DES CO
au moins
lire
NSCRITS
Combien pour 100
PI
lS31-3n..
Les faits suivants résultent de l'examen attentif de ces chiffres : à la fin de la Restauration le département comptait 51.5 conscrits lettrés sur 100, en 1881 il en possédait 84 ; il y a donc une amélioration de 33 0/0, soit un progrès annuel de 0.61 0/0, alors que le progrès annuel en France a été de 1.6 0/0 : c'est donc là une infériorité notable qui, de 1827-1829 à 1876-1877, a reporté le département du 30^ rang au 55^ Tout en avançant, les Basses-Pyrénées ont marché moins vite que le reste du pays. Les efforts n'ont donc pas été à la hauteur du progrès général. Cela est d'autant plus regrettable que, si l'on compare les chiffres des lettrés dans le département et en France, on s'aperçoit que jusques et y compris la période de 1836-1840, les Basses-Pyrenoes comptaient une moyenne de lettrés supérieure à celle delà France. Depuis lors elle a été constamment
dri férieure. Il y a làuneituation digne d'èire
sise en très sérieuse consnidératiou.
En 1827 1829 la moyenne de l'instruction des conscrits pour toute la France était de 44.8 0/0; dans le départomcnt des Basses-Pyrénées, cette moyenne était déjà de 51.5 0/0, soit de 6.7 0/0 au-dessus de la moyenne générale. La classe de 1883, en portant l'instruction dos conscrits dans le département des Basses -Pyrénées à 89.8 0/0, réalise ainsi un progrès total de 38.3 0/0 pour la période de cinquante-quatre années qui s'est écoulée de 1829 à 1883, soit un progrès annuel de 0.71 0/0, tandis que pour toute la France le progrès a été durant la même période
Nombre de conjoints, sur 100, ayant signé leur acte de mariage.
Années
18fil-65...
Hommes
Femmes
Hommes et femmes
Budget de l'instruction primaire. — Nous donnons ci-dessous le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire dans le département des Basses-Pyrénées pour les vingt-neuf années de 1855 à 1883 inclusivement :
RÉTRIBU-
s .2 ô sa S «
SUBVENTIONS
TION
scolaire
URCES non c ribul
du
de l'Etat.
À PART
RESSO larét
département
Gratuité.
En 1863, la dépense moyenne par tête d'élève des écoles publiques était de 9'',70, soit 0'%13 au-dessus de la moyenne générale qui était à la même date de 9",47. En 1876, cette dépense était de 18"",39, la moyenne générale étant de 17'',83. En 1882, la dépense par tête d'élève dans le département des Basses-Pyrénées était de 20'',56,
tandis que la moyenne générale était de 21'',7T.
Etat actuel de l'instruction PRiMAinE. — Voici la situation de l'instruction primaire dans le département des Basses-Pyrénées pendant l'année scolaire 1883-1884.
Nombre d'écoles. — Le nombre des écoles primaires est de 1683 (1379 écoles publiques et 304écoles libres). Une commune seulement est entièrement dépourvue d'école; 26 communes de plus de 500 habitants n'ont pas encore d'école publique de filles (ce nombre était de 30 en 1883).' Sur les 1093 écoles primaires du département, il y a 875 écoles laïques (325 écoles de garçons, 206 de filles et 344 mixtes) et 218 écoles congréganistes (25 de garçons, 188 de filles et 6 mixtes).
Division des écoles de toute nature d'après le nombre de classes qu'elles possèdent :
Publiques Libre»
Ecoles à 1 classe.
— 2 classes
— et au-dessus.
Division des classes d'après le nombre des élèves qu'elles reçoivent :
Classes de 50 élèves et au-dessous..,. 771, soit 69.60/0^
Les moyennes correspondantes pour toute la France sont: 72.6 0/0, 15.4 0/0, 7.2 0/0, 3 0/0, 1.8 0/0. D'où il résulte que sous le rapport de la répartition du nombre d'élèves par classe, le département des Basses-Pyrénées se trouve dans une situation inférieure à la moyenne générale.
Nombre d'élèves. — Les enfants qui ont fréquenté les écoles primaires pendant l'année scolaire 1883-1884 sont au nombre de 63106 (au lieu de 63 006 en 1882-1883). Ce nombre peut se décomposer de la manière suivante :
Elèves des écoles publiques 53180 ) gg .Qg
— — libres 9 926 )
Garçons 32125 | aq iha
Filles 30981 P^ *<^^
Elèves des école laïques 43 977 ^«3^06
— — congréganistes.. 19129 )
< de garçons... 23 758 j
Elèves des écoles \ de ûlles 24629 [ 63 lOô
f mixtes 14719 )
Les élèves d'âge scolaire figurent dans ce nombre de 63106 pour 53 772. D'après le recensement de 1881, le nombre des enfants de cet âge pour le département des Basses-Pyrénées est de 57496, d'où il résulterait que 3 724 enfants d'âge scolaire ne fréquentent pas les écoles primaires. Il convient toutefois de retrancher de ce nombre 851 enfants de 6 ans et au-dessus, inscrits dans les écoles maternelles publiques ou libres, ce qui réduit à 2 873 le nombre des enfants de 6 à 13 ans qui ne fréquentent pas les écoles primaires. Ca nombre de 2873 équivaut probablement à celui dos enfants recevant l'instruction dans des établissements d'enseignement secondaire ou dans leurs familles.
Enseignement, — u Le département des Basses- Pyrénées, dit M. l'inspecteur général Pécaui, a sa
physionomie propre qui tient au caractère des deux races qui l'habitent, les Basques et les Béarnais. Les heureuses qualités dont la nature a pourvu les habitants de ce pays n'ont pas suffi pour élever bien haut la moyenne de l'instruction. On dirait qu elles ont été engourdies par une certaine indolence de tempérament que favorisent l'admirable douceur du climat et la grâce pittoresque des lieux. Toutefois, les Béarnais se sont mêlés sans peine au mouvement général de notre pays, tandis que les Basques, cantonnés dans leurs montagnes, dans leur langue, dans leur religion fermée aux influences du dehors, dans leur nationalité ombrageuse, n'ont jusqu'à présent ressenti que très superficiellement l'action émancipatrico du génie français. Pour dire du premier abord la vérité, l'instruction primaire n'agit que dans une très faible mesure sur les mœurs. L'enseignement ici comme ailleurs n'est pas encore armé assez fortement pour imprimer une trace profonde et définitive dans les habitudes morales et intellectuelles du pays. Il n'est pas ce qu'il devrait être, ce qu'il sera un jour, l'un des grands facteurs du tempérament, disons mieux, de la raison nationale. Il naglt encore qu'à la surface, donnant des outils pour apprendre, plutôt que des habitudes d'esprit, la faculté de lire plutôt que le goût d'apprendre etle besoin de comprendre. Cependant le branle est donné ; aujourd'hui les maîtres s'informent; ils s'abonnent aux journaux pédagogiques ; ils se serrent autour de leurs inspecteurs qui eux-mêmes reprennent confiance et osent servir la loi. Tous comprennent enfin qu'une ère est inaugurée où l'État prodigue les encouragements aux maîtres des écoles populaires, mais où il attend que chacun travaille et fasse son devoir.» Dans le pays basque en particulier, de grands progrès sont en voie de s'accomplir, grâce à l'intelligente mise en œuvre des procédés spéciaux recommandés par M. l'inspecteur général Pécaut.
Certificat d'études primaires. — Le résultat des examens pour le certificat d'études primaires a été le suivant en 1884 :
Nombre Nombre de certificats de candidats. obtenus.
Garçons 641 351
Filles 337 197
Totaux 998 550
Personnel enseignant. — L'enseignement primaire a employé dans l'année scolaire 1883-1884 un effectif de 1515 maîtres ou maîtresses, dont nous donnons ci-dessous le détail en deux tableaux.
1° Pour les écoles publiques :
Instituteurs Institutrices
Laïques Congr. Laïques Congr.
Titulaires avec brevet su-
.Périeur 50 3 5 »
Titulaires avec brevet élémentaire 530 8 217 64
Titulaires sans brevet... 1 » » 44
Adjoints brevetés 95 20 37 18
— non brevetés.... 1 20 » tl
2» Pour les écoles libres :
Instituteurs
Institutrices
Titulaires brevetés
— non brevetés..
Adjoints brevetés
— non brevetés..
Laïques
Congr.
Laïques
Congr.
Maisons d'école. — La situation au 1" septcmbre 1884 est résumée dans le tableau suivant :
Nombre et nature des immeubles scolaires»
Appartenant auxcornuiiine».
Écoles de garçons.... 248
— de filles UQ .
— mixtes 252
Ecoles (le garçons et 1 écoles «le filles dans •
le même immeuble \ 64
Totaux 674
Vtélé». Loués. ToUl.
Parmi les maisons d'école appartenant aux communes, 281 sont l'objet d'une demande d'à* mélioration. Le montant des sommes payées pour loyers de maison d'école s'élève à 34 03i> francs.
Le chiffre des subventions accordées par l'Etat à diverses communes du département des Basses- Pyrénées pour construction ou réparation de maisons d'école et pour acquisition de mobilier scolaire, durant les huit dernières années, est la suivant :
Nombre Subvention»
des communes de l'Etat
1877 5 12 500fr.
Totaux.... 318 1 392 681 fr.
Ecoles maternelles. — Le département compte., en 1884, 53 écoles maternelles (19 publiques et 34 libres). Sur les 19 écoles maternelles publiques, 6 sont dirigées par des directrices laïques et 13 par des directrices congréganistes. Toutes les directrices laïques sont munies du certificat d'aptitude; parmi les 13 directrices congréganistes, 6 ne possèdent pas ce titre. Sur les 34 écoles maternelles libres, 9 sont dirigées par des laïques et 25 par des congréganistes; 3 directrices laïques et 17 directrices congréganistes n'ont pas de titres de capacité. Les écoles maternelles publiques laïques ne comptent qu'une seule sous-directrice; elle est brevetée ; les directrices publiques congréganistes sont secondées par 9 sous-directrices dont 2 sans titre de capacité. On trouve également 1 sous-directrice laïque et 3 sous-directrices congréganistes d'écoles maternelles libres, ces trois dernières sans titre de capacité.
Les écoles maternelles ont reçu, pendant l'année 1883-1884, ()523 élèves (6495 en 1882-1883),. répartis comme suit :
Ecoles maternellesnaïques.. 634
publiques ) congrég. 2 360
Ecoles maternelles^ laïques.. 553
libres | coagrég. 2 976
6523 élèves.
Les enfants de 6 ans et au-dessus, c'est-;\dire d'âge scolaire, figurent dans ce nombre pour 851.
Écoles normales. — Le département possède deux écoles normales primaires, l'une pour les instituteurs, l'autre pour les institutrices.
L'école normale d'instituteurs, installée à Lescar, à 7 kilomètres de Pau, fut créée, comme nous l'avons dit plus haut, par la transformation do l'école supérieure fondée à Pau, vers 1830, par M. Beigbeder. Elle prit ce titre officiel dès 1832, et resta jusqu'en 1840 sous la direction de son fondateur. En 1845, elle était encore installée dans un local trop étroit et malsain faisant partie des.
liâtimenls mômes do la préfecture. A cette époque les inconvénients de cet établissement se firent si vivement sentir que le Conseil général décida la translation de l'école dans l'ancien couvent des Barnabites de Lescar, laissé à l'abandon depuis la Révolution. C'est là qu'elle est encore aujourd'hui. Son éloignement de tout centre d'études plus élevées a été plusieurs fois signalé comme un inconvénient.
L'école possède (1885) deux professeurs munis <lu certificat d'aptitude et cinq maîtres qui ne le possèdent pas. A l'école est annexé un cours complémentaire ou école supérieure aune classe, confiée à un maître-adjoint. Un maître-adjoint a la direction de l'école primaire annexe.
L'école comptait, en 1881, 51 élèves; en 1884, 59; les rapports d'inspection générale ont toujours rendu bon témoignage de l'enseignement qui y était donné. Sous l'inspiration de M. l'inspecteur général- Pécaut et l'impulsion constante d'un directeur dévoué, les études se sont vivifiées, le travail personnel des maîtres et des élèves est devenu plus actif. Chacun sent que le but n'est pas la .préparation artificielle et superficielle de l'examen, mais l'éducation de l'esprit.
L'école normale d'institutrices a été ouverte à Pau en 1883. Elle compte actuellement (1885) 24 ■élèves-maîtresses. L'enseignement y est donné par <iuatre professeurs normaux et quatre maîtres supplémentaires.
Enseignement primaire supérieur, — Les écoles primaires supérieures datent de la rénovation de l'enseignement en 1833. Vers 1850, on en comptait neuf dans le département ; mais leur nombre décrut rapidement. Celle de Pau, qui subsista la <îernière, cessa même d'exister pendant un moment; mais elle fut vite reconstituée. Malgré les efforts faits depuis 1872 pour propager ces écoles, il n'en existe encore que sept dans les Basses-Pyrénées (Pau, Lembeye, Bedous, Laruns, Salies, Hasparren, Oloron), de valeur et d'importance bien inégales. Il faut signaler en outre quelques établissements libres, pensionnats laïques ou congréganistes, dont aucun ne remplit les conditions requises pour revendiquer le titre d'écoles supérieures.
