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sur l'éducation des sens, ses collections d'images, de dessins et de gravures, etc.)- A ses yeux, l'éducation doit avoir pour bases non seulement l'observation, la réflexion, l'expérience, mais aussi l'attrait, l'aflFection, le sentiment, le respect : « L'enfant devrait vivre au sein d'impressions fraîches et douces; les objets qui l'entourent b l'école devraient être gracieux et riants... Il n'est pas un enfant qui ne se laisse prendre à l'aflFection qu'on lui témoigne. Aimez cliacun de ceux qui sont confiés à vos soins... Nous ne valons qu'autant que nous aimons... Tâchez qu'on vous aime, et ce sera facile si vous aimez véritablement vousmême : l'amour, c'est la flamme qui attire la flamme... Il faudra de bonne heure éveiller chez nos pupilles le sentiment de leur dignité morale et travailler à les en pénétrer, en veillant sur nos manières envers les autres. E.i général, on traite les enfants avec trop peu de façon; on manque d'égards pour eux. »
Dans l'esprit de M^^ Pape-Carpantier, la salle d'asile était une œuvre d'éducation première, d'épanouissement, de développement dans tous les sens, non une œuvre d'instruction. Elle ne demandait à ses jeunes auditeurs ni effort, ni contention d'aucune sorte, ni travaux, pas même ces prétendus travaux récréatifs mis à la mode par les disciples de Frœbel : elle craignait que l'on ne fît d'eux « des petits galériens ». Elle ne leur demandait que de l'écouter et, pour les y amener, elle recourait aux récits enfantins, aux exhibitions d'objets ou d'images, à tout ce qui pouvait charmer leurs oreilles ou leurs yeux. Si elle admettait quelques exercices d'instruction sentant l'école, ce n'était que dans une mesure très restreinte et sous la réserve que ces exercices seraient courts, rudimentaircs, toujours relevés par des mouvements ou des moyens d'aspect. C'est pour cela que le procédé de lecture Grosselin (V. Phonomimie), le boulier-compteur, etc., lui étaient particulièrement chers. On lui a reproché d'avoir eu un faible pour les gradins, pour un enseignement collectif poussé à l'excès, etc. Elle aimait les gradins parce qu'ils facilitaient les causeries en même temps que la surveillance : du reste, elle s'était efforcée de les rendre aussi commodes que possible en les pourvoyant de sièges à dossier. Peut-être les eût-elle abandonnés, avec les leçons générales faites à l'estrade, le cla(|Uoir, des évolutions et un mécanisme moins appréciés aujourd'hui qu'autrefois, si les ressources et les locaux eussent permis de son temps d'installer dans les salles des tables dites frœbeliennes, de diminuer les effectifs et d'Opérer entre les élèves d'utiles ventilations fondées sur l'âge et le degré de développement intellectuel ; elle n'était point réfractaire aux progrès ni aux améliorations. Mais ces détails ne sont point la méthode; ils n'en sont que les accessoires variables. Quant à la méthode elle-même, à notre méiliode fmnçaise des salles d'asile, elle demeure dans ce quelle a de fondamental et de vraiment pédagogique, et avec elle l'éternel souvenir de la femme éminente qui l'a créée, L^. Brouard.]
PARAGUAY. — La république du Paraguay comprend un territoire d'une superficie de 238 '^dO kilomètres carrés, divisé en soixante-dix départements. Sa population, qu'on évaluait à plus d'un million d'habitants avant la terrible guerre qui désola ce pays de 18G5 à 1870, n'était plus que de 3U0 000 habitants lors du recensement de 187G.
On sait que le Paraguay fut colonise au xviio siècle par les jésuites, qui" obtinrent du roi d'Espagne Philippe III le droit exclubif d'administrer ce pays. Voltaire, dans un chapitre célèbre de VEss -i sur les mœurs, et Chateaubriand, dans son Gc7îie du christianisme, ont décrit les moyens employés par les jésuites pour assurer leur domi-
nation sur les paisibles Indiens Guaranis ; pendant un siècle et demi, le Paraguay forma un Etat théocraiique, dont l'entrée était rigoureusement interdite à tout étranger. En 1767, le gouvernement es[)agnol ayant prononcé la suppression de tous les établissements des jésuites, le Paraguay fut réuni à la vice-royauté de la Plata. En 1783, un collège fut fondé dans la ville d'Assomption. Lors de la révolte des colonies espagnoles d'Amérique, le Paraguay se constitua en Etat indépendant sous la présidence du D"" Francia, qui de 1814 à 18i0 y exerça une véritable dictature; Francia avait repris les traditions des jésuites, et son despotisme soupçonneux tenait le pays feimé aux étrangers; mais c'était un despote éclairé, nourri des principes de la philosophie du xviii'' siècle : il fit la guerre au clergé, fonda de nombr«;uses écoles, et développa de son mieux la prospérité matérielle des populations à demi-sauvages qu'il gouvernait; si l'on peut s'en rapporter au témoignage d'un voyageur cité par Humboldt en 1824, tous les Paraguayens savaient lire et écrire. A la mort de Francia, après quelques dissensions civiles, le gouvernement fut remis à deux consuls, dont l'un était Carlos-Antonio Lopez, neveu du dictateur; et un Congrès national^ réuni à Assomption, proclama le 25 novembre 1S42 l'indépendance du Paraguay, qui existait de fait depuis plus de trente ans. En 1844, Lopez, démasquant ses vues ambitieuses, se fit donner le titre de président de la république, et exerça à son tour la dictature à l'exemple de son oncle. Il laissa le pouvoir en 18G2 à son fils Francisco-Solano Lopez, qui lui succéda dans les fonctions de président et dont le gouvernement ne fut pas moins despotique. La guerre que le Paraguay eut à soutenir, de 1863 à 1870, contre le Brésil, l'Uruguay et la République Argentine, se termina par la mort de Solano Lopez; le Paraguay subit des pertes matérielles énormes, les deux tiers de ses habitants avaient succombé dans cette lutte atroce; mais il se trouva affranchi de la longue tyrannie qui avait pesé sur lui pendant un demi-siècle. Une constitution nouvelle, votée le 24 novembre 1870, institua un gouvernement représentatif, composé d'une Chambre des députés, d'nn Sénat, et d'un président assisté de cinq ministres exerçant le pouvoir exécutif; la constitution garantit le libre exercice de tous les cultes, et confirma le principe de l'enseignement obligatoire, qui avait déjà été proclamé par une ordonnance de Carlos-Antonio Lopez en 1801. L'ancien collège d'Assomption, qui avait cessé d'exister sous la domination de Francia, avait été rétabli par Lopez père : cet établissement, après des fortunes diverses, est devenu le Collège national. Quant à l'instruction primaire, elle était, d'après les rapports officiels, dans un état assez florissant avant la guerre de 1865 : le nombre des élèves était évalué en 1856 k 16 753. Nous n'avons pu obtenir de renseignements statistiques permettant de se former une idée de l'état des écoles sous le gouvernement actuel; tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'instruction primaire est de nouveau l'objet de la sollicitude des pouvoirs publics; la loi municipale du 21 avril 1882, que nous avons sous les yeux, détermine de la manière suivante, en sou article 48, les attributions des municipalités en matière d'instruction publique : « Les municipalités règlent la méthode qui doit être suivie dans les écoles primaires et d'arts et métiers [escuelus de p}'i)neras letras, artes û o/icios) ; elles créent I un département d'éducation, dont elles doivent I prendre l'avis en tout ce qui touche à l'amélior.i- ] tion de l'iiistruition et à l'adoption des méthodes les plus faciles pour l'enseignement, et des règles les plus convenables pour l'administration intérieure de ces établissements ; elles règlent ce qui
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concerne les examens, les récompenses, et les condiiions reciuises pour enseigner dans les écoles municipales; elles nomment les maîtres de l'enseignomeni primaire et ceux des autres ordres d'enseignement qui sont payés sur les fonds municipaux ; elles veillent à l'administration et h l'accroissement des bibliothèques des écoles publiques, à la conservation et au développement des musées; et elles répriment tout ce qui pourrait offenser la morale publique et corrompre les mœurs. » L'autorité scolaire supérieure est le ministc're de la justice, des cultes et de l'instruction publique.
PAUANT. — V. au Supplément.
PAREISTS. — V. Famille, Mère, Pcre.
TARIS. — 1. Historique de l'enseignement primaire. — L'ancien régime. — Pendant toute la durée du moyen-âge, Paris n'eut d'autres ressources, pour l'instruction des enfants pauvres ou peu aisés, que ce que l'on a appelé, jusqu'à la Rcvoluiion, les petites écoles. Ces établissements paraissent avoir eu pour origine l'école épiscopale installée dans le cloître Notre-Dame, probablement à la porie môme de l'église, qui prit de là le nom de parvis {a parvis edocendis).
Comme toutes celles du même genre, l'école ■épiscopale de Paris ne fut destinée tout d'abord qu'au recrutement des clercs, de môme que les écoles claustrales servaient surtout au recrutement des moines. Les élèves devaient y ôtre exercés « à la lecture, à la science des comptes et môme à la grammaire » (concile de 789). Ils étaient confies au chantre, le second dignitaire du chapitre. Peu à peu des externes séculiers furent adjoints aux jeunes clercs. L'école devint insuffisante, et l'on en établit de semblables dans chaque paroisse, puis dans chaque quartier, pour les garçons d'abord, puis pour les filles, et ce furent les petites écoles ou écoles de grammaire, placées sous l'autorité du chapitre de Notre-Dame et, par délégation, sous celle du chantre : Sch'darum grammaiicalium villœ et banleucœ Parisiensis collaiio, ins'itutio et destitution ac visitatio et omniinoda (tisposilio spectaîit ad Gantorem Parisiensem solum et in soliilum (passage dun ancien manuscrit intitulé : Antiquus liber D, Canloris Parisiensis, recopié en 1357).
