ROYER-COLLARD
par quoi suppléerez-vous l'Université ? Vous voulez relever le passé ; mais où sont les anciens collèges, les anciennes fondations religieuses, les anciennes corporations? Oîi trouverez-vous dans le clergé actuel l'équivalent de l'ancien clergé enseignant? Ne craignez-vous pas de replonger le pays dans le chaos intellectuel d'où l'avait tiré le décret de 1808? Ne craignez-vous pas aussi de provoquer une réaction violente qui sera funeste à l'esprit religieux que vous prétendez servir? Gomment d'ailleurs se faire illusion au point de croire qu'il puisse exister en France dix-sept foyers de hautes études? Prenez garde : la passion d'innover en détruisant sous prétexte de réformer, peut cacher bien des déceptions et des chimères! » {Observatio7is sur l'ordonnance royale du \1 février 1815.)
L'ordonnance tomba sous le coup des événements en môme temps que sous le coup des critiques. Après les Gent-Jours, Royer-Collard entra au Conseil d'État, et, appelé de nouveau à mettre la main au gouvernement de l'instruction publique, abandonna l'utopie menaçante du 17 février, et y substitua l'ordonnance du 15 août qui, maintenant l'organisation universitaire, se bornait à transporter les attributions de l'ancien Conseil à une Commission de rinstruction publique placée sous l'autorité du ministre de l'intérieur. La nouvelle ordonnance promettait a d'établir par une loi les bases d'un système définitif ».
Ce maintien provisoire était une première défaite pour le parti dii la destruction; et quand, revenant à la charge, ce parti suscita des attaques furieuses contre l'Université, « de toutes les conceptions de Buonaparte la plus profondément anti-sociale », contre cette « fille du tyran », « cette administration contraire aux premières notions de l'équité naturelle, de l'honneur et de la décence », etc., Royer-Gollard, président de la Commission, prouva par son attitude qu'il entendait se considérer réellement comme le successeur du grand-maître de l'Université.
M. Rendu ayant répondu par une seconde brochure {Système de l'Université de France) au discours dans lequel un député, M. de Saint-Romain, avait développé la proposition tendant à supprimer la Commission et à remettre aux évoques la direction de l'enseignement, Royer-Gollard fit adresser cette brochure à tous les députés et aux membres du Conseil d'Etat, et décida M. Guizot, alors maître des requêtes, à descendre, lui aussi, dans l'arène. C'est sous son impulsion que le futur auteur de la loi de 1833 écrivit son Essni sur V histoire et sur l^état actuel de Vinstruclioji publique en France (1816). M. Guizot exposait que « les événements survenus depuis le 17 février avaient rectifié et modifié, à beaucoup d'égards, les idées des hommes éclairés » ; que « le roi, en maintenant ce qui existait et en remettant toute innovation à des temps plus calmes, prouvait qu'il ne voulait ni supprimer l'Université, ni changer légèrement une institution si importante » ; et il secondait l'évolution de Royer-Collard en exaltant « ce grand système d'instruction publique que le gouvernement du roi se prépare, dit-on^ à consolider et à perfectionner ».
Le sol se raffermissant sous les pas de l'Université, le président de la Commission de l'instruction publique, dans son discours de la distribution des prix de Tannée 1817, put prononcer ces paroles :
« Le corps enseignant poursuit sa tâche à travers les difficultés et les contradictions. L'adversité lui a donné des leçons. Eprouvé, mais non découragé par une longue attente, il aspire aujourd'hui à l'adoption solennelle qui semble lui être promise. »
Trois ans après, les efforts des défenseurs de
l'Université étaient couronnés d'un succès déci sif : au grand scandale du parti que ses violences n'avaient pu préserver de la défaite , le roi Louis XVIII, « voulant, dit le préambule de l'ordonnance, manifester aux membres de la Commission de l'instruction publique la satisfaction que nous avons éprouvée de leurs services », élevait cette commission au rang de Conseil royal de l'instruction publique (l«r novembre 1820).
Ainsi se trouvaient justifiés et ce défi jeté par M. Rendu à la face des détracteurs de l'Université : « L'Université vit; et non seulement elle vit, mais elle vivra; et toujours attaquée, elle ira s'affermissani toujours » (Essai sur l'instruction publique); et cette affirmation de M. Guizot : « Les plaintes élevées contre l'Université ont des causes aussi peu légitimes et aussi peu fondées que les plaintes contraires dont elle avait été l'objet avant la Restauration » {E^sai sur l'état aC' tuel de l'instruction publique en France).
Notons ici un fait qui n'est pas sans intérêt. Le revirement opéré dans l'esprit de Royer-Collard au sujet du rôle de l'Université avait été si complet, que l'auteur de l'ordonnance du 17 février 1815 était allé, dans cette évolution rapide, jusqu'à Textrémité même du principe sur lequel avait été fondée la grande institution impériale. M. Guizot, dans V Essai sur l'état actuel de L'instruction publique^ venaii d'écrire : « L'Etat donne l'éducation et l'instruction à ceux qui n'en recevraient point sans lui, et se charge de les procurer à ceux qui voudront les recevoir de lui.» En assignant à l'Etat un rôle considérable et prépondérant, en faisant de lui l'Etat enseignant et surveillant, il ne lui attribuait pas le monopole, et réservait la possibilité d'inscrire dans la loi à intervenir le principe de la liberté d'eiiseigneinent sous le contrôle des pouvoirs publics. Royer- Collard, en défendant à la Chambre de 1817, comme président de la Commission d'instruction publique, l'impôt scolaire spécial connu sous le nom de rétribution universitaire, prit une attitude moins tempérée, et foi'mula cette doctrine absolue :
a L'Université n'est autre chose que le gouvernement appliqué à la direction universelle de l'instruction publique. Elle a été élevée sur cette base fondamentale, que l'instruction et l'éducation publiques appartiennent à l'Etat, et sont sous la direction supérieure du roi... L'Université a donc le monopole de l'éducation, à peu près comme les tribunaux ont le monopole de la justice ou l'armée celui de la force publique. » (V. Liberté d'enseignement, p. 1580.)
Cette divergence entre deux esprits tels que Royer-Collard et Guizot vaut la peine d'être signalée.
Dans le discours qu'il avait prononcé en 1815, en présidant la distribution solennelle des prix du concours général, M. Royer-Collard avait dit :
« Tout est grand dans les attributions dont il a plu au roi d'investir la Commission de l'instruction publique : aucune ne lui est plus honorable et plus chère que la direction supérieure de l'instruction populaire, et la tâche de la rendre, s'il se peut, universelle. Le jour où la Charte fut donnée, l'instruction universelle fut promise ; car elle fut nécessaire. »
A cette profession de foi répondit l'ordonnance du 29 février 1816, sous le régime de laquelle se développa l'instruction primaire en Fiance jusqu à la loi de 1833.
Trois hommes dune compétence spéciale élaborèrent cette ordonnance sous le regard et avecles encouragements du président de la Commission de l'instruciion publique: Cuvier, Rendu, de Gérando. Deux des articles les plus importants, les articles H et 17, qui imposaient aux communes l'o-
nOYim-COLLARD
ROZÏER
bligation « de pourvoir à ce que tous les enfants reçussent l'enseigtiement primaire », et aux maires colle de « dresser, chaqaii année, le tableau dos enfants ne recevant point ou n'ayant point reçu l'instruction », furent une tentative méritoire en vue de s'acheminer vers l'idéal, si éloigné alors, de« l'instruction universelle», et sollicitèrent particulièrement l'attention de Royer-Collard. Je puis citer ce billet du président de la Commission à M. Rendu (27 octobre 1815) :
«... Merci de votre note sur les lacunes effrayantes auxquelles il s'agit d(; pourvoir. Quand je vois que, dans certains départements, une commune sur 25 ou 30 est pourvue d'une école, je déplore, en résistant à peine au découragement, la destruction en masse et barbare des anciennes écoles paroissiales et monastiques d'avant 1793, et aussi l'incurie avec laquelle sous l'Empire, où la guerre absoibait tout, en dépit des efforts du Conseil et des vôtres particulièrement, il a été fait face au devoir fondamental de l'éducation des classes pauvres. Cuvier est terrifié, lui qui connaît la Hollande et l'Allemagne. Que faire ? c'est déjà quelque chose, du moins, que de témoigner des vues du gouvernement par ces deux articles que j'approuve de tout point. Pourrions-nous y ajouter une sanction? Veuillez venir en causer demain avec moi. J'écris à de Gcrando pour qu'il se réunisse à nous. Apportez, je vous prie, votre projet de préambule. »
Ce préambule contenait les lignes qui suivent : Nous étant fait rendre compte de l'état aclUel de l'instruction du peuple des villes et des campagnes, nous avons reconnu qu'il manquait dans les unes et dans les autres un très grand nombre d'écoles, et que les écoles existantes sont susceptibles d'importantes améliorations. Persuadé qu'un des plus grands avantages que nous puissions procurer à nos sujets est une instruction convenable h. leurs conditions respectives ; que cette instruction, surtout lorsqu'elle estfondée sur les véritables principes de la religion et de la morale, est non seulement une des sources les plus fécondes de la prospérité publique, mais qu'elle contribue au bon ordre de la société, prépare l'obéissance aux lois et l'accomplissement de tous les genres de devoirs... »
Tel est l'esprit dans lequel fut préparée l'ordonnance qui répondit, autant qu'il put dépendre de ses auteurs, aux conclusions du mémoire pré- Scinté par Cuvier, en 1810, au Conseil impérial de l'Université, à savoir la reconstitution de l'enseignement primaire en Franco sur ces bases : maliiplication des écoles; surveillance des inspecteurs; perfectionnement des méthodes; bienêtre des maîtres.
