‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 36 sur 573 · BE CHANTS · texte numérisé non relu

BE CHANTS

Le jardin d'enfants fait au jeu une place d'honneur, mais il n'admet jamais que la « jardinière » s'en isole. Dans le jeu libre elle est là, en apparence désintéressée, en réalité plus que jamais occupée de son petit peuple : c'est alors seulement, en effet, qu'elle peut le voir tel qu'il est; c'est alors qu'elle démêle les caractères, que les dispositions bonnes ou mauvaises se montrent sans contrainte. La jardinière apprend là ce qu'il lui faut savoir pour juger, agir, corriger, diriger. Dans les jeux collectifs et les marches, elle a une part très active. Les jeux sont la mise en scène de quelque événement de la vie de tous les jours; il faut d'abord avoir observé, puis on imite : ce sont les mouvements du paysan, semant, moissonnant, battant le blé ; c'est le train s'ébranlant avec ses nombreux wagons; ce sont les oiseaux qui s'envolent du nid et y reviennent; c'est la roue du moulin que le ruisseau fait tourner. Chaque jeu est accompagné d'un chant qui le résume. L'institutrice enseigne et dirige ce chant, insiste sur l'imitation exacte des mouvements, provoque des

remarques et des comparaisons ; là encore elle n'a pas souci seulement du développement corporel, mais aussi du développement intellectuel.

Il" Groupe : Culture des tardinets.

Les jardinets ont une haute portée éducative; ils sont le coin de terre où chacun est chez soi, et le bonheur de posséder amène au respect de la propriété d'autrui. Puis, par son jardinet, on conduit l'enfant à la nature : il n'y peut venir de luimême, car il ne la comprend pas ; il faut lui montrer la terre livrant à l'homme tout ce que par son travail il en réclame, il faut lui montrer la merveille du progrès soutenu par lequel le petit grain de blé devient un bel épi doré. Quel maître se pourrait trouver qui enseignerait mieux la patience dans l'activité ! Et l'enfant entend cette leçon, il apprend à respecter la graine qu'il a semée, il prépare la fleur par les soins qu'il donne à la plante. La maîtresse a aussi sa plate-bande, toujours bien entretenue; chaque jour quelques élèves y viennent, récompense très désirée, soigner des plantes fort communes sans doute, — ce ne sont pas les moins jolies ni les moins intéressantes, et elles seront très utiles pour les leçons de choses ; ainsi le travail de chacun contribue au plaisir de tous.

nie Groupe : Gymnastique de la main.

Le jardin d'enfants réunit sous ce nom tout ce que de la part de Frœbel il offre chaque jour à son petit peuple. Ce nom n'est explicite qu'à demi: pauvres petites mains si lentes et inhabiles, et qui pourtant serez les facteurs de presque toute l'activité de l'homme, le jardin d'enfants ne peut vous oublier dans le développement général de l'être, et pour vous il multiplie les exercices ; mais il a la même sollicitude pour tous les sens : il prend soin de l'œil pour l'amener à voir bien et beaucoup, de l'oreille pour lui enseigner à bien écouter et à bien entendre. Il n'a garde de laisser les facultés intellectuelles s'endormir, et, tout en occupant les sens, il fait appel à l'attention, à la réflexion, au jugement.

Le matériel d'occupations se range sous six chefs.

A. — Solides.

l*' don : 6 balles (couleurs diverses).

2e don : boule, cylindre, cube.

3* don : cube divisé en 8 cubes.

4'= don : cube divisé en 8 briques.

5^ don : cube divisé en 27 cubes dont 3 divisés par 1 diagonale et 3 par 2 diagonales.

C don ; cube divisé • en briques, carrés et colonnes.

B. — Surfaces,

1° Tablettes en bois.

2° Surfaces en papier : a) pliage, b) découpage, c) tissage^

G. — Lignes.

ï° Petits bâtons.

2° Ouvrages aux petits pois.

3° Lattes.

4» Entrelacements de papier.

6° Jeux avec le fil.

6» Anneaux.

1° Perles.

2° Piquage.

3° Boutons.

4° Broderie.

