G-1 7'JO 47.O
Ont sipné leur acte de mariage
Épouses 13.97 0/0
Il y avait donc encore, en 1790, sur 100 hommes et lOD femmes, 53 hommes et 73 femmes incapables môme d'apposer leur signature au bas de l'un des actes les plus importants de la vie. En 1820, les illettrés étaient devenus la minorité chez les hommes mariés, mais les femmes incapables de signer leur acte de mariage étaient encore au nombre de près de 66 0/0.
Il convient d'ajouter que c'était là une moyenne générale, et que certains départements qui ont encore aujourd'hui une avance considérable sur les autres en fait d'instruction primaire, la Meurthe, la Moselle, les Vosges, la Meuse, la Manche, le Calvados, etc., avaient déjà de 77 à 86 0/0 de leurs conjoints (hommes et femmes réunis) sachant au moins signer. Mais, en revanche, les conjoints des départements de l'Allier, des Landes, de la Nièvre et de la Haute-Vienne signaient d'une croix 83 à 90 0/0 de leurs actes de mariage.
II. — Si on veut obtenir une statistique plus récente des illettrés, il existe pour cela une source de renseignements précieux : ce sont les archives du ministère de la guerre concernant le tirage au sort des conscrits. On trouve là plus d'un demisiècle de renseignements recueillis année par -année, interrompus seulement en 1830 par la guerre civile et en 1809 et 1870 par la guerre étrangère.
Cette constatation du nombre des illettrés ne porte que sur le sexe masculin, mais elle a une valeur incontestable parce qu'elle embrasse l'universalité des citoyens français qui tous sont soumis à la loi militaire.
Les conscrits de la classe de 1827 se présentèrent aux conseils de révision au nombre de 272 093, sur lesquels 157 510 déclarèrent ne savoir pas môme lire, soit 57.9 illettrés sur 100 conscrits. Dix-huit ans plus tard, en 1845, lorsque les effets de la loi de 1833 commençaient à se faire sentir, les conseils de révision constataient qu'il n'y avait plus que 111 382 déclarations d'ignorance absolue sur 293 087 conscrits examinés, soit 38 fl/0. La proportion des illettrés s'était donc abaissée de 18.1 0/0 en dix-huit années. C'est la plus forte poussé'e qui se soit produite dans l'instruction constatée des conscrits en France.
En 1868, avant la perte de l'Alsace et de la Lorraine dont les quatre départements, par leur avancement intellectuel, contribuaient à élever la moyenne générale de l'instruction, le nombre des illettrés sur 303 077 conscrits était de 60 72i, soit 20 0/0. La diminution des illettrés pendant cette période de vingt-trois années n'avait été que de 18 0/0, soit 0.78 0/0 par an.
Nous arrivons en 1880. Les jeunes gens de la dernière période décennale ne paraissent pas avoir mis le même empressement que leurs devanciers h profiter des moyens d'instruction qui leur étaient offerts par les lois anciennes et nouvelles. En effet, tandis que les conscrits qui ont fréquenté les écoles ouvertes en vertu de la loi de 1833 faisaient tomber le nombre des illettrés de I 0/0 par an, que ceux de la période suivante les réduisaient annuellement de 0.78 0/0, ceux de cette dernière période n'ont diminué le contingent de l'ignorance absolue de 0.53 0/0 par an : sur 297 049 conscrits de la classe de 1880 examinés par les conseils do révision, 42 789 ont déclaré ne savoir pas même lire, soit 14.4 0/0. En 1871 il y en avait
19.7 0/0. Différence entre 1871 et 1880: 5.3 0/0. Nous ne quitterons pas la statistiqu*^; des conscrits illettrés sans dire quels sont les départements qui empochent la France d'atteindre un niveau moyen plus élevé et sans signaler ceux qui depuis longtemps déjà sont parvenus au sommet de l'échelle, c'est-à-diro à 97 et 99 0/0. Parmi ces derniers on peut ranger la plupart des départements compris dans les académies de Nancy, Besançon, Chî^mbéry et Dijon. Dès 1877 les départements de Meurthe-et-Moselle, Doubs, Jura, Vosges, Meuse, Haute-Marne, Côte-d'Or et Haute- Savoie figuraient en tête de liste pour l'instruction des conscrits avec des moyennes variant de 97 à 99.1 0/0. Pour la classe de 1880 le nombre des conscrits illettrés se réduit à 1.5 0/0 à Bfjlfort,
2 0/0 dans le Doul)S, 2.1 0/0 dans les Vosges, 2.2 0/0 dans les départements du Jura et de Meurthe-et-Moselle, 2.i 0/0 dans la Haute-Marne,
3 0/0 dans la Côte-d'Or, 3.2 0/0 dans la Meuse.
