Etat de l'instruction primaire avant
— V. Bretagne.
depuis 1789 et état actuel.— Nombre des écoles.
— Le tableau ci-dessous indique l'accroissement du nombre des écoles primaires depuis les premières années de la Restauration, premier régime h partir duquel nous possédions des statistiques relatives à ce département, jusqu'à nos jours :
1821 (d'après l'almanach de l'uni-
.c^r. 'versité royale)
1834 *^''' ^'*"s^'q"« oflic"») . .
Ecoles
Écoles
publiques
libres
Total
On remarquera que la statistique de 1876-77 accuse 51 écoles publiques de plus qu'il n'oi» existe en 1880-81. Cette anomalie est expliqua .• par une erreur de classement. Un cctain nombro d'écoles libres subventionnées avaient été clas-ées parmi les écoles publiques ; mais des instructions plus précises données depuis ont fait cesser cette erreur d'interprétation, et à partir de 1878-79 leti classements ont été faits plus régulièrement. Les écoles publiques, en j 876-77, malgré l'exagération de leur nombre, ne contenaient ensemble que 920 classes, tandis que les 565 écoles publiques accusées par la statistique de 1880-81 en contiennent 956; ces chiffres démontrent que la tâche des maîtres a été allégée par le dédoublement d'un nombre assez considérable de classes trop nonibreuses. Cependant le département d'Ille-et-Vilaine est loin encore d'occuper sous ce rapport une situation satisfaisante. Voici comment s'y répartissent les classes des écoles publiques :
Classes de 50 élèves et au-dessous. . . 409, soit 42.8 0/0
— de plus de 50 élèves 180, — 18.8
— de plus de 60 élevés 145, — 15.1
— de plus de 70 élèves 85, — 8.9
— de plus de 80 élevés 137, — 14.4
Les moyennes correspondantes pour toute !a France sont, respectivement: 58.6 0/0, 16.8 0/0, 11.7 0/0,6.8 0/0,6.1(1/0.
Il convient d'ajouter que parmi les 137 classes de plus de 80 élèves il y en a beaucoup qui dépassent 100, 110, 120 et môme 150 élèves.
Le nombre des classes dans les écoles libres est aussi en augmentation ; en 1876-77 il y en avait 541, il y en a actuellement 586.
En 1837, sur un total de 361 écoles on en comptait 177 spéciales aux garçons, 46 mixtes, et 139 spéciales aux filles ; en 1876-77, les écoles se répartissaient en 317 écoles spéciales aux garçons, 108 mixtes, et 347 spéciales aux filles. En J881 les chiffres sont : 327 écoles spéciales aux garçons; 96 écoles mixtes, et 352 écoles spéciales aux
Situation scolaire des communes. — Sur les 357 communes du département, 351 possédaient (en 1881) au moins une école publique, une commune était réunie à une autre pour l'entretien d'une école, cinq n'avaient qu'une école libre. Aucune commune n'était complètement dépourvue d'école.
124 communes de plus de 500 habitants ne possédaient pas d'écoles publiques de filles, savoir : 8 dans la r« circonscription de Rennes et 13 dans la 2® ; 8 dans la circonscription de Fougères, 17 dans celie de Montfort ; 27 dans celle de Redon, 19 dans celle de Saint-Malo, et 32 dans celle de Vitré.
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.
Ecoles laïques Écoles congréganistes
de garçons . -,, ou mixtes "^ ""®'
de garçons . ^ ,, ou mixtes ^^ """
ToUl
Les 236 écoles laïques de garçons ou mixtes se divisent en 225 écoles publiques et 11 écoles libres. Les 187 écoles coiigréganisies de garçons ou mixtes se divisent en i46 écoles publitjues et 41 écoles libres. On voit par ces chiffres que les
ILLE-ET-VILAINE
ILLE-ET-VILAINE
congréganistes n'ont guère que 39.3 0/0 des écoles publiques de garçons. Mais ces écoles sont situées dans les centres les plus importants, et le nombre de leurs élèves, 15 373, représente encore 41.7 0/0 de la population des écoles publiques de garçons ou mixtes.
Sur Jes 74 écoles laïques de filles, 51 sont des écoles publiques, 23 des écoles libres; sur les 278 écoles congréganistes de filles, 143 sont des écoles publiques, lo5 sont des écoles libres. On voit par ces chiifres que les écoles publiques congréganistes de filles sont en grande majorité dans rille-et-Vilaine : 73.7 0/0. Cette majorité s'élève à 79.2 0/0 si on fait porter le calcul sur les élèves au lieu de le faire porter sur les écoles.
