RECTEUR
REDACTION
demie. A Pnris, il a le litre de vice-recteur, le ministre do l'instruction publique pouvant, aux termes de l'article 29 du décret du 22 août 1854, exercer les fonctions de recteur de cette académie.
Le titre de vice-recteur est également porté par l'inspecteur d'académie délégué en Corse (Même décret, art. 25).
Le tableau des circonscriptions académiques actuelles, au nombre de dix-sept, a été présenté à Tarticlo Académies.
Pour être nommé recteur, il faut être pourvu du grade de docteur. (Décret du 22 août iS.'/f, art. 16.)
L'article 17 du décret précité résume ainsi les attributions des recteurs :
1° La direction et la surveillance des établissements d'enseignement supérieur; — 2° la direction et la surveillance des établissements publics d'enseignement secondaire; — 3° la surveillance de l'enseignement secondaire libre; — 4<» le maintien des méthodes de l'enseignement primaire.
La loi du 14 juin 1854 (art. 8) a transporté aux préfets les attributions qui avaient été déférées aux recteurs par la loi du 15 mars 1850 et par le décret organique du 9 mars 1852 en ce qui concerne l'instruction primaire publique ou libre. Les préfets ont donc aujourd'hui la nomination et la discipline du personnel enseignant; les recteurs ont conservé la surveillance et la direction des études.
Les écoles normales primaires relèvent du recteur. (Décret du 29 juillet 1881, art. 1er.)
La répartition du service entre les différents maîtres de ces écoles est arrêtée, chaque année, par lui, sur la proposition du directeur. {Id., art. 11.)
Il n(>mme la commission chargée d'examiner les candidats admis à subir les examens d'entrée à l'école normale (M., art. 21), et prononce l'admission définitive des élèves-maîtres d'après l'ordre de mérite. {Id., art. 22.)
Il lui appartient également de nommer les six membres de la commission de surveillance instituée auprès de chaque école normale. Quand il assiste aux séances, il prend la présidence et a voix prépondérante. (/<i., art. 27.)
Les dates de la sortie des élèves-maîtres, à l'époque des grandes vacances, sont fixées par le recteur, (/rf., art. 34.)
La réprimande devant les élèves réunis, infligée par le recteur, est une des punitions que les élèves-maîtres peuvent encourir.
Le recteur a le droit de prononcer, pour quinze jours au plus, l'exclusion temporaire d'un élèvemaître, sur le rapport du directeur. L'exclusion définitive est prononcée, sur sa proposition, par le ministre. (Id., art. 30.)
Le projet de budget de chaque école normale, arrêté par la commission de surveillance, est adressé en trois expéditions au recteur qui en envoie deux au préfet, avant le 15 juillet, en y joignant ses observations et son avis. La troisième expédition est adressée par le recteur au ministre, avec ses propositions personnelles et ses observations s'il y a lieu. (Décret du 29 juillet 1882, art. 15.)
Dans ses tournées, le recteur vérifie les divers registres tenus par les économes des écoles normales et y consigne le résultat de cette vérification. {Id., art. 33.)
Par délégation du ministre, le recteur nomme les concierges et agents subalternes des écoles normales. (Arrêté du 6 mai 1864.)
Le nombre des élèves à admettre aux cours normaux annexés aux écoles normales d'institutrices pour la préparation de directrices d'écoles maternelles est fixé, chaque année, par le ministre, sur la proposition du recteur. (Décret du 27 juillet 1SS2, art. 2.)
Le plan d'études de ces cours normaux, le mode et les conditions de la participniion de leurs élèves aux leçons et exercices de l'école nonnale sont arrêtés par le recteur, après avis de la commission de surveillance. [Id.^ art. 8.)
Les comités de patronage des écoles primaires supérieures sont nommés par le ministre, sur la proposition du recteur. (Arrêté du 2 ianvif^r 188> art. 1er.)
Le recteur est membre de droit de tous les comités institués dans son ressort. 11 a voix dZ-libérative et, quand il assiste aux séances, il les préside. {Id., art. 2.)
La commission d'examen des candidats aux bourses de l'enseignement primaire supérieur est nommée, dans chaque département, par le recteur. (Arrêté du 3 janvier 1882, art. 3.)
Des commissions cantonales sont nommées par les recteurs, sur la proposition des inspecteurs d'académie, pour juger l'aptitude des aspirants et des aspirantes au certificat d'études primaires élémentaires. (Arrêté du 16 juin 1880, art. 1er.)
Les commissions d'examen pour le certificat d'études primaires supérieures sont nommées par le recteur, qui délivre, s'il y a lieu, ledit certificat. (Arrêté du 23 décembre 1882.)
Les brevets de capacité sont délivrés par le recteur. (Décret du 29 juillet 1850, art. 52.)
Les commissions locales chargées de conférer le certificat d'aptitude à l'enseignement de la couture et de la confection dans les écoles communales sont nommées par le recteur. (Arrêté du 16 fWrier 1882, art. 10.)
