‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 294 sur 573 · PRINCES (EDUCATION DES) — 2438 — PRINCES (EDUCATION DES · texte numérisé non relu

PRINCES (EDUCATION DES) — 2438 — PRINCES (EDUCATION DES

préparait, sans le savoir, l'abaissement de la Franco et la décadence de la royauté.

L'éducation de Louis XV s'ouvre par une scène imposante. On le porte, âgé da cinq ans et demi, sur le lit où son aïeul attend la mort, et les dernières paroles du roi sont la première leçon de l'enfant : leçon si belle qu'on en grava le texte au chevot du prince. A quoi bon? A quoi bon plus tard les homélies de M^ssillon ?

Le gouverneur du jeune prince est le maréchal de Viileroy, le favori de Louis XIV, le courtisan vieilli dans l'adulation, le général incapable qui nous valut Ramillies et que ses troupes chansonnèrent à Crémone. « Dur dans ses caprices, bas dans ses coinpiaisances », ainsi le peint comme gouverneur la plume acérée de Lemontey. Saint- Simon, pour le flétrir, n'a qu'une phrase de lui à répéter : c'est en 1721, après la première des deux grandes maladies de Louis XV. La foule est grande sous les fenêtres du château, Viileroy y mène le prince âgé de douze ans et lui dit : « Voyez donc, mon maître, tout ce monde, tout ce peuple, tout cela est à vous, tout cela vous appartient, vous en êtes le maître. »

Le précepteur est Fleury, évêque de Fréjus, âgé de soixante-deux ans. Il n'est pas arrivé par la grande voie, comme Bossuet et Fénelon, mais par les influences mondaines et les habiletés sourdes. Il prit Louis XV par la douceur de ses manières caressantes. Mais il gouverna son éducation comme il gouvernera la France, sans vues hautes, sans chaleur d'âme, sans grandeur. Au mâle régime que réclamait l'honneur du prince et le salut de l'Etat, il préféra le régime assoupissant d'une éducation molle et négative. Précepteur infidèle, en ce sens qu'il travailla constamment à se rendre nécessaire.

Le naturel de Louis XV favorisa cette politique. Son ind( lence était extrême, de l'obstination sans volonté. L'habitude lui tenait lieu de tout, o Revenez bien vite, disait-il à M™e de Ventadour, sa gouvernante. Sans vous je ne sais pas être sage. » Fleury tira parti de cette faiblesse : on connaît la comédie deux fois répétée de sa feinte retraite. Des goûts vulgaires : la distraction du jeune roi et sa récompense après quelque acte ennuyeux et contraint, c'était de faire la cuisine. Mais le trait le plus inquiétant de cette triste nature, c'était une précoce dureté de cœur. Qui ne sait, pour l'avoir lue dans Barbier, l'histoire de la biche apprivoisée, nourrie des propres mains du roi et qu'il tua un jour dans des circonstances absolument féroces (1722) ?

A quel foyer n'eût-il pas fallu réchauffer ce cœur? Fleury n'y songeait guère. Un jour Voltaire se risque à lui demander si le roi lisait Télémaque : il répondit quil lui faisait lire « de meilleures choses ».

L'éducation des enfants de Louis XV ne fut pas ce qu'on pouvait craindre sous un règne corrompu. En plein Versailles, le dauphin et sa femme s'étaient fait une retraite « modeste et pieuse » pour y élever leurs fils. Louis XVI eut comme précepteur M. de la Vauguyon, brave soldat, homme de mœurs pures, mais esprit étroit et sans portée. Il n'eût pas fallu moins qu'un génie à la Henri IV pour relever la monarchie sur son déclin. La Vauguyon n'avai^ rien de ce qu'il faut pour former un tel roi. Le prince sorti de ses mains «^ût honoré de ses vertus le cours d'une vie privée : sur le trône, il fut le jouet des événements ; victime d'une révolution que rien ne le préparait à comprendre. Une concession aux idées de Rousseau signale pourtant cette éducation : Louis XVI apprit un métier, il excellait aux travaux de serrurerie. Notons aussi le goût de la lecture et une solide instruction géographique. Moins studieux ou moins bien traité, Charles X accusera M. de La Vauguyon

de l'avoir si mal élevé qu'il avouait ne pouvoir lire quatre pages de suite, fût-ce Gil Blasy sans s'ennuyer.

