DEUX-SÈVRES
[lommes.
Femmes.
VIENNE
Hommes.
Femmes.
VENDÉE
Hommes.
Conjoints ayxnt signé leur acte de mariage de 1780 à 1790.
de 1875 à 1885.
Ces chiiTres, à notre avis, ont leur éloquence et peuvent se passer de commentaires; ils répondent victorieusement à bien des injustes critiques.
Principales sources. — Sources maîcdschitbs . — Archives départementales de Poitiers, Niort, la Roelie-sur- Von. •— ArchiTes commuaales des départements de la Vienne, de la Vendée et des Deui-Sèvres. — r.ol.'ection de pièces inédites réunies p.«r M. Dugast-Malifeux.
SouRCBS mpRiMBES. — Chronique d'Aquitaine, de Jkax BoucHET. — Bibliothcque historique et critique dn Poitou, dû Drbux-Duradibr. — Pièces diverses, publiées par Abraham Monnix. — Histoire du Poitou, de Tuibai dbac. — Ordonnances des rois de France. — Procès- verhaux de l'assemblée provinciale du Poitou en 1787. — Bulletin
loi
POLITESSE
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de la Société des atitiquaii'es de l'Ouest. — Souvenirs du vieux Poitiers, de Liuorlière. — Description du déparleinfut de la Vendée, de Cavoleau. — Histoire du monastère et des écèques de Luçon, par de la Fontb- KELLi: DK VAiiDonÉ. — ffistoire de Loudun, par Dumon- Tîun Di: LA Fond. — L'Oratoire et le Collège de Niort, par bouTEiLLBn. — Histoire de Parthenay, par Béli- ZAïRE Lbdaix. — Histoire de Thouars, par Beuthe de HouiiNissKAux. — Notice sur le collège de Melle, par
CalLIXTE SlJRRAULT.
[F. Faisant.]
POLITESSE. — La politesse est, à proprement pailer, l'art de vivre en société. Tandis que l'individu isolé, remplissant à soi seul tout l'espace, relève de soi seul et ne prend conseil, dans sa manière d'être, que de ses goûts ou de ses intérêts, tout au contraire, dès que l'homme veut vivre avec ses semblables, il se voit conduit à tout régler dans ses paroles ou ses actions de manière que, tous faisant de même, les rapports réciproques soient faciles et plaisants.
Ainsi se découvre d'abord le caractère intérieur de la politesse : c'est une contrainte que s'impose l'égoïsme individuel en vue de la vie sociale. Caractère moral s'il en fut, et naturel aussi. La politesse, à la prendre dans son fond général, à travers les temps et les civilisations, n'est donc pas uniquement un code de conventions artificielles, un système de formules arbitraires. Elle est l'un des effets les plus directs et les plus salutaires de riiomme pour l'homme ; elle se crée et s'impose d'elle-même par la force des choses.
Toutefois n'allons pas trop loin ; à ne regarder ainsi que le fond, on n'aurait qu'une partie de la vérité ; on partagerait l'erreur de quelques moralistes modernes qui, parlant de ce que doit être la politesse dans une démocratie, n'en ont voulu faire qu'un chapitre de la morale. Selon eux^ le respect du prochain, la bonté, la charité, un peu de goût naturel, cela suffit à faire l'homme poli.
Cela suffirait peut être dans une société toute neuve, qui s'improviserait à elle-même ses lois et ses mœurs. Mais dans nos vieilles civilisations occidentales, et particulièrement en France, la société aura toujours de bien autres exigences, sous peine de se renier elle-même dans ce qu'elle a de plus intime et à bien des égards de meilleur.
L'ancienne politesse française, si admirable et qui a fait de nous le peuple poli par excellence, était-elle simplement, comme le disent quelquesuns, une œuvre d'art aristocratique, le produit de la chevalerie du moj'en âge et de la vie de cour des trois derniers siècles ? Est-il vrai que cette ancienne politesse doive être rangée au nombre des débris morts d'un passé disparu, des iniitilités dont notre démocratie ne doit pas s'embarrasser ?
Nous croyons que c'est là un jugement erroné, qui repose sur une analyse incomplète. Ce qui a fait l'ancienne politesse française, incomparable dans la perfection de son goût et dans la délicatesse de ses nuances, ce n'est pas seulement la chevalerie et la cour, si fort qu'elles y aient contribué. C'est quelque chose de plus profond qu'une forme sociale, à savoir l'esprit même de la race, l'esprit français. Or, rien de vivace, de résistant comme l'esprit d'une race. Les bouleversements politiques, sociaux, religieux même ne réussissent pas à l'altérer dans son fond. La Révolution a ciungé tout l'aspect de la France, mais elle n'a pas touché à l'esprit français, qui est resté sensiblement le même, dans ses principaux caractères, ses grandes qualités et aussi ses lacunes.
Le goût, le tact, le sens exquis de la mesure et des nuances, le sens et la crainte du ridicule, la vivacité et le brillant de l'esprit, la clarté, la légèreté, voilà aujourd'hui comme il y a deux ou trois sièclts les caractères de l'esprit français, lesquels <lérivent tous d'un trait dominant : le besoin, l'art
de paraître et de plaîre. Les rapports de société^ particulièrement la conversation, sont le plaisir et le triomphe du Français, et cela dans toutes les classes, le soir au village, autour de la fontaine, aussi bien que dans les salons do la grande ville. Le Français est le seul qui pratique la causerie comme un art, qui s'y livre avec passion sans autre objet que son plaisir et celui des autres, comme à un jeu le plus noble, le plus humain de tous. Et cela suppose les qualités les plus diverses de l'intelligence, la finesse, la promptitude, la légèreté, la divination, lagaîté réelle ou affectée, par dessus tout un certain désintéressement des choses qui permet de les prendre toutes pour matière de ce jeu supérieur, sans s'attacher pesamment à aucune.
Ce n'est pas ici le lieu de faire voir la rançon de ces brillants avantages, comment la préoccupation du paraître, le souci constant de l'élégance et du savoir-vivre sont destructifs de qualités plus solides, de la profondeur, du sérieux, de la parfaite sincérité avec soi et avec autrui; combien aussi cette nécessité de se rapporter à un type unique de bon ton et de bon goût introduit d'uniformité dans les esprits, effraie et souvent opprime l'originalité et l'indépendance. Il suffit que l'on aperçoive à quel point l'esprit franc lis, quelle que soit la forme politique, est par nature un esprit de politesse, et qu'il ne peut s'exercer sans une règle de vivre à son image, élégante comme lui, délicate, nuancée, pleine de tact et de goût, plus fondée sur l'agrément de tous et de chacun que sur une absolue conformité à la vérité et à la raison.
Ne cherchons donc pas à nous faire une a politesse démocratique ». Les changements que les révolutions ont apporté duns les manières sont tout de surface. Nos traditions de grande et vieille nation, notre génie, ce qu'il y a de plus intérieur, de plus résistant, de plus français dans l'âme française nous condamne à rechercher toujours et à réaliser le môme idéal de bon ton qui est devenu, par nous, l'idéal commun de l'iiorame bien élevé de tous les pays.
Au surplus, il n'est pas si vrai qu'il semble que les mœurs de la vieille France aient été aristocratiques. La bonne société n'a jamais été chez nous chose fermée, enclose de barrières fixes et infranchissables. C'était la cour, d'abord; mai* c'était aussi « la ville », c'est-à-dire tout le monde^ noblesse de robe, parvenus, bourgeoisie grande et même petite. Chacun, si petit qu'il fût à l'origine, était ou pouvait prétendre à être un jour de ce cercle si vaste que nous l'avons appelé le monde. L'esprit même de ces mœurs s'opposait à ce qu'elles fussent aristocratiques : une politesse fondée sur le besoin de plaire ne s'accommode pas d'une stricte observance des rangs et des titres ; elle place ses adeptes sur le même niveau; elle va à l'égalité. C'est là un trait de race, qui a toujours distingué la société française. L'Anglais le plus démocrate n'est pas bien convaincuqu'un lord soit fait du même sang que lui; le gentilhomme français le plus entiché de noblesse ne s'est jamais cru, au fond de son âme, d'une autre essence que son valet. Il n'y a donc pas tant à changer à nos vieilles mœurs traditionnelles pour qu'elles se plient aux conditions de la vie moderne. Elles étaient fondées sur l'esprit, lequel est la chose la plus rebelle aux hiérarchies sociales, la plus égalitaireda monde.
