‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 304 sur 573 · PROTESTANTES (ÉCOLES · texte numérisé non relu

PROTESTANTES (ÉCOLES

ment à inritcr le bruit de la consonne étudiée ; souffler ensuite graduellement plus fort pour accentuer ce bruit; souffler de la même manière, mais en faisant cette lois vibrer les cordes vocales pour produire le son e; alors le bruit du souffle devient un bruit sonore, une consonne soutenue. Produire ensuite successivement toutes les voyelles en commençant par celles où les positions des lèvres et de la langue se rapprochent le plus des positions de la consonne cherchée, et opérer alors successivement sur chaque voyelle, comme on l'a fait précédemment avec Ve muet. Lire sjUabiquement une longue série de mots où la lettre étudiée se trouve d'abord au commencement, puis dans le corps et à la fin des mots ; lire de la même manière des phrases tautogrammes appropriées à la circonstance; lire couramment dans «e premier livre venu, en soulignant légèrement la lettre exercée, par un petit ralentissement de la parole ; enfin lire couramment sans affectation sur aucune lettre. Une condition essentielle de succès, c'est que l'élève gardera un silence absolu jusqu'à ce qu'il ait trouvé la consonne, car autrement la mauvaise habitude combattrait constamment la bonne et annulerait les résultats de la leçon. Prenons pour exemple le grasseiement. Ce défaut peut se corriger par la Méthole du Conservatoire et par la Méthode de l'institution des bègues de Paris. La première, imaginée par Talma et modifiée par Fournier, consiste à remplacer dans les mots la lettre r palatale par deux autres lettres palatales, pour arriver graduellement à faire vibrer le bout de la langue et enfin à prononcer l'articulation correcte r. Ainsi on a :

avail

plaisi,

te,

de,

avail

Idavail

travail

plaisi,

plaisild

plaisir

to,

de

Cet exercice dure six mois, un an et souvent davantage.

La deuxième méthode attaque directement la difficulté; le professeur place le bout de sa langue près des incisives supérieures, il souffle, comme il est dit plus haut, et sa langue s'abaissant pour laisser passer un peu d'air et se relevant aussitôt, trois ou quatre fois de suite, forme une espèce de vibration qui est la véritable prononciation de IV. L'élève regarde, écoute et essaie celte manœuvre, qui lui réussit complètement au bout de deux ou trois semaines. [Ghervin.]

PROl'RETÉ. — C'est l'un des premiers devoirs du maître ou de la maîtresse de ne jamais souffrir qu'un élève se présente à l'école en état de malpropreté. L'école, pour modeste, pour champêtre qu'elle soit, est un lieu de bonne compagnie, où nul ne peut avoir accès s'il ne se montre respectable, aussi bien dans sa tenue que dans son langage ou dans ses actions. Parmi les enfants qui la peuplent, beaucoup sans doute sont pauvres, leurs vêtements sont grossiers, ou usés et rapiécés : mais pauvreté et saleté. Dieu merci I sont deux; la première peut aller sans l'autre. La pauvreté sale est ignoble, elle repousse, loin de gagner la sympathie; mais la pauvreté propre, la pauvreté qui se respecte jusque dans son apparence, combien nous la respectons à notre tourl comme cette dignité de tenue, symbole de la dignité intérieure, nous émeut 1

Si pauvres donc que soient les vêtements, on exigera qu'ils soient brossés avec soin, que la boue ou la poussière en aient été enlevées. Les chaussures, ne fût-ce que d'humbles sabots, seront raclées ou essuyées avant l'entrée en classe.

Mais que serait la propreté des habits sans celle du corps? C'est cette dernière que trop souvent le maître néglige, soit parce qu'elle est plus difficile à obtenir, soit parce que la malpropreté du

corps est moins visible que l'autre et semble moins blâmable. Nous n'insisterons pas ici sur les considérations d'hygiène qui font de la propreté parfaite de la peau une des conditions capitales d'une bonne santé ; nous ne répéterons pas non plus les indications de détail sur l'examen que le maître doit faire chaque jour des oreilles, du cou, des mains, de la tête des élèves. Le lecteur trouvera les unes et les autres exposées avec tout le développement désirable en d'autres parties de ce Dictionnaire. Il nous suffit de remarquer, ce que chacun sent en eff'et, qu'au point de vue du caractère, la saleté corporelle est de plus mauvais indice encore que celle du vêlement. Celle-ci du moins se quitte, se dépouille, ne fait pas partie de nous •• mais l'autre c'est le même vice devenu intime, inséparable de la personne, et en quelque sorte d'un degré plus proche de l'âme. D'ailleurs, il est bien rare que l'une n'implique pas l'autre : dans une enveloppe immonde, il ne peut guère habiter qu'un hùie immonde aussi.

