‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 272 sur 573 · XLIV. Sagesse. N"' 3 et · texte numérisé non relu

XLIV. Sagesse. N"' 3 et

Je voudrais surtout que, dans les écoles normales, la lecture et la récitation des poètes, ainsi jugés, discernés, expliqués, occupassent une place plus grande dans l'emploi du temps, que l'on encourageât les jeunes gens à s'enchanter volontairement, dans leurs loisirs des dimanches ou des vacances, de longs poèmes ou morceaux de poèmes appris par cœur, et qu'enfin ils emportassent de l'école une ample provision de ces souvenirs, inutiles sans doute pour les brevets de capacité, mais destinés à être le sel caché de leur vie. Quoi de plus naturel que d'instituer des réunions hebdomadaires, le dimanche soir par exemple, où directeurs, maîtres, élèves, se donneraient le plaisir d'écouter ceux ou celles qui auraient préparé quelque belle page à lire ou à réciter. Ne vous semble-t-il pas qu'une si noble distraction, entrecoupée de deux ou trois chœurs soigneusement exécutés, répandrait quelque charme sur toute la semaine, qu'elle tempérerait l'austérité monotone de la vie recluse, réglementée, toute vouée à l'étude? Ne vous semble-t-il pas surtout que ces jeunes esprits, en entendant d'autres voix que celles de la science et de leurs professeurs, s'ouvriraient sous les meilleurs auspices à ce monde de l'âme et des sentiments humains que la science méthodique ne fait point connaître et qui sera pourtant leur domaine propre, puisqu'enfin c'est le vrai domaine de l'éducation ?

Après cette initiation, les maîtres et les maltresses sauraient à leur tour initier et guider leurs jeunes élèves. La poésie, aidée du chant, deviendrait l'un des agents principaux de la culture morale, disons mieux, de la civilisation. C'est à l'ouie de cette « musique que tout homme porte en soi », autant et peut-être plus que par la morale didactique, plus à n'en pas douter que par l'arithmétique, la grammaire, l'histoire, les cléments de physique ou de chimie, Mue nos petits enfants, se dégrossissant, se polissant, dépouilleront de jour en jour l'animal, le sauvage, pour devenir peu à peu des hommes, capables de concevoir l'idéal, la règle et de s'y conforme •. Des lectures et des récitations fréquentes, des séances de fête, surtout l'exemple du maître lisant ou récitant lui-même avec goût et avec une émotion non feinte, voilà ce qui fera entrer la poésie dans les

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habitudes, dans les nécessités mômes du peuple. Alors seulement régaiité des classes sera près de s'accomplir par l'égalité de culture morale; alors la démocratie sera près de devenir une vérité, parce que la nation sera près d'avoir une môme âme.

L'art est un chant magnifique, Qui plaît aux cœurs pacifiques, Que la cité dit aux bois, Que l'homme dit à la femme, Que toutes les voix de l'âme Chantent en chœur à la fois.

(Victor Hugo, l'Art et le peuple.)

Dès à présent l'œil qui s'élève

Voit distinctement ce beau rêve,

Qui sera le réel un jour :

Car Dieu dénoiira toute chaîne,

Car le passé s'appelle haine,

Et l'avenir se nomme amour.

(VicToii Hugo, Lux.)

[Félix Pécaut.] rOlTOU. — La province de Poitou a formé les départements de la Vienne, des Doux-Sèvres et de la Vendée.

Au premier siècle de notre ère, la ville de Poitiers était renommée pour ses écoles. Les Romains, qui avaient introduit en Gaule leur langue et leur civilisation, avaient établi dans la capitale des Pictons une de leurs grandes écoles. On y enseignait aux frais de l'Etat la grammaire et la rhoiorique, et plus tard, vers le iv^ siècle, la philosophie. On cite, parmi les professeurs de l'école, de Poitiers, Rufus et Ammonius. Saint Hilaire, Paulin, Maxencc, qui peuvent être comptés parmi les hommes les plus remarquables de cette époque, étudièrent h Poitiers. Cette école, comme toutes celles qui fleurirent dans la Gaule sous la domination romaine, disparut sans doute au moment de l'invasion des Barbares, mais les monastères, qui devaient être au moyen âge le refuge et foyer de l'instruction, étaient déjà nombreux à cette époque dans l'ancienne Gaule. Il ne faut pas prendre à la lettre les paroles de Rutilius Numatianus, un poète latin originaire de Poitiers, qui prétend que, dès le v^ siècle, la société était envahie par les moines. Ce qui paraît certain, c'est que les traditions léguées par les écoles civiles de Poitiers furent recueillies dans les monastères de la province, principalement à Ligugô et à l'école épiscopale fondée par saint Hilaire. Le poète Fortunat, devenu évoque de Poitiers, donna un nouveau lustre à l'école épiscopale, qui compta parmi ses élèves saint Léger, l'adversaire politique du maire du palais Ebroin. L'école du monastère de saint Hilaire brilla aussi du plus vif éclat du temps de l'évoque Ansoald. Elle était alors dirigée par le moine Ansfrid, que l'on représente comme un homme d'un grand savoir. Parmi les hommes remarquables sortis de cette école, on cite saint Aicadre, qui fut abbé de Jumièges. Les autres monastères du diocèse de Poitiers possédaient aussi des écoles, dont les plus célèbres furent celles d'Ansion, aujourd'hui Saint-Jouin des Marnes, et de Ligugé. On y donnait l'instruction, non seulement aux membres de la congrégation, mais encore à un certain nombre déjeunes gens qui étaient élevés dans l'intérieur du monastère. Un ouvrage écrit à Ligugé, le plus ancien des monastères de la Gaule, porte à croire que la bibliothèque renfermait presque tous les ouvrages des Pères grecs et latins.

Les agitations qui accompagnèrent le démembrement de l'empire de Charlemagne, les invasions des Normands, amenèrent assurément dans le Poitou comme dans toutes les autres provinces la décadenre des études : elles ne commencèrent à refleurir que sous Guillaume V, comte de Poitou. Ce prince établit, dit-on, dans son palais une

écolo et attira h. sa cour un grand nombre de savants. Mais c'est surtout h partir de Guillaume IX que la culture des lettres fut en honneur eu loitou. Jusque-là tous les ouvrages avaient été écrits en laiin; plusieurs seigneurs composèrent en langue romane des lais, des sirvenies et des tensons. La protection qui fut accordée aux savants par tous les comtes du Poitou dut nécessairement favoriser les études.