Voici d'ailleurs une considération qui a bien son poids : à savoir que la pratique d'une politesse plus simple, moins exigeante, ou, ce qui est tout un, un moindre souci de la politesse, est une chose plus nuisible à une démocratie qu'aux Etats aristocratiques. Dans une démocratie, avec ses heurts, ses conflits, avec l'âpreté de
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ses concurrences, tous les freins sont nécessaires pour réprimf3r le sauvage essor de l'égoîsme. Or, la politesse est l'un des plus efficaces de ces instruments de civilisation : ce n'est pas qu'elle att'.'igne aux régions profondes de la nature morale, mais elle a pour elle la puissance énorme de l'opinion, par conséquent elle a pour complices la vanité, l'amour-propre , l'honneur ,.. c'est-à-dire plusieurs des plus grandes forces qui soient parmi los hommes.
Que conclure de là, pour ce qui regarde la pédagogie ? Que c'est tout justement quand l'éducation est écouiiée et rudimentaire qu'il faut se garder de négliger la culture des manières. L'école primaire doit être, entre autres choses, une école de politesse, parce qu'elle est avant tout une école de civilisation. Ce n'est pas une lâche commode. Quand il vous arrivera de voir un maître ou une maîtresse d'école rurale, qui a reçu des mains de la nature une troupe de petits sauvages effrontés et timides, grossiers et rusés, réduits aux rudes instincts de l'égoîsme, et qui rend à la société de petits hommes bien élevés, formés à la vie compliquée et supérieure de notre temps, sachant se tenir, parler, se taire, montrant de la dignité, du tact, peut-être du goût, si vous assistez à ce spectacle, ne marchandez pas votre admiration : c'est l'un des plus grands que vous puissiez voir. L'œuvre de cet humble fonctionnaire est difficile et belle entre toutes.
Est-il besoin de remarquer qu'il faut, ici comme ailleurs, se garder de l'excès ? C'est du dedans, en quelque sorte, et non du dehors, qu'il importe de former l'enfant à la politesse. Elle ne doit être chez lui que la manifestation d'une politesse plus intérieure, d'une culture, d'une distinction de lârae. On a vu, on voit encore des écoles s'attacher presque exclusivement à former l'homme extérieur, à le recouvrir d'un vernis de bon ton sous lequel on laisse subsister l'animal grossier, méchant et faux. C'est là un péril où ne risquent guère, jusqu'ici, de tomber nos éducateurs laïques.
Pas un maître qui ne conçoive la grande utilité de la politesse, quand ce ne serait que pour son propre confort, et aussi pour l'agrément des parents, qui jugent presque toujours, et non sans raison, du degré de culture par les manières. Mais comment y former l'enfant efficacement et à toujours ? Cela est malaisé à dire, car c'est af* faire variable selon les cas, les pays, les âges, les tempéraments du maître ou des élèves. L'enseignement direct, didactique, est indispensable, mais ne suffit pas. Quand on a dit à l'enfant les règles de la civilité, qu'on lui a montré à saluer, à remercier, à se tenir, etc., rien n'est encore fait. Il s'agit de faire descendre ces formules de sa mémoire dans son caractère même, de les rendre, de mortes qu'elles sont, vivantes, enfin de lui donner le goût, le pli intérieur de la politesse. Chose délicate et qui ne se fera qu'à la longue.
Le meilleur enseignement sera l'exemple du maître. Qu'il s'attache à ne jamais se départir avec les enfants et, devant eux, avec tout visiteur, de la plus parfaite civilité. Que toutes ses manières respirent, non pas la prétention, l'affectation, mais tout au contraire la simplicité dans la distinction. Qu'il soit enfin, devant son petit monde, un modèle accompli de l'homme bien élevé. Les enfants n'échappent pas à la contagion de cet exemple venu de haut. Ils se compareront eux-mêmes, dans leur rusticité, avec ce type supérieur de rhomme, et concevront l'ambition de le réaliser à leur tour.
Mais la vraie et puissante méthode sera d'aller aux sources mômes du mal, de réprimer en toute occasion la grossièreté de langage, la brutalité des manières, la rudesse, la malice, la timidité, I
l'abus de la fore, l'abus de la moquerie. Ce a»^rnier défaut est une des pires dispositions ; il la faut extirper par tous les moyens possibles, parce qu'elle conduit très vite l'enfant à un égoisme plus raffine à la fois et plus féroce, et qu'elle tue en lui le principe môme de la bonté.
C'est pendant les récréation» que le maître aura occasion de surprendre, dans les jeux de l'enfant, son véritable caractère et de noter les points où il faudra porter le remède. Mais, à m(.in8 qu'il n'y ait eu quelque grand éclat d'égoisme ou de grossièreté, il fera bien de s'abstenir des réprimandes publiques. C'est dans le tête à tôte que l'avertissement a tout son poids et trouve le coupable désarmé; devant ses camarades, l'enfant se redresse sous le reproche, se cuirasse d'effronterie ou d'insensibilité; mais seul avec un maître qui parle un langage tout ensemble ferme et bienveillant, son cœur s'ouvre et absorbe la leçon. [Dr EliePécaut.]
POLITIQUE. — A ce mot se rattachent deux questions qui intéressent directement l'instruction primaire. La première pourrait se poser ainsi : « Quelle influence a la politique sur l'organisation, la direction et la marche de l'enseignement primaire en général ?» La seconde : a La politique peut-elle, doit-elle entrer dans les programmes de l'école primaire ? » L'une touche surtout au personnel de l'administration, l'autre à la pédagogie ; celle-ci a trait à l'enseignement proprement dit, l'autre à l'histoire générale des institutions scolaires dans notre pays et dans d'autres pays. Commençons par la question didactique et théorique : nous en tirerons plus aisément les applications aux autres formes d'intervention de la politique en général dans les écoles.
Quelle part convient-il donc de faire dans l'enseignement primaire, public ou libre, à l'ensemble des notions que résume sans les bien définir le mot Politique ? Le seul énoncé de la question eût peut-être frappé détonnement les pédagogues d'autrefois. Et pourtant, il suffit de s'entendre. Du jour où l'on a compris que l'instruction populaire n'était plus seulement l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul, du jour où l'on a voulu qu'il fût donné aux enfants du peuple, sinon une éducation libérale, du moins une première initiation « aux notions indispensables à tout homme », de ce jour-là on s'est engagé à leur communiquer les éléments, les rudiments de l'instruction civique, c'est-à-dire de ce qui constitue le fonds stable, commun et essentielle la politique. Nous avons rappelé dans ce Dictionnaire même, au mot Civique {Instruction), que plusieurs années avant la Révolution c'était un avis devenu général en France, parmi les auteurs de Plans d'éducation^ qu'il importait d'enseigner dans les écoles « les devoirs communs à tous les citoyens, les lois qu'il est indispensable de connaître et les principes de la constitution nationale ». Combien plus un tel enseignement est-il nécessaire dans un temps et dans un pays de suffrage universel!
Mais il y a un écueil à éviter ; il faut craindre de confondre, même sans le vouloir, les notions générales et fondamentales de la politique impersonnelle, nationale, théorique, qui soit du domaine de l'enseignement commun, avec les vues étroites, les doctrines particulières, les opinions et les passions de la politique militante et quotidienne. Apprendre aux enfants ce que la France a dû successivement à la royauté et à la République ; leur imposer le respect pour toute? les traditions respectables, tout en gravant dans leur esprit l'idée du progrès ; leur mettre sous les yeux l'état du peuple, la condition du pauvre, de l'ouvrier, du paysan sous l'ancien régime et les forcer à reconnu itre, par voie de comparaison, ce
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que le nouveau régime a fait pour le bonheur et pour l'honneur de la nation ; les familiariser avec les principes de 1 789, avec les droits de rhomme,avec la souveraineté du peuple, avec la devise française par excellence : « Liberté, égalité, fraternité » ; avec les règles fondamentales de la division des pouvoirs et de Forganisation du gouvernement dans un Etat républicain ; faire et bien faire tous ces enseignements, sans doute c'est faire de la politique, car c'est préparer rpnfant à aimer son pays, à obéir aux lois, à res) ecter le gouvernement, à user de tous ses droits et à remplir tous ses devoirs de citoyen, et avant tout ses droits et ses devoirs politiques. Mais une telle action sur l'esprit de la jeunesse n'est interdite, n'est déplacée dans aucune école : elle fait partie du programme obligatoire de l'école publique. Ce n'est pas un empiétement, ce n'est pas une pression, ce n'est pas un abus, c'est l'œuvre même de l'éducation morale et civique dans ce qu'elle a, il est vrai, de plus délicat, mais aussi de plus légitime et de plus noble.