L'enseignement libre, qui a une grande importance dans rille-et-Vilaine puisqu'il représente 27.1 0/0 des écoles et 31.4 0/0 des élèves, est pour les trois quarts aux mains des congréganistes. Les laïques possèdent 34 écoles libres, dont 4 de garçons avec 258 élèves, 23 de filles avec 1 006 élèves, et 7 écoles mixtes recevant 196 élèves. Les congréganistes possèdent 176 écoles libres, savoir: 31 écoles de garçons avec 5 873 élèves, 135 écoles de filles avec 10 968 élèves, et 10 écoles mixtes recevant 805 élèves.
l<,ombre total d'élèves^ et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.
Total des clèTes
Élèves gratuits
1832 (année civile)...
Manque.
1876-77 (année scolaire).
Manque.
Pour la gratuité il y a lieu de distinguer entre les élèves des écoles libres et ceux des écoles publiques. Le nombre des élèves gratuits dans les écoles libres, si l'on s'en rapporte à des déclarations qu'on ne peut contrôler, était de 12 606. Les écoles publiques, au moment de la promulgation de la loi du 16 juin 1881 qui a établi la gratuité absolue, admettaient gratuitement 31 054 de leurs élèves &\xvho 234. soit 57.3 0/0. C'est donc 42.7 0/0 des élèves des écoles publiques de l'Ille- 8t-Vilaine qui sont ajoutés à la charge du budget des dépenses ordinaires de l'enseignement primaire.
Les 80 551 élèves qui fréquentent les diverses écoles d'Ille-et-Vilaine peuvent se subdiviser en : 55 23i élèves des écoles publiques et 25 317 élèves des écoles libres; en 41 415 garçons et 39 136 filles; en 27 034 élèves des écoles laïques et 54 517 élèves des écoles congréganistes; en 36 231 élèves payants et 44 320 élèves gratuits ; en 74 198 élèves des écoles spéciales à l'un ou à l'autre sexe et 6 353 élèves des écoles mixtes. La proportion de ces derniers pour les écoles publiques est, par rapport au total des élèves, de 9.6 d/O. Pour toute la France cette proportion est de 16.9 0/0. On remarque, en outre, qu'aucune des écoles mixtes d'Ille-et-Vilaîne, soit publique soit libre, n'est dirigée par un instituteur. Or, comme elles contienncMit ensemble 3 083 garçons, cest 3 ()83 garçons dont l'instruction est totalement confiée à des institutrices.
Les clèvps d'âge scolaire (6 à 13 ans) figurent dans les 80 5M élèves du département d'Illeot- Viuine pour 06 043. D'après le recensement ùv 1S7C, le niimbre des enfants de cet âge pour le même département était de 78 424, d'où une dif-
férence de 12 381 enfants d'âge scolaire entre le» chiffres du recensement et celui des inscriptions dans les écoles primaires. Mais il convient de retrancher de ce chifi're, d'une part, les enfants de 6 ans et au-dessus, reçus dans les salles d'asile et qui, d'après les états de situation de l'année 1880-81, étaient au nombre de 1484; d'autre part, liis enfants de 6 à 13 ans recevant l'instruction dans les établissements publics d'enseignement secondaire, qui étaient en 1876-77 au nombre de 1894. En admettant qu'avec l'appoint des enfants de 6 à 13 ans reçus dans les établissements d'enseignement secondaire libres on puisse porter ce dernier chiffre au double, soit 3800, il n'en resterait pas moins dans le département d'Ille-et-Vilaine plus de 7000 enfants de 6 à 13 ans privés de toute instruction. L'application de la loi du 28 mars 1882 fera cesser cet état de choses.
Néanmoins la situation de l'instruction primaire dans l'Ille-et-Vilaine peut être déjà considérée comme prospère si on la compare à l'état ancien. En 1829, il y avait en moyenne 146 élèves par 10 000 habitants; 137 en 1833; 361 en 1837; 492 en 1840 et 699 en 1850. En 1863, la moyenne des élèves est de 1056 par 10 000 habitants, de 1112 en 1867, de 1272 en 1872 et de 1256 en 1876-77. Enfin en 1880-81, si l'on ajoute aux élèves des écoles primaires les enfants de 0 ans et au-dessus qui sont reçus dans les salles d'asile et dont la place est à l'école, la moyenne des élèves par 10 000 habitants s'élève à 1361.
Personnel enseignant. — Les instituteurs laïques ont la majorité dans l'enseignement public ; dans l'enseignement libre elle est du côté des congréganistes. Les institutrices laïques sont en minorité dans l'enseignement public et dans l'enseignement libre. Voici, d'ailleurs, la situation respective exacte des deux catégories :
i Hommes \ ^^'^^"«f ^2," J/J
I j congrég.... 38,» 0/0
■ Jaïques 18,50/0
congrég.... 81,5 0/0
faïques 4,» 0/0
congrég 96.» 0/0
congiég 91,2 0/0
Nombre d'instituteurs et d'institutrices y y compris les adjoints et les adjointes.