Il convient aussi de citer les départements qui, se trouvant fort au-dessous de la moyenne générale en 1827, ont fait d'assez énergiques efforts pour se placer sensiblement au-dessus de cette moyenne en 1880. De ce nombre sont les départements suivants :
Illettrés
En 1827
Cantal 58.5 0/0
Isère 60.5 0/0
Var 63.» 0/0
Saône-et- Loire 64.» 0/0
Haute-Garonne 64.5 0/0
En 1880
Quant aux départements qui fournissent le plus fort contingent à la statistique des illettrés, ce sont, à quelques-uns près, les mêmes qu'en 1827, ainsi qu'on peut le voir par les deux queues de liste que nous donnons ci-dessous :
Conscrits illettrés en 1827
Côtes-du-Nord 76.1
Nièvre 78.4
Durdogne 79.2
Indre 80.6
Cher 81.9
Finistère 82.1
Morbihan 82.6
Allier 83.5
Haute- Vienne 85.»
Corrèze 85.7
Conscrits illettrés en 1880
Allier 25.4
Corrèze :Î6.1
Dordogne 27.5
Landes 27.5
Indre :;7.8
Ardèche 29.5
Côtes-du-Xord 31.1
Haute-Vienne oS.5
Finistère 41.»
Morbihan 41.3
En résumé 31 départements, parmi lesquels figurent aux premiers rangs tous ceux des académies de Nancy, Besançon, Chambéry et Dijon, (sauf la Nièvre) ont moins de 10 0/0 d'illettrés; 24 départements en ont encore de 10 à 14.4 0/0 ; 32 sont au-dessous de la moyenne générale, c'està-dire en ont plus de 14.4 0,0, et, parmi ces 32, si l'on sépare ceux qui dépassent 20 0/0, on trouve qu'ils sont au nombre de 16, représentant ensemble une population totale de 6 470 361 habitants, soit le sixième environ de la population générale de la France.
Voici la liste par académies de ces départements qui pèsent d'un poids si lourd sur la statistique des conscrits illettrés :
Académie de Taris Cher.
— d'Aix Corse.
— de Bordeaux Dordogne, Landes.
— de Clcrmont Allier, Corrèze.
— de Grenoble Ardèche.
— de Poitiers Vendée, Indre. Haute-Vienne.
— de Rennes Loire -Inférieure, Côtes-du-
Nord, Finistère, Morbihan.
— de Toulouse Ariège, Lot.
