‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 257 sur 573 · PENSION, PENSIONNAT · texte numérisé non relu

PENSION, PENSIONNAT

cières, par une grande réputation d'habileté et de sainteté, d'autres congrégations se mirent à l'œuvre et eurent bientôt créé do nombreux établissements destinés à recevoir un nouveau contingent d'élèves. Ces élèves ne pouvaient ôtre pris qu'aux pensionnats libres, les internats du gouvernement étant en situation de se défendre. De 1865 à 187G seulenient 12 000 élèves ont passé des maisons laïques aux maisons religieuses; la proportion n'avait pas été moindre dans la période décennale qui avait précédé; elle s'est ralentie depuis par les causes que l'on sait. Quant au nombre des établissements laïques, il s'est abaissé successivement de 825 à 057 et à 471 : il est aujourd'hui de moins de 400.

Le développement des ini'.titutionscongréganistes a paru un moment menaçant pour les établissements de l'État. Soit sous l'empire de cette crainte, soit surtout par l'effet du retour aux idées libérales depuis 1870, le gouvernement a donné une nouvelle impulsion au progrès de ses lycées et introduit dans leur régime des modifications heureuses. Installations perfectionnées, discipline plus douce, répétitions et conférences aux élèves, envoi des plus jeunes à la campagne, organisation de l'enseignement spécial, affectation d'un des lycées de Paris à l'enseignement des sciences, etc. ,ont fait passer dans les établissements publics les progrès dont l'enseignement libre avait eu l'initiative. De là une nouvelle cause de déclin pour ce dernier, qui perdait une partie- de sa raison d'être, et qu'allait d'ailleurs atteindre d'une façon plus grave le développement rapide de l'instruction primaire et primaire supérieure.

Il ne s'agit ici que des pensionnats secondaires: mais il s'en faut de beaucoup que ces établissements n'aient que des élèves de cet ordre. La majorité de leur population est au contraire, dans la banlieue de Paris, à Paris môme et surtout en province, du degré primaire. Dès que, selon l'esprit des institutions républicaines, les municipalités ont donné à leurs écoles l'impulsion dont nous sommes témoins, l'effectif primaire des pensionnats a subi une forte réduction} il a fait retour aux établissements publics de ce degré qui lui offraient, avec la gratuité, des garanties d'installation,d'enseignement,d'inspection supérieures à celles dont un particulier peut jamais disposer.

Ajoutons que l'adoucissement de nos moeurs est de plus en plus favorable à l'externat et contraire au régime de la pension. De grands externats religieux ont remplacé autour des lycées de Paris les grands internats laïques : le fait est significatif. La discipline répugne à notre mollesse. Les maîtres ont aussi peu de goût h l'exercer que les élèves à la subir; or, sans discipline, il n'y a pas d'internat. Les professeurs eux-mêmes, ceux du moins à qui incombe le soin de la surveillance, deviennent rares et préfèrent des carrières moins assujettissantes à celle de l'enseignement. D'autre part, où loger désormais, dans les grandes villes où le terrain est d'un prix si élevé, des établissements qui ont besoin d'espace ? Toutes les causes se réunissent donc pour rendre précaire l'existence des pensionnats.

Quel sera leur avenir? Cet avenir dépend surtout de la solution qui sera donnée à une question, la question suscitée par la loi de 1850, l'existence des congrégations enseignantes. Si leur concurrence était écartée, d'une ou d'autre manière, l'Ltat, qui n'a pas la passion de l'internat officiel, serait aisément amené à s'en décharger au profit de chefs d'institutions laïques, imbus de l'esprit moderne, et à se borner au rôle qui lui revient, celui de donner l'enseignement modèle. Si cette éventualité venait à se réaliser, l'enseignement libre pourrait revoir les beaux jours du commencement et du milieu de ce siècle, 1'* Partie.