Enseignement public.
Enseignement libre.. .
Femmes
Hommes Femmes
Instituteurs
Institutrices
Iniques 2S0
congrég.
laïques loO
Total
Pour 1881, les nombres se subdivisent comme suit : les 312 instituteurs laïques en ;î07 publies et 5 libres, les 308 instituteurs congréganistes en 188 publics (dont 93 titulaires et 95 adjoints) et 120 libres; les 150 institutrices laïques en 98 publiques et 52 libres ; les 970 institutrices congrépaiiist' s en 431 publiques (dont 196 titulaires et "•235 adjointes) et 539 libres (dont 146 titulaires et 393 adjointes).
Dans le personnel laïque dos écoles publiques on trouve encore 34 instituteurs (l titulaire et 33 adjoints) et 7 institutrices (2 titulaires et 5 adjointes) non brevetés; dans le porsonnel congroganiste il existe 85 instituteurs (1 titnlaire et 84 adjoints) et 318 institutrices (118 titulaires et 200 adjointes) non brevetés. La proportion des non brevetés est cho7 les laïques de 10. 1 0/0 et chez les congréganistes de C^5. 1 0/0.
Dans le personnel laïque libre des écoles de
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earçons, sur 5 instituteurs il y en a 1 non breveté; dans celui des écoles de filles, sur 52 institutrices on trouve 7 titulaires et 13 adjointes non bre-
vetées
Dans le personnel congréganiste des écoles libres de garçons, sur 120 instituteurs il existe 69 adjoints non brevetés ; dans celui des écoles de filles, sur 5^9 institutrices on trouve 113 titulaires et 270 adjointes non. brevetées. , ^ ,
La proportion totale des non brevetés dans les écoles libres est de 36.8 0/0 chez les laïques et de 68. f) 0/0 chez les congréganistes. On voit par ces chitTres que le personnel laïque des écoles libres n'offre pas un niveau intellectuel bien élevé, et que le personnel congréganiste de ces écoles est moins bien choisi que celui des écoles publiques.
Maisons d'école et mobiliers scolaires. — Sur 565 maisons d'école que comptait le département d'Illc-ct- Vilaine on 1880-81, 389 appartenaient aux communes, 53 étaient prêtées, 123 étaient louées. Le prix total de location de ces dernières s'élevait à 17 .^63 francs. 196 des maisons appartenant aux communes étaient l'objet d'une demande de réparation quelconque. On lit à ce sujet dans le rapport présenté par l'inspecteur d'académie au Conseil général (session d'août 1881) :
« La situation matérielle des écoles publiques ne cesse pas de s'améliorer tous les ans, grâce aux importantes subventions que le département ou l'Etat accordent aux communes. Je dois cependant signaler un ralentissement dans les constructions nouvelles et dans les appropriations des maisons existantes. Le règlement du 17 juin 1880 a eu pour effet d'ajourner un certain nombre -de projets qui ne remplissaient pas les conditions nécessaires pour donner droit à une subvention. La hauteur des salles de classes, leur superficie, l'étendue des préaux couverts et des cours de récréation ont surpris maintes communes, qui ne pouvaient disposer que d'un terrain assez restreint ou de ressources trop limitées. Pour éviter le rejet parla commission centrale des bâtiments scolaires, les municipalités ont été invitées à procéder h une nouvelle étude des projets qu'elles avaient présentés.
» Nous avons néanmoins à mentionner pour ranncc 1880:
» Dans l'arrondissement de Rennes, l'achèvement des écoles de Thorigné, de Dourdain, de Sens et de Montreuil-le-Gast ; l'amélioration des locaux dans 8 communes, des travaux en cours d'exécution dans 6 autres
» Dans l'arrondissement de Saint-Malo, 7 communes ont achevé ou approprié leurs écoles.
» L'arrondissement de Fougère compte quelques acquisitions de mobiliers scolaires, 5 projets à l'étude, 2 constructions en cours d'exécution, 2 écoles nouvelles et une maison d'habitation pour un instituteur.
» L'arrondissement de Vitré a construit 2 écoles ; il en a 2 autres en voie d'exécution....
» Dans l'arrondissement de Redon on a construit 2 nouvelles écoles de garçons....
» Enfin en Montfort on trouve 2 écoles terminées, une maison appropriée, 3 écoles en construction et 2 projets à l'étude.