De la solution donnée à cette première question découle tout naturellement notre réponse à la seconde. Si l'école ne doit enseigner que les notions générales et incontestées de la politique nationale, l'instituteur ne doit être tenu à rien de plus; il doit même l'être de ne rien faire, de ne rien dire qui contredise ou qui dépasse ses fonctions d'éducateur. Toute immixtion dans la politique au sens étroit du mot, c'est-à-dire dans les luttes de la vie politique locale, doit lui être évitée avec le plus grand soin. Il y a incompatibilité entre le caractère d'instituteur et celui d'agent électoral. L'un est l'homme chargé de remplir auprès des enfants en quelque sorte le rôle de père de famille idéal, d'un conseiller désintéressé, d'un représentant fidèle de la société, de ses lois et de ses traditions ; l'autre est, par intérêt ou par opinion, le défenseur quand même non d'une idée seulement, mais d'une personne ou d'une liste de personnes, l'instigateur non d'une politique, mais d'une élection, l'avocat d'une cause qui, loin de rester dans les grandes lignes et sur les clairs sommets de la théorie, est essentiellement dépendante de l'heure et du lieu, et fatalement mêlée d'intérêts, de calculs, de compromis, d'ardeurs et d'ambitions personnelles.
Ce serait donc le pire abus de l'autorité gouvernementale de faire descendre l'instituteur dans l'arène, de vouloir à certains moments se saisir et se servir de l'influence qui lui appartient à juste titre, mais pour un tout autre objet. Obliger l'instituteur à servir non l'État, mais un parti, non la cause éternelle de l'instruction nationale, mais celle du candidat d'aujourd'hui, qui sera peut-être l'adversaire de demain, c'est tout simplement le dégrader, c'est lui demander de consentir à son déshonneur. Le laisser même sans défense contre les candidats qui veulent ou le confisquer à leur profit ou s'en débarrasser, le sacrifier aux rancunes de l'un ou le livrer aux appétits de l'autre, ne pas lui faire un devoir strict de la neutralité la plus scrupuleuse dans l'exercice de ses fonctions, c'est encore de la part de l'autorité gouvernementale, quelle qu'elle soit, faire de la politique à contresens et à contre-temps, la plus mauvaise des politiques,, celle qui compromet et discrédite le pouvoir. Il ne faut ni de près ni de loin, ni dans le succès, ni dans l'adversité, ni au pouvoir, ni dans l'opposition, ni ici ni là, ni aujourd'hui ni demain, songer à faire de l'instituteur un instrument politique. Il est un instrument d'éducation, et même, si l'on y réfléchit bien, d'éducation politique. En ce sens il aide, il prépare, il coopère pour l'avenir nu développement de l'esprit national, à l'élévation du niveau des mœurs politiques ; rien de plus, et rien de moins. On sait le mot si juste et si fin
de Jean Macé : « L'instituteur ne fait pas des éloc tiens, il fait des électeurs. »
Cette manière d'entendre les droits et les de voirs de l'instituteur en matière politique a été de tout temps celle de l'école libérale. A travers les variations des régimes qui se sont succédé en Finance, il y a toujours'eu;,deux opinions tranchées, et deux traditions : l'une qui n'hésite pas à faire de l'instituteur un humble agent du gouvernement, un serviteur bon à tous les services, souniis et livré d'avance, aujourd'hui aux prêtres, demain au candidat officiel, un autre jour à la majorité radicale, puis à la réaction monarchique, suivant les lieux et les circonstances ; l'autre qui le respecte, le laisse dans son école, libre, parce qu'il doit être responsable, ne lui demandant qu'un seul service, celui qu'il s'est engagé à faire: l'enseignement et l'éducation ; lui interdisant de sortir de son rôle, le laissant voter comme citoyen, mais lui défendant de faire voter comme instituteur.
Ces deux influences se disputent depuis cinquante ans et plus les destinées de l'enseignement primaire en France: peut-on dire que l'une ou l'autre ait décidément et définitivement triomphé? Ce serait une affirmation téméraire. Le progrès des mœurs publiques a bien fait justice des plus criants abus de pouvoir, des actes de brutalité commis sous le nom d'actes d'autorité par des fonctionnaires politiques peu scrupuleux et à des époques néfastes dont le souvenir n'est pas eff"acé. Mais si les excès éclatants sont réprouvés par l'opinion publique, l'instituteur n'est pas encore arrivé àunesituation assez nette pour qu'on puisse dire que sa cause est gagnée. Il est toujours nommé et révoqué par le préfet, ce qui suffit à marquer dans quelles limites son indépendance professionnelle est enfermée.
La situation des instituteurs est une de celles à qui s'appliquerait encore une définition fameuse : ils sont toujours sous le régime du pouvoir absolu, discrétionnaire, tempéré par la conscience et par la peur des journaux. Mais l'opinion libérale a fait trop de chemin depuis quelques années, la logique des institutions républicaines exige trop impérieusement qu'on sépare les domaines distincts et qu'on laisse franchement le maire à !a mairie, le curé à l'église et l'instituteur à l'école, pour qu'il n'y ait pas lieu d'espérer dans un avenir prochain l'élimination définitive des ingérences politiques dans l'ordre scolaire. Jusque-là, si les instituteurs ont à cœur de hâter l'avènement du régime qui les rendra à leurs chefs hiérarchiques, le plus sûr moyen qui soit à leur disposition c'est de se conformer aux prescriptions réitérées qui leur ont été adressées par les ministres de l'instruction publique depuis plusieurs années, et que rappelait tout récemment la circulaire de M. Goblet à l'occasion des élections législatives (circulaire du 8 sept. 1885). A plusieurs reprises le gouvernement s'est expliqué à ce sujet devant les Chambres (V. l'article Neuiralité). Et nous ne saurions mieux résumer le sens de toutes ces déclarations qu'en feproduisant la conclusion même de l'une des plus importantes, celle de M. Ferry au congrès des instituteurs le 24 avril 1881: « Lé ministre de l'instruction publique, qui est aujourd'hui le président du conseil, se croirait déshonoré s'il faisait jamais de l'école la servante de la politique. Sur le terrain do la politique militante et quotidienne, je vous recommande de vous tenir fermes dans votre droit, do vous barricader dans votre indépendance. Restez là où nos lois et nos mœurs vous ont placés, restez avec vos petits enfants dans les régions sereines de l'école! Cette abstention de l'instituteur est d'autant plus nécessaire que le régime sous lequel nous vivons est plus profondément démocratique. Si le gouvernement démocratique est nécessairement des-
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tiné à voir de fréquents changements ae personnes, si cette mobilité du personnel gouvernant est la force de ce gouvernement, si elle fait sa sécurité contre les révolutions en même temps qu'elle est le gage de la bonne conduite des affaires, à côté do cette administration changeante il faut qu'il existe un corps enseignant digne, stable, durable, veillant d'un œil jaloux sur le plus grand et le plus permanent des intérêts publics, l'enseignement national, sur la chose la plus sacrée et la plus respectable qui soit dans le monde, l'âme de l'enfant. »
POLOGNE. — Qu'il ait ou non existé dans la Pologne païenne une civilisation religieuse et sociale primitive que nous n'avons pas à étudier ici, il n'en est pas moins vrai que la culture intellectuelle proprement dite, l'instruction par l'école, date évidemment et exclusivement de l'introduction du christianisme en 965 par le roi Miecislas I^r et sa femme la princesse tchèque Dombrôwka.
Première époque. — Moyen âge. — Ecoles ecclésiastiques et monastiques. — Partout où pénétrait le cnristianisme latin, il introduisait avec lui des écoles qui, en Pologne, se subdivisèrent en trois catégories : 1° les écoles cathédrales, 2" les écoles bénédictines, et 3° les écoles paroissiales. Les bénédictins étaient déjà établis en Pologne en 1005 ; Boleslas le Grand en fit venir encore du Mont-Cassin (1010) et fonda pour eux le monastère du Mont-Chauve (Lysa Gôra). Chasses par les discordes civiles qui suivirent la mort de Miecislas II, ils furent ramenés par Casimir 1er, surnommé le Moine, qui établit, au monastère de Tyniec, en 1044, des moines venus de Cluny, où Casimir avait, dit-on, fait lui-même ses études. Les rois suivants fondèrent d'autres monastères dans la Grande-Pologne. Mais des préoccupations d'une autre nature les détournèrent bientôt de l'enseignement ; et , à la fin du xiii^ siècle, les écoles bénédictines avaient entièrement dispaïu.
Outre les bénédictins, des chanoines réguliers tenaient école à Trzemeszno : mais ni les moines de Citeaux, ni plus tard les norbertains, les camaldules, les dominicains et les franciscains, n'adjoignirent d'écoles à leurs nombreux monastères polonais.
