‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 31 sur 573 · INTERDICTION · texte numérisé non relu

INTERDICTION

ces et des idées ; si elle n'a pas néglige systématiquement le côté moral de la tâche, pour s'y croire incompétente ou pour n'être pas autorisée à l'aborder ; si elle n'a pas, en un mot, séparé arbitrairement l'éducation de l'instruction.

Là est recueil auquel des institutions tout entières sont allées follement se buter. Si on ne cultive que l'intelligence, et par des moyens de discipline oppressive, il n'est pas étonnant que le cœur en souffre et s'atrophie. L'intelligence n'en est pas responsable. Ce n'est pas parce qu'on l'a développée que le cœur s'est rétréci : c'est parce qu'on ne l'a pas développé lui-môme.

Dans un système pédagogique bien conçu, la culture de l'intelligence ne pourra jamais avoir de mauvais résultat. En effet, dans notre hypothèse, cette faculté est libre ; sous la réserve d'une direction nécessaire et désormais bienvenue, elle ira vers les objets où elle se sentira attirée par un goût et par un attrait naturel. Dès lors, nous ne prétendons pas dire que tout le monde sera bon, pas plus que tout le monde ne sera intelligent ; mais nous disons que tous ceux qui avaient d'excellentes raisons de ne pas devenir bons ou de devenir rétifs, soupçonneux et mauvais, ne les auront plus et en seront meilleurs .

Ajoutons qu'il paraît impossible de concevoir comment on pourrait faire l'éducation du cœur sans s'adresser à l'intelligence. Ce n'est pas ici le lieu de tracer la théorie de l'éducation morale; mais sans sortir de notre sujet, qui est le rapport du cœur avec l'intelligence, nous pouvons dire qu'il nous paraît aussi détestable de le séparer de lui. Il n'est pas moins qu'elle une faculté active, un ressort intérieur dont il faut tout attendre et où il ne faut rien forcer. On n'inculque pas plus au cœur le sentiment tout fait qu'on ne faisait accepter de l'esprit la règle abstraite toute formulée. On impose la docilité, l'obéissance, la soumission, la servilité ; on fait ainsi des dupes pour des préjugés et des fanatiques pour des maîtres. On n'enseigne pas l'amour.

Pour que l'amour naisso, il faut donner au cœur quelque chose à aimer spontanément ; et après les êtres que la nature et la société désignent d'elles-mêmes à l'affection de l'enfant, quels meilleurs objets proposer à son attachement qu'une étude attrayante, des connaissances curieuses capables de provoquer son intérêt, sa sympathie, son enthousiasme ? L'intelligence ouvre ainsi à la sensibilité morale, aux entraînements du cœur, tout un domaine de sentiments, les plus hauts et les plus purs, qui ne pourraient exister sans elle. Faute de cette précieuse collaboratrice, nous n'aurions en quelque sorte qu'une sensibilité animale, vouée aux êtres chers ou aux besognes favorites. Nous aimerions peut-être comme le chien, qui est assurément une excellente bête et qui aime son maître et la chasse. Mais grâce à l'intelligence, notre sensibilité s'émeut aux récils du passé, sympathise avec les épreuves et les triomphes des ancêtres, passe un pacte avec la patrie, devient vraiment humaine, s'éprend du vrai, du beau, du bien sous toutes ses formes : progrès, vertu, justice, honneur, dévouement- Autant d'idées abstraites que la morale doit à la pensée. 11 n'y^a donc pas antagonisme, mais dépendance réciproque du seniiment et de l'inttliigence, si bien qu'un esprit borné est condamné à des lacunes morales, un cœur sec à des avortements intellectuels, u L» s grandes pensées viennent du cœur », a dit Vauvenargues; mais le cœur est^excité, soutenu, rectifié souvent dans ses égarements, éclaicô, exalic par la pensée et par l'intelligence, le plus haut attribut de l'humanité. [Georges Ijumesnil.j

IMTËINDAISTS. — C'est Richelieu qui transfor-

ma en 1635 les anciens commissaires départis en i?itendo?its royaux de justice, police et finances, et fixa leurs attributions d'une manière précise. Ces fonctionnaires étaient les véritables administrateurs de la province, et concentraient entre leurs mains tous les pouvoirs civils ; les gouverneurs n'eurent plus, à partir de Richelieu, que l'autorité militaire.

