SAVOIE (DUCHÉ DE) — 2G97 — SAVOIE (DUCHÉ DE
En 1679, la régente Marie-Jeanne-Bapiiste conçut le projet d'ériger une université à Chambéry; mais aussitôt l'evèque de Grenoble (dont le diocèse comprenait Chambér>) éleva la prétention de nommer les dignitaires de' l'université et d'exercer sa juridiction sur elle. De son côté, Turin voyait de mauvais œil la création dune université savoyarde, et souhaitait de continuer dattirer à elle les étudiants de Savoie et de multiplier, en les rendant obligatoires, les rapports entre les deui parties des possessions ducales séparées l'une de l'autre par les Alpes. Enfin, l'hostilité contre les Jésuites, maîtres du collège de Chambérj', commençait à se manifester, et l'on redoutait l'accroissement d'influence que leur aurait assuré la constitution d'une université dont les principales chaires leur auraient été forcément confiées, faute de ressources suffisantes pour payer des maîtres étrangers. Ces diverses raisons firent échouer le projet de la régente.
Pendant l'occupation espagnole '1T4-3-1TÔ3}, les Savoyards allèrent de nouveau étudier en France, surtout à Valence, dont l'université avait, à cette époque, repris quelque vigueur.
Afin sans doute d'enlever tout prétexte à ses sujets de Savoie de se rendre dans les universités étrangères, le roi Charles-Emmanuel HI adjoignit au collège de Chambér)-, en 1750, outre une chaire de mathématiques, un professeur de droit civil et un professeur de droit canon, au traitement, le premier, de bOO li\Tes et, le deuxième, de 3001ivres, honoraires bien modestes qui ne dorment pas une haute idée de l'importance de leur enseignement.
Par billets royaux des 9 mai et 20 juin 1835 fut établie à Chambéry « une école universitaire secondaire » qui fut ouverte aussi à l'enseignement supérieur. Les étudiants en médecine y recevaient deux années d'enseignement sur les six années d'études complètes, et les étudiants en droit ime première année sur cinq. En outre de cette école de droit annexée à l'école secondaii-e, il y en avait une autre ayant deux années d'études et consacrée aux jeunes gens qui aspiraient à devenir notaires, greffiers, procureurs (avouésu Ces cours, dont l'institution était heureuse, étaient obligatoires. L'école universitaire secondaire, sur laquelle étaient greffées des études de médecine et de droit, fut confirmée par billet royal du 9 octobre 1848. (Par décret impérial en date du 16 février 1861, cette école, qui portait le nom de Marcoz, son bienfaiteur, fut transformée en école préparatoire d'enseignement supérieur, sciences et lettres).
Rappelons ici que la théologie était enseignée, aux xvn« et xviii'î siècles, dans les collèges et les séminaires de Chambéry, Annecy, Moutiers, Saint- Jean de Maurienne. Mais les clercs de mérite ou de famille aisée allaient ordinairement se faire recevoir docteurs en Sorbonne.
Enseignement secondaire. — L'enseignement secondaire, en Savoie, est né, le plus souvent, du développement des écoles primaires auxquelles des donations permettaient d'ajouter successivement des classes de latin, de grammaire, d'humanités. Les collèges, dont quelques-uns étaient fort modestes, d'autres importants et florissants, étaient nombreux en Savoie. On en trouve à Saint-Julien, RumiUy, Thônes, Quses, SaUanches, Albertville, Beaufort, Moutiers, Saint-Jean de Maurienne, Evian, Mélan, etc. Disons un mot des plus considérables.