Que d'efforts ne faudra-t-il pas, que de vicissitudes ne seront pointtraversées, pour que, soixante ans plus tard, un but si clairement entrevu et défini puisse être à peu près définitivement atteinti
Royer-Gollard conserva la présidence de la Commission d'instruction publique, avec le titre de conseiller d'Etat, jusqu'en Tannée 1820. A la fois sincèrement libéral et partisan déclaré de la royauté qu'il voulait rendre franchement constitutionnelle ; combattant à la Chambre le parti des lUtvà en môme temps qu'il s'efforçait d'y maîtriser la Révolution; chrétien et catholique convaincu, mais adversaire inflexible de la prédominance du clergé dans l'ordre des intérêts politiques et de la loi civile ; aussi partisan de l'enseignement religieux dans l'école qu'adversaire passionné de toute intolérance, il fit acte éclatantd'indépendance vis-àvibdu ministère, quandil crut que le gouvernement .portait atteinte aux droits de la nation et aux prérogatives de la Chambre. Une telle attitude ne fut pas supportée : après son discours contre la loi de rolonue électorale iuin 1820) il fut éliminé du
Conseil d'Etat par une ordonnance qui frappait en môme temps ses amis poliiiques, G.jizot, Camille Jordan, de Garante. Naturellement, alors, il se démit de la présidence de la Commission d'instruction publi(iue. Mais il continua de lutter à la tribune contre des projets de loi trop souvent inspirés par une passion aveugl'^, jusqu'au moment où, après la dissolution de 1827, nommé à la fois par sept départements, il fut élu président de la Chambre des députés.
Le gouvernement de l'instruction publique était désormais en dehors des préoccupations d ; Royer- Collard. Resté à la Ciiambre pendant la première phase du régime issu de la révolution de 1830, il demeura étranger à tous les partis, et, en 18i2, se déroba à la vie parlementaire pour s'ensevelir dans la retraite. Dès lors, spectateur désintéressé des choses de ce monde, ne voyant plus que de rares fidèles, se bornant à faire des vœux pour le succès de ceux d^; ses anciens amis qui étaient engagés dans la lutte politique, il ne sortit plus de méditations silencieuses qui étaient, pour lui, une préparation à la mort.
La mort en effet le trouva prêt. Atteint depuis longtemps d'une maladie organique, il ne passait plus que quelques mois d'hiver à Paris, et vivait au milieu des paysans, dans sa terre de Châteauvieux. Au printemps de 1845, se sentant gravement frappé, il hâta son retour k la campagne : « Mes amis, dit-il, en arrivant, à la foule qui se pressait autour de lui, je viens mourir au milieu de vous ; » et se tournant vers le curé : « Ma seule affaire maintenant est de bien mourir; je compte sur vous pour m'y aider. »
Quelques jours après (le 4 septembre), se sentant plus mal, il voulut recevoir les sacrements. Ayant écarté de son lit de mort sa femme et sa fille, il n'avait auprès de lui que M. Paul Andral : après les prières des agonisants, auxquelles il avait répondu lui-môme, s'adressant à son petitfils, l'illustre philosophe éleva une dernière fois cette voix qui avait été si puissante : « Soyez chrétien, lui dit-il ; il n'y a de solide en ce monde que les idées religieuses. Ne les abandonnez jamais; et si vous en sortez quelque jour, revenez-y. » [Eug. Rendu.]
ROZÏER. — François Rozier, l'un des agronomes les plus distingués du xviii« siècle, naquit à Lyon en 1734. Sa famille l'obligea à faire des études de théologie et à recevoir la prêtrise ; mais après la mort de son père (1757), devenu libre de suivre ses goûts, il se consacra à l'étude des sciences physiques et à leur application à l'agriculture. En 1771 il alla habiter Paris, et y rédigea pendant dix ans le Journal de physique. Ayant acheté en 1780 le domaine de Beauséjour, près Bcziers, il s'y livra à d'intéressantes expériences agricoles.
a L'abbé Rozier, dit M. Soutice (De Venseignement agricole dans les écoles rurales), cultivait près de Béziers un vignoble qu'il résolut d'affecter à l'étude comparée des difl'crents cépages. Pour faire profiter le public du résultat de ses recherches, il annonça qu'à partir de 1784 il prendrait chez lui, chaque année, quatre jeunes paysans qui seraient logés, nourris et instruits gratuitement pendant trois ans. C'était une véritable fermeécolo telle qu'il en a été créé plus tard : seulement elle avait pour objet spécial la culture de la vigne. Nous ignorons si cette offre désiuiéressée a été accueillie comme elle le méritait.
» Quelques années auparavant (1775), l'abbe Rozier avait été chargé par Turgot d'organiser en Corse une école d'agriculture; il voulut étudier ce projet sur les lieux mômes : lorsqu'il revint pour rendre compte de sa mission et exposer ses plans, Turgot avait été disgracié. »
Rozier se fixa de nouveau à Lyon en 1T86, et y passa les dernières années do sa Tie. Il
BUSSTE
RUSSIE
accueillit la Révolution avec joie, et proposa à rAssembléo constituante de créer une école pratique d'agriculture dans le parc de Chambord, alors abandonné; mais ce projet n'eut pas de suite. Il fut tué par une bombe au siège de Lyon en 1793. On a de lui un Cours complet d'agriculture^ publié de 1791 à 1793 en 9 volumes.
RUSSIE. — L'enseignement élémentaire tel qu'il est organisé dans les autres pays de TEurope est une chose toute récente en Russie. Ce n'est pas que d'en haut on n'ait essayé à diverses reprises de l'organiser. Pierre le Grand, au delà duquel il n'y a pas à remonter, créa en 1715 et 171!) des a écoles d'arithmétique » dont la fréquentation devait être obligatoire pour la jeune noblesse. Mais on protesta ; la noblesse fut peu docile et, en 1744, il fallut supprimer ces écoles, faute d'écoliers. Catherine fit une nouvelle tentative en 1774. Elle créa d'un trait de plume 120 écoles; mais ces écoles n'existèrent généralement que sur le papier, et il fallut attendre l'avènement d'Alexandre I^^^ et la création du ministère de l'instruction publique (1802) pour que l'éducation populaire trouvât un commencement sérieux de réalisation.
La Russie est un pays singulièrement bigarré. Sa population de plus de cent millions d'habitants est tout ce qu'on peut imaginer de plus hétérogène. Toutes les langues, toutes les religions des peuples civilisés, toutes les conditions sociales s'y rencontrent. La majorité de la population est orthodoxe, mais la Pologne et la Lithuanie sont catholiques, la Finlande et les Provinces baltiques sont protestantes, le Turkestan, le Caucase, la Transcaucasie sont peuplés de musulmans. Il y a des bouddhistes dans la Sibérie et des mazdéens sur les bords de la mer Caspienne. Les juifs forment presque la majorité dans les provinces du sud-ouest. Tous les Russes d'ailleurs ne sont pas orthodoxes. Les raskolniki ou hérétiques composent un élément notable de la population. Les langues ne sont pas moins variées. La langue générale est le slave; mais le Slave russe et le Slave petit-russien s'entendent à peine, le Slave russe et le Slave lithuanien ou polonais ne s'entendent pas du tout. La Finlande et l'Esthonie parlent le finnois, les villes de la Finlande parlent le suédois, et celles des provinces baitiques l'allemand. Au Caucase on parle dix-sept langues qui ont été étudiées, sans compter celles qui ne l'ont pas été. Les conditions sociales sont aussi nettement tranchées. La classe aristocratique n'a rien de commun que la langue avec le haut commerce. La classe instruite, « l'intelligence », comme on l'appelle, hait cordialement l'aristocratie, qui le lui rend bien. La classe sacerdotale est étrangère au reste de la nation ; les paysans aussi. Chaque classe tend à s'isoler et à posséder des établissements d'enseignement à elle. Habitué à voir partout le fractionnement, l'inégalité, on a peine à comprendre l'égalité devant l'école. Aussi, dans les villes surtout, le plus grand nombre des établissements d'enseignement sont-ils privilégiés, ouverts à quelques classes seulement et fermés aux autres.
Le clergé forme en Russie une véritable caste. Tous les membres de la classe sacerdotale ne restent pas dans l'église, mais on ne voit pas, à moins d'exception rare, un jeune homme de la noblesse ou du tiers élat embrasser l'état ecclésiastique. Le clergé a, par conséquent, ses écoles à part, son académie orthodoxe, ses séminaires d'enseignement moyen et ses écoles élémcMiiaires, ouvertes gratuitement aux enfants du clergé et s'ouvrant, moyennant rétribution, aux enfants des autres classes. Le personnel enseignant sacerdotal était en 1882, dans les académies, de 134 professeurs et administrateurs, de 9G3 dans les
séminaires, de 1G82 dans les écoles, pour un total de 44 038 étudiants et élèves. Le saint synode entretient en outre des écoles populaires ouvertes à tous. Le nombre des enfants instruits dans ces écoles gratuites était en 1882 de 104782 élèves, dont 87 747 garçons et 17 035 filles, les écoles de l'éparchie d'Orenbourg et du Caucase non comprises.
Le ministère de la guerre constitue aussi un monde à part sous le rapport de l'enseignement. Ses écoles forment un système complet et indépendant. En haut, l'académie militaire d'étatmajor, l'académie de médecine et chirurgie, l'académie de droit militaire. Au milieu, les écoles spéciales du génie, d'artillerie, de cavalerie, d'infanterie, où les jeunes gens reçoivent à la fois l'enseignement spécial et l'enseignement secondaire ; dix-neuf corps de cadets et huit gymnases militaires, où les fils d'officiers et les jeunes nobles reçoivent l'enseignement secondaire ; des écoles de porte-enseignes pour les sous-officiers et les engagés volontaires qui aspirent au rang d'officiers ; puis des écoles spéciales de topographie, d'armement, de pyrotechnie, etc. Ces divers établissements ne sont ouverts qu'aux fils d'officiers ou de gentilshommes. Mais, au-dessous, il y a des écoles élémentaires pour les enfants de troupe et les fils de soldats. De plus, les officiers sont obligés d'instruire les soldats non lettrés. Il existe en outre des écoles pédagogiques pour former les maîtres qui doivent enseigner dans ces établisseaieuts. On prend des militaires de préférence.