» Malgré ces améliorations, il reste encore beaucoup à faire Des 176 maisons qui sont louées
ou prêtées, il en est peu qui conviennent à leur destination. On rencontre trop souvent, dans ces écoles, des classes non planchéiées, des cours de récréation sans clôtures, sans préau couvert, quelquefois môme sans cabinet d'aisance; des murs noircis par le temps ou tachés d'encre, des planchers défoncés, des plafonds en ruines, des logements inhabitables. La situation matérielle ne deviendra satisfaisante que le jour où les municipalités, mieux éclairées sur les intérêts commu-
naux, auront à cœur de posséder tous lesbâtiments nécessaires à un service public de cette importance. »
Le chiffre des subventions accordées par l'Etat à diverses communes de l'IUe-et-Vilainc pour construction ou réparation de ma'sons d'écoles durant les cinq dernières années est le suivant'
Subvention? de l'État.
Nombre de» éeolet
Totaux...
7 700 fr
24o 400 fr.
Enseignement, méthodes et résultats. — « Le niveau moyen de l'enseignement tend à s'él^^ver dans les écoles primaires, dit le rapport de l'inspecteur d'académie. Les examens du certificat d'études ont fait naître dans le personnel une émulation salutaire; d'un autre côté les ronfcrences pédagogiques ont réglé, en la développant, l'aptitude des instituteurs, et ont amené une amélioration très sensible dans les premières classes.
» Dans les autres divisions les progrès sont plus lents, parce que les maîtres, surtout les instituteurs et les institutrices congréganistes, n'ont pas complètement renoncé à ces procédés mécaniques d'enseignement si peu faits pour éveiller l'intelligence des élèves.
» La lecture est devenue plus expressive dans les écoles laïques de garçons ; le livre est mieux choisi ; les explications du texte sont moins rares qu'autrefois. Dans beaucoup d'autres écoles, le ton est encore mauvais, la prononciation défectueuse. On ne sait pas tirer de cet exercice tout le parti qu'il peut offrir pour le développement intellectuel de l'élève. Il est vrai que tous les livres de lecture qui se prêtent peu à des explications variées et instructives n'ont pas encore disparu de toutes nos écoles; cependant la commission cliargée de dresser le catalogue des livres en usage pour le département a tellement étendu la liste des livres de lecture qu'il est permis d'espérer que toutes les catégories d'instituteurs y trouveront des ouvrages à leur goût.
» L'écriture à main posée est généralement bonne, mais les élèves restent trop souvent livrés à eux-mêmes et contractent ainsi des défauts qu'une surveillance plus active pourrait prévenir. Dans bon nombre d'écoles, cet enseignement est donné sans méthode, sans explications théoriques, au tableau noir. On copie un modèle en dehors de toute intervention de la part du maître ; aussi trouve-t-on rarement sur les cahiers des traces de correction. La tenue du corps n'est pas, non plus, suffisamment surveillée. J'ajouterai que l'écriture, dite expédiée, celle qui doit être plus tard l'écriture de l'adulte ou de l'homme fait, est trop négligée dans les écoles. Les cahiers de devoirs ressemblent si peu aux cahiers d'écriture qu'il est absolument impossible de reconnaître ceux qui appartiennent au même élève.
» Dans l'enseignement de la langue, on fait une trop grande part à l'orthographe des mots, sans s'appliquer à faire découvrir aux élèves leur origine, leur mode de formation, les idées que ces mots expriment. Aussi les exercices de rédaction, quand on ne les sacrifie pas absolument aux analyses grammaticales et aux conjugaisons des verbes, ont-ils partout peu de valeur sous le rapport du style. Dans les compositions pour le certificat d'études primaires, comme aux examens d'admission aux écoles normales ou du brevet de capacité, la composition française est, de toutes les épreuves, la plus faible.
» Le calcul tient une largo place dans l'enseignement des écoles primaires, mais on ne peut
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dife qu'il soit enseigné d'une manière toujours profitable. Dans certaines écoles laïques de gar-
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çons, la méthode employée est plus rationnelle ; les questions données en devoirs ont un caractère plus pratique et sont mieux graduées ; mais ailleurs on confie trop volontiers à la mémoire, sous forme de règles qui ne sont jamais expliquées, les opérations fondamentales de l'arithmétique, ou bien l'on se contente d une simple réponse comme solution d'un problème que l'on ne prend pas la peine de raisonner.
p Le système métrique est enseigne souvent d'une manière abstraite, et ce n'est que par des efforts de mémoire que l'élève retient les multiples et les subdivisions des unités de mesure. Un compendium métrique devrait toujours figurer dans le mobilier scolaire. Quelques écoles seulement en sont pourvues; d'autres n'ont que des tableaux représentant ces mesures, et ailleurs l'enfant n'a sous les yeux que l'image du petit abrégé d'arithmétique qui est entre ses mains.