Le chantre (V. Chantre et Ecoldtre) avait des attributions fort étendues et remplissait, à l'égard des petites écoles, le rôle que remplit aujourd'hui l'autorité publique à l'égard des écoles primaires. Il avait un vice-gérant, un promoteur et un greffier. Il fixait le nombre des écoles et celui des élèves qu'elles pouvaient recevoir, et les visitait par lui-môme ou par son délégué. Il avait son tribunal et tenait ses assises à l'olficialité; là, il jugeait les conflits, sauf appel au chapitre et plus tard au Parlement. Il rédigeait des statuts qu'il proclamait dans son synode annuel, sorte de conférence ou de congrès auquel tout le personnel enseignant était tenu d'assister. Il recevait le serment des maîtres et maîtresses, leur renou- ■velait chaque année leurs lettres de maîtrise et leur rappelait leurs obligations dans des sortes de mercuriales dont plusieurs nous ont été conservées. Son omnipotimce, qui n'était que celle que possédait de tradition et que ne cessa de revendiquer le chapitre sur les petites écoles, ne fut pas toujours incontestée. Plus d'une fois, TUniversiié, les maltres-t^crivains et le lieutenant civil dont ils dépendaient, et, plus tard, les curés de Paris, la tinrent en^ échec. La moralité de ses choix lut aussi plus d'une fois critiquée : dans un factum, le syndic de l'Université reprocha au chantre Claude Joly * de mettre à la tète des écoles cantorales « des sergents, des fripiers, des fiacres, des gargoiiers, des cabaretiers, des maçons, des perruquiers, des rubaniers, des férandiniers, des
jardiniers, des violon», des joueurs de marionnettes, des fondeurs de cloche et même ses propres laquais. »
Pendant ces querelles dont ils eurent plus d'une fois à souffrir, les maîtres et maîtresses d'école poursuivaient leur tâche, aussi pj^nible sans doute qu'aujourd'hui, car, dit l'auteur de J/tî^^î^ctirm méthodique pour l école parois^ aie, dressée en faveur des petites écoles, a l'exercice de ceux qui sont employés aux petites écoles est très rude et très pénible. Il faut qu'ils arrachent bien des épines sur les terres qu'ils défrichent avant que d'y voir des fruits. Comme l'emploi dont ils font profession est sans éclat, il est aussi sans plaisir et sans goût. » Ils se multipliaient à mesure que Paris s'agrandissait. Dans le rôle de la taille imposée en 1292 par Philippe le Bel sur les habitants de Paris, on voit figurer onze mestres d'é'.ole établis sur un certain nombre de paroisses, concourant à l'impôt ou payant chacun le cinquantième de leur revenu.
Un livre fort curieux, intitulé « Statuts et reqlemens des petites écoles de grammaire de la Vil'p^ Cité, Vuiversité, faux-bourgs et banlieue de Pans, imprimé par l'ordre de Messire Claude Joly, chantre, et par les soins de M» Martin Sonnet, promoteur desdites écoles, » Paris, 1672, nous a conservé (p. 176) le procès-verbal, rédigé en latin, d'un synode tenu par le chantre Guillaume de Sauvreville, le G mai 1880, avec la liste nominative des maîtres et maîtresses (jui y furent présents ; ce document énumère 22 maîtresses et 41 maîtres, dont 2 bacheliers ès-décrets et 7 maîtres ès-arts, ce qui prouve que la fonction n'était point dédaignée.
Le môme livre indique de la façon la plus précise et la plus détaillée, pour l'année 1672, « les quartiers réglez et assignés aux maistres et maistresses d'écoles ». — «Ces quartiers, y est-il dit, r( glez par Messieurs les chantres il y a longtemps, pour la demeure des maistres et des maistresses d'écoles, ont été divisés, assignés, et ainsi imprimez en faveur desdits maistres et maistresses pour leur plus grand bien, et pour éviter les differens qui pourroient arriver entr'eux, comme aussi pour la plus grande commodité du public, afin que lesdits maistres et maistresses en certains endroits ne fussent pas les vns contre les autres, et qu'en d'autres endroits il n'y eust ny maistres ni maistresses, mais qu'en tous les quartiers le public trouvast des maistres et des maistresses logez en égale distance ou à peu prés. Et comme à Paris il y a Ville, Cité et Vuiversité, et que dans chacune d'iceles il y a plusieurs paroisses, on a suivi cet ordre... Chaque paroisse a plusieurs differens quartiers, excepiô quelques petites, particulièrement en la Cité, qui n'en ont qu'vn, et même sur quelqu'vnes de ces petites paroisses vn seul quartier comprend plusieurs desdites paroisses. Il y a dix-sept paroisses dans la Ville (rive droite), et dans icelles centquatre quartiers; dans la Cité il y en a quatorze, etsur icelles onze quartiers; et enfin dans rVniversité (rive gauche) il se trouve douze paroisses, et dans icelles sont contenus cinquante-un quartiers : et cela fait le nombre de cent soixante-six quartiers dans quarante-trois paroisses, lesquelles doublez pour les maistresses, font trois cens trentedeux, tant maistres que maistresses, sans la banlieuC. On y a ajouté aussi les paroisses des villages de la banlieue de Paris, comme estant de toute antiquité de la jurisdiction de Monsieur le Chantrt aussi bien que celles de la Ville. La banlieue comprend environ trente-cinq à quarante villlages ou paroisses, places, rues, lieux, maisons, fermes ou hameaux. » Les i66 quartiers établis par le chantre sont énumérés aux pages 108 à 172 de ce volume. L'exemplaire que possède le Musée pédagogniue
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porte, écrits à u main, à cùlé du nom de la plupart des quartiers, les noms des maîtres qui y exorçait'iit.
Le niélan?;o des sexes, l'admission par un maître ou une maîtresse d'enfants d'un sexe différent du sien, sont punis par rcxconimuiiication, sans compter les amendes et le retrait de la lettre de maîtiiso. Les buiss(m7iiers (ceux qui tiennent les écoles clandestines ou buissonnières), comme aussi ceux ou celles qui dépassent le nombre d'élèves prcsciit, qui enlèvent des élèves à leurs voisins, qui s'établissent à moins de dix ou vingt maisons de distance d'un autre école, etc., encourent des peines plus ou moins graves. Pour enseigne, chaque établissement doit porter un tableau modeste, w sans ornements ni traits de plume », sur lequel on lit en gros caractères : « Céans Peti/e Ecole et le nom de celuy qui voudra mettre le dit tableau, et ensuite : Maistre d'école ayant droit et faculté d'euteigner à la jeunesse le Service, à lire, écrire et former les lettres, la grammaire, C arithmétique et calcul, tant au jet qu'à la plume. » On commence, bien entendu, par la lecture du latin. Les enfants les plus intelligents étudient la grammaire latine, les autres sont exercés sur « les huit parties du discours », et apprennent l'orthographe surtout au moyen de la copie. Tout écolier qui apprend à écrire apporte une main de papier, des plumes, un canif, une règle, un cornet à encre ; le maître ou le moniteur lui trace un modèle au haut de la page. Les livres sont : l'alphabet, un livre latin intitulé Proverbin, un Nonveau Testament, un office de la sainte messe, la Vie des saints, les deux tomes de la Fleur des exemples, le Paradisus puerorum, des catéi hismes, des petits livres à thèmes, un Apparat Royal, des rudiments, un traité de la civilité française, etc. L'installation est ce qu'elle peut; souvent les garçons sont d'un côté sous la conduite de l'instituteur, les filles de Tautre, sous celle de sa femme. Mais de bonne heure on s'est fait un idéal sur les dimensions de la salle de classe, les fenêtres, les tables, les bancs, la cheminée, le cabinet d'aisance; sur les méthodes et procédés à employer pour les diverses matières d'enseignement, le classement des élèves, les registres à tenir, le système disciplinaire à établir, le choix des officiers* nécessaires au bon ordre : intendants, observateurs, admoniteurs, répétiteurs, récitateurs de prières, lecteurs, officiers d'écriture, receveurs pour l'encre et la poudre, balayeurs, porteurs de l'eau, portiers, aumôniers, visiteurs des familles {Instruction méthodique pour l'école paroissiale en faveur des petites écoles, par M. I. D. B., prêtre, ouvrage dédié à M. le chantre de Paris, 1G54, véritable manuel qui semble résumer la science pédagogique acquise et mise en pratique depuis longtemps dans les petites écoles).
Les petites écoles étaient payantes. On y admettait gratuitement les enfants pauvres, en les tenant toutefois à l'écart, l'on devine pour quelles raisons. Mais soit que les locaux fussent insuffisants, soit que les maîtres et maîtresses eussent de la répugnance à les recevoir, un grand nombre de cos enfants demeuraient privés d'instruction, même d'instruction religieuse. Dès lors, « désirant remédiera l'ignorance qui régnait dans leurs paroisses, principalement parmi les pauvres dont les enfants, faute d'argent, ne pouvaient aller aux écoles ordinaires, demeuraient pour la plupart errants et vagabonds dans les rues, sans discipline et dans une ignorance extrême des principes de la religion, les curés de la ville crurent qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour y remédier que d'établir des écoles de charité dans les principales paroisses de la ville, où les pauvres pussent être instruits de leur catéchisme, et en même temps y apprendre à lire et à écrire gra-
tuitement soit par les curés, soit par des ecclésiastiques par enx préposés. » Ce passage d'un plaidoyer prononcé le 23 janvier 1680 marque bien la nouvelle phase dans laquelle entra l'instruction populaire à Paris vers le milieu du xvii^ siècle : pour parer à l'insuffisance des petites écoles ou au peu de bon vouloir des maîtres et maîtresses à l'égard des enfants pauvres, les curés, les fabriques, des associations fondèrent des écoles de charité.