Univei-sité de Poitiers. — Si Poitiers eut plDS tardivement que beaucoup d'autres villes une université, c'est-à-dire une corporation enseignante jouissant de privilèges spéciaux, la ville n'en possédait pas moins déjà des écoles importantes. Jean Bouchet, dans les chroniques d'Aquitaine, dit que dès le xiv« siècle, à Poitiers, « il y avoit eu assemblée et nombre de docteurs et escoliers qui faisoient université, comme il appert par lettres du roy Jean, qui manda aux église, université et habiians de Poitiers recevoir Edouard, prince de Galles, pour prince de Poitou. »

La guerre de Cent ans fut la cause directe de la fondation de deux universités. A peine maîtres de la Normandie, les Anglais avaient, dès 1447, jeté le? fondements d'une université à Caen pour empêcheiles jeunes gens de la province d'aller étudier à Paris. Ils n'espéraient pas alors s'emparer de la capitale de la France; mais lorsque Paris lut tombé entre leurs mains par suite de circonstances malheureuses, le roi Charles VII, qui avait transporté à Poitiers sa cour de parlement, voulut y organiser une université. Il fit des démarches très actives auprès du pape pour obtenir celte création. Eugène IV se rendit à son désir, et par une bulle du 29 mai 1431, dans laquelle il constate que la ville de Poitiers avait été désignée autrefois pour être le siège d'un semblable établissement, « locum alias pro hujusmodi erectione studii prœlectum, nptum et idoneum fore comperimus », il érigea ses écoles en université et lui accorda les mêmes privilèges qu'à celle de Toulouse. Par la même bulle, il nomma le trésorier du chapitre de Saint-Hilaire chancelier né de la nouvelle université. Charles VII s'empressa de confirmer la bulle du pape, et il octroya à l'université de Poitiers les mêmes droits et privilèges qu'aux universités de Paris, Toulouse, Angers et Montpellier. Il désigna en même temps le lieutenant général de la sénéchaussée de Puiiiers comme conservateur des privilèges royaux : plus tard l'université fit reconnaître l'abbé de Montierneuf en qualité de conservateur des privilèges apostoliques.

L'université de Poitiers, installée au couvent des frères prêcheurs, fut divisée en quatre nations : France, Aquitaine, Berry et Touraine, et eut, dès le principe, un enseignement comf)let, c'est-à-dire qu'elle comprit les cinq facultés de théologie, de décrets (droit canonique), de lois (droit civil;, de médecine, et des arts. Elle avait à sa tête un recteur, chaque nation un procureur, et chaque faculté un doyen. Le recteur n'était pas comme aujourd'hui un représentant du pouvoir central; il était élu pour un an par un délégué de chaque nation que l'on appelait « entrant >>, parce que seul il avait le droii de pénétrer dans la salle où se faisait l'élection. L'habitude s'introduisit de prendre tour à tour le recteur dans chacune des facultés, de sorte que chaque professeur arrivait successivement au rectorat par rang d'ancienneté. Le premier recteur fut maître Jean Lambert, professeur de théologie.

Au moment de sa fondation, l'univcrsue avait très peu de ressources, ce qui no l'enipêcha pas de s'organiser à l'instar des autres universités et de nommer un notaire, deux libraires, deux parcheminiers huit bedeaux ,uu pour chauuc faculté

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et chaque natioiij, un procureur général, deux avocats et deux procureurs en la cour du parleninnt, un procureur en la cour du conservateur laïiiue de ses privilèges. Toutefois, « attendu la rareté des escoliers et pauvreté de l'université, il fut décidé que, la première année, les bedeaux des nations devraient se contenter des exemptions et privilèges de ladite université ».

Comme l'université créée à Poitiers ne devait pas profiter seulement h cette ville, mais au Poitou tout entier, à l'Aunis et à la Sainionge, on s'empressa de réclamer le concours pécuniaire du maire et des habitants de la Rochelle, des évoques et du clergé de Saintes, de Maillezais et de Luçon.On édicta en même temps divers règlements pour assurer la bonne réputation de l'université, entre autres que « dorénavant les estudians tant religieux qu'autres chemineroient honestement avec habits décens tant allant par la ville que venant aux escoles, aux congrégations générales et autres actes de ladite université ». On décida aussi que « la faculté des lois en ladite université se gouvcrneroit à la manière de lestude fameuse d'Orlé.ins ». A la fin du xv^ siècle, cette faculté comptat déjà parmi ses professeurs un jurisconsulte renommé, Elle Régnier. Dans les deux siècles suivants, les professeurs Robert et Bonaventure Irland, François Lanson, François Maynard et leurs doctes collègues, attirèrent h Poitiers une foule d'étudiants. Robert Irland, qui professa près de soixante ans, compte parmi ses élèves le savant Baron, qui lui a dédié son Economie des Pandectes, Roaldez, qui fut une des lumières de la jurisprudence au xvi« siècle, Philippe Hurault, comte de Chiverny, chancelier de France, Achille de Harlay, président du parlement, Barnabe Brisson, etc.

Les troubles religieux qui agitèrent le Poitou au xvi<î siècle eurent leur contre-coup dans l'université de Poitiers. Toutefois les protestants continuèrent à y prendre des grades. Mais au siècle suivant le chapitre de Saint-Pierre, sur la proposition de l'évêque, arrêta en 1639, bien avant la revocation de l'édit de INantes, « qu'on romproit avec la mauvaise coutume qui s'étoit glissée de laisser les hérétiques faire des actes et recevoir des degrés dans l'église de Poitiers ». Le bâtonnier fut chargé de notifier cette décision « à Messieurs les docteurs de théologie, de droit et de médecine et au scribe de l'université, afin qu'il n'en puissent prétendre cause d'ignorance ».

L'enseignement de l'université subit aussi peu à peu de profondes modifications. A la fin du xviiie siècle, la faculté de théologie n'avait plus d'enseignement direct ries étudiants suivaient à leur gré les cours du collège Sainte-Marthe ou ceux du couvent des jacobins, qui avait été agrégé à l'université. Les huit professeurs de théologie se contentaient de conférer des grades après avoir fait subir aux candidats des épreuves publiques.

La faculté de droit avait par contre un enseignement propre. Au xviii'^ siècle, les cours ne se faisaient plus comme dans le principe au couvent des jacobins, mais dans une salle spéciale qui est devenue, après la Révolution, la grande salle de riiôtel de ville. Cinq professeurs et quatre docteurs agrégés donnaient, en 1772, l'enseignement aux étudiants qui voulaient suivre les cours.