Bibliothèques scolaires. — Le tableau suivant présente le mouvement de ces bibliothèques ;
Nombre
des bibliothèques des volumes
Dons et des prêts souscriptions.
» 1920 fr.
Grâce au concours généreux de M. Tourasse*, cette œuvre est prospère dans le département ; mais le goût de la lecture ne paraît pas croître et se répandre aussi vite que les moyens de la satisfaire. Le nombre des prêts n'est guère que le tiers de celui des volumes.
Bibliothèques pédagogiques. — Le département doit à la libéralité de M. Tourasse la création de 36 bibliothèques pédagogiques cantonales bien composées et renfermant, en 1881, 6810 ouvrages. Là aussi les lecteurs font défaut, les emprunteurs sont en trop petit nombre. Une société a été formée dans le département pour aaministrer et augmenter ces bibliothèques au moyen des cotisations versées par les instituteurs. On a constaté avec regret le peu d'empressement mis par les intéressés à utiliser et à soutenir une œuvre qui pourrait leur rendre d'utiles services.
Conférences pédagogiques. — « Les conférences cantonales, au nombre de deux par an, ont rendu
des services en 1881 ; ces réunions sont de nature à améliorer le personnel, à l'initier aux théories et aux pratiques de la pédagogie : elles permettent à l'inspection de donner des avis et des conseils collectifs; elles tirent les maîtres de leur isolement et raniment l'esprit du corps. » En 1882, une retraite pédagogique a eu lieu, pendant les vacances, à l'école normale de Lescar ; en dehors des exercices gymnastiques, but de cette réunion, les instituteurs ont participé à des conférences de diverse nature faites par MM. les inspecteurs primaires.
Caisses des écoles. — 269 caisses des écoles fonctionnent en 1885 dans le département. Voici leur mouvement pendant Tannée 1884
Recettes de l'exercice 1884 25 018 fr.
Dépenses 13 616
Somme en caisse à la clôture de l'exercice. 11 402 fr.
Avant l'application de la loi du 28 mars 1882, qui a rendu cette institution obligatoire, le département ne possédait aucune caisse de ce genre.
Caisses d'épargne scolaires. — Les caisses d'épargne scolaires ont été considérablement encouragées par M. Tourasse qui donnait annuellement à chaque élève ayant pris un livret ou versé une nouvelle somme minimum sur un livret antérieur, un livre d'une valeur proportionnée au montant de l'épargne. On comptait, en 1881, 432 caisses ayant 8191 livrets formant un total de dépôts de 122 092 francs ; en 1885, 535 caisses avec 9013 livrets et 107 510 francs. Ces chiffres paraissent faibles eu égard au nombre des écoles ; nul doute que les facilités offertes par les caisses d'épargne postales et les timbres d'épargne ne fassent pénétrer cette utile institution jusque dans les communes les plus reculées.
Société de secours mutuels. — La société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices a été fondée en 1862. Après avoir été longtemps languissante, elle paraît devoir se relever grâce aux efforts faits pour la soutenir. Elle comptait, en 1881, 25 membres honoraires et 289 membres participants auxquels 4 635 francs avaient été distribués pendant l'année pour secours et pensions. En 1885, elle compte 292 membres et son avoir est de 16 577 francs.
Bulletin scolaire. — Le Bulletin officiel de Vinstriiction primaire des Basses-Pyrénées, fondé en 1864, fut d'abord une spéculation privée. L'empressement avec lequel il fut accueilli engagea Tadministration à le prendre sous son patronage, et il fut publié aux frais du. département de 1867 à 1871. A cette époque et par mesure d'économie, le Conseil général supprima l'allocation affectée à ce recueii. Le système des abonnements fut alors repris sous la direction de l'inspecteur d'académie. Le Bulletin paraît tous les mois ; il publie les documents officiels et tout ce qui intéresse le service de l'enseignement primaire. [Soulice.]
PYRÉNÉES (HAUTES-) (Département des). — Superficie, 4 529 kilom. carrés. Population : 236 474 habitants en 1881, au lieu de 238 037 en 1876. Densité moyenne de la population par kilom. carré : 52 habitants, ^u lieu de 71 habitants, chiffre de la densité moyenne de la France. Trois arrondissements, formant 5 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Tarbes (1"), Tarbes {'l^), Argelès, Arreau, Bagnères-de-Bigorre ; 26 cantons, 480 communes, dont 122 de 500 habitants et audessus.
Le service de l'inspection primaire dans le département des Hautes-Pyrénées est réparti comme suit:
ffarçons, écoles mixtes et écoles de filles.
sa
NOMBRE
KVKS
d'écc publiq.
libres.
DB CLASSES
d'él
pabliq.
ibrcs.
publics.
libres.
T3rbe$(l«).
Argelcs...
Arceau...
1 !'.i::nères- , (lo-Digorre.
f'cole
Population d'âge scolaire. — En 1876 on comptait 28 616 enfants de 6 à 13 ans (14 320 garçons et 14196 filles), soit 11.98 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. En 1881 on compte 28 480 enfants de 6 à 13 ans (13 466 garçons et 15 014 filles) soit 12.04 enfants dage scolaire pour iOO habitants. C'est une légère augmentation da nombre des enfants de 6 à 13 ans pour cette période de cinq années, tandis que pendant la même période la population totale a diminué de 1 503 habitants.
1. État de l'instruction publique avant 1789. — V. Guyenne et Gascogne.
2. Développement de l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — De 1789 au premier EMPIRE. — Les renseignements manquent sur l'état des écoles pendant la période qui s'étend de 1789 au premier empire. Nous trouvons seulement, dans l'analyse officielle des procès-verbaux du Conseil général, session de l'an IX, les indications suivantes : « Partout l'instruction publique est non seulement incomplète, mais encore avilie, et le mal sera bientôt à son comble, si l'on n'y porte un prompt remède... Les habitants de ce département sont amis des lumières et des connaissances ; mais les fortunes aisées sont rares. Jadis, beaucoup d'enfants étaient destinés à la prêtrise ; ce débouché n'existant plus, les écoles sont peu fréquentées : un petit nombre d'enfants prend une éducation complète. »
Stati-stique comparée de 1813 a 1882-1883. — Voici les données que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans le déparment des Hautes-Pyrénées, depuis l'époque du premier empire.
Nombre des communes dépourvues d'écoles. — En 1837, le département comptait 126 communes n'ayant aucune école, et 810 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il n'y avait plus que 25 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1878, on ne trouve plus que 10 communes sans écoles; mais 13 communes de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques de filles.
Nombre des écoles primaires publiques et libres. -j- Le nombre total des écoles primaires était, d'après VAlmanach de l'Université^ de 314 en 1813 et de 392 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résumé dans le tableau ci-après :
d'après la statistique ofHc'i" .
Écoles
Écoles
publiques
libres
1'*^ Partie.
Total
Total
de garço
DS
mixtes
de GKes
compris les
écoles mixtes)
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.
Ecoles laïques
Ecoles congréganistes
de garçons ou milites
de filles
de garçons ou mixtes
de filles
Total
Nombre d'instituteurs et d'institutrices , y compris les adjoiJits et les adjointes.
Instituteurs
Institutrices
-— ^ .mm -,
Total
laïques
congregan.
laïques
congrcjan.
Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires.
Total des élèves Élèves gratuits
1832 (année mile),
année scolaire).
Manque
Manque 21426 21897 24 028
En 1832, il y avait 669 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1840, 992; en 1863, 1302; en 1876- 1877, 1406; et 1549 en 1882-1883.
Écoles maternelles [Salles d'asile).
Nom
bre
Nombre
des établissements
dos élèves
Nombre des cou7's d'adultes et de leurs auditeurs
Nombre de cours
Nombre d
auditeurs
Hommes
Femmes
Hommes
Femmes
Brevets. délivrés de suivant :
- Le nombre des brevets de capacité 1833 à 1884 inclusivement a été le
Instituteurs.
1833-1830. 196 brevets élémentaires, 4 brevets supérieurs. 1851-1867. 441 1868-1880. 295
— obligatoires. 22
élémentaires, 12
complets, facultatifs ou complets, supérieurs.
Institutrices.
133 brevets élémentaires,
En 182Y-I829 la moyenne de l'instruction des conscrits était de 44.8 0/0; dans le département des Hautes-Pyrénées, cette moyenne était de 57.4 0/0, soit 12.6 0/0 au-dessus de la moyenne générale. La classe de 1883, en portant l'instruction des conscrits dans le département des Hautes- Pyrénées à 95.7 0 0, réalise ainsi un progrès total de 38.3 0/0 pour la période de cinquante-quatre années qui s'est écoulée de 1829 à 1883, soit un progrès annuel de 0.71, 0/0, et se maintient ainsi sensiblement au-dessus de la moyenne générale pour toute la France, qui est à la même date de 87.7 0/0.
Nombre de conjoints sur 100 ayant signé leur acte de mariage.
Années
Hommes 76.»
Femmes Hommes et femmes
obligatoires, 2
— élémentaires,
i brevets supérieurs,
Certificat d'études primaires. — Les examens du certificat d'études primaires ont été introduits dans le département des Hautes-Pyrénées en 1877. Voici le tableau des résultats obtenus :
Nombre de candidats. Certificats obtenus
"ÎÏÏlès
Résultats de l'instruction. — Les deux tableaux ci-dessous indiquent le degré d'instruction des conscrits et des conjoints.
Nombre de conscrits sachant au moins lire de 1827 à ISS^ inclusivement.
Garçons
Filles
Garçons
Budget de l'instruction primaire. — Nous donnons ci-dessous le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire pour les vingt-neuf années de 1855 à ISS:) :
CLASSES
CONSCRITS
Examinés
Sachant
au moins
lire
Combien pour 100
RANG du
DBPAH- TEftlBNT
RETRIBU TION
scol.iire
A FART.
Gratuité
SUBVENTIONS
du
département
iia»
En 1863, la dépense moyenne par tête d'élève des écoles publiques était de 8'', 85, soit 0''",G2 audessoTis de la moyenne générale, qui était à la même date de 9'', 47. En 187G, cette dépense était de 20'',43, la moyenne générale étant de 17'',83. En 1882, la dépense par tête d'élève dans le département des Hantes-Pyrénées était de 24'S71, tandis que la moyenne générale était de 21'', 77.
Etat actuel de l'instruction primaire. — Voici la situation de l'instruction primaire dans le département des Hautes-Pyrénées pendant l'année scolaire 1883-1884.
Nombre d'écoles. — Le nombre des écoles primaires est de 867 (77G écoles publiques et 91 écoles libres). 2 communes seulement sont entièrement dépourvues d'écoles. 11 communes de plus de 500 habitants n'ont pas encore d'école publique de filles (ce nombre était de 20 en 1882). Sur les 867 écoles primaires du département, il y a 768 écoles laïques (301 écoles de garçons, 246 de filles et 221 mixtes) et 99 écoles congréganistcs (8 de garçons, 90 de filles et 1 mixte).
1° Division des écoles de toute nature d'après le nombre de classes qu'elles possèdent :
Écoles
— 8 — et au-dessus.. . .
liques
Libres
Totaux.
2° Division des classes d'après le nombre des élèves qu'elles reçoivent :
Classes de 50 élèves et au-dessous..
— de plus de 50 élèves
— — de 80 —
766, soit 88.8 0/0
Les moyennes correspondantes pour toute la France sont : 72.6 0/0, 15.4 0/0, 7.2 0/0, 3 O/O, 1.8 0/0. D'où il résulte que, sous le rapport de la répartition du nombre d'élèves par classe, le département se trouve dans une situation supérieure à la moyenne générale.
Nombre d'élèves. — Les enfants qui ont fréquenté les écoles primaires pendant l'année scolaire 1883-1884 sont au nombre de 36 900 (au lieu de 36 637 en 1882-1883). Ce nombre peut se décomposer en :
Élèves des écoles publiques 30 708 ) « , nnr^
— libres. 6192 ] ^" ^^^
Carçons 19 053 ) o^ mr.
Filles 17847 i ^'^ ^^^
Élèves des écoles laïques 29 038 ) .,p f,(^„
— congréganistes 7 362 ) "
l de garçons 15 460 )
— J de fllles 15 321 [ 36 900
Les élèves d'âge scolaire figurent dans ce nombre de 30 900 pour 27 98(i. D'après le recensement de 1881, le nombre des enfants de cet âge pour le département des Hautes-Pyrénées est de 28480, d'où il résulterait que 494 enfants d'âge scolaire ne fréquentent pas les écoles primaires. Il convient toutefois de retrancher de ce nombre 324 enfants de 6 ans et au-dessus inscrits dans les écoles maternelles publiques ou libres, ce qui réduit à 170 le nombre des enfants de 6 à 13 ans qui ne fréquentent pas les écoles primaires. Ce nombre de 170 équivaut à peu près à celui des enfants de 6 à 13 ans recevant l'instruciion dans des établissements d'enseignement secondaire ou dans leurs familles.
Certificat d'études primaires. — Le résultat des examens pour le certificat d'études primaires a été le suivant en 1884 :
€arçoDS.
