‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 306 sur 573 · PROTESTANTISME — 2465 — PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

PROTESTANTISME — 2465 — PROTESTANTISME

être conservé ou rejeté des traditions du passé, accepte eu rt.fusé des idées nouvelles. Ils doivent donner à leurs élèves le meilleur exemple, tant par l'^ur conduite irréprochable que par leur zèle pour les études et la régularité de leur travail, L'ordonnanco scolaire saxonne de 1580 exige des instituteurs ces trois choses ; 1° qu'ils soient instruits; 2° qu'ils soient zélés et pleins de courage, à la fois graves et doux; 3° qu'ils connaissent les bons moyens pour instruire la jeunesse.

Il faut ajouter qu'aucune époque n'a produit autant do pédagogues distingués que cette époque de réformation et de rénovation intellectuelle et morale. On a appelé le xvi^ siècle a un temps de i grands hommes et de grandes choses », et cela est | vrai non seulement sur le terrain de la rermion, j mais sur celui de l'instruction et de léducation. ; Les noms à citer ici rempliraient des pages; il suffira de mentionner, h côté de Luther et de Méianchthon, de Zwingli et de Bugenhagen, de Calvin et de Farel, de Brenz et de Capiton, Camcrarius, professeur à Leipzig, Trotzendorf, recteur de l'école deGoldberg, m Silésie, Michel Neander, , abbé d'Ilfeid, dans le Harz, l.cban Hesse, professeur à Marbourg, Jean Rivius d'Attendorn, recteur à Meissen et organisateur des écoles de la Saxe, Jean Sturm, recteur du gymnase et de l'académie ! de Strasbourg, Mathurin Cordier, « modérateur » , de l'école de Lausanne, et auteur des Colloques, Sébastien Castellion, dont les Dialogues sacj^és ont été pendant deux siècles le livre où la jeunesse de Suisse et d'Allemagne apprenait le latin, etc. C'est le récit de la vie et de l'activité de ces hommes qtii seul pourrait donner une idée tant soit peu exacte de l'influence que le protestantisme a exercée sur l'éducation et l'instruction.

Une des premières préoccupations des réfor- , mateurs fut de réorganiser les école» existantes et d'en créer de nouvelles, et jamais peut-être autant d'établissements scolaires n'ont été fondés en si peu de temps qu'au xvi<î siècle et surtout dans les années qui suivirent la publication de la Lettre de Luther aux conseillers de toutes les ■villes d'Allemagne. On sait avec quelle véhémence le réformateur de Wittenberg insiste dans cet écrit sur la nécessité de réorganiser l'instruction , publique, de créer des écoles qui répondent à \ leur destination et qui soient accessibles aux diflé- , rentes classes de la société. Mais les chefs du ! protestantisme allemand ne sont pas seuls à élever la voix. « Que là où escoles sont dressées, ! dit Farel, qu'elles soyent entretenues, en réformant ce qui a besoin d'estre corrigé et en y mettant ce qu'il faut. Et là où il n'y a en point, qu'on en ordonne, et au lieu de la moyi)aille et des charges de la terre, qu'on regarde gens de bien et de bon savoir qui ayent grâce d'enseigner avec la crainte de Dieu, et enfants aussi bien naiz et de bon esprit, ayant la semence de la crainte de i Dieu. Et si les pères ne les peuvent entretenir, j qu'ils soient entretenus et instruits en toutes bonnes lettres, selon qu'ils en seront capables, et ! après, selon que Dieu leur donnera de grâce, j qu'ils servent à l'honneur de Dieu, ou pour enseigicr le peuple ou auhrenient, et qu'on n'em- ' pêche les bonnes lettres et bonnes sciences et les langues ; car de tout cecy le cœur fidèle fera , son profit et fera tout servir à l'honneur de Dieu et au profit du prochain. » La Discifjline ecc/ésias- \ tique des protestants français impose de même aux églises le devoir de fonder des écoles par- | tout où cela est nécessaire et de prendre soin que la jeunesse soit instruite. Le synodes natio- | naux insistent à différentes reprises et d'une manière formelle sur celle obligation. !

Les hommes supérieurs qui dirigeaient le mouvement réformateur du xvi« siècle avaient compris qu'il y avait iieu de satisfaire à un double

besoin : d'une part, il s'agissait de donner à tous les membres de 1 Eglise un»; ipstruriion suffisante pour qu'ils pussent accomplir les devoirs de la vie sociale et de la vie r«rligieusf: ; d autre part, il fallait former des Uiinisires pieux et savants, capables de diriger les (omm'unautés nouvelles et de défendre la foi contre des ad\ersaires souvent érudits et zélés, et des laïques instruits, habiles à remplir les fonctions publiques dans la cité et dans l'Etat. De là la nécessité de réorganiser 1 instruction savante, supérieure et secor.daire, au-si bien que l'instruction élériientaire, de créer dp* universités, des gymnases et des écoles populaires.

Le protestantisme s'était dès le principe trouvé dans les meilleurs rapports avec les cercles universitaires, et il ne tarda pas à exercer sur eux une influence des plus puissantes. C'est la dernière venue de ces institutions savantes, l'université de Wittenberg, fondée en 1502 par l'électeîjr de Saxe, Frédéric le Sage, qui avait été le berceau de la Réforme, et c'est un des professeurs de cette université qui en avait été le héraut et le propagateur. Mais dès 1520, dans son Appel à la noblesse allemande, Luther déclarait que les universités avaient besoin de bonnes et solides réformes. Il estimait que l'œuvre la jJus utile que pussent faire le pape et l'empereur serait de réformer ces écoles savantes, et qu'il n'y avait pas d'œuvre plus diabolique et plus mauvaise que de les laisser dans l'état. Déjà avant cette date, Mélanchtchon, dans son fameux discours d'ouverture du 29 août 1518 [Sermo habitus apwl Jiiventutem academise Wiitebergensi^ de cortvyendis adolescentise studiis), avait dci.loré la dc'caden ce des études, il en avait indiqué les causes et tracé le programme d'une réforme de la science et de l'Eglise.

Et, en effet, la réforme universitaire marcha de front avec la réforme ecclésiastique. Elle commença par les facultés de théologie, où l'étude de la Bible remplaça la tradition scolastique, et les Loci communes de .Méianchthon les Sentences de Pierre Lomburd. Puis vint le tour de la faculté de philosophie, où la lecture et l'étude des classiques prirent la première place. BientCt toutes les sciences furent traitées par de nouvelles méthodes et d'après de nouveaux manuois. On remonta en toutes choses aux sources, et les études historiques prirent un développement qu'elles n'avaient jamais eu. L'i.niversité de Wittenberg devint à un moment donné l'université modèle, non seulement pour l'Allemagne, mais pour l'Europe protestante tout entière.

A elle vinrent se joindre peu à peu toute uno une série d'universités nouvellement créées on complètement réorganisées : en Allemagne, les universités de Marbourg, fondée en 1627 par Philippe le Magnanime ; Greifswald, fondée tr. 1456 et réorganisée en 1535 ; Tubingue, fondé-; en 1477 et réformée en 1535; Francfort-sur-l'Oder, établie en 1505 et réorganisée en 1539 ; Leipzig, fondée en 1409 et reformée en 1541 ; Kœnigsberu, créée par Albert de Prusse en 1544; liostock, fondée en 1419 et réorganisée en 155G ; Heidelberg, fondée en 13SG et réformée en 1556; léna, établie en 1557 par les fils de l'électeur Joa'i- Frédéric; Altorf, en 1575, par la municipalité de Nuremberg; Helnistedt, en l57o, par le duc Jules de Brunswick-Wolfenbûael; enfin Giessen et Rinteln, au commencement du xvii* siè^-'e, eu 1607 et 1619; en Suisse, les académies de Zurich, 1536, de Lausanne, 1537, de Genève, 1559; à Strasbourg, l'académie organisée en 1569 p-'f Jean Sturm ; en France, celles do Sedan, de Montauban et de Saumur, 1601, etc.

Ce n'est pas ici 1j lieu d'entrer dans des détails

PROTESTANTISME — 2466

PROTESTANTISME

stir l'organisation de ces institutions savantes. Il suniia de rappeler rinflueiice que les universités ont exercée sur la vie intt^llectuelle des peuples en général, et sur le développement de l'instruction publique dans les pays protestants en particnlier. Emancipées par la Réforme de la tutelle hiérarchique et papale sous laquelle elles s'étaient trouvées placées au moyen âge et sous laquelle les universités catholiques sont encore retenues en partie aujourd'hui, délivrées du joug des traditions surannées, du scolasticisme et de l'obscurantisme, dont les facultés de théologie avaient été les derniers refuges, elles prirent bientôt la tête du mouvement intellectuel et scientifique et acquirent, en Allemagne surtout, une importance qu'elles n'avaient jamais eue jusque-là. Elles devinrent, avec des interruptions et des exceptions, il est vrai, des foyers de lumière qui ont rayonné au loin, qui ont favorisé tous les développements, tous les progrès, qui ont puissamment contribué à la prospérité de la vie nationale, scientifique et religieuse.

La réforme des universités présupposait celle des établissements d'instruction secondaire, des gymnases et des écoles latines ; car « à l'avenir on n'enverra plus tout le monde à l'université, comme cela se fait maintenant, mais seulement les plus habiles, ceux qui auront été bien préparés dans les autres écoles ». Les humanistes, il est vrai, s'étaient déjà occupés de cette grave question. Lange, Hegius, Busch, Wimpheling et bien d'autres avaient demandé qu'on revînt à une instruction plus rationnelle et plus littéraire. Mais la plupart de ces savants n'avaient exprimé que des vœux et des idées sans suite. Ils mêlaient des choses hétérogènes, ils confondaient les besoins de l'antiquité et ceux de leur siècle, ils procédaient sans ordre et sans méthode. Aussi les premières écoles latines fondées au xvie siècle laissaient-elles à désirer sous bien des 1 apports. Elles étaient organisées sans plan bien j.iTcté, les classes ne s'enchaînaient pas, les maîtres, livrés à eux-mêmes, n'enseignaient que ce (lui leur convenait; en somme, il n'y avait ni suite 111 progression dans l'instruction donnée.

Pour que ce mouvement littéraire produisît les résultats qu'il contenait en germe, il était néces- 5-n ire de le régler et de le ramener à des principes fixes; il était nécessaire surtout de concentrer les éléments épars, de réunir les forces isolc''S, de créer des écoles constituées d'après un plan raisonné. C'est ce qu'a fait le protestanii-inc à son origine.

Ici encore, Luther avait donné le branle. Dans son Appela la noblesse et àa.nfi sai Lettre aux conseillers, il avait jeté le cri d'alarme et demandé une réforme sérieuse de l'instruction second;iire. Et aussitôt les deux grands organisateurs de l'école protestante en Allemagne, Mélanchthon et, Hugenhagen, s'étaient mis à l'œuvre. Mélanclithon, dès 1521, fondait sa 5c^oZ« privata; il prenait peu après une part active à l'organisation des écoles d'Eisleben et de Magdebourg, et rédigeait eiî 1527 les Instructions des visitateurs et ce fau) 'ux Plan d'études saxon qui est devenu au xvie siècle la base de la réorganisation de l'instrnction secondaire.

Bugenhagen, de 1528 à 1542, élaborait ses nombreuses ordonnances ecclésiastiques et scolaires, et dotait Brunswick, Hambourjj:, Liibcck, laPoméranie, le Danemark même et le Schlcswig-Holstein dccoles latines semblables à celles que l'on venait de fonder en Saxe.

Bientôt le mouvement se répandit dans tous les Liats protestants de l'Allemagne, et presque partout on voit les réformateurs devenir eu même

temps les réorganisateurs de l'instruction secondaire : c'est Jean Brenz en Souabe, Lambert d'Avignon en Hesse, Juste Jonas en Saxe, Urbain Regius dans la principauté de Brunswick-Liinebourg, Frédéric Myconius et Juste Ménius à Gotha, Capiton et Bucer à Strasbourg , Erhard Schnepf dans le Wurtemberg, etc.

Le mouvement devint même si considérable, qu'on ne compte pas moins de 1(500 gymnases ou écoles secondaires fondées en Allemagne dans le courant du xvi^ siècle.

Dans les autres pays aussi, en Suisse, en Prusse, en Pologne, dans la Suède et le Danemark, en Angleterre et en Ecosse, dans la Hongrie et la Transylvanie, la Réforme donna une impulsion nouvelle à l'instruction secondaire et provoqua la création d'un grand nombre d'établissements et collèges, dont quelques-uns existent encore aujourd'hui et ont conservé à travers les siècles leur juste renom. En France, des collèges furent créés et entretenus au xvi^ siècle par des seigneurs protestants, par exemple par Coligny à Châtillon-sur-Loing, et plus tard les synodes nationaux, reconnaissant la grande utilité de ces institutions, décidèrent que chaque province aurait son collège.