— Méthode de dessin.

E. — Point.

F.— Matériel sans forme.

1414 — JARDIN D'ENFANTS

V Modelage.

2° Sable.

A Solides.— Les solides comprennent ce qu'on a plus spécialement, appelé do7is de Frœbel.

V^ don: six balles (couleurs diverses). — C'est la balle qui souhaite la bienvenue à l'enfant, et longtemps elle reste pour lui une fidèle amie, car, mobile et élastique, elle satisfait à toutes les exubérances de vie et de mouvement et se prête aux jeux d'adresse les plus variés, depuis la balle qui roule jusqu'à celle qui jongle. Entre les mains du tout petit enfant, la balle est le jouet par excellence qui tantôt en laisse, tantôt libre, représente chien, agneau, clochette, poupée, oiseau, etc. Les couleurs de la balle ne passent pas inaperçues : Tune c'est la pomme verte, l'autre c'est l'orange dorée, l'autre la cerise rouge, une quatrième rappelle la couleur du ciel, la cinquième un canari, la dernière enfin des violettes. On exerce l'enfant à balancer la balle en mesure, à la changer de main, à la faire rouler vers un camarade, et à la rattraper quand celui-ci la renvoie. Quels efforts persévérants cela demande et quelle habitude d'attention cela donne! la moindre distraction est punie, la balle se sauve d'ici ou de là, et la petite main reste vide jusqu'à ce qu'il soit permis de quitter sa place, et cela n'arrive souvent qu'à la fin du jeu.

2^ don : boule, cylindre, cube. — Après la balle vient la boule, qui a la même forme, qui roule aussi, mais avec bruit; elle est dure, pesante, ne rebondit pas quand on la jette, etc. La boule se présente accompagnée d'un solide tout nouveau de forme, le cube; celui-ci a bien quelques rapports avec elle : mais combien de différences ! des faces, des arêtes, des angles. Le deuxième don réunit la boule et le cube justement pour rendre plus frappants leurs contrastes et leurs similitudes. Comme intermédiaire entre eux se présente le cylindre, qui participe de l'un et de l'autre. Ce don, qui sert seulement aux comparaisons, n'est pas ordinairement entre les mains des enfants.

3* don: cube divisé en 8 cubes. — Voici pour la première fois une boîte bien fermée. Elle est lourde, et quand on la remue on croit entendre tout un petit peuple qui danse : ce sont des cubes qui, bien rangés les uns sur les autres, ont l'air de n'en l'aire qu'un. Heureusement la scie a passé par là et dans plusieurs sens : il y a huit petits cubes qu'on peut ranger en ligne droite, en cercle, en étoile, en croix, en escalier, dont on peut faire des chaises, des tables, des maisons, des colonnes. Tout cela s'exécute avec entrain, car les objets représentés sont ceux que la causerie précédente a rendus particulièrement intéressants. Il y 3 aussi de l'ordre, de l'enchaînement: la forme la plus semblable au cube sert de point de départ, et la jardinière ne suggère pas au hasard l'idée des autres ; pour chaque leçon, elle a d'avance expérimenté la marche à suivre et propose les constructions nouvelles dans l'ordre qui permet de les obtenir avec les plus petites moditications; aussi point d'écroulement bruyant, le moins de démolition possible : l'enfant doit prendre plaisir à créer et non pas à détruire.

4' don : cube divisé en S briques. — On dirait notre vieille amie la boîte de cubes ; mais, si l'extérieur est identique, si le volume total de l'intérieur l'est aussi, il n'y en a pas moins dedans une surprise; plus do ces lourds solides où les trois dimensions étaient égales : des briques, semblables en petit à celles du maço.a; les constructions no demandent qu'à s'élever, et les formes nouvelles risquent de faire tort aux formes géométriques ; on en fait pourtant, les mômes que pour le cube, ne fût-ce que pour faire bien apprécier à l'enfant

la différence d'aspect que produit dans l'ensemble la différence des parties. Arrivons vite aux églises, aux grandes fermes, aux ponts superbes que peuvent former les briques : un peu plus et cela aurait l'air grandiose. Mais comme un petit nombre de briques donnent déjà de jolies constructions, nous allons peut-être devenir dédaigneux ou négligents pour les autres. Non, non! Toutes les briques doivent trouver leur emploi: c'est une règle constante, applicable à toutes les boîtes de construction, non seulement parce que, dérivée de l'entier, chaque forme doit pouvoir le reproduire, mais encore parce que l'attention de l'enfant ne doit pas être éparpillée sur des objets qui n'ont pas une idée commune ; et s'il se trouve du matériel superflu, il faut lui inventer un emploi et d'un mot suggérer la liaison qui existe entre cet accessoire et la construction principale.

