SAYOTE (DUCHÉ DE) — 2700 — SAVOIE (DUCHÉ DE
être examinés par un principal de collège ou des professeurs.
3e pÉnioDE. — Après l'occupation de la Savoie en 1792, la loi française, en ce qui concerne l'enseignement, essaya en vain de s'y faire appliquer. En 175G, un maître d'école des plus autorisés laissait une sorte d'instruction pédagogique où il marquait, en ces termes, l'objet et l'utilité de l'enseignement primaii-e :
(c Les écoUes sont établies principalement pour y. apprendre à servir Dieu, et ensuite pour s'ellever et vivre d'une manière convenable, en ayant l'avantage de sçavoir lire pour servir au spirituel et temporel. Et pour ce qui est de sçavoir écrire et chiffrer, l'on en peut tirer des grands avantages et proffits : car faire ses affaires par soy-mème est de beaucoup plus sûr; outre qu'on a toujours occasion de les faiie sans attendre la commodité des autres, outre ce qu'il faudrait payer. »
Que l'on rapproche de ces vues modestes les aspirations des législateurs de 1789, et leur dessein avoué d'affranchù' l'esprit humain par l'instruction, comme l'application des principes des Droits de V homme avait affranchi les serfs, et l'on mesurera l'abîme à combler. Au certificat de foi catholique jadis exigé en Savoie des maîtres d'école, la France de 1792 substituait le certificat de civisme pour les instituteurs. La transition était trop brusque, elle ne se fit pas. Habitués à l'enseignement presque exclusivement religieux de leurs petites écoles et courbés depuis des siècles sous l'autorité de l'Eglise, les villageois opposèrent à l'application des lois scolaires libérales une force d'inertie qui eut raison de la ténacité du gouvernement. On en revint peu à peu à l'ancien système.
La plupart des petites écoles furent rouvertes avec leurs anciens maîtres, quelques-unes avec des soldats déserteurs, ou des prêtres réfractaires qui voulaient payer, par l'enseignement de la jeunesse, la protection hospitalière qu'ils recevaient. Néanmoins, et ce fut à peu près le seul résultat scolaire obtenu par la Révolution française en Savoie, l'enseignement des filles, qui n'existait pas vraiment, fut organisé, et le programme étendu.
4e PÉRIODE. — En reprenant possession de ses Etats de Savoie, le 10 septembre 1814, le roi de Sardaigne fit déclarer par le comte d'Agliano que l'ordre de choses existant au 21 septembre 1792 allait être exactement rétabli. En conséquence, les écoles furent replacées sous l'autorité ecclésiastique. On pratiqua l'épuration des maîtres surtout au point de vue politique. Le 12 avril 1815, le Conseil de réforme de Chambéry déclara ne vouloir admettre que des instituteurs ecclésiastiques. Par édit royal du 27 juin 1815, les Français, toujours suspects de libéralisme, furent expulsés du pays. Eu 1825, ils furent admis à y enseigner, mais soumis à une surveillance assidue.
Tro's ans plus tard, un manifeste du Magistrat de la réforme décrétait que nul enfant ne serait admis dans les écoles, si sa famille ne possédait un revenu de 1500 francs. Les propriétaires, qui formaient seuls le conseil de la commune, s'intéressaient peu aux enfants de leurs fermiers, parce que les frais de leur instruction retombaient sur eux et quelquefois aussi « parce qu'on aimait mieux qu'ils ne fussent pas instruits ». « Lire, écrire et compter, cela suffit; aller au-delà ne sert qu'à faire des avocats de village. »
« Aujourd'hui encore, écrivait le cardinal Billiet, archevêque de Chambéry, dans un mémoire adressé en 18i5 à l'Académie des sciences, lettres et arts de Savoie, il existe des hommes, même dans les classes élevées de la société, qui refusent leur concours à tout ce qui tend à pro-
pager l'instruction primaire dans les campagnes et qui usent même de toute leur influence pour s'y opposer. » Mgr BilUet ajoute : « La mesure d'instruction (on a pu l'apprécier) qu'on procure aux habitants des campagnes a pour eux de très grands avantages et peu de dangers. On n'abuse pas de l'inf.truction primaire : on n'abuse que de l'enseignement secondaire. »
La Savoie avait vu à l'œuvre une congrégation religieuse avant la Révolution, celle des Frères de la doctrine chrétienne. Elle s'était établie, en 1683, dans le diocèse de Maurienne. Dissimulée d'abord sous des apparences modestes, elle s'étendit peu à peu dans toute la Savoie. Il ne s'agissait d'abord que d'écoles de catéchisme où les enfants étaient appelés à s'instruire des éléments de la foi ; mais ces écoles s'adjoignirent des cours d'adultes faits par les curés sous la forme d'instructions familières et où l'on conviait les populations. Voici deux articles des statuts de cette institution : « Chapitre V : Si les adultes, par leur assiduité à s'instruire de la doctrine, donnent pendant une année de bonnes espérances, on leur accordera quelque emploi et on les avancera selon leur capacité et leur zèle. — Chapitre VI, article 6 : Les curés défendront d'accorder des emplois à ceux qui ne se seront pas distingués par leur assiduité. » De telles dispositions n'étaient pas faites pour diminuer les entraves apportées à l'enseignement professionnel qui se donnait dans les corps de métiers organisés en confréries sous la surveillance des moines ou des curés. Les assemblées se tenaient dans les chapelles des églises ou les cloîtres des couvents. L'Eglise et les corps de métiers faisaient payer fort cher cet enseignement de privilège.