Quant à l'organisation de ces établissements, on en connaît les traits généraux. L'enseignement de l'histoire y était nul (il faut pourtant faire une exception pour le gymnase de Coibach et pour celui d'Ilfeld où l'histoire fut enseignée à partir de 1570 et 1590), et celui des sciences n'y occupait qu'une place insignifiante. Les langues vivantes y étaient entièrement négligées; les élèves des classes supérieures ne devaient même se servir dans la conversation que de la langue latine. Les matières de l'enseignement se réduisaient donc à la religion, avec ia musique et le chant, et aux langues anciennes, c'est-à-dire le grec et tout particulièrement le latin. Le plan d'études saxon de Mélanchthon avait déjà préconisé cette instruction latine; la méthode pédagogique de Jean Sturm, que 'es protestants adoptèrent généralement dans la seconde moitié du xvje siècle, y insista davantage encore. C'était un tort, et il vint un temps où cette méthode parut tout à fait insuffisante; mais au xvi* siècle elle fut un progrès véritable, et ce progrès, comme l'impulsion générale donnée à l'instruction secondaire et l'établissement de tant d'écoles savantes,^ est un des titres de gloire du protestantisme.

Mais le protestantisme ne s'est pas borné à réformer et à réorganiser les universités et les écoles latines, il a créé, et c'est là son plus grand mérite sur le terrain de l'éducation et de l'instruction, l'école élémentaire ou populaire.

Sans doute, dès le xive et le xv* siècle, il existait dans les grandes villes ce qu'on appelait des « écoles d'écriture ». Mais l'enseignement qu'on y donnait n'allait pas au-delà de la lecture, de l'écriture et des premiers éléments du calcul. D'ailleurs, elles n'étaient établies que dans les grands centres; elles formaient une exception. L'instruction populaire organisée, s'étendant sur les campagnes, n'existait nulle part. Et elle ne pouvait exister, puisque les conditions indispeneables à une pareille organisation, l'intérêt de l'Eglise et de l'Etat pour le peuple, les maîtres capables et les moyens d'instruction, faisaient complètement défaut. L'Eglise surtout n'avait nul souci de favoriser l'établissement d'écoles dans lesquelles on ne formerait point des clercs, des prêtres, mais des hommes et des citoyens.

L'idée d'une école populaire, c'est-à-dire d'une institution où les enfants de toutes les classes de la société et des deux sexes recevraient les bien-

PROTESTANTISME — 2467

PROTESTANTISME

faitsde l'instruction, ne pouvait germer qu'au sein du protc.siantisme. Et en effet, nous l'y voyons surgir de prime ab'>rd. Dès que les réformateurs dirigèrent leur attention sur les questions péilapogicjnes, ils comprirent la né{;essit6 de fonder des écoles élémentaires, populaires, h côté des écoles savantes. Sans doute, la réalisation de ccitç idée vint se heurter contre bien des difficultés, mais l'idée était trouvée et elle finit par être mise à exécution. L'école populaire ou primaire est donc, comme nous l'avons dit, une création du protestantisme, elle appartient plus particulièrement aux peuples protestants et s'est surtout développée dans leur sein.

A sa base, nous retrouvons les grands principes qui caractérisent la Réforme : le principe de la justification par la foi, du sacerdoce universel, de la responsabilité personnelle, de la liberté de conscience, du droit et du devoir de chacun de faire lui-même le salut de son âme, et, par conséquent, du droit de chacun de recevoir une instruction qui le rende capable de lire les Ecritures, de les sonder, de se rendre compte à lui-même et de rendre compte à autrui de sa foi religieuse.

Il y avait pourtant d'autres motifs qui poussaient à l'établissement d'écoles populaires, et avant tout les nouveaux besoins ecclésiastiques. Dans le protestantisme, le pasteur n'est pas seul actif dans le culte, le peuple des fidèles y participe par le chant, la prière, l'audition du sermon, la confession commune de la foi. Mais cette participation nécessité une certaine instruction, certaines connaissances générales. L'école populaire ou élémentaire fut donc créée et organisée en partie dans l'intérêt de l'Eglise et an point de vue de l'Eglise, on peut dire comme une auxiliaire ou comme une annexe de l'Eglise. Aussi, la Bible, le catéchisme, les recueils de cantiques furent les premiers livres d'instruction, le pasteur fut le premier inspecteur scolaire, et le chantre ou le sacristain, dans certaines contrées du moins, le premier instituteur.

Mais à ce motif purement ecclésiastique et religieux vint pourtant s'en ajouter un autre, plus général : l'intérêt que le protestantisme, fidèle à son principe, témoigna pour le développement intellectuel et moral du peuple, pour la prospérité de la vie publique et nationale. Ce n'est pas l'Eglise seule, dit Luther, qui a besoin de membres instruits, ferrés sur la Bible et le catéchisme, sachant chanter et prier, « le monde aussi a besoin pour ses affaires d'hommes et de femmes cultivés et habiles». Ce n'est donc pas assez d'organiser, dans les villes et dans les localités plus importantes, des écoles latines pour les jeunes garçons, il faut « étab ir en touslieuxles meilleures écoles possible pour les garçons et les filles ». Ainsi, dès le principe, la Heforme s'occupe non seulement d'organiser des écoles savantes, mais de créer des écoles populaires.

On a prétendu le contraire. On a dit qu'en recommandant l'établissement d'écoles, Luther n'avait eu en vue que les écoles latines. Et il est parfaitement exact que ces institutions, qui devaient former les futurs ministres de la nouvelle E<i;lise, ont été l'objet spécial de sa sollicitude. Mais sa Lettre aux conseillers prouve bien que Luther, l'homme du peuple, n'a pas oublié les ciasses populaires. Il y demande en effet, et très expressément, que les jeunes filles et les jeunes garçons reçoivent dans les écoles une éducation honnête et chrétienne, afin que les hommes apprennent à bien administrer les affaires, et les femmes à bien gouverner leur maison. Et quand il réclame pour les garçons un minimum d'instruction d'une à deux heures, et pour les jeunes filles d'une heure, afin que le reste du temps puisse être donné à l'apprentissage d'un mélier ou aux soins du ménage, il est de toute évidence qu il ne peut être question ici d'une instruction savante, mais qu il s'agit d un enseignement

tout populaire, donné aux enfants des deux .sexes et de Kjutes les classes de la société.

Luther, le père de la Reforme, est donc aussi le fondateur de l'école populaire en Allemagne. Il l'est, tout d'abord, parce qu'il a insisté ■>ur l'obligation des gquvernanis de pourvoir à rinstru';tion de tous leurs sujets. Dès l^^'iô, nous le voyons en instances auprès de l'électeur de Saxe Jean le Constant, pour que ce prince soutienne les efforts faits dans l'intérêt de l'instruction des campagnes. C'est à son instigation aussi q>ie le synode de Momberg, convoqué l'année suivante par Philippe de Hesse, s'occupe de la fondation d'écoles populaires. Mais Luther a fait plus. Il a pris pan aux vi^^ites des églises et des écoles, organisées à sad' mande et par ses soins dans la Haute-Saxe, et à la rédaction des plans d'études et des règlements qui'léterminèrent les objets de l'enseignement et fixèrent l'ordre des leçons dans les nouveaux établissements scolaires. Enfin et surtout, il a fourni aux écoles populaires les premiers livres et les plus nécessaires, la Bible, le catéchisme, les recueils de cantiques et même un abécédaire.

L'impulsion donnée par Luther entraîna, l'un après l'autre, ses disciples et ses collaborateurs. Pendant la première moitié du xvi^ siècle, partout où pénètrent les idées protestantes en Allemagne, on peut constater des efforts sérieux pour établir non seulement des écoles secondaires, mais ce que nous appelons aujourd'hui des écoles primaires, destinées à propager l'instruction parmi le peuple et à moraliser les habitants des campagnes comme ceux des villes. Il suffit de consu'ter à cet égard les ordonnances ecclésiastiques dont les réformateurs dotèrent la plupart des villes et des pays qui avaient adhéré à la Réforme. Voici, par exemple, l'ordonnance ecclésiastique de Stralsund de l'année lô25. Elle ordonne l'établissement de deux écoles, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles, « afin que tous soient mis à môme de s'instruire ». Dans l'ordonnance ecclésiastique de Halle de 1526, le réforniateur Brenz commence, il est vrai, par insister sur la création d'écoles latines, mais il demande aussitôt qu'une maîtresse habile soit chargée d'enseigner la lecture et l'écriture aux jeunes filles pendant deux heures par jour. La Refonnatio ecclesiarum Ha^six rédigée par Lambert d'Avignon, dans cette même année 1526, contient sur les écoles de filles et de garçons qui devront être établies dons toutes les villes et tous les villages les dispositions suivantes : In omnibus civitatibiis, oppidis et pa'/is si7it puerorum s choix, ubi rudimenta et scribendi rationeii doceantur, — et si in nonnuUis pagis omnia ru limenta tradi nequeunt, episcopi (c'est-à-dire les pasteurs) sa'tem aut eoruni adjutores pueros légère et scribere doceant. — Sint prseterea in civitaiibus et oppidis, si fieri potest eliam in pngis^ puellarum scholœ, quibia doctx^ rnatwx et pise feminx prxsint , qux eas doceant fi<lei principia, item légère, nere^ sollicitas ac opei^osas esse^ ut bonx tandem mtitronx domus sint.

Sans doute, cette idée d'une école popul lire offrant partout, dans les campagnes comme dans les viiles, l'instruction aux difforentes classes de la société, vint se heurter contre de nombreuses et grandes difficultés. Dans la plupart des cas, tout faisait défaut : les ressources financières, le personnel enseignant, les livres et les manuels, et puis aussi la bocne volonté des parents et des enfants, et souvent des communes. Aussi dut-on se contenter, dans bien des endroits, d'organiser, à côté des écoles latines, ouverti-s aux fils des familles plus aisées, des classes de cateciusmo pour les enfants du peuple. C'est là ce que Luther conseille dans sa Messe alle.nand" de io26, et ce que prescrivent aussi les Instructions des lusitateurs aux pasteurs de la Saxe électorale. Ce n est

PROTESTANTISME — 24G8

PROTESTANTISME

guère que dans les centres plus importants, là surtout où il y avait eu des « écoles d'écriture », qu'on réussit à créer, à côté des écoles latines, des écoles populaires et des écoles de filles. Bugenhagen, par exemple, dans l'ordonnance scolaire de Brunswick, demande expressément qu'à côté des écoles latines, il y ait des écoles allemandes pour les jeunes garçons « où deux maître allemands, appelés par le conseil, enseigneront de bonnes choses tirées de la parole de Dieu, les dix commandements, le credo, l'oraison dominicale, les sacrements, les chants chrétiens, etc. », et des écoles de jeunes filles « avec des institutrices nommées par le conseil et qui enseigneront la lecture, le catéchisme, l'histoire sainte et le chant». L'ordonnance ecclésiastique et scolaire de Hambourg de 1629 prescrit également l'établissement d'une école allemande avec trois instituteurs et insiste pour que chaque paroisse ait une école de jeunes filles dirigée par des institutrices. A Wittenberg, l'ordonnance ecclésiastique de 1533 veut que, conformément à l'avis de Luther et de Bugenhagen, le conseil institue à côté de l'école latine des garçons une école de jeunes filles, où l'instituteur, assisté du sacristain, enseignera la lecture, l'écriture, le chant, le catéchisme et les éléments de l'arithmétique. L'ordonnance ecclésiastique de Poméranie de 1535 demande que les écoles d'écriture, dans lesquelles on ne donnait pas jusque là d'instruction religieuse, soient maintenues, mais qu'on leur prescrive de faire apprendre aux élèves les psaumes allemands, des passages choisis de la Bible et le catéchisme.

Il en est de même de l'ordonnance hanovrienne d'Urbanus Regius de 1536, tandis que d'autres ordonnances, par exemple celles de Lûbeck, 1531, de Lippe, 1538, de Meissen, 1540, les articles généraux de Saxe, 1557. etc., n'insistent que sur les classes de catéchisme, que les pasteurs devront faire avec l'assistance des parents des élèves et du sacristain.

L'organisation des écoles primaires du siècle de la Réforme trouve son expression la plus complète dans la grande ordonnance ecclésiastique et scolaire du Wurtemberg, de l'année 1559. Elle ordonne qu'à côté des écoles latines qui seront établies « dans toutes les villes et aussi dans quelquesuns des villages et des bourgs les plus importants de la principauté, on établisse des écoles allemandes au profit des sujets qui sont obligés de travailler durement, et qui, à cause de leurs travaux, ne peuvent pas toujours instruire et diriger eux-mêmes leurs enfants comme il le faudrait, afin que les enfants de ces travailleurs ne soient point négligés dans leur jeunesse, mais qu'ils soient instruits dans la prière et le catéchisme, et aussi dans la lecture et l'écriture, pour leur bien et celui des autres, et de même dans le chant des psaumes. » Partout donc, dans les bourgs, où jusque-là il n'y a eu que des classes de catéchisme, « on joindra à ces classes des écoles allemandes, et les conseils ecclésiastiques y nommeront des maîtres habiles et qui auront été préalablement examinés ».

