SIEYÈS
SIRYÈS
tendances gcncrales'^ rfc- s«h- dsprit, Siciliani appartenait à l'ecolc positiviste. Il avait étudié de très près les travaux des psycholoi^ucs anglais contemporains, et professait un vif enthousiasme pour leurs recherches expérimentales et scientifiques. Mais son esprit indépendant et original ne se laissait pourtant pas emprisonner dans les ' formules sèches et étroites du positivisme. Comme tous les Italiens, il mêlait un peu de poésie à la ; science et ne se refusait pas à admettre le senti- j ment de l'infini. Il mettait au premier rang, dans son credo philosophique, la notion de ce qu'il appelait « la sainte personnalité humaine ». Il n'était pas, tant s'en faut, un fataliste. Il croyait à un concept positif de la liberté. La question du libre arbitre, c'est-à-dire de la responsabilité personnelle de chaque individu, était à ses yeux « la question de vie ou de mort de la pédagogie », et il y répondait par l'affirmative. Il voulait l'école laïque, mais non pas pour cela irréligieuse. « Fondée sur les principes de la science, elle sera, disait-il, une école naturellement et rationnellement religieuse. » Il avait enfin le souci de l'idéal, et conviait aux plus nobles aspirations la « démocratie individualiste », dont il arborait le drapeau.
Les livres de Siciliani, quel qu'en soit le mérite, restent néanmoins inférieurs à ce qu'était l'homme lui-même, qui aura valu surtout par son zèle communicatif, par son ardeur pratique, par le mouvement pédagogique qu'il a excité autour de lui. mouvement qui lui survivra, grâce aux disciples ou aux émules que la passion contagieuse dont il était animé avait su grouper autour de lui. Ce n'est pas seulement en Italie que Siciliani a laissé des regrets. Très bien informé lui-même de tout ce qui se passait à l'étranger, il avait témoigné bien des l'ois de ses propres sympathies pour la France, pour la philosophie et la pédagogie françaises; et nous ne doutons pas que plus d'un nom français ne s'inscrive dans la liste des souscripteurs au monument que les élèves et les amis de Siciliani projettent délever à sa mémoire.
[Gabriel Compayré.] SIEYÈS. — Emmanuel Sieyès, né à"^ Fréjus en 1748, fut destiné par sa famille à l'état ecclésiastique. Lorsqu'il eut achevé ses études au séminaire de Saint-Sulpice, il fut pourvu d'un canonicat (m6),puis devint vicaire général de l'évêché de Chartres (1784). Mais il n'eut jamais du prêtre que Thabit; il ne voulut ni prêcher ni confesser; ses opinions étaient celles d'un philosophe, ses sentiments ceux d'un citoyen. A la veille des élections aux États généraux, en 1788, il se fit connaître par sa fameuse brochure sur le tiers état, qui lui valut une immense popularité ; et malgré sa qualité d'abbé, il fut élu comme l'un dos représentants du tiers pour la ville de Paris. A l'Assemblée nationale, où il arrivait précédé d'une réputation d'oracle politique, il n'exerça pas l'influence qu'on eût pu attendre de sa renommée; on rendait hommage à spn talent, on vantait la profondeur de ses conceptions, mais on ne suivait pas ses conseils. Il présenta un projet de constitution qui parut chimérique, et que le comité s'empressa d'écarter. Kii icyrier 1791, on voulut le nommer évêque constitutionnel de Paris : mais il informa l'assemblée électorale qu'il ne pourrait accepter cette fonction. Lorsque après la fuite du roi à Varcnnes l'idée d'une république fut mise en avant pour la première fois, Sieyès se prononça résolument pour la monarchie, comme la forme de gouvernement la plus propre à garantir la liberté. Ses opinions se modifieront toutefois à la suite dos trahisons du roi, et, lorsqu'il fut envoyé à la Convention par le département de la Sarthe, il était devenu répubhcain. 11 siégea sur les bancs du centre, et vota pour la mort du roi. En mars 1793. il entra au
Comité d'instruction publique. C'est de son rôle au sein de ce Comité que nous voulons dire ici
quelques mots.
Quand l'élimination des chefs girondins eut mis fin aux luttes qui paralysaient la Convention, ce ne fut pas la Montagne qui saisit tout d'abord le |)ouvoir. Les hommes du Centre avaient subi avec quelque impatience la domination de la Gironde ; ils avaient aidé à la renverser; ils se présentèrent ensuite pour recueillir la succession du parti vaincu, et la Montagne les laissa faire. Le Comité de talut public était déjà entre leurs mains; ils s'installèrent dans les autres comités, et particulièrement dans celui d'instruction publique, où letirs pTÎacipaux représentants furent Sieyès, Daunou et Lakanal.
