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SATLER
mière éducatricc de reniant. Elle le nourrira de son lait, si ses forces le lui permettent, et prendra soin de lui épargner tout chagrin dans un âge si tendre. Des que l'intelligence de l'enfant commence à s'éveiller, il convient de lui parler d'un Dieu tout-puissant et de lui inspirer la crainte du Seigneur, non pas cette crainte servile qui rabaisse l'homme et n'est point agréable à la divinité, mais celle dont l'Écriture a dit qu'elle est le commencement de la sagesse. A ce point, l'éducation de l'enfant a besoin d'être dirigée par le père. Quel sera son rôle ? Sadolet le caractérise d'un mot : Le père devra servir de modèle à son fils. Tâche difficile, qui demande une perpétuelle surveillance de soimême, une constante préoccupation de ses actes et do ses paroles et qui, par cela môme, n'est pas à la portée de tous. Si le père craint de ne pouvoir bien s'en acquitter, il faut qu'il ait le courage de s'efi"acGr et de laisser la place à un maître qu'il croira capable de la mieux remplir. S'il ne recule pas au contraire devant un rôle qui lui appartient naturellement, il s'efforcera de se perfectionner lui-même en élevant son fils. Il sera simple et grave, toujours maître de ses sentiments, et montrera par son exemple l'empire que la raison doit prendre sur les passions. La famille entière le secondera dans son œuvre d'éducateur. Toute la maison lui obéira sans qu'il ait besoin d'élever la voix. Les serviteurs, traités avec douceur et bienveillance, ne feront et ne diront rien qui puisse choquer les yeux ou les oreilles de l'enfant. Enfin^ ce père de famille idéal prouvera par une sage administration qu'une grande fortune n'est pas nécessaiiie pour entretenir le bien-être dans une maison. Grandissant ainsi dans une atmosphère de calme et d'honnêteté, l'enfant sera merveilleusement préparé à recevoir les leçons des maîtres chargés de son instruction proprement dite. Sadolet ne pense pas que l'on doive craindre de la commencer trop tôt. L'émulation lui semble un excellent moyen d'inspirer à l'enfant le goût du travail ; des éloges et des récompenses accordés à d'autres plus avancés que lui stimuleront son zèle et l'aideront à faire des progrès. On lui fera étudier en même temps le grec et le latin, sans négliger les éléments de la religion chrétienne. La grammaire viendra ensuite, et avec elle la connaissance des poètes et des orateurs. Parmi ceux-ci, Sadolet place au premier rang Cicéron, dont il fait un éloge enthousiaste. A son avis, on ne saurait trop se nourrir des ouvrages d'un homme si éminent« qu'il inonde comme d'un torrent de délices les sens et l'âiiie des lecteurs ».
Le goût de Sadolet n'est cependant pas exclusif, et son enthousiasme pourCiréron nf roinpôclio pas ue lucuiauiauder comme il convient la lecture d'Homère, de Démosthène, de Virgile, et même de Térence et de Plante. La nécessité de cultiver l'esprit de l'enfant ne fera pas oublier les soins que l'on doit donner au corps. Les heures de loisir seront consacrées à la gymnastique, qui entretient la santé et règle les mouvements désordonnés de l'enfant, à la musique, pourvu qu'elle serve à glorifier les hommes illustres, à célébrer les louanges de Dieu, et même parfois à la danse. Les sciences auront aussi leur place marquée dans le programme des études de l'enfant. L'arithmétique, en particulier, dovra être enseignée tant à causé de ses applications pratiques que pour la force qu'elle donne à 1 intelligence en la préparant aux études abstraites et philosophiques. Que l'on ne s'effraie pas du nombre et de 1 étendue de ces connaissances ; il n'est pas nécessaire qu'elles soient très approfondies, et eur diversité môme soulagera l'esprit de l'élève. t.nhn la philosophie sera le couronnement naturel do 1 éducation, si on la considère comme l'art de vivre honnêtement et heureusement.