La faculté de médecine eut aussi pendant longtemps des cours réguliers et suivis. Les professeurs s'efl"orcèrent de mettre leur enseignement en rapport avec les progrès de la science. Une lettre adressée à Sully prouve qu'ils avaient à cœur de fournir à leurs élèves toutes les ressources nécessaires à leur instruction. Ils lui demandaient d'établir à Poitiers « un jardin royal pour les simples, un théâtre poui* les démonstrations anato-

miques et une galerie pour retirer toutes les raretés et singularités de nature ». Du reste la faculté compta parmi ses professeurs quelques hommes célèbres, tels que Pierre Milon, premier médecin de Henri IV et de Louis XIII, François Carré, herboriste des plus distingués. Mais au xviiic siècle, longtemps avant le décret qui la supprima, elle avait cessé de faire des cours ; elle n'avait plus qu'un simulacre d'enseignement médical. Vers 1612 la faculté de médecine de Poitiers comptait douze professeurs; le doyen Milon fit graver leurs noms et leurs armes sur la grande masse d'argent qui fut faite à cette époque ; mais en 1772, elle n'en avait plus que huit. Ceux-ci ne conféraient plus des grades proprement dits; ils exerçaient la médecine à Poitiers, après avoir été reçus docteurs dans d'autres universités. Toutefois, comme un arrêt du parlement rendu au xvie siècle portait que nul médecin étranger ne pouvait pratiquer à Poitiers, à moins de subir les épreuves exigées par les statuts de la faculté, tout docteur qui voulait s'établir dans cette ville était obligé de soutenir une thèse publique dans une des salles des jacobins.

La faculté des arts avait eu, dans le principe, comme les autres facultés, des cours publics dans le couvent des frères prêcheurs, mais plus tard son enseignement se confondit avec celui du collège Sainte-Marthe. En vertu d'un arrêt du parlement, la faculté se composa du principal du collège, des deux professeurs de philosophie et de celui de rhétorique. Les élèves qui avaient suivi les deux cours de philosophie du collège, c'est-à-dire étudié la logique, la métaphysique et les éléments de la physique, obtenaient, à la fin de la deuxième année, après la soutenance d'une thèse coUeciive, le diplôme de maîtres èsarts, qui était nécessaire pour prendre des grades en théologie, en droit et en médecine.

L'université de Poitiers subit le sort de toutes les universités provinciales : elle fut supprimée en 17 92.

Collèges. — Pendant nombre d'années les professeurs des dilTérentes facultés donnèrent seuls à Poitiers l'enseignement supérieur et secondaire, pour nous servir des expressions employées aujourd'hui. Les cours avaient lieu au couvent des jacobins, qui était agrégé à l'université, et les étudiants se logeaient en ville comme ils pouvaient. Mais, vers la fin du xv^ siècle, cinquante ans à peine après la fondation de l'université, on commença, à l'instar de ce qui s'était pratiqué à Paris et ailleurs, à fonder des collèges où un certain nombre d'écoliers vivaient en commun au moyen de legs et d'autres donations. Ces établissements continuèrent d'envoyer leurs élèves aux cours de l'université; mais ils se rendirent par degrés plus ou moins indépendants. Us ne reçurent plus seulement des boursiers, mais aussi des pensionnaires, et ils eurent des professeurs particuliers. Gomme ils embrassaient l'éducation dans toute son étendue, depuis renfance jusqu'à l'âge viril, ils eurent la plus grande influence sur l'instruction publique.

Des collèges s'ouvrirent non seulement à Poitiers, siège de l'université, mais dans toutes les villes quelque peu importantes du Poitou. On ne pouvait pas faire des études complètes dans tous ces collèges, mais les enfants, après y avoir étudie les premiers rudiments du latin, allaient terminer leurs études dans des établissements plus importants, à Poitiers par exemple, où les classes de rhétori(iue et de philosophie furent toujours plus nombreuses que les classes inférieures. Les familles trouvaient un grand avantage à cette nouvelle organisation.

La seule ville de Poitiers a possédé jusqu'à sept collèges : ceux de Certani des Morèaux, cl. Agé-

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liasis, de Saint-Pierre ou des Deux-Frères, de Montanaris, de Puygarreau et de Sainte-Marthe. Ces trois derniers formèrent au xvii« siècle le collège royal des jésuites.

Il nous reste peu de documents sur les collèges de Certani et des Moreaux. Si l'on en croit un mémoire publié par les jacobins en 1720, celui des Moreaux ne fut jamais important.

Le collège de Gcleasis ou d'Agéliasis fut fondé vers 1509 par Pierre de Sacierge, évoque de Luçon. Il était situé au bas de la Grande-Rue, paroisse Saint-Savin. En 1522, Nicolas Turquand, avocat au parlement, fonda huit bourses dans ce collège, qui reçut encore, en 15(55, une autre donation. Ce qui n'empôcha pas les échevins de la ville, dont il devint la propriété, d'en abandonner les bâtiments (1593) aux religieux minimes, qui les conservèrent jusqu'à la Révolution.

Le collège de Saint-Pierre ou des Deux-Frères fut fondé, en 1503, par Pierre de la Coussaie, chanoine de Luçon, et par son frère. Il était situé au coin de la rue Saint-Maixent. Leurs héritiers cédèrent à la ville, en 1706, leurs droits sur ce collège, mais ii ne fut point absorbé par le grand établissement des jésuites; il continua à dépendre directement de la faculté des arts.

Le collège de Notre-Dame do Montanaris fut fondé à l'angle de la rue de l'Ancienne-Comédie et de la rue d'Enfer, par Antoine de Montanaris, docteur en médecine et curé de Romagne. Cet établissement devait avoir un prieur et sept collégiens, dont trois prêtres et quatre jeunes laïques, tous étudiants en droit civil et canon. Ils étaient nommés par le fondateur ou le principal héritier de sa maison. Celui-ci vendit tous ses droits à la ville, qui, en 1607, les céda aux jésuites, sous la réserve expresse qu'ils lui reviendraient si jamais la Société était dissoute.

En 1478, Françoise Gillier, dame de Puygarreau, veuve de Jean Bardin, conseiller au parlement de Paris, fonda un collège à Poitiers. Ce collège devait avoir « un maître et prieur et huit boursiers, dont un principal, un receveur et six pauvres écoliers ». Trois étaient étudiants es arts et trois en théologie. La fondatrice donna pour chacun 100 livres tournois en argent ou en denrées, des livres, etc. En 1C06, on ne faisait plus d'exercices au collège de Puygarreau. Les jésuites en profitèrent pour se l'approprier. Ils obtinrent, en 1608, des officiers de la sénéchaussée la permission d'y ouvrir provisoirement leurs classes. On ne tint aucun compte de l'opposition du seigneur de Puygarreau. Les jésuites parvinrent même (1657) à se rendre définitivement maîtres de ce collège en se ménageant le consentement du principal et Tassentiment du marquis de Puygarreau, lieutenant général du roi à Toul. Louis XIV approuva le contrat d'union aux conditions inscrites dans l'acte de fondation du 7 avril 1478. Les jésuites tinrent un pensionnat à Puygarreau, sous l'autorité de l'un d'entre eux qui avait le nom de principal. Ils y recevaient de cent à cent soixante élèves originaires des provinces éloignées.

