‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 269 sur 573 · PLAN D'ECOLE · texte numérisé non relu

PLAN D'ECOLE

» Le second vous servira à m'indiquer chaque candidat pour lequel vous n'auriez pas de poste dispduible et qui consentirait à être placé dans quelque autre département de France ou d'Algérie. Vous aurez soin que l'intéressé remplisse luimême ce tableau que vous m'adresserez ensuite avec vos notes au verso.

» Sans doute, ajoutait le ministre, il y a presque toujours avantage à confier une école à un maître qui no vienne pas d'une région éloignée, et notre enseignement primaire ne sera fortement constitué que le jour où, pour cliaque département, le personnel pourra se recruter dans le département même et parmi les anciens élèves de l'école normale; mais jusqu'à ce qu'il en soit ainsi, nous avons le devoir de ne point laisser vacants dans quelques départements des postes régulièrement créés, alors que, dans certains autres, un nombre parfois conf>idérable de candidats brevetés restent sans emploi. »

Cette fois la tentative resta infructueuse. Le recrutement était dès lors assuré à peu près partout, et les inspecteurs d'académie n'avaient plus besoin de recourir à l'adininisiraiion centrale. Néanmoins le ministère, désirant continuer l'œuvre qu'il avait entreprise et assurer partout le service, écrivit de nouveau aux inspecteurs d'académie le 15 juin de la même année, en se bornant cette fois-ci aux postes de début occupes par des femmes : « J'ai lieu de penser que les emplois d'institutrice et d'institutrice-adjoinle de votre ressort sont actuellement occupés, puisque, à la suite de ma circulaire du 20 avril, il ne m'a été signalé aucune vacance. Mais, comme les demandes de posies sont parvenues en grand nombre à mon administration, je vous prie de vouloir bien me faire connaître ponctuellement, à mesure que se produiraient des vacances, les emplois d'institutrice et d'institutrice-adjointe auxquels il vous serait difficile de pourvoir. »

En 18»3, au moment où le mouvement annuel du personnel enseignant primaire vient d'être terminé dans toute la France, le '21 octobre, le ministre rappelle encore les inbiruciions du 21 avril 1880, et quelques rares inspecteurs s'adressent à lui. Sur les milliers de candidats qui lui avaient fait parvenir une demande, il parvient à en placer une trentaine dans huit départements.

A partir de ce moment le mouvement s'arrête complètement. Les demandes des candidats affluent à 1 administration centrale, tandis que leur contre-pariie, les demandes des inspecteurs d'académie, cesse absolument. La raison en est bien simple. Les jeunes gens munis du brevet s'adressent d'abord à leur inspecteur qui les inscrit à la suite sur sa liste. Aucun emploi n'étant vacant et dans presque tous les dcpariemenis la liste étant longue, quelquefois très longue, les candidats désireux d'être placés immédiatement écrivent au ministre, qui reçoit d'autant plus de demandes qu'il y a moins de places disponibles.

En 1884 l'administration se borne à se renseigner exactement sur le nombre d'emplois vacants par défaut de candidats et le nombre de candidats non placés par défaut d'emplois. Elle envoie à ce sujet aux inspecteurs d'académie des tableaux qu'ils doivent lui renvoyer remplis.

La première de ces statistiques date du 29 avril 188». Il y avait à cette époque 4570 candidats inscrits. Pas un emploi d'instituteur ou d'institutrice, titulaire ou adjoint n'était inoccupé. Seul, le personnel des écoles maternelles éprouvait encore quelques difficultés à se recruter ; il manquait 3 directrices et 20 sous-directrices remplissant les conditions réglementaires. Le service de ces établissements n'en était pas moins assuré : les in- ^pecteurs, manquant d'aspirantes pourvues du diplôme spécial aux écoles maternelles, avaient.

j avec l'autorisation de l'administration centrale, 1 délt''gué dans les fonctions de directrices et de I sous-direcirices des jeunes filles munies du brevet I de capacité.

1 La seconde, qui est du 15 octobre, ^.rouve qu'à 1 ce moment, après l'application rigoureuse de la I loi du 16 juin 1881 qui exige que tout maître, en- I seignant soit comme titulaire, soit comme adjoint, , dans une école primaire ou une école maternelle, possède le diplôme nécessaire pour exercer la fonction qu'il occupe, le personnel de l'enseignement primaire était au complet dans toute la France et en Algérie, et que près de 10 000 candidats étaient inscrits pour pourvoir aux vacances qui viendraient à se produire.