Filles...
Nombre (ic caadidals
Totaux.
Nombre de certificats obtenus
Personnel enseignant. — L'enseignement primaire a employé dans l'année scolaire 1883-1884 un efi"ectif de 1070 maîtres ou maîtresses, dont nous donnons le détail en deux tableaux.
1" Pour les écoles publiques :
lottiluteurs
lalquei coo^.
Titulaires avec brevet supérieur 36 n
Titulaires avec brevet élémentaire 429 4
Titulaires sans brevet. .. . t» »
Adjoints brevetés ."lO 4
— non brevetés » 5
2° Pour les écoles libres
Instituteurs
lottitutrices
laïques
Titulaires brevetés
— nou brevetés..
— non brevetés. . .
congr.
laïques
COD,'l
Maisons d'école. — La situation au 1°^ septembre 1884 est résumée dans le tableau suivant :
Nombre et nature des immeubles scolaires.
Appartenant aux communes
( de garçons..
Écoles \ de lilles ....
f mixtes
Écoles de garçons et de filles dans le même immeuble....
Totaux.
Piétés
Loués
Total
Parmi les maisons d'école appartenant aux communes, 207 sont l'objet d'une demande d'amélioration. Le montant des sommes payées pour loyers de maison d'école s'élève à 26 847 francs.
Le cliiff"re des subventions accordées par l'Etat à diverses communes du département des Hautes- Pyrénées pour construction ou réparation de maisons d'école et pour acquisition de mobilier scolaire, durant les huit dernières années, est le suivant :
Totaux.
Nombre
Subventions
des communes
de l'Etat
7500 Ir.
2 217 920 fr.
Ecoles maternelles . — Le département compte, en 1884, 21 écoles maternelles (12 publiques et 9 libres). Sur les 12 écoles maternelles publiques, 2 sont dirigées par des directrices laïques et 10 par des directrices congrcganistes. Les direcirices laïques sont munies du certificat d'aptitude ; parmi les K) directrices congréganistes, 4 seulement sont dans ce cas. Les 9 écoles maternelles libres sont dirigées par des congréganistes, dont S n'ont pas de titres de capacité. Les directrices publiques laïques ne sont secondées par aucune sous-directrice; les directrices publiques congréganistes sont secondées par 6 sous-directrices dont 3 sans titre do capacité. On trouve également 1 sous-directrice d'école maternelle libre congréganiste; elle n'a pas de titre de capacité.
Les écoles maternelles ont reçu, peudaiit l'année
18S3-1884, 2723 élèves (2836 en 1881-1882) répartis comme suit :
Écoles maternelles
publiques, libres. ...
laïques., congrég.
laïques., congrég.
Les enfants de 6 ans et au-dessus, c'est-à-dire d'âge scolaire, figurent dans ce nombre pour 324.
Ecoles normales. — Le département des Hautes- Pyrénées possède deux écoles normales primaires, une pour les instituteurs et une pour les institutrices.
L'école normale d'instituteurs, fondée à Tarbes en 1833, reçoit actuellement 56 élèves-maîtres. L'enseignement y est donné par 5 maîtres normaux et 9 maîtres supplémentaires.
L'école normale d'institutrices, créée par application de la loi du 10 août 1879, n'a été ouverte qu'en 1883. Son siège est également à Tarbes. Elle contient actuellement 33 élèves-maîtresses, auxquelles l'enseignement est donné par 4 maîtresses normales et 3 maîtresses supplémentaires.
Ecoles primaires supérieures. — Les états de situation en 1883-1884 mentionnent, pour les garçons, deux cours publics complémentaires d'enseignement primaire supérieur, recevant 70 élèves; pour les filles, deux cours libres, recevant 80 élèves, et une école primaire supérieure libre comptant 60 élèves.
Bibliothèques scolaires et bibliothèques pédagogiques. — Voici la situation au 1" janvier 1885 :
Bibliothèques scolaires 192
Nombre de livres de lecture 10 624
— de prêts pendant.l'année 5 213
Bibliothèques pédagogiques 34
Nombre de volumes 4 023
En 1863, le département ne possédait que 9 bi-
Caisses des écoles. — 63 caisses des écoles fonctionnent en 1885 dans le département. Voici leur mouvement pendant l'année 1884 :
Recettes de Texercice 1884 3 046 fr.
Dépenses 4 100
Somme en caisse à la clôture de l'exercice.
1 946 fr.
Avant l'application de la loi du 28 mars 1882, qui a rendu cette institution obligatoire, le département ne possédait aucune caisse de ce genre.
Caisses d'épargne scolaires. — Elles existent dans le département depuis 1879. Voici leur situation en 1885 :
Année
Nombre Sommes inscrites
de caisses de livrets ces livrets
88 713 5 915fr.
Société de secours mutuels. — La Société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 18G6, périclite sensiblement. Elle comptait eu 1879 416 membres et un actif qui atteignait 10 275 francs. Cet actif s'élève aujourd'hui à 17 338 francs, mais, à la date du le'janvier 1885, le nombre des sociétaires se réduit à U3.
Bulletin scolaire. — Le Bulletin scolaire du département des Hautes-Pyrénées, dont la fondation remonte à 1868, parait suivant les besoins du service, en format petit in-8o. Il est envoyé gratuitement à toutes les écoles publiques, dont il devient la propriété, et reçoit à cet effet une subvention du Conseil général.
rviiÉiNEiiS-OUIENTALES (Département des)
- Superficie, 4122 kilom. carrés. Population :
208 855 habitants en 1881, au lieu de 197 940 en
1876. Densité moyenne de la population par kilom, carré : 51 habitants, au lieu de 71 habitants, chiffre delà densité moyenne de la France. Trois arrondissements, formant 3 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Perpignan, Céret, Prades; 17 cantons, 231 communes, dont 106 de 500 habitants et au-dessus.
Le service de l'inspection primaire dans le département des Pyrénées-Orientales est réparti comme suit :
NOMBRE
d'bcoles
DE CLASSES
d'Élèves des écoles.
il ^A^ m
pablii].
libres.
pobliij.
libres.
pnbliq.
libres.
Perpignan.
Céret
Prades... .
Population d'âge scolaire. — En 1876 on comptait 24 711 enfants de 6 à 13 ans (12 619 garçons et 12 092 filles), soit 12.48 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. En 1881 on compte 27 629 enfants de 6 à 13 ans (14 524 garçons et 13 105 filles), soit 13.23 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. C'est une augmentation de 2918 enfants pour la période quinquennale écoulée. Pendant la même période la population totale s'est accrue de 10 915 habitants.
1. État de l'instruction publique avant 1789. — Le Roussillon et la Cerdagne, qui forment aujourd'hui le département des Pyrénées-Orieniales, ont été réunis à la France par le traité des Pyrés nées (1659). Mais pendant longtemps encore lehabitants de ces pays restèrent Espagnols de langage et de mœurs ; jusque vers le milieu du xviii^ siècle, dans la plupart des villages, les actes de l'état civil furent rédigés en catalan, seule langue que parlassent les curés ; l'enseignement, dans les rares écoles qui existaient, se donnait en catalan, sauf dans les villes comme Perpignan, Prades, Rivesaltes, etc., où une ordonnance de Louis XIV avait prescrit aux consuls o d'établir des écoles royales pour apprendre aux enfants la langue française, la doctrine chrétienne, à lire et à écrire ».
Quelques documents inédits que possède le Musée pédagogique, et qui ont été recueillis dans les archives de diverses communes des Pyrénées- Orientales, permettent de se faire une idée de ce qu'était l'instruction populaire dans cette partie de la France, durant le siècle qui a précédé la Révolution. Nous en extrayons les détails qui suivent.
Le 3 avril 1780, le conseil général de la communauté séculière de Rivesaltes, a assemblé à son de cloche en la forme ordinaire et accoutumée, d'ordre des sieurs consuls à ce autorisés par permission de monseigneur le viguier du Roussillon », délibéra d'établir à l'avenir un second régent. Le sieur François Joly, consul, avait motivé la proposition de la façon suivante : « Personne de vous n'ignore qu'un seul régent n'est pas suffisant à cette communauté, eu égard au grand nombre d'enfants qu'il y a pour être enseignés par un seul régent, le sieur Lebé, actuellement régent, ne pouvant y suffire seul. Ainsi, il paraît qu'il serait très nécessaire qu'il y eût un second régent qui enseignera les enfants qu'il aura sous lui jusqu'à ce qu'ils soieut en état d'apprendre leur latin, pour
après ôtre remis entre les mains et à la classe du premier régent qui leur fera faire les différentes classes et continuera à leur apprendre leur latin jusqu'à la rhétorique et à la philosophie. » Ce second régent, charge « de donner les premiers éléments aux enfants », devait avoir un salaire annuel de 150 livres, « qui lui seront payées des rentes et revenus de cette communauté, et les mesades (la rétribution mensuelle des élèves) à raison de 6 sols et 8 deniers par mois qu'il exigera de chaque écolier de la classe depuis l'alphabet jusqu'à ce qu'ils apprendront à lire la langue française et à écrire; dès qu'ils apprendront ladite langue et voudront commencer à écrire, il exigera 10 sols de chacun. Lequel régent sera aussi tenu de conduire chaque jour de fête tous les enfants de sa classe à l'office et vêpres, leur faire dire le catéchisme chaque samedi de la semaine, d'enseigner gratis tous les enfants des plus pauvres de cette communauté qui n'auront pas la commodité d'être enseignés en payant et qui auront le zèle d'aller en classe, et de ne pouvoir donner que le jeudi de chaque semaine de vacance seulement. »
La délibération ci-dessus, bien qu'approuvée par le subdélégué général de l'intendant du Roussillon et pays de Foix, ne fut pas exécutée. Le 10 décembre 1783, le conseil général est de nouveau assemblé pour délibérer, cette fois^ « sur les moyens à prendre pour se procurer une régente, conforformément à l'ordonnance rendue par monseigneur l'intendant à ce sujet». La majorité des conseillers est d'avis que « comme depuis longtemps la communauté de Rivesaltes n'a pas besoin de régente pour l'éducation dos filles, vu qu'il y en a plusieurs qui les enseignent à lire et qui dressent les jeunes filles aux divers ouvrages des mains sans qu'il en coûte rien à la communauté, il est inutile d'y mettre de nouveaux subsides, attendu que cette augmentation peut être employée à une chose plus essentielle pour le public, qui serait de parvenir à la création d'un second régent pour l'éducation des garçons. » Une minorité de cinq membres « est d'avis de nommer la fille aînée du sieur Aleugry, régent de cette communauté, pour régente de la même communauté, lui attribuant les mêmes émoluments qu'on donnait aux précédentes régentes, attendu que ce n'est pas un nouveau subside ainsi que la pluralité des suffrages prétend. » L'intendant approuva l'avis de la minorité, soutenu d'ailleurs des signatures de quarante notables habitants, et ordonna « que la fille aînée du sieur Aleugry, régent actuel, sera établie régente pour enseignance et éducation des jeunes filles, après néanmoins qu'elle aura été approuvée par les supérieurs ecclésiastiques, et ce aux appointements ordinaires de 150 livres, qui lui seront payées des revenus de la communauté. »
Nous avons la liste des maîtres d'école de Collioure, depuis l'établissement de l'école en 1689. Le premier, nommé Ligonier, recevait 100 livres par an. De 1703 à 1711, il y a un mestre de petits minyons (maître de petits garçons), et en même temps que lui un mestre de grammaticha; ce second maître est un révérend père. Le révérend François Leclerc, « précepteur de l'école », et seul chargé de tout l'enseignement, demande en 1721 au conseil gênerai de nommer comme par le passé un précepteur pour les petits enfants : il consent à abandonner à cet effet 60 livres de son propre salaire, qui était de 200 livres, pour être données à ce second précepteur. Sur ces entrefaites, un concurrent, nommé Pierre Germa, se présente et offre de prendre au rabais, pour 100 livres, la charge occupée par François Leclerc y compris 1 enseignement des petits enfants ; mais le conseil, après en avoir délibéré, décide « qu'attendu que la ville a attribué 200 livres pour le salaire des précepteurs et maîtres d'école, ledit Leclerc,
qui fait son devoir f-x enseigne bien les enfants, sera conservé au même salaire que cy-devant. » De 1731 à 1789, l'instruction primaire fut donnée par des dominicains qui occupaient de vastes locaux qu'on voit encore aufaubourg de CoUioure ; en môme temps des maîtres ecclésiastiques et laïques enseignaient le latin en ville.
Une curieuse délibération du conseil général de la « communauté laïque » d'Argelès-sur-Mer, en date du 7 octobre 1736, est relative à la destitution du sieur Blanch, précepteur. Les griels qui motivent cet acte de rigueur sont les suivants : « Les enfants qui étudient le latin n'ont rien appris depuis trois ans qu'il leur enseigne, comme aussi les restants enfants faute de leur donner des soins, tellement que Aciscla Padalié a été obligé de sortir de l'école son fils, et l'envoyer ailleurs, Jacinthe Llarguet s'est plaint qu'ayant prié ledit sieur Blanch d'enseigner à écrire à un de ses fils, il n'a pas voulu le faire l'ayant toujours négligé, ce qui aurait obligé au père de le tirer de l'école; et lorsque ledit sieur Blanch est allé dehors, il n'a commis personne à sa place, et en dernier lieu, il est allé à Perpignan où il a resté trois ou quatre jours sans de même commettre personne à sa place. » Le conseil général décide que « sous le bon plaisir de monseigneur l'intendant, le sieur Blanch est révoqué de sa charge de précepteur ».