A Paris, les certificats d'aptitude à la direction des écoles maternelles sont délivrés par le vicerecteur. (Décret du 2 août 1881, art. 41.)
Il n'est statué sur les demandes en autorisation d'enseigner en France formées par des étrangers que sur le rapport motivé du recteur. (Circulaire du 14 mai 1851.)
Les recteurs sont appelés à donner leur avis sur les propositions des préfets relatives aux médailles et mentions honorables à décerner au personnel de l'enseignement primaire. (Arrêté du 20 juillet 1881, art. ler.)
Les titres honorifiques attribués aux membres de l'enseignement primaire public ou libre sont conférés sur la proposition des préfets ou sur celle des recteurs. (Décret du 27 décembre 1866, art. 3.)
C'est devant le recteur qu'est contracté, avant le tirage au sort, l'engagement décennal en vue de la dispense du service militaire. C'est à lui qu'il appartient de délivrer le certificat de réalisation dudit engagement. (Lois du 15 mars 1850, art. 79; du 10 avril 1867^ art. 18; du 27 juillet 1872, art. 20.)
Le vice-recteur de l'académie de Paris est viceprésident du Conseil départemental de l'instruction publique. (Loi du 14 juin 1854, art. 6.)
[Ernest Cadet.]
Le titre de recteur se donnait au moyen âge et se donne encore de nos jours à celui des professeurs d'une université qui est chargé de la direction de l'établissement. Il s'emploie aussi en Prusse dans l'enseignement primaire : on l'accorde au directeur d'une Mittelschute (école moyenne, école primaire supérieure), à la condition qu'il ait subi avec succès l'examen pro rectwatu.
RÉDACTION. — Rédiger, d'une manière générale, c'est mettre par écrit, dans un certain ordre et avec suite, ce qui a été dit dans une discussion. On rédige le procès-verbal d'une séance. Certaines administrations ont des employés spécialement chargés de la correspondtnce avec le personnel (instructions, circulaires, réponses, etc.): ce sont des employés rédacteurs. Les journaux, les revues ont aussi leurs rédacteurs. Dans tous
RÉDACTION
lîÉDACTIOxN
ces cas, ce qui parait caractériser particulièrement la rédaction, c'est qu'elle est un travail d'arrangement, de coordination et d'exposition, plutôt qu'un travail d'invention. Rédiger, dans le sens scolaire, c'est également ramener, réduire une leçon orale à ce qu'elle a d'essentiel; c'est aussi mettre par écrit, avec ordre et avec suite, les principales idées qu'elle renferme. Le professeur, en chaire, expose Tobjet de sa leçon et le développe; ses élèves l'écoutent, prennent des notes et résument dans un devoir écrit ce qui leur a été dit : ils font une rédaction. Ainsi en est-il dans le haut enseignement, dans les classes supérieures des lycées, et quelquefois aussi dans les écoles normales primaires. Le travail personnel des élèves y consiste surtout à rédiger les leçons qu'ils ont entendues, et leurs rédactions réunies forment un cours suivi, le cours de leur professeur : c'est leur livre à eux. S'ils lisent ensuite ou s'ils consultent les divers ouvrages où la même matière est traitée, c'est pour compléter ou pour approfondir ce qui leur en a été dit; les idées nouvelles que leur fournit ce travail supplémentaire viennent, à mesure qu'ils les acquièrent, se ranger à leur place dans le cadre tracé par la leçon du maître.
Les avantages de ce mode d'enseignement sont considérables. Ce sont, du côté du maître, la nécessité d'analyser sa pensée, de l'éclaircir, de lui donner la forme la plus saisissable pour l'intelligence de ceux qui l'écoutent, et aussi de marcher droit au but par les voies les plus courtes et les plus directes ; du côté des élèves, l'obligation aêtre attentifs, de faire effort pour suivre le développement de la pensée du maître, d'exercer leur jugement pour démêler ce qui doit être noté et ce qui peut être omis, de mettre en jeu toutes les ressources de leur mémoire pour se rappeler ce que la rapidité de l'exposition orale ne leur a pas permis de consigner par écrit ; des deux côtés enfin, cette communion intime que la parole vivante du maître établit entre l'âme de l'élève et la sienne, par laquelle il la pénètre en lui infusant sa propre pensée, par laquelle l'élève à son tour s'approprie et s'assimile ce que le maître a pensé. Aussi le professeur ne sait-il jamais rien aussi bien que ce qu'il a enseigné, comme l'élève ne possède rien mieux que ce qui lui a été exposé dans une leçon orale et qu'il a fait sien ensuite par un travail écrit.