Le collège de Sainte-Marthe, qui était appelé à devenir l'établissement le plus important de Poitiers, fut fondé, en 1522, par Antoine Gironnet et sa femme Théodebalde Giraut. 11 tira son nom d'une aumônerie qui y touchait. Dans le principe il devait être composé de douze personnes : d'un principal, un chapelain, un procureur-syndic et neuf boursiers, trois en grammaire, trois es arts et trois en théologie. En 1605 les bâtiments étaient ' en mauvais état; Jérôme Perrin, descendant du fondateur, abandonna, pour se faire relever des ! condamnations portées contre lui, tous ses droits sur le collège aux officiers municipaux. Ceux-ci les cédèrent aux jésuites, à condition que s'ils venaient à quitter, « lesdites «choses retourneroient !

de plein droit auxdits sieurs maire, échevins et maison commune ».

Si l'on en croit une lettre de Geoffroy de Saint-Belin, évoque de Poitiers, insérée, dit Thibeaudeau, dans la première édition des mémoires de Sully, l'instruction était donnée dans de bonnes conditions ù Poitiers à l'arrivée des jcsuites. « Il y avoit dans notre ville un trca bon collège garni d aussi doctes régents qu'on eust pu le désirer; mais comme il fust parlé des pères jésuites, on prit incontinent telles espérances de leurs promesses que, [)Our leur faire place, tous les collèges lurent abandonnés par l'artifice de ceux qui favorisoient le dessein de leur ér.;ibliosement. » Cet établissement du reste ne se fit pas sans difficultés. Les habitants de Poitiers, qui avaient semblé désirer les jésuites, ne tardèrent pas à revenir de leur empressement. Le roi luimême dut intervenir en leur faveur. Enfin, après deux ans de pourparlers, on leur livra trois collèges qu'ils restaurèrent complètement au moyen des dons du roi, du clergé, du corps de ville et de souscriptions particuIicTes.

Le collège Sainie-Marthe ne tarda pas à devenir florissant sous la direction des jésuites : de nombreux élèves vinrent y étudier la grammaire, les humanités, la philosophie et même, à partirde 163i), la théologie. En vain la faculté s'opposa à la dotation de deux chaires faite par Jean Bardin, président en la cour des comptes de Boni-sogne, pour l'enseignement de la théologie au collège de Sainte- Marthe. Louis XIV l'approuva et la confirma par lettres patentes données en 1652. Un rapport de Colbert de Croisy, maître des requêtes, départi pour l'exécution des ordres du roi dans la gcûéralité de Poitiers, fait connaître d'une manière très précise la situation du collège de Sainte- Marthe en 1664. u La maison et collège des jésuites est le plus beau bâtiment et la plus belle église de Poitiers. Ils ont 30 000 livres de rente en bons bénéfices de la province qui leur ont été annexés par leroy, savoir : Ligugé, de 12000 livres de rente; le prieuré de Notre-Dame de Loudun, 6000 livres de rente; Pramproux, 6000 livres de rente; Comblé, 500 livres, et autres qui sont tous de l'ordre de Saint-Benoît. Plus, ils ont du roy 3 000 livres de rente à prendre sur la recette générale de Poitiers. Ils ont soixante religieux, compris deux professeurs de théologie, deux de philosophie et deux de rhétorique. Ils ont d'ordinaire douze cens écoliers dans leur collège, lequel est de la province de Bordeaux. » Les jésuites s'agrandirent encore par l'établissement à Poitiers, en 1674, des jésuites irlandais, de sorte qu'en 1761, iJs avaient quatre-vingt-neuf religieux dans leurs trois maisons. A cette époque, si l'on s'en rapporte aux comptes rendus au provincial par le recteur et le procureur, les revenus du collège Sainte-Marthe s'élevaient à 33 974 livres 12 sous, et les charges à 17 117 livres S sous 4 deniers.

Lorsque les jésuites furent dispersés en 17G2, leurs biens furent administrés par des économes sé(iuestres et les revenus employés à l'entretien du collège. Les professeurs furent tirés du clergé séculier : le personnel enseignant se composa, comme auparavant, d'un principal, de deux professeurs de philosophie, l'un pour la philosophie proprement dite et l'autre pour la physique, d'un professeur de rhétorique, et ainsi de suite jusqu'à la cinquième inclusivement. La sixième existait, mais, comme elle n'avait pas été fondée, les externes, qui suivaient les autres cours gratuitement, devaient payer 24 livres. Le traitement dJ principal était, en 1786, de 2 100 livres, et celui des professeurs variait entre lOOJ et 800 livres.

Dans la seconde moitié du xviii» siècle, le collège de Sainte-Marthe était loin d'être aussi florissant qu'au siècle précédent. La création d'un

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collège à Niort et dans plusieurs autres villes lui avait fait perdre beaucoup d'élèves. 11 n'en comptait plus que quatre cents en 1789, dont quarante internes au plus. Le prix de la pension de ces derniers était de 400 livres, mais ils devaient en plus 20 livres une fois payées pour le lit, 30 livres pour le perruquier et la blanchisseuse, 12 livres pour le feu. Ils étaient obligés en outre de se fournir d'un couvert d'argent, de quatre draps de lit et d'une douzaine de serviettes. Le latin était la base de l'enseignement, le reste n'était qu'un accessoire. Les classes duraient deux heures, excepté en philosophie et en théologie, où elles étaient seulement d'une heure et demie. Les salles n'étaient point chauffées et ne contenaient que des bancs sans supports pour écrire. Les punitions étaient les pensums, la mise à genoux, les férules distribuées par le professeur, la discipline et le fouet appliquée par le portier. La férule consistait en une espèce de semelle de cuir d'un doigt d'épaisseur, et la discipline, en un assemblage de cordes nouées réunies autour d'un manche de bois. Les pensionnaires étaient soumis pour la discipline intérieure à toutes les punition usitées dans les classes. Il y avait même en plus, pour eux, le petit couvert, table particulière et sans nappe placée au milieu du réfectoire, et la pénitence, qui obligeait l'élève puni à rester tout ou partie de la récréation seul dans un coin, assis, debout ou à genoux selon la gravité du cas.

Le collège de Sainte-Marthe fut toujours l'établissement le plus florissant du Poitou, mais les collèges de Fontenay-le-Corate, de Niort, de Melle, de Thouars, de Parthenay, de Saint-Maixent, de Loudun, de Luçon, de Richelieu, de Montmoriilon et de Montaigu, quoique moins importants et fondés à une époque beaucoup plus récente, méritent cependant une mention.