« Dans les pays que comprend actuellement l'arrondissement de Prades, dit une notice rédigée en 1879 par M. l'inspecteur primaire de Prades, l'instruction futlongtemps presque nulle. A l'exception de quelques membres des familles nobles et des jeunes gens qui se destinaient à la prêtrise et allaient étudier en Espagne à l'université de Cervora près Barcelone (car jusqu'en 17S9 la Cerdarne française a fait partie du diocèse espagnol d'Urgel), tout le monde vivait dans la plus profonde ignorance. La langue française était surtout extrêmement négligée, les habitants ne s'étaient pas trouvés dans la nécessité de l'apprendre, car tous les actes publics, jusqu'aux ordonnances et rescrits du roi, étaient dressés en catalan. La première délibération relative à l'instruction qui existe dans les archives de Prades est du 10 mai 1580 : elle autorise les consuls à faire à la maison d'écolo les réparations nécessaires. Cette maison fut cédée en 1584 à la communauté par le camérier de la Grasse moyennant une redevance annuelle d'une poule bonne et grasse et d'un sou de monnaie de Perpignan, le jour de Noël. On ne trouve pas do documents relatifs à l'école de Prades durant le xviio siècle ; mais au xviiic siècle il en est plusieurs fois question: ainsi, le 10 juin 1769, la communauté se plaint a que les régents ne se trou- » vent pas à leurs devoirs et que les classes sont » négligées »; en 1782, ce sont les régents qui se plaignent à leur tour à l'intendant de n'avoir pas reçu de traitement depuis cinq ans ; ils ne furent payés qu'en 1784 au moyen d'une imposition établie sur tous les habitants. »
« Dans le canton de Saillagouse, écrit l'instituteur de Palauen 1879, c'étaient les curés qui avant 1789 enseignaient à lire et à écrire quelque peu le catalan. Les familles un peu aisées envoyaient leurs enfants à Puycerda, aux écoles pies ou des escolapioSj où l'on enseignait, comme encore au' jourd'hui, la grammaire latine, l'arithmétique et un peu de géométrie. Le catalan éuit à peu prè» la seule langue parlée et écrite. Jusqu'en 1741, les actes de baptême, à Palau, furent dressés en ca' talan; à partir de 1741, on les trouve rédigés en français, mais quel français ! »
Une supplique des habitants de Marqueixanes (arrondissement de Prades) adressée à l'intendant, expose avec une certaine éloquence les avantages qui résulteraient d'une bonne instruction
de la jeunesse : « Ladite communauté se trouvant précisément sujette au passage des troupes, étant adhérente au grand chemin, et quelquefois même à leur séjour, comme il est quelquefois arrivé d'y séjourner quelques mois, et où il est arrivé que ni le baile, ni les consuls savaient lire ni écrire, il semble aux suppliants qu'il serait besoin et nécessaire qu'il y eût continuellement un régent pour que la jeunesse eût lieu d'être élevée. » Il est vrai, ajoute la supplique, « que le sieur Joseph Eit, clerc, natif dédite communauté, y est installé depuis environ neuf ans, lequel n'a pour son salaire que cent quatre-vingt-seize livres, homologuées, par an, y compris la régence, le secrétariat, et l'horloge, trois différents emplois, sans lesquels annexés, tout autre régent quelconque ne voudrait, ou ne saurait peut-être pas faire, ne pourrait se soutenir, ni se nourrir d'un si modique salaire que de cent vingt livres de la régence, les restantes sont trente-six du secrétariat, et quarante de l'horloge, à la charge pour lui d'y fournir l'huile à ce nécessaire. Les habitants étant si misérables, et hors d'état de pouvoir payer des mois de leurs enfants, la plupart ne les font point aller à l'école, grand dommage ! et ceux qui les y font aller, ce n'est pas pour longtemps, car ils les en tirent dans deux ou trois ans, qui les feraient cependant continuer quelque temps davantage, s'ils ne devaient payer des mois, quoique très modiques, car les plus forts des enfants plus avancés sont à huit sols, les autres et la plupart à quatre, tout cela reviendrait tout au plus à vingt-quatre livres par an, sur les 196 livres susdites. Enfin, il n'est point d'autre village que Marqueixanes-au- Conflent qui soit compris à l'abonnement du don gratuit à la somme de 313 livres par an, qui est partie de l'accablement desdits habitants, laquelle taxe selon l'époque ne devrait être perçue que pendant six ans, commençant depuis 1760, laquelle devrait, selon la même époque, être maintenant éteinte . La communauté de Marqueixanes par conséquent étant la seule comprise dans l'abonnement du don gratuit déjà dit, et les habitants dudit lieu hors d'état de pouvoir payer des mois de leurs enfants, n'en ayant pas pour leur nourriture, qui leur ôte le moyeu de les faire aller à l'école pour les faire élever, fait que bien d'enfants qui pourraient être élevés un jour se perdent et sont et Seront des idiots et insolents. » Pour « obvier tous ses obstacles, et pour remédier à une pareille décolation, et pour pourvoir au bien public, tant à B'égard des pères que des enfants, » la communauté demande à l'intendant de permettre qu'une partie du don gratuit, savoir 211 livres, soit dorénavant supprimée et éteinte, et que le restant, 104 livres, soit ajouté aux 196 livres du traitement du régent, à la place des mois d'école, lesquels seraient supprimés : « condition infailliblement commode et convenable pour les uns et pour les autres, car également les riches et les pauvres pourraient faire élever leurs enfants sans frais, et le régent y trouverait aussi un peu mieux de quoi pouvoir se soutenir. » La supplique conclut ainsi : « Considéré tout le contenu dans le présent exposé, plaise, monseigneur, de vos bonnes grâces ordonner, pour pourvoir principalement par commisération à l'accablante indigence et à l'extrême misère des habitants du lieu de Marqueixanes, que la somme de 211 livres qui fait la plus grande partie de l'abonnement du don gratuit no soit plus perçue d'ici en avant, et qu'elle soit entièrement éteinte; et que pour le maintien d'un régent ou précepteur, pour l'utilité du bien public et particulier, et pour l'avantage tant des pères que des enfants, pour leur faciliter le moyen de les faire élever et être élevés sans frais, il soit perçu tous les ans des habitants par le receveur de ladite communauté les restantes 104 livres du don gratuit, pour
être réunies à la régence ; les habitants se trouvant défrayés des dites 211 livres par an, il leur semblerait ne rien payer que de payer 104 livres par an, surtout pour une chose si utile et si avantageuse. » Nous ignorons quel accueil fut fait à cette demande.
Mentionnons une série d'actes do nomination et de certificats qui nous permettent de suivre d'un bout à l'autre la carrière d'un instituteur de la fir> du xviiie siècle, le nommé Jean-François Fabre, de Dourgue. Le 8 juillet 1781, il est élu pour l'espace d'une année comme régent des écoles par le * conseil général politique » du lieu de Salsigne, diocèse de Carcassonne, sur le vu d'un certificat du curé de Labastide, attestant que le sieur Fabre, qui a exercé dans cette paroisse la charge de régent, « est de bonne vie et mœurs et fait profession de la religion catholique et romaine par les actes extérieurs de religion ». L'année suivante, Fabre devient régent à Vielmur, comme nous le voyons par une permission de M^^ Tévêque de Castre, en date du 30 juillet 1782, disant que « dûment informé des bonnes vie et mœurs, religion et capacité de Jean-François Fabre, etc., nous lui avons permis et permettons de tenir les petites écoles de la ville de Vielmur de ce diocèse, et de les instruire à la piété, à lire et à écrire, lui enjoignons de les mener modestement le dimanche et les fêtes à la messe, à la doctrine chrétienne et aux offices divins, etc. » De Vielmur, Fabre passe en 1787 à Réalmont, diocèse d'Alby : nouvelle permission accordée par M^r l'archevêque d'Alby, « d'enseigner dans ladite paroisse et d'apprendre les principes de l'écriture et lecture, etc. ; à la charge qu'il aura soin d'enseigner les éléments de la religion à ses élèves, qu'il se servira du catéchisme du diocèse et non d'autre, qu'il conduira les enfants à l'église pour assister à la sainte messe, etc. » Enfin en l'an IV de la République, nous voyons l'ancien régent transformé en instituteu7' primaire, ainsi qu'il résulte de l'arrêté suivant de l'administration départementale des Pyrénées-Orientales :
« Séance publique du 5* floréal an IV* de la République française. Vu l'attestation fournie au citoyen Jean-François Fabre parle jury d'instruction publique établi à Perpignan, sous date du 23 germinal dernier, de laquelle attestation il résulte que ce citoyen a subi un examen sur l'écriture, l'arithmétique, la lecture et les principes de la morale républicaine, et qu'il réunit les qualités requises pour être instituteur primaire; — vu de plus l'avis de l'administration municipale du canton de Perpignan, par lequel elle désigne ledit citoyen Fabre pour remplir la place d'instituteur dans la commune de Perpignan ; — l'administration, considérant, etc., etc., arrête que le citoyen Jean-François Fabre est nommé instituteur primaire de la commune de Perpignan, et quen cette qualité il jouira des rétributions déterminées par l'arrêté du 6 germinal dernier relatif à l'organisation des écoles primaires. »
2. Développement de l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — De 1789 A la Restauration. — Nous venons de voir, par un exemple frappant, comment la Révolution essaya d'organiser l'enseignement populaire : elle choisit, parmi les maîtres que lui léguait l'ancien régime,, ceux qui lui parurent les plus capables, et en fit les instituteurs de ses écoles primaires. Nous ne possédons malheureusement pas de documents permettant de faire d'une façon quelque peu précise l'histoire des écoles dans le département des Pyrénées-Orientales pendant le quart de siècle qui suivit 1789.
Une école centrale fut installée à Perpignan ei> l'an V ; elle eut un grand succès. Voici en quels termes en parlait le Conseil général du départe-
ment en l'an IX : « L'établissement des écoles centrales est un grand bienfait, dont le département a plus profité que plusieurs autres départements. Les cours les plus suivis sont ceux do dessin et de mathématiques. On se loue de tous les professeurs ; celui de physique s'est occupé des mathématiques, le local destiné aux expériences étant occupé par des livres de théologie et de jurisprudence qui y pourrissent, et dont on a demandé plusieurs fois la vente, pour le produit être employé à l'acquisition d'instruments scientifiques; on en renouvelle la demande... On réclame vivement pour les professeurs le paiement de leur arriéré et du courant de leur traitement. Le pensionnat de l'école centrale doit tous ses succès au zèle du citoyen Joubert, qui l'a établi. »
Statistique comparée de la Restauration a 1882-1883. — Voici les données que nous possédons sur le développement de rinstruclion primaire dans le département des Pyrénées-Orientales depuis l'époque de la Restauration.
Nombre des communes dépourvues d'écoles. — En 1837, le département comptait 72 communes n'ayant aucune école, et 176 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il y avait encore 71 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1878, on ne trouve plus que 4 communes sans écoles; mais 10 communes de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques do filles.
Nombre des écoles primaires publiques et libres. — Le nombre total des écoles primaires était, d'après VAlmanacli de l'Université^ de 120 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résumé dans le tableau ci-après :
Nombre d'ijisli tuteurs et d'institutrices, y compris les adjoints et les adJoirJes.
Inititutear*
In«titatrieei
d'après la statistique offi'"".
Écoles Écoles publique! libres
lOo
Tola,
Division des écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixtes et écoles de filles.
Ecoles
de i^arçuns mixtes
210 (y compris les écoles mixtes).
ISS
It
de Glles
Total
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et congt^éganistes.
Ecoles laïque» Écoles congréganiotes
de garçons ou mixtes
de niles
ou mixtes
de niles
Tota
laïques '222 3iS
eongréir.
laïques
19'i iiù
iïo
congféç.
ToUl
Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.
Total des élèves
Élèves çra
année civile)...
Manque
Manque
Gratuité
En 1882, il y avait 255 élèves inscrits sur in 000 habitants; en 1810, 52G; en 18B3, 1018; en 187G- 1877, 1325, et 1664 en 1882-883.
Ecoles maternelles {Salles d'asile).
Nonibro des élabiijsenients
de* eievci
Nombre des cows d'adultes et de leurs auditeurs.
Nombre de cours
Nombre d'aullleurj
HoiiiMU'
Feuunes
Ilpillii.e:
FeuiUiet
Brevets. — Le nombre des brevets délivrés do 1833 à 1884 inclusivement a été le suivant :
Instituteurs.
180 brevets élémentaires, 28 brevets supérieur
— obligatoires, 1 1 103 —
— éléuieniaircs, 5 —
complets
facuitatits
supérieurs
hïstitutrices.
95 brevets élémentaires, 5 brevets supérieurs
SI
, or.
