PENSION, PENSIONNAT — 2252 — PENSION, PENSIONNAT
nom de pédagogies *,des collèges supplémentaires pour recevoir les élèves non boursiers qui vivaient trop librement autour des collèges officiels. Pour attirer et conserver leur public, les « pédagogies » prirent soin de lui répéter les leçons des professeurs ; celles qui jouirent d'une suffisante prospérité allèrent jusqu'à établir chez elles des cours rivaux qui devaient suffire à leurs élèves. Dans cette première période de l'histoire des pensionnats, période qui s'étend des origines à la Révolution française, l'enseignement libre fut donc tantôt une concurrence, tantôt un simple supplément à l'enseignement public. Il rendit d'ailleurs deux sortes de services ; il contribua à établir un peu d'ordre et de discipline dans la bohème scolaire du quartier latin, et il chercha à perfectionner les méthodes d'études en vigueur. Il ne faut d'ailleurs s'exagérer ni l'ordre tout relatif qui pouvait régner alors, ni le succès des tentatives de réforme. Elles n'étaient brillantes que dans les prospectus; ainsi, au xvii* siècle, ce du Roure, « logé au palais rue Nouvelle de Lamoignon », qui prétendait enseigner « en un temps fort bref la grammaire, la philosophie, les mathématiques, la théologie, la jurisprudence, la médecine et beaucoup d'autres choses qui sont en son tableau ».
L'Université de Paris n'aimait guère les collèges libres,sur lesquelsson monopole lui donnait d'ailleurs tout pouvoir. Quand elle avait des raisons de redouter leur concurrence, elle leur interdisait l'enseignement à domicile et les obligeait à lui envoyer leurs élèves; elle ne leur permettait de les instruire eux-mêmes que jusqu'à lâge de neuf ans (Statut de Henri IV), s'ils ne préféraient lui payer une redevance annuelle de 50 livres.
Au moment de la Révolution française, les institutions libres eurent l'occasion de rendre aux études un service inappréciable. La Convention ayant supprimé en 179:{ les collèges et les facultés sans avoir le loisir de procéder à leur réorganisation, les pensionnats restèrent seuls chargés de l'enseignement secondaire dans le pays, jusqu'à l'établissement des écoles centiales*; un bon nombre maintinrent leurs leçons durant toute la période révolutionnaire, ce qui n'était pas un mince mérite ; tels furent, à Paris, l'établissement des Savouré, dans la même famille depuis 1720; la pension Hallays-Dabot à l'Estrapade ; la pension Vautier, au collège de la Marche, et enfin Sainte-Barbe. C'est ainsi que s'opéra le sauvetage des éludes à cette époque troublée et que l'enseignement libre rattacha l'ancienne Université à la nouvelle.
Alors s'ouvrit pour lui une deuxième période, caractérisée par le monopole de l'Université et qui dura un demi-siècle (1802-1850). Les écoles centrales, créées par la Convention en 1795, ne recevant en général que des externes, laissaient le champ libre aux pensionnats, et, comme le nombre de ces derniers était loin de suffire aux besoins, il s'en fonda de nouveaux et de très importants qui trouvèrent pour s'établir les facilités exceptionnelles de vastes locaux à très bas prix et de l'absence de toute concurrence congréganiste ou d'État. C'est à celte date que reraonteînt les institutions Massin, Favart, Landry, Muron et d'autres non moins connues. Plusieurs de ces établissements n'évitèrent pas les inconvénients des fortunes trop rapides, négligèrent la discipline ou les éludes, et encoururent les sévérités de l'administration. Mais la situation allait changer. Lorsque en 1802 les écoles centrales furent devenues lycées* et que le premier consul s'avisa de les remplir d'internes, c'est aux dépens des institutions que les nouveaux étab issements furent peuplés, et la perte pour elles ne fut pas seulement matérielle .'leur liberté ne survécut pas à leur prospérité. Soumises au régime de l'autorisation préalable, astreintes à suivre le programme
des lycées, elles eurent pour inspecteurs les préfets et les sous-préfets; le nombre de leurs maîtres fut fixé comme celui de leurs élèves, et ce ne fut là encore que le prélude de la servitude auquel l'empire allait les soumettre.
Constituée par la loi de 1806 et par les décrets organiques de 1808, l'Université fut investie d'un monopole qui mit dans sa main l'enseignement libre. Les institutions et les pensions (les premières avaient au moins 50 élèves) furent aussi directement placées sous l'autorité du grand-maître que les lycées et les collèges. Dès lors leurs élèves ont à porter l'uniforme des lycées ; elles ne peuvent donner l'enseignement au-dessus de la quatrième que s'il n'y a pas d'établissement public dans la ville ; elles paient une redevance du vingtième sur le prix de pension de chaque élève, sans compter une autre redevance personnelle au chef d'institution de 150 francs à Paris et de loO francs en province ; le certificat d'études universitaires est exigé pour l'obtention des grades ; le prospectus de chaque établissement est soumis à l'approbation du recteur et du Conseil académique; enfin l'autorisation de tenir un pensionnat est renouvelable tous les dix ans : en voilà assez pour expliquer les mauvais souvenirs qu'a laissés dans l'enseignement libre le régime du monopole.
Ses membres ne se sont pas contentés de protester, d'en appeler aux principes d'équité et de liberté : ils se sont unis pour défendre leurs droits ; ils ont formé successivement deux sociétés, l'une dite d' Education nationale (1831), s'étendant k tout le pays ; l'autre (1843), sous le nom de So'iété des chefs d'iîistitution* ,hériiikre de la première et ne s'éiendant plus qu'aux trois départements de la Seine, de Seine-et-Oise et de Seineet-Marne ; il est vrai que les chefs d'institution des autres départements pouvaient ot peuvent encore se rattacher à elle comme membres correspondants. Leurs efforts et le progrès des idées libérales ont triomphé du monopole et fait tomber une à une les entraves que la réglementation impériale avait imposées aux institutions. Vers la fin de la monarchie de Juillet, la liberté était à peu près reconquise et la prospérité des institutions revenue. On comptait, en France, plus de 800 pensionnats ; il y en avait à Paris de très importants. Il suffit de rappeler ceux qui entouraient le lycée Charlemagne, les institutions Massin, Favart, Jauffret, Verdot, où tant d'hommes distingués ont fait leurs études. Dans cette seconde période de son histoire, l'enseignement libre a coininué à rendre des services : il a suppléé à l'insuffisance numérique des élablissemeuts publics ; il a stimulé les études et leur a fait produire des résultats brillants ; son libéralisme obligé a été d'nn bon exemple dans le pays ; il a pris l'initiative de créations utiles : Sainte-Barbe a donné pour sa part l'exemple de l'ét'blissemeat d'un petit collège à la campagne et de la création d'une école préparatoire à celles du gouvernement ; l'enseignement secondaire spécial est né dans les établissements libres de la banlieue et des départements avant d'être organisé par lÉiat ; la discipline a été adoucie; le régime intérieur amélioré. Mais la loi du 15 mars 1850, qui a paru donner satisfaction aux vœux de l'enseignement libre, a inauguré pour lui une troisième période qui a étu celle de sa décadence et dont le trait principal est le développement des établissements congiéga nistes.
Quelques congrégations reconnues avaient déjà fondé des pensionnats qui s'étaient ajoutés aux petits séminaires sans porter une atteinte sensible au caractère lai(|ue de l'enseignement national. Il n'en fut plus ainsi désormais. Secondées par l'influence du clergé, par les tendances politiques du second empire, par d'incroyables facilités finau-