Au fait, la propreté est une de ces qualités extérieures qui touche, par plus de points qu'on ne pense, à l'intérieur même de la personne. Du moins le mépris delà propreté semble-t-il devoir entraîner nécessairement l'absence de quelquesuns des principaux caractères d'une âme bien née, à savoir le respect d'autrui, un certain degré d'honneur et de respect de soi, le goût d'être compté parmi les gens de bonne compagnie. La saleté implique une sorte de bassesse et dégoisme: il faut, pour s'y complaire, ne se soucier que de soi, n'avoir nul besoin d'être estimé ni aimé d'autrui.

Voilà, peut-être, des points qu'un maître ne devra pas négliger de faire apercevoir en pleine lumière à ceux de ses élèves qu'une simple remontrance ne suffit pas à rendre propres. Cette manière de piquer l'amour-propre de l'enfant, de lui faire voir la propreté comme une distinction, la saleté comme une flétrissure, manquera rarement de faire impression. Nul n'est si enfoncé en soi-même qu'il se résigne aisément à dégoûter son prochain. [D"^ E. Pécaut.]

PROTESTANTES (ÉCOLES). — Antérieurement à la loi du 28 mars 1882, qui a établi la neutralité de l'école publique en matière reliligieuse, il y avait, parmi les écoles publiques, un certain nombre d'écoles de confession protestante. Ces écoles protestantes étaient régies, d'une manière générale, par la même législation que les écoles de confession catholique; mais il existait un certain nombre de dispositions spéciales qui ne s'appliquaient qu'à elles.

L'ordonnance du 29 février 1816, relative aux comités cantonaux, disait :

a Dans les cantons où l'un des deux cultes protestants est professé, il sera formé un comité semblable pour veiller à l'éducation des enfants de ces communions. Les autorités civiles exerceront sur ces comités la même autorité et la môme surveillance que sur les comités formés pour l'éducation des enfants catholiques. (Art 6.)

» Dans les communes où les enfants de difl'érentes religions ontdes écoles séparées, le pasteur prolestant sera surveillant spécial des écoles do son culte. (Art. 8.)

» Les consistoires et les pasteurs exerceront [au point de vue de l'enseignement religieux] la môme surveillance [que les évêques] sur les écoles des cultes protestants. (Art. 40.) »

Lorsque l'ordonnance du 8 avril 1824 édicta des prescriptions nouvelles destinées à placer les écoles primaires catholiques sous la main des évoques, elle ajouta (art. 13) que « les écoles protestantes continueraient d'être organisées coufor- , méiuent à l'ordonnance du 29 février 1816. »

PROTESTANTISME — 2461

PROTESTANTISME

L'article 22 de l'ordonnance du 21 avril 1828 (V. Lois scolaires, p. 1683) dit: « Les articles 12, 13, 14, 14, IG, 17, 18, 19 et 21 de la présente ordonnance sont applicables aux écoles primaires proiestantes. Il n'est pas dérogé aux règlements actuellement en vigueur relativement à l'organisation des comités de la surveillance de ces écoles. Ces comités r.-.mpliront, à l'égard desdites écoles, l(js fondions déterminées par les articles suséiioncés. »

La loi du 28 juin 1833 ordonna que dans les communes dont la population est répartie entre diiïércnts cultes reconnus par l'État, un ministre de chacun de ces cultes, désigné par son consistoiie, ferait partie du comité communal de surveillance. Un siège fut aussi réservé dans les comités diirrondi semeut pour un ministre de chacun des cultes reconnus par la loi.

On trouvera aux mots Consistoire, Ministres des différents cultes, Présentation {Droit de), l'indication des dispositions de la loi de 18ô0, les unes abrogées, les autres encore en vigueur, relatives aux écoles protestantes.

Sous le régime de la loi du 28 juin 1833, et en vertu de l'ordonnance du 16 juillet 1833, les protestants créèrent, sous le nom d'écoles modèles, des écoles normales spéciales pour la préparation du personnel enseignant destiné aux écoles primaires protestantes. Ces écoles modèles protestantes, au nombre de trois (V. Ecoles modèles protestantes, p. 780), sont redevenues, depuis 1882j do simples établissements privés.

PU0TESTAINTIS31E. — Le protestantisme est né de la grande révolution religieuse qui éclata dans le premier quart du xvi* siècle sur plusieurs points de IKurope à la fois et qu'on appelle la Réforme. En face d'une Église qui réclamait (et qui réclame encore) de tout homme une soumission absolue, une adhésion implicite à sa doctrine officielle, la Réforme proclama le droit et le devoir de chacun d'avoir sa foi à lui. C'est, comme on le sait, à la suite de la protestation formulée à la diète de Spire, en 1529, par cinq princes et quatorze villes impériales, contre la décision qui défendait à la Réforme de s'établir là où elle n'avait pas encore pénétré et d'innover en rien là où elle s'était déjà établie, que les adhérents de ce mouvement religieux reçurent le nom qui leur est resté et par lequel on les désigne le plus généralement aujûur.rhui, celui ùq protestants . Ce nom est loin de définir complètement la révolution religieuse du XVI* siècle et l'Eglise qui en est sortie; toutefois il en marque bien le côté par lequel elle a surtout influé sur les esprits et imprimé au déveveloppement de l'humanité son caractère plus général, non seulement sur le terrain religieux, mais sur le terrain moral, social, national et humain, sur le terrain aussi de l'éducation et de l'instruction.