Michel Brisson, receveur des tailles à Montreuil-Bellay, laissa en 1620 tous ses biens meubles et acquêts aux jésuites, à condition qu'ils fonderaient un collège à Fontenay-le-Corate, sa ville natale. Fontenay, qui avait déjà vu naître André Tiraqueau, Barnabe Brisson et le célèbre mathématicien Viette, avait une certaine importance comme capitale du Bas-Poitou ; elle désirait depuis longtemps un collège. Aussi le corps de ville intervint-il au procès que les héritiers de Michel Brisson intentèrent aux jésuites. Il voulut même contribuer à doter le nouvel établissement. Mais ce dernier n'eut jamais l'importance de celui de Sainte-Marthe à Poitiers. En 1644, d'après le rapport de Colbert de Groisy cité plus haut, le collège des jésuites de Fontenay ne contenait que trois classes, la quatrième, la troisième et la seconde, et huit religieux en tout. Au siècle suivant, il y avait quatorze religieux et on y enseignait les humanités et la philosophie; mais, si l'on en croit un rapport de nSO sur l'élection de Fontenay, il y avait peu d'élèves dans ce collège. D'après les états dressés au moment du départ des jésuites, les revenus étaient en 1762de7 9ôO livres 10 sols, et les dépenses de 6899 livres. Le collège de Fontenay survécut comme celui de Sainte-Marthe à la dispersion des jésuites. En vertu d'un concordat signé parle ^ corps de ville avec l'université de Poitiers, celle- \ ci s'engagea à fournir des régents, à condition que ' les traitements seraient de 800 livres pour la philosophie et la rhétorique, de 600 livres pour la seconde et la troisième, et de 500 livres pour la ^ quatrième et la cinquième. i

Niort, ville considérable du Poitou et aujour- j d'hui chef-lieu du département des Deux-Sèvres, j fut dépourvue de tout établissement d'instruction i secondaire jusqu'en 1717. Les habitants étaient j obligés d'envoyer leurs enfants étudier dans une : autre ville. Par une délibération prise en 1717, les échcvins demandèrent aux prêtres de l'Oratoire, \

fixés à Niort depuis un siècle, d'y établir un collège. Ceux-ci acceptèrent la proposition sous condition que la ville leur accorderait une subvention annuelle de 2400 livres pour le traitement de sept régents et d'un préfet des études. Dans le principe, il n'y eut que trois classes. La ville ayant consenti à augmenter sa dotation de 300 livres, on en créa une quatrième en 1731. Cet établissement fut un moment florissant; il eut avant la guerre de Sept ans jusqu'à deux cents quatrevingts élèves; mais les lourdes charges qui 1 pesèrent depuis sur la population de la France ; provoquèrent un temps d'arrêt dans le développement du collège; le nombre des élèves tomba jusqu'à deux cents et même à cent cinquante. En 1780, après plusieurs années de vives réclamations, le traitement du préfet et des professeurs fut porté parle corps de ville à 600 livres. Le collège cessa d'exister en 1792, lorsque la congrégation de l'Oratoire fut supprimée.

! En 1673, Barillon, évêque de Luçon, fit ajouter deux ailes à son grand séminaire pour y établir un petit séminaire ou collège, qui reçut des élèves qui j ne se destinaient point à l'état ecclésiastique. Six professeurs y enseignaient la grammaire latine, I les humanités et la philosophie. Cet établissement, I dirigé par des lazaristes, avait des revenus dont une partie était affectée à des bourses qui étaient 1 données indififéremment aux jeunes gens qui vou- I laient se livrer aux études civiles et à ceux qui I préféraient les études théologiques. (Rapport de Gilbert Romme à la Convention.) I Par son testament, en date du 22 mars 1623, Joseph Desfontaines, originaire de Champagne et médecin à Melle, légua aux habitants et au consistoire de l'église réformée de cette ville sa maison assise près des fossés du cliàteau, pour y installer un collège qu'il dota de plusieurs métairies. Ce nouvel établissement s'ouvrit en 1627 avec deux régents choisis par les habitants. Le principal fut régent pour le latin et un autre régent enseigna la langue française, l'écriture et l'arithmétique. Un ou deux élèves choisis par les habitants furent, d'après les clauses du testament, boursiers du collège, et les enfants pauvres purent suivre les cours sans payer. Cet établissement n'eut qu'un petit nombre d'élèves, mais, comme il était dirigé par des laïques, il fut un des rares collèges qui restèrent ouverts durant la Révolution. Si les domaines furent vendus comme biens nationaux, les bâtiments mêmes du collège ne changèrent point de destination. En 1698, d'après un mémoire de l'intendant Maupou de l'Ableiges, le collège de Melle valait 250 livres de revenus.

Le même mémoire constate qu'à cette date de 1698 « il y a à Thouars un collège pour les humanités où il n'y a qu'un régent qui a 150 livres de revenu ». Ce collège avait été fondé en 1590 par Claude de la Trémouille, duc de Thouars, qui avait donné au principal une prébende au château. En 1723, le traitement de celui-ci se composait, en plus de cette prébende qui rapportait 50 livres, de 150 livres sur les deniers de l'octroi. Le principal était en outre logé aux frais de la ville, à l'hôtel de Montfermier, que l'on avait arrenté pour 47 livres. Le collège fut transféré en 1752 dans .j| l'ancien couvent des Clairettes. A cette époque on ■ y enseignait le latin, les mathématiques, la géographie et l'histoire. Les élèves n'y étaient reçus que depuis l'âge de six ans jusqu'à quatorze; ils y étaient logés, nourris, instruits, fournis de linge, à l'exception de celui de corps, pour 280 livres. Les externes payaient 30 sols par mois pour toute rétribution. En 1782, le collège avait quatre -vingt quatre pensionnaires et quarante externes, mais à cette époque il comptait, outre le principal, cinq régents qui recevaient pour traitement chacun 160 livres par an avec la nourriture et le logement.

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Saint-MaixcDt possédait aussi en 1698 (mémoire de Maupou do l'Ableiges) un collège de deux prôires. Ceux-ci jouissaient pour leur entretien de trois des chapelles de Sainie-Marie-Magdeleine. Il sortit de ce collège plusieurs bons écoliers qui purent entrer on rliétori(|ue et en pliilosopiiie à Poitiers. Plus tard les religieux bénédictins, qui tenaient le collège de Saint-Maixent, ne firent pas, bien qu'ils fussent alors au nombre de trois, dépasser la troisième à leurs élèves. En 1781), ceux-ci étaient environ quarante-cinq, tous externes.