Quant à l'organisation de ces écoles allemandes, que ne fréquenteront pas seulement les garçons, mais aussi les filles, l'ordonnance entre dans des détails minutieux. Tout d'abord, elle indique la mission de l'école, qui consiste à '.nstruire et à élever les enfants « dans la crainte de Dieu, dans la saine doctrine et la bonne discipline ». Les matières principales de l'enseignement sont : la lecture, l'écriture, les éléments du calcul, mais surtout l'instruction religieuse et le chant d'église. La Bible sert de livre de lecture. Les élèves sont groupés en trois classes : dans la première so trouveront les enfants « qui ne commencent qu'à épeler »; dans la seconde, ceux « qui commencent

à réunir les syllabes » ; dans la troisième, ceux « qui commencent à lire et à écrire ». De sages conseils sont prodigués aux maîtres; il leur (!St enjoint de veiller à ce que les élèves connaissent les lettres à fond avant de passer dans la seconde classe; à ce qu'ils aient une prononciation distincte et n'avalent point les syllabes. Quant aux punitions, l'ordonnance défend aux maîtres de maltraiter îes élèves en leur tirant les cheveux ou en les rouant de coupé ; ils ne devront employer que la verge et punir modérément, pour ne pas inspirer aux enfants de l'aversion pour l'école.

L'ordonnance wurtembergeoise de 1559 est importante à un double point de vue. D'une part, elle forme comme le couronnement de l'œuvre scolaire des réformateurs en Allemagne, et de l'autre, elle est comme la base et le fondement sur lesquels s'édifient tous les règlements scolaires de la seconde moitié du xvi^ siècle. Plusieurs de ces derniers, tels que l'ordonnanco ecclésiastique de Brunswick- Wolfenbtittel de l. 09 et celle de la Saxe électorale de 1580, copient presque servilement les prescriptions de 1559.

Vers la fin du xvie siècle enfin, toute cette organisation est complétée et achevée par l'introduction de l'obligation. Jusque-là, la fréquentation des écoles était libre ; les autorités et les pasteurs se bornaient à engager les parents à y envoyer leurs enfants. A partir de ce moment, l'instruction devient obligatoire dans plusieurs des États protestants. C'était là, d'ailleurs, la conséquence naturelle, nécessaire du principe énoncé par le protestantisme, que tout enfant, ou, pour parler le langage du temps, tout chrétien baptisé a dro't à l'instruction et à l'éducation, et que la famille, l'Etat et l'Église ont l'obligation de les lui donner. Dans la plupart des autres pays, comme en Allemagne et pour les mêmes raisons, les réformateurs et leurs disciples se sont préoccupés de l'éducation et de l'instruction du peuple. En Suisse, par exemple, nous voyons, dès les premières années après l'introduction de la Réforme, des écoles allemandes remplacer à Bâle deux écoles latines, et dans les années 1.j52 à 1556 Henri Bullinger élaborer à Zurich des ordonnances et des règlements pour les écoles populaires de la ville. En Hongrie, il n'est guère, à la fin du xvi^ siècle, une seule église de la Confession d'Augsbourg qui n'ait son école primaire. En Ecosse enfin, grâce au caractère démocratique de la réforme prêchée par Knox, la plupart des paroisses furent dotées d'une école élémentaire.

Dans les pays de langue française aussi, dès le XVI* siècle, de grands efforts furent faits en faveur de l'instruction du peuple. A Genève, il y avait de bonnes écoles publiques, ainsi que des classes spéciales de catéchisme. Chaque dimanche, dans la ville, avait lieu une classe de catéchisme à laquelle tous les enfants devaient assister. Dans les villages, le catéchisme se faisait les dimanciies après midi, et le pasteur, outre l'explication du manuel, interprétait un fragment des Ecritures qui se rapportait à la section du jour. On mettait beaucoup d'importance à la manière dont les écoliers répondaient aux questions qui leur étaient adressées en public. Aussi les pasteurs formaient-ils des groupes peu nombreux parmi les enfants de leurs paroisses, et les exerçaient-ils soigneusement en particulier. Les régents des écoles publiques assistaient à ces catéchismes et reproduisaient dans leurs classes les questions qui avaient été traitées au temple.

En France, depuis les premiers moments de la Réforme jusqu'à l'époque où elle fut abattue par la révocation de l'édit de Nantes, les prote^^taits attachèrent la plus grande importance à l'instruction de la jeunesse et la regardèrent comme une condition indispensable de la vie et de la prospérité de leurs églises. Aussi y trouvons-iious^ à côté dus

PROTESTANTISME — 2/iCO — PROTESTANTISME

établissements fondés pour les hautes études et pour l'instruction secondaire, des écoles populaires où l'on enseignait, outre le catéchisme, la lecture, récriture et les premiers éléments du calcul. On leur donnait le nom do « petites écoles », et chaque église en possédait au moins une et quelquefois plusieurs. Elles étaient généralement entretenues par l'église au sein de laquelle elles se trouvaient; mais il arrivait aussi que des seigneurs protestants en créaient dans des localités qui leur appartenaient, et les entretenaient à leurs frais. Quant à l'organisation de ces établissements, elle semble avoir été à peu près la même que celle des autres écoles populaires du xvi« siècle. Sans doute que les Ecritures saintes y servaient de livre de lecture; cela semble du moins ressortir de la connaissance profonde que les protestants français, même des classes inférieures, avaient de la Bible. Un point particulier et qu'il n'est pas inutile de signaler, c'est qu'en plusieurs localités, et notamment dans celles où la population protestante était faible, les enfants des deux sexes étaient réunis dans la même école. A un moment donné, on fit cesser cet état de choses, sous prétexte qu'il était contraire à la bienséance, en réalité parce qu'il offrait une occasion favorable de rendre plus difficile l'existence des écoles primaires protestantes. Ces écoles furent enveloppées dans le système de destruction que l'on suivit dès les premières années du xvii" siècle contre la religion protestante en France. On commença par en limiter le nombre ; puis on défendit aux maîtres de faire répéter le catécliisme. Ils ne devaient plus enseigner que la lecture, l'écriture et l'arithmétique. On procéda ainsi pendant longtemps à des exécutions de détail, supprimant ici une école, là une autre, jusqu'à ce que la révocation de l'édit de Nantesachevade détruire toutes celles qui restaient. Il n'est pas nécessaire de nous arrêter longuement à montrer que les réformateurs se sont aussi occupés des différentes questions matérielles qui se rattachent à l'œuvre de l'éducation et de l'instruction; de la dotation des établissements scolaires, du traitementdes maîtres, des secours à accorder aux écoliers et aux étudiants nécessiteux, etc. On connaît la parole de Luther : « Si le père (d'un jeunel homme bien doué) est pauvre, qu'on lui accorde un secours sur les biens ecclésiastiques; les gens riches devraient aussi faire des legs avec cette destination spéciale » ; et celle de Farel : « Si les pères (d'enfants bien nés et de bon esprit) ne les peuvent entretenir, qu'ils soient instruits en toutes bonnes lettres, selon qu'ils en seront capables. » On sait que les réformateurs pensaient que pour améliorer l'instruction il était urgent d'améliorer la position des instituteurs, et qu'ils voulaient que l'on employât au profit des écoles les biens considérables qui provenaient de la suppression des couvents. On sait aussi que dans certains pays, et surtout en France, les prolestants firent dès le principe les plus grands sacrifices pour créer et pour entretenir des établissements d'instruction primaire et secondaire. ^ Il n'est pas nécessaire non plus d'insister sur l'activité déployée au sein de l'Eglise de la Réforme pour doter les écoles de livres et de moyens d'instruction répondant mieux à leur but que ceux qui avaient été antérieurement en usage et que Luther caractérisait de « livres de moines, sots, inutiles et nuisibles ». Il a été dit plus haut que le réformateur allemand a fourni aux écoles populaires de son pays les premiers livres, en leur donnant sa traduction de la Bible, son catéchisme et ses cantiques; il faut ajouter que Calvin a fait la même chose pour les pays de langue française, en publiant un catéi hisme et en révisant la traduction de la Bible par Olivétan. Mélanchthon enfin, et après lui tous lus grands pédagogues allemands du xvi« siècle.

les Neander, les Trotrendorf, les Sturm, les 'Wo'f, etc., ont fait paraître des livres s olaires de toute espèce, des grammaires grecques et latines, des ouvrages de rhétorique et de dialectique, qui ont longtemps servi dans les gymriases et les collèges. Enfin, il n'est pas permis d'oublier que ce sont les réformateurs, et Luther en tête, qui ont les premiers demandé la création de bibliothèque» publiques, au moins dans les grands centres, « non seulement pour que ceux qui sont à la tête de l'Eglise et de l'Etat aient de quoi lire et étudier, mais aussi pour que les bons livres soient conservés ».

Nous nous arrêtons ici dans cet exposé rapide de l'influence pédagogique du protestantisme. On l'a vu, cette influence s'est étendue sur le domaine tout entier de l'éducation et de l'instruction; et elle a été aussi profonde que possible. Le protestantisme, en effet, ne s'est pas borné à modifier, à réformer ce qui existait déjà, il a innové, il a établi comme une nouvelle base sur laquelle s'édifient plus ou moins tous les systèmes d'éducation et d'instruction modernes.

Que dans cette œuvre immense il y ait eu des hésitations et des tâtonnements, des erreurs même et des contradictions, nul ne s'en étonnera. 11 faut d'ailleurs l'avouer, les circonstances furent aussi peu favorables que possible à la propagation des nouvelles idées pédagogiques et surtout à leur application. Au début, il n'y avait pas seulement la difficulté de trouver des maîtres capables, des ressources suffisantes, des locaux convenables, les livres et les moyens d'instruction nécessaires, il y avait la stupide indifférence des masses et souvent le mauvais vouloir des princes et des villes; il y avait aussi les guerres sans cesse renouvelées et la misère universelle pesant lourdement sur le peuple. Plus tard, il y eut la déplorable scission au sein du protestantisme, le formalisme de l'orthodoxie du xvu° siècle, et puis la servitude dans laquelle l'Eglise et l'école étaient tenues par l'Etat, et enfin la contre-réformation catholique qui, dans bien des contrées, aboutit à la suppression des écoles protestantes considérées comme des foyers d'hérésie, et à l'établissement des écoles des jésuites. Mais, en fait, malgré ces difficultés sans cesse renaissantes, malgré ces obstacles presque insurmontables, les principes protestants l'ont emporté, ils ont inspiré les grands pédagogues du xvii^etduxviii* siècle, Amos Coménius, Aiiguste-HermannFrancke, Basedow,F»ociiow, Pestalozzi,et ne sont même pas restés sans influence sur les écoles catholiques.

Aujourd'hui, la plupart des principes pédagogiques proclamés par le protestantisme sont devenus comme la propriété générale de tous les peuples civilisés. Tous les bons esprits reconnaissent le droit de Tindividu à recevoir une ins'.ruction qui lui permette de conquérir et d'user de sa liberté, de développer ses dons et ses facultés, d'atteindre la fin pour laquelle il est placé sur cette terre ; tous reconnaissent, par conséqufi.t. la nécessité de répandre de plus en plus l'instruction dans toutes les classes de la société. Tous les bons esprits reconnaissent ensuite à i'Etat non seulement le devoir de veiller à ce que la somme n'instruction dont il a besoin soit assurée à chacun, mais aussi le droit et le devoir de soutenir et de diriger l'instruction publique, et le droitde rendre obligatoire l'instruciion et d'assurer la mise en pratique de l'obligation. Tous les bons espriiscnfin reconnaissent que l'éducation est inséparable de l'instruction. Les uns, il est vrai, tiennent que l'éducation a pour base la morale et la religion, les autres, la morale seulement; mais ces derniers eux-mêmes ne peuvent nier qu'en deiiors de l'école publique, la famille et l Eglise ue soient

PRUSSE

PRUSSE

des facteurs importants dans l'œuvre éducatrice. Ces principes, on les appelle ordinairement les principes modernes et on les ramène volontiers à la philosophie humanitaire et à la tendance philanthropique du xviiie siècle. En réalité, ils sont beaucoup plus vieux. (>e sont, comme nous l'avons montré, les principes protestants proclamés au siècle de la Réforme et qui, pénétrant peu à peu les esprits et les consciences, germant et se développant, ont fini par porter de bons fruits. Ils sont loin pourtant d'avoir été appliqués dans toute leur étendue, ils sont loin d'avoir triomphé complètement des principes du moyen âgt! : le protestantisme, sur le terrain pédagogique, n'a pas encore accompli toute sa tâche.

A consulter. — La bibliographie du sujet serait inépuisable ; bornons-nous à indiquer — outre les histoires générales de la pédagogie de Fritz, von Raumbb,, K. ScHMiDT, Heppe, les articles de l'encydopédie de K. A. ScHMiD, etc. — les biographies des réformateurs, notamment celle de Mélanchthon (V. Ad. Planck, Melanchthon preceptor Germaniz, Nordlingen, 1860) et de Jean Sturm ((,h. Schmidt, La vie et les travaux de Jean Sturm, Strasbourg, 1855); les monographies comme celle de Beger, Ueber den Einfluss der Eeformation auf das Unterrichtsweseii, Berlin, 1835; de BniisTLEiN, Luther's Einfluss (lufd'isYolksschulwesen, léna, 1858; de Sch.€ffer, De L'influence de Luther sur l'éducation du peuple, Strasbourg, 1853 ; la récente Etude de M. Bourchenin, sur les Académies protestantes en France, Paris, 1885, in-8, et surtout la précieuse collection du Bulletin de la Société d'histoire du protestantisme franctiis.

[Th. Gerold.] Pour l'action du protestantisme aux États-Unis, V. l'article Etats-Unis.

PiiOVi-:jXCi:.— Pour ce qui concerne l'état de l'insti-uction primaire en Provence avant la Révolution, V. les articles ^J //?e5 [Basses-)^ Bouches-du- Rhône et Var.

