‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 399 sur 573 · SICILIANI · texte numérisé non relu

SICILIANI

cello-ci sépare soigneusement les deux sexes, l'école^ mixte serait un non-sens; là où ils se mêlent libionient, elle constitue le mode d'éducation normale. La coéducation serait difficile en France, impossible en Italie ou en Espagne; elle est naturelle à des degrés clilïércnts en Suisse, en Hollande et dans le Nord, elle doit nécessairement triompher dans une démocratie protestante comme l'Amérique. fPaul Passy.]

On trouvera d'autres détails sur la coéducation des sexes à l'article États-Unis, p. 935.

SICARD (L'abbé). — Roch-Ambroise-Cucurron Sicard naquit le 20 septembre 1732 au Fousseret, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Muret, dans le département de la Haute-Garonne. Ordonné prêtre à Toulouse, il fit partie du clergé de Bordeaux, et l'archevêque. Me' de Cicé, l'envoya à Paris pour y apprendre auprès de l'abbé de l'Epée * l'art d'instruire les sourds-muets. De retour à Bordeaux, il ouvrit une école de sourds-muets dans laquelle l'un de ses élèves, nommé Massieu, [se fit remarquer par son intelligence. Il reçut les 'titres de vicaire général de Condom et de chanoine du chapitre de Bordeaux, et lut nommé membre de l'Académie de cette dernière ville.

L'abbé de l'Épée étant mort le 23 décembre 1789, l'abbé Sicard fut appelé à la direction de jl'école que la loi des 21-27 juillet 1791 érigea en institution nationale.

Le '2G août 1792, l'abbé Sicard fut arrêté sous l'inculpation d'avoir donné asile à des prêtres réfractaires. Le lendemain, l'élève Massieu, qui avait suivi l'abbé Sicard à Paris, présenta en son nom et au nom dos condisciples qui l'accompagnaient une pétition dans laquelle il disait à l'Assemblée nationale : « Citoyen président, rends Sicard à ses enfants; c'est lui qui nous a appris ce *que nous savons; sans lui nous serions comme 'des animaux. Depuis qu'on nous l'a été, nous soiumes tristes et chagrins. »

L'abbé Sicard ne futrendu <àla liberté qu'en 1794; ;jl reprit la direction de son établissement et fut chargé d'un cours à l'École normale; il eut aussi une chaire au lycée national.

Lors de la création de l'Institut do France, il ;fit partie d'abord de la section de grammaire gcjnérale, et, plus tard, de la classe de littérature. Sa collaboration aux Annab'.s religieuses, politiques et Littéraires porta ombrage au Directoire. ICondamnô à la déportation après le 18 fructidor, [il se réfugia dans le faubourg Saint-Marceau, et oc- !cupa les loisirs de cette retraite à composer sa [Grammaire générale et son (Jours d'instruction [d'un sourd-muet de naissance. Le gouvernement 'consulaire le rendit à ses fonctions.

Le samedi 25 février 1805, le pape Pie VII, qu'accompagnaient cinq cardinaux, des prélats romains 'et des évêques français, visita l'institution des sourds-muets de Paris. M"e de Saint-Ceran complimenta le pape à haute voix, en langue française ; M"e Fanny Robert lui adressa des hommages en langue italienne.

L'abbé Sicard vit avec plaisir le retour des Bourbons. Pendant les Cent-Jours, craignant d'être inquiété, il partit pour Londres avec ses trois meilleurs élèves, Massieu, Clerc et Armand Godard. Il revînt en France après Waterloo.

Sous la Restauration il continua ses fonctions comme directeur de l'institution dc^i soi rds-muots, jusqu'au moment où ses forces le trahirent. Il mourut le 10 mai 1822, à l'âge de qu;itre-vingts ans.

j Martin Etchcverry.]

STClMAiXI. — Pierre Siciliani, pédagogue italien, professeur de philosophie et de pédagogie à l'Université de Bologne, est ne en 18 5, à Galatone, dans la Terre d'Otrante; il est mort à Florence le 30 décembre 18.S5.