L'action de ces administrateurs sur les écoles des villes et des campagnes, qui relevaient d'eux aussi bien que tout le reste, ne paraît pas avoir été considérable. Ils se bornaient à faire exécuter les édits royaux; et comme la tendance de ces édits, entre autres de celui de 1695, était de remettre au clergé la surveillance et la direction de l'enseignement, les intendants se désintéressaient volontiers d'un domaine où ils eussent rencontré la rivalité de l'autorité ecclésiastique. Il arriva cependant qu'ils essayèrent d'intervenir dans les questions scolaires, tout au moins au moyen d'enquêtes. Nous citerons, par exemple, l'enquête ordonnée en 1779 par M. de la Porte, intendant de Lorraine : à son entrée en fonctions, cet intendant invita les subdélégués à lui signaler les abus qui s'étaient introduits dans le choix des maîties et « les moyens d'introduire dans cette partie un meilleur ordre». Les réponses des subdélégués, qui sont très intéressantes et donnent de curieux renseignements sur l'état des écoles en Lorraine à cette époque, ont été at;alysées et publiées par M. J. Creutzer {Des intendants de Lorraine et de leur acHon sur V instruction primaire, Nancy, 1881). Mais M. Creutzer ajoute : « L'enquête de 1 intendant ne produisit aucun résultat pratique .» Il ne pouvait guère en être autrement : la monarchie était impuissante à donner à la France l'organisation nouvelle dont elle avait besoin, et les abus ne pouvaient être réformés que par la destruction du régime dont ils constituaient l'essence même.

INTERDICTION D'ENSEIGNER. — Sont incapables de tenir une école publique ou libre, ou d'y être employés, les individus qui ont subi une condamnation pour crime ou pour un délit contraire à la probité ou aux mœurs, les individus privés par jugement de tout ou partie des droits mentionnés en l'article 42 du code pénal, et ceux qui ont été interdits en vertu des articles 30 et 33 de la loi du 15 mars 1850. (Loi du 15 mars 1850, art. 26.)

Tout instituteur libre peut, sur la plainte du préfet ou du procureur de la République, être traduit, pour cause de faute grave dans l'exercice de ses fonctions, d'inconduite ou dimmoralité, devant le Honseil départemental, et être interdit de l'exercice de sa profession dans la commune où il exerce. *

Le Conseil départemental peut même le frapper d'une interdiction absolue, sauf appel devant le Conseil supérieur de l'instruction publique. Cet appel doit être interjeté dans le délai de dix jours à compter de la notification de la décision; il n'est pas suspensif. [Id., art. 30.)

L'instituteur public révoqué est incapable d'exercer la profession d'instituteur soit public, soit libre, dans la même commune.

Le Conseil départemental peut, après l'avoir entendu ou dûment appelé, frapper l'instituieur public d'une interdiction absolue, sauf appel devant le Conseil supérieur, dans les dix jours de la notification. Cet appel n'est pas suspensif. [Id., art. 33 )

Le Conseil départemental peut, par application de l'anicle 30 de la loi du 15 mars 1850, interdire do l'exercice de sa profession dans la commune où elle réside une direct! ice ou une sous-directrice d école maternelle libre. Il peut frapper d'interdiction absolue une directrice ou uue sous-

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directrice d'école maternelle libre ou publique, sauf appel devantlo Conseil supérieur dans le délai de dix jours. (Décret du 2 août 1881, art. 39.)

Il convient do remarquer que le droit d'appel appartient h l'administration comme aux personnes frappées par le Conseil départemental. Or, comme l'appel n'est pas suspenf-if, s'il émane du préfet, l'instituteur contre lequel ce fonctionnaire réclamait l'interdiction que le Conseil départemental n'a pas prononcée peut continuer d'exercer jusqu'à ce qu'il ait été statué par le Conseil supérieur.

Les décisions du Conseil supérieur, statuant en appel et en dernier ressort sur les jugements des Conseils départementaux portant interdiction absolue d'enseigner, doivent être prises aux deux tiers des suffrages. (Loi du 27 lévrier 1880, art. 7.)

L'inculpé a le droit de demander à être entendu avec son conseil. (Décret du 11 mai 1880, art. 6.) ^ [Ernest Cadet.]

INTERMÉDIAIRES (Ec.oles). — Le mot d'écoles intermédiaires {intermediate schools) est employé en Angleterre pour désigner des écoles qui forment la transition entre 1 école primaire et l'enseignement secondaire proprement dit. En Irlande, ce sont les écoles secondaires elles-mêmes qui sont appelées intermediate schools. Aux États-Unis on rencontre le nom d intermediate schools employé dans quelques villes tomme l'équivalent de celui de grammar schools; ce nom désigne des écoles qui forment le degré moyen entre l'école primaire élémentaire et la high school.