Dans le même temps, les princes d'Orléans trouvaient dans ^l^^ de Genlis un « gouverneur » mieux pénétré de l'esprit nouveau. On a fait voir, dans un article spécial, comment elle comprit sa tâche. Louis-Philippe et madame Adélaïde sa sœur ont fait honneur à leur institutrice. Un système d'éducation qui demandait beaucoup à l'énergie physique et à la volonté les préparait pour la double épreuve de l'exil et de la royauté.

L'éducation du prince royal ne pouvait échapper aux vues prévoyantes de la Constituante. Dès l'année 1787, Lafayette se trouvant chez le duc d'Harcourt, gouverneur du dauphin, la conversation tomba sur les meilleurs moyens de lui enseigner l'histoire : « L'histoire de France, dit Lafayette, devra commencer pour lui à l'année 1787. » En 1791, l'Assemblée nationale voulut enlever aux. influences de cour le choix du précepteur ; elle dressa une liste de noms parmi lesquels le roi serait tenu de choisir : Sieyès, Gondorcet, Bernardin de Saint-Pierre, Bsrquin, Saint-Martin (le philosophe inconnu) y sont inscrits. Sous la Législalive, un des derniers actes de la Gironde fut de rappeler au roi (juillet 1792) le vœu de la Constituante.

Rien n'absout la mesure qui livra au cordonnier Simon, instituteur dérisoire, l'héritier innocent et débile de trois races de rois.

Les événements qui brisèrent le trône de Napoléon livrèrent l'éducation du roi de Rome aux mains de l'Autriche.

Sous la Restauration (octobre 1819), le duc d'Orléans, aux applaudissements de Paul-Louis Courier et de la France libérale, fit suivi'e à son fil» aîné les cours du collège Henri IV. Devenu roi, il soumit ses autres fils à la même discipline. C'était le régime mixte de l'enseignement public par le collège, et de l'enseignement privé par le préceptorat. Plusieurs de ces précepteurs se sont fait un nom dans les lettres, notamment Hippolyte Rigault et M. Cuvillier-Fleury.

En 1833, à Prague, Charles X donna au duc de Bordeaux deux précepteurs jésuites, bientôt remplacés par Mgr Frayssinoas, évêque d'Hermopolis.

Le second empire adopta le même système d'éducation que la monarchie de juillet : le prince impérial eut des précepteurs universitaires et suivit les cours du lycée Bonaparte.

Au sujet que nous venons de traiter se rattacherait l'histoire des éducations royales faites hors de France par des maîtres français. L'influence des idées françaises pénétrant par cette voie dans les cours étrangères serait curieuse à étudier. Dès le xvie siècle, Pasquier en signalait les progrès non seulement dans les cours, mais encore dans les grandes familles d'Allemagne et d'Angleterre. Ne voyons-nous pas au xviiio siècle un Français de mérite, Duhan, élever le prince de Prusse qui sera Frédéric II, et l'abbé de Gondillac consacrer à l'éducation de don Fernand, infant de Parme et Plaisance, plusieurs années de sa vie laborieuse et treize volumes d'œuvres pédagogiques (analysées à l'article Condillac) ?

La Révolution française n'eût pas tenu tête à l'Europe, l'Empire n'eût pas planté si loin ses drapeaux, si la victoire des armes n'eût été préparée par celle des idées et des mœurs.

[H. Durand.]

Nous donnons ci-dessous une liste des principaux ouvrages qui traitent de l'éducation des princes :

Seizième siècle. — Rabblais, Education de Gargantua, I, a, H. — Erasme, Instruction d'un prince chrétien (en latiu). — BcDB, Education du prince (1547). — IlKnoBRAv

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