PHILIPPE (LE FRÈRE) — 2363 — PHILIPPE (LE FRÈRE
réimprimé en 178.') sous le titre de Discours sur les moyens de perfectionner Céducnlion des collèges de France). En 1780, Philipon fut nommé intendant des finances du comte d'Artois ; mais la Révolution lui lit perdre sa place. 11 montra, sous la Képubliquc, les sentiments d'un patriote ; on a de lui une pièce de circonstance, jouée en 179'», qui célèbre la mort héroïque d'Agricol Viala ; au^isi fut-il compris, en 1795, parmi les gens de lettres qui reçurent un secours de la Convention. Sous l'empire, il obtint la place do bibliothécaire du ministère de l'intérieur. Au retour des Bourbons, il redevint intendant de Monsieur. Parmi les nombreux écrits qu'il fit paraître dans la seconde moitié de sa vie, nous citerons : Dictionnaire des komonyynes^ Paris, 1799; Clvax de remarques sur la langue française, 1802, réimprimé en 1807 sous le titre de Grammaire des gens du monde ; Manuel épistolaire à l'usage de la jeunesse, 1804 (cet ouvrage, qui a été adopté pour les lycées, a été fréquemment réimprimé; nous avons sous les yeux la 17^ édition, Paris, Garnier frères, 18G0) ; Dictionnaire portatif des poètes français, 1805; Dictionnaire portatif des rimes, 1800; Dictionnaire portatif de la langue française, 1809. Philipon (le la Madelaine a fait jouer, seul ou en coUaboralion, un certain nombre d'ouvrages dramatiques, pour la plupart des vaudevilles. |.I. Guillaume.]
PHILIPrE (le frère). — Le frère Philippe, supérieur de l'institut des Frères des écoles chrétiennes, naquit le l^^r novembre 1792, au hameau de Gachat, commune d'Epinac (Loire). Son nom de famille était Branciet (Mathieu). En lisant", dans ses biographies, l'histoire de son enfance et de sa première jeunesse, on lui trouve plus d'une ressemblance avec saint Vincent de Paul : comme celui-ci, il fut élevé au grand air des champs, au sein d'une famille nombreuse de cultivateurs, et manifesta de bonne heure des sentiments de piété et de charité qui faisaient pressentir sa future vocation. Quand il fut en âge de fréquenter l'école, on l'envoya au hameau de Chaturange, situé à 2 kilomètres de Gachat, où deux membres de l'institut des Frères des écoles chrétiennes, après la dispersion de leur ordre, avaient ouvert des classes. Cette circonstance exerça une influence décisive sur sa destinée. Un de ses maîtres rentra dans l'institut, que le cardinal Fesch venait de restaurer à Lyon. A l'âge de dix-sept ans, le jeune Branciet alla le rejoindre et fut admis dans la communauté sous le nom de frère lioniface, qu'il devait, quelques années plus tard, échanger contre celui de frère Philippe. Il fut d'abord chargé d'une petite classe dans l'une des écoles de la ville de Lyon. Mais une maturité précoce et une aptitude particulière pour les mathématiques permirent bientôt de lui confier un poste plus important : il fut nommé prolesseur d'une classe spéciale de cabotage à Auray (Morbihan). Une oi.htalmie l'ayant obligé de renoncer momentanément à l'exercice de l'enseignement, on l'envoya diriger la communauté de Uéthel (1810). puis celle de Reims (1819), enfin celle de Metz (18-20). C'était le moment où le mode mutuel prenait faveur et passionnait même quelques esprits qui y voyaient un moyen d'instruire les masses à peu de frais et peut-être aussi de contrebalancer l'influence des congrégations de toutes parts renaissantes. Le frère Philippe entreprit de lutter contre la nouvelle méthode en améliorant celle de J.-B. de La Salle où, comme on sait, domine l'emploi du mode simultané. En 1822, il assista au chapitre tenu pour l'élection d'un nouveau supérieur. Nommé visiteur, puis directeur de la communauté de Saint- Nicolas-des-Champs, à Paris, il commença à prendre une part active aux afi'aires d'administration générale de l'inslilut. En 1820, il rédigeait la première édition de la Géométrie appliquée au
dessin linéaire^ qui devint le point de départ et comme le type des ouvrages du genre, et qui contenait en germf; la méthode actuelle de dessin employée cliez les Frères.