PROVERBES. — V. le même mot dans la II© Partie.

PROYART. — L'abbé Proyart (1743-1808), auteur d'assez nombreux ouvrages, fut avant la Révolution sous-principal du collège Louis-le-Grand, puis principal du collège du Puy. Il émigra en 1790, rentra en France sous le Consulat, fut emprisonné à Bicôtre en 1808 pour avoir publié un livre intitulé Louis XVI et ses vertus, et mourut des suites d'une maladie contractée dans sa prison. Deux de ses ouvrages ont eu quelque célébrité; ce sont VEcolier vertueux ou vie édifL'Tite d'un écolier de Vuniversité de Paris (1772, Paris, 1 vol. in-12 ; réimprimé plusieurs fois ; IQe édition en 1810), biographie du jeune Décalogne, élève du collège Louis-le-Grand, mort en 17G8 à l'âge de seize ans et demi; et le Modèle df^s jeunes gens dans la vie de Claude Le Pelletier de Sousi, étudiant en philosophie dans l'université de Paris (fréquemment réimprimé), biographie du fils d'un ministre de Louis XIV, mort à l'âge de dix-sept ans. L'abbé Proyart a publié aussi un livre 'intitulé : De Véducntion publique et des moyens de réaliser la réforme projetée dans la derjiière assemblée du clergé, 1785, 1 vol. in-12 ; cet ouvrage n'a pas été recueilli dans les œuvres complètes de l'autour, publiées à Paris en 1822 en 17 volumes.

PRUSSE.— Historique. — La Prusse, primitivement constituée par l'union du duché de Prusse à l'électoral de Brandebourg en 1618, est devenue un royaume en 1701. A cette époque, l'électeur Frédéric III prit le nom de Frédéricler, roi de Prusse. L'Etat prussien, accru successivement par des conquêtes, se compose aujourd'hui des treize provinces suivantes : Brandebourg, Hanovre, Hesse-Nassau, Hohenzollern, Poméranie, Posen, Prusse orientale, Prusse occidentale, province du Rhin, Saxe prussienne, Silésie, Sclilcswig- Holstein, Westphalie.

l. — Dans la plupart de ces provinces, moins en-

core que dans le reste de l'Allemagne, on ne peut guère parler d'éducation populaire durant tout le cours du xvio et du xviie siècle. Il est bien question d'écoles, mais ce sont presque toujours des écoles où s'enseigne le latin, et elles ne se trouvent que dans les villes. Après la guerre de Trente ans, sous le gouvernement de l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaumedit le Grand C1640-1688), on découvre une ord,onnance (1662) qui prescrit d'entretenir des écoles dans les villages aussi bien que dans les villes, mais on n'aperçoit nulle part les résultats de cette ordonnance. Comme 11 n'y avait pour l'appliquer ni maîtres, ni argent, elle sera restée lettre morte.

Les débuts de la monarchie prussienne, les premières années du xviri^ siècle, ne voient à cet égard rien apparaître de nouveau. Le premier roi de Prusse, Frédéric I" (1688-1713), ne s'est en aucune façon soucié des écoles et n'a rien fait pour renseignement du peuple. Son fils et successeur, Frédéric-Guillaume I" (1713-1740), a ouvert la voie à un meilleur avenir. Bien que préoccupé par-dessus tout de soldats et d'éducation militaire, et peu désireux d'employer son argent ou plutôt l'argent de son peuple à d'autres objets que le recrutement et l'entretien de l'armée, il n'a pas moins essayé de donner à l'instruction populaire une vigoureuse impulsion. Il a été fondé sous son règne près de 1800 écoles. C'est du reste le temps où s'est produit le puissant mouvement pédagogique du pictisme', qui, sous la direction de Francke*, a formé un certain nombre d'excellents maîtres, répandus de Halle sur diverses provinces de Prusse. Pour la première fois on se préoccupait, pour avoir de bonnes écoles, d'avoir de bons instituteurs. Faible début néanmoins et résuliats encore insignifiants. Les maîtres de presque toutes les écoles rurales étaient eux-mêmes aussi ignorants que leurs élèves. Quand un homme n'était plus bon à rien, ne pouvait plus être ni soldat ni ouvrier, ne savait plus comment gagner sa vie et en était réduit à errer en mendiant, il se faisait maître d'école.

La lettre patente du 10 novembre 17?2 cherche à remédier à ce mal, en défendant que désormais « on prenne à la campagne pour en faire des sacristains ou des maîtres d'école d'autres artisans que des tailleurs, des tisserands, des forgerons ou des charpentiers ». Pour assurer aux maîtres d'école quelques ressources, le rescrit du 17 septembre 1738 porte que « dans le plat pays nul ne pourra exercer la profession de tailleur hors le sacristain et le maître d'école ». A diverses reprises Frédéric-Guillaume P"" cherche à organiser une inspection des écoles; il veut établir l'obligation scolaire, il proteste contre l'ignorance absolue de ses sujets. Le 21 février 1737, il publie les Principia regulativa, qui deviennent la loi scolaire fondamentale de la province de Prusse. « Le roi, étaitil dit dans ce document, très peiné du dommage que l'incrédulité et les ténèbres causent à son peuple pour le temps et pour l'éternité, ne cesse de s'y opposer par des ordonnances réitérées ; n'atteignant pas son but, il veut s'efl'orcer de préposer à l'éducation de la jeunesse des sujets capables, et, à cet effet, il fait gracieusement don d'une somme de 50 000 thalers (187 000 fr.), comme fondation perpétuelle. » Ce sacrifice peut païaître minime quand on sait que sur les 6 millions de thalers auxquels s'élevaient les revenus de l'Etat, 5 millions (18 750 000 fr.) étaient consacrés à l'entretien de l'armée. Les 50 000 thalers exprimaient du moins une bonne intention. Les revenus de cette fondation, appelée Mont-de-piétéf devaient servir à sub\entionner les maîtres auxquels un accident de force majeure aurait rogné leur traitement habituel, ou à réparer une école incendiée. Les Pvindpia leyulativa, tout en l"aisant

PRUSSE

PRUSSE

appel k la bonne volonté des nobles et des ccclé- Biastiques, mettaient la construction et l'entretien des ëcoles à la charge des communes ou des comités scolaires; l'Etat s'engageait à fournir le bois de construction et du chauffage ; des collectes devaient procurer les portes, les fenêtres et les poêles. Quant au traitement des instituteurs, les paroisses devaient y contribuer chacune pour 4 thalers (15 francs) par an, et les parents pour 4 gros par semaine (six à sept centimes). Les malti es devaient recevoir aussi quelques dons en nature. Ces bonnes intentions restèrent à peu près stériles. Le concours financier de l'Etat était insignifi.mt, la noblesse et le clergé demeurèrent sourds aux appels du roi, et le peuple était trop i^aiorant et trop pauvre pour se venir en aide à lui-même.

Le règne de Frédéric le Grand (1740-1786) ne changea pas profondément cet état de choses, malgré les caprices philosophiques et littéraires du monarque. Son temps et ses ressources furent absorbés par les choses de la guerre, et le souci des conquêtes fit tort chez lui au souci des écoles. Ce n'est pas qu'il n'ait publié, dès le début de son règne, quelques ordonnances sur l'entretien et le règlement des écoles ; mais c'étaient des paroles auxquelles manquait la confirmation de fait, le secours financier. Sur un buflget de 20 millions de thalers, 13 étaient consacrés à l'armée, et le reste n'allait ni peu ni beaucoup à l'enseignement populaire : le reste était le trésor de guerre, la réserve d'avenir. Ce qui se fit de mieux dans le domaine scolaire sous le règne de Frédéric II est dû à Hecker *. Entre autres bonnes œuvres^ celui-ci créa en 1748 à Berlin — V. Normales (Ecoles), p. 2073 — un séminaire pour former des sacristains et des maîtres d'école. Cette institution n'eut d'abord qufî de médiocres résultats, mais l'idée pouvait, et devait devenir féconde. En théorie du moins, il fut décidé que les postes royaux de sacristains ou de maîtres d'école, dans le Brandebourg, ne pourraient être remplis que par des sujets sortant de ce séminaire. En pratique, cet ordre fut loin d'être réalisé. En 1763, Hecker écrivit et soumit à la signature du roi le Rèr/lement scolaire général de la monarc/iie prussienne, qui est devenu la charte de l'enseignement dans ce pays, soit qu'il ait servi de base aux règlements ultérieurs, soit \ qu'il subsiste encore tel quel dans quelques-unes de ses parties. Ce règlement a pour objet « de remédier à l'ignorance si préjudiciable et si peu digne du christianisme, et de former dans les écoles des sujets plus habiles et meilleurs ». Ce document considérable pour son époque et qui aurait placé la Prusse au niveau des autres pays allemands, s'il avait été réellement exécuté, se compose de 26 articles. En voici le court résumé : Les onze premiers articles traitent de la fréquentation des écoles, de la rétribution scolaire, des ménagements pour les indigents, des moyens de persuasion et de correction sévère pour les parents négligeiits; les articles 12 et 13 contiennent des instructions aux patrons sur le choix des maîtres; larticle 14 établit un examen préalable à la nomination; les maîtres doivent « avoir passé un certain temps au séminaire de Berlin et s'y ô.tre instruits dans la culture des vers à soie et dans la niédiode excellente usitée dans les écoles de la Trinité » ; l'article 15 interdit les écoles clandestines; les articles 16 à 24 traitent de la vie privée et de la conduite des maîtres d'école, et de leurs relations avec les ecclésiastiques, règlent de la façon la plus minutieuse le programme des leçons, dressent la liste des livres autorisés, établissent la discipline; les derniers articles rappellent aux pasienrs leur devoir d'inspection des écoles •sous peine de suspension ou même de révocation.

Une mauvaise volonté universelle réduisit à peu

près à néant les excellentes intentions et dispositions du Règlement général. On manquait d'hommes et d'arp;cnt comme sous le règne pré- ] cèdent. Le roi destina quelques maigres revenus j à constituer « le fonds des grâces scolaires » pour améliorer quelques traitements dérisoires en Poméranie; il accorda à la Marche de Brandebourg un capital de 100 000 thalers dont les intérêts à , 4 0/0 devaient servir aux mêmes usages, Qu'é- , talent de si pauvres sommes en présence de si : grands besoins ? Pour faire illusion au roi sur les résultats obtenus, d'ingénieux courtisans, scm- ; blables à ceux qui construisaient des villages d'opéra comique sur le passage de l'impératiice Catherine dans les steppes de Russie, avaient ! soin qu'il y eût de bonnes écoles sur la routo qui menait aux lieux de revue, dans les villag'^s où l'on relayait. Frédéric II parait avoir renoncé vers la fin de son règne à certaines améliorations f|u'il avait autrefois poursuivies. En 1752, il défendait qu'on fît des places de maître d'école des sortes d'indemnités aux soldats mutilés par la guerre ; en 1779 il donne au contraire au département ecclésiastique l'ordre « d'employer comme maîtres d'écoles ceux des invalides qni savent lire, écrire et compter ». Ce trait jette un jour singulier sur la valeur des maîtres et des écoles de Prusse à cette époque. Pouvait-il en être autrement quand le métier de maître d'école était le moins lucratif de tous, alors que plus de 500 maîtres dans la Marche de Brandebourg ne gagnaient pas plus de 10 thalers par an (37 fr. 50), et que quelques-uns même n'arrivaient pas à ce chiffre?

Cet état de choses ne s'est pas amélioré sous le règne de Frédéric Guillaume II (1780-1797), dissipateur qui savait trouver de l'argent pour ses plaisirs et non pour les écoles. Loin de soumettre les candidats à l'examen recommandé par le Règlement général, les patrons nobles ou ecclésiastiques étaient trop heureux lorsqu'il se présentait quel- . que pauvre diable pour se charger de la direction d'une école, de vieux soldats, des ravaudeurs, des veilleurs de nuit, des bergers annexant la garde des enfants à celle des troupeaux. L'administration recommandait aux maîtres, ainsi que du temps de Frédéric II, l'élève des vers à soie comme un moyen d'ajouter quelques ressources à la rétribution scolaire, et Ion pense bien que pour se faire un supplément de 10, 20 ou môme 30 thaiers par an, le maître négligeait singulièrement l'école au profit de la magnanerie. Les écoles des villes ne valaient pas beaucoup mieux que celles des villages. Une orthodoxie intolérante étendait sur tout le royaume son influence néfaste; elle avait à son service le ministre Wœllner, qui avait établi une sorte d'inquisition des consciences; le conseiller Sack, membre du consistoire supérieur, un des plus hauts fonctionnaires du royaume, écrivait vers la fin du xviii" siècle : « Je me permets de douter de l'utilité qu'il y a pour les paysans et surtout pour les pauvres à savoir lire ; l'avantage qu'ils peuvent retirer de ce maigre savoir ne vaut vraiment pas la peine qu'on se donne pour l'acquérir. »

Notons cependant que c'est sous le règne de Frédéric-Guillaume II que fut promulgué (nOi) le Code général prussien i^AUgemeines Lnudreclit\ qui établit le principe de la fréquentation obligatoire de l'école.