I Sur ces 10 000 candidats, 138 aspirants et 485 aspirantes étaient en possession du brevet supérieur, 60G jeunes filles avaient le certificat d'aptitude à j la direction des écoles maternelles. Le nombre des aspirantes était environ le double de celui des aspirants.

Les demandes adressées au ministère par les candidats qui désirent un emploi sont donc aujourd'hui sans objet. Le ministre n'a pas le pouvoir d'y donner suite et, depuis le 15 octobre 1884, il s'est borné à indiquer aux péùiionnaires les départements où les candidats étaient en moins grand nombre afin qu'ils pussent se faire inscrire à la suite. I On ne saurait trop recommander aux jeunes gens qui se destinent à la carrière de l'enseignement public de passer par l'école normale. Tout le monde y gagnera ; les candidats, qui, à leur sor- , tie de l'école, seront assurés d'être placés les pre- , miers au fur et à mesure des vacances; les élèves, qui auront des maîtres formés aux meilleures méthodt s d'enseignement, munis d'une solide éducation professionnelle qui leur permettra, dès leur début, de bien diriger une classe et de deve- , nir, avec l'expérience, d'excellents maîtres ; l'Etat ! enfin qui, ayant sous la main des maîtres formés par lui et dont il aura pu apprécier, pendant leur séjour à lécule, la capacité, le zèle et la moralité, n'aura plus à se préoccuper de la question du recrutement. [L. Armagnac]

PLAIN-CIIANT. — Leplain-chaut ou chant grégorien est le chant ecclésiastique de l'Eglise ro- , maine. L'est un reste intéressant, au point de vue j historique, d'un système musical tout différent I du nôtre, et dans lecjuel la tonalité, au sens moj derne de ce mot, n'existe pas encore. I Le règlement du 1* décembre 1832 sur les j écoles normales primaires mettait la musique au 1 nombre des matières enseignées dans ces établissements. Par h musique », on entendait à la fois la musique moderne et le chant eccléï'iastique. En effet, aux termes du règlement sur les brevets de capacité du 19 juillet 1833, l'examen du brevet pour l'instruction primaire supérieure devait comprendre une épreuve théorique et pratique de musique et de plain-chant. Le programme des examens de chaut fut fixé par l'arrêté du 2i) mars 1836 ; il comprenait des interrogations sur le ryihme, l'intonation, la tonalité, l'écriture musicale et le plain-chant, ainsi que des épreuves de lecture de morceaux de musique et de plain-chant. En 1851, le nouveau règlement des écoles lurmales raya du programme la musique, et la remplaça par le chant religieux : le plain-chaui demeura donc la seule forme de l'art musioal i laquelle dussent être initiés les instituteurs. Mais le décret du 2 juillet 18(j6 rétablit le chant, sans épithète, sur la liste des matières d'enseignement des écoles normales, sans toutefois exclure le plain-chant. Le plan d'études du 3 août 1881 a fait disparaître complètement le plain-chant du programme des écoles normales françaises. PLAN D'ÉCOLE. — V. Maisofi li'ecole, pp. 1780

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PLAN D'ÉTUDES. — V. Programme.