Dispersés pendant la Révolution, les Frères de la doctrine chrétienne reparurent en 1816, en même temps que les congrégations religieuses s'emparaient de la plupart des écoles des villes et des bourgs. A la même époque, les religieuses de Saint-Joseph et les dames de la Visitation prirent la direction des principales écoles de filles; puis parurent successivement les religieuses du Sacré- Cœur de Jésus, de la Croix de Chavanod, de l'Immaculée Conception, les sœurs Franciscaines , les sœurs Clarisses, etc.
A partir de 1815, le pouvoir civil se désintéressa moins qu'avant 1792 de l'enseignement populaire; les billets royaux des 10 juillet 1827, 22 février 1828, 20 mars 1829, 7 avril et 7 août 1832, 26 août, 27 septembre et 11 octobre 1834 et 9 août 1836 en fixèrent la législation.
Si l'enseignement restait avant tout religieux, son programme commençait à s'étendre. Toute commune devait avoir une école pour apprendre gratuitement aux garçons et aux filles le catéchisme, la lecture, l'écriture, la langue française, le calcul. A cet effet, elle était obligée de fournir un local, un mobilier et un traitement aux maîtres. Comme par le passé, ces derniers devaient se pourvoir d'un certificat de l'évêque, mais ils devaient justifier en outre d'une patente de capacité délivrée par le Conseil de réforme : progrès notable qui s'accentua par la création, en 1845, 1° d'é- CiÀes provinciales de méthode, destinées à former des maîtres pour les cours élémentaires, 2° d'inspecteurs provinciaux pour les écoles de garçons et de dames inspectrices pour celles de filles.
Vers 1846, dans le diocèse de Tarentaise, sur 100 enfants, 87 savaient lire; dans celui de Maurienne, 83; dans celui d'Annecy, 58; dans celui de Chambéry, 50. La population totale de la Savoie était alors de 531 726 habitants. Faut-il en conclure que 319 036 savaient lire et que 212 690 étaient illettrés? D'ailleurs l'instruction n'était pas uniformément répandue. Ainsi, en 1849, dans le mandement (canton) d'Albens, telle com-
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mune de 1788 âmes avait 573 illettrés; telle autre de lôl3 en avait 1175. Fait di^'nc de remarque, l'instruction était plus avancée dans les pays de montagnes, comme la Tarentaise et la Maurienne, que dans la plaine. Les causes de cette différence sont multiples. L'air de la montagne est plus vif, moins chargé de ces vapeurs huntides qui, d'ordinaire, entretiennent un peu de brouillard au fond des vallées et aussi dans les esprits. La population des communes alpines, propriétaire du sol, avait plus d'aisance ; les fondations pour les écoles y étaient plus nombreuses. La plaine, au contraire, se divisait en deux classes bien tranchées, les propriétaires qui possèdent tout et les fermiers qui ne possèdent rien. Ces derniers, indigents et nomades, à la merci d'un bail précaire, n'ayant d'autre fortune que le chariot qui porte leur mobilier et qui, « pour eux, est presque la patrie, » selon le mot de Mgr Billiet, étaient trop ignorants pour enseigner leurs enfants, t^rop pauvres pour payer un maître d'école. Aujourd'hui, par contre, en Savoie, l'instruction est, en général, plus répandue dans la plaine que dans la montagne.