L'ancien Comité d'instruction publique, auquel Chénier, Lanthonas et Romme avaient servi de rapporteurs (décembre 1792), avait adopté en principe le plan de Condorcet. Mais après avoir m''intré, au début, un vif désir de hâter l'organisation de l'enseignement national, il avait dû renoncer à obtenir que la Convention, absorbée par des intérêts plus pressants, les oubliât pour s'occuper des écoles. Aussi, pendant les cinq premiers mois de 1793, la question de l'instruction publique disparaît-elle de l'ordre du jour de l'Assemblée. Ce fut le Comité de salut public qui l'y replaça.
Le rôle du Comité de salut public était de prendre, en vertu de ses pouvoirs extraordinair'"'s, les mesures que réclamait la sûreté générale. En venant, le 30 mai, proposer à la Convention un décret sur les écoles primaires, ce Comité plaçait donc la question de l'éducation nationale au nombre de celles dont la solution imméd'ate importait au salut de la patrie. La Convention décréta, sur sa proposition, qu'il y aurait une école primaire dans tous les lieux qui ont depuis quatre cents jusqu'à quinze cents individus. Un article supplémentaire disait: « Le projet de décret présenté par le Comité d'instruction publique sera mis à l'ordre du jour irrévocablement tous les jeudis.» Mais le Comité d'instruction publiciue renouvelé après la journée du 2 juin, ayant des vues toutes différentes de celles de ses prédécesseurs, retira le projet de décret présenté on décembre 179*2 par l'ancien Comité, et s'occupaà en préparer un autre. Sieyès en fut le principal inspirateur; tous les témoignages concourent à établir ce fait. Lorsque le nouveau plan eut été lu à la Convention le 20 juin par Lakanal, Hassenfratz le dénonça expressément au club des Jacobins comme « ayant poiir père le prêtre Sieyès » ; Sieyès lui-môme publia, dans le Journal d'instruction sociale (n°* 3, 5 et 6), r.ue apologie du projet où il plaide en faveur des dispositions contestées avec une insistance et une chaleur qui décèlent l'auteur défendant son œiuTe personnelle; enfin Lakanal, dans sa brochure intitulée Lakanal à ses collègues^ se borna à reproduire les articles de Sieyès, qu'il substitua au texte de son propre rapport : marque de dofén nce donnée par le rapporteur du Comité à l'auteur véritable du projet.
Quelles raisons avaient détermi;io Sieyès et ses collègues à abandonner le plan de Condorcet .' Ce n'était pas l'hostilité politique. Condorcet avait désapprouvé les mesures violentes prises par les Girondins en mai ; il avait voté pour la suppression du comité des Douze ; il siégea à la Çon. o:tion pendant tout le mois de juin, et ce n'est que le 8 juillet qu'il fut décrète d'accusation; dnilleurs plusieurs membres du nouveau Comité d'instruction publique, comme Daunou , étaipnt ses amis; Sieyès lui-même l'avait pour collaborateur au Journal d'instruction sociale [rodx^é parSie>TS, Condorcet et DuhnmoP. Sur les questions d'instruction publique, les opinions différaient au sein du même parti, tandis que des hommes de partis
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opposés se trouyj^ient.r^i^^is su;? ce terrain pour la défense d'une idée commune. C'est amsi que Homme, . et Grégoire, montagnards décides, se montrèrent jusqu'au bout partisans du plan de Condorcet, et que Romme réussit même à le faire adopter, pendant un instant, au commencement de l'an II. Par contre, des le mois de décembre 1792, nous voyons Durand- Maillane soutenir, comme le font Siej^ès et Paunou en juin 1793, que lès degrés supérieurs de l'enseignement doivent être abandonnés à l'industrie privée, « à toute la liberté du génie, des goûts et des moyens, » et protester contre « cette suite d'enseignements qui, sous le nom d'instituts, de lycées et de société nationale, va former dans la nation, et à ses dépens, une corporation formidable; » et cette doctrine qu'on croirait projîre aux hommes du Centre, noua la retrouvons professée en l'an II par des jacobins, par les rédacteurs: du décret du 29 frimaire, qui veulent « proscrire à jamais toute idée de corps académique, de société scientifique, de hiérarchie pédagogique >> ; ils disent, absolument comme Sieyès et Durand- Maillane, que la république ne doit à ses enfants que l'enseignement gratuit des connaissances nécessaires à tous, et que pour les connaissances supérieures il faut s'^en rapporter à l'industrie particulière.