PLANISPHÈRE. — V. Caries et, dans la Ile Partie, Cartographie,

PLANTA. — Martin Planta, pédagogue et physicien distingué, naquit en 1727 à Sus, dans la Basse-Engadine, en Suisse. Fils de simples paysans, et destiné par sa famille à l'état ecclésiastique, il fit ses études de théologie à Zurich, et passa ensuite quelques années en Allemagne comme précepteur, ei à Londres comme pasteur de l'égiise allemande réformée. Pendant son séjour dans cette dernière ville, il s'adonna à l'étude des mathématiques et de la physique, qui ne cessèrent pas de l'occuper dans tout le cours de sa vie. On lui doit l'invention de la machine électrique à disque de verre; il construisit aussi un» modèle de bateau mû par la vapeur, qu'il présenta lui-même à Paris au duc de Choiseul, alors premier ministre. L'état de sa santé l'obligea à quitter Londres après un court séjour, et il revint se fixer dans son pays natal. Nommé pasteur à Zizers en 1754, il conçut l'idée de créer un établissement d'éducation et sut intéresser à son projet son compatriote Ulysse de Salis-Marschlins, la diète des Grisons, et les membres de la Société helvétique de Schinznach. Il s'associa avec le professeur Nesemann, et en 1761 ouvrit à Zizers son institut, auquel il donna le nom de séminaire. La même année déjà, l'établissement fut transporté au château de Haldenstein, près de Coire; le nombre des élèves s'éleva dès la seconde année à une cinquantaine, et, la renommée de l'établissement ayant rapidement franchi les frontières du pays grison, ce nombre fut bientôt accru encore par l'envoi d'élèves étrangers. Les branches d'enseignement au séminaire de Haldenstein étaient les langues latine, allemande, française et italienne, l'histoire, la géographie, la logique, le droit naturel, les mathématiques pratiques, la comptabilité, le dessin, la musique et la danse. Une large part était faite aux exercices du corps. Les élèves formaient des collections de plantes, de minéraux, d'insectes, etc. ; ils étaient exercés à divers travaux manuels, tels que le tour, la menuiserie, le cartonnage. Le séminaire se proposait « de donner en première ligne aux jeunes gens une éducation chrétienne, et en second lieu de les préparer pour les diverses carrières politiques, économiques, militaires et commerciales. » Au bout de quelques années, le château de Haldenstein se trouva trop petit pour recevoir les élèves qui affluaient. Ulysse de Salis offrit alors à Planta son château de Marsclilins, et le séminaire y fut transféré en 1771. Mais à peine y était-il installé depuis quelques mois que Planta fut emporté à l'âge de quarante-cinq ans par une brusque maladie (1772). Après sa mort, Salis plaça à la tête de l'établissement, qui prit alors le titre de Philunthropinum, à l'imitation de l'institut de Basedow*, le théologien Bahrdt*; mais celui-ci ne tarda pas à compromettre, par ses excentricités, l'école dont la direction lui avait été confiée, etlinstitut de Marschlins cessa d'exister en 1777. PLATER. — V. Flatter.

PLATOA. — Le philosophe grec Platon (ye siècle avant J.-C.) a tracé dans deux de ses ouvrages, les Lois et la République, un plan complet d'éducation. Sa doctrine sur l'éducation est dirivée de ses théories sur la nature humaine, sur l'Etat et sur la vertu ; celles-ci à leur tour dérivent de sa doctrine générale sur la nature des choses. Pour comprendre l'idée directrice de son lystéme d'éducation, il faut, au préalable, on connaître les sources.

Pour Platon, les choses sensibles, c'est-à-dire le monde terrestre, ne sont pas la réalité véritable ; ce n'est qu'une apparence, une ombre, une copie des choses intelligibles, seules vraies.

seules réelles ; le monde sensible est aperçu par ies sens ; le monde intelligible est perçu par la raison, et l'œuvre de la philosophie consiste à dégager la raison des apparences sensibles pour la tourner vers les réalités intelligibles. Le célèbre allégorie de la caverne marque nettement cette distinction de l'apparence et de la réalité, et donne une saisissante image de la condition humaine avant et après l'œuvre de la philosophie.

Imaginez un souterrain, et, dans ce souterrain, des hommes enchaînés depuis leur naissance, de façon à ne pouvoir changer de place, ni même tourner la tête. Dans cet état, ils ne verront que les objets situés devant eux. Derrière eux brûle un feu ; entre eux et le foyer, un chemin escarpé, bordé d'un mur semblable à ces cloisons derrière lesquelles des charlatans dissimulent aux spectateurs les ressorts des merveilles qu'ils montrent; derrière et au-dessus de ce mur on promène des objets de toute espèce , figures d'hommes et d'animaux en bois ou en pierre. Que verront les captifs ? Rien que des ombres que projette devant eux sur la paroi de la caverne le feu qui les éclaire, ombres d'eux-mêmes, ombres des objets promenés derrière le mur. Ces ombres et leurs mouvements ne seront-ils pas pour eux toute la réalité ? — Qu'on détache maintenant un de ces captifs, qu'on le force à se lever, à tourner la tête, à marcher et à regarder du côté de la lumière. Une fois habitué à cet éclat nouveau pour lui, il distinguera les objets réels d'avec les ombres auxquelles il attribuait une réalité menteuse. — C'est là une image de la condition humaine : la caverne, c'est le monde terrestre où nous vivons ; les ombres de la caverne, ce sont les apparences d'une réalité que les sens ne saisissent pas ; le captif qui se tourne des ombres vers les objets réels, c'est l'âme qui passe, grâce à la philosophie, des apparences mobiles des sens aux idées, c'est-à-dire aux réalités fixés de la raison.