On prit d'abord toutes les précautions possibles pour ne point éveiller les susceptibilités du chantre et de son personnel: on restreignit le programme à la lecture et au catéchisme ; on fit agréer les maîtres et maîtresses par le chantre et l'on soumit à son contrôle le rôle des enfants admis. Ainsi en agirent du moins le père Vincent de Paul, le curé de Saint-Laurent, celui de Saint- Eustache (1639). Mais d'autres furent plus osés: les curés de Saint-Roch, de Saint-Paul, de Saint- Louis en risle, de Saint-Étienne-du-Mont, etc., s'attribuèrent le droit de choisir les maîtres et maîtresses et d'examiner « leurs vie, mœurs, conduite et capacité pour enseigner les pauvres enfants de la paroisse à bien prier Dieu, le catéchisme, à lire et à écrire ». (Pompée, Rapport historique sur les écoles primaires de la ville de Paris, depuis leur origine jusqu'à la loi du 28 juin 1833). En vain M. Le Masle, le chantre d'alors, a craignant que la multitude des écoles séparées, faites sous prétexte de charité, ne vînt à ruiner les écoles de quartier », résolut de ne plus accorder d'autoiisaiion pour les ouvrir; en vain il offrit aux curés de continuer à faire enseigner les pauvres par ses maîtres et maîtresses, sur la présentation d'un billet délivré par eux, ainsi que cela s'était toujours pratiqué jusqu'alors. Les curés répondirent que « les pères et les mères aisés ne souffriraient pas que l'on mêlât les pauvres gueux, garçons et filles, avec leurs enfants, lesquels auraient à mépris et leur saleté et leurs haillons ». Favorisés au fond par l'archevêque et par le Parlement, les curés, les compagnies de charité qu'ils avaient formées, les communautés religieuses auxquelles ils s'adressaient, revendiquèrent l'indépendance de leurs écoles et, comme il est arrivé si souvent de nos jours, y admirent d'autres élèves que des enfants réellement pauvres. Ainsi, le chantre, dans une de ses visites, put signaler une école sur la paroisse de Saint-Jean-en-Grève « où plusieurs maîtresses enseignaient, en diverses classes, quatre ou cinq cents filles ou demoiselles bourgeoises et autres, de toutes conditions et de toutes paroisses, bien mises et bien vêtues, qui paient et qui font des cadeaux ».
Le chantre Claude Joly, un des successeurs de LeMasle, fit toutes les concessions possibles. Il alla jusqu'à offrir de délivrer gratuitement les permissions à quiconque se proposerait de n'élever que des enfants pauvres. Tout fut inutile : lesreligieuses;|de Saint-Avoie, de l'Annonciation, les filles de Saint Lazare, delà communauté de Sainte- Geneviève, de Sainte-Marthe, de Sainte-Croix, les Ursulines, purent, grâce à des arrêts du Parlement, soustraire leurs écoles k l'autorité duchantre.Celuici ne conserva, en fin de compte, que le droit de visiter les écoles de chanté et le privilège d'accorder des lettres de maîtrise qu'il ne pouvait plus refuser (1684). Les maîtres et maîtresses des petites écoles, bien qu'ils eussent payé fort cher leur maîtrise et supporté les frais des nombreux procès entrepris dans leur intérêt, virent pour la plupart leurs écoles diminuer ou se fermer devant la concurrence redoutable des écoles de charité, venant s'ajouter à celle que leur faisaient déjà, depuis le règne de Charles IX, les maîtres-écrivains jurés (V. Mailres-écrivains).
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De nouvelles écoles charitables, contre lesquelles les maîtres des petites écoles et les écrivains jurés se liguèrent en vain, se fondèrent à la fin du XVII» siècle, sous l'impulsion de J.-B. de La Salle*. De la paroisse de Saint-Sulpice les écoles des frères s'étendirent bientôt à d'autres quartiers. Mal<j;ré les arrêts du j;rand-chantre, du lieutenant civil du Cliâtiîlet et môme du Parlement, les nouveaux venus ne se découragèrent pas ; on n'aboutit qu'à les obliger de renvoyer les fils « de chirurgien, do serrurier, traiteur, orfèvre, épicier, marchand do vin, » considérés comme étant en état de payer une rétribution scolaire. En 1G98, ils comptaient plus de 1000 élèves et 14 classes. En 1704, ils étaient accusés de tenir plus de vingt établissements auxquels s'ajoutèrent bientôt les écoles fondées par les frères des écoles chrétiennes du faubourg Saint-x\ntoine, autre association moins prospère, mais qui prétendait avoir hérité des traditions de Messieurs de Port- Royal. Pourtant les petites écoles demeurèrent debout : en 1736, on en comptait encore 191 pour les garçons et 170 pour les filles, avec un personnel d'environ 600 maîtres ou maîtresses, chaque école comprenant un ou deux auxiliaires.
La Révolution. — Cet état de choses paraît s'être maintenu jusqu'à la Révolution. Que devinrent les diverses écoles de Paris pendant cette période troublée? La plupart des écoles de charité disparurent avec les fondations qui servaient à leur entretien. Les religieux et religieuses furent dispersés. Selon toutes probabilités, il ne resta que les anciennes petites écoles, qui vécurent de leurs propres ressources, soumises tout au plus aux fluctuations de la législation du moment.
Cependant la municipalité dut se mettre en devoir de satisfaire aux décrets qui se s,uc<;édèrent pour l'organisation de l'enseignement public à son premier degré. Sous l'énergique impulsion de la Convention, les écoles se multiplièrent. D'ailleurs la Commune parisienne ne se montrait pas moin s zélée pour l'instruction populaire que l'étaient les législateurs. Le 15 septembre 17ii3, une dépntation vint, « au nom du département de Paris et des districts ruraux, de la Commune, des sections et des sociétés populaires », présenter à la Convention une pétition tendant à établir trois degrés d'instruction au delà des écoles primaires: « Le premier pour les connaissances indispensables aux artistes et aux ouvriers de tous les genres; le second, pour les connaissances ultérieures nécessaires à ceux qui se destinent aux autres professions ; le troisième pour les objets d'instruction dont l'étude difficile n'est pas à la portée de tous les hommes. » Le 27 septembre 1793, Chaumette faisait abolir les peines corporelles dans les écoles de Paris. Au cours de l'an II, Florian prononçait un discours pour l'ouverture des écoles primaires de la section de la Halle au blé.
Lorsque furent établies les écoles centrales, un décret du 12 ventôse an III fixa à cinq le nombre de ces écoles pour le département de Paris. Toutefois il n'en fut établi (jue trois (V. Ecoles centrales). Quant à l'instruction élémentaire, son histoire pendant la période du Directoire n'est pas encore écrite, et nous ne possédons que quelques documents épars, mais qui fournissent au moins la preuve de l'existence des écoles. Voici par exemple un procès-verbal de distribution de prix datant du sixième jour complémentaire de l'an VII :
« L'administration centrale du département de la Seine, en exécution de ses dispositions précédentes, s'est transportée, avec le commissaire du Directoire exécutif et le secrétaire en chef, à l'édifice dit de 1 Oratoire, rue Honoré, pour y procéder à la distribution des prix aux élèves des -écoles de Paris. Le local était disposé d'une ma- !«•" Partir.
nièro convenable et des productions des arts ornaient son enceinte. Les membres du Jury d'instruciion publiques les instituteurs et institutrices, ainsi que les députaiions convoquées des différ(;ntcs autorités constituées du département et un public nombreux, ont pris place... » On trouve parmi les élèves couronnes des enfants de cinq à quatorze ans.
Un autre pro' ès-verbal de distribution de prix du 21 germinal an IX aux élèves des écoles primaires et particulières du l''' arrondissement fait connaître que des maîtres particuliers « vou laientbion se charger d'une partie de l'instruction gratuite », mais que les écoles primaires étaient peu prospères et que les élèves qui les fréquentaient n'assistaient point à la solennité ou n'y étaient présents qu'en petit nombre: « Pourquoi, s'écrie l'orateur indigné, les écoles primaires, ces écoles si intéressantes, n'ont-elles pu partager les mêmes avantages ? Par f|uelle fatalité, tandis que les lois de la France régénérée appelaient de toutes partslespeuplesàla lumière etmultipliaient les moyens d'instruction, ces ateliers des premiers travaux de l'cspiit humain n'oflfraient-ils encore, il y a peu de temps, que l'effroyable spectacle de la solitude et de l'abandon ? Osons en faire ici l'aveu : c'est qu'en butte à la malveillance et à la calomnie, ces écoles paralysées trouvaient encore des hommes qui auraient rougi d'apprécier les bienfaitsdes institutions républicaines ; c'est que» trop peu multipliées et trop distantes des différents points du territoire, ces écoles laissaient à l'insouciance des parents des prétextes d'en éloigner leurs enfants... Citoyens, vous n'apprendrez pas sans doute avec indifférence que, jaloux de propager l'enseignement public, vos magistrats n'ont pas tenté en vain d'arracher vos écoles à cette espèce de nullité dans laquelle les ennemis des lois et du gouvernement s'étaient efforcés de les plonger; que, pour ne plus laisser d'excuses à la négligence des parents, ils ont trouvé dans le zèle des instituteurs des deux sexes répandus sur cet arrondissement les facilités et les moyens pour assurer aux enfants des familles indigentes une éducation gratuite, dont sans doute ils sauront se rendre dignes par leur assiduité et leur travail... » — 23 instituteurs dont 2 dames, et 7 institutrices, eurentdes élèves récompensés dans cette distribution.
le Consulat et VEmpire. — Quoi qu'il en soit, le Consulat trouvait la ville de Paris avec 24 écoles primaires publiques seulement (rapport du préfet de la Seine de septembre et octobre 1800).
Dès que Chaptal et plus tard Portails eurent, dans leurs rapports (an IX et an XII), exprimé des sentiments de bienveillance et de regret à l'égard des écoles dirigées jadis par les associations religieuses, ces dernières reparurent à Paris. L'Empire les encouragea : les associations religieuses hospitalières et enseignantes furent placées sous la protection spéciale de « Madame Mère » ; les frères des écoles chrétiennes furent agrégés à l'Université par le décret du 17 mars 18u8.