Telles sont les idées principales exposées par
Sadolet dans son ouvrage. Plus philosophe quo pédagogue, Sadolet s'est surtout occupé du développement moral de l'enfant; il s'applique à ne faire naître dans l'âme de son élève que les sentiment les plus nobles et les plus élevés; il surveille, pour ainsi dire jour par jour, la lente formation de ce qui sei:a la conscience et le caractère d'un homme. De là cette peinture d'un milieu idéal où l'enfant, n'ayant sous les yeux que de bons exemples et trouvant dans son père un modèle de vertu, prendrait naturellement l'habitude et l'amour du bien et s'affermirait en grandis-^ant dans des principes capables de le préserver plus tard de toute défaillance. Il faut savoir gré à Sadolet de s'être gardé de l'utopie dans un ouvrage où cet écueil était particulièrement à craindre. Il ne rêve pas une perfection absolue, mais il a un sentiment profond de la dignité de l'homme, et il pense avec raison que c'est surtout par l'exemple qu'il faut en pénétrer l'enfant. Sans doute ce serait s'abuser que de croire tous les pères capables de devenir des modèles de vertu, et il faut, d'autre part, tenir compte des nécessités de la vie qui les empêcheront souvent de se consacrer, autant qu'il serait désirable, à l'éducation de leurs fils; mais s'il n'est donné qu'à un petit nombre de se rapprocher du portrait idéal tracé par Sadolet, il n'en est pas qui ne puissent, à un degré quelconque, exercer cette influence salutaire dont l'auteur fait sentir tout le prix, et montrer une supériorité morale qui s'imposera à l'enfant et que celui-ci finira par acquérir lui-même.
C'est donc surtout par le côté philosophique que le traité de Sadolet présente encore de l'intérêt. Le programme d'études dressé par notre écrivain n'a rien qui le recommande particulièrement à l'attention. C'est le développement de cette idée qu'il est désirable que l'enfant ne reste complètement étranger à aucune des branches de la science. Constatons seulement dans ces études une lacune qui nous semble grave aujourd'hui : aucune place n'est réservée à l'enseignement de la langue maternelle. Cette prédilection pour la langue latine que Sadolet partageait avec les plus illustres de ses contemporains l'a entraîné, dans tous ses ouvrages, et particulièrement dans le traité que nous avons analysé, à des longueurs que le charme d'un style cicéronien ne réussit plus à faire oublier. Il y aurait injustice toutefois à lui reprocher trop sérieusement de s'être complu dans des développements où les réminiscences tiennent une large place ; ce serait oublier que Sadolet fut avant tout un littérateur et un humaniste. C'est peut-être dans ce profond amour de l'antiquité qu'il faut chercher l'explication de sa conduite dans les affaires politiques et religieuses de son temps. Il semble que son commerce assidu avec les anciens, en le transportant dans un monde si différent de celui où il vivait, l'ait rendu moins accessible aux passions qui s'agitaient autour de lui. De là son calme au milieu de la lutte et sa modération qui alla jusqu'à faire suspecter son orthodoxie. Il y aurait exagération à représenter Sadolet comme l'apôtre de la tolérance au xvi^ siècle ; mais s'il partagea, en matière religieuse, les sentiments des autres prélats de la cour de Rome, il faut reconnaître qu'il montra rarement dans la controverse la même ardeur et la même résolution. Son caractère paisible et conciliant, adouci encore par les délicatesses d'une éducation toute littéraire, le disposait à l'indulgence, et chez lui le philosophe fit plus d'une fois tort au théologien.
[A. Wissemans.]
SAILER. — Jean-Michel Sailor, l'un les plus éminents pédagogues de l'Allemagne catholique, naquit en 1761 à Aresing, en Bavière. Fils d'un pauvre cordonnier, il fut élevé simplement. Son père réussit à le placer à Munich dans une famille riche, comme cmule du fils de la maison, et