T> L'histoire et la géographie sont en progrès, grâce aux examens du certificat d'études printiaircs qui ont obligé les instituteurs et les institutrices à entrer plus avant dans ces matières. Mais c'est ici surtout que les maîtres qui ont l'habitude de se dérober derrière un livre imposent à leurs élèves des eftorts de mémoire inouïs. On apprend tout par cœur, quelquefois dans le plus petit abrégé possible. Dans quelques écoles, cependant, on commence à habituer les élèves à des récits historiques plus développés et à la lecture de la carte. On signale même quelques essais de tracés géographiques au tableau noir.
» Dans les écoles de filles, les travaux à l'aiguille ont lieu avec assez de régularité, une ou deux fois par semaine ; maie la couture et le ravaudage y cèdent trop souvent la place au tricot et à la broderie.
w L'enseignement de la gymnastique, devenu obligatoire, n'est organisé que dans une soixantaine d'écoles. Les écoles de Rennes, de Saint-Malo, de Pleine Fougères, sont les seules où cet enseignement soit donné régulièrement dans des gymnases et par des professeurs spéciaux. Partout ailleurs, là où il est donné, l'enseignement est limité aux mouvements de marche et d'assouplissement, conformément aux instructions contenues dans le manuel de gymnastique adressé par M. le ministre à tous les instituteurs. C'est principalement dans les écoles laïques de garçons, quand l'instituteur n'est pas trop âgé ou infirme, que la gymnastique a pris place parmi les exercices scolaires. Si l'on excepte l'école congréganiste de Montfort, où un ancien militaire donne gratuitement, et à ses heures, quelques leçons aux élèves, et celle de Gesson, qui a pour maître adjoint un ancien soldat, on constate qu'aucun ancien instituteur congréganiste n'a ajouté la gymnastique aux matières de son enseignement.
» Les arrondissements de Rennes, de Saint-Malo et de Fougères, où le personnel laïque domine, sont ceux qui ont donné les résultats les plus satisfaisants. Celui de Redon ne compte que 8 écoles où l'on fassse des exercices de mouvement.
>» Dans l'arrondissement de Vitré, les premières notions de gymnastique ont été données par l'inspecteur primaire dans chaque chef-lieu de canton à l'occusion des conférences cantonales. Dans l'arrondissement de Montfort, les résultats ont été à peu près nuls jusqu'ici.
» Le dessin linéaire, l'arpentage, la tenue des livres, le chant, sont les matières facultatives que l'on étudie avecle plus de soin dans quelques bonnes écoles et dans les écoles de chefs-lieux d'arrondissement. Des cours élémentaires de sciences physiques et naturelles sont, en outre, organisés à Rennes, à Saint-Malo, à Pleine Fougères. L'enseignement de
l'agriculture n'est pas donné sous une forme intéressante, d'une manière suivie. A l'approche des concours agricoles, quelques instituteurs préparent à la hâte les élèves qu'ils doivent présenter, mais cette préparation de quelques semaines ne donne pas de résultats sérieux...
» La situation morale est assez satisfaisante. Les élèves sont généralement dociles et respectueux envers leurs maîtres ; leur application et leurs progrès peuvent souvent laisser à désirer, mais leur conduite en classe ne donne pas lieu à des punitions sévères et moins encore à des exclusions. »
Certificat d'études primaires. — L'institution du certificat d'études primaires est de date récente dans le département d'Ille-et-Vilaine : elle ne remonte pas au-delà de 1878. Au premier concours, 687 garçons et 153 filles s'étaient présentés pour l'obtention du certificat : 534, dont 410 garçons et 124 filles, l'avaient obtenu. En 1881 les candidats au certificat d'études primaires se sont présentés au nombre de 1139, dont 719 garçons et 420 filles : 427 garçons et 277 filles, en tout 704 candidats, l'ont obtenu. La proportion des admis par rapport aux candidats est de 66 0/0 chez les filles ; chez les garçons elle ne dépasse pas 59.4 0/0. Le total des certificats obtenus est dans la proportion de 0.87 0/0 des élèves de toutes les écoles. Pour toute la France cette proportion est de 1.36 0/0. On voit que le département d'ille-et- Vilaine a de grands efforts à faire pour s'élever seulement au niveau moyen. Il les fera certainement, car « l'utilité du certificat d'études, dit le rapport d'inspection académique, est de plus en plus appréciée par les instituteurs et par les familles. Le certificat favorise la fréquentation, car les élèves eux-mêmes attachent à sa possession beaucoup plus d'importance qu'aux prix ordinaires de l'école. Il est à la fois pour les instituteurs un stimulant et une récompense de leur zèle ; les familles, enfin, y trouvent une garantie et une recommandation en quelque sorte officielle auprès des personnes, patrons ou chefs de maisons commerciales, qui doivent employer leurs enfants. »