Au ministère de la guerre se rattachent le Corps des pages, où le cours est de six ans, sans compter deux années de classe préparatoire, et dans lequel on n'est admis qu'avec l'approbation de l'empereur; l'école de droit, où le cours est de sept ans, sans les classes préparatoires : quatre années d'enseignement moyen, trois années d'enseignement supérieur spécial ; et les lycées de Pétersbourg et de Moscou : les cours durent six ans dans le premier et huit ans dans le second ; dans le premier on apprend l'anglais au lieu du grec ; les deux langues anciennes font partie essentielle du programme dans le second. On prétend qu'il se fait dans le lycée moscovite beaucoup de russophilesqui professent l'horreur des institutions occidentales. Dans le premier de ces quatre établissements on forme des officiers supérieurs, dans le second des magistrats, dans les lycées des administrateurs. Ces diverses écoles sont essentiellement réservées aux fils de fonctionnaires ou de familles nobles.
Le ministère de la marine a de môme ses écoles à lui. En haut, des écoles supérieures aristocrati(|nes. Au milieu, des écoles d'enseignement secondaire, des écoles techniques, des écoles de porte-enseignes, de pilotes, d'employés, et enfin des écoles élémentaires pour les enfants des divers fonctionnaires de la marine, divisés par catégories de nobles et non nobles.
Le ministère des domaines impériaux, le ministère des apanages — propriétés attribuées aux membres d^ la famille impériale — entretenaient autrefois i our les enfants des serfs do ces propriétés de nombreuses écoles élémentaires. Le ministère des domaines en avait 7 885, fréquentées en 18G3 par 281 549 élèves des deux sexes, et le ministère des apanages 1117 avec 15^49 élèves des deux sexes. Depuis 1867, ces écoles ont passé dans le ressort du ministère de l'instruction publique.
Le mijiistère de In cour a, entre autres, dans son ressort l'école d s théâtres, où l'on reçoit des enfants de huit à dix ans i)Our la danse, des jeunes garçons et des jeunes filles de seize à trente ans pour le chant et Tait dramatique. L'enseignement spécial est doublé d'un enseignement général
RUSSIE
RUSSIE
adapté h la force des élèves. L'étude des trois langues en fait partie.
Les autres ministères ont également des écoles spéciales supérieures et moyennes et des écoles élémentaires pour tous les fonctionnaires et employés de leurs administrations. Les parents qui gardent leurs enfants chez eux reçoivent une indemnité.
Les filles n'ont pas été oubliées dans cette <iistribution de faveurs. Elles sont élevées aux frais de l'Etat dans les instituts. Le premier institut remonte à Catherine II, qui appela dans un ancien palais d'Elisabeth, affecté depuis ^ un couvent de femmes, un certain nombre de jeunes filles nobles de la province, en les soumettant à des règlements analogues à ceux que M°^o de Maintenon avait donnés à Saint-Gyr. Il y a maintenant huit de ces établissements à Saint-Pétersbourg, six à Moscou et dix-sept dans différentes villes de province. L'admission dans chacun est graduée suivant le rang et la fonction du père. Dans le premier on n'admet que la haute aristocratie; on descend de quelques degrés en passant de l'un à l'autre; dans le dernier on reçoit des filles de prêtres et bourgeois honorables. Le cours dans tous est de six ans. Le programme est celui de l'enseignement secondaire. Dans l'origine la jeune fille, une fois entrée dans l'établissement, n'en sortait plus que le cours achevé, parce qu'on craignait que le contact de personnages aussi peu civilisés que l'étaient alors les gentilshommes de province ne détruisît l'effet de l'éducation reçue k l'institut. On s'est départi de cette règle. Les élèves obtiennent maintenant l'autorisation de passer les grandes et môme les petites vacances chez leurs parents, à l'exception toutefois de la dernière année du cours, où elles sont astreintes à ne pas quitter l'institut. L'institut Nicolas, à Saint-Pétersbourg, et celui du même nom à Moscou , recueillent surtout les orphelines des fonctionnaires. Celles qui sont complètement privées de parents sont reçues dès cinq ans. Il y a dans ces •établissements deux années de cours pédagogiques supplémentaires pour les jeunes filles sans fortune qui veulent se livrer à l'enseignement. Dans tous les instituts, du reste, un certain nombre de jeunes filles peuvent rester, les cours terminés, comme « pépinières », en attendant qu'on en fasse des maîtresses ou des dames de classe. I es instituts sont connus sous le nom général d'établissements de l'impératrice Marie, et les dépenses en sont soldées par le ministère des finances.
En Russie, les établissements pour l'instruction des jeunes filles s'étagent parallèlement à ceux qui sont destinés aux jeunes gens. Nous venons de voir le parallélisme dans les établissements privilégiés et ouverts à quelques-uns. Nous le retrouverons dans les établissements ouverts à tous, c'est-à-dire dans ceux qui relèvent du ministère de l'instruction publique. Gela tient à une raison particulière à la Russie. Dans ce pays la femme est supérieure à l'homme comme int'^lligcnce. Gela est vrai de la paysanne qui agit et travaille pendant que son mari dort sur le poêle, comme do la bourgeoise et de la grande dame. La jeune fille s'instruit plus vite et mieux que le garçon; les premières jeunes filles qui ont été reçues bachelières en France sont des Russes, si je ne me trompe, et même dans l'enseignement élémentaire l'institutrice est généralement plus instruite que l'instituteur. Chronologiquement cependant, les établissements ouverts à tous pour l'institution des jeunes garçons ont précédé de beaucoup ceux que 1 on a fondés en faveur des jeunes filles. Le premier institut de jeunes tilles ne remonte qu'à Catherine II, le premier ^yinnase de garçons remonte à Pierre I". Pierre, i" Partie.
en fondant l'Académie des science» et l'Académie de langue russe, y adjoignit un gymnase où les académiciens devaient donner des leçons sur tous les sujets. Lomonossov, ce fils de pêcheur qui s'initia à peu près seul à la science et même à la poésie, plus tard Euler et nombre d'autres savants célèbres, y professèrent.
Après ces indications générales, nous allons passer brièvement en revue les différetues parties de l'organisation scolaire do la Russie. Nous parlerons successivement: i^ Des autorités scolaires; 2» Des établissements d>.nsf.iqnement secondnir'^ et d'enseignement supérieur ; 3° Du personnel enseignant des établissements d'enseignement secondaire et supérieur; 4° Des établissements destinés à former des maîtres pour les divers ordres d'enseignement; 50 Des écoles élémentaires et de l'instruction populaire en général; 6° De la statistique de l'instruction publique; 7° Des dépenses de renseignement public des divers degrés ; 8° De l'enseignement priva ; 9° De la Finlande.
1. Autorités scolaires. — L'organisation du ministère de l'instruction publique en Russie diffère peu de ce qu'elle est dans les autres pays. Le ministre a un adjoint qui le seconde, et, en cas d'absence, le remplace. Le ministère se divise en trois sections : administration, enseignement, sociétés savantes. La seconde seule nous intéresse.
Le ministre a près de lui un Conseil scientifique qui donne son avis sur les livres d'enseignement qu'on lui soumet, et publie chaque année la liste de ceux qui sont autorisés. Ces livres sont de deux sortes : les manuels, qu'on emploie ordinairement, et les livres auxiliaires dont les maîtres peuvent se servir s'ils le jugent à propos.
Une commission dépendante du ministère est chargée d'examiner les candidats des deux sexe? désireux d'obtenir un diplôme qui leur donne Ib droit d'enseigner, sans avoir passé par les établissements officiels où l'on reçoit ce droit en sortant.
Les établissements d'enseignement sont répartis entre treize arrondissements scolaires : Pétersbourg, Moscou, Dorpat, Vilna, Kiev, Kharkov, Kazan, Odessa et Bessarabie, Varsovie, le Caucase, Orenbourg, le Turkestan, et la Sibérie.
11 y a à la tête de chaque arrondissement un curateur à la nomination du ministre. Il désigne lui-même les inspecteurs d'arrondissement et de section. A l'égard des universités, l'inspecteur a été investi en 18S5 d'une partie des droits qu'on a retirés au recteur. Les inspecteurs doivent se présenter fréquemment dans tous les établissements publics et privés et fournir des rapports sur ce qu'ils ont observé. Ces fonctions ne peuvent jamais être confiées à un ecclésiastique.
Lesrecteurs des universitésétaient jusqu'en 1885 élus par les professeurs. Un oukaze attribue désormais cette nomination au ministre sur trois candidats présentés par les professeurs. Le doyen de chaque faculté n'est plus élu par ses collègues, comme cela s'était fait jusqu'ici, mais par l'inspecteur. Le conseil universitaire reste juge des délits des étudiants. Il confère les grades, distribue les récompenses, règle les programmes, etc.