La méthode à suivre pour opéror cette conversion, et dégager les idées des sensations, et des idées elles-mêmes celle qui les domine toutes de sa perfection absolue, l'idée du bien, Platon l'appelle la dialectique. Elle consiste essentiellement à purifier l'âme des erreurs issues des sens, à chercher en toutes choses l'élément idéal qui en est la réalité vraie, à ramener les apparences sensibles à l'idée qui les explique, par exemple, tous les triangles sensibles et imparfaits au triangle idéal et parfait, enfin à s'élever des idées les moins générales à des idées de plus en plus générales, jusqu'à l'idée à la fois la plus générale et la plus parfaite de toutes, l'idée du bien et de Dieu, cause et raison de toutes choses.

Ceci dit, qu'est-ce que l'homme ? L'homme tient à la fois au monde sensible et au monde intelligible. Platon distingue en lui trois pariies ou plutôt trois puissances diff"érentes : le désir^ le cœur et la raison. Le désir, ensemble des appétits charnels et sensibles, préside aux fonctions de nutrition et de reproduction, et réî-idc dans la partie inférieure du tronc, au-dessous du diaphragme; le cœur, comme son nom l'indique, a pour siège la partie supérieure du tronc ; c'est l'instinct noble et généreux, mais incapable de se donner par lui-même une direction ; au-dessus, dans la tête, siège la raison, la raison qui peut connaître la vérité, diriger vers elle le cœur et ses forces actives, et maîtriser par là les passions inférieures. Dans son poétique langage, Platon a comparé l'homme à un attelage, composé d'un cocehr, symbole de la raison, d'un cheval généreux et docile, image du cœur, et d'un autrf. cheval fougueux et indompté, imago dos appétits et des passions.

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C'est sur le type do riionimc que Platon construit l'Etat. Comme dans chaque individu les trois puissances que nous venons de décrire n'ont pas môme force et môme intensité, comme chez les uns la raison domine, chez les autres le cœur, chez d'autres enfin la passion, il est impossible que, dans l'Etat, tous les citoyens ai^nt une seule et môme fonction. 11 y aura dans l'Etat trois ordres principaux de fonctions, et par suite trois classes de citoyens : les magistrats, qui seront la tête, la pensée, la raison de l'Etat; les guerriers, qui en seiont le cœur, et auront pour fonction de le défendre ; enfin les artisans, correspondant à la troisième puissance de l'âme humaine, et qui, par leuvs travaux, feront vivre l'Etat, comme les appétits assurent la vie de l'individu et celle de l'espèce.

(Iliaque puissance spéciale dans l'âme humaine, chaque classe distincte de citoyens dans l'Etat, a sa vertu propre, qui n'est autre chose que la réalisation pleine et entière de la fonction de cette puissance ou de cette classe. Ainsi, la fonction de la pensée est de connaître la vérité ; elle doit tendre à cette fin, et, quand elle Ta atteinte, elle a réalisé sa vertu, qui est la prudence ou la science, deux mots synonymes, deux choses identiques aux yeux des anciens. De même, la vertu des magistrats est la prudence. Ne sont-ils pas la raison de l'Etat? N'ont-ils pas pour fonction essentielle de savoir ce qui convient et ce qui ne convient pas à la cité tout entière? Dans l'individu, la vertu du cœur est le courage^ vertu à la fois passive et active, puisqu'elle reçoit et exécute les ordres de la raison. Dans l'Etat, le courage est la vertu propre des guerriers ; ils doivent obéir aux ordres des magistrats, et ne reculer devant aucun péril pour exécuter leurs ordres dans l'intérêt de la cité. Dans l'individu, la tempérance consiste à ne pas se laisser aller aux élans de la passion; elle est donc la vertu propre du désir. De même, dans 1 Etat, la tempérance commandée à chaque citoyen en tant qu'homme sera la vertu propre de cette classe de citoyens qui correspond à la partie inférieure de l'âme. Enfin, du concours de ces trois vertus, résultera dans l'homme et dans l'Etat une quatrième vertu, la justice, qui n'est pas simplement aux yeux de Platon le respect du droit d'autrui, mais une vertu plus large qui met chaque chose à sa place. Si, dans l'individu, la raison sait, si le cœur obéit avec docilité et courage, si la passion se soumet et ne va pas au-delà des fonctions auxquelles elle concourt, l'individu sera juste; en lui chaque chose sera à sa place, suivant son importance et sa dignité; la passion n'usurpera pas le rôle directeur de la raison ; le cœur ne sera pas rebelle. De même, dans l'Etat, si les magistrats savent, si les guerriers sont courageux, si les artisans sont tempérants, l'Etat sera juste. Là encore, chaque chose sera à sa place ; la subordination nécessaire des classes, résultant de la dignité variable des fonctions, sera respectée. La justice est donc une résultante des autres vertus.