En revanche, les écoles cathédrales, avec leurs scholastici ou magistri et leurs subm glstri, florissaient dans toute la Grande et la Petite-Pologne et plus tard dans la Prusse polonaise.
Les écoles paroissiales sont postérieures et contemporaines des migrations allemandes dans les villes de Pologne; elles avaient principalement dos Allemands pour instituteurs. C'est au xiiie siècle qu'elles commencent à s'établir, et au XIV* siècle toutes les villes importantes ont leur école paroissiale ; dans les campagnes on n'en voit presque aucune avant le xvi» siècle.
L'enseignement était le même que dans les écoles de l'Europe occidentale. Le Trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le Quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique) étaient partout enseignés en latin, et dans les écoles cathédrales on y ajoutait l'Ecriture sainte,^ les Pères, les psaumes, la liturgie et le catéchisme. Les livres les plus employés étaient la grammaire latine d'Alexandre Villedieu : Alex'mdri Galli de Villa Dei Doctrinale puerorioN, et celle de Donat, qui fut usitée jusqu'à la lin du xvni" siècle.
Il est probable que la langue polonaise servait à l'enseignement du catéchisme et était même enseignée conjointement avec le latin, ce qui expliquerait en partie la ressemblance étonnante qui existe entre la syntaxe des deux langues. A la langue polonaise se joignit aussi, au milieu du xiiic siècle, la langue allemande dans les écoles
paroissiales des villes colonisées par des .Allemands.
De plus, à partir du xii* siècle le» jeunes nobles commencent à fréquenttr les universités étrangères, celles d'Italie et surtout celle de Paris, où les Polonais étaient si nombreux au iiii» et au xi\* siècle quils y- formaient une natiou à part.
Deuxième époque. — Depuis la fondation de racadémie de Cracovie jusqu'à lintroduction des Jésuites (1364-1564). — Ce fut le roi législateur Casimir III (le Grand) qui, frappé du manque de légistes, conçut le premier l'idée de fonder une université à trois facultés, ou plutôt une école de droit sur le modèle de celle de Bologne, et, à l'exemple de l'empereur Charles IV qui avait créé l'université de Prague, et de Rodolphe d'Autriche qui projetait celle de Vienne, il établit à Cracovie une académie {studium gpneralé) dont le statut fut publié le jour de la Pentecôte 136'*. Néanmoins l'académie ne fut guère fondée alors que sur le papier, de môme que celle de Chelmno (Culm) dont le grand-maître teutonique Konrad Zôllner avait voulu doter la Prusse polonaise. La gloire de créer définitivement l'université de Cracovie devait revenir à Ladislas Jagellon, le grand-duc lithuanien devenu roi de Pologne en 1386, ou plutôt à sa femme la reine Hedwige d'Anjou, fille du roi Louis le Grand de Hongrie et de Pologne, qui légua par testament une partie de sa fortune 5, la future université. Avec l'autorisation du pape Boniface IX, Jagellon publia le statut de la nouvelle académie le 14 août 1400. La nouvelle institution, modelée cette fois sur celle de Paris, c'est-à-dire surtout théologique, fut richement dotée par le roi et par l'évêque de Cracovie, et l'inauguration en fut faite en grande pompe en
L'organisation de l'académie fut entièrement ecclésiastique, comme celle des écoles de l'époque précédente. Elle ne compta primitivement que quatre facultés (théologie, droit, médecine et philosophie). La première eut d'abord quatre professeurs; en 1422 elle en comptait déjà onze, et plus tard ce nombre s'augmenta encore. On y enseignait l'Ancien et le Nouveau Testament, ainsi que le livre des Sentences de Pierre Lombard ; le cours durait deux ans. Au xvi» siècle on y ajouta un cours d'hébreu. La faculté de droit, qui comprenait d'abord huit professeurs, n'en eut bientôt plus que quatre, auxquels fut adjoint, au commencement du xvi« siècle, un professeur de droit romain. La faculté de médecine ne comptait que deux professeurs. On y étudiait Avicenne, Galien, Hippocrate et Rhazès:le cours durait quatre ans. La faculté de philosophie eut d'abord un seul professeur ; mais bientôt on en compta jusqu'à quatorze partagés entre les six « lectoreries » d'Aristote, de Socrate, de Virgile, de Galien, de Ptolémée et de Platon.
L'académie de Cracovie donna tout d'abord une puissante impulsion aux études dans toute la Pologne; et, bien que son enseignement encore insuffisant dût être complété par un voyage aux universités d'Italie et do Paris, elle n'a pas peu contribué à donner à la Pologne du xv« siècle de savants historiens comme Jean Dlugosz. des philosophes comme Grégoire de Sanok et des mathématiciens comme Albert de Brudzew et son immortel disciple, le Polonais Kopernik.
Le XVI* siècle fut pour l'académie une époque de décadence. Trop confinée dans la scolastiquo et la théologie, elle se borna à lutter contre les novateurs religieux au lieu de profiter de leur exemple et de celui des quelques universités d'Occident qui s'étaient alors transformées sous l'influence de la Renaissance et de la Réforme.
Mais les écoles supérieures et élémentaiies se
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Diultipliaient dans toutes les provinces, surtout dans la Grande et la Petite-Pologne et dans la Prusse polonaise,où le rite romain était en vigueur, tandis que la Volhynie, la Podolie et l'Ukraine, où dominait le rite grec, restaient en arrière. Des écoles supérieures, où on enseignait entre autres le grec et la rhétorique, s'étaient établies à Pultusk, h, Posen, à Lwôw (Lemberg), à Elbing, à Thorn, àDantzig; les autres villes, les bourgades mêmes et, sous Sigismond-Auguste (1548-1572), les villages, avaient leurs églises paroissiales, toutes d'ailleurs placées sous la surveillance de l'autorité ecclésiastique, qui s'efforçait d'en écarter l'influence des nouvelles doctrines religieuses.
Aussi les protestants avaient-ils leurs propres écoles à Pinczow, à Lancut, à Secymin, etc., où l'enseignement était tout différent. L'école de Pinczow, qui servait de modèle aux autres, comprenait quatre classes : en quatrième on apprenait aux jeunes enfants la lecture en polonais, l'écriture au tableau et le catéchisme ; en troisième on étudiait la grammaire latine d'Enoch, on traduisait en polonais les Disticha moraiia de Caton, les Dialogues sacrés du Français Sébastien Ca.stillon ou l'ouvrage de l'Espagnol Vives De vera sapientia ; en seconde on expliquait Térence, Gicéron et le catéchisme latin de Calvin ; enfin en première on enseignait la dialectique et la rhétorique; on traduisait en polonais les ouvrages de Gicéron sur la morale et la rhétorique et les œuvres de Virgile, d'Horace et de Justin. Pour le grec on se servait de la grammaire de Clenard ; on expliquait Xénophon, Lucien et Démosihène, ainsi que le catéchisme grec publié chez Robert Estienne. L'analyse grammaticale grecque et des compositions de style en polonais, en latin et en grec complétaient l'ensemble de ces exercices. L'arithmétique, la musique et l'allemand étaient trop négligés : mais l'enseignement philologique, classique, était bien supérieur à celui des écoles catholiques.
Eu outre, les universités étrangères (allemandes, italiennes et parisienne) regorgeaient de plus en plus d'étudiants polonais ; à Prague, à Leipzig, à Vienne, à Tubingue, à Bâle, à Liège, à Paris, à Strasbourg, à Kœnigsberg, à Padoue surtout, ils se distinguaient tant par leur zèle pour la science que par leur générosité pour les savants.
L'instruction des femmes, à peu près nulle dans a première époque, avait fait de grands progrès : les jeunes filles de la noblesse et de la bourgeoisie étaient mises en pension dans les couvents, où elles apprenaient la lecture, l'écriture et les travaux d'aiguille. Les écoles paroissiales étaient ouvertes aux filles en même temps qu'aux garçons. Les protestants fondèrent même plusieurs écoles supérieures pour les femmes.