Chaque établissement d'instruction secondaire a un directeur ou une directrice et en outre plusieurs inspecteurs ou inspectrices. Les directrices d'institut sont quelquefois des personnes étrangères à l'enseignement, auxquelles on veut faire une position, mais les directeurs et directrices de gymnases doivent être des pédagogues. Les établissements fermés ont de plus des gouverneurs ou des dames de classe ; ces employés ou employées répondent de la discipline et du bon ordre, et veillent chacun à leur tour pendant vingt-quatre heures de suite. Ce ont à peu près les fonctions des maîtres d étude en France, mais les iraite
RUSSIE
Russm
mcnts des gouverneurs sont assez élevés et ils sont l'objet d'un respect que les fonctionnaires analogues n'obtiennent pas en France. Ces fonctions sont remplies dans les instituts et les gymnases déjeunes filles par les « dames de classe ». On les choisit souvent de différentes nationalités afin qu'elles parlent chacune sa langue avec les élèves. Les dames de classe assistent aux leçons des maîtres, veillent à ce que les devoirs soient faits, les leçons convenablement apprises, et font la police de la classe. Les gouverneurs et les dames de classe prennent les élèves dans la classe la plus basse et montent de classe en classe avec eux de manière à ne les quitter qu'à la sortie. Les directeurs, inspecteurs, maîtres, gouverneurs, etc., se réunissent en conseil toutes les fois qu'il y a quelque question à décider. A la fin de l'année, il y a pour la sortie une séance solennelle à laquelle on invite les autorités scolaires supérieures. Cette cérémonie, qui s'appelle Vade, est accompagnée d'une distribution de récompenses.
2. Établissements d'enseignement secondaire et d'enseignement supérieur. — Les gymnases correspondent à peu près aux lycées de France. On est moins exigeant toutefois à l'entrée et à la sortie. Dans les gymnases classiques, le cours est de sept ans. On y apprend la « loi de Dieu », l'histoire, la géographie, les mathématiques élémentaires, les trois langues obligées : le russe, l'allemand et le français. On y enseigne surtout le latin et le grec. Il y a une quinzaine d'années, les sciences physiques et naturelles tenaient une grande place dans le programme. On prétendit qu'elles favorisaient les progrès du positivisme, du nihilisme, et on les remplaça par l'étude des langues anciennes. Comme on n'avait pas assez de maîtres de ces langues, on en fit venir de Bohême et l'on fonda à Leipzig un établissement, qui fonctionne toujours, où de jeunes Russes vont étudier les langues anciennes d'après la méthode allemande; mais les résultats ne semblent pas tout à fait en rapport avec le zèle déployé. A la fin du cours, les élèves reçoivent un « certificat de maturité ».
Le programme des gymnases de jeunes filles est le même à plusieurs égards; cependant les élèves n'apprennent pas le grec, et le latin est facultatif; les langues vivantes tiennent une plus grande place dans l'enseignement, aux dépens des mathématiques. Dans tous les établissements d'instruction pour les jeunes filles le travail à l'aiguille est de rigueur.
Les objets étudiés sont à peu près les mêmes dans les progymnases des deux sexes que dans les gymnases, avec cette différence que les langues anciennes n'y figurent pas et que l'enseignement est plus élémentaire. Le cours n'est que de quatre ans.
Lvjs écoles réaies ont surtout un but pratique. On y étudie les trois langues, plus le slavon d'église, mais non les langues classiques. On y apprend, outre l'histoire russe, l'histoire universelle, la géographie commerciale, la théorie de la littérature, l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, surtout dans leurs applications usuelles, le dessin géographique et le dessin d'imitation d'après le modèle et d'après la nature, etc. Les écoles rcales, organisées par un oukaze du 12 mai 1872, n'ont pas tardé à prendre une grande extension, et il n'est pas de ville importante de la Russie, de la Sibérie, du Caucase qui n'ait au moins une école rcale. Ces établissements figuraient pour près de deux millions de roubles dans le budget du ministère de l'instruction publique pour 1885.
Lenseignement supérieur est donné aux jeunes gens dans les universités. Il y en a neuf maintenant en Russie. La plus ancienne université russe
est celle de Moscou, fondée en 1755, sous le règne d'Elisabeth ; mais il en existait depuis longtemps déjà dans des pays que la Russie s'est annexés. L'université de Cracovie — cette ville faisait alors partie de la Pologne — était célèbre au moyen âge. Elle remontait à 1347. Vilna avaii son académie fondée par les jésuites en 1518. L'université de Dorpat date de 1632. Les Suédois en avaient fondé une en 1G40 à Abo, que les Russes ont transférée à Helsingfors en 1827 à la suite d'un incendie. Mais c'est au xix^ siècle qu'on voit apparaître la plupart des universités russes, celles de Kharkov et de Kazan en 1804, celle de Varsovie en 1816, celle de Pétersbourg en 1819, celle de Kiev en 1833, et celle d'Odessa en 1864. Cette dernière est la transformation d'un lycée créé par le duc de Richelieu pendant l'émigration.
L'université d'Odessa n'a que trois facultés : droit, histoire et philologie, sciences physiques et mathématiques. La plupart des autres ont une quatrième faculté, la médecine. Celle de Dorpat a même une cinquième faculté, la théologie. L'université de Péiersbourg n'a pas de faculté de médecine (elle est remplacée par l'académie de médecine, qui relève du ministère de la guerre),, mais elle a en plus une faculté de langues orientales. Les cours se font en russe, excepté à Helsingfors, où ils se font en suédois et en finnois, à Varsovie, où ils se font en polonais, à Dorpat, où ils se font en allemand.
A côté de quelques-unes de ces universités, il y a des cours supérieurs pour les jeunes filles. Ces cours existent à Moscou depuis 1872, à Kazan depuis 1877, à Kiev depuis 1878, à Pétersbourg depuis 1878 également, et à Odessa depuis 1879. Les professeurs sont ceux des universités. On y enseigne l'histoire des civilisations, l'histoire universelle, l'histoire russe, la philologie,, la psychologie, les sciences naturelles, les mathém niques supérieures, etc. Comme ce n'est pas une fondation de l'Etat, les cours ne sont pas gratuits.
3. Personnel enseignant des établissements d'enseignement secondaire et supérieur. — Le titre de professeur s'obtient en Russie après de» épreuves, comme en France celui de licencié ou de docteur. Il est indépendant de la fonction, mais il ne se donne qu'aux professeurs d'une université,, aux membres de l'Académie des beaux-arts, etc. Dans l'enseignement secondaire, il n'y a pas de professeurs, il n'y a que des maîtres, des enseignants [outchiteli). C'est aussi le titre qu'on donne aux instituteurs primaires. Il y a en outre dans les universités des décentes payés par l'Etat, qui doublent les leçons des professeurs, et des lecieurSy qui enseignent les langues vivantes et font l'histoire des littératures étrangères.
On n'est admis à enseigner dans les établissements de l'État que si l'on possède un diplôme donnant ce droit. Il y a deux classes de diplômes, l'un qui autorise à donner des leçons dans les maisons privées, et l'autre dans les établissements publics. Le premier est généralement attribué comme certificat de fin de cours aux jeunes filles qui ont heureusement passé l'examen final. L'autre n'estguère donné que par la commission d'examen mentionnée plus haut. Les étrangers qui viennent, en Russie pour enseigner sont obligés de se faire examiner par cette commission, quels que soient leurs diplômes antérieurs. Ce qui a déterminé cette mesure, c'est qu'en Allemagne on parvient quelquefois à se procurer un diplôme à prix d'argent et sans examen. On exige des candidats étrangers, comme garantie d'études sérieuses, qu'ils sachent le latin, qu'ils puissent faire une petite composition en cette langue et traduire en russe un texte latin facile. Les étrangers peuvent
RUSSIE
RUSSIE
être aussi admis à subir un examen qui les autorise à enseigner l'histoire et la géographie en leur langue dans les instituts et les pensions.
Il n'y a nulle part des professeurs de classe; tous sont des spécialistes qui viennent tour à tour donner leur enseignement. La leçon est de 55, de 50, de 45 minutes suivant les établissements. Chaque leçon est suivie d'un petit repos, dont on se sert pour aérer la classe. Le professeur de o loi de Dieu » n'a que son heure comme les autres. Les maîtres des diverses religions viennent autant que possible à la même heure et donnent leurs leçons dans des salles séparées. Il y a ordinairement trois leçons le matin de neuf heures à midi. Dans les établissements fermés les leçons reprennent à deux heures et durent jusqu'à quatre. Dans les externats, elles reprennent à midi et demi et finissent à deux heures et demie.
Les administrateurs, inspecteurs, etc., les professeurs des universités reçoivent un traitement fixe; mais les maîtres sont presque tous payés d'après le nombre de leurs leçons ; ils en donnent généralement dans plusieurs établissements. Le prix de la leçon d'une heure varie de 1 rouble et demi à 10 roubles, et comme on compte 25 semaines scolaires environ par an, le maître reçoit par chaque leçon hebdomadaire 35, 50, 60, 75, 120, 150, 200 roubles par an suivant les leçons et les établissements. La retraite est calculée d'après les émoluments des dix dernières années. Dans les établissements de l'impératrice Marie, c'est-àdire dans les instituts, on peut au bout de quinze ans obtenir une pension égale à la moitié des appointements annuels. Dans les autres établissements on n'obtient cette demi-pension qu'après Yingt ans de service. Après vingt-cinq ans on a droit à une pension égale aux appointements. On peut alors être autorisé à continuer son service, de sorte qu'on reçoit une somme double. Mais les retenues pour la pension sont considérables. Dans les établissements de l'impératrice Marie, ces retenues sont de 6 p. 100. Les professeurs et maîtres qui se retirent d'un établissement après dix ans ont droit à une année d'appointements comme gratification. Il se distribue aussi de temps à autre des gratifications spéciales aux maîtres, maîtresses et professeurs.
4 . Etablissements destinés à former des maîtres pour les divers ordres d'enseignement. — Enseignement supérieur et moyen. — Les professeurs ont tous conquis leurs grades dans une université, où ils ont été successivement étudiant effectif, candidat, maglstre (prononcez maguistre), et docteur, après des thèses écrites et solennellement défendues comme en France pour la licence et le doctorat. Il n'y a pas pour eux d'établissement pédagogique spécial.
Mais il y en a beaucoup pour les maîtres et maîtresses d'enseignement secondaire. Ces établissements sont gratuits, et généralement ce sont des établissements fermés où les étudiants et étudiantes sont logés, nourris, instruits et reçoivent en outre une petite somme mensuelle. Dans ces conditions, ils doivent s'engager à rester au service de l'Etat pendant quatre, cinq, six ans, pendant lesquels ils touchent les émoluments attachés à leurs fonctions. Cette coutume ren)onte à une époque déjà éloignée, où il y avait plus de places que de personnes aptes à les occuper.