II. — C'est à Frédéric-Guillaume III (1797- 1840), l'un des princes les plus éclairés de l'Allemagne, que la Prusse doit la transformation et le développement de l'instruction populaire. Il avait commencé par congédier le minisire Wœllner, et l'on sentit immédiatement soufller dans l'administration scolaire un esprit de liberté et de

progies.

Il écrivit

le 3 juillet 171)8 à son ministre de

PRUSSE

PRUSSE

Massow, qui remplaçait Wœllner, pour lui exposer ses vues sur l'instruction du peuple. « C'est par l'insiruction et l'éducation que l'homme et le citoyen se forment, disait-il, et ces deux choses sont l'œuvre de l'école. Il est temps de songer à donner une instruction et une éducation convenables aux enfants des bourgeois et à ceux des paysans. II faudra établir une règle uniforme pour toutes les provinces. » En réponse, le ministre dresse un plan général. « L'objet de la réforme, dit-il, est de créer une éducation nationale. » Il montre la nécessité de sérieux sacrifices d'argent et de l'unité d'action.

Une série d'tfïorts, d'études, de projets et de règlements se succèdent. Le roi demande que les hommes les plus compétents du royaume préparent un livre de lecture, de chants et de prières qui puisse convenir aux écoles de tout culte, afin d'établir l'unité d'enseignement et d'éducation dans le royaume. Il assure un revenu annuel de 6000 thalers aux écoles de la Marche, dont 1000 pour la création d'écoles industrielles. Le consistoire supérieur, cherchant les moyens d'améliorer le régime scolaire et de trouver des secours, va jusqu'à proposer de supprimer des postes de pasteurs et de réunir des paroisses. On s'occupe même de l'éducaiion des filles; il n'y a guère d'écoles pour elles; il n'y en a pas de convenables pour élever les filles de la bourgeoisie dans les villes. « Où trouver des maîtresses réunissant à la fois le don d'enseignement et les connaissances littéraires? dit un écrivain du temps. Il faudrait des séminaires pour les former. » Cette idée est nouvelle. Une femme de lettres, Ernestine de Krosigk, a le courage d'en essayer la réalisation ; elle fonde à Berlin, avec l'appui du roi, une école normale d'institutrices, mais seulement pour des écoles privées. Cette tentative n'a pas de suites ; .es ressources et l'attention du pays étaient absorbées ailleurs.

Les mauvaises années étaient venues pour la Prusse. La guerre lui fut défavorable. Malgré des sacrifices coûteux et sanglants, la Prusse fut vaincue et démembrée. Après léna (1806), après le traité de Tilsitt (1807), elle était réduite de près de moitié. C'est le moment où elle fut réellement le plus grande; sous le coup de si cruels revers, le pays fut électrisé; le roi, la reine Louise surtout, soufflèrent le patriotisme dans les âmes; leurs eff'orts furent secondés par quelques hommes d'élite. L'école fut transformée; l'instruction publique reprit une impulsion extraordinaire. « Nous avons perdu en étendue de territoire, disait Frédéric-Guillaume ; notre Etat a perdu en puissance extérieure et en éclat, mais nous devons et nous voulons apporter nos soins à gagner en puissance et en éclat intérieurs. Aussi est-ce ma volonté formelle que la plus extrême attention soit consacrée à l'instruction populaire. » Le grand ministre patriote Stein écrivait : « Pour transformer le peuple, lui inspirer confiance en lui-même, pour le rendre prêt à tous les sacrifices en vue de l'indépendance et de l'honneur national, il n'y a rien à attendre que de l'édu- j cation de la jeunesse. Il faut développer toutes j les forces de l'esprit par une méthode conforme j à la nature humaine, ne négliger aucune des j facultés sur lesquelles reposent la force et la dignité de l'homme; nous arriverons ainsi à voir ! se développer une génération physiquement et I moralement rigoureuse, et un meilleur avenir ! s'ouvrira devant nous. » j

L'instruction publique, d'abord abandonnée au i hasard, sans direction, avait été confiée à un Con- j seil supérieur (OberschulcoUegium). L'Etat veut la suivre de plus près, agir sur elle avec plus , d'efficacité, et la rattacher à l'un de ses giands services. En 1808, i'OberschulcoUegium est sup- .

primé, et l'instruction publique forme la 3* section du ministère de l'intérieur, confiée alors au célèbre Guillaume de Humboldt.

En peu d'années on vit de nouvelles écoles s'ouvrir, des maîtres se former. On envoyait ans élèves à Pestalozzi ; on créait des écoles normales, à Braunsberg, 18l0; à Karalene, 1811; à Marienburg, 1814; àJenkau, 1815; à Kœslin, à Bunzlan, 1816; à Graudenz, à Neuzelle, 181T. On compionait enfin que la première condition pour avoir de bonnes écoles, c'est d'avoir de bons maîtres, et que pour les avoir, il faut les former.

L'administration de l'instruction publique était une dépendance du ministère de l'intérieur; il fallait lui donner plus d'importance et d'indépendance. Le 3 novembre 1817, le roi forma un département nouveau, un ministère des afl'aires ecclésiastiques, de l'instruction et de la médecine, dont le premier titulaire fut le baron d'Altenstein, qui prit pour directeurs des deux sections consacrées à l'enseignement public les conseillers d'Etat Sûvern et Nicolovius.

Ils rédigèrent l'ordonnance de 1819, qui modifiait tous les règlements antérieurs, et qui organisant l'obligation scolaire, a Les parents, y est-il dit, ou ceux de qui dépendent les enfants (fabricants ou patrons) seront obligés de leur faire donner une i nstruction convenable depuis leur septième année jusqu'à l'âge de quatorze ans accomplis. Les parents, tuteurs ou maîtres qui seront trouvés en contravention seront d'abord rappelés à l'accomplissement de leur devoir. Si les remontrances ne suffisent pas, on usera de mesures de rigueur : les enfants seront conduits à l'école par un agent de police. Les parents pourront être condamnés à des amendes, et, à défaut de paiement, à la prison ou à des travaux au profit de la commune.

«Toutes les fois qu'on prononcera la peine de la prison ou des travaux pour la commune, on pourvoira à ce que les enfants des condamnés ne restent pas abandonnés pendant que les parents subiront leur peine. Les parents condamnés pourront, à la demande du comité de surveillance, ère privés de la participation aux secours publics; ils seront incapables de prendre part à l'adminisuation de la commune ou de remplir aucune fonction d'égiise ou d'école. Si toutes les punitions sont insuffisantes, on donnera aux enfants un tuteur particulier pour veiller à leur éducation.

» l*endani le cours de l'année scolaire, aucun enfant ne peut se dispenser d'une seule cla^,se sans la permission de l'instituteur, qui peut iaccorder si l'absence ne doit durer qu'un jour; mais si elle doit se prolonger plus longtemps, l'instituteur doit en référer au comité de surveillance, qui seul a le droit de donner l'autorisation. »

Ces prescriptions sévères n'ont cessé d'être on vigueur depuis lors. Aujourd'hui les mesures de répression n'ont plus besoin d'être appliiuées, tant l'obligation est entrée dans les mœurs. A cette époque, ni sur ce point, ni sur les autres, l'ordonnance ne put être exécutée; chaque province conservait ses coutumes ; il fallut le temps et la persévérance pour obtenir les résultats cherchés.

Après la retraite de Sûvern, la direction des écoles fut concentrée dans la main de BeckendofF, dont les tendances cléricales inspiraient de l'inquiétude, mais qui ne laissa pas de rendre des services. Il se consacra plus particulièrement au développement et à la prospérité des écoles normales ; il les inspectait lui-même, se mettait en rapports directs et frocjuents avec leurs directeurs, envoyait soit aux directeurs, soit à certains professeurs de ces établissements des bourses de voy:>ge pour leur permettre de se voir, de s'instruire réciproquement de leurs expériences: il chercha à étendre et à prolonger l'influence des

PRUSSE

PîUJSSE

directeurs des séminaires sur les instituteurs qui («Il étaient sortis. C'est dans ce but que l'arrêté du 1er juin 1826 proscrit aux directeurs des sein naires de visiter les écoles de leur circonfccription.

La fin du ministère Altenstein coïncide avec l'avcnement de Frédéric-Guillaume IV. Lorsque Alienstein mourut (1840), il laissait après lui en Prusse 38 séminaires d'instituteurs et environ trente mille classes primaires en pleine activité. C'est l'époque qui correspond au rapport si remarqué que fit M. Victor Cousin sur Tinstrucliou publique en Allemagne et particulièrement en Prusse.

Altenstein, bien qu'un des chefs du parti conservateur, avait eu la hardiesse d'appeler à la direction de l'école normale de Berlin, fondée en 1851, l'éminent pédagogue Diesterv^^eg, dont l'esprit libéral et réformateur allait soulever bientôt tant d'opposition.

m. — Après la mort d'Altenstein, son successeur Eichhorn, dévoué à la réaction, chercha à enrayer le mouvement libéral qui s'était dessiné dans le monde de l'enseignement. Le nouveau règne s'annonçait mal; l'influence piétiste dominait; le noble élan qui avait suivi la période des grands revers semblait définitivement arrêté. Le mouvement rétrograde se dessina de plus en plus. En 1847, on vit Diesterweg obligé de quitter son école, au milieu même des plus brillants succès. Après les événements de 1848, l'instituteur devint suspect ; les écoles normales furent accusées de répandre un esprit de science et d'indépendance qui paraissait dangereux. On se mit en mesure de les rappeler à des pensées plus modestes, à un programme et à des visées plus pratiques. Des brochures proposaient même de supprimer les écoles normales et de confier aux pasteurs de village le soin de former les instituteurs pour la campagne. L'école à une seule classe était recommandée comme l'idéal de l'école primaire.

M. de Raumer, devenu ministre de l'instruction publique en 1850, donna corps à ces aspirations rétrogrades en publiant les l^r, 2 et 3 octobre 1854 les fameux règlements connus sous le nom des trois Regidative, œuvre du conseiller Stiohl. Le premier s'occupait des écoles normales et tendait à restreindre leur programme. Le second contenait les prescriptions relatives aux écoles préparatoires et à l'examen d'admission. Le troisième réglementait exclusivement l'école à une seule classe, comme si ce genre d'école était le centre et l'unique forme de l'enseignement populaire en Prusse, alors que déjà les écoles à deux et trois classes formaient au moins le tiers des établissements scolaires. Les Regulative donnaient une place considérable à l'enseignement de la religion, principalement de l'histoire biblique, et accordaient une importance exagérée aux exercices de mémoire. Cette réglementation répondait aux mômes préoccupations qui avaienté dicté en France Iji loi de 1850 et livré l'instruction primaire à riiifluence des congréganistes. Grâce à de telles dispositions, l'instruction arrivait à se détruire elle-même, l'instrument de l'émancipation et du progrès devenait un moyen d'assoupissement et de servitude ; on sauvait les apparences en ne fermant pas les écoles; en réalité on les rendait inutiles ou nuisibles, elles ne devaient plus servir qu'à énerver, à engourdir, à enténébrer le peuple. Les Regulative soulevèrent une vive résistance ; Diesierweg fut un des chefs les plus écoutés de l'opposition. Lors de l'avènement du nouveau roi Guillaume (1857), le parti libéral crut avoir cause gagnée. Le ministère Betlimann-Hollweg (1858- 18(i2) et le long ministère de M. de Muhler (1862- 1872) furent en effet un adoucissement, une sone

d'arrêt et de transition, mais à peine sensibles dans leurs effets. Pendant ce d. rnier mini-tère, le budget militaire ne cessait de s'élever ; il était de 37 millions de thalers en 186i, de 60 millions en 1871, tandis que les ^sommes attribuées au budget de l'instruction publique, et en particulier à la construction et à l'entretien des écoles, étaient vraiment dérisoires.

C'est du reste à l'occasion de la discussion du budget de 1872 que M. de Muhler succomba. Il fut remplacé par le D"" Falk, jurisconsulte distingué, esprit libéral et résolu, qu'on pourrait appeler le Duruy de la monarchie prussienne, comme M. de Raumer en avait été le Fortoul.

IV. — Au moment où M. Falk prit le portefeuille de l'instruction publique, il y avait fort à faire, et la légende du maître d'école allemand ne semblait pas pouvoir s'appliquer justement à la Prusse. Le nombre des conscrits illettrée était encore assez considérable, relativement au reste de l'Allemagne. La statistique de 1870-1871 le porte à 117,2 sur 1000 dans la province de Posen, à 87,8 dans celles de Prusse. On manquait d'instituteurs ; il était impossible de créer de nouvelles écoles pour recevoir le trop-plein des classes qui débordaient, pour abréger les chemins énormes que certains enfants devaient faire pour se rendre en classe, ou pour mettre à la retraite des maîtres vieux et infirmes. On estime à 14 ou 16 mille le nombre d'instituteurs en plus qu'il eût fallu avoir dans l'année 1872. En 1871, 4000 postes effectifs restaient à pourvoir ; dans le seul district de Koeuigsberg il y avait 224 places vacantes. Pour suppléer à ces lacunes, on acceptait une foule d'incapables ou parfois môme d'indignes.