Troisième époque. — Depuis l'introduction des Jésuites jusqu'à la réforme de Stanislas Konarski (1564-1740). — C'est la décadence de l'académie de Cracovie dans la première moitié du xvie siècle, et son impuissance à lutter contre l'influence toujours croissante du protestantisme, qui déterminèrent l'évêque de Varmie (le cardinal Hosius) à introduire en Pologne la Société de Jésus nouvellement fondée. 11 établit d'abord les jésuites dans son diocèse à Briinsberg ( 1564), où s'ouvrit leur premier collège; bientôt l'évoque Noskowski fonde un second collège de jésuites à Pultusk (1;)65); en 1569 l'évêque Protaszewicz les installe h Vilna ; puis ils forment de nouveaux collèges à Jaroslaw et à Posen, et l'académie de Cracovie, ne comprenant pas encore à quel redoutable rival elle fraie la voie, encourage les progrès de l'ordre et lui fournit des novices. Le roi Etieime Batory, à l'instigation du nonce du pape Possevini, favorise aussi l'établissement de nouveaux collèges de jésuites à Polock, à Ryga, à Lublin, àNieswiez, etc.,
et il autorise la transformation du collège de Vilna en académie (1578). C'est aussi sous son règi e que les pères s'établissent à Cracovie même, afin de lutter avec l'académie de Cracovie sur son propre terrain, tandis qu'ils minent son influencé dans tout le pays avec l'appui du nouveau roi Sigismondlll, leur ancien élève (I586-1G32). Les colonies de l'académie de Cracovie tombent l'une après l'autre; et c'est alors seulement, mais un peu tard, que l'académie reconnaît sa faute. La guerre est déclarée entre ces deux puissances : les jésuites de Posen Veulent ériger leur collège en académie, mais ils échouent par trois fois devant les réclamations de l'académie de Cracovie ; ils sont même obligés de fermer leurs écoles cracoviennes. Ils ne réussissent pas mieux à Lwôw, où ils introduisent néanmoins' dans leur collège l'enseignement de l'anatomie, dans le dessein d'en faire peu à peu une faculté de médecine.
Cependant cette concurrence profite au pays : le nombre des écoles supérieures s'accroît; Jean Zamoy?ki, le grand hetman, fonde à Zamosc une nouvelle académie (1595), et un ordre nouveau, l'ordre des piaristes*, vient disputer aux jésuites l'éducation de la jeunesse. C'est le fils et successeur de Sigismond III, Ladislas IV, qui en 1642 les fait venir d'Olmiitz afin de contrebalancer l'influence déjà redoutable des jésuites. La lutte commenco en effet entre les deux ordres à Piotrkôw et à Vilna.
Il y a donc à ce moment à distinguer plusieurs sortes d'écoles : 1° l'académie de Cracovie et les écoles secondaires qui en dépendent ; 2° les collèges des jésuites et leur académie de Vilna; 3° les écoles piaristes, auxquelles il faut ajouter les séminaires. L'instruction élémentaire se donne dans les écoles paroissiales. L'éducation des jeunes filles est confiée aux religieuses et principalement aux visitandines et aux dames du Saiat-Sacrcment.
Outre ces écoles catholiques, les dissidents, si bien accueillis par la tolérance des rois de Pologne, ont aussi les leurs : 1"* les grecs-désunis (Lwôw, Ostrog, Kiev), 2» les sociniens (Lewartow, Rakow, Kisielin, Luclawice), 3o les calvinistes et les frères bohèmes (Belzyce, Vilna, Kieydany, Sluck, Korminek, Leszno) ; 4° les luthérieiis (Wschowa, Rawicz, Leszno, le gymnase de Thorn, le gymnase de Dantzig, le gymnase d'Elbing).
En résumé il y avait en 1740 en Pologne :
Académies catholiques (Cracovie, Zamosc, Vilna). 3
Ecoles académiques 10
— des jésuites 67
— piaristes 27
— protestantes 5
Ensemble It2
Ces 112 écoles supérieures et secondaires comptaient au moins 22 400 élèves.
Quant aux écoles élémentaires, elles s'élevaient au moins, comme sous le règne de Sigismond III, au nombre de 1500 : en attribuant à chacune une moyenne de 20 élèves, on obtient 30000 élèves pour les écoles élémentaires. En tout, pour l'enseignement supéritjur, secondaire et élémentaire, on peut compter de 50 000 à 60 000 élèves des deux sexes.
Examinons brièvement l'organisation de ces différentes écoles :
10 U académie de Cracovie et les écoles académiques. — L'académie de Cracovie, sauf quelques maladroites imitations des jésuites, était restée stationnaire, hostile aux reformes et aux découvertes, cantonnée dans Aristote et saint Thomas, ne voulant rien savoir des systèmes de Descartes, de Spinoza, de Leibnitz et de Locke, ignorant à dessein Galilée, Kepler et Newton, sorte de Sor-
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bonne au petit pied, ne produisant parmi ses docteurs ni un orateur, ni un poète, ni un philosophe original. Quant aux écoles secondaires de son ressort et à l'académie de Zamosc, elles étaient encore plus dégénérées que leur aima mater. L'école secondaire de Posen, par exemple, comprenait cinq classes : 1 ° classe de grammaire ; 2» classe de rhétorique; 3» classe de mathématiques; 4° classe de philosophie; 5«> classe de droit. Mais on y apprenait surtout aux élèves à composer en polonais et en latin, en vers et en prose, des panégyriques déclamatoires ou dos dissertations scolastiques sur l'essence et l'eTtistence.
2" Collèqes des jésuites et académie de Vilna. — Les collèges des jésuites en Pologne avaient la même organisation que partout ailleurs. Nous n'insisterons donc pas sur les attributions du général de l'ordre et du provincial, qui avaient la haute main sur tous les collèges de leur ressort, ni sur celles du recteur, du préfet et des professeurs. Les cinq classes que comprenait cliaque collège étaient les troip classes de grammaire appelées infîma, grammaiica^ syntuxis, et les deux classes d'humanités portant les noms de poesis et de rhetorica. Nous ne dirons rien des exercices, des représentations théâtrales, de la fameuse grammaire latine d'Alvar, de la rhétorique de Suarès et de la poétique de Jouvency.
Quelques collèges seulement possédaient, outre les cinq classes nommées plus haut, des cours de philosophie et de théologie.
L'enseignement des jésuites, dont on ne saurait d'ailleurs nier la supériorité à beaucoup d'égards sur celui qui les avait précédés, était surtout pernicieux par sa tendance exclusivement religieuse et fanatique. De plus on y développait moins le jugement que l'imagination et la mémoire; la forme y passait toujours avant la pensée. Les sciences exactes y étaient ou entièrement supprimées ou étrangement sacrifiées. Les cérémonies Teligieuses, les pratiques de dévotion, les processions, les confréries de toutes sortes prenaient aux élèves les trois quarts de leur temps. Enfin l'intérôt de l'ordre passait pour les jésuites avant toutes choses, et ils s'efforçaient d'inspirer à leurs élèves la même tendance. L'indiscipline, toujours très grande en dépit des punitions corporelles, était en quelque sorte encouragée, toutes les fois qu'il s'agissait de tourmenter les juifs ou les protestants.
L'académie de Vilna ne différait des collèges supérieurs des jésuites, ceux où l'on enseignait la théologie et la philosophie, que par le privilège de conférer des grades universitaires. Le droit y fut enseigné peu de temps, la médecine jamais. Les langues vivantes qui figurent au programme sont l'italien, le français et l'allemand, et dans les premiers temps l'anglais.
3° Ecoles piaristes. — Comme les écoles des jésuites, celles des piaristes étaient sous la direction suprême du général de l'ordre et des provinciaux assistés do visitateurs. A la tête de chaque collège était un recteur aidé et parfois complètement remplacé par le préfet, qui était d'ordinaire en môme temps professeur de rhétorique ou de philosophie. Les classes étaient au nombre de 7 : \.° pro forma ou parva infima (sorte de préparatoire) ; 2° infima major; 3' grammatica; 4» syntaxis; 5» poelica; 6° rhetorica; 7» philo wphia -comprenant les mathématiques. Dans les deux classes élémentaires ou infimœ on apprenait à lire, à écrire, les éléments de l'arithmétique et du latin, et le catéchisme de Canisius, Summa doctrinx ch'istianx. Dans la classe de grammaire : 4es déclinaisons, les conjugaisons, le calcul, le style épistolaire, et on traduisait Phèdre et Gor- 'nehus iXepos. Dans la classe de syntaxe on apprenait les règles de la syntaxe et on traduisait Eu-
trope et César; les exercices de style étaient des lettres cX des discours. Dans la classe de pof'sie on enseignait la prosofJie, on lisait Ovide, Lucain, Claudien, Horace, et l'on composai, des vers et des discours. Les auteurs de la classe de rhétorique étaientSuétone, Claudien, loslettrcs deCMcéron, les odes d'Horace, l'histoire de Pologne de M. Kromer, le Panégyrique de Trajan, etc. En philosophie on enseignait la logique, la métaphysique et la morale d'après les principes des thomistes. Le jeudi était jour de congé; les vacances duraient du 25 juillet au l^r septembre.