Vers la fin de l'Empire, les écoles primaires de Paris (les écoles de charité non comprises) étaient au nombre d'environ 400 et comptaient 1 i UOO élèves, soit environ 35 élèves par école. F. Cuvier* {Projet d'organisation pour les écoles primaires, 1815) trouve ce nombre beaucoup trop considérable pour quo les maîtres qui les dirigeaient pussent en vivre honorab'cment. Les écoles étaient d'ailleurs <iès lors de deux espèces : celles du jour, réunissant les enfants do quatre à quinze ans, et celles du soir pour les élèves de plus de quinze ans. Elles se divisaient en outre, relativement à la position sociale des familles, en fois catégories bien distinctes : les écoles de cha-
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rite destinées aux véritables pauvres ; celles que fréquentaient les enfants de la classe immédiatement au-dessus du pauvre ; enfin celles qui éuiient fréquentées par les enfants de la classe aisée. Dans les deux premières catégories d'écoles, l'instruction était à peu près la même; elle consistait dans la lecture, l'écriture et l'arithinétique et dans quelques leçons d'orthographe. Dans la troisième, on ajoutait à ces matières des leçons de grammaire et des notions de géographie et d'histoire; en arithmétique on allait ordinairement jusqu'aux règles de trois inclusivement.
Ce partage des écoles était alors dans les esprits, car, dit F. Cuvier, « il y aurait peu d'avantages et ])fîaucoup d'inconvénients à réunir dans la même école des enfants aussi différents que le sont par leurs goûts et leur langage ceux du petit marchand ot de l'artisan aisé, et ceux du journalier et de l'artisan pauvre. » Cuvier propose de réduire de moitié les écoles existantes. Laissant de côté les écoles de charité, il veut répartir les 14 000 enfants qui vont aux écoles primaires en 200 écoles environ : 100 de premier or-^ire seraient chargées des enfants aisés, et 100 du deuxième ordre des enfants pauvres; dans chaque ordre, 50 classes recn-raient les enfants de quatre à huit ans, et 50 ceux de huit-à quinze; il y aurait de plus des cours du soir pour les garçons ouvriers qui ont encore besoin de l'instituteur. Il ne croit pas que les grandes agglomérations (écoles mutuelles) puissent réussir à Paris à cause des distances et de l'embarras des rues. « Jamais en outre, ajoute-t-il, on ne se persuadera parmi nous, à moins d'une longue expérience, que 500 écoliers réunis dans une même école et dirigés par des enfants puissent être aussi bien soignés et aussi bien instruits que 20 ou 30 conduits par un homme fait, m
La Restauration. — Ces objections n'arrêtèrent point les hommes qui cherchaient une solution plus large etpluslibérale du problème deTinstruclion populaire dans les grandes villes. Pour parer à l'abandon où l'Empire avait laissé les écoles et à l'insuffisance aussi bien des écoles de charité que des écoles payantes, MM. de Gérando, de Lasteyrie, J.-B. Say, de Laborde, Jomard, l'abbé Gaultier, etc., se constituèrent en Société pour L'instruction élémentaire et introduisirent en France, à Paris d'abord, le mode mutuel, « cette mahode qui abrège le temps, diminue la dépense, égaie l'étude, éloigne les difficultés, dont on ne peut plus contester la bonté, dont on ne saurait plus nier les progrès. » {Rapport de M. de Laborde à la Société pour V instruction élémentaire, 10 janvier 1816.)
u Au bruit du canon et des combats », un premier établissement avait été fondé dans une maison obscure de la rue Jean-de-Beauvais. 11 n'avait reçu d abord que douze élèves sous la direction de M. Martin, l'un des maîtres que la faculté de théologie protestante de Montauban avait envoyés en Angleterre étudier la méthode. Quand le nomhr-Q des élèves s'augmenta, on transporta l'école dans l'église du collège de Lisieux. Là, elle compta bientôt 200 enfants; la ville prit l'école à sv charge et elle devint l'établissement type. Puis s'ouvrirent: l'école Popincourt, dans une fort bolle salle du couvent de Saint-Ambroise, préparée pour 5U0 élèves; l'école de la duché so de Duras, dans une pièce de son propre hôtel ; l'école de la I uc des Billettes, fondée par le consistoire de la confession d'Augsbourg (classe de garçons et Classe de filles); l'école de Sainte-Iilisabeth, au faubourg du Temple, qui fut la première grande écolo de filles établie à Paris sur le nouveau pian.
Les frais d'une école mutuelle à Paris étaient alors ainsi évalués :
Bancs, pupitres, ardoises, tableaux. 120 fr. d'acquicition.
Honoraires du inailre 1200
Chauffage 200
Crayons et renouvellement des ardoises 130
Registres, plumes, papier 200
Paie des monireurs 200
E.itretiea des locaux 70
Total 2000 fr.
La grande difficulté était de trouver des emplacements : M. Jumard fut chargé de ce soin par le préfet M. de Chabrol. Le fruit de ses démarches fut l'organisation complète de quatre écoles et la préparation de douze autres « où les enfants ne fussent plus entassés les uns sur les autres autour du mur pendant que le milieu seul restait libre. » On cherchait à établir, dans l'enceinte des Petits- Pères ou à la Halle aux draps, une école centrale de 500 garçons et de 400 filles, pour présenter « le modèle le plus parfait d'une éducation morale et religieuse ». On estimait à 50 000 le nombre des enfants qui n'étaient point en état de se procurer l'éducation; 10 0')0 étaient élevés dans 120 écoles gratuites aux frais des hospices de la ville de Paris, et coûtaient annuellement 180 000 francs, soit de 12 à 36 francs par élève. Ces 180 000 francs, pensait-on, devaient suffire, avec la nouvelle méthode,, pour la totalité de la population.
Pendant que l'enseignement mutuel s'organisait et s'étendait avec l'autorisation du gouvernement et malgré les obstacles que lui suscitait d'ores et déjà la Congrégation, un arrêté (7 octobre 1816) prescrivait aux instituteurs de Paris déjîi en exercice de se présenter dans le plus bref délai devant l'inspecteur d'académie chargé de leur arrondisseuient « pour être examinés par lui et recevoir ensuite le brevet de capacité proportionné aux moyens d'instruction dont ils auraient fait preuve ».
En 1817, la population totale de Paris était de 713 916 habitants ; on trouvait 35 699 enfants de 2 à 6 ans, et 71 395 de 6 à 14 ans, ensemble 107 005 enfants. Il existait 132écoles fréquentées par 15 000 élèves, c'est-à-dire par une moyenne de 14 p. 100. En 1818, un arrêté préfectoral porta « qu'il ne serait accordé d'autorisation pour l'enseignement, dans la ville de Paris, qu'aux instituteurs qui auraient obtenu un brevet de deuxième degré. »
En 1819 (9 octobre), le préfet de la Seine, en prenant un arrêté qui astreignait les institutrices au brevet, à l'autorisation et à la surveillance d'un comité de dames nommé par lui, définit les écoles primaires « celles où l'on enseigne seulement la lecture, l'écriture et les éléments de calcul ». Il établit ainsi la situation des écoles de filles à Paris : « Les seules écoles reconnues sont les suivantes : 1» les 12 écoles communales établies dans chacun des arrondissements municipaux de Paris et dont les dépenses sont payées sur le budget de la ville; 2° les écoles d'enseignement mutuel entretenues par la ville sur un fonds spécial ou par la Société de l'instruction élémentaire ou par des fondateurs particuliers; 3° les écoles de charité entretenues par les bureaux de bienTaisance ; 4» les autres écoles tenues par des institutrices qui appartiennent à des congrégations religieuses. » Il y a une dame surveillante par arrondissement. Pour avoir le droit d'exercer, il faut, outre le brevet de capacité, une autorisation spéciale, et cette autorisation est délivrée sur la proposition du maire et de la dame surveillante, ou du fondateur de l'école ; en cas de faute grave, le brevet peut être retiré.
On voit, par ces données, quelle fut la situation de l'instruction primaire à Paris sous la Restauration. On peut dire que le fait le plus saillant de cette période fut la création des écoles muiuoUes, c'est-à-dire, en fin de compte, celle de l'instruction primaire laïque dont ces écoles devinrent le
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type et comme le drapeau. Aussi les congrép:anistcs viront-ils en elles des rivales plutôt que des alliées et cliorchèrent-ils tout d'abord à les éclipser, à les déprécier et à les mettre en suspicion.
Ln monarchie de Juillet. — Sous le gouvernement de Juillet, les situations que nous venons d'esquisser ne firent guère que se développer pour se mettre de plus en plus au niveau des besoins.
Les salles d'asile, dont on connaît l'origine — \ .Maternelles [Ecoles), —commencèrent à se multiplier. En I83i, il n'y en avait que 15 recevant 2 SOO enfants. Il venait d'en être créé ,=> nouvelles pour 6;)0 enfants et 4 autres se préparaient. Au budget de 1837, la gestion économique de ces établissements passait du comité des dames, qui les avaient administrés jusqu'alors, à l'administration municipale. Il en était de même pour les 68 écoles simultanées et les 29 ouvroirs précédemment défrayés par les bureaux de bienfaisance et les hospices, ainsi que pour les 7 cours d'adultes diriges par les frères; le comité central établi par l'ordonnance royale du S novembre 1833 pour exercer, à Paris, les attributions du comité d'arrondissement, achevait ainsi d'étendre son action sur tout le service de l'instruction primaire. Par la création de nouvelles écoles, on venait de gagner 2 530 places, dont 1560 pour les garçons et 970 pour les tilles. Mais, vu les difficultés qu'on éprouvait à trouver « des localités dans des quar* tiers très resserrés », le comité portait surtout son attention sur l'amélioration de ce qui existait. Les deux écoles spécial^^s Israélites et les deux ■ écoles de la confession d'Augsbourg passaient au nombre des écoles communales et étaient entref^nues comme telles. L'enseignement du chant était donné dans toutes les écoles; des réunions périodiques des meilleurs élèves prenaient le nom à'orphe'on *, et les enfants y étaient appelés pour s'exercer à l'exécution musicale. Les classes particulières aux moniteurs et monitrices pour perfectionner leur enseignement étaient en activité. On prenait des dispositions « pour placer dans les écoles de nouveaux appareils tels que des collections de solides de géométrie en grande dimension, de m^îsures de capacité pour les solides et les liquides, des niveaux d'eau, des équerres de maçon, etc., etc. » On créait trois places de suppléants et trois de suppléantes auprès des écoles mutuelles. Des dispositions étaient prises pour établii- « les localités » des deux premiers ouvroirs auprès des deux écoles de jeunes filles de la rue des Grès et de la me du Pont-de-Lodi, et le comité central s'occupait de l'organisation à y introduire. Pour satisfaire à la loi de 1833, on dressait les plans d'une école supérieure de 300 élèves : l'enseignement, dans cette école, devait comprendre « toutes les connaissances nécessaires pour entrer avec avantage soit dans la carrière commerciale, soit dans la carrière industrielle ». Douze bourses venaient d'être créées à l'école normale de Versailles (1er octobre 1836). La fondation avait été mise en activité par la voie du concours entre les moniteurs de toutes les écoles communales ; six autres places allaient être mises au concours pour le 11'»- octobre 1837 . Deux établissements (lue la ville avait fondés en 1815 sous le titre d'écoles normales pour l'enseignement du mécanisme de la méthode mutuelle, lune pour les hommes, l'autre pour les femmes, étaient conservés, mais comme simples cours. L'association des anciens élèves de l'Ecole polytechnifiuo se livrait h l'instruction des classes ouvrières; l'administration, qui n'avait pu jusqu'alors que mettre des locaux à sa disposition, lui accordait une subvention pourachatd'instruments, de modèles et autres objets nécessaires à renseignement. La ville payait à l'Ecole royale de dessin de la rue de rKcoie-de-Médecine une subvention qui lui donnait le droit de faire délivrer gratuite-
ment les fournitures à 100 élèves Elle allouait des subventions à 3 autres écoles de dessin. On se préparait à organiser l'enseignement secondaire des femmes.