En 1610, Guy Chauvet, avocat au parlement de Paris, donna l'argent nécessaire pour créer un collège à Loudun. Le patronnage, la direction et la conduite de ce collège furent reconnus à ses héritiers par arrêt de la Chambre de l'Edit du 3 août 1GI3. Outre les bâtiments dans lesquels il était établi, le collège possédait la seigneurie de Martigny-en-Mazant et la métairie de la Chauvetcrie. Les chanoines du chapitre de Sainte-Croix payèrent aussi au principal une somme de 60 livres jusqu'en 1759 et, à partir de cette époque, 300 livres.

Le petit collège de Montmorillon, fondé à la fin du xvii^ siècle, ne recevait que des externes. Il était dirigé par les augustins, qui exigeaient une rétribution de 3 livres par mois.

Le collège de Richelieu n'était pas beaucoup plus important que celui de Montmorillon.

Le collège de Châtellerault, (jui avait été établi au commencement du xyiii^ siècle dans un mauvais bâtiment dont le corps de ville et le chapitre de Notre-Dame se disputaient la propriété; ne recevait que des élèves delà ville. Moyennant une rétribution de 20 sols par mois, les enfants des familles bourgeoises y apprenaient les premiers rudiments du latin.

L'école de Montaigu peut aussi être regardée comme un colièce. Elle avait été fondée par les anciens seigneuis dès le xviie siècle. Un maître et deux sous-maîtres y enseignaient aux enfants du bourg les éléments de la langue latine en même temps que les rudiments de la lecture, de l'écriture et du calcul. Ils recevaient 300 livres pour instruire gratuitement les enfants pauvres. En 1793, au moment de Tinsurrection vendéenne, ce petit collège, qui avait compté parmi ses élèves Laréveillère-Lépeaux, avait vingt pensionnaires et une trentaine d'externes, y compris les pauvres qui suivaient gratuitement les cours.

Petites écoles. — La fondation des petites écoles se fit en Poitou de la même façon que dans le reste de la France, et leur destinée y fut soumise aux mêmes vicissitudes (V. France). Il suffira de rappeler ici les décrets du concile de Latran (1179), et l'institution des écolâtres, qui exerçaient leur juridiction sur les écoles soit d'une ville, soit d'un diocèse entier. L'ordonnance d'Orléans (1560) paraît avoir été le point de départ d'un mouvement de réorganisation de l'instruction populaire. Les luttes religieuses amenèrent le clergé catholique à surveiller de très près les petites écoles. L'édit de 1606 reconnut formellement aux curés le droit « d'approuver les régens, précepteurs ou maîtres d'école des petites villes et villages ». Il fut fait défense aux protestants, par un arrêt du parlement de Poitiers, du 16 septembre 1634, « de tenir escholles ou collèges sans permission du Roy vérifiée en ladite Cour ».

Le 7 janvier 1641, l'évêque de Poitiers, en vertu d une lettre du roi, qui l'invitait à interdire absolument les écoles où les garçons et les filles seraient reçus ensemble, fait « très expresses inhibitions et defl'enses à toutes sortes de personnes de l'un et de l'autre sexe dans toute l'étendue de son diocèse de recevoir dans leurs maisons garçons ou filles pour les instruire à lire, escrire ou au principe de la grammaire, sans avoir coranaru devant

i lui ou ceux qu'il voudra commettre pour être examinés et recevoir sa permission, »

Comme, malgré cette ordonnance « lue et publiée au prosne des grandes messes, plui'eurs personnes tant catholiques que de la religion prétendue réformée » continuent à tenir des écoles sans permission, le li'îutenant général du Poitou, M. de Sainte-Marthe, ordonne le 19 février 16il aux procureurs de rechercher les maîtres et maîtresses qui n'avaient point de permission d'enseigner, afin de les condamner à 100 livres d'amende.

Les ordonnances de Louis XIV, en 1G95 et 1698, achèvent la destruction des écoles protestantes et placent entièrement les petites écoles entre les mains du clergé. C'est en vertu de celte législation que les évoques du Poitou publièrent au xviii* siècle dans leurs statuts synodaux des ordonnances concernant les écoles chrétiennes, les maîtres et les maîtresses d'écoles.

Au chapitre XXIV des Ordonnances et statuts pour le diocèse de Luçon, intitulé les muitres et des maîtresses d'école, on lit ce qui suit :

« Nous défendons à toutes personnes de l'un et de l'autre sexe, domiciliées ou étrangères, de tenir école publique pour enseigner les enfants, dans aucune ville ou paroisse de notre diocèse, sans notre approbation par écrit : nous ne la donnerons à ceux qui se destinent à cet emploi, que sur l'assurance de leur capacité, et sur le témoignage que les curés nous rendront de leurs bonnes vie et mœurs. Enjoignons aux curés de s'opposer à quiconque s'ingérerait, sans notre approbation expresse, de faire cette fonction dans leurs paroisses, et de nous en donner avis.

» Enjoignons aux maîtres et maîtresses d'écoles, de commencer et de finir leur instruction par la prière qui se trouve dans le catéchisme du diocèse, pour le matin et pour le soir. Leur ordonnons de faire le catéchisme deux fois la semaine, le mercredi et le samedi, et de se servir de celui qui est imprimé à l'usage du diocèse.

» Pour apprendre à lire aux enfants, ils ne se serviront que de livres approuvés, soit d'histoire ou de piété, qu'ils représenteront aux curés pour s'assurer s'ils sont bons et convenables.

« Leur enjoignons d'avoir toutes sortes de déférence et de respect pour le curé de la paroisse, que nous chargeons de visiter leur école au moins tous les quinze jours, de veiller à y maintenir le bon ordre, et de nous informer tant de la conduite des maîtres et maîtresses que de l'éducation des enfants qu'ils instruisent.

» Ordonnons à tous les curés qui auraient dans leurs paroisses de nouveaux convertis, de veiller à ce qu'ils envoient leurs enfants aux dites écoles et aux instructions de la paroisse, et, dans le cas où ils s'en dispenseraient sans excuse légitime, de nous en donner avis, et même d'en informer le ministère public pour y être pourvu conformément aux ordonnances du roi à ce sujet. ■•>

Dans les Ordonyinnces et règlements syjiodaux du diocèse de lu Rochelle, on lit entre autres, au titre XVII° {Des écoles chrétiennes) :

« Les maîtres et maîtresses d'école auront toujours devant les yeux qu'ils sont principalement établis pour élever les enfants dans la piété, et pour leur apprendre à mener une vie tout à fait chrétienne; c'est pourquoi ils auront une application singulière à leur inspirer continuellement par leurs paroles et par leurs exemples des sentiments de piété et de religion, et surtout une horreur extrême de tout péché; ils veilleront sur leurs mœurs et s'appliqueront avec beaucoup do soin à leur faire éviter les mauvaises compagnies, et à les porter à ne fréquenter que des personnes sages et de bonnes mœurs; ils prendront garde aussi qu ils ne lisent pas de mauvais livres, tels que seraient des livres hérétiques ou des livres

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déshoimôtes, comme romans, comédies et semblables, mais ils leur en indiqueront de bons à la place, qui soient proportionnés à leur esprit et qui soient propres à leur insinuer et à leur faire goûter les pratiques de piété ; ils les porteront à être assidus aux divins offices de la paroisse, à assister aux instructions chrétiennes, à fréquenter les sacrements, à aimer à soulager les pauvres, et à avoir une tendre dévotion pour la très sainte Vierge.