Ecole normale. — Le département d'Ille-et-Vilaine possède une école normale d'instituteurs fondée à Rennes en 1831. Cette école contient actuellement C4 élèves. L'enseignement y est donné par le directeur, 5 maîtres adjoints et 8 professeurs externes. « Le recrutement de l'école normale, dit le rapport d'inspection académique, qui semblait causer l'an dernier quelque inquiétude pour l'avenir, s'opérera cette année avec moins de peine. Soixante-douze candidats se sont présentés. Les compositions ont eu lieu sous la surveillance des inspecteurs primaires, et les candidats admissibles aux épreuves orales ont été appelés à l'école... Pendant toute une semaine, quarante jeunes gens ont été examinés de près par leurs futurs professeurs et par la commission chargée de juger leur aptitude aux fonctions de l'enseignement. Trente candidats ont obtenu le nombre de points rigoureusement nécessaires pour l'admission définitive, quoiqu'il n'y ait que dix-huit places vacantes. »
Cours normal d'institutrices. — Le cours normal d'institutrices, annexé à une école libre de Fougères, ne tardera pas à être remplacé par une école normale de filles, qui trouvera, à Rennes, plus d'éléments de prospérité et facilitera le recrutement du personnel enseignant laïque. On a remarqué, en elTet, que les jeunes filles qui se présentent aux examens d'admission appartiennent toutes à do petites écoles communales et sont d'ailleurs en trop petit nombre pour que le choix olTre des garanties sérieuses. La création à Rennes d'un établissement en rapport avec les besoins de l'enseignement des filles fera naître des vocationa parmi les élèves des villes, et le niveau des con-
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cours s'en élèvera nécessairement. Un programme delà construction à exécuter a été dressé par l'inspecteur d'académie. Ce programme, transmis à l'arcliitecto départemental, a servi de base à un projet qui sera soumis à l'examen du Conseil général.
Le nombre des élèves du cours normal, toutes boursières du département, a été de 12 pendant l'année scolaire de 1880-81. Deux élèves de 3* année, parvenues au terme de leurs études, ont obtenu leur brevet supérieur à la session de juillet 1881. La seconde année compte trois élèves et la première sept. Malgré les obstacles que l'installation défectueuse des locaux actuels oppose à la marche générale du cours normal, la préparation des élèves n'a pas cessé d'être satisfaisante; les trois élèves de seconde année qui se sont présentées à la session de juillet ont obtenu le brevet de second ordre.
Brevets de capacité. — Le nombre total des brevets de capacité délivrés dans le département d'Illeet-Vilaine de 1833 à 1881 est le suivant :
Instituteurs.
1833-1850. 776 brevets élémentaires, 57 brevets supérieurs 1851-1867. 681 — obligatoires, 37 — complets. 1868-1880. 409 — — 47 — —
1881 88 — élémentaires, 4 — supérieurs
Institutrices.
1836-1850. 361 brevets élémenaïires. 58 brevets supérieurs.
1851-1807. 546 — obligatoires, 39 — complets: '
1881 287 — élémentaires, 27 — supérieurs
Les brevets élémentaires, en 1881, se sont répartis comme il suit entre les divers aspirants et aspirantes d'Ille- et- Vilaine : sur 88 aspirants laïques 59 ont été admis, soit 67 0/0; sur 79 aspirants congréganistcs 29 ont été admis, soit 36.7 0/0 ; sur 230 aspirantes laïques 159 ont été admises, soit 69.1 0/0 ; sur 217 aspirantes congréganistes 128 ont été admises, soit 59 0/0.
La proportion des brevetés par rapport aux candidats en général est de 52.7 0/0 pour les aspirants et de 64.2 0/0 pour les aspirantes. Pour toute la France la moyenne est de 49 0/0 pour les aspirants et de 62.2 0/0 pour les aspirantes. Au point de vue du brevet de capacité, le département dlUe-et-Vilaine se trouve donc au-dessous de la moyenne générale.