Vers 1830, l'ordre s'était développé ; il'comptait 237 maisons, 1420 frères et 87 000 élèves ; de nouveaux assistants furent adjoints au supérieur général, et le frère Philippe se trouva du nombre. A partir de celte époque, il exerça une influence considérable dont devait se ressentir, non seulement son institut, mais l'instruction primaire elle- . môme.
Sous la Restauration, la grande question de l'instruction populaire avait été agitée; le gouvernement de Juillet avait à la résoudre, et tel fut l'objet de la loi de \H^L Pendant la préparation de cette loi, le frère Philippe fut plus d'une fois consulté, etils'établitdèslors entre lui et M. Guizot des rapports de confiance et de bienveillance mutuelle qui ne cessèrent plus. Les Frères avaient pris l'initiative des cours d'adultes (classes du soir établies à la maison de Saint-Nicolas-des-Champs et à celle du Gros-Caillou) dans le but « d'instruire et de moraliser les pauvres ouvriers qui n'ont pu fréquenter les écoles pendant leur enfance ; de conserver et de développer les connaissances acquises avant l'entrée des adolescents aux ateliers, de réagir contre les funestes influences de ces derniers. » M. Guizot adressa à ce sujet (2 et 28 février 1833) au frère Anaclet, alors supérieur général, des félicitations qui, en réalité, revenaient au frère Philippe.
Une ordonnance royale du 11 avril 1831, rapportant une disposition de 1819, avait replacé les Frères sous le droit commun quant à l'obtention du brevet de capacité. La loi de 1833 établissait deux degrés dans l'enseignement primaire et instituait deux catégories de brevets : le brevet élémentaire et le brevet supérieur; elle créait en outre les écoles normales. Ces circonstances, si elles n'obligeaient pas les Frères à modifier leurs statuts, leur imposaient du moins des réformes. Un comité spécial, composé des membres les plus
I expérimentés de l'institut, consacra trente séances à la révision de la Conduite des écoles et ajouta aux programmes des grandes classes l'enseignement du dessin linéaire, de l'histoire de France et de la géographie. Le frère Philippe se chargea surtout de l'amélioration et de la composition des livres classiques. 11 se fit en outre l'un des promoteurs les plus ardents des noviciats préparatoires, destinés à recevoir des jeunes gens de quatorze à seize ans, et qui devaient être pour l'institut ce que les écoles normales nouvelles seraient pour le recrutement du personnel laïque. Aces noviciats s'ajoutèrent hientùt des pensionnats tels que ceux de Passy, de Toulouse, de Lyon, de Beauvais, d'Orléans, de Nantes, de Poitiers, de Dijon, etc.
Elu le 21 novembre 1838 supérieur général, le frère Philippe ne fit que continuer avec plus d'autorité ce qu'il avait commencé étant frère assistant. 11 venait d'installer la maison-mère dans le local de la rue Oudinot qu'elle occupe aujourd'hui,
j lorsque éclata la révolution de 1848. Les Frères ne perdirent point au changement de gouvernement :
I les ministres qui se succédèrent alors se montrèrent pour la plupart favorables à leurs écoles. Leur supérieur lut appelé dans l'une des commissions qui s'organisèrent en vue d'élaborer un nouveau projet de loi sur l'enseignement. En ISJO, on lui olïrit la croix de la Légion d'honneur, qu'il avait refusée sous la monarchie de Juillet et qu'il crut devoir refuser encore.
Le second empire, tout en leur étant favorable au fond, fit des efforts pour placer autant que possible les Frères sous le droit commun. En principe et dans la forme, sinon en fait, leurs écoles sont essentiellement gratuites. Les dispositions de