Nous venons de voir que la vertu des magistrats rêvés par Platon pour l'Etat dont il trace l'idéal, est la prudence et la science; il en résulte que les magistrats doivent être tous des philosophes. Platon en effet ne distingue pas, comme nous le faisons de nos jours, les sciences proprement dites de la philosophie. A ses yeux, il n'y a qu'un savoir, la connaissance des idées éternelles et nécessaires, par opposition aux apparences fugitives des sens. Platon enlève donc aux prêtres la fonction directrice de l'Etat, pour la donner aux philosophes. Ceci devait être noté dès maintenant, car ce sera la clef de t'ente me partie de son système sur l'éducation.

Abordons maintenant ce système en lui-même. D'après ce qui précède, il est aisé de prévoir

qu'aux yeux de Platon, l'individu doit être entièrement subordonné à lEtat. Considéré en lui-même, l'individu a sa valeur propre ; mais par cela .seul qu'il vit en société, cette valeur dévient une des composantes d<', la valeur social»;, .«.ussi l'enseignement et l'éducation doivent-ils être la préoccupation dominante du législateur. Ce n'est pas pour eux-mêmes, c'est pour lEtat dont ils ff.ront partie qu'il faut former les enfants et les jeunes gens. Le système d'éducation que nous allons exposer est, dans toute la force du terme, une œuvre de Icgistion pédagogique. Il est vrai que dans un Etat constitué, comme nous l'avons vu plus haut, avec des chefs en possession du savoir le plus pur et le plus complet, uniquement guidés par la pensée du bien, l'éducation, qui vise à la perfection de l'Etat, ne peut y parvenir que par la perfection de l'individu ; mais c'est là une conséquence, et la culture de l'enfant, si elle aboutit en fait à son bien, a pour but le bien de l'Etat.

D'après cela, l'on peut s'étonner que Platon n'ait pas eu souci de l'éducation de toute une classe nombreuse de citoyens, les artisans; l'enseignement quil prescrit est essentiellement libéral, au sens où nous prenons ce mot; rien de technique, rien de professionnel, rien de mercenaire dans la république platonicienne; l'enseignement professionnel est libre; le législateur ne s'est réservé que l'éducation des futurs guerriers et des futurs magistrats; sans doute Platon estimait que l'instruction professionnelle, y compris la médecin", pouvait être laissée, sans dommage et sans danger pour l'Etat, à la libre initiative des individus, que là, les changements et les variétés importaient peu, tandis que le bien de l'Etat exigeait de tous ceux qui sont appelés à le diriger et à le défendre des vertus communes.

Le système platonicien d'éducation est un système à deux degrés, à deux cycles, comme nous dirions aujourd'hui. Le premier commence à la naissance de l'enfant, avant même sa naissance, et se termine à vingt ans ; c'est le degré élémentaire ; il produit les futurs guerriers. Le second commence à vingt ans, et dure jusqu'à trente-cinq, et môme justju'à cinquante; c'est le degré supérieur; il est réservé à ceux que leurs aptitudes désignent pour les magistratures de l'Etat.