Il ne peut naturellement pas être question ici de considérer le protestantisme sous tous ses différents aspects et dans la variété de ses rapports avec l'ordre social et le développement humain. Nous devons nous borner à esquisser à grands traits son influence sur l'éducation et l'instruction, en général, en indiquant les principes qui l'ont inspiré sous ce rapport, le but qu'il a voulu atteindre, et enfin les moyens qu'il a employés, surtout dans le siècle que nous pouvons appeler sa période classique.

Le protestantisme proclame, d'une part, le droit de l'individu à l'instruction et à l'éducation morale 61 religieuse, et, d'autre part, l'obligation de la société à ses difterents degrés (famille, commune, Eglise et Etat) de pourvoir à l'éducation et à l'instruction de tous ses membres.

l" Paktie.

Ce droit de l'individu et cette obligation de la société envers lui, le catholicisme ne les reconnaît pas. L'homme, à ses yeux, est un m'neur et doit rester sous tutelle. Il est Incapable de penser et de saisir la vérité, incapable de vouloir et de diriger sa conduite. L'Eglise, représe;itée par la hiérarchie sacerdotale, pense et veut pour lui. Il n'est donc pas nécessaire de lui fournir les moyens de s'éclairer et de se guider. Mais l'Eglise n'est pas seulement l'autorité suprême, elle est, en môme temps, le bien suprême, et son iriomphe est le but auquel tout et tous doivent constamment tendre. Aussi l'école et la famille ont-elles pour première tâche de façonner la jeunesse à l'obéissance envers l'Eglise et de la préparer au service de l'Eglise. Celle-ci consent à s'occnper de l'éducation et de l'instruction de ses membres, mais seulement quand elle y trouve son profit. C'est ainsi que l'Eglise catholique du moyen âge a tantôt favorisé et tantôt empêché l'instruction des peuples, selon ses intérêts particuliers, selon que cette instruction servait ou non à l'Eglise ou plutôt à la hiérarchie. C'est là, en eff"et, la force, et en même temps la faiblesse du système romain, c'est là le secret de la pédagogie catholique avant et après la Réforme : qu'elle cultive la science ou qu'elle entretienne l'ignorance, qu'elle favorise la culture intellectuelle ou qu'elle protège la barbarie, tout doit tendre ad majorem Dei gloriam^ c'est-à-dire ad majorem Ecclesiœ g/oriani.

Tout autre est l'esprit qui anime le protestan tisme. Ici, l'essentiel n'est pas l'institution, mais la personne; ce n'est pas le système, mais l'homme; ce n'est pas la gloire ou l'intérêt de l'Eglise, mais le salut de l'âme individuelle. L'Eglise, d'après le principe protestant, n'est rien pour elle-même et en dehors de ses membres, elle est la communion des saints, la congrégation des fidèles [communio seu congregntio sanctorum seuvere credentium). Le protestantisme veut que tous arrivent à la connaissance de la vérité et, par la vérité, au salut et à la liberté. Mais cette vérité n'est pas reçue toute faite, toute certifiée d • la bouche d'un autre homme, il faut que chacun l'acquière par des efforts individuels, il faut, par conséquent, que chacun puisse s'éclairer sur ce qui importe à son salut, sur les voies à suivre, sur les devoirs à remplir. Et, puisque les indications nécessaires sur ce sujet se trouvent avant tout dans la Bible, il faut que chacun puisse la lire et l'interpréter, puisse comprendre et juger par lui-même.

C'est ainsi que le principe religieux qui est à la base du protestantisme entraîne nécessairement le droit pour chacun de recevoir une éducation et une instruction suffisantes, et en même temps l'obligation pour la société de pourvoir à l'instruction et à l'éducation non seulement de quelques privilégiés, mais de tous ses membres sans exception.

Tel est, en effet, le thème qui reparaît avec d'innombrables variations dans les écrits de tous les réformateurs. Nous le rencontroiîs dans la Lettre de Luther* aux conseillers de toutes les villes d'Allemagne, dans les préfaces à ses deux Catéchismes, dans son Explication du quatrième commandement, dans les différents Sermons où il touche à la question pédagogiijue, nous le trouvons également dans les préfaces placées en tète des Ordonnances ecclésiastiques et scolaires du xvi*" siècle ; nous le trouvons dans les traités de Calvin et de Farel et dans la discipline ecclésiastique des églises réforinées de France. Que les réformateurs et leurs successeurs se divisent sur telle question dogmatique ou ecclésiastitiue, il est un point sur lequel ils sont unanimes, c'est l'imp -riance de l'instruciion de la jaunesse, et le devoir des églises de prendre soin do cette instruction. Lu

lâS

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