Dans un volume publié en 1835, Delinstrucfion intermédiaire et de son état dans le midi de l'Allemagne, M. Saint-Marc Girardin*a désigné sous le nom d'instruction iiitennédiaire celle qui est donnée dans les divers établissements appelés en Allemagne Mittelschnleyi , liûrgerschulen, Realschulen, hôhere Tôchterschul/m, c'est-à-dire un enseignement correspondant à l'enseignement secondaire spécial français.

i:\TERNAT. — On appelle internat le régime des maisons d'éducation où les élèves demeurent jour et nuit, et externat celui des établissements où ils ne viennent que pour les leçons et les études. Presque tous les établissements secondaires de rUniversité ont à la fois des internes et des externes. Un pensionnat est quelquefois annexé aux écoles primaires. Les maisons ecclésiastiques et celles qui sont destinées aux jeunes filles sont habituellement des internats.

Le régime de l'internat a été, dans ces derniers temps surtout, l'objet de vives critiques, et l'on ne peut nier qu'elles soient justifiées Cette agglomération d'enfants constamment réunis, dans les classes, les réfectoires et les dortoirs, loin de la famille, et sous la direction de maîtres qui sont les instruments d'une discipline invariable, ne paraît bonne, ni au point de vue physique, ni au point de vue moral.

On signale, encore aujourd'hui, un trop grand nombre d'établissements aux murs élevés, aux salles sombres, aux cours étroites, où les écoliers tournent sur eux-mêmes comme h^s écureuils dans leur cage. Trop nombreux pour l'espace limité qui leur est ouvert, ennuyés de cet horizon resserré, de cette vue monotone du môme préau, du même mur, du même arbre, ils n'ont pas goût au jeu, prennent peu d'exercice, ne fatiguent pas leur corps et ne délassent pas leur esprit pendant les récréations, qui ne meiitent guère ce nom et ne les retrempent pas pour l'étude.

Le repas se fait en silence, hâtivement, au détriment d'une digestion régulière. Le coucher n'est pas toujours sain dans des dortoirs insuffisamment aéiés lorscin'ils ne sont pas surveilK s avec Ja plus grande attention.

A l'âge de la croissance, au moment où il fau-

drait, à ces corps qui se développent rapidement, tant d'air, tant d'espace, tant de mouvement, l'hygiène de la libre nature, ils sont tenus serrés, arrêtés, immobilisés par les nécessités du régime de l'internat. Mais surtout, ce qui est plus grave, ces nombreux enfants sont livrés à eux-mêmes pour ce qui regarde l'éducation. L'éducation n'est pas alfaire de masses, mais d'action individuelle. Il faut le père, la mère, l'influence de la famille, d'un petit nombre d'amis, d'un entourage restreint ; il faut des conseils et des directions donnés en particulier, une action constante, le plus souvent invisible, s'exerçant par un mot, par l'exemple, par des entretiens sans apprêt, par une sorte d'infiltration quotidienne ; il faut la confiance, la tendresse, ce je ne sais quoi qui ouvre le cœur aux leçons spontanées du foyer domestique.

Les écoliers trouvent-ils ces éléments dans l'internat ? Assurément non. Les professeurs ne les voient pas hors des classes; les administrateurs sont absorbés par leur tâche d'ensemble ; les maîtres d'étude ont assez à faire de maintenir le bon ordre et la régularité. Même dans les maisons où les maîtres essaient de se mêler davantage à leurs élèves, d'entrer peu à peu dans leur familiarité, ils ne réussissent trop souvent qu'en apparence, qu'à la surface, qu'aux yeux de l'observateur superficiel ou de parents crédules qui ne demandent qu'à se laisser tromper.

L'internat, lorsqu'il est considérable, est réfractaire aux influences éducatrices, aussi bien dans les maisons religieuses que dans les maisons laïques. Laplus forte influence morale à laquelle soient accessibles des internes est celle qu'ils exercent les uns sur les autres ; et qui oserait dire qu'elle est toujours bonne ? Qu'on se représente ces conversations que personne n'entend, ne contrôle, n'éclaire, où l'ignorance et les mauvais instincts peuvent se donner libre carrière, où souvent les moins honnêtes sont les plus écoutés, où les plus grossiers tiennent le haut bout, où les railleurs et les mauvais plaisants étouffent dans le germe les paroles plus sages, les sentiments plus élevés, ; où circule un langage équivoque, et qui, interrom- : pues par la cloche ou le tambour, reprennent au même point quelques heures ensuite. De malsaines curiosités s'éveillent, les imaginations se dépravent, les mœurs se corrompent, et il se crée autour de ces jeunes êtres une atmosphère qui les empoisonne pour longtemps.