Etant posé en principe que le but de la bonne éducation est, comme le dit Platon, « de donner au corps et à l'âme toute la beauté et toute la perfection dont ils sont capables », elle ne doit pas attendre que l'enfant ait vu le jour pour s'exercer sur lui. L'embryon est déjà sensible à certaines impressions ; son âme et son corps peuvent en recevoir des empreintes durables ; aussi les femmes enceintes auront-elles souci des fruits qu'elles portent; elles feront de fréquentes promenades; elles éviteront de s'abandonner à des joies ou à des chagrins excessifs; elles s'efforceront de se conserver dans un état de tranquillité et de douceur.

L'enfant né, mère et nourrice veilleront avec le plus grand soin sur ses mouvements, dans la crainte qu'il ne se contourne quelque membre : elles le berceront, car le rhythme du berceau apaise les frayeurs de la première enfance, et donne à l'âme paix et repos. Toutefois Platon ne fait pas de ces prescriptions des règles législatives ; ce sont des conseils et non des lois.

Quand l'enfanta trois ans, le législateur s'en empare, et désormais il va le conduire impérativement au but.

Le degré élémentaire de létlucaiion, commun à tous les enfants, garçons et fiUos, peut se diviser en deux périodes; la première, de trois à dix aus, pendant laquelle l'enfant est soumis à une sono d'entraînement physique, esthétique et moral, sans rien apprendre de co que nous considérons au-

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jourd'hui comme les éléments du savoir; la seconde de treize à seize ans, pendant laquelle anx exercices de la première période s'ajoutent la lecture, récriture, et les éléments de calcul, de la géométrie et de l'astronomie.

I .'éducation s'adresse à la fois au corps et à lâiue : elle vise à la perfection de l'un et de l'autre. Gomme à trois ans on ne peut discerner encore ceux des enfants que leurs aptitudes scientificpies pousseront, jusqu'aux magistratures de l'Etat, il faut les considérer tous comme de futurs guerriers, et s'appliquer déjà à développer en eux les vertus de la dusse militaire ; pour cela, développer leurs forces corporelles, exercer leurs membres, leur inspirer le courage, la confiance en soimême, le sang-froid, la discipline, la docilité aux ordres des chefs, la sobriété, la patience de la fatigue, le mépris du danger. C'est là que tendent les exercices gymnastiques appropriés aux forces croissautes de l'enfant et qui le ^eront passer graduellement des mouvements et des évolutions propres au jeune âge, aux luttes qui rappellent les combats de la guerre et y préparent. En même temps, et à partir de trois ans, les âmes seront l'objet de soins particuliers. Il ne s'agit pas encore de les donner à la science; il faut les former par une action extérieure; la musique, et avec elle les danses décentes, les chants et les poésies seront les instruments de cette première éducation de l'âme. Tout est réglé par autorité publique. Les jeux de l'enfance ne sont pas chose que le législateur puisse dédaigner comme indifférente ou inférieure, ils forment des habitudes, et la stabilité de l'Etat est intéressée à ce que les citoyens aient dès l'enfance, des habitudes communes.

De trois à six ans, les enfants seront conduits par les nourrices dans les lieux consacrés aux dieux; à six ans, ils iront au gymnase, et là, ils apprendront à lutter entre eux, à monter à cheval, à lancer le javelot; on s'appliquera à leur apprendre également à se servir des deux mains, car « si l'on avait cent bras, il faudrait savoir lancer cent javelots». Ils apprendront la danse, et « celle qui rend par ses mouvements les paroles de la muse », et conserve toujours un caractère de noblesse et de grandeur, et « celle qui contribue à donner aux membres l'agilité, la souplesse et la beauté »; ils chanteront les oeuvres des poètes, non pas de tous les poètes, mais de ceux-là seulement qui ne s'écartent pas dans leurs vers de ce qui est bon, beau et honnête, et dont les œuvres auront été approuvées par les magistrats.

A cette éducation physique, morale et esthétique à la fois, s'ajoute, dans la deuxième période du premier degré, ce que nous appellerons l'enseignement proprement dit. A dix ans, l'enfant apprend à lire et à écrire; il doit le savoir faire à treize; de treize à seize, il est initié à la littérature nationale, au calcul, à l'art de mesurer les surfaces, et à cette partie élémentaire de la science astronomique qui correspond assez bien à ce que nous appelons aujourdhui la cosmographie. Il importe de ne pas se méprendre sur les caractères de cette première culture scientifique ; il ne s'agit pas de l'arithmétique, dd la géométrie et de l'astronomie au sens scientifique de ces mots, — ces sciences, comme nous le verrons plus loin, sont réservées pour le deuxième degré, — mais bien plutôt de l'art de compter et de calculer, de mesurer la longueur, la surface et la profondeur, et de reconnaître pratiquement les révolutions et l'ordre mutuel des astres. Ce sont là des connaissances indispensables à tout homme et surtout au futur gueirier, qui devra savoir dénombrer ses sold.its, construire et mesurer un camp, et souvent guider sa marche d'après les astres; mais, pour le> acquérir, il n'est pas besoin de science proprement dite ; des procédés pratiques sulTisent, et, chose intéres-