— obligatoires, 1 —
— élciucutaiies.
complet^.
facuitatii?.
ou complets.
supérieur.
Certifi^^at d'études primaires. — Les examens du certificat d'études primaires ont été introduits dans le département des Pyrénées-Orientales en 1877. Voici le tableau des résultats obtenus:
Nombre de candidats CertiGcats obtenus
Garçons
Filles
Garçons
Filles
Résultats de l'instruction. — Les deux tableaux ci-dessous indiquent le degré d'instruction des conscrits et des conjoints .
Nombre de conscrits sachant au moins lire, de 1827 à 1883 inclusivement.
ANNEES
CONSCRITS
Examinés
lire
Combien pour 100
ANNEES
RETRIBU- TION
scolaire
À PART
Gratuité.
RESSOURCES
communales non compris la rétribution scolaire
42 Wo 44110
SUBVENTIONS
du départemenl
de l'Étal
En 1827-1829 la moyenne de l'instruction des conscrits était de 44.8 0/0 ; dans le département des Pyrénées-Orientales cette moyenne était de 34.8 0/0, soit 10 0/0 au-dessous de la moyenne générale. La classe de 1883, en portant l'instruction des conscrits dans le département des Pyrénées-Orientales à 81 0/0, réalise ainsi un progrès total de 46.2 pour la période de cinquante-quatre années qui s'est écoulée de 1829 à 1883, soit un progrès annuel de 0.85 0/0, tandis que pour toute la France le progrès n'a été durant la même période que de 0.79 0/0.
Nombre de conjoints, sur 100, ayant signé leur acte de mariage.
Années Hommes Femmes Hommes et femmes
Budget de Vinstrudion primaire. — Nous donnons ci-après le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire pour les vinçt-neuf années de 1855 à 1883 :
En 1863, la dépense moyenne par tête d'élève des écoles publiques était de 13'%83, soit 4"',36 audessus de la moyenne générale, qui était à la même ; date de 9f%47. En 1876, cette dépense était de : 19''",49, la moyenne générale étant de 17'',83. En { 1882, la dépense par tête d'élève dans le département des Pyrénées-Orientales était de 21'',76, tandis que la moyenne générale était de 21'',77. Etat actuel de l'instruction primaire. — Voici la situation de l'instruction primaire dans le département des Pyrénées-Orientales pendant l'année scolaire 1883-1884.
Nombre d'écoles. — Le nombre des écoles primaires est de 483 (399 écoles publiques et 84 écoles libres). Une commune seulement est entièrement dépourvue d'école. Toutes les communes de plus de 500 habitants sont pourvues d'écoles publiques de filles (il n'en restait plus que 3 à pourvoir en 1882). Sur les 483 écoles primaires du département, il y a 436 écoles laïques (151 écoles de garçons, 172 de filles et 113 mixtes) et 47 écoles congréganistes (11 de garçons, 36 de filles.)
Division des écoles de toute nature d'après le nombre de classes qu'elles possèdent :
^ Libres.
Écoles à 1 classe 309 40
— 2 classes 57 13
Publiques.
— 8 — et au-dessus
Totaux.
Division des classes des écoles publiques d'après le nombre des élèves qu elles reçoivent :
Classes de 50 élèves et au-dessous. 368, soit 64.7 0/0
Les moyennes correspondantes pour toute la France sont : 72.6 0/0, 15.4 0/0, 7.2 0/0, 3 0/u,
J.8 0/0. D'où il résulte que sous le rapport de la répartition du nombre d'élèves par classe, le département se trouve dans une situation inférieure à là moyenne générale.
Nombre d'élèves. — Les enfants qui ont fréquenta '('S écoles primaires pendant l'année scolaire 1 ic» J-1884 sont au nombre de 3C 051 (au lieu de 34.J':.J "AI 1882-1883). Ce nombre peut se décomposer i:ll :
Élèves des toIcs publiques 29 918 )
— — libres 6 133 I
Garçons 18 406 )
Filles 17 555 (
— - congréganistcs. . 5 224 \
i de garçons. . . 16 097 )
Elèves des écoles ] de filles 15 782 [ 36 051
f mixtes 4172 ^
Les élèves d'âge scolaire figurent dans ce nombre de 36 051 pour 28 526, non compris les 178 enfants au-dessus de 6 ans inscrits pour les écoles maternelles ^t ceux du même âge qui reçoivent renseignement dans des établissements d'enseignement secondaire. D'après le recensement de J881, le nombre des enfants de cet âge pour le dép artement des Pyrénées-Orientales est de 27 629, a où il résulterait que plus de 1 100 enfants d'âge scolaire se sont fait inscrire à deux écoles pendant le cours de l'année, ce qui n'aurait rien d'extraordinaire dans un département où l'enseignement libre entre en concurrence contre l'enseignement public avec 84 écoles comptant 6 133 élèves.
Certificat d'études primaires. — Le résultat des examens pour le certificat d'études primaires a été le suivant en 1884 :
Nombre Nombre de certificats de candidats. obtenus.
Garçons 440 346
Filles 122 102
Totaux.
un effectif de 798 maîtres ou maîtresses, dont nous donnons le détail en deux tableaux.
i" Pour les écoles publiques:
Instituteurs Institutrices
Laïques Congr. Laïques Congr.
Titulaires avec brevet supérieur
Titulaires avec brevet élémentaire
Titulaires sans brevet
Adjoints brevetés 117
— non brevetés .... 3
2° Pour les écoles libres
Titulaires brevetés
— non brevetés.
Instituteurs
Laïques Congr.
Institutrices
Laïques Congr.
Maisons d'école. — La situation au 1«' septembre 1884 est résumée dans le tableau suivant :
Nombre et nature des immeubles scolaires.
Appartenant
aux communes. Prêtes
( de garçons. 82 «>
Ecoles I de filles..,. 57 1,
mixtes 43 j
Ecoles de garçons et de filles dans le
même immeuble... 37 „
Totaux....
Loués.
Total.
Parmi les maisons d'école appartenant aux communes, 81 sont l'objet d'une demande d'amélioration. Le montant des sommes payées pour loyers de maison d'école s'élève à 34 377 francs.
Le chifTre des subventions- accordées par l'Etat à diverses con;imunes du département des Pyrénées- Orientales pour construction ou réparation de maisons d'école et pour acquisition de mobilier scolaire, durant les sept dernières années, est le suivant :
ISSl.
Totaux.
Nombre
SobT'înti'';;»
des commiinei.
de TE a.
101 500 fr.
205 3bO
1335 4S0fr.
Ecoles maternelles. — Le département compte, en 1884, 28 écoles maternelles (25 publiques et 3 libres). Sur les 25 écoles maternelles publiques, 20 sont dirigées par des directrices laïques et 5 par des directrices congréganistes. Toutes les directrices laïques sont munies du certificat d'aptitude; parmi les 5 directrices congréganistes, 3 ne possèdent pas ce titre. Sur les 3 écoles maternelles libres, 1 est dirigée par une laïque et 2 par des congréganistes; une des directrices congréganistes n'a pas de titre de capacité. Les directrices publiques laïques sont secondées par 2 sous-directrices pourvues d'un titre de capacité; les directrices publiques congréganistes sont secondées par 5 sous-directrices dont 4 sans titre de capacité. On trouve également 1 sous-directrice d'école maternelle libre congréganiste, sans titre de capacité.
Les écoles maternelles ont reçu, pendant l'année 1883-1884, 3357 élèves (1912 en 1«82-I833), répartis comme suit :
:oIes maternelles j laïques 2130 j «.„q
publiques ) congréganistes 1039 J *^
Écoles maternelles \ laïques
libres ) congréganistes
Les enfants de 6 ans et au-dessus, c'est-à-dire d'âge scolaire, figurent dans ce nombre pour 178.
Ecoles normales. — Le département des Pyrénées-Orientales possède deux écoles normales, une pour les instituteurs et une pour les institutrices.
L'école normale d'instituteurs, fondée à Perpignan en 1833, reçoit actuellement 34 élèves-maîtres. L'enseignement y est donné par 4 maîtres normaux et 5 maîtres supplémentaires.
L'école normale d'institutrices, créée par application de la loi du 10 août 1879, a été ouverte à Perpignan en 1880. Elle contient actuellement 30 élèves-maîtresses auxquelles l'enseignement est donné par 4 maîtresses normales et 3 maîtresses auxiliaires.
Ecoles primaires supérieures. — Il existe à Perpignan une école primaire supérieure publique de trois années, pour les garçons: 84 élèves y reçoivent l'enseignement de 7 maîtres réguliers ou supplémentaires.
L'enseignement primaire supérieur pour les filles n'est pas organisé dans le département.
Bibliothèques scolaires et bibliothèques pédagogiques. — Voici la situation au 1" janvier 1S85 :
Bibliothèques scolaires 172
Nombre de livres de lecture 12 223
Bibliothèques pédagogiques 16
Nombre de volumes 5 244
PYTHAGORISME — 2318 — PYTHAGORISME
En 1863, le département ne possédait que 3 bibliothèques scolaires contenant ensemble 327 volumes de toute nature.
Caisses des écoles. — 66 caisses des écoles fonctionnent en 1885 dans le département. Voici leur mouvement pendant l'année 1884 :
Recettes de l'exercice 1884 5 287 fr.
Dépenses 926
Somme en caisse à la clôture de
l'exercice 4 361 fr.
Avant l'application de la loi du 28 mars 1882, qui a rendu cette institution obligatoire, le département ne possédait aucune caisse de ce genre. , - -
Caisses d'épargne scolaires. — Elles existent I *<^^^', ^^"^ ^^ monde physique, obéit aux lois du
exercés aient été disposés à voir des nombres partout.
On raconte que Pythagore, se trouvant un jour dans une forge, remarqua que les marteaux, en retombant sur les enclumes, rendaient des sons différents, et que ces sons variaient selon la grosseur des marteaux. Quelle que soit la valeur de ce récit, dont l'authenticité a été contestée, il est du moins propre à montrer que des observations attentives et judicieuses avaient amené Pythagore à une conception du monde au premier abord fort étrange. Il avait observé aussi que les sons de la lyre sont proportionnels à la longueur des cordes, par suite, qu'une rigoureuse loi mathématique règle la production des sons. Généralisant cette idée, Pythagore conclut que
tion en 1880 et en 1885 :
Années
de caisses
de livrets
SOMMES
inscrites à ces livrets
10 870 fr.
10 917fr.
Société de secours mutuels, — La Société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 1861, est en voie de prospérité. Elle ne comptait en 1879 que 48 membres et un actif s'élevant à 21312 francs. Elle compte
nombre, ce qui est une vérité confirmée par la science moderne. Il alla plus loin encore, et affirma qu'au fond toute chose est un nombre, ce qui est une erreur, ou au moins une hypothèse fort improbable. Ses disciples abusèrent de cette formule déjà excessive, et aboutirent à de véritables extravagances, comme de dire que la justice est le nombre quatre, ou que le mariage est le nombre cinq. Pythagore n'est pas responsable de ces folies. Dégagée des applications illégitimes qu'on en a faites, son idée fondamentale était juste : c'était une vue de génie.
Tous les pythagoriciens ne tombèrent pas d'ailleurs dans ces excès, et leur bonne lor-
en 1885 252 membres, et son astii s'élève à 31 946 I tune voulut que quelques-uns, par une sorte francs. | de hasard sans doute ou de divination, et
Bulletin scolaire. — Le Bulletin scolaire du ' sans pouvoir justifier leurs assertions par de département des Pyrénées-Orientales, dont la fon- j solides raisons, fussent conduits à des concepdation remonte à 1867, paraît selon les besoins du i tions fort extraordinaires pour le temps où ils
service, en format petit in-S». Il est envoyé gratui tement à toutes les écoles publiques, dont il devient la propriété, et reçoit à cet efi'et une subvention du Conseil général.
PYTHAGOlllS.>iE. — Pythagore est de tous les philosophes de la haute antiquité (il naquit Vers 580 avant J.-C.) celui dont le nom est le plus connu, et, si on peut dire, est resté le plus populaire. Nous savons cependant fort peu de chose de ses doctrines : nous n'avons de lui aucun ouvrage, mais seulement quelques fragments d'un de ses disciples appelé Philolatis. Il nous est même impossible de distinguer l'enseignement du maître des théories des disciples. Nous ne pouvons parler que du pythagorisme sans prétendre savoir ce qu'a pensé Pythagore. De plus, la plupart des renseignements qui nous ont été conservés, épars dans un grand nombre d'ouvrages, ne méritent que peu de confiance. Pythagore est devenu de bonne heure un personnage légendaire : la fantaisie des poètes et des écrivains s'est donné libre carrière sur son compte. Rien n'est plus difficile que de démêler parmi tant de récits, fabuleux ou contradictoires, la part de vérité qu'ils contiennent.
Il y a deux choses à distinguer dans le pythagorisme : une philosophie, c'est-à-dire une explication de l'univers, et une doctrine morale.