Il y a de ces établissements au ministère de la guerre, avec un cours de trois ans ; au ministère de l'intérieur, pour les langues orientales. L'institut historico-philologique à Saint-Pétersbourg prépare, par un cours de quatre ans, des maîtres pour les langues slaves ou pour les langues anciennes. L'institut russe de Leipzig prépare des maîtres de langues anciennes d'après les méthodes allemandes.
Les jeunes gens, les jeunes filles qui se contentent du diplôme d'enseignement domestique peuvent recevoir ce diplôme après examen dans les établissements officiels où se font leurs études. Pour les jeunes filles qui se proposent d'enseigner dans les établissements ou qui simplement veulent se perfectionner dans leurs études, il y a à Pétersbourg des cours pédagogiques dont la duré»i est de trois ans. Pendant ce temps on revoit d'une manière plus approfondie les matières enseignées dans les établissements secondaires, instituts ou gymnases, on étudie l'histoire littéraire des trois langues, et les élèves sont exercées à l'enseignement sous les yeux des maîtres et maîtresses. Ces cours sont des externats.
Il y a en outre pour les jeunes filles qui se proposent d'enseigner spécialement la langue française en province une classe française spéciale. On y admet gratuitement les jeunes filles qui ont obtenu les plus hautes récompenses dans les instituts de province. L'enseignement se fait en français; le cours est de deux ans. Les élèves s'engagent à rester six ans au service de l'Etat. On les dispense de ce service si elles se marient.
Les écoles secondaires spéciales pour les jeunes filles appartenant aux familles du clergé, établies à Pétersbourg, à Moscou et dans vingt-six autres capitales, donnent aux élèves qui subissent heureusement les examens de sortie droit au diplôme d'institutrice domestique ; le cours dans ces établissements est de six ans.
Enseignement élémentaire. — Il y a deux clas* ses d'établissements pédagogiques pour l'instruction élémentaire : les instituts pédagogiques et les séminaires pédagogiques.
Dans les instituts pédagogiques on forme des
instituteurs pour les écoles primaires supérieu-
' res. On y admet les jeunes gens de seize ans
j au moins qui ont achevé avec succès leurs études
' dans une école primaire et qui ont fait un stage
' d'un an au moins comme maîtres adjoints. Le
cours est de trois ans. A leur sortie, ils ont le
dixième rang dans la hiérarchie civile.
Il y a de ces instituts dans les villes de Pétersbourg, Moscou, Gloukhov, Vilna, Théodosie, Jitomir, Tiflis, Kazan, Bielgorod et Orenbourg.
Les séminaires d'instituteurs primaires préparent des maîtres pour les écoles primaires élémentaires. On y admet des jeunes gens de dixhuit à vingt-deux ans, libérés du service militaire; ceux qui pendant le cours reçoivent un subside de l'Etat doivent servir au moins quatre ans comme maîtres dans les écoles élémentaires. Il existe en Russie 39 de ces séminaires, que l'on a établis dans des villes de second et troisième ordre et même dans des villages.
Il y a en outre à Moscou un séminaire d'institutrices où l'on reçoit les jeunes fille» ayant quinze ans au moins et possédant les connaissances de l'enseignement élémentaire. Le cours est de quatre ans, au bout desquels elles peuvent enseigner dans les écoles primaires supérieures. Mais beaucoup des institutrices de l'enseignement primaire sortent des établissements d'enseignement secondaire.
Il existe aussi, à Pétersbourg et à Moscou, divers établissements pédagogiques dans lesquels on enseigne l'art d'instruire les petits enfants dans les crèches et les salles d'asile.
5. Enseignement primaire. — Écoles élémentaires populaires. — Un oukaze du 25 mai 1874, complétant et résumant toutes les mesures précédemment édictées, a prescrit la fondation d'écoles élémentaires pour les deux sexes par toute la Russie. Ces écoles doivent être entretenues par l'Etat, par les zemstvos, par les communes ou par des associations particulières. Les élèves de ces écoles qui subissent avec succès l'examen final
RUSSIE
RUSSIE
sont exemptés en partie du service militaire. Ce service qui, en principe, est de six ans, peut être réduit h leur profit à trois ans, à dix-huit et même à six mois, suivant le degré d'instruction du conscrit.
La Russie est régie par un gouvernement absolu; mais les paysans, même à l'époque du servage, avaient une sorte d'organisation républicaine. La propriété individuelle est chose nouvelle pour eux, et n'existe guère que depuis l'abolition du servage. Chaque commune possède un terrain en commun. Gomme on manque de bras pour le cultiver tout entier, chaque année la commune se rassemble sous la présidence d'un staroste élu, pour décider quels terrains on mettra en culture, et quelle sera cette culture. La récolte faite, on partage. La commune se rassemble de même lorsqu'il s'agit de créer une école et de voter des fonds pour l'entretenir. Mais elle ne prend cette décision elle-même qu'à défaut du zemstvo. Le zemstvo est une sorte de conseil général territorial, qui se réunit sous la présidence d'un représentant de l'autorité centrale et émet des vœux. C'est le zemstvo qui dans la plupart des cas vote la création de l'école. Mais il n'existe pas de zemstvo partout, il n'y en a que dans trente-deux gouvernements sur soixante, et dans la province des Cosaques du Don.
Les gouvernements à zemstvo sont les suivants, rangés d'après Tordre alphabétique français :
Bessarabie, Ecaterinoslav, laroslav. Kalouga, Kazan, Kharkov, Kherson,Kostroma, Nijni-Novgorod, Novgorod, Olonetz, Orel, Oufa, Penza, Perm, Poltava, Pskov, Riazan, Saint-Pétersbourg, Samara, Saratov, Simbirsk, Smolensk, Tambov, la Tauride, Tchernigov, Toula, Tver, Viatka, Vladimir, Vologda et Voronèje.
En décidant la création d'une école, le zemstvo compte généralement sur un subside de l'Etat, qui est rarement refusé, et sur le concours pécuniaire de la commune. Dans les pays pauvres cependant, la commune est exemptée de la subvention, et c'est le zemstvo qui fait à peu près tous les frais. L'enseignement est gratuit, non seulement pour les leçons, mais aussi pour les livres et menues fournitures. Il en est ainsi du reste dans les internats de tout ordre. En principe l'enseignement est obligatoire, mais le zemstvo et les autorités communales peuvent accorder des dispenses. Elles en accordent toujours pendant les mauvais temps, et lorsque les enfants demeurent trop loin de l'école.
Les écoles diffèrent beaucoup suivant l'importance des localités.
Les écoles rurales peuvent n'avoir qu'une classe avec un seul instituteur, deux au plus.
Les écoles urbaines peuvent avoir jusqu'à six classes. Dans les dernières, on donne l'enseignement primaire supérieur. Les élèves qui ont suivi le cours entier peuvent entrer sans examen au service de l'Etat. Ceux qui ont suivi le cours des quatre premières années peuvent entrer dans un gymnase.
Il y a en outre les écoles primaires ecclésiastiques, réorganisées par le statut du 13 juin 1884, et les écoles primaires des divers ministères, gratuites pour certaines classes de la société et ouvertes exceptionnellement aux autres moyennant rétribution.
Il faut mentionner encore les écoles du dimanche pour les adultes et pour ceux qui sont empêchés de fréquenter l'école pendant la semaine. Dans les pays tout à fait dépourvus d'enseignement, dans ceux où la population est trop disséminée ou trop pauvre pour entretenir une école permanente, il y a des écoles ambulantes qui viennent s'établir pour quelques mois sur un point du territoire, puis s'éloignent pour s'établir ailleurs.
Quand les élèves ne sont pas nombreux, les enfants des deux sexes sont instruits ensemble.
On n'admet cependant pas de petits garçons au-dessous de huit ans et de petites filles audessus de onze, et quelquefois de douze. Lorsque les élèves sont nombreux, on fait deux divisions : les garçons viennent le matin de 9 heures à midi, et les petites filles de 1 à 3 ou 4 heures.
Dans les basses classes, on enseigne la religion (petit catéchisme et histoire sainte), la lecture en russe et en slavon dans l'imprimé et le manuscrit, l'écriture, les éléments de la grammaire russe, et les quatre règles d'arithmétique sur les nombres entiers. Dans les classes supérieures, 1 lorsqu'il y en a, on apprend la géographie, l'hisj toire russe, les fractions, la géométrie pratique, I le dessin graphique et d'imitation, et le chant, surtout le chant d'église.
Toutes les fois que cela est possible, on joint à l'enseignement intellectuel l'apprentissage d'un métier pour les garçons, et dans tous les cas l'exercice de l'aiguille pour les petites filles. Lorsque l'instituteur est marié, c'est sa femme qui se charge de ce dernier enseignement et qui reçoit un salaire pour cela; à défaut, on emploie de préférence une femme de la condition sacerdotale.
Les villages riches ont élevé des bâtiments convenables pour leurs écoles. Ailleurs, l'école est plus souvent logée dans une simple izba, humide souvent, parfois médiocrement chauffée et parcimonieusement éclairée. Il y a généralement des bancs, parfois des tables, mais quelquefois aussi les élèves sont assis à terre. Dans certaines localités rurales, la salle est tellement étroite et les élèves si nombreux que, dès le premier printemps, on est obligé de tenir les fenêtres constamment ouvertes. On fournit ordinairement au maître et à la maîtresse un domicile, avec un petit jardin, mais parfois aussi l'instituteur et l'institutrice n'ont pour demeure qu'une mauvaise izba, et parfois même un coin dans une izba, protégé par un rideau. La commission chargée il y a quelques années de faire une enquête sur l'état intérieur de la Russie a constaté cette situation misérable et c'est de ses rapports officiels que nous extrayons ces faits.