» Ils se souviendront par dessus tout que, pour bien instruire et élever des enfants, il faut agir et parler avec eux comme avec des personnes avancées en âge, dont l'esprit et la raison seraient tout à fait formés; il n'est pas concevable combien grands sont les avantages que retirent les enfants de cette manière de les élever : on leur forme la raison en très peu de temps, on en fait des personnes sages et judicieuses; enfin on les accoutume à faire toutes leurs actions par la raison, non par passion, dans un âge auquel les passions n'étant pas encore si vives, on peut plus facilement les soumettre à la raison, ce qui est un bien qu'on ne saurait assez estimer.

» Comme l'établissement des petites écoles est très important et très propre à réformer les mœurs de toute une paroisse, les curés prendront un grand soin pour les soutenir; ils visiteront souvent les écoles de garçons et de filles, accompagnés de quelques personnes de piété; ils veilleront sur les vie, mœurs, doctrine et conduite des maîtres et maîtresses d'école, pour nous en rendre compte ; ils nous marqueront s'ils ne vont point au cabaret, s'ils évitent les jeux de hasard et les mauvaises compagnies, s'ils sont retenus et modestes dans leur extérieur, s'ils reçoivent les pauvres comme les riches ; ils nous informeront s'ils observent la manière que nous venons de marquer pour bien élever les enfants, en leur parlant et agissant avec eux comme avec des personnes avancées en âge et dont l'esprit serait tout à fait formé; s'ils ne les châtient que par raison et sans aucune aigreur, après les avoir avertis deux ou trois fois de leur faute; enfin ils nous rendront compte s'ils commencent leurs exercices par la prière, s'ils s'acquittent de leurs emplois avec des sentiments de piété et de religion, s'ils fréquentent les sacrements, si la doctrine des livres qu'ils font lire est orthodoxe, s'il n'y a rien d'impur et d'indécent, s'ils enseignent aux enfants le catéchisme comme il faut, s'ils les font prier Dieu le matin et le soir à genoux, b'ils les disposent à recevoir les sacrements, s'ils les font assister à la sainte messe tous les jours, et à la messe et aux vêpres toutes les fêtes et dimanches avec silence et modestie; s'ils leur inspirent la crainte de Dieu, le respect qu'ils doivent à leurs père et mère, et l'horreur du péché; enfin s'ils observent généralement tous les règlements que nous avons dressés pour les écoles de notre diocèse. »

Les écoles où le peuple recevait les premiers éléments de la lecture, de l'écriture et de l'arithmétique, peuvent être ramenées à trois espèces : les écoles abbatiales, les écoles de charité ou des pauvres, et les petites écoles proprement dites.

Les écoles abbatiales, qui existaient depuis des siècles eu Poitou dans les abbayes, les prieurés, les commanderies, subsistèrent en général jusqu'à la Révolution; nous en avons trouvé des traces nombreuses danj plusieurs localités. Les enfants des environs y recevaient gratuitement une instruction rudimentaire.

Les écoles de charité, qui leur sont postérieures, étaient destinées principalement par leurs fondateur sa l'instruction gratuite des enfants pauvres. C'est ainsi que M^'^ de Montespan, qui sur la fin de sa vie fit plusieurs fondations pieuses, insère dans l'acte de fondation de l'hospice d'Oiron

(Deux-Sèvres), en date du 3 juillet 1704, « que le chapelain doit être chargé de l'instruction générale des petits garçons, tant du dedans de la maison que de tous ceux du lieu, soit qu'il veuille en prendre la peine lui-même ou le faire faire par quelque autre maître d'école, qu'il commettra pour cela à ses dépens, mais dont il doit répondre, la rétribution de la maison étant à cette condition-là. Il y aura aussi une sœur qui sera chargée de l'instruction des petites filles du dedans de la maison ou de celles (^u dehors. Elle prendra pour cela des heures diff"érentes, laissant au choix de la supérieure dérégler le matin ou l'après-dînerpour les externes. »

Françoise du Puy-du-Fou, marquise douairière de Laval, avait également fondé par son testament du 1er avril 1686 une école au bourg de Cliey (Deux-Sèvres). « Elle donne et lègue 200 livres de rente pour la fondation qu'elle fait par le présent testament d'un maistre d'écolle qui sera entretenu pour l'instruction des nouveaux convertis et pauvres enfants à foy catholique et les apprendra à lire et à escrire et ce dans la terre de Chey, à prendre iceux 200 francs de rente sur les revenus de la dite terre. »

De même Pierre Gaubert, curé de Saint- Denis-la-Chevace (Vendée), donne par son testament du 17 novembre 16'J6 « la borderie de la Galfaudière acquise de Charles Faverault pour contribuer h, l'entretien d'une maîtresse d'école pour l'instruction de la jeunesse, particulièrement des filles do la paroisse, pour leur apprendre surtout les principes de la foi et les prières du soir et du matin, ce qu'elle fera gratis pour les pauvres, au moins trois fois la semaine; elle sera choisie et nommée par monseigneur l'évêque de Luçon, et comme il n'y a point encore de demeure assurée pour la loger, je laisse 200 livres pour en acheter une au cas que Dieu me retire de ce monde avant l'avoir fait. »

Le roi et les villes fondèrent aussi aux xvii» et xviii* siècles des écoles de cette espèce, surtout pour les filles. Ils les confièrent de préférence aux congrégations de femmes qui venaient d'être créées pour l'éducation des jeunes converties. Dans la seule ville de Poitiers, il y avait, en 1772, sept écoles de charité : deux en ville pour les garçons, à Saint-Germain et Saint-Porchaire, et cinq pour les filles, dont trois en ville dirigées par les dames de l'Union chrétienne, les ursulines et les filles Notre-Dame, et deux dans les faubourgs deMontbernage et de la Cueille-Mirebalaise tenues par les sœurs de la Sagesse.

Le droit de nommer les maîtres et les maîtresses des écoles de charité appartenait à ceux qui étaient désignés par le titre de fondation. Si cette désignation n'avait pas été faite, le droit de nommer revenait aux habitants de la paroisse où les écoles de charité étaient établies. Les écoles de charité étaient du reste soumises comme les petites écoles proprement dites aux prescriptions de l'édit de

Les petites écoles proprement dites étaient fondées, avec la permission de l'évêque, par de simples particuliers ou par les paroisses.