Est-ce à dire que tous soient assez faibles pour se laisser entraîner? Non, mais tous sont exposés au péril. Les plus faibles, les plus impressionnables, ceux qui justement auraient le plus besoin de bons conseils, d'appui, d'un peu d'isolement pour se reprendre eux-mêmes, n'ont où se retremper, où se réfugier, enveloppés du matin au soir et du soir au matin par une camaraderie qui les subjugue. La tradition de l'internat se transmet d'année en année, et inocule aux nouveaux venus, pour peu qu'ils ne soient pas d'un tempérament résistant, les mêmes habitudes, le même langage, les mêmes vices. M. Sainte-Claire Deville a exposé avec une nido franchise quelques-uns des tristes etl'ets de cette cohabitation incessante.

La discipline elle-même, si indispensable pour tenir dans l'ordre ces nombreux écoliers réunis sous le même toit, en évitant certains maux, en produit d'autres. Il est clair qu'il faut imposer le silence à tous ces enfants, non seulement dans la classe et dans l'étude, mais encore dans la salle des repas, dans celle du coucher, dans les escaliers, dans les rangs, si l'on ne veut pas être débordé par un fracas assourdissant et qui rende impossible toute sui'Vtnllance sérieuse. C'est un régiment qu'on a à conduire, on ne peut le conduire que militairement, au moyen d'une consigne

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rigoureuse, égale pour tous. La moindre privante, la rupture du silence hors de propos, une gaminerie, une échappée de pétulance au réfectoire, au dortoir, à la promenade avant que les rangs soient rompus, l'entrée dans une salle, dans une cour interdite, entraînent forcément une punition ; s'il en était autrement, que deviendrait la discipline et comment le maître d'études garderait-il son autorité ? La discipline est bonne aux enfants ; elle les plie à la règle, à l'ordre, à l'obéissance légitime; elle est un élément nécessaire de l'éducation morale. Mais à une condition, c'est que l'enfant puisse s'y soustraire de temps à autre, c'est qu'elle ne pèse pas sur lui comme un joug de fer depuis son lever jusqu'à son coucher, c'est qu'il ne la sente pas sur ses épaules même pendant son sommeil, c'est qu'après avoir obéi, marché en ordre, gardé le silence, il reprenne possession de lui et se sente parfois son propre maître.

Nulle part, dans l'internat, il n'y a place pour l'initiative individuelle, pour la responsabilité, pour le libre jeu de la volonté, pour l'action indépendante. Tout est calculé, mesuré, assigné ; les pas sont comptés, les minutes sont toutes prises, le tambour tient lieu de résolution et de conscience. C'est la caserne, dit-on, il faut bien que les futurs soldats s'y habituent. Non, c'est plus que la caserne, car en dehors des exercices et des devoirs de son état, le soldat a tous les jours ses heures libres et ses sorties qu'il utilise à son gré.

On peut donc douter que ce régime de l'internat soit viril, comme quelques-uns l'assurent; car il lui manque justement cette part de l'éducation qui fait l'homme, la responsabilité directe, la marge laissée à l'exercice de la volonté. Aussi il arrive, selon les natures, que l'écolier enfermé dans la pension se laisse déprimer, engourdir par la discipline et prend l'habitude de l'obéissance mécanique, ou bien qu'il ruse, qu'il s'ingénie au mensonge, à la tromperie, qu'il prend le goût de l'infraction aux règles habilement tournées. L'âge du franc-parler, de l'ouverture de cœur, se façonne à la dissimulation et finit par s'en faire un mérite.

L'interne n'a plus qu'un désir, secouer le joug; qu'un ennemi, la pension; qu'un idéal, la liberté, et quelle liberté? celle qu'il ne connaît pas, qu il pare des couleurs les plus séduisantes, celle qui consiste à faire ce qui plaît, sans retenue et sans frein. Il n'a pas pu faire de la liberté un apprentissage graduel, en connaître par expérience les conditions souvent difficiles, les obligations, les responsabilités ; il n'y a pas été préparé ; il n'a vu la vie et le monde qu'à travers le voile trompeur de ses désirs et de ses rêves, tandis que l'enfant élevé librement se laisse moins facilement griser par le bruit du dehors. Aussi comment s'étonner, lorsque le prisonnier se voit tout à coup affranchi, lorsqu'il entend se fermer enfin derrière lui les pones de l'internat, qu'il se précipite — et qu'il tombe ? L'éducation de couvent (car l'internat est plutôt couvent que caserne) n'est guère propre à former des volontés fermes, des consciences autonomes, des jeunes gens prêts à la sage pratique de la vie.