Le budget de l'instruction primaire delà ville de Paris s'élevait alors (1837) à 587 734 fr. 65 c. En voici le détail, que nous reproduisons parce qu'il fait bien ressortir la situation du moment :
Traitement des instituteurs et des institutrices des anciennes école»
Ecoles d'enseignement mutuel en activité:
l» Personnel, traitements et frais fixes
Traitement de trois instituteurs suppléants et de trois institutrices suppléantes....
2» Matériel
3" Dépenses d'écoles noutelles
Ecoles d'enseignement simultané précédemment subventionnées par les hospices, personnel, entretien
Îdes locaux donnés dans le domaine des hospices des locaux loués par les hospices..
Écoles d'adultes suivant le mode simultané.
Fonds de secours et dépenses imprévues pour les écoles autres que celles qui suivent le mode mutuel
Frais des comités de surveillance des écoles primaires
Subvention pour l'Ecole royale de dessin.
Distributions de prix et gratifications dans dans les anciennes écoles
Secours pour l'instruction d'enfants pauvres dans les écoles privées des cultes réformés et de la confession d'Augsbourg
Création et entretien d'ouvroirs près les écoles primaires déjeunes filles
Création d'une école primaire supérieure.
Etablissement d'une bibliothèque, de salles de conférences et de cours pour les instituteurs
Secours aux écoles gratuites de dessin
Salles d'asile ou petites écoles
Subvention pour l'Association polytechnique.
4 800 fr.
140 094 fr. 87
' Mémoire.
12 000 Mémoire.
Mémoire.
Total 587 734 fr. 87
Le Manuel général, alors journal officiel de l'instruction primaire, nous donne le déiaii det établissements auxquels s'appliquaient ces dô penses (t. XIII, statistique de 1838) :
Garçons, écoles mutuelles 24
— — simultanées 30
Filles, écoles mutuelle» 29
— — simultanées 27
Asiles 23
Ouvroirs 9
Adultes
Cours dirigés par les frères (3 pour le chant; 6
Cours dirigés par les laïques (7 pour le chant) 13
5600 élèves.
JH.
Cette statistique fournit, sinon le nombre réel des élèves, du moins le nombre d'enfants quR le Comité central, dans sa séance du 11 août 1838, jugeait, conformément à une circulaire du 5 décembre 1835, pouvoir être admis suivant les lois de la salubrité dans les diverses écoles. L'auteur de cette statistique s'exprimait ainsi : « Le budget de 1837 est de 587 734 francs. Celui de 1S3S dépassera 700()t>o francs. Avec de pareilles ressources que l'administration municipale consacre chaque année à l'instruction primaire, les besoins sont assurés avec magnificence; car il faut reconnaître qu'aucune capitale en Europe ne peut montrer aux étrangers d'aussi nombreuses ni d'aussi belles écoles communales, des salles d'asile aussi bien pourvues de tout le matériel nécessaire, enfin des écoles privées qui rivalisent d'importance avec les écoles communales. » Pourtant, il reconnaît qu'il y a des ombres à ce tableau : u Certaines écoles privées font un contraste sensible Le département de la Seine
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n'a point d'école normale. Les 12 boursiers qu'on envoie à Versailles se recrutent difficilement et sont mal accueillis ensuite parce qu'ils ne sont point pourvus de l'espèce de diplôme que des personnes capables, mais sans autorité légale, délivrent à ceux qui, on petit nombre, suivent leur cours établi près de la place Saint-Sulpice. On objecte contre la création d'une école normale la difficulté de trouver un local convenable, de surveiller les élèves-maîtres pendant les heures et les jours de sorties, la dépense que pourrait entraîner l'habitation dans une aussi grande ville, enfin le prix élevé qu'il faudrait fixer à la pension pour couvrir les frais... Il existe des tiraillements entre les comités municipaux qui ne se trouvent pas assez écoutés et le comité central qui, tout en subissant de fâcheuses influences, dispose trop des nominations et des récompenses. Les deux inspecteurs universitaires (MM. Lamotte et Ritt), placés sous la direction de M. Cousin, membre du Conseil royal, ne suffisent point à la tâche, etc. » Dans les années qui précédèrent la loi de 1850, cette situation continua sans doute à s'améliorer, mais en restant sensiblement la même quant aux institutions, ainsi qu'il appert d'un tableau comparatif dressé pour les années 1830, 1838 et 1844 par M. Say dans ses études sur l'administration de la ville de l'aris.
L'enseignement du dessin s'étendait et s'affermissait (six cours pour les hommes, 1250 élèves; un cours pour les femmes, 250 élèves-, une subvention de 20 000 francs en faveur de ces cours). L'enseignement de la couture se généralisait dans les écoles de filles : sur la proposition de M"' Sauvan (rapport au comité central, séance du 15 avril 1845), des ouvroirs étaient établis auprès de plusieurs écoles dirigées par des sœurs de charité, les uns pour les internes (orphelinats), les autres pour les externes (une cinquantaine d'élèves passaient dans chacun de ces ouvroirs deux heures dans l'intervalle des classes). Pour les premiers, la ville allouait à la directrice un traitement de 600 francs ou simplement une indemnité de logeant.
Des coniités de dames fournissaient de petits vêtements aux enfants des salles d'asile, mais non aux élèves des écoles. «• Les écoles, pensait-on alors, ne doivent pas être des écoles de charité, et en offrant l'instruction, on n'entendait pas soustraire les parents à la loi commune qui veut que chacun pourvoie à ses besoins et à ceux de sa famille » (H. Say, ouvrage déjà cité). Du reste, la gratuité n'était point dans les idées du temps. On reprochait aux règlements des frères d'être un obstacle à l'établissement d'une rétribution dans les écoles communales.
Les frères recevaient un traitement individuel de 750 francs, avec le logement dans la communauté particulière dont ils dépendaient. Le traitement des instituteurs laïques s'élevait à 1800 francs avec des augmentations quinquennales de 2U0 fr. jusqu'à concurrence de 2400 fr. Le recrutement de ces derniers se faisait un peu au hasard, le département n'entretenant que quelques bourses à 1 école normale de Versailles. Celui des institutrices était, comme aujourd'hui, plus facile : un cours normal était établi depuis longtemps aux frais de la ville, et les autorités municipales « n'avaient que l'embarras du c'.oix parmi un grand nombre de jeunes personnes distinguées par leur instruction comme par leurs mœurs, et toutes appartenant à des familles honoraires». — « Les sœurs de charité se montraient en général bonnes et dévouées ; mais elles manquaient d'instruction suffisante », et leurs écoles, ainsi que celles des frères, étaient signalées comme présentant l'inconvénient a de renvoyer les élèves entre les deux classes, alors que les parents, livrés à
leurs occupations, ne pouvaient surveiller leurs enfants ». La supériorité numérique des écoles conguéganistes s'expliquait par cette circonstance « qu'en général elles étaient en rapportsavec les maisons de secours ; que les frères s'arrogeaient le monopole de l'enseigne d'Ecoles chrétienne';, obtenaient plus de succès dans les arts graphiques, etc. » Les écoles mutuelles, bien qu'elles se fussent perfectionnées grâce aux cours normaux faits par M. Sarazin, d'une part, et de l'autre par M'ie Sauvan, étaient moins populaires et moins recherchées. Ce qui en retardait la création était toujours la grande dimension nécessaire pour l'unique salle de classe dont elles se composaient, et la nécessité d'y joindre une autre salle non moins grande ou préau couvert pour les récréations. Chaque fois que la ville pouvait disposer d'un terrain suffisant, elle en profitait pour réunir, dans une même construction, une école mutuelle de garçons, une école mutuelle de filles et une salle d'asile. C'est ain.si que se formèrent les groupes scolaires du faubourg du Roule, des rues du Renard-Saint- Merry, des Bernardins, de Charonne, ce dernier construit d'après les indications du comité central lui-même.
Pendant que l'instruction élémentaire se développait ainsi, l'enseignement primaire supérieur était donné au collège Chaptal (ancienne école François 1^^)^ et à l'école Turgot, ouverte depuis 18-39. Le collège Chaptal donnait une sorte d'enseignement mixte, participant de l'enseignement secondaire et de l'enseignement primaire; mais l'école Turgot conservait l'enseignement primaire supérieur dans toute son intégrité. Elle] avait été, comme nous l'avons dit plus haut, construite pour 300 élèves. La ville s'y réservait 60 places qu'elle donnait au concours. Les études n'y furent que de trois ans, jusqu'à ce que l'on eut ajouté un cours préparatoire et un cours complémentaire d'une année chacun.