5* don et 6^ don- — Ces deux dons sont dérivés des deux précédents : le nombre des pièces est très considérable, et voici des formes jusqu'ici inconnues : des prismes, des colonnettes, des carreaux. Ce matériel est une mine inépuisable, mais, en raison de sa richesse même, il dépasserait l'intelligence des enfants si ceux-ci n'étaient préparés par les exercices précédents et ne s'en tenaient à la règle constante de la méthode : réunir les contraires. Oublier cette loi, c'est vouloir arriver inconsciemment à doe formes peut-être jolies, mais devant lesquelles on se trouve désorienté. La fidélité à la règle pourra ne faire obtenir que des résultats identiques, mais on les créera au lieu de les rencontrer par hasard.

Peut-on prendre congé des solides sans relever le rôle qu'ils jouent dans la préparation au calcul ? Avec eux l'enfant passe de l'unité à la pluralité; parleur maniement continuel, il acquiert les notions du nombre et de ses combinaisons, notions très élémentaires sans doute, mais fondamentales et qui ne peuvent être mieux sues que si l'expérience les enseigne.

B. Surfaces. — 1° Tablettes en bois. — Si minces que soient les briques, elles ne se prêtent guère à des figures planes, et les cubes encore moins. Si nous pouvions enlever à chaque brique, cube, prisme, etc., une mince couche de bois qui aurait la même forme que chacune des faces, quelles jolies mosaïques nous ferions ! Voilà les surfaces désirées, et le jardin d'enfants en a provision. Ces tablettes se groupent suivant la loi des contraires, comme tous les dons lorsqu'il s'agit de constructions planes : travail de comparaison qui prépare à la fois le calcul et le dessin. Les tablettes se prêtent particulièrement bien à produire des figures symétriques, élégantes et variées; elles n'offrent cependant aucun élément qui ne soit dans les autres dons. Serait-il impossible d'épuiser les combinaisons et les enseignements que l'on peut tirer de ce matériel pour le coup d'œil, le goût, l'adresse et la rectitude du jugement?

2° Surfaces en papier. — Après les surfaces en bois viennent celles en papier. Ici se présente l'occasion de modifier l'apparence même du matériel de travail.

a) Vliage et b) Découpage. — L'un et l'autre exigent des doigts déjà exercés, car ce matériel si souple subit tous les faux plis et toutes les fausses coupes, au grand détriment des résultats. On part du carré, qu'un prépare de façon à ce qu'il reçoive les mêmes plis ou coupes dans toutes ses parties correspondantes; c'est la condition de la symétrie. Pour les plus petits, le découpage devient un déchirage régulier, les ongles remplaçant les ciseaux. Pliage et découpage peuvent servir à l'enseignement pratique d'une Idule de notions géométriques ; des lignes sont tracées, des angles formés, dont les rapports et les posi-

tions relatives offrent matière à l'observation. Mais ce n'est pas là que le jardin d'enfants trouve au pliage et au découpage leur plus grande importance. L'enfant qui est l'objet de tant d'amour et de bonté ne fera-t-il jamais rien pour ceux qui l'aiment ? Petit enfant, vois ces papiers aux couleurs éclatantes ; lu vas les plier ou les découper soigneusement pour en décorer une corbeille, une boîte que tu feras aussi toi-môme en carton ; puis tu l'oflriras à quelqu'un que tu aimes bien. Que l'enfant est heureux du plaisir qu'il espère causer I Une « jardinière » peut-elle trop soigner cette plante délicate de la reconnaissance ?

c) Tissagp. — C'est une des occupations favorites au jardin d'enfants. Il y a tant d'intérôt dans ce travail qui admet toutes les combinaisons possibles de trame et de chaîne, depuis la simple toile jusqu'au croisé, à l'œil-de-perdrix, et même à certains damassés compliqués !