sante à noter ici, les procédés d'enseignement que recommande Platon ne seraient pas désavoués par nos pédagogues modernes : « On commencera par les exercer, en jouant, aux petits calculs inventés pour les enfants, et qui consistent, soit à partager également, tantôt emre plus, tantôt entre moins de leurs camarades, un certain nombre de pommes ou de couronnes; soit à leur distribuer successivement, et par la voie du sort, dans leurs exercices de lutte et de pugilat, les rôles de lutteur pair ou impair; soit à mêler ensemble des petites fioles d'or, d'argent, d'airain et d'autres matières semblables, en sorte qu'on les oblige, en les amusant, de recourir à la science des nombres. »

De seize à vingt ans, l'adolescent complète son éducation guerrière par la chasse et par la vue des combats.

Garçons et filles, avons-nous dit plus haut, reçoivent la même éducation. De trois à six ans, ils sont en commun; à partir de six ans, les deux sexes sont séparés, mais ils suivent des exercices semblables. C'est là un point d'autant plus intéressant à noter que dans ce premier degré de l'enseignement, le but à atteindre est la formation de guerriers solides et valeureux. Voici par quelles raisons Platon essaie de justifier, dans les Lois, l'identité de l'éducation des deux sexes : « S'il arrivait que des ennemis du dehors, soit grecs, soit barbares, vinssent à fondre sur l'Etat avec de grandes forces, et missent tout le monde dans la nécessité de combattre pour ses propres foyers, ne serait-ce pas un grand vice dans le gouvernement, si les femmes y étaient si mal élevées qu'elles ne fussent point disposées à mourir et à s'exposer aux plus grands dangers pour le salut de la patrie, comme nous voyons les oiseaux combattre pour leurs petits contre les animaux les plus féroces; et qu'à la moindre alarme, elles courussent se réfugier dans les temples pour y embrasser les autels et les statues des dieux, imprimant par là à l'espèce humaine cette tache de le faire regarder comme plus lâche qu'aucune autre espèce d'animaux. » En un mot, pourquoi la femme de l'Athénien ne combattrait-elle pas, puisque la femelle de l'animal combat?

L'éducation du premier degré forme des guerriers. Parmi les jeunes gens de vingt ans qui ont été soumis à l'entraînement que nous avons décrit, les chefs de l'État choisissent les meilleurs, ceux dont l'âme a manifesté les penchants les plus nobles, et les aptitudes les plus sérieuses pour la philosophie. Cette élite seule recevra l'éducation du second degré ; c'est d'elle que sortiront les futurs magistrats de la cité.

L'enseignement du premier degré avait été religieux ; c'est dans les lieux consacrés aux dieux que les petits enfants se réunissent; ce sont des M hymnes en l'honneur des dieux que chantent les ^ adolescents. L'enseignement du second degré sera exclusivement scientifique; l'idée de Dieu n'en sera pas bannie, mais ce sera le Dieu de la phi- M losophie ; le Dieu conçu par l'esprit humain f comme la raison suprême de l'univers, et non pas ces dieux auxquels les hommes ont élevé des autels, et que servent des prêtres. La pensée de Platon est d'enlever à la religion et aux prêtres la direction de la cité, pour la donner à la science et aux philosophes. Le futur magistrat n'entendra plus, à partir de vingt ans, aucune des fables chantées par les poètes; il s'appliquera tout entier à la connaissance de la vérité.

La vérité, nous l'avons vu, c'est l'ensemble des idées, le monde intelligible, dont le monde sensible est seulement l'ombre et la copie. Ce monde, il est donné au seul philosophe de le contempler par l'œil de la raison. C'est donc à l'étude de la philosophie que doivent se former les futurs magistrats. Mais la dialectique, ou mé-

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