Mais elle n'est nullement probable. Trop certain que ses internes remis en liberté iraient grossir la population scolaire des institutions congiéganistes, l'Etat maintiendra l'internat de ses lycées, et dès lors les destinées futures de l'enseignement libre sont faciles à prévoir. Ses pensionnat?, réduit» à un petit nombre, seront de deux sortes : les grands établissements fondés par des sociétés, comme Sainte-Barbe et l'Ecole Monge (l'Ecole alsacienne n'est pas un internat), quelques institutions analogues de la banlieue ou de la province — et les maisons de petit nombre, n'ayant pas besoin d'un grand local ni d'une organisation complexe, réunissant autour d'un homme compétent et soigneux certaines catégories d'élèves. Sous la première forme, l'initiative privée peut introduire dans le domaine public, ainsi qu'elle l'a fait souvent et récemment encore, les progrès dont elle a eu l'idée, et en faire honneur à des établissements qui en gardent l'esprit et la renommée ; sous l'autre forme, qui rapproche davantage le pensionnat de la famille et des conditions normales, de l'éducation, l'enseignement libre peut recueillir les enfants auxquels ne convient pas le régime administratif des établissements de l'Etat, les jeunes, les maladifs, les arriérés dont il faut ou sauver les études ou hâter la marche, les étrangers venus en France pour en apprendre la langue, beaucoup d'élèves enfin qui ont besoin de soins exceptionnels physiques et moraux. Quelque regrettable que soit à beaucoup d'égards le déclin numérique des pensionnats, c'est à ces limites qu'ils se verront sans doute réduits pour longtemps.

Les pensionnats de jeunes filles sont dans une situation analogue, mais leur histoire est moins longue. Il n'y a pas eu d'Université féminine pour en susciter la création au moyen âge, et, sous l'ancien régime, l'Eglise n'a guère vu disputer à ses couvents le droit d'élever les jeunes filles. Oa connaît assez les célèbres maisons de Port-Royai*, de Saint-Cyr*. Le xvm* siècle ne réagit qu'en théorie et par de simples projets contre cette éducation religieuse. C'est la Révolution qui a ouvert la porte à l'éducation laïque. Aussitôt après la Terreur, madame Camp ja*ouvrc à Saint-Germain un pensionnat qui sert de modèle k un grand nombre d'autres. Gomme il n'y avait alors ni religieuses ni couvents, et que l'enseignement officiel des jeunes filles ne devait être représenté que par la maison de la Légion d'honneur* et ses succursales, le nombre des pensionnats put être considérable. Mais ni l'éducation ni les études n'y étaient bien sérieuses, et quand les couvents se rouvrirent, de 1805 à 181 1 , ils recouvrèrent bientôt leur ancienne population d'élèves. Il y eut cependant sous la Restauration de grands pensionnats laïques, parmi lesquels on peut citer ceux de M"^" de Maisonneuveet de M'i^ Sauvan. Mais c'est le règne de Louis-Philippe qui fut lâge d'or de ces maisons. En 1837, un arrêté du Conseil royal de l'instruction publique classait ces établissements en deux degrés, les institutions et les pensions, et fixait les garanties à exiger de leurs directrices. Lg KOÙt des examens commença dès lo: s à se répandre, et les maisons d'éducation eurent une vogue d'une dizaine d'années. En I8i8, on en comptait 253 dans le département de la Seine, parmi lesquels ceux de Mm^^Bascans, Oericqueliem, Rey, Bachellery,etc., sans parler de 28 couvents, dont plusieurs, ceux des Oiseaux, du Sacré-Cœur, de Picpus, etc., avaient une certaine réputation pour le soin qu'ils donnaient à leur enseignement. Mais en ramenant à un degré uniquo les litres des maîtresses d'institution et do pension, en combattant et rendant inutile le brevet supérieur, la loi de 1850 poria un coup funeste à 1 enseignement libre des jeunes filles. Les pensionnats ces-

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