L'enseignement était donc alors dans ces ('coles sensiblement le même que dans les coUf'ges des jésuites ; mais la tendance était meilleure. On apprenait aux élèves leurs devoirs de citoyens. L'enseignement était entièrement gratuit, tandis que les jésuites, en proclamant la gratuité en principe, percevaient réellement des redevances assez fortes, mais d'une façon détournée. La discipline était assez bonne, sauf dans les villes où se trouvaient en même temps des établissements tenus par les jésuites : là, les rivalités amenaient souvent des rixes et des désordres,
4° Imtruction primaire. — C'était le clergé séculier qui dirigeait les écoles primaires ou paroissiales. Les instituteurs étaient pris en partie parni les bacheliers de l'université de Cracovie. On v enseignait à lire, un peu d'écriture, encore moins de calcul et beaucoup de prières: les curés étaie: c charges de surveiller les instituteurs. Ces ccolc^ étaient doncaussien décadence, puisque au xv* siècle on y enseignait l'arithmétique et l'histoire naturelle. Certaines de ces écoles avaient une classe supérieure, dite des donatistes, parce qu'on y apprenait les éléments de la grammaire latine de Donat. Les écoles primaires étaient, la plupart du temps, entretenues aux frais des curés; quelquesunes avaient leurs capitaux, provenant do donations ou de legs. L'instituteur vivait de ce que lui payaient les élèves; et de plus la paroisse lui donnait le chauffage, l'habillement, un morceau de terre : il recevait aussi quelque argent quand il prenait part aux cérémonies du culte, enterrements, etc. Outre la granimaire de Donat, on se servait du livre intitulé : Elementa puerilis institutionis. Les trois premières pages comprennent l'alphabet majuscule et minuscule, le ba, be, bi, bo ; ca, ce, ci, co, etc. Ensuite venaient les prières; enfin les noms des mois et des proverbes en polonais et en latin. Le livre se terminait par l'alphabet majuscule et minuscule écrit. Le catéchisme employé dans ces écoles était celui du jésuite Ganisius, traduit en polonais par Jacques Wujek, le traducteur de la Bible polonaise catholique.
5° Instruction des jeunes fil/es. — Les jeunes filles nobles continuent à recevoir leur instruction soit dans la maison maternelle, soit dans les couvents de femmes. C'est une Française, la reine Marie de Gonzague, femme de Ladislas IV et de Jean-Casimir, qui introduisit en Pologne l'ordre des visitandines et les établit à Varsovie avec l'obligation d'entretenir et d'instruire à leurs frais douze jeunes filles polonaises sans fortune. Une autre Française, la reine Marie-Casimire d'Arquien, femme de Jean Sobieski, fit à son tour venir de Russie à Varsovie des religieuses du Saint-Sacrement qui y fondèrent un nouveau pensionnat.
Les visitandines eurent en outre des établissements à Cracovie, à Lublin et à Vilna. Elles y enseignaient « la piété, la politesse et les bonries mœurs; elles apprenaient à lire, à écrire, à parler français, et à faire toutes sortes d'ouvrages, des dentelles, etc., et la couture. »Cotenseii;nement. d'ailleurs entièrement emprunté à celui des couvents français, avait l'inconvénient d'être trop exclusivement religieux. C'était encore pis chez les bernardines, fréquentées par les filles de la
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bourgeoisie, où, au lieu de former des mères de (amille, on ne faisait que des dévotes ou des religieuses.
Comme pendant l'époque précédente, les écoles primaires étaient communes aux filles et aux garçons.
6° Ecoles du rite grec oriental. — Les écoles primitives de la Ruthénie indépendante (Ukraine, Podolie, Volhynie, Russie-Rouge) avaient disparu pendant l'invasion tartare. Lorsque les grands-ducs de Lithuanie eurent réuni ces provinces à leurs r.tats, ils n'y introduisirent pas plus d'écoles que dans leur propre pays. Ce n'estqu'après la réunion à la Pologne vers la fin du xvi* siècle que le métropolitain Arsenius fonda une première école ruthénienne à Lwôw (1585). Après l'union religieuse du rite grec et du rite latin à Brzesc, le principal adversaire de cette union, le prince Constantin Ostrogski, fonda deux nouvelles écoles, l'une à Kiev, l'autre à Ostrog. Cette dernière tomba bientôt, les Ostrogski ayant embrassé la religion catholique. Celle de Kiev eut de plus brillantes destinées. On y enseignait la théologie, la philosophie, la rhétorique, la syntaxe, la grammaire, le grec et la langue slave. Les autres écoles du rite gi ec orthodoxe sont sans importance : celles du rite grec-uni furent surtout religieuses, comme le collège des Théatins, sorte de séminaire grec-uni fondé à Lwôw par le pape Grégoire XV.
70 Ecoles protestantes, a) Les sociniens. — L'école de Pinczow, si florissante dans la première moitié du xvi^ siècle, ayant disparu, les sociniens fondèrent celle de Lewartow aux frais de Nicolas Kazimirski. Son premier recteur fut le célèbre Albert de Kalisz. Elle fut organisée sur le modèle de ''école de Pinczow. Meilleure que les écoles jésuites, elle n'était pas non plus exempte de fanatisme antipapiste. Elle ne compta que douze ans d'existence, son fondateur s'étant converti au catholicisme (1597). Elle fut remplacée par l'école ^ocinienne de uakow, fondée par Jacques Sieninski en 1602. Surnommée par les sociniens l'Athènes polonaise, cette école eut les mêmes mérites et les mêmes défauts que la précédente: son fanatisme anticatholique la fit supprimer par arrêt de la diète en 1638. Les sociniens relevèrent alors 1 école de Kisielin en Volhynie, qui fut florissante jusqu'en 1644, époque où la diète la supprima à son tour. Les maîtres sociniens se transportent alors à Luclawice, et cette nouvelle école disparaît après une vingtaine d'années d'existence, lors du bannissement des sociniens. Les écoles sociniennes étaient soumises à l'autorité des synodes, qui nommaient les scholarques, c'est-à-dire les surveillants, les recteurs et les professeurs.
6) Les calvinistes et les frères bohèmes. — Plus nombreuses encore étaient les écoles des calvinistes et des frères bohèmes réunis. Les plus célèbres étaient celle de Dubiecko, dirigée par le fameux François Stankar, celle de Secymin, dont lo recteur était le Français Poitevin, ensuite professeur à Lewartow, et celle de Belzyce, qui eut succecsivement pour recteurs Mathieu Makovius, J. Biskupski, J. Milius, et les deux Tchèques Et. Svietlicky et Jean Borovsky. Cette dernière, fondée au commencement du xyii® siècle, comprenait quatre classes. Sans cesse en butte aux persécutions de ses voisins les jésuites de Lublin, elle exista cependant jusqu'en 168O. Les synodes calvinistes nommaient dans toutes ces écoles les recteurs et les professeurs, réglaient 1er programmes, la pension des maîtres, etc. L'esprit de secte dominait là comme partout ailleurs.
Les calvinistes de Lithuanie avaient d'autre part trois écoles supérieures à Vilna, à Kieydany et à Sluck, Celle de Vilna, fondée en 1590, fut supprimée en 1640 ; celle de Kieydany, protégée par les Radziwill, a duré jusqu'à nos jours, ainsi que celle
de Sluck, également patronnée par les RadziwilL
Les frères bohèmes avaient en Grande-Pologne deux écoles supérieures , celle de Kozminek, fondée par les Ostrorog (1553 à 1600) et celle de Leszno, dotée par les Leszczynski en 1626 et qui existe encore. La première eut pour recteur principal le savant Stanislas Grzebski ; la seconde fut dirigée par des hommes non moins illustres et entre autres Rybinski, "Wegierski, et le célèbre Jean-Amos Comenius*, qui composa pour cetta école deux de ses ouvrages, le Vestibulum et la Janua linguarum reserata {vers 1636). Ces écoles avaient l'inconvénient d'être trop peu polonaises, et d'enseigner un mysticisme sectaire.
c) Les luthériens. — Le luthéranisme eut peu de partisans parmi les Polonais proprement dits ; mais la population d'origine allemande, habitant surtout les deux provinces de Prusse et une partiede la Grande-Pologne, l'adopta presque tout entière,, grâce à la tolérance du roi .'^igismond- Auguste. Les écoles luthériennes furent donc très nombreuses dans ces provinces. Nous ne parlerons que des principales, à savoir les trois gymnases de Thorn (Torun), de Dantzig (Gdansk) et d'Elbing (Elblag).