La philosophie pythagoricienne se résume en cette formule : tout ce qui existe est un nombre ; l'essence et le principe des choses est le nombre. Pour comprendre le sens de cette formule, en apparence bizarre, il faut se souvenir que les pythagoriciens étaient très versés dans l'étude des mathématiques. C'est probablement pour ce motif qu'on a attribué à Pytliagore la table qui porte son nom. Pythagore paraît avoir adopté le système décimal. C'est lui aussi qui démontra le premier le théorème du carré de l'hypoténuse, et sa joie fut si grande après cette découverte, qu'il otfrit un sacrifice solennel à
Jupiter. On comprend que des mathématiciens si \ de leur esprit. » Même après ces épreuves, quel
vivaient. Ainsi ils déclarèrent qu'il devait y avoir des antipodes, c'est-à-dire une terre à l'opposite de la nôtre, et on dit que quand Christophe Colomb entreprit son voyage, ce fut sur la foi d'une tradition pythagoricienne. Ils avaient aussi deviné le mouvement de la terre ; lorsque Copernic découvrit le vrai système du monde et démontra que le soleil est immobile par rapport à la terre, il déclare erxpressément qu'il s'inspira de l'idée déjà exprimée par les pythagoriciens ; c'est une hypothèse pythagoricienne dont il fit une vérité.
Mais c'est moins à ses théories philosophiques qu'h sa doctrine morale que Pythagore doit sa célébrité. A vrai dire, entre sa philosophie et sa morale, il est difficile d'apercevoir aucun lien ; les meilleurs historiens estiment qu'elles sont tout à fait indépendantes l'un de l'autre. Comme l'a montré l'historien allemand Schweg er, il est probable que Pythagore, qui appartenait à la race dorienne, remarquable entre toutes les races grecques par ses mœurs austères et ses vertus rigides (les Spartiates étaient Doriens), avait réuni en corps de doctrine, et formule d'une manière plus précise les idées qu'il avait connues dès l'enfance, et qui étaient familières à tous ses compatriotes.
Pythagore avait fondé un Institut, une sorte d'ordre, un monastère, où lui et ses disciples, parmi lesquels se trouvaient, dit-on, quelques femmes, vivaient, soumis à des lois commune» d'une grande sévérité. « Le recrutement des membres de l'ordre, dit M. Chaignot, était fait avec un soin scrupuleux. Pythagore, dit-on, étudiait sévèrement la vocation des jeunes gens qui se présentaient à lui, avant de les admettre aux premières initiations de cette vie nouvelle ; il cherchait à lire sur leur visage, à deviner dans leur démarche, dans leurs attitudes, dans toutes les habitudes de leur personne les penchants de leur âme, le fond vrai de leur caractère, les aptitudes propres
QUINET
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quGs-uns seulement étaient initiés à la doctrine du Maître. On dit aussi qu'entre tous les membres de la confrérie, les biens étaient en commun, que tous devaient s'astreindre au silence, s'abstenir de viande et de fèves : mais ce«5 détails ne sont pas certains ; le dernier surtout paraît controuvé. Ce qui est incontestable, c'est que Pythagore s'était proposé un but moral et religieux. « Il avait voulu, dit l'historien Ed. Zeller, fonder une école de piété, de bonnes mœurs, de tempérance, de courage, d'ordre, d'obéissance à la loi, de fidélité dans l'amitié. D'une manière générale, il voulait faire fleurir dans son école toutes les vertus qui formaient l'honnête homme selon les idées grecques, et particulièrement selon les idées doriennes, vertus qui sont aussi recommandées de préférence dans les sentences plus ou moins authentiques attribuées à Pythagore. »
C'est à ce caractère moral et religieux que se rattachent les théories pythagoriciennes sur la transmigration des âmes, ou métempsycose. Les corps sont comme des prisons dans lesquelles la divinité a enfermé les âmes pour les punir. Séparée du corps, l'âme, quand elle a mérité une récompense par ses vertus antérieures, mène dans un monde supérieur une vie incorporelle. Si elle a été coupable, elle doit être châtiée dans le Tartare, ou bien même condamnée à faire de nouvelles pérégrinations à travers des corps d'hommes ou d'animaux.
L'association pythagoricienne avait un caractère politique très nettement marqué. La forme de gouvernement le plus en honneur parmi les Doriens était le gouvernement aristocratique. Les pythagoriciens mirent partout leur influence, qui paraît avoir été considérable, au service du parti aristocratique, et combattirent de toutes leurs forces la démocratie dans les villes de la Grande- Grèce : ils furent notamment les maîtres à Crotone, où Pythagore passa les dernières années de sa vie. Il est vrai qu'ils provoquèrent à la fin une réaction suivie de luttes sanglantes : c'est peutêtre dans une de ces luttes que Pythagore trouva la mort.
Dans une école qui avait à un si haut degré le souci des choses morales et le sens de l'organisation politique, il est impossible que les théories relatives à l'éducation n'aient pas tenu une grande place. Un témoignage précis nous déclare que Pythagore avait écrit un traité de l'Education ; mais d'un autre côté, on a d'assez fortes raisons
de croire que Pythagore n'avait rien écrit. En tout cas, un de ses continuateurs, Arch'^tas, avait publié un traité sur l'éducation morale.
En un sens, on peut dire que tout le pythagorisme, envisagé dans sa doctrine morale, était une pédagogie. On a vu plus haut quels soins prenait Pythagore pOur choisir ses disciples : les épreuves auxquelles il les soumettait, les initiations successives à la suite desquelles il les plaçait dans diverses catégories, peuvent être regardées comme des moyens d'éducation. Malheureusement, sur le détail de cette éducation, nous n'avons que très peu de renseignements. Nous savons seulement que les pythagoriciens attachaient une importance capitale à la gymnastique et à la musique : il fallait établir entre le corps et l'âme une harmonie aussi parfaite que possible. Ils prescrivaient avant tout aux jeunes gens la piété envers les dieux, et l'obéissance aux lois de la patrie, qu'il ne faut pas, disaient-ils, changer à la légère pour imiter celles des autres pays ; il n'y a pas de plus grand mal que le manque de lois : sans l'autorité, les hommes ne sauraient subsister. Les jeunes gens devaient être élevés pour l'Etat : le respect à l'égard des vieillards, la fidélité à leurs amis, la modération en toutes choses, telles étaient les principales vertus auxquelles on les exerçait. Il ne faut pas, disait Pythagore, chasser le plaisir de la vie, mais il en faut chasser les plaisirs vulgaires, et n'admettre que le plaisir qui vient à la suite de ce qui est juste et beau.
Tout porte à croire que Platon* qui, dans la République et les Lozs, a si bien compris l'importance de l'éducation et qui a développé avec tant de prédilection des théories sur ce sujet, s'était à maintes reprises inspiré de Pythagore. A la fin de sa vie, précisément à l'époque où il écrivait la République, Platon était de plus en plus disposé à se rapprocher de Pythagore et à s'approprier ses principales doctrines. Dans la République, notamment, au moment où il explique comment il faut instruire les jeunes gens, il fait une allusion directe aux pythagoriciens. Pour lui comme pour Pythagore, la gymnastique et la musique sont les principaux moyens d'éducation, de celle au moins qui doit être donnée à tous les citoyens. On peut considérer, sans crainte de se tromper, la pédagogie de Platon comme le développement de celle de Pythagore : c'est à travers Platon que nous apercevons le plus clairement les théories pythagoriciennes sur l'éducation. [Victor Brochard.
QUADRIVIUM. — La scolastique du moyen âge, qui comptait sept « arts libéraux », les divisait en deux groupes, appelés, le premier, le Tiiuium *, et le second le Quadrivium. Les quatre arts formant le quadrivium étaient l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, et la musique. — V. entre autres, à ce sujet, les articles Cassiodore, Pie II et Scolastique.
QUESTION, QUESTIOIMVAÏRE. — V. Interrogations.
QUINET. — Edgar Quinet, né à Bourg en Bresse yX\n) le 17 février 1803, est mort à Versailles le 27 mars 1875. Quoiqu'il ne puisse être rangé dans la catégorie des pédagogues, il n'a pas moins exercé indirectement une action considérable sur l'enseignement public. On peut dire de lui ce qu'on a dit de son ami et collaborateur Michelet, (lu'il a été un grand remueur d'idées ; il a appartenu au monde de l'enseignement en sa
qualité de professeur à la faculté de Lyon et au Collège de France; mais surtout il a été le précurseur, l'apôtre et le logicien de l'instruction laïque dans notre pays. C'est à ce titre qu'il mérite une place d'honneur en ce Dictionnaire.
Sa famille appartenait à la magistrature de Bresse et de Lyon. Son père était commissaire des guerres sous l'Empire. Sa mère, Française de naissance, avait été élevée dans le culte protestant à Céligny près de Genève, où elle avait pris un fond d'idées sérieuses, une culture littéraire et un caractère à la fois religieux et indépendant dont l'influence a été profonde sur Edgar Quinet.
Elle a contribué singulièrement à son éducation, et il est un exemple de plus, et non l'un des moins brillants, de la puissance des mères sur l'avenir intellectuel ei moral de leurs fils. Il a dû peu de chose à ses premiers maîtres, et presque tout à sa mère : c'est elle qui lui a donné
QUINET
QUINET
l'instruction primaire dans sa campagne de Gertines, où il vécut plusieurs années seul avec elle, au milieu de la nature mélancolique de la Bresse. L'ancien capitaine de dragons, le vieux prêtre marié qui lui ont servi de professeurs au collège de Charolles, les maîtres qu'il eut ensuite au collège de Bourg ont moins fait pour son développement que les entretiens de sa mère et les lectures qu'elle faisait avec lui de livres qui paraissaient au-dessus de son âge.
Au lycée de Lyon, il s'adonna tout ensemble à l'étude des mathématiques et à son goût pour l'histoire et la poésie. Il aurait voulu se consacrer aux lettres. Son père, qui avait l'amour des sciences, qui disait que la félicité éternelle des justes après leur mort ne peut consister que « dans la connaissance des secrets de l'univers », voulut qu'il entrât à l'Ecole polytechnique. Il y fut admissible, mais obtint la permission d'étudier le droit, qu'il ne tarda pas à abandonner pour se vouer tout entier à la littérature et à l'histoire. A vingt-deux ans il publie une traduction des Idées sur la philosophie de Vhistoire, de Herder, et la fait précéder d'une remarquable introduction qui lui valut l'attention de Gœthe, de Chateaubriand, de Victor Cousin, et l'amitié de Michelet. 11 se refuse, malgré les prières de sa famille, à toute carrière lucrative ; il endure, pour se livrer aux études de son choix, la solitude et la pauvreté; son amour un peu farouche de l'indépendance l'éloigné des fonctions publiques. Il voyage en Angleterre, en Grèce, en Allemagne, en Italie. Il achève de se former lui-même, il explore les différentes voies de l'esprit humain, il publie la Grèce moderne, Allemagne et Italie, des poèmes d'une inspiration à la fois héroïque et philosophique, Ahasvérus, Prométkée, Napoléon^ de nombreux articles littéraires, des brochures politiques.
En 1838, non pourvu encore des titres universitaires qu'il acquit du reste immédiatement, il fut nommé professeur de littératures étrangères à la faculté des lettres de Lyon par M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique. Cette fonction n'offrait d'abord qu'un mince intérêt. Il ne voyait rassemblés autour de sa chaire que quelques négociants ou quelques vieillards venant occuper leurs loisirs ; la démocratie lyonnaise était encore écrasée sous le poids des répressions qui avaient suivi les mouvements insurrectionnels ; la ville semblait morte. Edgar Quinet la réveilla. Il ne tarda pas à grouper autour de lui une jeunesse attentive, ardente, qu'enflammaient son éloquence, sa haute inspiration, sa passion pour les idées libérales.
Son succès fut si considérable que le ministre Villemain créa exprès pour lui au Collège de France la chaire des littératures méridionales comparées, en 1841. Le cours de Lyon, qui avait duré deux ans, fut l'occasion du livre le Génie des religions. Le cours du Collège de France donna, lui aussi, naissance à plusieurs ouvrages, sur 1,2s Révolutions d'Italie, les Jésuites, VUltramontanisme, le Christianisme et la Révolution française; mais il fit plus encore, il suscita toute une génération de jeunes hommes épris de liberté, enthousiastes, s'élançant vers les horizons de l'avenir avec courage et avec foi. Sans doute plus d'un se brisa ou s'arrêta en route; sans doute bien des germes semés d'une main prodigue par les trois amis Quinet, Michelet et Mickiewicz ont avorté; mais tout n'a pas été perdu, et nous recueillons aujourd'hui plus d'un fruit mûr de leur enseignement fécond.
La clairvoyance de Quinet, ses sentiments républicains, la hardiesse avec laquelle il ne cessait de dénoncer l'ennemi éternel, soit caché, soit visible, de la liberté, lai valurent de vives attaques tant des hommes du juste milieu, offusqués par trop de lumière, que du clergé qui se
rendait bien compte du danger d'une telle campagne. Son cours fut suspendu, sa chaire fermée.