Le traitement des instituteurs n'était pas fait pour attirer de nombreux candidats : i6 353 postes, qui formaient le tiers des places d'instituteurs dans le royaume de Prusse, n'avaient pas un traitement supérieur à 600 marks. En voici le décompte : 40 dans les villes, 256 à la campagne avaientun traitement variant de 150 à 300 marks; 378 dans les villes, 43U6 à la campagne, un traitement de 300 à 450 marks; 1112 dans les villes, 10261 à la campagne, un traitement de 460 à 600 marks.

Le ministre Falk se mit à l'œuvre et donna à l'instruction publique, particulièrement à l'enseignement primaire, une vigoureuse impulsion. Il établit des règles pour l'augmentation progressive des traitements et fit voter un subside de l'Etat pour y contribuer. Il augmenta le nombre des écoles normales, qui fut porté en six ans de 75 à 99, soit une augmentation de 24. Ces 99 séminaires se divisaient ainsi : 65 protestants, 30 catholiques et 4 mixtes, dont 1 à Posen et 3 dans Hesse-Nassau. Ils renfermaient en 1878 6728 élèves, dont 4763 protestants et i695 catholiques.

L'une des œuvres principales du ministère Falk a été la loi du 11 mars 1872, qui a placé tous les établissements d'instruction et d'éducation sous la surveillance et l'inspection de l'Etat. Cette loi, qui avait pour objet de restreindre l'action et l'influence du clergé sur l'école, a été lobjet des discussions les plus vives, et a partagé les esprits en deux camps violemment hostiles ; d'une part, tous ceux qui voulaient maintenir aux membres du clergé soit catholique, soit protestant, rauiorité sur les écoles, l'inspection ofticielle et linfluence intime; d'autre part, ceux qui revendiquaient les droits de l'Etat laïque, dans la mesure où ce mot peut être compris en Prusse. La loi du 11 mars 1872, qui n'était que l'extension et l'application de l'article 23 de la Constitution prussienne de 1850 (V. Constitution^ p. 513), fut une sorte do révolution dans un pays où l'on avait depuis des siècles l'habitude de coiisiJérer l'inspection des écoles comme une partie intégraute

PRUSSE

PRUSSE

et une charge naturelle du ministère ecclésiastique.

Le 15 octobre de la même année, le ministère Falk publia de nouveaux règlements, sous le litre à' histr actions générales {Allgemeine Bestimmungen betreffend dus Volksschuï-, P/âparanden- und Seminarwesen), qui remplacèrent les Regulative de 1854. Ces Instructions générales, qui forment aujourd'hui le code de l'enseignement primaire en Prusse, se divisent en cinq parties. La première détermine rorganisation, la tâche et le but de récolo primaire ; la seconde dresse le programme des écoles moyennes ; la troisième traite des écoles préparatoires au séminaire ; la quatrième, des séminaires ou écoles normales; la cinquième réglemente les diflférents examens de l'ordre primaire.

Comparées aux Regulative de 1854, les Instructions générales (rédigées par M.Schneider.le successeur du conseiller Stiehl) sont incontestablement une œuvre de progrès. Elles élèvent le niveau de l'enseignement, elles en étendent le programme, elles en améliorent les méthodes. Au lieu de borner Ihorizon à la classe unique, à celle du village, elles prévoient l'ensemble d'un enseignement populaire à tous les degrés. Elles aitachent un importance nouvelle à la préparation des candidats pour les écoles normales, et elles ont introduit dans l'enseignement de ces écoles mêmes des disciplines importantes, telles que l'histoire de la pédagogie et la littérature nationale. Elles ont subi divers assauts. A droite on leur reproche de ne pas donnera la religion la place centrale qui doit lui revenir dans l'enseignement; à gauche on leur fait un grief de n'avoir pas donné à l'école le caractère laïque, de ne l'avoir pas dégagée de l'enseignement confessionnel.

Aussi longtemps que dura la politique du Kulturkampf , le Dr Falk en fut, sous la haute direction de M. de Bismarck, l'un des plus capables et des plus énergiques représentants. Lorsque l'orientation fut changée et que le chancelier crut devoir revenir en arrière et faire au clergé catholique des concessions qu'exigeaient ses nouveaux plans, le ministre Falk fut sacrifié. Il se retira le 12 juillet 1879 après plus de sept années d'une administration laborieuse et brillante, accompagné des regrets des libéraux et de la majeure partie du corps des instituteurs.

Son successeur fat M. de Puttkamer, qui a été remplacé à son tour (1881) par le ministre actuel de l'instruction publique, M. de Gossler. Tous deux appartiennent au parti conservateur.

La législation scolaire. — Lors'ju'on étudie de près la législation scolaire de la Prusse, on est frappé de l'esprit de conservation, de discipline militaire qui la caractérise. Àiême dans ses innovations, elle laisse subsister des anciennes lois tout ce qui a passé dans les habitudes ou qui peut servir à fortifier l'institution scolaire. C'est ainsi que la loi du U mars 1872, qui a lait de l'inspection des écoles un service relevant exclusivement de l'État n'a pas exclu pour cela l'ancien personnel d'inspection qui se composait des ecclésiastiques. Les pasteurs et les curés sont restés presque partout chargés de l'inspection locale ; mais c'est de l'Etat qu'ils tiennent désormais leur mandat, lequel peut en tour temps leur être retiré. Le gouvernement s'est arrangé de façon à conserver ainsi une classe d'auxiliaires dont il peut à chaque instant se débarrasser. Il s'est assuré leurs services, mais il n'a à craindre de leur pan ni opposition ni usurpation.

Le gouvernement central, tout en affirmant sa haute autorité dans toutes les questions scolaires, ne s'est jamais privé des secours utiles que d'autres organismes pouvaient lui offrir.

Les écoles publiques sont à la charge des com-

munes, des paroisses ou de certaines communautés scolaires formées exclusivement à cet effet* mais l'Etat conserve sur les écoles l'autorité la plus absolue. Il fixe les dimensions des bâtiments, arrête les programmes, détermine le traitement qui doit être payé Ix l'instituteur; rien ne peut entraver l'exercice des droits considérables qu'il s'est réservé. Son autorité est partagée ou plutôt soutenue dans les villes par des délégations scolaires, dans les campagnes par des comités ruraux dont le seigneur du lieu est membre de droit ; le titre de patron de l'école accordé au seigneur n'est pas seulement un reste du temps passé; il est encore un engagement d'honneur à soutenir l'école de son influence et de ses subsides. Il resterait à savoir ce qu'y peut perdre la dignité et l'indépendance de l'instituteur.

L'enseignement obligatoire, que le code prussien a édicté depuis 1794, y apparaît bien plutôt comme un impôt semblable à celui du service militaire que comme une loi de protection de l'enfance. Il semble n'avoir été institué que pour procurer au roi des soldats instruits et capables. Sans doute il serait injuste de méconnaître que le but poursuivi est d'ordre plus élevé : c'est la grandeur de la patrie par l'instruction de ses enfants. Mais la raison qui en\oie l'enfant à l'école n'en est pas moins la raison d'État. Toute l'organisation de l'instruction primaire se ressent ue ce point de départ.

Dès qu'il est inscrit à l'école, l'enfant, pour la première fois, est enrégimenté. Toute absence qui n'est pas régulièrement justifiée l'expose à de sévères punitions; elle expose ses parents à l'amende et à la prison. Il n'est dispensé de quelques jours de classe que par les inspecteurs. Tous les exercices réclament à titre égal son assiduité. La gymnastique est toujours obligatoire pour les garçons; en aucun cas les filles ne peuvent être dispensées d'assister aux classes de iravaux d'aiguille. Bien plus, quiconque se hasarde à faire l'école buissouuière est reconduit en classe comme le soldat déserteur à son régiment, par les soins de la maréchaussée.

Le règlement, si sévère pour assurer l'assiduité de l'écolier, n'est pas beaucoup plus doux lorsqu'il s'agit de sa conduite à l'école et hors de l'école. Les châtiments corporels sont admis en Prusse, et ne sont pas près de disparaître de la discipline scolaire. On voit peu à peu s'introduire des adoucissements, des atténuations ; mais il semble qu'ils ne soient admis qu'à regret et comme une sorte de concession à la mollesse des mœurs.

Rien n'est plus loin de la législation prussienne que l'école laïque. Ni le mot ni la chose n'ont leur place en Prusse. L'enseignement religieux occupe la première place ; toute école était confessionnelle il y a peu de temps; aujourd'hui encore il est recommandé d'avoir égard dans la fondation d'une école au culte de la majorité; l'école peut être créée et entretenue par la paroisse; les ecclésiastiques ont entrée dans toutes les écoles, non seulement comme pasteurs des âmes, mais comme inspecteurs des études. La direction de l'enseignement religif^nx appartient naturellement aux K;glises; mais l'État, assez récemment, s'est réservé le droit de choisir et de nommer lui-même les professeurs chargés de cet enseignement; il laisse â l'Eglise le soin du spirituel^ mais il met la main sur le personnel.

Il n'y a pas d'enfants qui puissent se soustraire à l'enseignement religieux; si les enfants ne prouvent pas q\x'ils suivent hors de l'école une instruction religieuse régulière (cette concession étant faite aux minorités), ils sont tenus de suivre le cours d'instruciion religieuse donné à l'écolf». La législation scolaire prussienne u admet pas

PRUSSE

PRUSSE

les irrégularités, les exceptions ; l'école est un régiment, tout le monde doit marcher dans le rang, qu'il s'agisse de religion, de gymnastique ou de calcul.

C'est pour le même motif qu'il n'est pas permis aux instituteurs qui se marient de se soustraire à la cérémonie de la bénédiction religieuse. Certes, il en était bien ainsi en France ju->qu'ea ces dernières années; la réaction qui sévissait sor l'enseignement public depuis 1850 n'admettait pas la témérité d'une pareille émancipation. Mais on n'en avait pas fait une prescription officielle. La Prusse met dans ses règlements ce qu'elle veut établir dans ses mœurs. Il est formellement prescrit aux fonctionnaires de l'Etat de dénoncer tout instituteur qui n'aurait pas reçu la bénédiction nuptiale à l'église, afin qu'on puisse sur-le-champ le destituer. C'est un caporal qui a manqué à une obligation disciplinaire, on le casse aux gages.

Telle qu'elle est, la législation scolaire de Prusse peut ofi'rir d'utiles objets d'étude et de réflexion. Klle a établi l'obligation scolaire depuis le siècle dernier, avec un ensemble de sanctions pénales qui ne ressemble guère aux précautions infinies que nous avons multipliées chiz nous. Elle n'y a pas joint la gratuité et la laïcité, qui en sont les corollaires et pour ainsi dire la justification et l'atténuation.

L'obligation pure et simple, brutale, universelle, même avec la rétribution scolaire, môme avec l'école cou fessionnclle, avec l'instruction religieuse imposée, n'en a pas moins été acceptée par toutes les classes de la nation, par les conservateurs comme par les progressistes, par les hobereaux comme par le peuple, et elle a porté des fruits dont la Prusse s'enorgueillit à juste titre.

L' école (Règlement du 15 octobre 1872j. — Il y a plusieurs catégories d'écoles primaires : l'école à plusieurs classes, l'école à deux maîtres, l'école à un seul maître, et celle-ci à son tour se subdivise en école à une classe et école de demijour.

L'école à une classe est divisée en trois degrés : le degré inférieur, pour les enfants de six à huit ans, qui reçoivent une moyenne de W heures de leçons par semaine ; le degré moyen, de huit à dix ans, et le degré supérieur, de dix à quatorze ans, avec une moyenne de 30 heures de leçons par semaine, y compris les heures de gymnastique pour les garçons, et de travaux à l'aiguille pour les filles. Le nombre des élèves ne doit pas dépasser 80.

Si ce nombre est dépassé, ou si le local ne peut pas contenir ce nombre, et que les circonstances ne permettent pas la nomination d'un second maître, on établit, avec l'autorisation de la régence, un roulement entre les enfants. Une division vient en clause le matin, une autre l'après-midi ; le maximum des heures de leçons demandées au maître est de 32 par semaine, soit 20 pour la division supérieure et 12 pour la division inférieure.

Quand deux maîtres sont placés dans le même établissement, il doit y avoir deux classes séparées. Si le nombre des élèves dépasse 120, une troisième classe est nécessaire. Le nombre d'heures pour la troisième classe doit être de 12 par semaine, celui de la seconde classe de 24, celui de la première de 28.

Dans les écoles de plus de trois classes, l'enseignement comporte 22 heures par semaine pour la dernière classe, 28 pour la classe intermédiaire, 30 et 32 heures pour les degrés supérieurs. ^

Daus les écoles à plus de deux classes, il est a désirer que les sexes soient séparés, au moins dans les degrés supérieurs. Dans les écoles qui '

n'ont f|ue deux maîtres, il est recommandé de diviser les éljves d'après leur âge plutôt que d'après leur sexe.

La classe. — La classe doit fournir à chaque élève une surface de d décimètres carrés; il faut qu'elle soit claire et bien ventilée ; les fenêtres doivent être garnies de rideaux; les tables et les bancs doivent être en nomfjre suffisant et disposés de manière à ce que la santé des enfants n'y fouffiC pas; les tables sont garnies d'encriers.

Ce n'est que par exception qu'on doit admettre des classes de plus de 80 à 100 places; autant que possible, la longueur d'une classe ne doit pas dépasseï- 9 mètres; la hauteur minimum des classes plafonnées est de 3'", 20, celle des classes non plafonnées 3™,.j0. Les fenêtres sont placées à la gauche des enfants et derrière eux, jamais en face.