Salles d'asile. — Le département d'Ille-et- Vilaine ne possédait aucune salle d'asile en 1837. En 1850 il en comptait 6 ; en 1863 il en avait 15, 16 en 1867, et 24 en 187G-77. Le nombre d'enfants reçus dans les salles d'asile était de 1662 en 1850, de 2000 en 186:5, de 3027 en 1867 et de 4056 en 1879-77. En 1880-81, le département possédait 25 salles d'asile, dont 12 publiques et 13 libres. Une salle d'asile publique et une salle d'asile libres étaient dirigées par des laïques, toutes les autres étaient dirigées par des congréganistes. Ces 25 salles d'asile ont reçu, peudant l'année scolaire 1880- 81, 5 o53 élèves répartis comme il suit :
Salles d'asile
publiq.
libres.
laïques., congrég.
) laïques..
I congrég.
Sur ce nombre il y avait encore 638 élèves payants, dont 257 élèves des salles d'asile publiques et 381 élèves des salle libres.
Cours d'aultes. — Voici la statistique des cours d'adultes à partir de 1863
Nombre des cours Nombre det «ndilean
Uonimet Femmes Uomini>i Femmes
1869 2'iti 177 8 977 3 693
1872 2.iS 239 8 ."^39 5 361
1876-77 2iS 247 8 220 5 856
Les cours d'adult"s ouverts pendant l'hiver 1880- 81 sont au nombre de 512, dont 275 pour les hommes avec 9 465 élèves, et 237 pour les femmes avec 5559 élèves.
Bibliothèques scolaires. — Le département d'IUeet-Vilaine comptait, en 18G3, 115 bibliothèques scolaires avec 7399 livres de lecture à prêter; en 1876-77 il en possédait 118 avec 10124 volumes. En 1881, le nombre des bibliothèques s'élevait à 172, et celui des livres de lecture qu'elles contenaient à 11491. Ces bibliothèques contenaient en outre 13 5!i5 livres scolaires pour les besoins des élèves. ■
Musées scolaires. — Cette création d'une incontestable utilité n'est qu'à son début dans le département. Les écoles de Rennes seulement et quelques-unes de l'arrondissement de Saint-Malo en sont pourvues. On y réunit des échantillons des diverses productions du pays et des collections d'objets propres à faciliter l'enseignement en le rendant moins abstrait.
Bibliothèques pédagogiques. — Le département en possède 20, en moyenne près de une pour deux cantons. Elles contiennent 2 432 volumes.
« Un des premiers effets des conférences cantonales, dit le rapport d'inspection académique, a été de convaincre les instituteurs de la nécessité d'une bibliothèque à leur usage exclusif. Dans un grand nombre de cantons des bibliothèques sont aujourd'hui établies et elles fonctionnent d'une manière satisfaisante. La cotisation a été fixée par les intéressés eux-mêmes à 5 francs pour les instituteurs titulaires et à 2 francs pour les adjoints. En cas de mutation le sociétaire ne perd pas les droits acquis; il devient, sans frais nouveaux, sociétaire de la bibliothèque du canton où il est appelé. Il est à peu près certain que chaque canton possédera très prochainement sa bibliothèque pédagogique et qu'ainsi tous les instituteurs trouveront à leur portée, et quelle que soit leur résidence, les moyens de perfectionner leur éducation. »
Caisses d'épargne scolaires. — L'institution des caisses d'épargne scolaires s'est implantée dans le département d'Ille-et-Vilaine en décembre 1875. Au l^"" janvier 1879 on y comptait 12 écoles ayant une caisse d'épargne et 179 élèves épargnants, dont i 68 possédaient le livret delà grande caisse d'épargne. Les sommes déposées s'élevaient à 2037 francs. Au 1*"^ janvier 1882, 81 écoles avaient une caisse d'épargne scolaire, on comptait 1 257 élèves épargnants, les sommes versées s'élevaient à 13 260 fr.
Société de secows mutuels, — La société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices d'IUe-et-Vilaine a été fondée en 1866. A partir de 1870 jusqu'en 1873, elle a distribué annuellement, à ses adhérents nécessiteux, des secours s'élevant de 1060 à 1774 francs. Après cette date les secours annuels vont baissant de 700 à 450 francs. Au 1*' janvier 1879 le nombre des membres participants était de 81, et l'actif général de la société était de 14297 fr. Au l*-" janvier 1882, malgré l'augmentation du personnel laïque, le nombre de sociétaires n'est plus que de 46; l'actif s'est un peu accru: il est de 1846S fr. La société ne prospère pas.
Bulletin scolaire. — Fondé en 1872, le Bulletin départemental, qui paraît huit fois par an, reçoit du Conseil général une subvention annuelle de 800 francs.
