‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 343 sur 573 · SAINT-MARC GIRARDIN · texte numérisé non relu

SAINT-MARC GIRARDIN

le jeune ^'ailer put suivre ainsi les cours du gymnase. Son intelligence attira l'attention des jésuites, qui le firent entrer dans leur ordre à l'âge de dix-neuf ans. Trois ans plus tard (1773), la Société de Jésus ayant été supprimée en Bavière, Sailer alla achever ses études à l'université d'Ingolstadt; il fut ordonné prêtre en 1775, et en 1780 l'électeur Maximilien III le nomma professeur de théologie. Sa chaire ayant été supprimée l'année suivante, il obtint en 1784 un autre poste à l'université de Dillingen, où il professa dix ans; mais en 1794, accusé d'hérésie à cause de ses tendances larges et conciliantes, il fut destitué. En 1799, l'électeur Max-Joseph (plus tard roi de Bavière) le nomma de nouveau professeur àingolstadt. En 1821, Sailer devint chanoine, et eu 1829 évoque de Ratisbonne. Il mourut en 1832.

Sailer était une nature douce et tolérante, portée au mysticisme, éloignée de tous les extrêmes ; bien qu'il ait appartenu un moment à l'ordre des jésuites, il n'avait rien conservé de leur esprit et de leurs tendances; on l'a quelquefois appelé « le Fénelon allemand ». Il se montra toujours l'ami des instituteurs et de l'éducation populaire. Il attachait une grande importance à la personnalité du maître, parce qu'à ses yeux l'éducation avait plus de prix que l'instruction. Dans son traité de pédagogie, intitulé Sur Véducation, aux éducateursiUebei'Erzit:hung,fûrErziehe);Mumch,lS01), il dit à ce sujet : « L'instituteur doit être avant tout un éducateur. Devenez vous-mêmes meilleurs, la jeunesse s'améliorera à son tour. » Des diverses formes de l'éducation, celle qu'il préfère est celle qui cherche à former l'homme intérieur. Pour l'enseignement religieux, il recommande l'emploi du catéchisme, « parce que de cette façon l'élève, au lieu de recevoir les vérités de la bouche du maître, les tire en quelque sorte de son propre fonds ». Palmer, appréciant le rôle de Sailer dans l'histoire de la pédagogie, dit : « Il fut, comme Fénelon, un représentant de cette tendance qui, bien qu'étrangère en principe à tout jésuitisme, croit cependant de bonne foi que le but de toute éducation réellement humaine doit être de faire de l'élève un bon catholique. »

[Johannes Bôhm.]

SAINT-CYR, — V. au Supplément.

SAINT-CYRAN. — V. Port-Royal.

SAINT-MARC GIRARDIN. — Marc Girardin, dit Saint-Marc Girardin (1801-1873), dont le nom occupera une place éminente dans l'histoire littéraire du XIX® siècle, est connu surtout comme le défenseur éloquent et ingénieux de la tradition classique contre les nouveautés du romantisme au théâtre. Il mériterait cependant aussi de tenir l'un des premiers rangs parmi les maîtres modernes de la science de l'éducation. Ses grands ouvrages de critique et d'histoire littéraires : Tableau de la littérature française au xvi^ siècle, 1828; Cours de littérature dramatique, ISiS; Essais de littérature et de morale, 1844, etc., ont rejeté dans la pénombre les travaux plus modestes, mais d'une rare portée pratique, par lesquels il devança en matière d'enseignement et de « pédagogique », comme on disait en 1835, quelques-unes des réformes dont notre époque s'enorgueillit le plus justement. Par un curieux contraste, nous découvrons en ces livres un pédagogue aussi hardi novateur que le critique s'est montré conservateur et défiant. Oui, le même homme à qui Victor Hugo, diecteur de l'Académie française, souhaitera un peu ironiquement de plus larges horizons, est celui qui, dès 1 835, protestait contre l'exclusivisme des études classiques ; qui réclamait la création d'un enseignement secondaire spécial, institué trente ans plus tard seulement, sur l'initiative d'un ministre du second empire ; bien plus, qui, dès cette même époque, démontrait la nécessité d'élever des collèges ou

lycées spéciaux : besoin impérieux reconnu aujourd'hui même par d'excellents esprits et auq\i I néanmoins il n'a pu être encore donné satisfaction.