Comme autre moyen d'enseignement primaire, la ville de Paris comptait un grand nombre d'écoles libres, généralement peu prospères, médiocrement dirigées, sans méthodes fixes, hésitant entre les modes individuel, simultané et mutuel, ayant, comme autrefois les écoles des maîtres-écrivains dont elles étaient la continuation, à lutter contre les écoles gratuites, changeant souvent de mains et donnant lieu à des spéculations regrettables. Toutefois, elles réunissaient un effectif considérable d'élèves et rendaient ainsi de grands services, puisque, en fin de compte, les écoles communales ne recevaient que 28 000 enfants dans une ville où la population atteignait un million d'âmes.
Pour l'enseignement plus développé des filles, la ville possédait une école supérieure recevant 45 pensionnaires et établie au passage Saint- Pierre. Cette école avait été fondée, avant la Révolution, par un curé de Saint-Louis-Saint-Paul, pour former des « femmes de ménage ». La ville y entretenait 20 bourses. La plupart des élèves avaient fini par s'y préparer au brevet et par se se destiner à l'enseignement. En dehors de cet établissement, le haut enseignement était donné aux filles dans les institutions et dans les pensions.
L'enseignement des pensions comprenait : l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, la grammaire française, l'arithmétique jusques et y compris les proportions et les règles qui en dépendent, l'histoire de France, la géographie moderne, les notions élémentaires de physique et d'histoire naturelle applicables aux usages do la vie, le dessin, la musique, les travaux d'aiguille, les langues vivant' s. Celui des institutions comprenait en outre : les éléments
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nt l'histoire de la littérature française» avec des exercices de grammaire et de style, la géographie, l'histoire ancienne et moderne, les éléments do la cosmographie. Des diplômes spéciaux correspondaient à ces programmes (arrêté du 16 mars 1H37).
De 1848 à 18G7. — La loi du 15 mars 1850 effaça ces distinctions dans les degrés de l'instruction primaire. A Paris comme ailleurs, toute hiérarchie disparut dans les écoles, sinon en fait, du moins en droit. On put ouvrir une école, externat, pension ou institution, sous la garantie uniforme du brevet de capacité. Le décret du 31 décembre 1853 distingua inutilement les écoles de filles en écoles de second ordre et de premier ordre ; il fut sans effet dans la pratique. G'éiait une conséquence nécessaire de la lettre d'obédience, qui, reconnue dans le principe cgmme titre suffisant pour la lenue des écoles de charité et maintenue sous le môme prétexte en 1850, servit dès lors à ouvrir des établissements de tous les degrés, depuis la modeste école primaire jusqu'aux grandes maisons d'éducation du Sacré-Cœur, des Oiseaux, de Sainte-Clotilde, etc. Pour les garçons, deux grandes écoles, Chaptal et Turgot, se soutinrent par leurs propres forces, en concurrence avec l'école similaire que les frères avaient établie rue des Francs-Bourgeois et qu'ils transportèrent plus tard près de l'église Saint-Paul.
Voici le dénombrement des établissements existants en 185l-18.')2 :
Les écoles supérieures dont il vient d'être question ;
Les deux cours d'enseignement mutuel, devenus les seuls moyens réguliers de recrutement du personnel enseignant, le département ayant cessé d'envoyer des élèves-maîtres à Versailles : cours pour les instituteurs à la Halle aux draps, sous la direction de M. Sarazin ; cours pour les institutrices, rue de la Petite-Friperie, sous la direction de M''" Sauvan; le programme comprenait la méthode de lecture, d'écriture et de calcul, de grammaire, de dessin linéaire et de géométrie pratique élémentaire ; dans l'école des élèves-maîtresses, la couture éi ait substituée au dessin ;
Un cours de chant à la Halle aux draps, pour fournir des répétiteurs de musique populaire ;
Un cours normal pour la tenue des salles d'asile, rue Saint-Antoine, près de la rue Neuve- Saint-Paul ;
Des écoles communales pour le sexe masculin; laïques : 3l écoles d'arrondissement, 18 cours d'adultes, 7 écoles spéciales de dessin; congréganistes : 25 écoles, 6 cours d'adultes;
Des écoles communales pour le sexe féminin ; laïques : 35 écoles d'arrondissement, 19 cours d'adultes; congréganistes : 26 écoles;
Des salles d'asile, au nombre de 38;
Des ouvroirs.
Le budget municipal de l'instruction primaire s'élevait à 1212 520 francs.
Le service général comprenait à cette époque plus de 200 établissements qui recevaient environ 45 000 élèves. On estimait que le nombre des enfants et des adultes susceptibles de recevoir à Paris l'instruction primaire s'élevait à 84 31-». (Vallet do Viriville, IJist. de l'instruction publique en Europe.)
Le fait saillant des années qui suivirent fut le retour lent, mais bien marqué, au mode simultané. Le mode mutuel avait eu surtout sa raison d'être dans la pénurie où l'on était de maîtres et de maîtresses et de ressources pour les rétribuer, comme aussi dans la difficulté que l'on éprouvait (faute de ressources encore) à trouver des locaux, des classes suffisamment vastes, des mobiliers et tout l'outillage scolaire utile, sinon absolument nécessaire. Peu à peu les ressources augmentè-
rent. En môme temps les inconvénients du mode mutuel apparurent à tous les yeux et les esprits se reportèrent vers le mode simultané. D'ailleurs, le mode mutuel, tel que l'avaient compris ses premiers partisans, tel qu'avaient clierché à le maintenir M., Sarazin et M"e Sauvan, reçut des atteintes profondes en 18.03. 11 fut décide alors que tout établissement où le minimum des présences moyennes arriverait à 150 serait partagé en deux classes pourvues chacune d'un maître spécial et destinées à recevoir, la première, sous le nom de classe supérieure, 60 à 80 élèves; la deuxième, sous le nom de classe élémentaire, tout le reste de l'école. Ce surplus n'était rien moins, dans certains établissemer)ts, qu'un effectif de 2uO et 300 enfants. Ainsi, le mode mutuel et le mode simultané, se faisant mutuellement des emprunts, engendrèrent le mode mixte. En 1857, une école alla plus loin (la grande école de la rue Morand, sous la direction de M. Régimbeau). Elle fut organisée à l'instar des écoles simultanées et réunit 900 élèves partagés en un certain nombre de classes où les élèves étaient de forces sensiblement égales. Un certain nombre d'écoles furent mises sur le môme pied (rue Saint-Hippolyte, i3e arrondissement; rue d'Aligre, 12^; rue Cujas, 5e, etc.).
Administration de M. Gréard (1867-1878). — Les choses en étaient là quand la direction de l'instruction primaire du département de la Seine fut confiée à M. Gréard (1867).
Cet éminent administrateur conçut dès l'abord un plan de réformes dont voici les points principaux :
Achever de substituer le mode simultané à ce qui restait du mode mutuel dans les écoles laïques; par suite, multiplier les classes et les maîtres;
Donner aux écoles ainsi transformées une organisation uniforme ;
Diminuer peu à peu les effectifs exagérés, de manière à rendre possible une intervention suffisante du maître auprès de chaque élève ;
Améliorer et agrandir les anciens locaux et en créer de nouveaux au moyen de constructions ou de locations, rapprocher ainsi les écoles des enfants et des familles, y créer un nombre de places moins disproportionné avec les besoins constatés ; Rendre le recrutement du personnel moins incertain en dotant le département de la Seine d'une école normale d'instituteurs et d'une école normale d'institutrices;
Pourvoir plus libéralement à l'existence de ce personnel en élevant les traitements; Transformer les salles d'asile; Réorganiser les cours d'adultes; Mettre l'enseignement, à tous ses degrés, au niveau des exigences de l'époque et des besoins d'une grande capitale;
Ménager d'utiles transitions entre l'école et l'atelier et prolonger, le plus possible, dans l'intérêt de l'instruction et de la moralité, la durée de la vie scolaire ;
Enlin donner une sanction aux études et récom penser tous les efforts.
C'était là une oeuvre laborieuse, une tâche qu'un esprit hardi et sûr de lui-môme pouvait seul entreprendre, eu égard aux circonstances au milieu desquelles elle devait, sinon s'achever, du moins se commencer et se développer, aux ressources qu'il fallait trouver, aux esprits qu'il fallait persuader, aux volontés qu'il fallait en quelque sorte forcer. Elle fut courageusement abordée cependant. Les diverses parties en furent souvent menées de front; dans tous les cas, chaque année fut marquée par une étape ou par un progrès que l'auteur put constater et faire toucher du doigt dans ses remarquables rapports au préfet de la Seine, rapports où les considérations les plus éle-
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vées, unies à de sûrs principes de pédagogie théorique et pratique, ne cessent de se trouver mêlés aux statistiques laborieusement mais consciencieusement établies.
A dix années de distance (1877), l'œuvre était debout, complète, ne demandant qu'à être continuée, qu'à être perfectionnée, parce que toute chose en ce monde est susceptible de perfectionnement.
Le mode mutuel se mourait lentement. Jusqu'à l'entrée en fonctions de M. Gréard, il n'avait à peu près complètement disparu que dans 34 établissements. Une nouvelle organisation pédagogique des écoles, inaugurée en 1867, lui porta le dernier coup. "Tout effectif d'école, si nombreux qu'il pût être, fut partagé en trois cours : cours élémentaire, cours moyen ou intermédiaire, et cours supérieur. Chacun de ces cours put être fractionné et être réparti en un certain nonibre déclasses, soit nuancées, soit parallèles; chaque classe dut avoir son maître ou sa maîtresse propre et responsable sous la responsabilité générale du directeur ou de la directrice. Dans ces conditions, il n'y avait plus place pour les moniteurs : les anciennes grandes salles de 150 pieds de long sur 30 de large furent coupées par des cloisons et diminuées par des corridors d'accès. Les effectifs de chaque classe furent ramenés à celui que comportent les forces d'un homme obligé de se tenir en communication incessante avec ses élèves. Ils restèrent cependant quelque temps de 100, de 90, de 80 pour les classes élémentaires, de 70 à 75 pour les classes du cours moyen, de 50 à 60 pour les classes du cours supérieur. Mais peu à peu ils descendirent au chiffre normal de 60, de 50 et de 40.