Siciliani avait d'abord ciudiô la médecine aux

universités de Naples et de Pisc. Mais dos étude» médicales, il passa bien vite, par une évolution naturelle, aux études philosophiques, et celles-ci devaient le conduire elles-mêmes, dans les dernières années de sa vie, aux études pédagogiques. Dès 18G2 il publiait un premier ouvrage, intitule De la loi historique et du inouvement philosophique de la pensée italienne. Il devint à cette époque professeur de philosophie au lycée Dante à Florence, et de là, en 18G7, il fut envoyé à l'université de Bologne dans la chaire de philosophie, où il a professé jusqu'à son dernier jour.

Grâce à l'esprit d'initiative de Siciliani, et sous son impulsion ardente, la chaire de philosophie de l'université de Bologne était devenue, dans ces dernières années, tout autre chose qu'un coursthéorique d'enseignement supérieur, voué aux spéculations générales : c'était un loyer d'éti d^s pratiques, un centre de rénovation pédagogique, un rendez-vous de professeurs de tout ordre. Siciliani ne se contentait pas de parler devant un auditoire de curieux : il avait de véritables élèves, qui travaillaient sous sa direction, qu'il conviait à des exercices scolaires, à des devoirs écrits, à des conférences, à des travaux pratiques. En lui adressant les derniers adieux sur sa tombe, son collègue Giosué Carducci a pu lui rendre ce précieux hommage : « Ils venaient, maîtres et maltresses, de toutes les Romagnes et de la province de Ferrare, du fond de la Polésine, des collines de Vérone, des plaines de Mantoue : de trente, de quarante, de soixante .Tiilles au loin : par les matinées glaciales de janvier, sous le soleil de juin,, ils venaient pour l'entsndre, pour travailler sous lui et avec lui. »

Mais Siciliani ne s'est pas borné à exciter a,i,i tour de sa chaire, par ses leçons et par ses cour-j, un véritabl3 mouveaient pédagogique. De très nombreux écrits témoignent aussi de la prodigieuse fécondité de son esprit. Il taisait pax'aître volume sur volume, et renouvelait sous mille formes la pensée maîtresse de sa vie, l'idée d'une pédagogie scientifiq lo.

Voici la liste de ses principaux ouvrages, dont quelques-uns sont dédiés à des écrivains français, notamment à M. Fouillée, à M. Pérez,àM. G. Gompayré : Du renouvellement de la philosophie positive en Italie, 1872; Prolégomènes à la psychogénie moderne, traduit en français par A. Herz>en, 1880; Discours pédagogiques, 188J; Sur l'enseignement religieux des enfants, d'après les principes de la philosophie scientifique, 1881 ; R-^ forme de l'enseignement de la pédagogie, 1881 ; la llévolulution et la pédagogie moderne, 1882 ; Évêques et cardinaux, 1882, livre de polémique écrit eu réponse aux attaques dirigées contre l'enseignement de Siciliani par l'archevêque de Bologne et par l'évoque de Gênes, etc., etc. Notons enfin ses deux œuvres les plus importantes, qu'il a plusieurs fois remaniées et rééditées : l'Histoire critique des doctriyies pédagogiques dans leurs relations avec les sciences politiques et sociales, et la Science de l'éducation. , ; ,

Ce qui recommande surtout ces divers travaux^ c'est la préoccupation constante de donner à la pédagogie une base scientifique. La pédagogie était pour Siciliani la première des sciences, « la science par excellence du dix-neuvième siècle ». Il en parlait, non seulement en érudit, en chercheur, mais aussi en apôtre enthousiaste. Quelques-unes do ses idées sont contestables, mais ce qui ne l'est pas, c'est l'ardeur et la générosité do SCS sentiments, l'extraordinaire vivacité de spn caractère. Ce n'est pas lui qui risquait d'être jamais atteint de cette maladie dont Tocqucville disait : « La plus grande maladie de l'âme, c'est le froid. »

Par quelques-unes de ses doctrines et par les

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