‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 330 sur 573 · RENOUARD · texte numérisé non relu

RENOUARD

de place doiit elles pouvaient encore disposer.

Il serait S'iperdii de dire qu'elle s'intéressa vivement aux salles d'asile. Mi'nix que toute autre elle devait en sontir la nor.essité. Aussi M"»* Jules Mallet, M. Cochin et M. de Salvandy ne firent-ils pas en vain appel à son concours et à ses conseils <juand il s'agit de créer et d'organiser ces établissements qiii, comme on le sait, furent tout d'abord d-ts rofugos destinés à la première enfance -abandonnée ou négligée.

Ce fut encore sous son inspiration qu'en 1848 VŒiivre de L'éducation professionnelle des orphelins de juin fut fondée par la frarde nationale, et que, en 18 i 9, un autre orphelinat fut installé d'abord rue Pascal, ensuite à Menilmontant, pour les enfants des victimes du choléra.

Malgré la faiblesse d'une constitution qui ne semblait pas pouvoir suffire aux travaux qu'elle s'imposait, la sœur Rosalie parvint à un âge avancé. Elle mourut le 7 février 1856. La foule immense qui se pressa à ses funérailles montra combien était vif le sentiment de sa perte dans tout le faubourg Sahit-Marcel. [E. Brouard.]

ivEMVr.vn.Lii (Mdïo de). — Mme Sophie de Senneterre de Renneville, née à Caen en 1772, morte à Paris en 1822, est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages destinés aux mères et aux enfants, qui eurent quelque succès à l'époque de leur publication, et qui sont aujourd'hui oubliés et pres- •que introuvables. Nous citerons entre autres : Lettres d*Octavie, jeune pensionnaire de la maison de Sain! -Clair, ou Essai sur l'éducation' des demoiselles^ 1 vol. )n-l2, 180G; Contes à ma petite fille et à mon petit garçon, 1 vol. in-12, 1811 ; La mère gouvmante^ ou les principes de politesse fondes sur les qualités du cœur, 1 vol. in-12, 1811 ; Eléments de lecture à l'usage des enfants, 1 vol. in-12, 1812; Lécole chrétienne, 1 vol. in-18, 1816; Les bons petits enfants, contes et dialogues à la portée du jeune âge, 2 vol. in-18, 1817 ; Le précepteur des enfants, ou le livre du second âge, 1 vol. in-12, 70 édition, t8l8; Nouvelle mythologie des demoiselles, 2 vol. in-18, 1821.

RKNOrAUD. — Augustin-Charles Renouard, né à Paris en 1794, fils du libraire bien connu Antoine-Augustin Renouard, fut d'abord élève de l'Ecole normale supérieure, puis étudia le droit et devint avocat à Paris. De bonne heure il s'intéressa aux questions d'éducation : il fut l'un des secrétaires de la Société pour l'itistruction élémentaire, et prit une part active à tous les efforts tentés sous la Restauration pour améliorer l'enseignement. En 1815, à vingt et un ans, il publie une brocliure intitulée Projet de quelques améliorations dans l'éducation publique; il y parle de la condition des maîtres d'études, qu'il propose de remplacer par des moniteurs choisis parmi les élèves ; d'un meilleur emploi des récréations, dont les heures, « perdues souvent dans l'ennui, pourraient être utilement employées à tant d'agréables apprentissages» ; de l'étude des sciences, trop négligées dans les collèges. Deux ans plus tard, il prend part au concours ouvert par la Société pour l'instruction élémentaire pour le meilleur livre de morale populaire : le prix fut accordé au Simon de Nantua de M. de Jussieu * ; l'écrit de Renouard valut à son auteur une médaille d'or et fut publié en 1819 sous le nom d'Eléments de morale. C'est un traité dogmatique, divisé en trois parties, qui envisagent successivement l'homme dans ses rapports avec les autres hommes, dans ses rapports avec lui-môme, et dans ses rapports avec Dieu. En 1824, Renouard fit paraître des Considérations sur les lacunes de l'éducation secondaire en France; écrit ausskà l'occasion d'un concours ouvert en 1823 par la rédaction des Tablettes universelles, ce mémoire, auquel le jury, composé de MM. de Broglie, Guizot, Jomard et de Rérausat, décerna

le prix, est des plus intéressants à consulter: on y trouve la première idée de l'enseignenient primaire supérieur, que la loi de 18^3 devait créer dix ans plus tard.