ILLE-ET-VILAINE
ILLETTRÉS
Résultats de l'instruction. — Nous donnons cidessous le tableau de l'instruction des conscrits depuis 1827 et celui de rinstruction des conjoints depuis 1854 :
ANNÉES
CONSCRITS
RANG du
DÉPAR- TEMENT
Sachant
au moins
lire
Combien pour 100
6 ri»
1841-îo
La moyenne générale des conscrits de la classe de 1880 sachant au moins lire a été pour toute la France de 85.6 0/0. On voit que le département d^IlIe-et-Vilaine est encore loin de cette moyenne; il paraît cependant devoir bientôt s'en rapprocher. La proportion des conscrits de la classe de 1881, sachant au moins lire, a été de 82.2 0/0.
Nombre de conjoints, sur 100, ayajit signé leur acte de mariage.
Années Hommes Femmes Hommes et Femmes
Budget de C instruction primaire. — Le département d'Illeet- Vilaine est toujours resté au-dessous de la moyenne généi-ale pour les dépenses ordinaires de l'instruction primaire. En 1863 la moyenne de la dépense par tête d'élève s'élevait pour toute la France à 9 fr. 47 c; dans l'Ilie-et-Vilaine elle n'atteignait que 7 fr. 26 c. En 1876, lorsque la dépense par tête d'élève montait pour toute la France à 17 fr. S3 c, elle restait à 14 fr. 68 cpour riUe-et-Vilaine, et encore la subvention de l'État entrait-elle dans ce chiffre pour 2 fr. 42 c. En 1880, la dépense par tête d'élève atteint en France 20 fr. 10 c, et dans l'IlIe-et-Vilaine elle reste h 15 fr. 72 c, sur lesquels la subvention de l'État fournit 3 fr. 32 c. Si, au lieu de la dépense moyenne par tête d'élève, on cherche l'impôt moyen par habitant, on trouve que les dépenses communales et départementales réunies, qui s'élevaient en moyenne pour toute la Franco, en ls63, à 0,80 c. par habitant, ne représentaient que 0,5'i c. par habitant en iUe-et-Vilaino, et en 1876 1 fr. 04 c. au lieu de 1 fr. 56 c, moyenne pour la France; enfin en 1880 les dépenses communales et départementales réunies représentent pour toute la France un impôt moyen de 1 fr. 69 par habitant: en lUe-et-Vilaine cette moyenne s'arrête à 1 fr. 06 c.
Nous donnons dans le tableau ci-dessous le chiffre des dépenses ordinaires de l'instruction primaire dans l'Ille-et-Vilaine depuis 1855 jusqu'à 1881 :
RÉTRIBU-
RESSOURCES
SUBVENTIONS
TION
communales
ANNÉES
scolaire
non compris
du départemeni
A PART
la rétribution scolaire
Je l'Elat
2ii519
ILLETTRÉS. — Le nombre des illettrés, c'està-dire de ceux qui ne savent ni écrire ni lire, va diminuant d'année en année en France, et on peut prévoir qu'avec la vigoureuse impulsion qui est maintenant donnée à l'enseignement à tous les degrés, le dix-neuvième siècle finira sur une population pouvant rayer ce mot de son dictionnaire. Cependant on devra se souvenir qu'il n'aura pas fallu moins d'un siècle de persévérants efi'orts et de sacrifices pour amener à la lumière de l'instruction la totalité des citoyens français. En effet, la question de l'instruction populaire, mise à l'ordre du jour par la Convention nationale en 1792, reprise sous la monarchie de juillet, continuée sous la deuxième république et le second empire, n'aura reçu sa solution complète que sous la troisième république.
Aujourd'hui que la marche en avant paraît assurée, il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil en arrière pour voir où en était le pays au moment où le besoin d'instruction a fait naître ce grand mouvement qui s'est continué jusqu'à nos jours, et pour apprécier, approximativement au moins^ la mesure dans laquelle les générations successives en ont profité.
L — Il y a quelques années, M. Maggiolo, recteur honoraire, a procédé, en vertu d'une mission du ministère de l'instruction publique, à une enquête ayant pour objet de connaître aussi approximativement que possible le nombre des illettrés antérieurement à la Révolution française et pendant les premières années du siècle présent.
M. Maggiolo a écrit lui-môme ou fait écrire par les inspecteurs aux instituteurs de tous les départements pour leur demander de relever sur les registres de paroisse, qui sont restés encore en très grand nombre dans les archives communales, le nombre des mariages ainsi que celui des époux et celui des épouses ayant signé l'acte de mariage, pendant trois périodes quinquennales : de 1686 à 1690, de 1786 à 1790, de 1816 à 1820.
Près de 16 000 instituteurs ont répondu. Quelles que soient les imperfections de détail qui aient pu se glisser dans ces relevés, le grand nombre des renseignements recueillis donne une
ILLETTRES
ILLETTRES
valeur suffisante aux résultats d'ensemble. Cet ensemble présente la progression suivante :
Époux