Le gymnase de Thorn fut fondé en 1557. Il eut pour premier recteur Mathieu Breu. Outre les autres matières de l'enseignement, il y avait une chaire de langue polonaise. Le gymnase compta jusqu'à onze classes en 1594, époque où il fut réformé par Stroband sur les conseils du Strasbourgeois Jean Sturm. Le plus célèbre recteur du gymnase réformé fut Konrad Graser, qui pendant ses dix-neuf ans de rectorat porta l'établissement à son apogée : il y avait, en 1630, 165 élèves. Le gymnase de Thorn compta parmi ses illustrations l'historien Christophe Hartknoch, qui y fut professeur entre 1666 et 1681 sous le rectorat d'Ernest Kœnig.
Les programmes, la discipline, l'enseignement étaient bien supérieurs à ceux des autres écoles tant protestantes que catholiques ; et ce gymnase,, bien qu'allemand par la langue, à partir du xviii^ siècle contribua beaucoup à répandre en Pologne le goût des études historiques polonaises. Le statut du gymnase de Thorn publié en 1660 par Karnall est un modèle et un chef-d'œuvre pédagogique.
Le gymnase évangélique de Dantzig, contemporain de celui de Thorn, fut fondé en 1557 dans l'ancien couvent des franciscains passés à la liéforme. Le premier recteur fut Jean Hoppius; plus tard Jacques Fabricius (1580) lui donna un nouvel éclat et joignit à l'enseignement secondaire des cours de théologie, de législation, de médecine, dephilologie et de mathématiques supérieures. Ces cours supérieurs étaient malheureusement un peu trop superficiels. De plus ce gymnase, exclusivement allemand et n'ayant pas, comme celui de Thorn, d'élèves d'origine polonaise, eut moins d'influence sur la civilisation en Pologne. On y enseigna pourtant le polonais à partir de 1589, et parmi les professeurs de polonais on peut citerle poète Jean Rybinski et l'illustre savant Cèlestin Mrongovius.
Le gymnase de Dantzig compte parmi ses élèves, le géographe Philippe Kluwer, les astronomes Kriiger et Hewelius, les naturalistes J. Breyn et Forster, l'historien Godefroi Lcngnich, etc. Parmi les professeurs citons encore l'historien J. Pastorius, J. -Pierre Titius, Gabriel Groddeck, etc.
Le gymnase d'Elbing date de 1598. Le premier recteur fut le morave Jean Mylius, auquel succéda en 16"29 son fils Michel Mylius, mort en I6.")2. Il avait la même organisation que celui de Thorn. Les élèves polonais y étaient cependant moins nombreux. Ou y enseigna toujours la langue polonaise.
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Telles étaient les écoles en Pologne pendant le xviio siècle. Ajoutons que la meilleure éducation était encore celle que recevaient les jeunes nobles dans leur famille, surtout lorsqu'ils allaient la terminer à Padoue, à Bologne, à Florence, à Rome, h Paris (comme Jean Sobieski) ou dans les universités allemandes tant catboliques (Ingolstadt, Gratz, Prague) que protestantes (Francfort, Leipzig, Strasbourg, Bâle, etc.).
RfMTiarquons aussi qu'il n'y avait encore aucune école spéciale. Le roi Ladislas IV eut un instant l'idée de fonder une école militaire, mais l'exécution de ce projet fut remise à plus tard, et ce fut le dernier roi de Pologne, Stanislas- Auguste, qui le réalisa, lorsqu'il n'était plus temps.
Quatrième époque. Depuis la réforme de Konarski jusqu'à la suppression des Jésuites (1740-1773). — Le besoin d'une réforme politique suscita les efforts de nombreux patriotes pendant le règne d'Auguste IIL Mais la base de toute réforme est la réforme de l'instruction, et c'est ce que comprit mieux que personne Stanislas Konarski, qui fut pour la Pologne un Rollin fit quelque chose de plus encore. Né en 1700, Konarski était entré dans l'ordre des piaristes à Podoliniec. Après un séjour de quatre ans en Italie, où il enseigna à Rome l'éloquence et l'hisloire, il revint fonder à Varsovie un collège pour les nobles {convictus nobilium) sur le modèle du collège nazaréen de Rome. Ses nombreux ouvrages contribuèrent puissamment à développer l'esprit de réforme. Il protesta contre les punitions corporelles et interdit les représentations théâtrales au collège. Le but principal de l'enseignement était pour lui déformer tout ensemble des chrétiens et des citoyens. Il introduisit dans son programme la langue, la littérature et l'éloquence polonaises, riiistoire nationale et universelle, l'arithmétique, l'algèbre et la géométrie, l'histoire naturelle, la physique et la politique.
Sur le conseil et avec l'aide de Konarski, Samuel Glowinski tenta de fonder un collège de nobles à Lwôw et de le confier aux piaristes. Mais les jésuites réussirent alors à paralyser ses efforts en renouvelant leur projet de transformer leur collège de Lwôw en académie ; d'où une lutte nouvelle entre eux et l'académie de Cracovie, qui parvint une fois de plus à triompher de ses adversaires. Les jésuites se bornèrent alors à ouvrir à leur compte un collège de nobles.
Cependant Stanislas-Auguste Poniatowski était monté sur le trône (1764), et peu de temps après son couronnement il ouvrit Vécole militaire des cadets, qui compta 200 élèves. L'enseignement de cette école fut bien supérieur à celui des autres collèges, et c'est de laque sortit entre autres Kosciuszko. A l'exemple du roi, le prince Radziu'ill à Nieswiez et Potocki à Niemirow fondèrent aussi des écoles militaires, qui ne purent subsiscer longtemps faute de ressources.
Les collèges des théatins, l'un à Varsovie, l'autre à Lwôw (celui-ci destiné au clergé uniate), rtMidirent aussi de grands services en remplaçant l.i scolastique par la philosophie nouvelle, et en enseignant avec soin les sciences mathématiques.
Les écoles paroissiales et élémentaires sentirent également l'heureuse influence des réformes de Konarski ; leur nombre s'augmenta et leur mode d'enseignement s'améliora.
Quant à l'académie de Cracovie, elle ne s'occupa guère à cette époque que de la canonisation d un de ses anciens professeurs du xv«= siècle, Jean Kanty. En vain l'évoque Gaétan Soltyk ess.iya do la réformer de fond en comble ; tout se borna il quelques changements insignifiants, h l'achat d'instruments d'astronomie et de physique, à la fondation d'un jardin botanique et à l'introduction d'un cours de philosophie éclectique confié
à Joseph Putanowicz. En 17.'>5, l'académie de Cracovie comprenait la faculté de théologie (douze professeurs), la faculté de droit (huit professeurs), la faculté de philosophie (vingt-quatre professeurs y compris ceux des langues vivantes et orientales) et la faculté de médecine (six professeurs).
L'acadépriie de Zamôsc eut aussi sa réforme partielle ou du moins son recteur Albert Laskarys tâcha de la relever, mais sans succès. En 1755, elle avait cinq professeurs dans la faculté de théologie, six dans la faculté de droit, cinq dans la faculté de philosophie; la faculté de médecine n'avait plus de professeurs.
L'académie jésuite de Vilna se réveilla aussi : l'astronomie fit de grands progrès grâce au savant jésuite Zébrowski et à son collègue Poczobut.
Les colonies académiques firent une plus grande part dans leurs programmes à l'enseignement du français : d'ailleurs, rien ne fut modifié dans leur organisation.
Il n'en était pas de môme dans les écoles des piaristes complètement réformées par Konarski. Elles eurent désormais six classes. Dans la première (la plus basse), on enseignait les déclinaisons latines, les deux premières opérations de l'arithmétique, les divisions de l'histoire universelle, et l'histoire sainte jusqu'à la captivité de Babylone, la géographie générale en abrégé. En seconde, la suite de la grammaire latine jusqu'à la syntaxe inclusivement; on traduisait le Selectx {ad usum scholarum piarum) en polonais, on faisait des thèmes du polonais en latin; en arithmétique, la multiplication et la division; en géographie, l'Europe et particulièrement la Pologne en détail ; en histoire, l'histoire de France (dynasties des Valois et des Bourbons) en insistant sur \< s hommes illustres (Du Guesclin, Bayard, Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert, Turenne, etc., sans oublier les hommes illustres des autres nations, comme MontecucuUi, le prince Eugène, Marlborough, etc.) En troisième : syntaxe et prosodie latines, suite du Se^ec/â?, antiquités et institutions romaines, progressions arithmétiques et géométri<iues, règle de trois et règle de société, la géométrie plane et la géométrie appliquée; la géographie détaillée de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique. En quatrième, on traduisait le Jiigurtha de Salluste, certains discours de Tite-Live et de Quinte-Curce, quelques passages d'Ovide, de Virgile (pr livre de VEncidc), d'Horace. On enseignait la théorie des tropes et des figures. Pour le polonais, on composait des vers et des lettres, on traduisait en polonais certaines lettres de Muret et les lettres de Cicéron. Pour les mathématiques, les éléments de l'algèbre, équations du premier degré ; trigonométrie et solidométrie. En cinquième année, la physique (mouvement, staii que, le fou, l'air, l'hydrostatique, l'électricité, la dioptrique) ; l'astronomie (le globe, les corps célestes). En sixième année, onenseigiait l'art o»-atoi;e d'après la rhétorique de Konarski. On étudiait et l'on imitait les discours de Démosthène, de Cicéron, de Tite-Live, do Salluste, de Quinte-Cure-, de Tacite, de Kromer, d'Orzechowc-ki et de Gôrnicki. On y enseignait de plus le droit naturel, le droit politique et particulièrement le droit polonais. Le français et l'allemand étaient distribués entre les trois dernières classes. Les arts d'agrément (danse, escrime, équitation, dessin, musique) se payaient à part.
