‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 285 sur 573 · PREJUGE · texte numérisé non relu

PREJUGE

— 2428 — PRÉPARATOIRES (CLASSKS)

verait de l'absurde et du ridicule. Pourquoi ne j croiripz-vons pas ceci ou cela, tout saugrenu j que ce soit? Tout vous serait vraisemblable, pos- I sible. Vous vous répondriez à chaque instant ce que nous répond le paysan : Pourquoi pas?

L'étonnant, c'est que le mal ne soit pas plus grand encore, c'est qu'avec tout cela, dans l'ensemble, ces pauvres gens sont très raisonnables, très intelligents, aussi sensés, aussi pénétrants que vous et moi. Il faut croire que Descartes a raison et que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». L'esprit de rhorame est naturellement juste, et il le reste même au comble de l'ignorance. L'instruction n'ajoute pas ii;rai)d chose à sa vigueur naturelle : elle le débarrasse seulement de toutes les ronces, de toutes les plantes parasites qui lui cachaient le soleil.

C'est un propos bien banaL et qui va sans dire, que l'une des grandes fonctions de l'école primaire est de battre en brèche les préjugés populaires. Ce qui est beaucoup moins banal, c'est de la voir y réussir pleinement. Qui de nous ne connaît telle école, rangée parmi les bonnes, où se donne une somme d'instruction très passable, conforme au programme, attestée par des certificats d'étude, et d'où les enfants sortent à peu près aussi superstitieux, aussi mal munis contre le préjugé de tout ordre, que le peuvent être leurs parents illettrés!

C'est qu'il n'y a pas de plus grave illusion que de s'en fier à la seule vertu de l'instruction, surtout réduite au minimum primaire, du soin de communiquer à l'esprit l'habitude de rigoureuse analyse, le besoin inexorable de logique et de raison. C'est ici affaire d'éducation, c'est-à-dire d'action très profonde, de modification lente et puissante des parties les plus intérieures de l'intelligence, et cela ne se peut que par une discipline générale de l'esprit organisée avec art et maintenue avec persévérance à travers toutes les parties et toute la durée de l'enseignement. Quelques leçons de science, si claires, si intéressantes qu'elles soient, ne feront pas l'enfant inaccessible au préjugé, pas plus que quelques belles démonstrations des vertus morales ne suffiront aie faire homme de bien : il faut que tout l'ensemble des éludes, que tout le cours de l'éducation, que toute l'action du maître conspire à ce résultat, concoure à imprimer ce pli définitif à l'esprit.

Au fond, il ne s'agit de rien de moins que do fonder dans l'enfant ce que nous appelons l'esprit scientifique, c'est-à-dire cette habitude de libre examen, cette pratique du doute préalable et de la recherche personnelle, par-dessus tout cette foi inébranlable dans la stabilité de l'ordre universel, qui sont devenues Tâme de la pensée et de la société modernes et sans lesquelles il demeurerait en dehors de la vie générale de son temps et de son pays.

Voilà soulement à quel prix l'école primaire pourra se flatter de combattre avec succès le préjugé. Gomment y arriver?

Ce n'est pas chose aisée à dire. Il est clair que les leçons de sciences naturelles, si elles ne sont pas ruiiique instrument de cetie œuvre, en sont du moins le principal. Le grand point, pour leur communiquer une vertu éducairice, est, si je ne me trompe, de les tirer le plus possible hors de l'abstraction, de les transporter en pleine réalité, et plus particulièrement dans la "éalité la plus connue de l'enfant, la plus précise, la plus locale qu'il se pourra. Ce qui reste ab^trait, ce qui ne se passe que dans les livres ou n.ôme dans les leçons, demeure pour l'enfant sans conséquence pratique, lui paraît hors de relations avec .va vie de chaque jour. Ce n'est pas spontanément mu' l'idée lui viendra de conclure du Ii\re au fait

personnel, de la leçon à ce qui se passe sous ses yeux, du général au particulier. C'est au maître à jeter perpétuellement le pont entre ce qu'il enseigne et la réalité au sein de laquelle vit son petit auditoire, à montrer les lois scientifiques opérant avec leur infaillible rigueur dans le domaine familier à chacun, régissant les choses connues de tous.

Beaucoup d'exemples, pris dans le train ordinaire de la vie locale, une parfaite simplicité de démonstration et de ton, une attention consiante à faire descendre la science sur la terre, à l'y faire prendre pied, prendre vie et mouvement, voilà une partie de l'art du maître qui entend faire de son enseignement une machine de guerre contre le préjugé. '

Voici l'autre partie, qui a l'air au premier aspect d'être inconciliable avec la première. Ces leçons si simples, si élémentaires, il faut qu'elles renferment toute la philosophie de la science. Ces « clartés de tout », selon l'admirable parole de Molière, il faut qu'elles illuminent au regard de l'enfant, non pas tel phéiioniène particulier seulement, mais toute la configuration généi"ale de la science, ses grandes lignes, et mènje ses rapports avec tout l'ensemble des choses. Par une fente imperceptible votre œil peut contempler un immense horizon et même l'infini des espaces. Ainsi faut-il que l'espritde l'enfant, par ces échappies que vous lui ouvrez sur le monde de la nature, devine l'univers.

Ces deux moitiés de l'art pédagogique, en apparence contradictoires, en réalité ne doivent faire qu'un. La simplicité de l'exposition et la largeur de l'inspiration doivent être poursuivies en même temps et l'une par l'autre. C'est en cherchant l'une qu'on atteindra l'autre. En tout cas, selon qu'on aura ou non réussi à les concilier, l'enseignement sera fécond ou stérile.

[D' Elle Pécaut.]

PRÉPARATOIRES (CLASSES). — Dans les lycées et collèges, l'enseignement classique secondaire et l'enseignement spécial déhutcnt l'un et l'autre par une classe dite préparatoire.

I. Emeignement classique. — La classe préparatoire ou neuvième est placée à l'entrée de la division élémentaire et reçoit les enfants qui ne sont pas en état de suivre la classe de huitième. On y enseigne la langue française, les langues vivantes (allemand ou anglais), l'hist' ire, la géographie, le calcul et le dessin ; on fait, en outre, des leçons de choses sur le charbon, les métaux, l'eau, l'air, les animaux et les végétaux. La répartition des heures de classe a été fixée ainsi qu'il suit par arrêté du 22 janvier 1885 : Langue française, 9 heures 1/2 par semaine ; lanjiues vivantes, 4 heures ; histoire 1 heure 1/2; géographie, 1 heure 1/2; sciences, 2 heures 1/2; dessin, 1 heure.

II. Knseiynement spécial. — Aux termes de l'art, jer du décret.du 4 août 1881, le cours préparatoire est « destiné à faciliter l'accès du cours moyen aux élèves de l'enseignement primaire ». Poiir y être admis, les élèvt-S doivent subir avec succès un examen qui porte sur les matières comprises dans le cours moyen de renseignement primaire obligatoire.

L'enseignement comprend : le français, 8 heures par semaine; les langues vivantes, G heures; 1 histoire et la géographie, 3 heures; les mathéniati(iues, 2 heures; la physicjue 1 heure et l'histoire naturelle 1 heure; la calligraphie, 2 heures (en d( hors des heures de classe), et le dessin, 4 heures. Sauf en ce qui concerne le français et les langues vivantes, les programmes sont étal)lis d'après la dilTérence qui existe entre les programmes du cours moyen de l'ciseigncmcnt primaire et ceux du cours élémentaire de l'enseignement secondaire classique.

Page 1