Voici la teneur de l'autorisation donnée le 4 décembre 1778 par l'évêque de Saintes à Barthélémy Tardy pour ouvrir une petite école à Vauneau (Deux-Sèvres) :

(( Germain de Chasteigner de la Châteigneraye, comte de Lyon, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Sièt;e apostolique, évêque et seigcur de Saintes, conseiller du roi en tous ses conseils, étant dûment informé des bonnes vie et mœurs, capacité et religion ca-tholique, aposto^ lique et romaine de Barthélémy Tardy, sacristain de la parofsse de Saint-Eutrope du Vauneau, en notre diocèse, nous l'avons approuvé et approu-

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vons par ces présentes pour tenir les petites écoles de garçons dans ladite paroisse, avec pouvoir d'enseigner à lire, à écrire, compter, calculer et le catéchisme imprimé pour l'usage de notre diocèse, îxondilion qu'il n'admette aucunes filles dans les dites écoles, et qu'il aura soin, au moins les dimanches et fêtes, de faire assister ses écoliers pour entendre le service divin et profiter des instructions qui s'y font, avec delTcnse à tous autres de s'immiscer au dit exercice sans lettres d'approbation à cet effet, sous les peines portées par la déclaration de Sa Majesté. »

Nous extrayons ce qui suit de l'acte de nomination d'un maître d'école dans la paroisse de Mouzeuil (Vendée) en l'an 1754:

« Aujourd'hui dimanche vingt-septyeme jour du mois de janvier mil sept cent cinquante-quatre, en l'assemblée convoquée au son de la cloche, à la manière accoutumée, par M. Louis Auger, laboureur et procureur, fabricqueur de l'église de Mouzeuil, assisté de Pierre-René Turpaud, prestre-curé de la dite paroisse ; lesquels à la sortie des vespres de la dite paroisse se sont transportés au-devant de la grande porte et principale entrée de la dite église. Où étant, à la plus grande affluance du peuple sortant d'y celles, ils ont déclarés aux dits habitants que le décès advenu de feu François Borgleteau, régent de la dite paroisse, il e?toit dangereux que les enfants d'y celles ne tombassent dans une grande ygnorance, soit pour le corporel, soit pour le spirituel,. à defiaut d'avoir de régent pour cultiver soit ce •qu'ils ont déjà appris du defifunt régent que pour les avancés en tous autres siances par celluy qui lui succédera. Et ne trouvant d'autres personnes plus propres pour cet employ, ny plus sage pour les régir, gouverner et conduire, que la personne de Laurent Appraillé, qui est un habitant de la dite paroisse par conséquent doit être privilégié à tous autres d'autant plus qu'il est allié de plusieurs principaux habitants d'y celle et que ses vie et moeurs doivent être connues d'y ceux dits habitants. C'est pourquoy les dits sieurs Turpaud, curé susdit, et ledit sieur Auger, fabricqueur, demandent conjointement l'avis des dits habitants pour l'élection dudit Appraillé pour faire les fonctions de régent en la dite paroisse au lieu et place dudit feu Borgleteau ; aux charges que iceliuy dit Appraillé assistera généralement à tous les services divins qui se feronts en ladite église, comme à la sainte messe, raattines et vespres, à tous enterrements et services, à la première réquisition du dit sieur curé mesme d'un seul coup de cloche; et mesme en l'absence des sacristains, d'assister le sieur curé aux malades ou d'y envoyer un clerc, comme aussi d'ynstruire la jeunesse à lire, écrire, à prier Dieu, et mesme d'aprandre le plain-chant lorsqu'ils en seront capables; et de faire dire depuis la Nostre-Dame de mars jusqu'à la Saint-Michel quatre leçons par jour, et depuis la Saint-Michel à la Nostre-Dame de mars trois leçons, de faire dire le catéchisme; ledit Appraillé, prcsant et acceptant ladite charge de régent, pour le temps et os bout de trois années, aux mêmes charges, clauses et conditions du cy devant régent, à la charge .de lui bailler et payer, par chacun an, la somme de soixante livres en argent, et cinquante boisseaux d*»- bled, moitiez froment moiiiez baillarge, futz et raz, mesure de Sainte-Hermine, le tout payable par quartier lequel commensera à courir du jour de demain vingt-huit de ce mois. Et sy au cas ledit Appraillé se met en son particulier, yl ne paiera que cinq soUes de taille. Outre le dit sieur curé et fabricqueur demandent auxdits habitants s'ils veulent permettre au dit Appraillé de faire le nombre de douze boisselées de .terre de la fabrique, auxquelles il payera ferme suivant l'adjudi- 1" Partie.

cation qui en a été faite et qui s'en fera à l'advenir ou d'autres terres d'ailleurs s'il mieux y n'ayme. Qui sont tous les gages que ledit sieur curé et ledit fabricqueur s'obligent de faire payer par chacun an audit Appraillé, et par quartier sur les revenus de la fabrique du dit lieu pendant le cours des dites trois années; lesquels payments seront portés en compte au dit fabricqueur sur les quittances qu'il produira des payments qu'il aura fait. »

Bien que nous ayons fait rechercher dans les archives de toutes les communes du Poitou les pièces relatives à l'instruction primaire avant la Révolution, il n'a pas toujours été possible de trouver des actes authentiques, alors même que l'on rencontrait des prouves incontestables de l'organisation des petites écoles. Cependant nous croyons pouvoir affirmer que les rapports de tous les régents avec le clergé étaient de môme nature que ceux qui sont imposés par son contrat à l'instituteur de Mouzeuil. Dans un grand nombre d'actes de l'état civil du xviii' siècle, on trouve, après la qualification de régent, celle de chantre ou sacristain. A Poitiers, presque toutes les petites écoles de garçons étaient tenues par de jeunes ecclésiastiques qui faisaient là leur temps de séminaire.

Résultats. — En plus de l'université de Poitiers, des collèges, des petites écoles, des écoles abbatiales et de charité, on avait fondé dans plusieurs villes du Poitou, à partir du xvii^ siècle, des couvents destinés à l'éducation des jeunes filles et priacipalement des nouvelles converties. Mais quels résultats avait produit, pour l'instruction générale du peuple, la création successive de tous ces établissements d'instruction ?

Afin de pouvoir répondre à cette question, nous avons fait relever, par les instituteurs de toutes les communes des départements de ix Vienne, de la Vendée et des Deux-Sèvres, la nombre des conjoints qui ont signé leur acte de mariage dans la période décennale qui s'étend de 1780 à 1790, et nous avons comparé le résultat avec celui de la période qui s'étend de 1S75 à 1883.

Voici ce que nous avons obtenu :

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