IIL— Depuis 1854, le ministère de l'intérieur fait relever tous les ans, sur les actes de l'état civil, le nombre des époux et celui des épouses qui ont signé leur acte de mariage ; la Statistique géivirale
ILLETTRÉS
ILLETTRES
de France publie ces chiffres avec ceux du mouvement de la population. ,, ^ , ,
« C'est là sans doute, dit M. E. Levasseur dans son rapport sur là Statistique comparée de l enseignement primaire de 18'2y à 1877, un indice bien imparfait. Pouvoir tracer les lettres de son nom dans une occasion aussi solennelle, quelquefois même avec l'assistance d'une main complaisante, n'est pas fournir la preuve qu'on possède l'instruction primaire ni même qu'on sache véritablement écrire. De toutes les manières de constater le minimum, c'est sans doute la plus modeste; une population dont toute la science se bornerait à épeler dans un alphabet et à signer son nom plutôt qu'à tracer une croix, ne retirerait guère plus d'avantages de ses écoles que si elle n'en possédait pas. Néanmoins c'est un indice qu'on ne doit pas négliger, tout en se gardant d'en exagérer l'importance. »
Ces réserves faites, nous donnons, année par année, dans le tableau ci-dessous, les résultats des relevés faits par les soins du ministère de l'intérieur:
Années
NOMBKE
de conjoints sur 100 aj (l'une cioix.
ant signé
Hommes
Femmes
H. et F.
Dans cette période de 2,') années, le nombre des illettrés incapables de signer leur acte do mariage a donc diminué d'environ 14 0/0 chez les hommes, de 20 0/0 chez les femmes, et de 17 0/0 chez les hommes et les femmes réunis.
Il convient d'ajouter, pour donner à ces renseignements toute la valeur qu'ils peuvent tirer de leur comparaison avec des renseignements de mômn nature, que les départements qui fournissent le plus d'illettrés à la statistique des conjoints sont aussi ceux qui en fournissent le plus à celle des conscrits.
On voit en iCtc de liste tous les départements de l'Est, du Nord-Est, et quelques autres : Manche, Seine, Hautes-Alpes, Calvados, Seine-el-Oise, Seine-et-Marne, Haute-Marne, et à la fin de la liste on trouve invariablement presque toute l'académie de Rennes, la Dordogne, les Landes et la majeure partie do l'académie de Poitiers.
Nous donnons ci-dessous les dix premiers et les dix derniers départements classés d'après le rang qu'ils occupaient dans la liste de l'instruclion des conjoints (hommes et femmes) en 1877 :
llleltvés
Vosges 1.10/0
Meurthe-et-Moselle. 1.3
Meuse 1.7
Uoiibs 1.9
Belfort 2.7
Côte-d'Or 3.2
Manche 3.5
Haule-SaÔHe 3.6
Ardennes 3.7
Seine 4.5
niettrés
Allier 45 90/0
Vienne 47.3
Pyrénées-Orientales 48.6
Indre 48.8
Côtes-du-Nord 49.2
Dordogne 50.9
Corrèze 55.7
Haute-Vienne 39.5
Morbihan 59.6
Finistère 61.3
IV. — Il nous reste à parler, pour compléter cette étude, d'un dénombrement des illettrés en général qui a été tenté déjà deux fois. Au moment où se fait le recensement quinquennal de la population, la Statistique générale de France dresse un questionnaire que fait remplir le ministre de l'intérieur, chargé des opérations du recensement.
En 186G et on 1872 elle y a introduit la question de l'instruction, et elle a publié le tableau par départements des individus de Tun et de l'autre sexe sachant lire et écrire. Le recensement ne recueille à ce sujet que des déclarations individuelles qu'il ne peut contrôler ; mais on remarquera que l'on procède de même pour les conscrits, en tenant compte, toutefois, que la circonstance dans laquelle ceux-ci ont à faire cette déclaration est pour eux plus, solennelle et qu'il y va de leur intérêt d'y apporter plus de sincérité.
Quoi qu'il en soit, voici le nombre des illettrés relevés par la Statistique générale de France en 1866:
POPULATION BN 1866.
Ne sachant ni lire ui écrire
iSexe masculin Sexe féminin.
Total,
/ Sexe Au-dessus] masculin, de 5 ans. j Sexe
( féminin.,
Total.
Sachant lire seulement
Sexe masculin
— féminin
Sachant lire et écrire.
Sexe masculin
— féminin
Dont on n'a pu vérifier l'instruction..
Population totale.
d'individus.