La classe doit être munie de patères pour recevoir les bonnets, foulards, manteaux, etc., d'un tableau noir avec chevalet, d'un autre suspendu à la muraille, d'une chaise avec table fermant à clef, d'une armoire pour les livres, cahiers, craie, éponge, etc.

Le mobilier de la classe comporte réglementairement : 1° un exemplaire de tous les manuels usités dans la classe ; 2° un globe terrestre ; 3° une carte murale de la province ; 4° une carte murale de l'Allemagne; 5° une carte murale de la Palestine; 6° quelques tableaux d histoire naturelle; 7° des alphabets à gros caractères mobiles, montés sur bois ou sur carton; 8° un violon; 90 une règle et un compas; 10° un boulier compt^'ur ; dans les écoles protestantes, Jio une Bible; 12° un exemplaire du livre de cantiques eu usage dans la paroisse.

Le maître est obligé de tenir constamment à jour la liste de ses élèves, la liste des absences, le tableau des leçons qu""!! a faites et la chronique de l'école. Cette chronique consiste en un registre qui doit contenir tous les faits intéressant l'histoire de l'école : la description géographique et topographique de la localité, les traditions et événements locaux, le nombre et les occupations des habitants, l'étendue des propriétés seigneuriales, les curiosités et antiquités locales; l'origine de l'école; le patronat; les noms des instituteurs successifs, leurs appointements, leurs fonctions accessoires ; les changements opérés dans les locaux, dans le mobilier, les fêtes scolaires, les fonds de l'école; l'état actuel, le nom du président du cemité scolaire, de l'inspecteur; les visites des autorités ; les événements ayant une influence quelconque sur la vie et le développement de l'école.

Le plan d'études, la distribution des heures et des devoirs pour le semestre doivent être affichés en permanence dans la classe.

Les élèves doivent avoir le syllabaire et le livre de lectures couranies, un cahier de calcul, un cahier de musique, les livres adoptés pour l'enseignement religieux, une ardoise avec crayons, éponge, règle, compas; un cahier de brouillons, un d'écriture, un d'orthographe et de composition ; pour le degré supérieur, un cahier de dessin, de petits manuels pour les sciences, un livre de lectures progressives en plusieurs volumes, un atlas et des cahiers pour ces diverses études.

Les programmes. — Les objets de l'enseignement sont : la religion, la langue maternelle ^diction, lecture, écriture), le calcul et les éléments de la géométrie, du dessin, de la géographie, de l'histoire naturelle, pour les garçons la gymnastique, pour les filles les travaux d aiguille.

Voici la distribution du temps pendant la semaine, pour chacun de ces divers enseigiioments, d'après les Instructions générales du 12 octobre 1872 :

PRUSSE

Écoles à une. classe.

Degré inférieur.

Religion 4

Langue allemande.... Calcul et géométrie...

Dessin

Géographie, histoire,

toire naturelle

Chaut

Gymnastique ou travaux

d'aiguille

Total

PRUSSE

his-

Moyen.

lô"

lô

Ecoles à plusieurs classes.

Degré inférieur. Moyen. Supérieur.

Religion

Langue allemande

Calcul

Géométrie

Dessin

Géographie , histoire , his-

toire naturelle

6 ou 8

Chant

Gymnastique ou travaux

d'aiguille

30 ou 32

L'enseignement religieux catholique est confié à la direction de l'Eglise. L'enseignementreligieux protestant, d'après les Instructions générales de 1872, a pour but d'initier l'enfant à l'intelligence de l'Ecriture sainte, en même temps qu'à la profession de foi de son Église, et de le mettre à même de prendre une part active aux exercices et à la vie religieiise de cette Eglise. La connaissance de l't'xriture sainte est le but de l'enseignement de l'histoire religieuse. Le programme trace un ensemble de récits historiquement liés depuis les livres de l'Ancien Testament jusqu'à la Réforme et à la vio ecclésiastique de notre époque, en insistant surtout sur la vie de Jésus.

L'instituteur doit raconter de vive voix, simplemont, en s'écartant le moins possible du langage biblique, en s'efforçant d'agir à la fois sur l'intelligence et le cœur de ses élèves. Dans le degré supérieur, il expliquera des extraits des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament (les prophètes, les psaumes de David, les Evangiles). A la leçon du samedi sont lus et commentés les textes indiqués pour les prédications du lendemain (péricopes).

Le chant fait partie intégrante de l'enseignement religieux. Dans le degré inférieur, on se boine à l'étude de quelques versets ,• des cantiques entiers sont étudiés dans les autres degrés. A défaut d'un recueil spécial de chants religieux, le texte des cantiques est pris dans le psautier de la paroisse; les élèves doivent en apprendre environ une vingtaine. Les enfants du degré inférieur apprennent de courtes prières à dire le matin et le soir et avant le repas; on explique aux élèvos plus avancés le sens et l'organisation du culte public.

L'enseignement de la langue allemande comprend des exercices de diction, la lecture et des compositions écrites; ces trois exercices subsistent et se développent parallèlement dans les trois degrés. Au degré inférieur les exercices oraux portent sur les objets les plus simples ; au degré moyen ils s'appli(|uent aux familles de mots : au diîgré supérieur, ils roulent sur des morceaux tires du livre de lecture. Le but de ces exercices, dit le programme, est d'amener graduellement l'élève à prononcer distinctement et correctement cha(|ue mot, à s'exprimer spontanément dans de courtes phrases, à acquérir une certaine sûreté dans la construction, à rc[)iodiiire un sujet libre- | ment et avec justesse, et à coordonner clairement : les pensées. I

Les exercices de lecture, d'écriture et de composition n'offrent rien de particulier.

Le calcul de tête doit être seul pratiqué dans le degré inférieur, et dans les autres degrés il doit toujours précéder le calcul sur l'ardoise. Le maître ne doit jamais perdre de vue le but pratique de cette science, éviter les nombres trop étendus et les données qui ne reposent pas sur la icalité. Le but final est do mettre l'élève en état de résoudre rapidement et sûrement les problèmes qui lui sont posés, mais il importe en même temps de faire de cet enseignement un exercice intellectuel qui donne de la clarté à la pensée et de la correction au langage.

L'enseignement de la géométrie doit être combiné avec celui du calcul et du dessin, de façon à familiariser les élèves avec les formes des lignes, des surfaces et des solides, pour qu'en s'essayant à les reproduire, ils puissent opérer sûrement et calculer avec exactitude les longueurs, les superficies et les volumes.

Dans les leçons de dessin, tous les élèves doivent travailler simultanément et arriver, par l'exercice continuel de l'œil et de la main, à reproduire avec la règle et le compas des réductions ou des agrandissements, des dessins simples de meubles, de parterres, de maisons, d'églises, d'objets, offrant des angles droits et de larges surfaces.

Quelques biographies prises dans l'histoire de l'ancienne Allemagne et particulièrement du Brandebourg, de plus en plus nombreuses à partir de la guerre de Trente ans et du Grand Electeur, constituent l'enseignement de l'histoire. La géographie doit commencer par la patrie et s'étendre peu à peu à la connaissance du globe.

L'histoire naturelle embrasse l'anatomie et la physiologie élémentaire de l'homme, l'étude des minéraux, des végétaux et des animaux indigènes qui offrent quelque intérêt par leur utilité ou leurs particularités, des grands carnassiers étrangers, du règne animal et végétal de l'Orient, des plantes dont les produits servent à l'usage journalier (coton, thé, café, sucre, etc.). Le maître ne doit jamais perdre de vue qu'il faut habituer l'enfanta une observation attentive et intelligente de la nature.

Dans l'école à un ou deux maîtres, la physique n'est pas enseignée ou du moins elle n'a d'autre objet que de rendre les enfants attentifs aux phénomènes les plus habituels de la nature. Dans les écoles à plu^^ de deux maîtres, le programme comprend les données fondamentales relatives à l'équilibre et au mouvement des corps, à l'acoustique, à l'optique, à la chaleur, au magnétisme et à l'électricité, non pour faire des savants, mais pour rendre les élèves capables de se rendre compte des phénomènes les plus fréquents et des machines les plus usuelles.

Construction et entretien des écoles. — La construction et l'entretien des écoles incombent à la commune scolaire, c'est-à-dire à l'ensemble des hommes de condition indépendante qui habitent la circonscription scolaire, sans distinction de confession religieuse. S'il existe des écoles différentes pour les diverses confessions, chaque habitant n'est tenu de contribuer qu'à l'entretien des écoles de sa confession. C'est aux communes que reviennent également les frais d'acquisition et d'entretien des objets scolaires précédemment énumérés ; le produit des amendes pour les absences est consacré à l'acquisition d'objets utiles à l'enseignement. L'achat de cloches est facultatif. Le chauffage et le nettoyage sont à la charge de la commune scolaire ; mais, avec l'autorisation du gouvernement, I instituteur peut être charge de ces soins moyennant une rétribution convenable. Si la coutume est établie que les écoliers nettoient la classe sous la surveillance du maître, les pa-

PRUSSE

PRUSSP]

rents qui ne voudront pas se soumettre à la coutume devront assurer le service à leurs frais.

Ohlifjation. — C'est VAUgemeines Landrec'd, publié le 5 février 1794, qui a rendu l'instruclion primaire obligatoire en Prusse. Voici le texte de la prescription légale : « Tout habitant qui ne veut pas ou ne peut pas donner chez lui à ses enfants l'instruction nécessaire est obligé de les envoyer à l'école après leur cinquième année accomplie. — L'instruction scolaire sera continuée jusqu'à ce que le pasteur ait jugé que l'enfant a reçu les connaissances nécessaires à un homme raisonnable de sa condition. » La durée de l'obligation s'étend aujourd'hui de la septième à la quatorzième année.

L'arrêté du 24 septembre 1873 déclare que pour assurer l'assiduité des enfants, des moyens de coercition seront employés à l'égard des parents, et que les enfants seront conduits de force à l'école par la police. Les absences aux leçons de gymnastique ou de travaux àTaiguille sont assimilées aux absences des autres classes et punies de môme.

Les dispenses ne peuvent être données que par l'inspecteur ; le gouvernement se réserve de prononcer dans tous les cas. Les absences pour maladie ou toute autre cause légitime doivent avoir été autorisées ou valablement excusées dans les trois jours; faute de quoi, indépendamment des punitions enconrues par les enfants, une amende de 50 pfennigs à trois marks sera prononcée contre les parents ou tuteurs ; à défaut de paiement, la contrainte par corps est d'un jour de prison par jour d'absence de l'enfant.

L'arrêté du 2 mars 1877 établit qu'il y aura congé le jour des élections primaires pour le Landtag, mais non le jour des élections du Reichslag.

Inspectioii. — La direction et l'inspection supérieure des établissements d'instruction et d'éducation appartiennent à l'Etat, sous l'autorité du ministre des cultes et de l'instruction publique. C'est lui qui nomme les inspecteurs locaux et d'arrondissement et qui détermine leur ressort. Les ecclésiastiques peuvent être nommés inspecteurs « à titre accessoire ou honorifique » [im Neben- oder Ehrenamt) ; mais le mandat qui leur est ainsi confié est révocable en tout temps. L'inspection scolaire dans les différents arrondissements {Kreise) relève directement de l'administration de la régence iHegierung), subdivision de la province. Les écoles normales et les écoles préparatoires sont du rassort des conseils scolaires provinciaux. (V. Autorités scolaireSyp. 147, et Inspection, p. 1353.)

L'Etat paie le traitement des inspecteurs, mais ! laisse les frais debureanx à leur charge. Quant aux ; inspecteurs à titre accessoire '^c'est-à-dire pasteurs i et curés), ils ne reçoivent directement de l'Etat i ni traitement, ni indemnité de voyage pour leur '. service; mais les conseils d'arrondissement peuvent mettre à la disposition des surintendants ecclésiastiques certaines sommes sur les fonds destinés à multiplier les inspections lorsque le be- ', soin s'en fait sentir. I

Les directeurs et professeurs d'écoles norma- ! les, en vertu de l'arrêté du 30 août 1840, doivent | visiter tous les ans, sur la désignation du gouver- ' nement provincial, une partie de la région pour | laquelle leur école forme les instituteurs. Ils communiquent au gouvernement les résultats de leurs observations. Ces visites, du reste, ont moins pour objet d'organiser une surveillance des écoles que de faire connaître aux directeurs de l'école ^ normale l'état réel de l'instruction dans leur res- i sort, les résultats de leur propre enseignement et les améliorations qu'il convient d'y apporter.

Les écoles des villes sont placées sous la surveillance immédiate de commissions scolaires qui n'ont du reste qu'un caractère officieux : elles se i'* Pau'he.

composent de deux à trois membres du cons»;il municipal, d'autant do membres du conseil d'enquête, et d'un nombre égal d'hommes compétents en matière d'enseignement. Les écoles do la campagne sont surveillées par des comités spéciaux composés de membres inamovibles et de membres électifs; ces derniers sont choisis par les pères de famille de la localité. Les commissions so réunissent à époques fixes» sous la présidence du maire et s'occupent de tout ce qui concerne l'école : nomination des maîtres, fixation des traitements, réparations à faire aux locaux, etc. Il semble qu'à rh(!ure actuelle le nombre ou la compétence des inspecteurs laisse encore à désirer, car une circulaire du ministre de l'instruction publique en date du 7 juillet 1885 prescrit aux sous-préfets [Lan Iràthei « de prendre une part plus active que par le passé à la surveillance des écoles ».