Tous ces inconvénients se retrouvent, à des degrés différents, dans les internats de jeunes filles. Elles semblent, plus encore que les garçons, faites pour la vie de famille, et plus déplacées dans ces agglomérations soumises à un régime claustral ; leurs imaginations ont plus besoin du contact et du frein de la réalité domestique; leurs idées, leurs manières et leurs mœurs se développent plus saioenjent sous le toit paternel qu'à l'ombre du pensi(mnat.

G 'S griefs contre l'internat ne s'adressent pas à l'éducation publique. Il est bon, il est néces-

saire que les enfants vivent ensemble, reçoivent des leçons communes, soient soumis à la règle, jouent les uns avec les autres, et forment entre eux une société d'égaux où les caractères se trempent, où les amitiés se contractent, où la nature se polisse et se fortifie tout à la fois. Mais ce qui est désirable, c'est qu'à cette vie commune puisse se joindre la vie plus retirée et plus intime du foyer, c'est qu'à côté de cette règle soit faite une place à la liberté, c'est que l'école soit associée à la famille. L'externat, soit libre, soit surveillé, paraît donc offrir les meilleures conditions d'une éducation normale. L'enfant va prendre ses leçons à l'école, au lycée; s'il demeure trop loin pour revenir entre les classes ou si elles se succèdent à intervalles trop rapprochés, il y reste pour les études ; il y prend même son repas du jour; il jouitde la récréation commune, et il revient le soir trouver les siens, changer d'atmosphère, reprendre sa place auprès de ses parents dont il ne perd ainsi jatnais de vue la tendresse, les besoins et parfois les luttes pour l'existence. Ses idées prennent un nouveau cours ; il trouve à ses conversations de nouveaux aliments; d'autres objets frappent sa vue; il a devant l'esprit et devant les yeux un autre liorizon : la famille et le monde où il faut vivre complètent l'école.

Ces arrangements ne sont pas toujours possibles, et c'est là ce qui peut se dire de plus juste et de meilleur en faveur de l'internat. Les parents habitent une commune rurale, un lieu éloigné de la ville où se trouve la maison d'instruction : il leur faut se séparer de l'enfant, et ils sont heureux de lui trouver un asile qui à tant d'égards leur offre d'excellentes garanties d'ordre, de salubrité, de surveillance, et où l'existence est tout entière combinée en vue de ses études. Il y a aussi des familles qui manquent de place pour loger convenablement leurs enfants pendant la durée de leurs classes, ou de temps pour les surveiller et les diriger, ou même de goût et d'apiiiude. L'internat est quel(iuefois, hélas 1 un refuge contre certains intérieurs, plus funestes à la moralité ou au caractère des enfants que les dangers mêmes de la pension. D'autres enfants n'ont plus de famille, ou la famille est dispersée par les exigences du gagne-pain. De plus, l'internat des enfants est pour plusieurs une réelle économie, soit parce qu'il permet de réduire le train de la maison, soit parce qu'il offre la ressource si précieuse des bourses, qui permettent à des parents peu aisés de faire donner une instruction complète à des enfants bien doués par la nature.

Pour tous ces motifs, les internats ne peuvent se supprimer. S'ils sont un mal, ils sont un mal nécessaire. Ils sont absolument passés dans nos mœurs pour l'enseignement 8eC( ndaire, et ils sont souvent d'une grande utilité dans l'enseignement primaire. Des habitants de la campagne sont bien aises d'envoyer leurs enfants suivre l'école de la ville ; les écoles primaires supérieures sont installées dans le chef-lieu d'arrondissement ou de canton, et il faut bien se ré>oudre à leur envoyer les élèves qui ne trouveraient pas au village les mêmes moyens d'instruction.

Dans d'autres contrées, en Angleterre, en Allemagne, eu Suisse, l'internat est moins en faveur que chez nous. Il est fréquemment remplacé par le séjour de l enfant dans une famille qui consent à le recevoir moyennant rétribution ; ce sont des familles do petits bourgeois, d artisans aisés, familles sûres et recommaiidables, qui sont agréées par l'auionté scolaire. Ailleurs, ce sont les professeurs eux-mêmes qui reçoivent chez eux un petit nombre d'éièvcs. Quelques essais de co genre ont été tentés en France. On a créé auprès des écoles primaires supérieures des « bourses

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