, Vidée, indépendante, absolue. » Ce j résumées en quelques chapitres, les idées et les sont là des choses étrangères à cette éducation en- \ doctrines répandues çà et là dans les ouvrages fantine dont M™^ Pape-Carpantier a fait l'œuvre j précédents.

de sa vie. Elle rentra heureusement dans son do niaine propre par les ouvrages suivants :

Jeux g ymnasiiques avec chants pour les enfants des salies d'asile (1864). — Conférences pédagogiques faites aux instituteurs réunis à la Sorbonne., ayant pour objet l'application des leçons de choses ou de la méthode naturelle aux écoles pri-

Comme Rousseau et Pestalozzi, avec lesquels elle s'est trouvée en communauté d'idées avant de les connaître, M^^e Pape-Carpantier s'est fait l'apôtre de la méthode naturelle, de la méthode qui prend la nature pour point de départ, ensuite pour guide et pour point d'appui; qui s'adresse d'abord aux sens et, par leur moyen, met l'enfant

maires (1867). — La Zoologie des écoles et des \ en communication avec tout ce qui l'entoure :

salles d'asile (1869). — VHisfoire du blé {\Sri,

— Lectures pour les enfants et les mères (1873).

— Petites lectures variées pour les enfants des deux sexes, avec des commeyitaires et des notes, etc.

Pou à peu, Mme Pape-Carpantier avait étendu son horizon, et ses regards s'étaient portés audelà des salles d'asile. Uès 1848, elle avait fait partie de commissions où s'agitaier.t des questions générales d'enseignement. Vers la fin de son mi-

w Coopérer à l'œuvre de la nature, l'étendre, rectifier quand elle dévie, telle est la tâche de l'éducateur; à tous les degrés de 1 éducation, il faut respecter la nature. » Elle répugae à l'abstraction ; elle ne parle qu'en présence de 1 objet ou du moins de son image: sa maxuue est : « Ln signe visible pour chaque chose visible. » De la les images qui iilustrent ses livres, les instruments et appareils quelle a inventés pour rendre partout et toujours l'enseignement concret (\ . sa >,QLice

Page 1