L'auteur montrti que renseignement secondaire, tel qu'il est organisé, ne peut convenir qu'à une très faible partie de ceux qui désirent s'instruire. « Que peut apprendre dans nos collèges, exclusivement consacrés aux études classiques, celui qui voudra conduire la charrue, manier le rabot, porter le mousquet?» L'instruction secondaire n'existe que comme apprentissage aux profespions lettrées : c'est un mal dont on se plaint avec raison. Mais comment y remédier? " Les uns, pour rendre l'éducation secondaire pins accessible à la multitude, ont conseillé l'affaiblissement et presque la suppression de quelques-unes de ses parties les plus élevées... D'autres, au lieu de vouloir rabaisser l'éducation secondaire à la portée de la multitude, paraissent croire (ju'on peut élever la multitude au niveau de l'instruction classique; et ils pensent que tout serait îjagné si le nombre des étudiants pouvait s'accroître dans nos collèges suivant une progression rapide. « Renouard rejette l'une et l'autre de ces solutions, et en propose une troisième : la création d'établissements qu'il appelle « écoles populaires du second degré », où serait donnée une instruction faisant suite à celle de l'école primaire, et différente de celle des collèges. « L'absence d'une éducation secondaire appropriée au besoin des classes laborieuses présente un inconvénient fort grave qui n'a pas été assez remarqué : c'est d'enlever à ces classes tout ce qui s'y rencontre d'esprits distingués, capables de les élever, de les ennoblir en quelque sorte tout entières. Quiconque sent en lui-même le besoin d'une éducation secondaire, ou appartient à des parents qui en comprennent la nécessité, se trouve entraîné insensiblement vers les professions lettrées, les seules auxquelles notre éducation s'adresse ; et se voit, souvent malgré lui, poussé loin de la destination première que lui assignait sa position naturelle, et où se rencontrait peut-être sa place la plus utile. Les bourses accordées aux dispositions précoces entretiennent cet inconvéuient, et présentent une sorte de prime au mérite pour le faire sortir des classes inférieures, qu'il importerait si hautement au contraire de ne pas dégarnir de lumières et appauvrir de talents... H faut qu'on puisse aspirera devenir un artisan instruit, sans devenir un artisan latiniste. Il faut permettre à un père d'être tout à la fois ambitieux pour l'intelligence et pour le cœur de ses fils, et modeste pour le choix de leur profession. » Les objets d'études des « écoles populaires du second degré » dont Renouard propose la création seraient la langue nationale, la morale, la géographie et l'histoire, les éléments des sciences naturelles et mécaniijues, l'arithmétique et les éléments de la géométrie, le dessin, la gymnastique.

La révolution de juillet ouvrit à Renouard la carrière des hautes fonctions. Nommé d'ubord conseiller d'Etat et secrétaire général au ministère ! de la justice, il fut élu en 1832 député de la 1 Somme, et devint le rapporteur de la loi de l833 j sur l'instruction primaire. Il affirma dans son rapport, avec une grande hauteur de vues, sa fui dans le progrès social par l'instruction. « Ce qu'il adviendra de l'universalité d'enseignement, disait-il, ce quo sera la société quand tous les citoyens sauront lire et écrire, quand les forces de leur ' pensée seront doublées, quand le sentinu-nt complet de leurs droits et de leurs devoirs les suivra dans chacun des actes de leur vie publique et ! privée, nous l'ignorons tous. Mais ce que nous savons, c'est que cet avenir sera bon, parce que [les instincts qui poussent l'humanité dans des

Page 1