Sous le second Empire, l'administration préfectorale, dans ses projets pour l'embellissement de Paris, avait laissé les constructions scolaires au dernier plan. D'impérieux besoins et le réveil de l'opinion devaient bientôt mettre fin à cette sorte de délaissement des intérêts de l'instruction primaire. Au commencement de l'invasion, les communes suburbaines se réfugièrent pour la plupart à Paris. Elles y installèrent comme elles purent leurs écoles et leurs municipalités. Mais un grand nombre d'enfants appartenant soit à ces communes, soit à des départements voisins, soit même aux écoles libres des divers quartiers, refluèrent vers les écoles de la ville. On leur y fit place; ils y trouvèrent, comme tous les autres élèves, le chauffage, la nourriture, en un mot tous les secours que purent leur assurer, pendant une période de quatre mois,les maires et les comités organisés à cet cfl'et. Malgré ces embarras et ceux qui naissaient d'une situation profondément troublée, l'ordre et la suite des études ne furent point interrompus : l'administration centrale continua d'exercer sur les écoles au moins son autorité morale, l'autorité effective ayant passé le plus souvent aux mairies. Celles-ci, pendant le règne éphémère de la Commune, se rendirent maîtresses absolues des écoles. Elles achevèrent les laïcisations commencées précédemment sur quelques points, notamment dans le 11^ arrondissement. Quand la paix fut rétablie, l'autorité revint aux pouvoirs institués par la loi. Les choses furent remises sur l'ancien pied et le service scolaire reprit sa marche régulière. Mais, pendant la crise, bien des enfants avaient appris le chemin de l'école communale; ils ne devaient plus l'oublier. Aussi, dès 1871, l'insuffisance des anciens locaux apparut avec une évidence qui ne permettait plus aucune illusion; un recensement scrupuleux la mit en pleine lumière. Le nombre de places, dans les écoles et dans les salles d'asile, fut calculé avec toute la précision possible en pareille matière, en même temps que la dépense nécessaire
pour pourvoir aux besoins tels qu'ils se révélaient (préparation du budget de 1872, rapport de M. Gréard au préfet de la Seine).
En même temps, les mobiliers se transformaient. Peu à peu disparurent les tables étroites et giêles et les bureaux gigantesques des écoles mutuelles, puis les longues et lourdes tables et les vastes chaires des anciennes écoles simultanées; des tables de 5, 4, 3, 2 places, avec des bureaux à la fois commodes et peii embarrassants, y furent substitués. Les classes se garnirent en outre de l'outillage nécessaire : tableaux noirs, cartes murales, globes, collections, bibliothèques et musées scolaires, etc.
La fondation de nouvelles écoles et l'accroissement du nombre des classes impliquaient une augmentation considérable du personnel enseignant. De ce chef, comme nous l'avons déjà remarqué, les ressources étaient médiocres et fort aléatoires. L'administration précédente avait créé une excellente institution : aux termes d'un arrêté du 27 janvier 1866, pris en conformité de l'art. 35 de la loi du 15 mars 1850, des enfants de U à 16 ans, ayant donné des marques de vocation pour l'enseignement et chez lesquels un concours avait permis de constater un certain degré d'instruction, étaient placés dans les meilleures écoles sous le titre d'élèves-maîtres etd'élèves-maltresses stagiaires, avec des traitements variant de 400 à 600 fr. Parvenus au brevet, ils formaient le plus souvent des adjoints et des adjointes de valeur. Us remplaçaient au moins avec avantage les maîtres et maîtresses formés par les cours normaux dont il a été parlé plus haut et qui avaient disparu depuis longtemps. Mais rien ne pouvait tenir lieu d'écoles normales régulières, et il était peu honorable pour le premier département et pour la première ville de France de manquer de semblables établissements. Ce que l'administration n'avait pu obtenir, ni sous le gouvernement de Juillet, ni sous le second Empire, elle l'obtint sons la République. Une école normale d'instituteuis fut ouverte à Auteuil le l^r octobre 1872. L'année suivante, au mois de janvier, l'ancienne école supérieure de jeunes filles du passage Saint-Pierre, transférée rue Poulletier, fut transformée en école normale d'institutrices. Les élèves-maîtres et les élèves-maîtresses du dehors furent néanmoins maintenus comme aides et à la condition de se préparer aux écoles normales, pour lesquelles ils constituèrent tout d'abord un excellent élément de recrutement.
Mais un des plus sûrs moyens d'encourager un personnel scolaire et de le conserver, c'est de lui assurer une existence honorable, en rapport avec la dignité delà fonction et du dévouement qu'elle exige. Des arrêtés des 8 avril 1872 et 3 février 1873 élevèrent les anciens traitements au point de départ et au point d'arrivée ; les maxima purent atteindre : pour les directeurs 3400 francs, pour les adjoints 2000 francs, pour les directrices 2900 francs, pour les adjointes 1800 francs ; à ces traitements s'ajoutaient le logement ou des indemnités de 600 et de 400 francs. Par une mesure qui devait se généraliser plus tard, un certain nombre de directeurs et de directi-iccs furent déchargés de classe et purent aiusi vaquer librement à leur fonction de surveillance et de direction.
Les salles d'asile, malgré les efforts d'un personnel dévoué, conservaient leur caractère primitif de garderie ou de refuge. A raison de leurs effectifs exagérés, la méthode propre à ces établissements était plutôt appliquée dans son mécanisme que dans son esprit ; grands et petits, confondus en un seul auditoire, recevaient en commun des leçons qui, si habilement qu'elles fussent faites, ne profitaient en réalité à personne.
PARIS
PARTS
M. Gréard conçut la pensée d'isoler, au moins à certaines heures, les enfants les plus âgés et les plus intelligents et de leur faire donner, par les maîtresses, des leçons au cours desquelles la méthode pût déployer toutes ses ressources et produire tous ses résultats. A cet effet, des salles spéciales furent préparées et pourvues du matériel frœbelien. C'est peut-être la seule amélioration possible et pratique que comporteront de longtemps nos salles d'asile ou écoles maternelles. La jeune fille peut passer sans danger de la salle d'asile à l'école primaire : elle y retrouve au moins les soins et la main d'une femme. Mais il n'en est pas de même pour le petit garçon : il saute brusquement du régime doux de la salle d'asile au régime sévère et à la forte discipline ^e l'école, souvent au grand préjudice de sou développement physique et moral. Pour parer à cet inconvénient, M. Gréard provoqua la création d'écoles spéciales de petits garçons, confiées exclusivement à des femmes de choix, donnant ainsi ridée des classes ou écoles enfantines qui devaient plus tard prendre place dans la hiérarchie ■de nos établissement scolaires.
Pour beaucoup, quoi qu'on fasse, l'instruction n'est qu'ébauchée h l'école primaire. D'un autre •côté, une foule d'ouvriers arrivent illettrés dans la capitale et y apportent un contingent d'ignorance qu'il importe de combattre. C'est pour cela qu'à Paris les cours d'adultes ont été de tout temps et plus qu'ailleurs une nécessité. Pendant la période dont nous nous occupons, ces cours furent réorganisés sur les bases suivantes : Séparation des adultes des apprentis ; gradation des cours, divisés, comme ceux des écoles du jour, en cours élémentaire, moyen et supérieur ; institution d'un examen spécial pour l'obtention d'un certificat d'études primaires ; substitution, pour les maîtres, d'un traitement fixe aux anciennes indemnités éventuelles ; précautions prises pour assurer au moins la fréquentation régulière des jeunes apprentis. (Gréard, L enseignement primaire à Paris et dans le département de la Seine de 18G7 à 1877, p. 144.)
Outre le besoin de développer son instruction générale, l'ouvrier de Paris, pour soutenir sa renommée d'habileté et de bon goût et maintenir «a supériorité incontestée d'exécution, se trouve dans la nécessité de perfectionner sans cesse son éducation esthétique. Tel a été le but de la création, dès l'origine, d'écoles spéciales de dessin. En 1867, le nombre des écoles de dessin d'art était de 26, celui des écoles de dessin géométrique de 6. Dix ans plus tard, le nombre des unes était porté à 33, celui des autres à 12. Des prix et des concours encouragèrent les maîtres et les élèves. L'enseignement du dessin fut, en outre, introduit dans le programme même de l'école primaire et partout, suivant l'avis des meilleurs maîtres, le relief fut substitué à l'estampe qui demeura seulement comme corrigé. Les femmes eurent h leur disposition des cours subventionnés au nombre de 20, qui furent ramenés à 13 afin de concentrer davantage les éléments et les ressources. Pour les préparer au commerce, à l'apprentissage, à une meilleure tenue du ménage, il fut ouvert des cours de comptabilité, de coupe et d'assemblage, etc.
La gymnastique fut établie dans les écoles de Paris en 1872. Une leçon eut lieu dès lors dans chaque école à l'issue de la classe du soir, de 4 heures 1/2 à 5 heures, trois fois par semaine. En 1876, il n'y avait pas moins de 203 maîtres, tant instituteurs que professeurs spéciaux. Cet enseignement fut également introduit dans les écoles de filles et fut confié aux jeunes maîtresses formées à l'école normale ou à des maîtresses dont l'aptitude avait été préalablement constatée.
Dans une capitale comme Paris, un grand nombre d'enfants trouvent une carriè-e dans le haut commerce, dans l'industrie, dans les administrations publiques ou particulières. Ils doivent y être spécialement préparés par un enseignement intermédiaire, c'est-à-dire trouvant sa place entre l'enseigneitient primaire élémentaire qui ne suffit pas, et l'enseignement secondaire qui est trop élevé ou qui, dans l'espèce, serait beaucoup plus nuisible qu'utile, Paris n'avait, pour satisfaire à ce besoin, que Chaptal etïurgot. Trois autres écoles du type Turgot furent ajoutées à ces établissements ; les écoles Colbert, rue de Châtea u-Landon (20e arrondissement), Lavoisier, rue d'Enfer (5^ arrondissement), J.-B. Say, rue d'Auteuil (16e arrondissement) ; une quatrième, l'écol e Ara go, devait en outre bientôt s'élever près de la barrière du Trône (12^ arrondissement).