Cette situation, bien entendu, ne se produit que dans les gouvernements où il n'y a pas de zemstvo. Partout où le zemstvo intervient, l'école est toujours convenable ; il y a toujours des bancs, des livres, des cartes géographiques et parfois même des gravures d'histoire naturelle.
Le traitement des instituteurs primaires est loin d'être uniforme. Dans le gouvernement de Pétersbourg. ils reçoivent en moyenne 222 roubles par an (le rouble vaut en ce moment environ 2 fr. 50 c). Ils sont mieux traités dans les gouvernements de Saratov et de Samara, où leurs appointements varient de 250 à 300 roubles. Mais à Kiev, ils sont de 118 roubles et pour toute la Russie en moyenne de 191 roubles. Or, 46 0/0 des instituteurs sont mariés. Aussi les fonctions d'instituteur élémentaire sont -elles regardées comme un stage : 44 0/0 des instituteurs, 76 0/0 des institutrices n'ont pas vingt-cinq ans. Il n'y a que 31 0/0 des instituteurs, 11 0/0 des institutrices, qui aient dépassé la trentaine. Les autres ont trouvé des fonctions plus rémunératrices.
Contrairement à ce qui se voit dans les autres pays, les institutrices, comme nous l'avons dit, sont supérieures aux instituteurs pour le niveau d'instruction : 51 0/0 sortent des établissements d'enseignement secondaire (gymnases, instituts), tandis que pour les hommes cette proportion n'est que de 21.3 0/0. Le quart des instituteurs
RUSSIE
RUSSIE
Bort des instituts pédagogiques et des anciennes ^écoles de district (appelées aujourd'hui écoles urbaines), tandis que ces établissements ne fournissent que 7.0 0/0 des institutrices ; 44 0/0 d'entre elles appartiennent à la classe sacerdotale, tandis que cette classe ne fournit que 36 0/0 des instituteurs. La classe rurale en fournit à peu près autant. Les institutrices forment le cinquième environ du corps enseignant de toute la Russie : 4878 institutrices contre 19 511 instituteurs. Dans le gouvernement de Kazan , elles ne forment que 4 0/0 du corps enseignant primaire, et 6 0/0 seulement dans le gouvernement de Kiev.
Jusqu'à présent on n'a pas assigné de pension de retraite à ces modestes et utiles employés. Sept zemstvos ont déjà protesté contre cet oubli. On a lieu d'espérer que leur voix sera entendue.
Ecoles enfantines. — Au-dessous des écoles primaires, il y a les écoles des petits enfants, les asiles, les écoles maternelles. Les asiles n'existent que dans les villes et même les grandes villes, mais ils sont très multipliés à Pétersbourg et à Moscou, On y admet les enfants de sept à douze ans. L'asile du prince d'Oldenbourg est une véritable école, puisqu'en dehors des connaissances élémentaires on y apprend le français et l'allemand. Les orphelins y sont reçus gratuitement, les autres paient un faible écolage.
La grande-duchesse Hélène, la grande-duchesse Catherine ont fondé à Pétersbourg un grand nombre d'établissements pour les petits orphelins et les enfants pauvres. L'été ces établissements sont transportés à la campagne. Les enfants y reçoivent surtout des leçons de choses suivant les méthodes de Froebel et de M™e Pape-Carpantier.
Il y a aussi dans les deux capitales des écoles maternelles où l'on reçoit pour la journée des enfants dès l'âge de trois ans et où on les garde jusqu'à dix, etc., etc.
Lectures publiques. — Une commission a organisé à Pétersbourg et à Moscou des leçons populaires sur les sciences appliquées avec accompagnement de tableaux et d'expériences. Ces lectures (dans le sens du mot anglais) ont quelquefois lieu dans les fabriques et manufactures des environs, où il est facile de leur donner une couleur pratique. Le nombre des auditeurs est très considérable.
6. statistique de l'instruction publique. — La plupart des écoles élémentaires, 71.6 0/0, ont surgi depuis l'émancipation de 1861. Les parties de la Russie les plus riches en écoles avant l'émancipation étaient les provinces baltiques, qui avaient 58 0/0 de leurs écoles actuelles, et la Pologne, qui en avait 33 0/0.
Les écoles les plus fréquentées sont celles qui sont au compte des zemstvos. Viennent ensuite colles des communes, puis celles du ministère de l'instruction publique. Les écoles ecclésiastiques ont en moyenne moitié moins d'élèves que les autres.
Ces écoles élémentaires, avons-nous dit, sont ouvertes à toutes les classes, mais toutes les classes n'en profitent pas; les familles aristocratiques et celles qui veulent;, les imiter en sont encore au sysième des instituteurs domestiques.
Dans l'ensemble de la Russie, sur 1 000 élèves des écoles élémentaires, il y a, à côté de 808 paysans, 192 enfants appartenant aux autres classes. Dans les provinces baltiques, sur I 000 élèves il n'y en a que 17 appartenant à la noblesse. Il y en a 215 en Pologne et 214 dans les autres provinces. La proportion est plus grande pour les jeunes filles. Il y a, sur 1 000 élèves, 675 paysannes et 325 enfants des autres classes. Voici les chiffres pour 1870 :
Garcoai. Filles.
Paysans 84.4 0/0 <57.5 0/0
Petits bourgeois 3.2 i.6
Soldats 2.2 1.3
Ecclésiastiques 1.3 2.8
Marchands 0.3 0.5
Gentilshommes 0.6 ' 0.6
Enfants trouvés 8.0 2i.7
L'instruction des filles est beaucoup plus négligée que celle des garçons. Dans les villes la différence est faible, elle est énorme dans les campagnes. En 1870, sur 1000 élèves, il n'y avait en moyenne que 200 écolières. La proportion varie considérablement selon les communions religieuses et les classes sociales. C'est chez les protestants que le chiffre des petites filles instruites est le plus élevé, les juifs viennent ensuite. La proportion est à peu près la môme chez les catholiques et les Russes non orthodoxes. Les orthodoxes sont au dernier rang. Quant aux classes sociales, les petites filles du clergé viennent en tête, celles des marchands et des petits bourgeois passent ensuite, celles des paysans en dernier lieu. Les élèves appartenant à la noblesse et à l'armée sont encore bien moins nombreuses ; elles sont instruites à la maison.
De 1872 à 1882, le nombre des écoles de filles s'est accru de 40 0/0. La moyenne des écolières a augmenté de 60 0/0 dans les villes et de 30 0/0 dans les campagnes. Le gouvernement d'Orenbourg se distingue par le nombre de ses écoles de filles. La proportion est de 15 0/0 dans ce gouvernement, tandis qu'elle est de 2 0/0 en moyenne dans les autres.
En 1872, il y avait, dans 19 169 écoles, 783 749 élèves des deux sexes, savoir :
École*. Élèves.
Dans les villes 2 118 95 519
Dans les campagnes 17 051 688 230
Une statistique comparative se rapportant à la même année, mais n'embrassant qu'une partie de la Russie, donne les chiffres suivants :
Ecoles. ËlèTes.
Gouvernements à zemstvo .... 11 589 460 894
— sans zemstvo.. 3 023 105 878
Provinces baltiques 2 439 121458
En 1880, le nombre des écoles villageoises était de 22 770 avec 36 955 instituteurs (19 511 maîtres d'école, 12 566 maîtres de catéchisme) et 4 878 institutrices. Les maîtres de catéchisme sont ou des prêtres, ou des laïques qui se sont l'ait recevoir maîtres après un examen.
En 1882, il y avait 27 003 écoles avec 1485 491 élèves des deux sexes, savoir : dans les villee, 3 208 écoles et 232 088 élèves ; dans les campagnes, 23 795 écoles et 1255 653 élèves; les gouvernements à zemstvo avaient 14 792 écoles avec 889 204 élèves; les gouvernements sans zemstvo 6 417 écoles avec 209 891 élèves; les provinces baltiques, 2586 écoles avec 144 358 élèves.
Ainsi il y avait dans les provinces baltiques 1 élève sur 12.4 habitants, dans les gouvernements à zemstvo 1 élève sur 5.75 habitants, et dans les autres 1 sur 71.7 habitants.
Dans l'arrondissement scolaire de Moscou, comprenant onze gouvernements du centre de la Russie, en 1878, il y avait 4 733 écoles avec 249 930 élèves des deux sexes sur 14 6.Î2 030 habitants; en moyenne 1 élève sur 58 habitants. Dans le gouvernement de Smoiensk, il n'y avait que 1 élève sur 100 habitants.
Voici les cniffres pour 1885 :
Dans les villes capitales de province, 4 534 écoles primaires, avec 21) 720 élèves : 15 051» garçons et 14 661 filles.
RUSSIE
RUSSIE
Dans les districts, 23 795 école* avec 12ii3 453 élèves, 989421 garçons et 264032 filles. Total, 28 329 écoles et 1283175 élèves des deux sexes.
La statistique serait incomplète si l'on n'y faisait figurer le mouvement qui s'est produit pendant la même période dans les gymnases et progymnases.
Le nombre des élèves dans la période 1870- 1880 s'est accru, dans les gymnases masculins, de 65.18 0/0. Celui des élèves orthodoxes a augmenté de 66.68 0/0; celui des catholiques de 19.82 0/0; celui des protestants de 79.05 0/0; celui des mahométans de 32.53 0/0 ; celui des sectateurs de religions non classées de 6.3 0/0. C'est chez les juifs que le progrès a été le plus considérable : il a été de 262.98 0/0. Cela tient surtout à ce que les lois restrictives contre les Israélites se sont beaucoup relâchées pendant cette période.