Le Statut constitutionnel de 1848 attribua le monopole de l'enseignement à l'Etat. La direction en fut départie, dans les provinces, à des Conseils universitaires ou de facultés, aux Conseils généraux, aux conseils provinciaux et aux préfets des études. L'Université nomma directement aux emplois de professeurs et de maîtres d'école, à Tex- «lusion de toute autre autorité, même de celle des évoques.
Après 1848, comme sous la Révolution et l'Empire, les traditions du passé luttèrent contre l'esprit nouveau. Le monopole de l'Etat fut déclaré « attentatoire aux droits des familles déplorable pour la religion et les mœurs... » Ces défiances, favorisées par la force des habitudes locales, l'esprit de particularisme indépendant et d'autonomie communale, n'empêchèrent pas l'organisation nouvelle de produire d'heureux effets. De 18o3 à 1856, le nombre des écoles augmenta de 879 à 986. Le niveau de l'enseignement s'éleva de même. Néanmoins, faute de ressources suffisantes, la situation des maîtres resta précaire. Une statistique de 1855 nous apprend qu'à cette date €72 institufeurs et institutrices avaient un traitement inférieur à 100 francs, et 292 un traitement inférieur à 200 francs ; 20 instituteurs seulement atteignaient au chiffre de 600 francs. A ce point de vue comme à bien d'autres, les Savoyards, intelligents et patriotes, se sont applaudis de leur réunion définitive à la mère-patrie. Ce que la France de 1792 et la Sardaigne en 1848 n'avaient pu faire, la troisième République l'a accompli, assez forte pour faire accepter de tous le bienfait d'une instruction populaire libérale et laïque, assez riche pour doter la Savoie d'écoles dignes d'elle. N'était-ce pas le moyen de favoriser, à la fois, la prospérité matérielle, le développement intellectuel et moral de populations laborieuses, douces, énergiques, et d'une féconde vitalité ?
Sources : Histoire de la Savoie, par M. de Saiot-Genis ; — Etude sur l'instruction primaire en Savoie, par M. de Jussiou, archiviste de la Savoie ; — Documents inédits, dus la plupart à l'obligeaace de M. le coaseillei- Mugnier, presideut de la Société d'histoire et d'archéologie de Chambéry, et de M. l'abbé Ducis, archiviste du département de la Haute-Savoie.
[A. Lenfant.]
SAVOIE (Département do la). — Superficie, 5 760 kilom. carrés. Population : 266 438 habitants en 1881, au lieu de 268 361 en 1876. Densité moyenne de la population par kilom. carré : 46 habitants, au lieu de 71 habitants, chiffre de la den- U^ Partie.
site moyenne de la France. 4 arrondissements, formant 5 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Chambéry (1"), Chambéry (2^), Albertville, Moutiers, Saint-Jean de Maurienne ; 29 cantons, 328 communes, dont 209 de 500 habitants et au-dessus. ,
Le service de l'inspection primaire dans le département de la Savoie est réparti comme suit :
CinCOHSCRIPTIOSS.
Chambéry (1" - ... (2'
Alberville,
Moutiers
Saint -Jean- de- Maurienne. . .
NOMBRE
d'ccoles
publ.
libr.
de cla2<«)
>ubl.
libr.
d'élites
pablic?
Population d'âge scolaire. — En 1870 on comppour 100 habitants. En 1881 on ne compte plus que 37 579 enfants de 6 à 13 ans (19 585 garçons et 17 994 filles), soit 14.11 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. C'est une diminution de 545 enfants de 6 à 13 ans pour une période de cinq années. Pendant la même période la population totale a diminué de 1 923 habitants.
1. Etat de l'instruction publique avant l'annexion à la France. — V. ci-dessus l'article Savoie {Duché de).
2. Développement de l'instruction primaire depuis 1860 et état actuel. — St.\tist[QUE comparée DE 1860 A 1883-1 88 i. — Voici les données que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans le département de la Savoie depuis l'annexion à la France en 1860.
Nombre des communes de'pourvues d'écoles. — En 1863, le département ne comptait pas de communes n'ayant aucune école, mais 51 communes n'avaient pas d'écoles de filles. En 1883-1884, on ne trouve pas de communes sans écoles; mais 5 communes de 500 habitants et au-dessus n'ont pas d'écoles publiques de filles.
Nombre des écoles primaires publiques et libres. — Le progrès du nombre des écoles à partir de 1860 est résumé dans le tableau ci-après :
Ecoles
Écoles
publiques
libres
après
la statistique offic"» . .