Mais le plus grand nombre des enfants qui forment la clientèle ordinaire de l'école primaire parisienne la (juittent pour l'atelier, et presque toujours de bonne heure au grand préjudice (ie leur développement physique, intellectuel et moral. Il importe à un haut point que des exercices intelligents de travail manuel puissent les disposer à l'apprentissage en le retardant de quelques années, et le rendre en même temps moins long, moins dangereux et plus fructueux. C'est dans cette pensée que fut conçue et oi-ganisée l'école d'apprentis de la Villette, à laquelle correspondirent, dans une certaine mesure, sur la rive gauche, les ateliers annexes à l'école communale de la rue Tournefort.
Ces institutions, comme on le voit, préludaient à l'introduction du travail manuel dans le programme de l'instruction primaire. En même temps la question de l'apprentissage était étudiée, et, si elle n'était pas résolue, des mesures étaient au moins prises pour que les nécessités de l'apprentissage pussent se concilier avec la fréquentation de l'école (écoles de demi-temps et cours du soir).
Les études primaires n'avaient eu jusque là pour encouragements que des bourses d'apprentissage, des distributions de récompenses trimestrielles et annuelles, des bourses dans les écoles supérieures, obtenues par voie de concours. Les bourses d'apprentissage, tombées en discrédit et presque délaissées, furent remplacées par des livrets de caisse d'épargne, plus immédiatement appréciés des familles. Le certificat d'études fut réglementé et particulièrement encouragé, car, pensait M. Gréard, « si le concours est l'épreuve de l'élite, l'examen du certificat d'études est 1 ôpreuve de la moyenne. C'est par un progrès naturel, sans autre effort que celui d'une application de chaque jour, que les élèves peuvent arriver à ce couronnement de leurs études. » (Rapport au préfet de la Seine, du 25 septembre 1875.)
Au milieu de toutes ces améliorations, la situation numérique des établissements^ des classes et des effectifs scolaires s'était ainsi modifiée :
Le nombre des écoles publiques s'était
élevé de 220 à 2S5
Celui des classes, de 689 à 1562
Celui des salles d'asile, de 83 à 110
Par contre, les établissements libres
étaient descendus de Uol à 975
Les salles d'asile libres, de o7 à 3ô
Eu 1867, sur un nombre total de 296 397
enfants (103 882 de 2 à 6 ans et
192 515 de 6 à 14 ans), étaient inscrits
daus les établissements publics 73 088 \ j^s gQO
— — libres 81 7ti )
Eh 1877, sur un nombre total de 322 954
enfants (113 190 de 2 à 6 ans et 209 704 de 6 à 14 ans), étaient inscrits dans les salies d'asile publiques ".f ^P' ilo 9<'4,5
— écoles publiques 93 572\ ' •*
— salles d'asile" libres 3 8S1
— écoles libi es 75 572
PARIS
PARIS
Places créées dans les salles d'asile publiques 4 702 i 49516
Id. dans les écoles publiques. 44 814)
Tart des écoles publiques dans la population scolaire possible, eu 1867 : 24 0/0; en 1S77: 35 0/0. Part des écoles libres, en 1867 : 27 0/0; en 1877: 24 0/0.
Le fait le plus saillant qui ressort de ces chiffres, c'est la décadence des écoles libres, aussi bien (tuant au nombre des établissements qu'au nom- );re des élèves qui les fréquentent. Bien organisée, mieux installée, mieux outillée, objet d'une surveillance et d'une sollicitude incessantes, entièrement gratuite d'ailleurs, l'école publique ne peut (] n'absorber de plus en plus l'école libre payante, abandonnée à ses propres ressources, écrasée par 1'^. prix des loyers, souvent en outre desservie par des inaîtres ou maîtresses de passage qui. la jilupart, aspirent à trouver dans l'enseignement l)ublic une position plus assurée et plus lucrative.
Nous devions insister particulièrement sur cette période de dix années ; toutes les grandes réformes que réclamait l'instruction primaire à Paris y ont été réalisées ou bien y trouvent leur point (le départ. L'administration qui a suivi celle de M. Gréard n'a eu en quelque sorte qu'à les développer pour arriver à la situation actuelle, qu'il nous reste à résumer.
2. Situation de l'instruction primaire à Paris en 1883-84. — Ecoles maternel te s . — Les écoles maternelles (anciennes salles d'asile), dont on a poursuivi et étendu la transformation, sont aujourd'hui au nombre de 128 avec 20 215 places; 16 écoles enfantines en sont en quelque sorte le prolongement.
Ecoles pynmaires de garçons et de filles. — Ces établissements sont, pour les garçons, au nombre de 188, y compris les 16 écoles enfantines précédentes ((i4 556 places) ; pour les filles, au nombre de 173 (57 242 places). Pour satisfaire à la loi du 28 mars 1882 sur l'enseignement obligatoire, la ville a dû procéder à des installations provisoires ûiies baraquements qui, bien qu'élevées à la hâte, ))résentent toutes les conditions désirables au point de vue de la disposition, de l'espace et du mobilier. Les améliorations apportées dans le régime des écoles sont : la généralisation de l'institution des directeurs et directrices non chargés déclasse, la création d'un grand nombre de cours complémentaires, où l'enseignement est plus développé et qui suppléent, dans une certaine mesure, à l'msuffisance des écoles primaires supérieures ; l'établissement de cantines scolaires qui permettent aux enfants de trouver à midi, soit gratuitement, soit moyennant une rétribution des plus modiques, des aliments chauds et réconfortants.
Apprentis et adultes. — Des classes dites de demilemps, spécialement destinées aux apprentis des deux sexes, sont ouvertes, aux heures les plus commodes, pour assurer l'exécution de la loi du 19 mai 1874 et de celle du 28 mars 1882. Elles sont au nombre de 62 et reçoivent environ 2000 élèves. Les cours d'adultes, ouverts le soir, de 8 heures 1/2 à 10 heures 1/2, se divisent en cours d'enseignement primaire et en cours spéciaux de chant, de dessin et d'enseignement commercial. Les cours d'enseignement primaire sont répartis entre 116 écoles, 68 pour les jeunes gens, 48 pour les jeunes filles. Ils réunissent d'une part 12 430 élèves, d'autre part 3 719. On compte, nour les jeunes gens, 28 cours spéciaux de chant fréquentes par 825 élèves, et, pour les jeunes filles, 7 cours du môme ordre qui, quoique de création récente, réunissent déjà environ 200 personnes.
Ecoles primaire^ supérieures. — Les écoles supérieures de garçons que nous avons nientionnées pins haut comptent 3 i)30 élèves tant externes que pensionnaires. Une école supérieure pour les jeunesfilles, établie rue de Jouy, reçoit 300 élèves;
des projets sont à l'étude pour la création, à bref délai, de quatre ou cinq autres écoles du même genre.
Enseig?iement professionnel. — On comprend sous cette dénomination des écoles préparatoires aux divers métiers ou professions qu'embrasseront, selon toute probabilité, les élèves des écolesprimaires. Pour les garçons ou jeunes gens, la ville a l'école d'apprentis du boulevard de la Villette (désigée aujourd'hui sous le nom d'école Diderot), à laquelle s'ajouteront tôt ou tard d'autres établissements similaires. Elle possède, depuis 1881, l'école municipale de chimie et de physique industrielles de la rue Lhomond. Pour les filles, elle a créé les écoles professionnelles et ménagères de la rue Bossuet, de la rue Violet et de la rue Galeron, ainsi que des cours spéciaux d'enseignement commercial qui ont lieu le soir, de 8 à 10 heures, de façon à pouvoir être fréquentés par les jeunes gens et les jeunes filles employés dans le commerce.
Pour la préparation des jeunes filles aux professions qui leur sont accessibles, la ville est secondée par l'initiative privée. Ainsi, la Société pour l'enseignement professionnel des femmes., qui continue l'œuvre entreprise en 1862 par Rl™e£ii8aLemonnier, entretient, rues de Poitou, Duperré, d'Assas, des Boulets, des écoles où plus de 500 jeunes filles, tout en perfectionnant leur instruction, suivent des cours de commerce, de couture, de dessin industriel, de gravure et de peinture sur porcelaine, sur faïence ou sur verre.
Un certain nombre d'écoles rivales, dites catholiques, ont adopté le même plan d'études et poursuivent le même but.
La Société pour V instructio7i élémentaire, que nous avons vue fonder en quelque sorte l'instruction primaire laïque sous la Restauration, fait faire, rue du Fouarre, des cours gratuits où plusieurs centaines de jeunes filles trouvent le complément d'instruction nécessaire pour l'obtention du brevet élémentaire ou du brevet supérieur. Pour les garçons, la Chambre de commerce entretient, rue Amelot et rue Trudaine, des écoles pour les hautes études commerciales ; les Associations polytechnique, philotechnique, etc., se chargent,^ en quelque sorte, dans des cours du soir, de compléter les enseignements donnés dans les écoles du jour. Il existe enfin des écoles spéciales d'orfèvrerie, d'horlogerie, de papeterie, de typographie, etc.
A toutes ces institutions, la ville ajoute de nombreux cours de couture, comprenant la coupe et la confection des vêtements, et surtout des cours de dessin.
Commencé par les instituteurs et les institutrices dans les cours élémentaire et moyen, confié ensuite à des maîtres spéciaux et d'une aptitude éprouvée, l'enseignement du dessin se continue dans les classes plus élevées, dans les écoles supérieures, enfin dans des cours spéciaux au nom- )ÊSfi de 63 pour les hommes et de 14 pour les femmes. Il est encouragé par des concours, par des récompenses telles que livrets de caisse d'épargne, livres, médaille-, et, pour les jeunes gens, par des bourses de voyage qui permettent aux élèves jugés les plus aptes de faire une tournée d'études en France ou à l'étranger.
Comme préparation générale à l'éducation profeï^sionnelle, la ville, devançant en quelque sorte l'application de la loi du 28 mars 188"J, a introduit,, dans ses écoles communales de garçons, le travail manuel : à partir de l'âge de dix ans, les enfants sont appelés à participer à des exercices d'atelier, dirigés, sous la surveillance des instituteurs, par des contre-maîtres qui ont été choisis parmi les ouvriers présentant les garanties do moralité et de compétence nécessaires.
PAIUS (AIMÉ)