Il se rejeta sur la politique, fut candidat à la députation dans les Ardennes et dans l'Ain, se mêla activement à l'agitation libérale qui aboutit aux banquets et à la Révolution de 1848. Le 24 février, il paya de sa personne, n'étant pas do ceux qui s'enferment dédaigneusement dans la théorie; il marcha avec les faubourgs et entra le fusil à la main, l'un des premiers, dans les Tuileries. La République lui rendit sa chaire du Collège de France; il ne l'occupa pas longtemps, en confia la suppléance au gendre de Michelet et se donna tout entier aux affaires publiques. Il prit au sérieux son titre de colonel de la garde nationale, y voyant une arme contre les complots de la réaction, et son mandat de représentant du peuple. Siégeant parmi les membres de l'extrême gauche, il ne cessa de signaler à ses amis et au pays, aveugles et sourds, les dangers de l'alliance des républicains avec le catholicisme et l'audace croissante de la conspiration bonapartiste qui tramait à l'Elysée la perte de la République. Ses discours, ses amendements, ses brochures ne furent pas écoutés. C'est en vain qu'il protesta contre l'expédition de Rome, qu'il publia ses éloquents avertissements, VEtat de siège, la Révision, VEnseignement du peuple. La réaction montait toujours, et le crime du Deux-Décembre rejeta bientôt la France dans les ténèbres du despotisme.
Edgar Quinet prit le chemin de l'exil et ne rentra en France que vingt ans après pour partager les douleurs et les périls du siège de Paris. Pendant cette longue et cruelle période, il publia ses plus importants ouvrages qui n'avaient d'autre but que de réveiller les consciences, que d'exciter dans les âmes le sentiment de la dignité personnelle et de la fierté nationale, que de travailler à l'éducation et au relèvement de la France écrasée sous le double joug du cléricalisme et de l'Empire.
C'est de cette période que datent entre autres Marnix de Sainte-Al'Iegonde, la Philosophie de l'histoire de France, V Histoire de la campagne de 181 5, les Esclaves, Merlin V enchanteur, la Création, V Histoire de mes idées, plusieurs brochures sur les événements contemporains, son livre courageux sur la Révolution. Il prend corps à corps les erreurs historiques, les fausses théories, les préjugés courants, il abat les idoles, il montre les torts, les pièges, déblaie le terrain, trace la route de l'avenir.
Elu membre de l'Assemblée nationale en 1871, il s'y est montré fidèle à tout son passé, républicain clairvoyant, résolu et sans tache. Après avoir publié en 1872 la République, conditions de la regénération de la France, il a laissé pour testament politique son dernier ouvrage, l'Esprit nouveau, où il esquissait d'une main ferme encore les règles d'une démocratie affranchie et les voies qu'elle doit suivre dans l'éducation publique, la philosophie, l'art, la littérature, etc.
On ne saurait mieux résumer son œuvre et les sentiments qui l'inspiraient qu'en lui empruntant ses propres paroles : « Depuis mes premières années jusqu'à aujourd'hui, écrivait-il vers la fin de son exil, j'ai toujours soutenu les mêmes idées. J'ai adoré la France, j'ai rêvé pour elle la gloire de devenir l'idéal des peuples modernes. Tant que la parole m'est restée, j'ai défendu la cause des peuples, des faibles, des nationalités qui de* mandaient à renaître. Quand il sera question de patrie, quelques hommes de bonne volonté se souviendront de moi. J'ai eu dans ma vie une grande ambition et l'ai surtout montrée dans mon enseignement. J'ai tenté de sauver la conscience humaine au milieu des embûches qui lui étaient tendues. Je n'ai rien épargné pour cela. . . »
Toute son œuvre est en effet une œuvre d'édu-
QUINET
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cation morale. Il a voulu refaire la France par le fond. L'éducation tient tout entière à ses yeux dans cette formule : former des caractères. Il veut des esprits clairvoyants, mais surtout des âmes fortes; il croit que les lumières ne tardent pas à s'obscurcir quand l'ombre monte de la conscience; ce n'est pas le savoir seul qui affranchit les peuples, c'est la volonté, c'est la persévérance. Avant donc do développer les facultés intellectuelles, il veut que l'on s'adresse à la personne morale, à l'être responsable. Voilà celui qu'il faut dégager de la nuit et du chaos. Cette éducation doit commencer dès le berceau. C'est au raisonnement que Rousseau avait recours; il livrait son élève aux mains habiles d'un précepteur ratiocinant, qui mène son pupille par les lisières de la logique et de la nécessité ; c'est aux soins d'une mère que Quinet remet l'enfant, c'est à la tendresse maternelle, c'est à l'amour filial qu'il attribue la meilleure part. La mère saura discerner les tendances de son enfant, les corriger et les diriger. Le caractère, ce fond naturel que l'individu a reçu de ses ancêtres, peut et doit se modifier sous l'action éducatrice. Chaque caractère humain a ses variétés ; on ne peut les traiter toutes de la même manière, suivre uniformément une seule et universelle méthode d'éducation. C'est affaire de tact, de sentiment, de tendresse éclairée et vigilante. Cette vue ouvre un jour intéressant sur les principales questions de la pédagogie. Quinet examine quel système convient à chaque caractère en particulier. L'espèce des violents renferme l'impétueux, T'énergique, le résolu, l'héroïque. L'espèce des patients renferme le réfléchi, l'habile, le calculateur, etc. Chacun a reçu, avec le naturel qui lui est propre, une certaine aptitude aux variétés dont son caractère se compose. Attachez-vous à la meilleure, cherchez à en faire le trait dominant. La règle véritable de l'éducation, c'est de tirer d'un caractère la variété la meilleure qu'il comporte, de l'y maintenir, d'imprimer à l'homme un type fort et permanent. C'est là ce qui distingue la bonne éducaiion de la mauvaise ; la première développe, fortifie et bronze la volonté ; la seconde, la mauvaise éducation, anéantit la volonté, brise les caractères, fait les irrésolus, les lâches, les esclaves. Chez ces êtres affaiblis, énervés, la volonté n'est plus que velléité, vague désir ; l'intelligence ne paraît pas atteinte ; elle peut subsister, mais elle ne sert pas aux nobles fins de l'homme ; elle ne conclut qu'à l'inertie et au néant sous couleur de sagesse et de modération. La bonne éducation rend l'homme indépendant, maître de lui-môme, fixe dans ses projets et ses vues, lui révèle les richesses intérieures qu'il portait en lui sans le savoir; la mauvaise éducation le rend flottant, indécis, l'abandonne aux mensonges, aux caprices, à la mode, à l'intérêt passager. On voit à quelle profondeur Quinet place les fondements de la pédagogie. Il va droit au but : l'éducation de la conscience. Cette éducation, il ne la livre pas au hasard, il ne la croit pas superflue ; la conscience peut s'altérer et se flétrir; elle est plus fragile qu'on ne croit; elle périt. C'est une plante cultivée. Si la culture manque, l'homme rétrograde, tombe audessous de lui-même, dans le désordre, dans le mal. La moralité n'est pas un don ; elle s'acquiert pari effort; elle s'affermit parla volonté. Quinet donnait volontiers ce précepte : De deux actes, fais plutôt celui qu'il te coûte de faire.
Il y a une moralité de la conduite ; il y en a une aussi de l'intelligence. C'est un devoir de cultiver en soi et dans les autres la droiture de l'esprit, d'inspirer l'horreur des sophismes. C'est par là que la tâche de l'instruction se confond avec celle de l'éducation : la vérité et l'amour de la vérité appartiennent à la fois au domaine intel-
lectuel et au domaine moral. Il n'est pas indifférent quelle histoire et quelle nhilosophie de l'histoire on cnsfiigne aux peuples. .
Quinet n'admettait pas quo les faits accomplis fussent irréprochables; il n'était pas de ceux qui passent l'éponge sur le passé et qui justifient les hommes par le succès ou les moyens par la fin; il discutait la moralité des événements; il avait des accents indignés contre les crimes de l'histoire, contre la Saint-Barthélémy, contre la révocation de l'édit de Nantes; il jugeait la Révolution ellemême de très haut ; l'admiration et la reconnaissance ne lui fermaient pas les yeux et il tirait des échecs et des fautes des pères un enseignement et une leçon pour les enfants.
Pour que ces pensées puissent pénétrer dans les esprits, pour que le peuple reçoive l'enseignement qui lui convient, il faut avant tout rompre le lien entre l'Église et l'école. Au temps où Quinet écrivait sur ce sujet son beau livre de VEnseignement du peuple, la réaction venait de mettre définitivement la main sur l'école; la loi de 1850, si longtemps rêvée par le parti clérical, menaçait d'empoisonner à sa source l'instruction populaire et allait fournir à l'Empire naissant son plus puissant instrument d'oppression. Quinet ne s'arrête pas aux détails de cette loi. Il en fait saisir l'esprit. Il montre l'incohérence et la folie du système qui subordonne l'instituteur au prêtre et la société laïque à la société religieuse au point de vue de l'enseignement, dans un pays où la séparation a été I faite entre les deux pouvoirs dans le domaine des lois civiles. Il retrace, en terme émouvants, la si- I tuation cruelle de l'instituteur, ce représentant populaire de la science moderne, en face des exigences de l'Église. « Entre une constitution politique qui ne lui parle que de la suprématie de la raison, et une religion qui ne lui parle que de la nécessité d'asservir la raison, à quoi se résoudrat-il? S'il se confine dans la dignité de la pensée, c'est fol orgueil. S'il s'en remet de tout au prêtre, il se démet. S'il enseigne la concorde, il est impie ; s'il professe la discorde entre les enfants de diverses opinions, il est séditieux. Rrisé ou par la constitution ou par la religion catholique, de quel côté se tournera-t-il? Ou blasphème ou révolte, voilà entre quels termes il faut qu'il fasse son choix. » Il n'y a qu'une solution à ce problème : c'est la séparation complète entre l'école et les églises. « Nulle église particulière n'étant l'âme de la France, l'enseignement qui doit répandre l'âme de cette société doit être indépendant de toute église particulière. » Non seulement Quinet veut l'école laïque, c'est-à-dire l'instituteur dégagé de la surveillance du prêtre et du soin d'enseigner le catéchisme au nom de l'Église ; non seulement il veut l'école neutre et indifférente entre les dogmes, mais il entend encore qu'elle ne se désintéresse pas au point de vue moral.
L'école laïque a quelque chose à enseigner, le principe sur lequel repose la société laïque, la morale sociale, foyer de la vie nouvelle, la fraternité qui rapproche et unit les enfants d'une môme patrie que les églises séparent. « Voulez-vous affranchir l'enseignement laïque? Osez affirmer ce que trois siècles ont affirmé avant vous, qu'il se suffit à lui-même, qu'il est lui-même croyance et science. Nulle mesure fiscale, matérielle, administrative ne peut le dispenser de cet acte de foi. » Qui peut donner cet enseignement ? C'est l'Etat. En face de la toute-puissante association de l'Eglise, ce serait dérision de laisser l'individu isolé, de lui dire : Use de ta liberté, enseigne à tes risques et périls. Ce serait établir deux plateaux de la balance : ici un individu sans lien, sans appui ; là une hiérarchie qui est un monde. Donc, séparation de l'enseignement laïque et de l'enseignement des églises particulières; l'instituteur dans
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son école, soutenue par l'Etat, le prêtre dans son temple. En môme temps qu'il proclamait l'enseignement laïque dans un temps où la chose était oncore si étrangère aux esprits, il demandait la gratuité de l'enseignement, afin, disait-il, qu'il pût être obligatoire à un certain degré, «t Le père ne doit pas seulement le pain du corps à son enfant; il lui doit aussi le pain de l'intelligence et de l'âme. »
On voit avec quelle sûreté Quinet traçait, au moment le plus sombre et le plus désespéré, les lignes du programme dont nous commençons à voir la réalisation : obligation, gratuité, laïcité. Nous ne pouvons mieux faire connaître le fond de ia pensée de Quinet sur la pédagogie démocratique, qu'en reproduisant, pour finir, le haut idéal auquel il convie les instituteurs du peuple : « Songez qu'il ne s'agit plus seulement de faire un homme qui prenne sa place dans une société assise : il s'agit de préparer celui qui doit guérir une société, assez malade pour se frapper ellemême. Ce n'est pas un écolier que vous avez à dresser; c'est bien en réalité un créateur... Proportionnez donc l'esprit de cette éducation aux résultats que vous devez en attendre. Il vient, il ■entre dans le monde, le messager de l'avenir. Comment l'accueillerez-vous? Quelle éducation donnerez-vous à cet Emmanuel qui doit redresser un monde croulant? Je voudrais que l'or de la sagesse de tous les peuples fût mis à ses pieds ; que tout ce qui a été accepté, applaudi par la conscience de toute l'humanité, lui fût présenté à son arrivée dans le monde, comme son héritage moral. Quelle grande pensée (simple comme tout ce qui est grand) serait trop haute pour ce sauveur sorti des îlots de l'ancien monde I car c'est bien un sauveur, un médiateur qu'il vous faut élever dans chaque homme, ou le monde périt. Il vient pour s'élever au-dessus de toutes les sectes ; n'enfermez pas son cœur trop tôt dans une secte. Il faut qu'il puisse porter sans fléchir une humanité nouvelle... Persuadez-vous bien que vous élevez un souverain dans le monde politique et moral. Vienne le Fénelon qui écrira le nouveau TéLémaque pour l'héritier non pas seulement d'un royaume, mais d'un monde 1 Quelle source d'inspiration ne rencontrera-t-il pas dans cette idée I »
Cette page vaut à elle seule bien des volumes de pédagogie et bien des programmes de classe! Celui qui l'a écrite est bien réellement un de nos pères et de nos maîtres. [Jules Steeg.]