Cependant il a aussi ses dangers. Savoir prendre des notes est un art difficile. Pour surprendre au passage, dans la parole nécessairement rapide du maître, ce qui est le capital de la pensée et comme la formule qui la résume, et cela au milieu des exemples, des explications, des commentaires auxquels il croit devoir recourir pour éclaircir son idée, il faut de l'attention, une certaine pénétration d'esprit et beaucoup de jugement. C'est ce qu'on ne peut demander qu'à des élèves déjà avancés, et ce dont quelques-uns même ne sont jamais capables. Aussi arrive-t-il que, s'attachant plus à l'expression qu'à la pensée elle-même, ils s'évertuent à noter le plus littéralement possible tout ce que dit le maître. La rédaction n'est plus alors qu'une transcription souvent inintelligente, un pur exercice de copie, travail tout mécanique, qui prend beaucoup de temps, sans apporter un grand profit à l'esprit. Mieux vaudrait dans ce cas que l'élève étudiât un livre bien fait et dont le texte au moins serait sûr.
Toutefois, même quand il est bien compris, cet exercice de la rédaction no doit pas se confondre avec la composition ou l'exercice de style (V. Composition et style). Ils diffèrent notablement. Quand on propose un sujet à traiter aux élèves (lettre, narration, discours, dissertation, etc.), ceux-ci ont tout à chercher. 11 leur faut trouver les idées que com-
porte le sujet, les disposer, et enfin choisir les mots et les tours les plus propres à les exprimer. Invention, disposition, élocution : telles sont les trois parties de la rhétorique, de l'art d'écrire. Or, la rédaction n'a rien à démêler avec la première : l'élève qui rédige n'invente rien; les idées lui sont toutes fournies par la leçon qu'il a entendue. Le travail de la disposition est lui-même peu de chose, il ne peut guère exister que dans les détails; les grandes divisions du sujet, les grandes lignes du devoir ont été tracées et arrêtées par le maître. C'est donc dans le choix dos notes et dans la recherche de l'expression juste et propre (encore celle-ci lui sera-t-elle souvent fournie par le maître, s'il sait la noter au passage) que consistera son principal travail. La rédaction, on le voit, n'est pas la composition; elle n'est pas le style, qui est essentiellement personnel; œuvre de mémoire et do jugement, clic n'est point œuvre dimagination. Est ce à dire pourtant qu'elle n'exige aucune qualité littéraire '? Loin de là. Avant tout, clic doit être correcte : les barbarismes, les solécismes n'y peuvent pas être tolérés plus qu'ailleurs. Ensuite elle doit être claire, et d'une clarté qui va jusqu'à la précision : il semble même que ce soit là sa qualité principale, son but étant l'instruction. Enfin elle sera simple, ne visant qu'à l'expression de la pensée. Mais ne sont-cepas là les qualités principales du style? On voit qu'en somme si, dans la redacion, la personnalité fait complètement défaut pour le fond, on l'y retrouve cependant dans une certaine mesure pour la forme ; et c'est ce qui explique qu'on l'assimile souvent à la composition, que les mots exercice de rédaction et exercice de style soient souvent employés indifféremment. Mais le vrai est que, seule, elle serait insuffisante, parce qu'elle ne donne pas assez au travail personnel, qu'elle n'habitue pas l'élève à l'initiative et à la pensée propre, et surtout qu'elle ne fournit aucun aliment à son imagination. Excellent pour préciser et pour s'assimiler l'instruction reçue, l'exercice de la rédaction ne développe pas l'énergie productrice, la force individuelle, qui constituent la véritable grandeur de l'esprit.
Si tels sont les caractères généraux de la rédaction, cet exercice aura-t-il sa place à l'école primaire ? Quelles sont les modifications qu'en raison de l'âge des élèves et de leur inexpérience, on devra nécessairement y apporter pour l'adapter à ce nouveau milieu? C'est ce qu'il convient maintenant de rechercher.
Longtemps on a confondu, dans nos écoles primaires, l'étude de la langue française avec celle de son orthographe ; c'est dans ces dernières années seulement qu'on a compris que l'étude de notre langue maternelle est tout autre chose que la connaissance de la manière dont les mots s'écrivent; que savoir du français, c'est savoir exprimer en français ce qu'on pense, do vive voir ou par écrit, sans obscurité, sans ambiguïté pour ceux à qui on s'adresse. On s'est dit que les enfants plus tard auraient surtout des lettres à écrire, et l'on s'est mis à leur faire composer des lettres familières et usuelles. Puis, à l'instar sans doute de ce qui se faisait dans l'enseignement secondaire, on leur a donné de petits sujets à développer, avec ou sans canevas, des descriptions, des narrations à composer, des maximes à discuter. Mais, à cô é et peut-être avant tous ces exercices, il en est un qui nous paraît particulièrement à sa place dans l'école primaire, c'est précisément celui de la rédaction. On ne peut guère demander aux enfants qui la fréquentent de tirer de leur fonds des idées originales, de faire œuvre personnelle et propre, de mettre de l'art dans une composition ; mais ce qu'il faut tâcher de leur faire acquérir, c'est l'habitude d'exprimer avec aisance, correction et clarté, les idées qu'ils pui-
RÉDACTION