C'est aussi à cette époque que se rapporte la fondation en Pologne de la première éj:ole pratique des arts et métiers à Opole (l"bl), par Ignace Konarski, le frère du grand réformateur. Cinquième époque. Depuis le suppression des Jésuites jusqu'au troisième partage ^1773 1795,. — En 17 73, la suppression de I ordre des jésuites fournit l'occasion dunu roorgaïusaiiûn loiulo des
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POLOGNE
écoles. Sur la motion de Joachim Clirnptowicz, vice-chancelier de Lithuanie, on nomma une commission dite Commission d éducation, et on destina à l'instruction publique tous les biens confisqués aux jésuites.
La Commission d'éducation commença son œuvre par les professeurs et les livres scolaires. La rédaction des livres d'enseignement fut confiée à la Société élémentaire, dont les principaux membres étaient le prédicateur Piramowicz, l'abbé Hugues Kollontay et le grammairien Kopczynski. Cette société établit des prix pour les meilleurs ouvrages d'enseignement ; elle donna aux concurrents les instructions suivantes : ne pas faire passer les idées et les expressions générales avant les particulières, les abstractions avant les choses sensibles; ne pas employer les locutions figurées ; exposer clairement les matières de l'enseignement, en faisant sortir les vérités les unes des autres. Une partie seulement de l'ouvrage était destinée aux élèves; l'autre (et la plus considérable) devait contenir des conseils pour les maîtres. Pour avoir de bons professeurs, on transforma la faculté de philosophie de l'académie de Cracovie. Hugues Kollontay, à qui fut confiée cette tâche, recommanda aux professeurs de renoncer à l'habitude de dicter les leçons, de suivre toujours une méthode analytique, d'appliquer toujours la théorie aux divers besoins de la vie, de faire connaître aux élèves leurs devoirs d'hommes et de citoyens; d'insister en histoire naturelle sur la faune, la flore et les richesses minérales de la Pologne, en physique sur l'application aux métiers et sur l'explication des phénomènes naturels; d'appeler l'attention des élèves, dans la lecture des poètes, plus sur la grandeur des pensées que sur la beauté des expressions; d'inculquer aux jeunes gens le bon goût et les bonnes mœurs, d'enrichir leur esprit de connaissances utiles, mais en développant surtout leurs facultés intellectuelles.
Les cours de ces séminaires de professeurs (nous dirions de ces écoles normales), dont l'un était joint à l'académie de Cracovie et l'autre à l'académie de Vilna, duraient trois ans. Les élèves des séminaires étaient entretenus aux frais de la Commission d'éducation. Quiconque voulait être professeur devait d'abord enseigner dans une école paroissiale et ne pouvait qu'après ce stage prétendre aux emplois universitaires.
Les instructions de la Commission d'éducation relatives à ces écoles paroissiales ou primaires sont extrêmement intéressantes, et l'on y trouve sur la lecture, l'écriture, le calcul, les leçons de choses, comme aussi sur la discipline, sur l'éducation physique, sur l'hygiène, sur l'enseignement moral, des conseils dont pourraient profiter les pédagogues actuels. Voici du reste, sur l'œuvre si original e et si nouvelle de cette Commission d'éducation, l'opinion du président du département de l'instruction publique dans la Prusse méridionale, W. Klewitz, qu'on ne peut soupçonner de partialité à l'égard des Polonais. Il écrivait en 1805 : « Rien de plus admirable que les prescriptions du gouvernement polonais pour l'organisation des écoles de 1783 à 1790 : quel malheur qu'elles n'aient pu être exécutées I Le caractère principal de cette organisation était que les professeurs formaient un corps spécial, une hiérarchie régulière et subordonnée à la Commission (^'éducation (et par conséquent à l'Etat), dont relevaient les écoles supérieures et les écoles de districts. Le pays était divisé tout entier en circonscriptions scolaires, dont chacune comprenait une école supérieure et plusieurs écoles de districts, sans compter les écoles paroissiales des villes et dos villages et les pensions de garçons et de lillcs. Chaque district avait son recteur et son prorecteur.
chargés de surveiller les écoles au point de vuo de l'instruction et de l'éducation morale et physique en même temps que sous le rapport de l'économie.
» L'éducation avait pour but d'éclairer l'esprit; elle développait la moralité, la véritable piété, la force et l'adresse corporelles, l'ordre et la propreté. L'instruction apprenait à penser, à mettre en pratique les connaissances acquises : ni l'agriculture, ni l'art vétérinaire, ni l'industrie locale n'y étaient négligés. On s'efforçait de tremper le corps et de l'habituer an travail. L'éducation des jeunes filles tendait à en faire des épouses, des mères, des maîtresses de maison. » Et Klewiiz ajoute dans ce rapport officiel adressé au gouvernement prussien : « Quel gouvernement nouver.u refuserait de se ranger au programme de ces écoles? »
La Commission d'éducation ne put mettre la dernière main à son œuvre, le troisième partir^o ayant mis fin, en Ï795, à l'existence légale de !a Pologne. Voici quel était à cette époque, autant qu'on peut le savoir approximativement, le nombre des écoles en Pologne et celui des élèves qui les fréquentaient :
Ecoles académiques 33
— piaristes 21
— basiliennes (dans les provinces russiennes). 10
— dominicaines 2
— des communionistes 2
Ecole de chanoines réguliers 1
— des moines de Cîteaux 1
— bénédictine 1
— des Miéchowites 1
Académies (Cracovie et Vilna) 2
En tout, sous les ordres de la Commission d'éducation, 74 écoles supérieures ou secondaires. Ajoutons, en dehors de cette hiérarchie :
Les écoles de cadets (Varsovie, Nieswiez, Groduo,
Niemirow) 4
Ecole de peinture à Varsovie 1
Séminaires ecclésiastiques 15
Ecoles normales pour professeurs (Kieice et Lowicz) 2
Ecole d'auatomie et de chirurgie (Varsovie) i
C'est donc un total de 97 écoles supérieures ou secondaires. Or, la population de la Pologne on 1792 étant de 8 millions d'habitants, on peut compter une école supérieure pour 82 000 h; Citants. Aucune nation de l'Europe ne pouvait alors rivaliser à cet égard avec la Pologne. Ces écoles comptaient environ 20 000 élèves.
Quant aux écoles élémentaires ou primaires, il est impossible d'en évaluer le nombre même approximativement. Cependant, d'après les renseignements que l'on possède sur certaines provinces, on peutaffirmer qu'il y avait environ quatre hommes lettrés sur cent dans la Pologne de 17î)ô.
Nous n'avons point à parler ici des écoles de lu Pologne russe, prussienne et autrichienne depuis 1795 : on trouvera des renseignements à ut égard dans les articles relatifs à chacun de ces trois Etats. [V. Gasztowtt.]
A consulter : Histoire des écoles dans le royaume ce Pologne et le grand-duché de Lithuanie depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'anné- 1794 (en polonais), par Joseph LuKiszEwicz (lome I"), Posen, 1849; — L'Ecole au point de vue de son développement historique et des
Îrincipes de l'éducation (en polonais), par Antoine lUczKiEwicz, Lwôw, 1872; — Chowanna ou système de Pédagogie nationale (en polonais), par Br. Ferd. Trkn- TowsKi, t. II, fasc. 2, Posen, 184i; — Nouvel Organum didactique d'après la méthode de Bacon (en polonais), par Slau. Zaba^ski, Cracovie, 1882. — Konarski considéré comme réformateur des écoles publiqups (eu polonais), par FI. Lagowski, Varsovie, 1884. — Dr incrementis studiorwn pcr Polouos ac Prussos, Jacobus Wnit et Johanncs Jungschultz ; Lipsiœ, MDCCXXIII; — Essai sur l'histoire religieuse d£s nations slaves, par Valérien Krasinski, Paris, lSb3.