QUINTILIEN. — Marcus Fabius Quintilianus, de Galagurris, aujourd'hui Calahorra^ ville de la Tarraconaise dans l'Espagne citérieure, naquit sous le règne de Claude vers l'an 42 après J.-C. Avocat fameux, rhéteur applaudi, c'est comme professeur surtout qu'il est resté célèbre. Appelé par Vespasien à occuper la première chaire publique d'éloquence créée à Rome aux frais de l'Etat, il devint le chef d'une école qui compta Pline le Jeune parmi ses disciples. Quand il prit sa retraite après vingt ans d'enseignement consacré à la défense du bon goût, Domitien lui confia l'éducation des petits-fils de sa sœur Domitilla. Quintilien venait alors, sur les instances de son libraire Tryphon, de rédiger les trois premiers livres de son Traité de L'mstitution oratoire. Cet ouvrage, qui comprend douze livres et qui résume tous les préceptes de la rhétorique des anciens, fut achevé en deux années. Dès sa pu'jlication, il devint le code des maîtres et des élèves, et lorsque au moyen âge, en 1419, le Pogge eut retrouvé dans l'abbaye de Saint-Gall un manuscrit de ce chef-d'œuvre depuis longtemps perdu, l'enthousiasme des savants du xv* siècle dépassa encore l'admiration des contemporains de Quintilien.
L'Institution oratoire n'est pas seulement le cours de rhétorique le plus complet que nous ait
laissé l'antiquité ; c'est en même temps un traité d'éducation, un véritable manuel de pédagogie.
Quintilien, qui veut former un avocat, commence par former un homme. L'orateur tel qu'il le définit étant « l'homme de bien habile dans l'art de la parole w {vir bonus, dicendi peritus), il cherche à développer, à diriger à la fois ses sentiments et ses pensées; il ne renferme passes leçons dans le cercle étroit d'un enseignement technique destiné spécialement au barreau : mais il passe en revue les diverses branches de connaissances dont se compose une éducation libérale, et, prenant son élève au berceau, il l'accompagne chez le grammairien, chez le rhéteur, chez le maître de philosophie ; il le suit devant le tribunal et ne le quitte qu'à l'heure de la retraite, après l'avoir soutenu jusqu'au bout des conseils de son expérience et avoir fait de lui un citoyen versé dans la connaissance des choses divines et humaines {cujus vita cum scientia divinarum rerum sit humanarumque conjuncta).
Quintilien, comme J.-J. Rousseau, croit et que notre éducation commence avec nous et que notre premier précepteur est notre nourrice ». Il veut donc que la vigilance des parents se montre dès le début par le choix même de la nourrice : qu'ils s'inquiètent de ses mœurs d'abord, de son langage ensuite. « C'est elle que l'enfant entendra avant tout autre, et les premières impressions sont les plus profondes {natura tenadssimi sumus eorum, quse rudibus annis percepimus). Ce qui est vrai des nourrices l'est à plus forte raison des domestiques qui entourent l'enfant, du précepteur qui l'accompagne. Léonidès, gouverneur d'Alexandre, avait fait contracter à ce prince en bas âge des défauts qu'il porta jusque sur le trône.
A quel âge doivent commencer les études ? A sept ans, disent quelques philosophes. — Dès que l'esprit s'éveille, répond Quintilien. « Pourquoi dédaigner, si petit qu'il soit, le gain qu'on peut faire jusqu'à sept ans?» Non pas qu'il faille exiger alors de l'enfant de l'application et des efi'orts. Non. N'entravez pas par une discipline prématurée l'essor de ses facultés naissantes; mais que l'étude soit un jeu pour lui; qu'il apprenne à lire en riant; que la leçon d'écriture soit une distraction ; que cette jeune nature s'épanouisse librement, mais non sans profit, au sein d'une famille indulgente.
Quand l'enfant, à sept ans, peut recevoir les leçons d'un maître, une question se présente : Faut-il préférer l'éducation privée ou l'éducation publique? — Les partisans de l'éducation privée croient les mœurs de l'écolier mieux préservées à l'abri du foyer paternel : ils croient ses progrès plus assurés s'il a les soins d'un maître pour lui seul {magis vacabit unus uni). Quiutilien examine la valeur de ces motifs. Si les mœurs se corrompent dans les écoles, ne se corrumpeiitelles pas aussi dans l'intérieur des familles? Les pères ne sont-ils pas souvent les premiers artisans de la dépravation de leurs enfants ? Par quelle tendresse maladroite n'énervent-ils pas ces caractères encore faibles? Quels exemples ne mettent-ils pas sous leurs yeux? Quelle compagnie ne leur donnent-ils pas ? « Les malheureux! ils se trouvent vicieux avant de savoir ce que c'est que le vice! Gâtes dès l'enfance, ils ne prennent pas ces mœurs dans nos écoles, ils les y apportent. » Mgr Dupanloup ne dit pas autre chose dans son remarquable ouvrage sur {"Education.
Quant à la surveillance assidue d'un maître, peut-elle jamais compenser les avantages de l'émulation ? L'élève dans une école profite non seulement de ses efi'orts, mais des efi'orts de ses camarades. Les meilleures leçons qu'il reçoit lui viennent de ses condisciples. Là les plus forts guident et entraînent los plus faibles ; là s'exerce
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une surveillance réciproque de tous sur chacun et de chacun sur tous ; sans parler de ces amitiés qui se nouent au collège et de cet apprentissage de la vie qui vaut mieux que tous les préceptes et qu'on ne fait pas dans la famille. Quintilien, plus hardi que Rollin, se déclare ouvertement pour l'éducation publique.
Dès que l'enfant sait lire et écrire, il faut le conduire chez le maître de grammaire. Le cliapitre (|ui traite de la grammaire est un des plus intéressants et des plus neufs de ï Institution oratoire. L'auteur y semble pressentir l'importance que les éiudes grammaticales ont prise de notre temps. « Ne dédaignons pas, dit-il, comme trop petits les éléments de la grammaire. Non qu'il soit bien difficile de distinguer les consonnes des voyelles ou de diviser celles-ci en demi-voyelles, et en muettes : mais parce que plus on pénètre dans le mystère de cette science, plus on y découvre de finesses, qui ne sont pas moins propres à aiguiser l'esprit des enfants qu^à exercer l'érudiiion et la science la plus profonde . » Il ne veut pas cependant qu'on donne aux enfants une grammaire trop savante et, comme dit Fénélon, trop curieuse. Il blâme cette prétention des maîtres qui, pour faire briller leurs élèves par des connaissances fastueuses, négligent le nécessaire, les principes. La grammaire est l'art de parler et d'écrire correctemeut {emendate ioquendi scribendique scientia) ; elle doit nous enseigner d'abord à éviter le barbarisme et le solécisme {primo barburismi ac solœcismi fœditas absil) ; elle doit nous donner avant tout des préceptes simples et des exemples. « C'est peu de chose en apparence, mais ce sont des enfants qu'il s'agit d instruire, » et il ne faut pas les effrayer par des distinctions trop subtiles, des termes généraux, des règles abstraites ou trop minutieuses. Il écrit cependant à l'adresse des plus instruit? quelques pages originales et savantes qui montrent l'intérêt de ces études dédaignées des esprits frivoles. Il définit V usage dans les langues, indique les services û&V étijmologie, Ql fait sur les accents {tenores) des remarques pleines d'une sagacité pénétrante et qu'ont appréciées les philologues de nos jours. Il se rencontre avec Vuugelas pour dire que l'usage qui, suivant Horace, est le souverain arbitre des langues, n'est pas l'usage du plus grand nombre (par quel heureux hasard, en effet, ce qui est bien plairait-il à la majorité ? Uuae enim tantum boni ut plurifjus quœ recta swit placeant ?), c'est l'usage adopté par la saine partie des gens éclairés {consensus eruditorum). « Il est composé, dit Vaugelas, non pas de la pluralité, mais de l'élite des voix. »
L'enseignement grammatical, selon Quintilien, se divise en deux parties : V la partie méikodiqucy qui enseigne la langue par la grammaire ; 20 la partie historique^ qui enseigne la grammaire par la langue, c'est-à-dire par la lecture et l'explication des poètes [poetarum enarratio).
De ces deux parties, la seconde est la plus féconde, la plus propre à exciter l'esprit et à le faire réfléchir : et c'est celle que recommande aujourd'hui M. Bréal, après Herder et Quintilien.
En quittant le grammairien, l'écolier passe chez le rhéteur. Ici commence l'étude la plus difficile et la plus sérieuse, celle qui doit former l'homme et l'avocat : l'étude de la composition et du style. € Si le style exige du travail, il rend du moins de grands services (m^ laboris, sic utilitatis etiam longe pLurimum offert s ty lus). C'est, comme le dit Cicéron, le meilleur maître d'éloquence. » Aussi, sur les douze livres de Xlnstitution oratoire, Quintilien en consacre-t-il dix (du 3* au 12^) à l'exposition des préceptes de la rhétorique. Après une revue rapide des auteurs qui ont avant lui traité de cet wt, il étudie successivement les dif
férentes parties du discours, l'exorde, la narration, la confirmation, la péroraison. lUen de plus varié et de plus complet que le livre qu'il consacre à rélocution. Mais, en guide intelligent, il ne prétend pas enchaîner son élève par les règles qu'il lui explique et ne croit pas, en les lui donnant, livrer tous les secrets de l'art. Il respecte l'initiative du jeune homme et veut plutôt provoquer son élan que le réprimer. « Quoi d^î plus misérable que de s'assujettir aux règles, dit-il, comme un enfant qui copie, sous les yeux de son maître, un modèle d'écriture, ou comme ces gens qui, suivant le proverbe grec, fcardent religieusement le vêtement que leur mère leur a donné ! (quid illa miserius lege velut }ixr formatas injantibus litteras perseqiientium...?) » Il faut que l'élève ose et s'abandonne, en écrivant, à son imagination et à son cœur. Il s'égarera plus d'une fois sans doute et dépassera les bornes prescrites : mais le professeur est là pour redresser ses écarts et pour corriger ses fautes.
C'est un art difficile, il est vrai, que celui de corriger un débutant sans lui déplaire et de lui montrer ses fautes sans humilier son amour-propre et sans refroidir son zèle. Quintilien indique donc avec une expérience consommée quel mélange de fermeté et d'indulgence réclame cette tâche délicate de la correction et de la critique. « La correction, dit-il, doit être proporiionnée aux forces de chacun. J'avais coutume de dire aux enfants, lorsque leurs compositions péchaient par trop de hardiesse ou d'exubérance : « Pour au- » jourd'hui c'est bien: mais un jour viendra où je » ne permettrai plus ces libertés. » C'est qu'il ne faut pas courber trop tôt sous le joug d'une sévérité excessive ces intelligences promptes à s'abattre, a Le maître imitera le médecin qui adoucit par la légèreté de sa main ce que les opérations ont naturellement de douloureux : il louera tel endroit, il laissera passer tel autre, il fera des changements en expliquant pourquoi; il embellira en mettant du sien {ilLuniinai^e interponendo aliquid sui)... Il imitera aussi les cultivateurs qui se gardent bien de porter la faux sur de jeunes branches, parce qu'elles semblent redouter le fer et ne pouvoir encore souffrir de blessures. » Quintilien n'a pas de comparaisons trop aimables pour peindre la susceptibilité de ces jeunes natures, la grâce timide de ces esprits qui commencent à s'ouvrir et que le maître doit ménager. Il redoute pour eux un maître trop sec et trop dur, un maître aride (mogister aj'idus). Il faui que la bienveillance de la critique en émousse discrètement la pointe; il faut que l'éloge décide et hâte le progrès.
Mais un soin qui ne le préoccupe pas moins que celui de la correction et du style, c'est le choix des lectures que doit faire le jeune homme. La lecture est la source la plus féconde de nos idées, et il importe de savoir ce qu'il faut lire et comment il faut lire, u Je veux que pendant longtemps, dit Quintilien, on ne lise que les meilleurs auteurs, ceux qu'on peut aimer avec pleine confiance ; mais qu'on les lise avec soin et qu'on en transcrive des extraits (Z)m non ni5f optimus qitis^ que et qui credentem sibi minime fallut lequiMS est). » Il ne suffit pas toutefois d'étudier attentivement les diverses parties d'un ouvrage et d'en distinguer les détails : il faut considérer l'ensemble, et, après avoir lu le livre, le reprendre dans son entier pour en mieux saisir l'art et les proportions {perlectus liber utique ex integro resumendus). C'est un tort de ne montrer aux écoliers que des extraits, des fragments, des morceaux d'auteurs. Chaque partie ne vaut que par son rapport avec le tout : et Bossuet ne se contentait pas de faire lire au dauphin un chapitre de César ou un chant de l'Enéide; mais il s'efforçait de lui