La diversité des couleurs ajoute à ce travail un élément artistique qui ne manque pas d'importance. La règle principale à observer est celle d'une progression lente et sûre.

C. Lignes. — 1° Bâtonnets. — Les bâionnets se présentent, soit comme les arêtes des volumes, soit comme les côtés des surfaces. Employés seuls, ils servent spécialement à reproduire des figures planes, ou bien à imiter des objets usuels sans tenir aucun compte de la perspective. Trois bâtonnets font un triangle ou une table des plus rustiques, quatre donnent les figures quadrangalaires, une chaise, un long banc sans dossier et une maison qu'avec cinq et six on fait très présentable; huit se prêtent à une étoile à quatre pointes; dix-huit, vingt-quatre font des rosaces très légères.

3" Bâtonnets et petits pois. — Et maintenant, voilà des petits pois ramollis dans l'eau, des boulettes d'argile ou de mie de pain à combiner avec nos bâtonnets dont nous avons affilé les pointes; ces petites boules sont le lien indispensable pour réunir nos bâtonnets aux angles et construire un cube, un prisme, etc., dont les arêtes seules seront figurées ; nous pouvons faire aussi un escabeau, une table, un banc, dont les bords et les pieds seuls existent, mais il n'en faut pas davantage pour que les enfants reconnaissent la table du dîner ou le banc du préau.

y Lattes et 4° Papiers entrelacés. — Les lattes et les papiers en bandes donnent lieu par leur entre croisement à la construction de figures planes qui ont l'avantage de pouvoir se soutenir. par elles-mêmes. On produit ainsi des formes artistiques (rosaces) et usuelles (barrières, fenêtres, etc.). La flexibilité du papier ajoute à ce travail un charme, une difficulté et une utilité de plus ; il s'agit souvent, pour tresser des bandelettes ou pour les entrelacer, de les diviser en parties bien égales; c'est l'étude pratique des fractions, cachée sous du papier rose ou bleu.

5° Jeux avec le fil. — Nous en dirons autant des jeux avec le fil : ils se font avec un cordon posé sur une ardoise un peu humide, en sorte que le cordon devient très souple et prend facilement toutes les positions ; l'enfant en profite pour lui faire reproduire les contours d'un objet quelconque, ce qui ne demande qu'un peu d'observation, eu une figure géométrique, qui, si elle est régulière, exige une grande exactitude d'exécution et une appréciation très rigoureuse des longueurs relatives.

6o Anneaux. — Enfin, voici le cercle qui vient rappeler la balle et donner, après toutes ces lignes si droites et si finies, la notion du sinueux et de l'infini. Là aussi, il y a des fractions, et le calcul trouve son compte en même temps que le dessin. L'anneau et ses subdivisions se prêtent à former des rosaces et des encadrements excessivement

gracieux, ce qui donne à l'enfant l'idée de I.i courbe et de l'emploi qu'on en peut faire.