A vrai dire Saint-Marc Girardin s'était trouvé à bonne école pour connaître et traiter des choses de l'enseignement. Ancien élève, et élève brillant, du lycée Napoléon, reçu agrégé des classes supérieures en 1823, il fut nommé en 1827 professeur de seconde au lycée Louis-le-Grand. Là, il put étudier à loisir le mécanisme et le jeu de l'instruction scolaire. Ce n'est qu'après la révolution de juillet que le nouveau gouvernement l'appela à la Sorbonne, où il devait recueillir ses plus éclatants succès.

C'est en 1834 que lui fut confiée la chaire de poésie française à la Faculté des lettres. L'année précédente, il avait reçu du gouvernement la mission de parcourir l'Allemagne méridionale. L'objet de son enquête lui était défini en ces termes par la lettre ministérielle : « Je vous prie de visiter spécialement les gymnases ou écoles intermédiaires destinés à donner une instruction qui tient le milieu entre celle des écoles primaires et celle des collèges. » Le rapport qu'il adressa porte ce titre : De l'instruction intermédiaire et de son état dans le midi de l'Allemagne. Il fut publié en deux volumes, parus l'un en 1835 et le second en I8;rj. Cette étude considérable donne au travail de Victor Cousin * sur l'instruction primaire dans le noid de l'Allemagne, travail qui avait, suivant la reiutii-que du nouveau voyageur, « jeté quelques viveq lumières sur les écoles intérinédiâirês» delà même région, sa suite naturelle et son achèvement.

Le premier et obligatoire mérite d'un rapport est l'exposition lucide et complète des résultats obtenus par l'enquête entreprise. Mais cette essentielle qualité n'en exclut point une autre qui a bien également son prix : la claire discussion de ces résultats et l'énoncé sincère des conclusions personnelles où l'auteur de la recherche a été conduit. L'âme du voyageur doit être un miroir fidèle, oui sans doute, mais un vivant miroir qui réagit, pour ainsi dire, sur ce qu'il réfléchit et met quelque chose de lui-même dans les exactes images qu'il a reçues.

Dans le Rapport de 1835-1839, la description et l'analyse, l'histoire et l'appréciation sont intimement mêlées. Il semble même que l'écrivain ait dès l'abord son siège fait et qu'il ne tienne nullement à s'en cacher. Ses excursions ont, ce semble, bien plutôt pour fin de fortifier une conviction d'avance arrêtée en lui, que d'en faire surgir une dans sa pensée incertaine.

Cette conviction, quelle est-elle? Les premierschapitres du livre nous la font nettement connaître : l'éducation lettrée actuellement donnée à tout le monde ne convient pas à tout le monde. A une société nouvelle il faut un système nouveau d'instruction. « Le défaut de notre éducation actuelle, c'est qu'elle est trop spéciale, trop exclusive. Elie est bonne pour faire des savants, des hommes de lettres, des professeurs qui ne soient pas des théologiens : c'est ce qu'il fallait au quinzième et au seizième siècle. Mais aujourd'hui il nous faut aussi des marchands, des manufacturiers, des agriculteurs ; notre éducation ne semble point propre à en faire. » Cette indiscrète diff'usion de la culture classique n'est bonne qu'à peupler de médiocrités ignorantes une société et qu'à discréditer les études littéraires elles-mêmes. Comment trouver le remède? Oh 1 sans grand effort. « // faut une instruction intermédiaire, quelque chose de plus que l'éducation primaire, et quelque chose pourtant qui ne soit pas V éducation claftsique. » Ainsi, dans l'indétermination même où elle nous est présentée, cette définition nous laisse entrevoir une institution bien parente de ce que nous appelons, de nos jours, l'enseignement spécial.

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