Examens et situation des instituteurs. — Les élèves sortant de l'école normale passent un premier examen pour obtenir le brevet, qui leur donne droit à une nomination provisoire.

Deux ans au moins, cinq ans au plus après le premier examen, les instituteurs publics doivent subir un second examen qui donne seul droit à une nomination définitive.

Ils sont tenus de remplir pendant trois ans au moins les fondions d'instituteur dans une école publique de la régence dans le ressort de laquelle est située l'école normale qui les a formés, sous peine de rendre tous les subsides reçus à l'école, plus une somme de 50 marks par semestre qu'ils y ont passé.

Les institutrices ne sont pas soumises au second examen ; le brevet de fin d'études suffit pour leur obtenir une nomination définitive, mais après un stage d'au moins deux ans à titre provisoire dans une école publique.

Le traitement des instituteurs leur est payé pendant la durée de leur service militaire ; les frais de suppléance sont supportés par ceux qui ont charge de l'école. Dans les campagnes et les petites villes, les instituteurs peuvent, sans payer de patente, vendre aux écoliers les fournitures de papeterie, mais l'autorité scolaire doit veiller à ce qu'ils ne vendent qu'à des prix raisonnables (circulaire du 8 mars 18i'2). Lorsqu'une place devient vacante par la mort du titulaire, s'il y a plusieurs maîtres dans l'école, ils sont tenus d'assurer le service sans indemnité. Une loi de 1671 reconnaît aux instituteurs le droit de pétition ; si leurs chefs jugent que la pétition est conçue en termes qui peuvent nuire au pétitionnaire, ils doivent l'avertir, mais non refuser de la transmettre, s'il persiste. Une circulaire du 4 février 1875 i)it : « On ne peut continuer à accepter les services d'instituteurs qui n'auraient pas fait bénir leur mariage dans une église, car un instituteur chrétien doit donner à la commune l'exemple de la soun)ission à la discipline chrétienne ; il convient donc de signaler, afin qu'ils soient révoqués, ceux des instituteurs dont le mariage n'aurait pas reçu la consécration religieuse. »

Discipline. — Les punitions infligées aux élèves ne doiveul jamais aller jusqu'aux mauvais traitements pouvant nuire à la sauté des enfant-^ ; mais les punitions qui restent dans les limites prescrites par l'ordre du cabinet du 14 mai 18;'5 ne peuvent pas être invoquées en justice contre les instituteurs. L'inspecteur a également le droit do cliâtiment, mais il peut recourir au domestique dn l'école pour infliger la peine. L'instituteur a le droit de punir pour des fautes commises en dehors de l'école; il lui est môme permis en certains cas do châtier hors de l'école non seulement ses propres élèves, mais ceux des autres classes de son écolo Les chàiiments corporels ne sont pas interdits,

lc6

PUUSSE

PRUSSE

Rétribution scolaire. — 1-a rétribution scolaire est due à l'instituteur par tous les enfanis inscrits à une école, quelle que soit la situation de fortune des parents. L'instituteur lui-même n'a aucun droit à la gratuité de l'enseignement pour ses enfants, à moins que, par suite de conventions particulières, le corps enseignant du district entier ne soit dispensé de payer la rétribution. Les rétributions non payées sont à la charge de la commune ; l'i^tat n'en est jamais responsable. La rétribution scolaire n'est pas perçue directement par rinstiiuteur, mais par la caisse communale.

Traitement des instituteurs. — Il n'y a pas de prescriptions légales sur la quotité du traitement qui doit être assuré aux instituteurs. Le minimum assuré par les derniers budgets aux instituteurs de campagne, outre le logement et le chauffage, est le suivant dans les huit anciennes provinces prussiennes :

B'b marks dans les régions des régences de Kôslin et de Steitin où la vie est à bon marché ; 720 dans les régions de la régence de Kôslin où la vie est chère ; 750 dans les provinces de Prusse, de Posen, de Saxe, dans les régions de vie à bon marché de Stralsund et de Westphalie; 810 à 825 dans la province de Brandebourg, dans la régence de Liegnitz et dans les régions chères de Stralsund et d'Oppeln; 900 à 960 dans le district de Huttcn et les régions chères delà Westphalie; 930 à 1080 dans les régions chères de Goblenz, Aix et Trêves; 1006 à 1155 dans les régions chères de Cologne; 1100 à 1410 dans les régions chères de Dûsseldorf.

Le minimum est naturellement plus élevé dans les villes, et il varie selon les provinces, comme le traitement des postes de campagne. Voici l'énumération de la moyenne des traitements dans les villes des anciennes provinces : Prusse orientale, 1238 marks; Prusse occidentale, 1228; district de Berlin, 2063; province de Brandebourg, 1352; Poméianie, 1422; Posen, 1162; Silésie, 1419; Saxe, 1309; Westphalie, 1379; province du Rhin, 1470; Hohenzollern, 1118.

Les traitements dans les nouvelles provinces sont un peu plus élevés : Schleswig-Holstein, villes 1372 marks; campagnes, 10ti6; Hanovre, 1422 et 905; Hesse-Nassau, 1652 et 936. La moyenne de l'ensemble des traitements dans le royaume de Prusse est de 1441 marks dans les villes, de 955 dans la campagne.

peu de postes d'instituteurs rapportent de 300 marks : voici les proportions ac-

Très moins tuelles

Ecoles

De De

De 1050 De 1500

600 marks. .

Au-dessus de 2i50

de villes

de campagne 18.04 p. 100.

A partir de la douzième année de service, dans les écoles publiques, l'Etat peut accorder des suppléments d'ancienneté {Alterszuiagen), personnels et révocables en tout temps ; ils sont d'abord accordés pour une période de cinq années, au bout desquelles l'autorité décide s'il y a lieu de les continuer. Le supplément est retiré ou refusé lorsque le traitement atteint le doubledu minimum iixé pour l'école. Ce supplément a été fixé, en 1874, de 90 à 180 marks pour les instituteurs, de 60 à 120 pour les institutrices. Le traitement et les suppléments sont payés par mois, et d'avance.

Retraites. — La nouvelle loi sur les retraites (188o) fixe la pension à 15 soixantièmes à partir de la dixième année ; elle s'élève de un soixantième par chaque année nouvelle; mais elle ne doit pas dépasser 45 soixantièmes.

La pension est comptée d'après le revenu total, eu argent, logement, cliauffitge, subsides en na- \

! ture, supplément d'ancienneté. Les émoluments j variables par leur nature, comme par exemple la réi tribution scolaire, sont comptés d'après la moyenne des trois dernières années.

Le temps de service ne part que de la vingt et unième année d'âge ; il embrasse, la durée de service militaire; chaque campagne devant l'ennemi compte pour une année de service; le ministre de l'instruction publique a le droit de faire entrer en ligne le temps passé en Prusse ou en dehors mêm& de l'Empire, soit dans l'enseignement, soit au service de l'Eglise, soit dans des établissements de charité, tels que maisons d'aveugles, de sourdsmuets, d'idiots, d'orphelins, etc.

Les pensions sont payées par mois, et d'avance, comme le traitement. Le droit à la retraite se perd : 1® lorsque le retraité perd lindigénat allemand ; 2° lorsqu'il est employé à un service public dont la rémunération dépasse, en y ajoutant la pension, le traitement qu'il avait avant sa mise à la retraite.

Les allocations de l'Etat destinées aux retraites n'ont pas cessé de s'accroître. Elles étaient de 24000 marks en 1867, de 300 000 en 1877, de 700 000 en 1882. L'Etat ne dépasse jamais, dans sa part contributive, le chiffre do 600 marks ; s'il y a un surplus, il doit être payé par ceux à qui incombe la charge d'entretenir l'école ; ils peuvent le prélever sur le traitement du successeur de l'instituteur mis à la retraite, jusqu'à concurrence' d'un quart de ce traitement.

Statistique. — En 1882 la Prusse avait 111 séminaires d'instituteurs et d'institutrices, avec 9955 élèves. Chaque école normale, outre le directeur,. a six maîtres. Chaque élève externe reçoit en moyenne un subside de 150 marks par an, chaque interne de 90 marks ; ces subsides sont réparti* selon les besoins et les mérites. Le montant total de ces fonds s'est élevé en 1882 à 4 403 522 marks.

Le nombre des postes d'instituteurs et d'institutrices s'est élevé de 52 046 en 1873 à 61 134 en 1881 .Le nombre des places vacantes, qui était de 3616 en 1873, n'était plus, malgré l'augmentation du nombre des places créées, que de 252ii en

Voici le plus récent tableau statistique des écoles primaires de Prusse :

Ecoles urbaines rurales To'a)

Nombre des écoles.. . .

Nombre des classes. . .

Écoles à une classe. . .

— à deux classes..

— à trois —

— à quatre —

— à cinq et plus. .

Maîtres et maîtresses.

— protestants. . .

— catholiques...

— Israélites

Élèves

20 082 5 978 9 108 4 2ÎS

De ces élèves, 2 323 911 fréquentent les écoles protestantes, 1405 989 les écoles catholiques, 10 037 les écoles Israélites, et 199 792 les écoles mixtes quant au culte.

La moyenne des élèves présents dans une seule classe est différente selon les provinces; elle est de 104 dans la province de Posen, de 92 en Silésie, de 57 dansle Schleswig-Holstein ; de là naturel, lement plus ou moins de fatigue pour les maîtres plus ou moins de progrès pour les élèves.

Voici le tableau des conscrits illettrés en Prusse en 1884-1885:

PRUSSE

Prusse orientale O.OG sur 100

Prusse orcidcnlalc 6-52 —

Brandebourg 0.22 —

Poméranie 0.45 —

Posen 8.61 —

Silésie 1.56 —

Saxe 0.29 —

Sclileswig-Holstein 0.06 —

Hanovre 0.07 —

Weslplialie 0.29 —

Hessc-Nassau 0.14 —

Province du Rhin 0.17 —

Hohenzollern 0.00 —

Moyenne pourlamonarchie entière. 1.91 —

Bei'lin. — Au commencement de ce siècle, la ville de Berlin comptait en tout 68 écoles primaires de toute nature. Une instruction du 17 décembre 18(i8, ayant pour objet la réorganisation do l'enseignement primaire à Berlin, divisa la ville en 40 districts scolaires, distribués à leur tour en 10 arrondissements d'inspection. Dès Tannée suivante, Berlin avait 49 écoles communales, comprenant 557 classes et recevant 31 752 élèves ; en outre, 49 écoles privées recevaient aux frais de la ville 9726 élèves dans l 70 classes. La gratuité fut établie dans les écoles de Berlin à partir du 1" janvier 1870 ; au début, les sacrifices furent peu importants. La dépense avait été en 1868 d'environ un million et demi de marks; la rétribution scolaire avait produit 138 000 marks seulement. Mais il s'est trouvé justement qu'à partir de cette époque la capitale de la Prusse et de l'empire a vu s'accroître sa population dans une proportion rapide, qu'a dû suivre aussi le développement des établissements scolaires.

De 1870 à 1876, il y a été bâti 45 écoles nouvelles; le nombre des classes des écoles communales s'est élevé dans ce laps de temps de 557 à 1265, et celui des élèves de 31752 à 67 902. En mars 1885, Berlin possédait 146 écoles communales donnant l'instruction dans 2420 classes à 134 400 élèves. A la fin de cette année 1885, on comptera 10 écoles nouvelles de plus, comprenant 152 classes.

Le personnel enseignant de Berlin se compose de 156 directeurs, de 1620 maîtres et 800 maltresses. Chaque école est sous la surveillance et l;i responsabilité d'un directeur, auquel sont subordonnés tous les instituteurs, titulaires ou auxiliaires. Le traitement des directeurs est en moyenne de 3 540 marks; celui des instituteurs titulaires varie entre un minimum de 1560 marks et un maximum de 3240; celui des institutrices titulaires entre 1170 et 1950; le traitement des auxiliaires est de 1200 marks.

L'ensemble des traitements du personnel en soignant de Berlin pour 1885, est de 5 468 655 marks ; le subside de la ville à renseignement primaire se monte à 6 668 656 marks.

Toutes les écoles primaires, de garçons ou de fillos.sont placées sous la haute surveillance de la dépulation scolaire, comité de 32 membres, qui a le droit de présentation des instituteurs. Chaque école est sous la surveillance directe d'un inspecteur, d'un membre de la délégation scolaire et du directeur de l'école. Toutes les questions relatives à l'inscription des enfants, à la fréquentation de l'école, etc., sont du ressort des commissions scolaires de quartier. Ces commissions, au nombre de 88, sont composées de 9 à 30 membres ; c'est, en tout, un ensemble d'environ 1400 citoyens de bonne volonté, dont l'action est loin d'être inefficace; grâce à leurs efforts, on a vu le nombre des absences de l'école descendre, dans les dernières années, de 10 000 à 7000.

Aux écoles communales se superposent des écoles de perfectionnement, soutenues par la ville et soumises également à la députaiion scolaire ; au nombre do 12, elles reçoivent 4G00 écoliers.

Page 1