SAVOIE (DUCHÉ DE) — 2698 — SAVOIE (DUCHÉ DE
La société Allobrogo-Flamande [Societas AUobrogo-gru'tica), fondée en 1G84 par les boursiers du collège de Savoie à Louvain, tenait ses séances dans une salle du collège d'Annecy dont elle prenait le sceau. Elle subsista jusqu'en 1708 environ.
La Savoie possède actuellement : V Académie des sciences, arts et belles-lettres, fondée en 1824 ; la Société médicale, en 1848; la. Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, en 1855 ; la Société d'histoire naturelle de Savoie; la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienue ; V Académie de la Val d'Isère, fondée en 1865; Y Union artistique de Savoie, en 1882.
Enseignement primaire. — L'histoire de renseignement primaire dans l'ancienne province de Savoie peut se diviser en quatre périodes :
1° Le moyen âge ;
2° De la Réforme religieuse à la Révolution;
3° De 1792 à 1815;
40 De 1815 à 1860.
Ire PÉRIODE. — II n'est pas possible de connaître exactement la situation de l'enseignement primaire dans l'ancien duché de Savoie avant les xv^ et xvi^ siècles. Néanmoins, on a des raisons de croire que les prescriptions des 3^ et 4^ conciles de Latran (1179 et 1215) relatives à l'institution de petites écoles gratuites furent en partie exécutées dans certains centres populeux. Ainsi, on constate l'existence d'un Rector scolarum, à Ghambéry, en 1359; à Annecy, en 1360; à Sallanches, en 1371; à Cluses, en 1462. La Roche avait des écoles en 1410. Ouvertes dans les monastères, les églises ou les cathédrales, ces écoles donnaient l'instruction aux clercs et aux enfants pauvres se destinant à la prêtrise, ou même préparaient, de loin, à l'étude du droit et de la médecine. Mais l'enseignement populaire offert à tous indistinctement ne fut vraisemblablement créé qu'à la fin du xvie siècle.
2« PÉRIODE. — A cette époque, le pouvoir central ne se souciait d'étendre ni le bras, ni le regard dans les replis des montagnes de Savoie. Groupées en paroisse autour d'un clocher, les familles formaient une sorte de confrérie communale dont le chef était le curé. Diverses circonstances modifièrent peu à peu cet état de choses. Les émigrés savoyards qui revenaient, à de longs intervalles, visiter leur pays natal ou s'y reposer d'une vie aventureuse, y apportaient les échos du dehors, des idées, des sentiments nouveaux qui ouvraient, remuaient les esprits. Le séjour des armées françaises, le contact de l'esprit gaulois, modifiaient sur bien des points les anciens préjugés. Enfin la position géographique de la Savoie, ses rapports avec Genève, permirent au calvinisme d'y pénétrer à la dérobée. Le clergé savoyard n'avait pas besoin des prescriptions du concile de Trente pour combattre avec énergie pour sa foi catholique. A la prédication de la chaire, il joignit l'enseignement do l'école ; aux petites écoles protestantes, il opposa les petites écoles catholiques, ou écoles de charité. L'enseignement populaire était créé ; car, aussitôt, l'initiative privée vint en aide au clergé. La Tarentaise et la Maurienne fondèrent les premières petites écoles. On institua pour les diriger des vicaires régents, ou l'on prit, à cet effet, des citoyens « quelque peu clercs » munis d'une autorisation spéciale de l'cvèque. Ainsi, TEgUse, pour faire œuvre de bienfaisance et pour se défendre, fut en Savoie la fondatrice des écoles primaires; elle en prit la direction morale et la surveillance, qu'elle conserva jusqu'au statut constitutionnel de 1848.
Voici quelques traits de la première législation donnée aux écoles par le duc Emmanuel-Philibert en 1561, 1566 et 1567. « Les maîtres d'écoic apprendront aux enfants qui sont abécédaires à lire
et à épeler leurs lettres sur les catéchismes français et autres livres catholiques... Ils interpréteront les livres de la doctrine chrétienne... Ils feront parler leurs élèves par familiers colloques de tels propos saints et catholiques. » A cet effet, « les maîtres d'école devaient faire à l'église uno proiession de foi catholique en présence du curé, du syndic, des conseillers de la communauté, d'un notaire ducal et des écoliers. »
La plupart de ces écoles furent créées et entretenues au moyen des revenus de legs ou do fondations. A titre d'hommage ou de reconnaissance, les Savoyards émigrés à l'étranger dotaient, les plus riches, un collège ; les autres, une école de charité. Au xvie siècle, Bochut laisse 1600 florins à Cluses pour une école gratuite ; Merlingo fonde une école gratuite de filles à Bonneville, et Duboin, marchand à Augsbourg, envoie 1200 ducats à Saraoëns pour y ouvrir une école ; en 1703, Revenaz, de Vienne, donne 13000 florins pour créer des petites écoles à Saint-Gervais en Faucigny, etc. On trouve en nombre considérable les legs plus modestes variant de 100 à 200 francs.
Les vicaires-régents se réservaient, en général, la direction des écoles entretenues par fondation. Ces dotations faisaient partie de fondations générales appelées œuvres pies et administrées par les syndics, représentants du pouvoir ducal, ou par des procureurs de quartiers. Avec le temps, ces œuvres pies et notamment les fonds d'aumône furent, en plus d'une commune, détournés de leur destination primitive au profit des écoles. En 1692, les bourgeois de Saint-Jean de Maurienne, jugeant « qu'il est plus utile de faire des hommes que d'entretenir des mendiants », décidèrent, malgré l'opposition des chanoines, la suppression de l'aumône dite des trois jours de la Pentecôte et en affectèrent la rente à leurs écoles.
Les maîtres d'école laïques étaient quelquefois originaires de la paroisse où ils enseignaient; mais, le plus souvent, ils venaient de la Tarentaise, de la Maurienne, du Briançonnais, du Dauphiné et même de la vallée d'Aoste. Avec un maître indigène, l'école pouvait rester ouverte la plus grande partie de l'année; le magister suivait les familles dans la haute montagne pour l'inalpai^e du bétail. Ses leçons, données sous un ciel pur, quelquefois à 1500 ou 2000 mètres d'altitude, avec des écoliers assis sur un rocher, un chariot, un tronc de sapin ou sur les bras de la charrue, ne devaient manquer ni de charme ni de pittoresque.
Les maîtres d'écoles étrangers (désignés d'ordinaire sous le nom générique de Briançonnais), arrivaient d'habitude vers la Toussaint. Quelquesuns portaient trois plumes au chapeau, indice de leur triple science : la lecture, l'écriture et la chifre. Tels d'entre eux s'annonçaient à l'entrée du village par le cri de « Maître d'école! maître d'école! » Leur première visite était pour le curé, qui examinait d'abord leurs certificats de foi catholique et de moralité, puis appréciait sommairement leur savoir en présence du syndic ou de tt communiers » notables. Parfois, le choix du maître (plusieurs briguaient quelquefois le même poste en même temps)donnait lieu à la cérémonie suivante : le curé remettait une férule au syndic qui la passait au premier notable, celui-ci au second et ainsi de suite jusqu'au dernier qui la donnait au récipiendaire, comme symbole de son autorité. Le maître d'école n'était engagé que pour un hiver. L'année suivante, les mômes démarches étaient à recommencer.
Le magister était tenu de se pourvoir à ses frais d'un local; ni lui, ni les familles n'étaient difficiles à cet égard : c'était une chambre abandonnée ou une écurie. Le poêle de la classe était