D. Méthode de dessin. — Un papier blanc e; un crayon, voilà bien encore un rêve d'enfant réalisé; mais que de griffonnages informes si, devant cette inexpérience complote, on pose d'emblée une page blanche où rien ne fixe le regard et ne dirige le crayon 1 Le jardin d'enfants donne donc le papier quadrillé, et, s'il y a en cela une contrainte, C'est une contrainte bienfaisante que l'enfant ne tarde pas à accepter, parce qu'il reconnaît l'inconvénient de s'en passer; chaque ligne a un pointde comparaison, les distances totalessontsubdivisées, si bien que la moindre faute devient sensible. Il ne s'agit donc pas d'imiter les modèles où suffit une exactitude d'à peu près ; point d'imitation du reste : de l'invention ! C'est un triangle, un carré, un rectangle qui forme le point de départ. Le premier élément en fournit un second q\ii est son contraire comme position, et entre eux il y a deux intermédiaires; ces éléments se groupent et donnent naissance à des éléments plus considérables ; ceux-ci viennent se grouper autour d'un centre commun, au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche. L'oeil et l'esprit trouvent là sujet à un travail assidu de comparaison et de jugement ; et la loi de la conciliation des contraires, qui préside à toutes les combinaisons, met l'imagination même en jeu, car elle lui laisse prévoir les formes bien avant que la main les ait exécutées. Tout ce qui sort do là est mathématiquement régulier : il faut assurer la main et le coup d'œil; il faut régler la faculté inventive et lui faire provision do bases solides pour l'avenir. Mais la leçon de dessin, comme toutes les autres, laisse un temps de liberté absolue à l'initiative de l'enfant; il y a toujours un moment où le crayon peut aller à son gré, sans souci du carrelage ou de la règle : alors apparaissent des animaux et des personnages fantastiques au milieu de paysages étranges. Enfin, on propose parfois à l'imitation des enfants des formes planes très simples, des feuilles naturelles dont ils peuvent suivre le contour avec le doigt avant d'essayer de les dessiner.

E. Point. — 1° Perles. — Les perles, cette occupation empruntée comme beaucoup d'autres à la maison paternelle, se retrouvent au jardin d'enfants. Naturellement l'enfilage, très simplifié, y est aussi plus méthodique ; l'aiguille est supprimée, et c'est une ficelle bien effilée entre les doigts un peu humides qui passe dans les gros trous des grosses perles de verre. L'arrangement des couleurs détermine la succession des exercices : couleurs mélangées au hasard; couleur unique ; plusieurs couleurs (combinaisons binaires, ternaires, etc.) ; puis viennent les enfilages plus compliqués à plusieurs fils.

2° Piquage. — Le jardin d'enfants n'a pas d'occupation qui charme aussi constamment les bambins, qui étonne et inquiète davantage le visiteur; chaque marmot tient dans la main un poinçon à longue pointe, et quelques modèles ont un certain air de poignard qui fait trembler pour la sécurité publique; cependant personne n'enfonce jamais ses poinçons qu'en terrain permis, c'està-dire dans îe papier et le feutre placé dessous. Lo piquage est du dessin, surtout quand il se fait sur papier quadrillé ; il s'agit alors de former des bordures, des étoiles, etc., par des combinaisons de lignes droites. Pour produire ces lignes, l'enfant fait un effort tout particulier : il prévoit une ligne qui n'existe pas encore, mais il marque d'abord les points de départ et d'arrivée d'un quadrillage à l'autre, puis il prend le milieu entre ces deux extrêmes, et c'est par le sectionnement de longueurs toujours plus courtes que les points viennent se ranger tous à égales distances pour former enfin la ligne.

Un autre exercice de piquage comporte du papier uni sur lequel est tracé un contour quelconque, en général celui d'un objetdont il a été question et que les enfants sont enchantés de retrouver là. L'enfant lui-même est parfois l'auteur de ces contours, sïl s'aiîit d'une forme plane qu'on puisse lui mettre entre les mains : il l'applique sur son papier et fait glisser son crayon le long de toutes les sinuosités; beaucoup de feuilles peuvent ainsi fournir des modèles gracieux et utiles, si l'attention est attirée sur leur apparence relative. On fait disparaître la ligne au trait sous une ligne pointiliée à l'œil aussi régulièrement que possible.

3" Boutons. — Les boutons sont au piquage ce que les bâtonnets peuvent être au dessin : une excellente préparation. Ils s'emploient sur des cartons dont un côté porte un quadrillage à quatre ou cinq centimètres et l'autre des tracés de formes, soit géométriques, soit usuelles. Les boutons se posent sur ces lignes suivant les mêmes règles que le piquage, et l'on y peut mêler quelques jetons de couleur pour rendre l'effet plus gai.