En 1881, sur 1000 individus, il entrait dans les gymnases et progymnases 0,65 0/0 de la population orthodoxe; 1.56 0/0 de la population catholique; 1.87 0/0 de la population protestante; 2.69 0/0 de la population Israélite; 0.04 0/0 de la population musulmane. Ainsi, en laissant les musulmans de côté, ce sont les orthodoxes qui montrent le moins de zèle pour l'instruction de leurs enfants.
Voici pendant cette période, par arrondissements scolaires, la proportion des élèves suivant les cours des gymnases et progymnases, par rapport à la population :
Orembourg 0 . 30 0/0
Odessa 0.48
Moscou 0.61
Yilna 0.82
Varsovie 1 .67
Kazan 0.35
Khaikhov 0.60
Kiev 0.74
Saint-Pétersbourg 1 . 30
Dorpat 2.21
Voici les chiffres pour 1885 :
840 écoles movennes de toute classe, avec 107 930 élèves garçons et 79625 filles.
Voici le nombre des étudiants de chaque université au 1" janvier 1884 :
Moscou 2 799
Pétersbourg 2 246
Kiev 1709
Dorpat 1311
Varsovie l 195
Helsingfors 1 000
Kharkov 978
Kazan 800
Odessa 389
Au 1er janvier 1885, le nombre des étudiants de toutes les universités s'élevait à 10101.
Proportion des lettrés. — En prenant pour base la population, — y compris les enfants au-dessous de sept ans, — on trouve sachant lire et écrire, sur 1 000 individus :
Hommes.
Femmei.
Gouvernement de Moscou
— de Tver
Dans trois districts de Riazan
Dans deux districts de Poltava
Dans un district des gouvernements de:
Koursk
Saratov
Viazma
Voronéje
Ecatérinoslav
Pour le recrutement militaire^ la proportion des lettrés a diminué entre 1874 et 1879. En 1874, il y avait 21.3 0/0 de jeunes gens sachant lire et écrire; en 1879, il n'y en avait plus que 20.7 0/0.
Les chiffres varient beaucoup suivant les diverses parties de l'empire. Le nombre des lettrés
c'est-à-dire des individus sachant lire et écrire, est, dans les provinces baltiques, de 81.1 0/0; en Pologne de 14.3 0/0 ; dans les provinces à zemstvo de 21.2 0/0; dans les provinces sans zemstvo de 15.2 0/0 ; en Sibérie de 12.4 0/0, et dans le Caucase de 19.4 0/0. Les gouvernements les moins avancés sont ceux de Penza,où les lettrés ne forment que 10.3 0/0 de la population, d'Oufa, où ils ne forment que 5 0/0, et de Bessarabie, où ils forment 4.3 0/0.
7. Dépenses de l'enseignement public des divers degrés. — Les dépenses du gouvernement russe pour l'instruction publique sont relativement modestes. Tandis que le budget de la guerre s'élevait en 1885 à 200 542549 roubles, celui de l'instruction publique, les dépenses pédagogiques de tous les ministères comprises, ne s'élevait qu'à 34 372 343 roubles, et le budget spé-; cial du ministère de l'instruction publique à 20 419963 roubles.
Ces dépenses se décomposent ainsi :
Administration
Universités
Lycée (juridique) Demidov
Enseignement secondaire
Ecoles réaies
— urbaines
— des communes et autres
Subventions aux écoles populaires
Institut bistorico-philologique
Instituts et séminaires pédagogiques
Etablissements d'enseignement du ministère.
Constructions
Prix et récompenses
Secours aux étudiants (bourses)
Académies, publications, etc
Total. 20 419 963
Le Saint-Synode dépense pour ses établissements d'enseignement 2 645 683
Le ministère de la guerre 7 Ot 2 144
— de la marine 526 238
— des finances 2 977 825
— des domaines 1119 4Ô3
— de l'intérieur. . ..• 82 082
— des voies de communication. .. . 142 458
— de la Justice 431656
— des affaires étrangères 15 141
La direction des haras 11 900
Total des divers ministères 13 953 380
Le ministère de l'instruction publique ne dépense donc qu'environ quatre millions et demi de roubles de plus que les autres ministères réunis en ce qui concerne l'instruction publique.
Les écoles villageoises ne figurent que pour une faible somme dans le budget du ministère ; l'État n'accorde de subsides qu'à 14 0/0 d'entre elles. Le gouvernement n'entretient qu'wne écolo pour 9 078 habitants dans les provinces sans zemstvo, une sur 46 555 habitants dans les provinces à zemstvo, et une sur 163 116 habitants dans les provinces baltiques ; ce sont donc les zemstvos qui font les principaux frais de cet enseignement. La moyenne de la dt^pense des zemstvos pour ce chapitre est de 65.5 0/0. Ces dépenses augmentent d'année en année. Elles ont quintuplé de 1869 à 1880. Sur 6 millions 1/2 de roubles dépensés en 1879 pour les écoles rurales, les zemstvos ont fourni plus de deux millions et demi, soit 40.2 0/0. Les gouvernements sans zemstvo fournissent 69.9 0/0 du total des dépenses. Dans l'arrondissement scolaire d Odessa, qui comprend, comme nous l'avons dit, la Grimée et la Bessarabie, les communes dépensent deux fois et demie plus que le zemstvo. 11 existe môme un zemstvo qui ne dépense rien pour l'instruction populaire.
Malgré les louables elTorts que fait le gouvernement russe pour répandre l'enseignement popu-
RUSSIE
RUSSIE
!aire, il est encore loin du but. L'immense majorité ne sait pas lire, non pas tant par indifférence que par manque de moyens de s'instruire. Les journaux de province se plaignent constamment de l'insuffisance des écoles,et aussi, il faut le dire, de l'exclusivisme qui frappe les Juifs, dans les provinces du sud-ouest. On vient de restreindre considérablement le nombre des Israélites qui pourront être admis dans certaines écoles. On a calculé que pour que tous les enfants des campagnes puissent fréquenter l'école, il faudrait au moins encore 68 000 établissements, qui coûteraient à l'Etat 19 millions de roubles par an, et que par conséquent il faudrait doubler le budget spécial du ministère de l'instruction publique.
8. Enseignementprivé. — -Dans les campagnes, les écoles firivées n'apparaissent guère que là où il n'y a pas d'école publique. Dans les villes, on les rencontre en assez grand nombre. Ces établissements n'offrent rien de particulier. Quant aux pensions de jeunes gens, leur nombre a singulièrement diminué depuis l'établissement des écoles secondaires officielles. Elles ne servent guère plus maintenant que d'écoles préparatoires et d'auxiliaires. Il en est autrement des pensions de jeunes filles. Celles-ci ont une existence indépendante. Quelques-unes sont organisées à la façon des gymnases et donnent l'enseignement complet ; d autres sont nationales ou confessionnelles : telles sont les écoles fondées par les colonies française, suisse, suédoise, polonaise, allemande, anglaise.
Il y a aussi des établissements aristocratiques, celui de M"^ Troubat (aujourd'hui MUeBratsov), par ■exemple, à Pétersbourg, l'Athénée des familles^ fondé sous la protection de la grande-duchesse Hélène. Aux pensionnats sont annexés des cours de littérature de tous pays, d'histoire, de sciences, etc., auxquels des externes viennentassister. On trouve là, dans une mesure plus modeste, l'équivalent des cours supérieurs pour les jeunes filles, que l'aristocratie ne fréquente pas.
Les formalités pour la fondation d'un établissement d'éducation sont à peu près les mêmes en Russie que dans les autres pays. Il faut présenter une déclaration, être Russe d'origine ou d'adoption, fournir un diplôme de maître ou maîtresse dans un établissement public, prouver qu'on dispose de ressources suffisantes pour entretenir l'école une fois ouverte, faire adopter le local où aura lieu l'enseignement et le programme des leçons qui y seront donnés. On obtient dispense de quelques-unes de ces conditions.
Il est une classe du personnel enseignant qui ne joue qu'un faible rôle en France, mais qui tient une place importante dans l'enseignement en Russie. Ce sont les gouverneurs et gouvernantes attachés aux familles. Dans les villes, l'école primaire n'est encore que très imparfaitement entrée dans les mœurs. Quiconque possède une toute petite aisance prend une gouvernante, surtout s'il y a plusieurs enfants à la maison. Dans les maisons plus riches on en prend même plusieurs, de nationalités difîérentes. Les gouvernantes russes ne figurent guère que dans les maisons modestes : dans les autres on prend des Allemandes, des Anglaises, des Suissesses, des Françaises, qui enseignent aux enfants à parler leurs langues. C'est ce qui explique comment les iiusses parlent facilement les langues étrangères. Cela ne provient pas, comme on le dit tous les jours, de la richesse de sons que présente la langue russe, qui rendrait la prononciation des langues plus facile : loin de là, l'accent russe appliqué à la langue française, par exemple, est beaucoup plus désagréable que l'accent anglais ou l'accent allemand Cela vient de ce que, tout petits, les enfants ont Cto habitues à parler trois ou quatre langues
le môme jour. Plus tard, les enfants sont remis à un gouverneur. Quand il y a plusieurs gouverneurs, c'est le gouverneur russe .;ui a le premier rang aujourd'hui et non le gouverneur français comme autrefois.
Les gouverneurs et gouvernantes donnent quelquefois l'enseignement complet ou presque complet dans les familles. C'était la règle autrefois, ce n'est plus que l'exception depuis qu'on a établi tant d'écoles. Les jeunes gens de l'aristocratie entrent généralement dans les écoles privilégiées ; quelquefois, mais assez rarement, ils fréquentent les gymnases. Les jeunes filles de l'aristocratie ne vont que très exceptionnellement aux gymnases, plus exceptionnellement aux cours pédagogiques, et à peu près jîimais aux cours supérieurs ou universités féminines. Ces cours sont uniquement fréquentés par la classe qu'on appelle « l'intelligence n. Les gouverneurs et gouvernantes se bornent donc le plus souvent à donner l'enseignement primaire et à surveiller les leçons qu'on fait donner à la maison par des professeurs spéciaux, à servir d'éducateurs et d'éducatrices, les établissements de l'Etat se bornant, par leur organisation même, à donner l'instruction.