Le collège de La Roche, où Guillaume Fichet, qui devnnt recteur de l'université de Paris, fit ses études, comptait, en 1S74, plus de 300 écoliers. A ThoD.n. les écoles furent transformées par saint François de Sales (de 1597 à 1602» en une sorte d' université qui prit le nom de Sainte-Maison de
Thonon. Cette université fut protégée par Charles- Emmanuel \" et obtint du pape C'ement VllI les mêmes pri>ilèges que celles de Bologne et de Pérouse. On y annexa une école d'arts et métiers, destinée surtout aux convertis de Genève qui venaient chercher un refuge dans le Chablais, une fabrique de soie, même une imprimerie. Le but des fondateurs et des patrons de la Sainte-Maison de Thonon était d'élever en face de Genève une rivale catholique, dont les ressources, pour l'instruction et le commerce, auraient ruiné la cité protestante. Malgré les secours pécuniaires des Frib ourgeois et du pape, on n'y réussit pas.
Le collège d'Annecy, issu d'écoles primaires transformées, paraît avoir été prospère même avant qu'Eustache Chapuis l'agrandît ; en 1536, on y voit des élèves de la Maurienne et de Lausanne. En 1561, après sa réorganisation, il y en «i de la Bresse, du Bugey, de Chambér} , de la Rochette, de la Tarentaise'et, plus tard*, d'Aoste. En 16U, saint François de Sales y appela les Barnabites dont il était allé, en 1613'. étudier l'organisation à leur maison-mère de Milan. En 1729, le roi de Sardaigne retira l'enseignement aux Barnabites pour le confier au clergé séculier. Grâce à d'excellents maîtres, la réputation du collège d'Annecy ne déclina pas jusqu'à la Révolution. En 1774, les traitements des professeurs du collège d'Annecy variaient de lôO à 600 livres (la livre de Savoie valait environ 1 fr. 20).
Bonneville avait en 1648 un collège qui resta aux mains des Barnabites jusqu'en 1729. Des bâtiments furent construits par souscription sur un terrain acquis par la ville, en 1828. En 1834, l'établissement, déclaré collège royal, fut doté par le gouvernement et confie à des prêtres. En 1852, des maîtres laïques les y remplacèrent.
Le collège de "Chambcry fut fondé en 1564 par le duc Emmanuel-Philibert, et reçut des accroissements successifs jusqu'en 1664. En 1729, les Jésuites y sont remplaces par des prêtres séculiers et des religieux de divers ordres. On y enseignait, à cette époqne, la grammaire, les humanités, les mathématiques, la philosophie, la théologie, la chirurgie et la. jurisprudence. Les Jésuites, réublis au collège vers 1816. furent chassés de cet établissement et de la Savoie en 1848.
En 1797, Chambérv- fut doté dune Ecoie centrale pour l'enseignement secondaire, qui était citée, en 1801, comme l'une des plus florissantes de la Republique. En ISOô, elle comptait 304 élèves. L'Empire avait, de même, crée à Moutiers une Ecole pratique des jyiines dont la réputation fut im moment européenne.
En 18l;0, en dehors de nombreux cours de litinité. destines surtout à préparer des recrues pour le clergé, la Savoie comptait 15 véritables collèges, ceux de Saint-Pierre d'Albigny, Pont-Beauvoisin, Moutiers, Saint-Jean de Maurienne, Albertville, Aime, Chambéry, La Roche, Melan, Evian, Thonon, Thunes. Rumilly, Annecy, Bormeville. L'administration de l'instruction publique adopta comme établissements secondaires publics les collèges d'Annecy, de Bonneville, de Chambéry, et laissa les autres sôus l'autorité et à la charge des communes ou des associations religieuses qui les entretenaient à cette date. Elle remplaça le collège d'Albertville par une école normale d'instituteurs et établit à Rumilly une école normale de filles.
Sociétés savantes. — On trouve en Savoie un grand nombre d'Académies et de sociétés savantes dont quelques-unes sont fort anciennes. L'Académie Florimo'ttane fut ouverte en 1G07 par saint François de Sales, de concert avec Antoine Favre, président duconseil judiciaire du Genevois, à Annecv. Elle ne vécut pas longtemps, mais a purenîaire dans la Société florimûntam de Haute-Savoie, fondée en 1851.