4° Broderie. — Un joli carton où l'aiguille entre et sort par des trous percés à l'avance et laisse derrière elle un fil de couleur vive, quelle gracieuse préparation à la couture! mais ily a nombre de difficultés préliminaires à surmonter, et il faut éviter de multiplier ces exercices lorsqu'ils paraissent trop au-dessus des forces des enfants. Cependant, il ne faut pas oublier que cette occupation est de celles qui, en se prêtant à Tornementation d'objets en carton, apprennent à l'enfant le bonheur de travailler pour autrui et de donner.

F. Matériel sans forme. — 1° Argile. — C'est samedi : nos bambins mettront demain des tabliers propres, et, quoique l'argile bien préparée salisse peu, le jardin d'enfants fait la part des accidents possibles. Donc c'est au samedi qu'est réservé ce grand bonheur du modelage. Quel enfant n'^n a Das déjà fait ?

Si c'est le temps des pommes, en voilà une à imiter — en petit. Comment est-elle? ronde, très lisse, un peu plate, un peu creusée dessus et dessous ; la queue est restée dans un de ces enfoncements, petite queue qui reste presque toujours ainsi attachée au fruits un bâtonnet en tiendra lieu, et voilà des pommes qui se fabriquent à la douzaine. Une autre fois nous ferons une assiette, un bol, un pot de fleurs avec un brin de mousse planté dedans.

2° Jeux avec le sable. — Dans nos petites caisses remplies de sable, nous ferons des champs, des jardins, nos montagnes et notre ruisseau, et nous cueillerons des brins d'herbe et des branchettes pour faire les forêts et les prairies. Notons qu'il y a une collection de jouets (poupées, ménages, animaux en bois) où nous pourrons puiser pour peupler cette création.

Beaucoup des occupations décrites sont connues dès longtemps à la maison paternelle, et Frœbel ne prétend pas les avoir inventées : il en a seulement réformé quelques-unes, ajouté d'autres, et de tout cela il a fait un ensemble que régissent certaines lois indispensables pour que l'enfant aille progressivement du facile au difficile, du simple au composé.

Les leçons auxquelles ces occupations donnent lieu ne doivent jamais avoir un air rigide, pédant; il faut qu'elles soient opportunes, soumises aux influences de temps, de disp(>sitions, etc., qu'elles s'enchaînent les unes aux autres, car le biât du jardin d'enfants est de développer harmoniquement un organisme et une intelligence uniques ; de l'harmonie du plan dépendra l'harmonie du développement ; aussi deux occupations différentes tracent-elles souvent le même sillon : variété dans l'unité. De plus le jardin d'enfunts a

souci de l'individualité de chacun, et les leçons sont toujours suivies d'un moment où l'enfant peut faire ce qu'il veut du matériel qui lui est confié.

IV« Groupe : Causemes. — Poésies. — Chants .

A côté du matériel d'occupations, le jardin d'enfants a une précieuse réserve : des contes merveilleux, de ces contes où quelque vérité profonde est cachée sous une forme gracieuse, des fables dont le sujet, emprunté au monde des animaux et des plantes, montre toute la création active et fidèle à accomplir sa tâche dans la nature pleine d'ordre et de paix, des histoires de notre monde à nous, des histoires de tous les jours; mais point de récits d'enfants désobéissants ou méchants et soudainement amenés à la perfection : le mauvais exemple n'a jamais corrigé personne ; il faut montrer la règle inviolée pour la rendre inviolable. Des contes, des fables, des histoires, tout ce qui peut charmer l'imagination de l'enfant, tout ce qui peut éveiller dans son esprit l'intérêt à la vie et à la nature, tout ce qui peut le tourner au bien, à l'amour du prochain, et lui faire mieux sentir la sollicitude de ses parents, enfin tout ce qui peut, en lui montrant Dieu dans ses œuvres, faire éclore la reconnaissance et préparer le sentiment religieux : voilà la causerie au jardin d'enfants.

Souvent une poésie ou un chant bien simple la résume, et l'impression n'en peut devenir que plus profonde, — puis le chant par lui-même a une grande importance éducative; l'enfant aime beaucoup à chanter, et il se laisse charmer par sa propre voix : des mélodies douces , gracieuses, le disposent au calme et à la docilité.

Résumons en quelques lignes les bats de développement spéciaux à chaque groupe :

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