9. La Finlande. — Le grand-duché de Finlande n'est qu'annexé et non incorporé à la Russie, et a conservé son gouvernement constitutionnel, sa monnaie, sa langue et sa religion luthérienne. Au point de vue de l'instruction publique, il a une organisation à part. La plupart des Finlandais savent lire, soit qu'ils aient appris à la maison, soit qu'ils aient profité des écoles ambulantes qui s'arrêtent pour un temps dans les villages. Le grand-duché fournit le traitement de l'instituteur ou de l'institutrice — 600 et 400 marcs— aux communes qui s'engagent à établir une école fixe. En 1878, il y avait 448 écoles, 129 dans les villes et 319 dans les campagnes, avec 231 instituteurs, 301 institutrices, 10 996 écoliers et 9283 écolières. Il existait, en outre, 45 écoles privées. Il y avait dans les villes 74 écoles finnoises, 54 suédoises, une suédoise et finnoise, et une russe ; dans les campagnes 270 écoles finnoises, 45 suédoises, 3 suédoises et finnoises, et une russe.
Au-dessous de l'université mi-suédoise, mi-finnoise de Helsingfors, dont nous avons déjà parlé plus haut, il y a en Finlande pour l'enseignement secondaire 14 lycées à 7 et à 4 classes (gymnases et progymnasesj, 18 écoles industrielles, de nombreuses écoles où les jeunes filles reçoivent l'enseignement secondaire et professionnel. Ces divers établissements étaient fréquentés en 18T8 par 3484 écoliers et 774 écolières; quelques écoles russes se sont établies depuis. Le gymnase russo de Helsingfors avait 163 élèves en 1880. Il y a dans la môme ville un gymnase russe pour les jeunes filles; à Viborg, une école russe.
10. Conclusion. — On peut reprocher au gou- \ vernement russe quelques restrictions mises à l'enseignement supérieur par la crainte exagérée du nihilisme, mais cela ne doit pas empocher de lui rendre justice pour les efforts qu'il a tentés
et qu'il tente pour faire pénétrer partout l'instruction. Non seulement l'enseignement est le plus souvent gratuit en Russie, mais l'Etat fournit les livres, accorde souvent le logement et la nourriture, il donne même dans beaucoup de cas un encouragement pécuniaire à ceux qui veulent s'instruire, et à la fin de leurs études leur assure une place lucrative.
L'enseignement élémentaire est obligatoire en même temps qu'il est gratuit. L'obligation est inscrite dans la loi, et les adoucissements apportés à la rigueur de la loi sont considérés comme des exceptions. De plus, l'enseignement est complètement laïque. Voilà donc la Russie, par la force des choses, en possession de cet enseigne-
SADOLET
SADOLET
ment gratuit, laïque, et obligatoire que la France a en tnnt do peine à se donner.
Ce n'est pas tout. La Russie a été la première des nations h organiser l'enseignement secondaire et supérieur des jeunes filles; ses gymnases féminins ont précédé de trente ans ces lycées de filles qui ne sont encore que très incomplètement organisés en France; ses cours pédagogiques pour les jeunes filles ont précédé ceux qu'on a établis en
France ; enfin les cours supérieurs qui, en élargissant un peu leurs programmes, deviendront de véritables universités féminines, attendent encore des imitateurs dans les autres pays. Ainsi, en ce qui concerne le progrès de l'enseignement, la Russie a droit à l'une des premières places dans l'histoire de la civilisation.
[Jean Fleury, lecteur à l'université de Saint-Pétersbourg.].
SACI. — V. Port-Royal.
SACRISTAIN. — On appelle proprement sa- Ci istain la personne qui a soin de la sacristie, c'està-dire du lieu de l'église où l'on conserve les vases sacrés, les ornements, les vêtements sacerdotaux, etc. Dans les paroisses rurales, les fonctions de sacristain sont associées à celles de bedeau, de sonneur de cloches, souvent aussi de chantre, et c'est l'instituteur qui, sous l'ancien régime, — et quelquefois encore de nos jours, — en était chargé. On lit, par exemple, dans le procès-verbal de la nomination d'un maître d'écolo à Combes-la-Ville, près Melun, en 1788 : « Le maître d'école est obligé d'assister et de chanter à tous les offices, saints, processions, et généralement à tout le culte religieux et public;... plus, d'assister et d'accompagner M. le curé ou le prêtre commis de sa part, dans l'administration des sacrements, soit de jour, soit de nuit, soit dans l'église, soit dans les maisons, et de faire les fonctions de clerc des sacrements et de sacristain; conséquemment de préparer tout ce qu'il faut et le remettre en place après la cérémonie... » On lit d'autre part, dans un règlement édicté en 1824 pour les (( instituteurs clercs-laïques » du diocèse d'Amiens, que ces « clercs-laïques », dont la principale fonction est de « servir l'Église », et qui accessoirement exercent le métier d'instituteur, doivent 'i savoir lire, écrire, chanter, être instruits des principales rubriques et cérémonies de l'Église », et que « ils auront un costume plus modeste que le commun des laïques ».
Le projet de loi sur l'organisation de l'enseignement primaire voté par la Chambre le 18 mars 1884, interdit aux instituteurs « les emplois rémunérés ou gratuits dans les services des cultes ». Un vote du Sénat ( 1 3 février 1886)a confirmé cette disposition. Dans la France du nord-ouest, le sacristain maître d'école, sous l'ancien régime, s'appelait coustre on contre (du latin custos, en allemand kuster, en flamand koster ; le français cuistre est une des formes du même mot). Souvent en outre le sacristain était en môme temps marguillier. — V. Contre et Marguillier.
SADOLET. — Jacques Sadolet, humaniste italien, fils de Jean Sadolet, professeur de droit civil à Ferrare, naquit à Modène en 1477. Après avoir reçu les leçons des meilleurs maîtres, le jeune Sadolet renonça, pour s'adonner aux belleslettres et à la philosophie, aux études de droit que son père lui avait fait commencer avec l'espoir de le voir embrasser une carrière à laquelle il devait lui-même une certaine célébrité. Sadolet obtint l'autorisation de se rendre à Rome, où il fut assez heureux pour prendre place dans la clientèle brillante et lettrée du cardinal Olivier Caraflfa. Les années qu'il passa dans l'intimité de ce prélat furent les plus heureuses de sa vie. Pourvu par le pape Jules II d'un canonicat à Saint-Laurent, il put se livrer en toute liberté à la culture des lettres, et les succès qu'il remporta lui permirent bientôt de figurer à l'Académie romaine à côté des
savants les plus illustres. Sa réputation le désigna au choix de Léon X, et il partagea la charge do secrétaire du pape avec le cardinal Bembo, qui devait rester l'ami de toute sa vie. Sadolet montra dans cette haute situation un grand désintéressement. Dédaignant les faveurs qu'il aurait pu s'attirer, il continua à se livrer à l'étude avec ardeur et n'usa de son crédit que pour protéger et encourager les savants. En 1517, il reçut du pape l'évêché de Carpentras; mais il ne lui fut point permis d'aller administrer son diocèse comme il l'eût désiré : il dut rester auprès de Léon X, et continuer à lui prêter un concours que les circonstances rendaient encore plus précieux. C'est en effet le temps où Luther commence ses attaques contre un clergé dont Sadolet constate lui-même l'impopularité dans plus d'une lettre. Il ne s'aveugle pas sur les causes qui ont amené ce discrédit ; il reconnaît le besoin d'une réforme qu'il prévoit prochaine, mais il la voudrait pacifique, sans violence et sans secousse. A la mort de Léon X, le trône pontifical est occupé par Adrien VI. Élevé dans la scolastique, le nouveau pape goûtait peu les élégances et les délicatesses de style qui avaient charmé son prédécesseur. Aussi Sadolet, se sentant moins apprécié^ se hâta-t-il de gagner son diocèse. Mais sous Clément VII et Paul III, il fut rappelé à Rome à différentes reprises, et chargé plusieurs fois de négociations délicates avec l'empereur et le roi de France. Paul III l'éleva au cardinalat en 1536. Au concile de Trente, il fit entendre des paroles de paix et de modération; il croyait qu'une conciliation était encore possible entre le catholicisme et la Réforme. Mais son espoir ne devait pas se réaliser. Il mourut à Rome en 1547, à l'âge de soixante-dix ans.
Les écrits laissés par Sadolet sont des ouvrages de théologie, des discours, des poésies, des lettres. Il a composé en outre un traité d'éducation que nous allons analyser, et qui le place au premier rang des éducateurs catholiques du xvi* siècle.
Ce traité, De liheris recte institue» f/is (Venise, 1534, un vol. in-8), est dédié à Guillaume du Bellay de Langcy à l'occasion de son récent mariage. C'est un dialogue entre le cardinal lui-même et son neveu Paul qu'il représente comme venant un jour le prier de lui exposer ses idées sur l'éducation. Au début, Sadolet exprime le regret que les lois n'aient pas pris soin de protéger l'enfant dès sa naissance en lui assurant l'instruction et l'éducation qui doivent en faire un bon citoyen : les anciens sur ce point s'étaient montrés plus prévoyants. Quoi qu'il en soit, on ne saurait commencer trop tôt à façonner le caractère de l'enfant. Comme sa raison est impuissante à le guider pendant les premières années de son âge, il faut agir sur lui par l'exemple et la discipline de manière qu'au moment où l'influence extérieure cessera, il soit capable de pratiquer le bien et de tendre de lui-même à la vertu. Les premières impressions ont donc une importance extrême; et qui saurait mieux que la mère les ménager? C'est donc elle qui sera la pre-
SADOLET