Les raisons qui firent écarter, en juin 1793, le projet de Condorcet, purent être de diverse nature; mais il en est Une qui nous semble avoir dû être prépondérante : Sieyès, homme à systèmes, ne pouvait pas accepter un plan conçu pair un autre; il voulut en donner un de sa façon.
Nous avons reproduit, à l'article Convention (pages 631-533), le texte des 43 premiers articles du Projet d'éducation nationale, que nous avons appelé, du nom des trois prihcipaux membres du Comité d'instruction publique de juin 1793, le « projet Sieyès-Daunou-Lakanal » ; pour les deux derniers chapitres, relatifs aux bibliothèques et autres établissements d'instruction publique, et aux fêtes, nous nous sommes contenté d'une analyse. Le lecteur voudra bien se reporter aux pages indiquées.
Le programme des écoles primaires, tel qu'il est formulé dans le projet du 26 juin 1793, se distingue de celui que contenait le projet du 12 décembre 1792 (V. Convention, p. 523) en ce qu'il est plus développé, et qu'une place considérable y est faite à l'éducation physique, aux ouvrages manuels et à l'éducation civique. Sieyès commente ce programme en ces termes :« L'instruction, il faut en convenir, n'a guère été, jusqu'à ce jour, qu'un enseignement httéraire. Il fallait en agrandir la sphère, et lui faire embrasser la partie physique et morale de l'éducation, comme les facultés purement intellectuelles, les talents industriels et manuels, comme les talents agréables ; car la véritable instruction s'occupe de tout l'homme, et mêmej après avoir cherché à perfectionner l'individu, elle essaye d'améliorer l'espèce. » {Journal d'instruction sociale, n'^ Z).
Nous avons déjà reproduit (V. Convention^ p. 534) le remarquable passage où Sieyès compare le législateur- en matière d'éducation, à un architecte chargé de donner de l'eau à une ville : il construit la machine hydraulique, mais ce n'est pas lui qui fait l'eau ; de môme ce n'est pas au législateur à déterminer les méthodes, à tixer les connaissances ou les vérités : « ce travail appartient à ce qu'il y a de plus libre sur la terre, à l'esprit humain, dont les progrès sont incalculables. » A la môme , page, on vei*ra quelles sont les raisons qu'il donne pour ne taire entretenir par la république que des écoles primaires, etpour laisser à l'industrie particulière le soin de créer les degrés supérieurs d'enseignement. Les mêmes raisons furent aussi développées par Daunou dans son Es^ai^ sûr l'instruction
publique {y. p. •535j;''i '■ '''''''• ''•'!;'". .l'i' ""■' ' J20 ioi iup noiJBnmionèb jjI tio.pibni 1 '•(■j
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Nq4s sj^vftnSr ,,p^r Dauno^,,q}ip;l!e^iaRJfjç€|,jÇ9fiT.,, sacré aux fêtes était, de tous ceux .(^u pi'ojçl,, celui auquel Sieyès tenait le plus, oùil.avaiit le plus mis du sien. Ce chapitre fut ai^ssi, j'iin de ceux qui prêtèrent le plus à la critiq'ue ,ét à la raillerie^ Oh reprocha à Sieyès « de vouloir fa!ire des jeui'^esF'rar^r , çai3 des pantins, des chanteurs et de^ danse,ur3»,; on fit des gorges chaudes de la « fête des ariiinaux compagnons de l'homme ». Sur ce dernier poi,nt^ Sieyès se défendit en prêtant au boi> Lakanal un, mot devenu célèbre : «' Le rapporteur du comité a; répondu à des personnes qui lui disaient : Qii 'estce donc que la fête des animaux? Mes amis, c'est la vôtre. » A deux reprises, dans le Sournal^d'mstruction sociale, Sieyès revient sur ce sujet' des fêtes, qu'avait déjà traité avant lui Rabaut * S^^j^t- Etienne, et dont M.-J. Chénier* devait encore, ënr; tretenir la Convention quelques mois plus tard, « Ou a compris, dit-il, les fêtes nationales dans le plan général de l'instruction pubhque. Rien n'est {))us propre, en effet, que cette institution à moraliser . les hommes, à les policer de plu5,^n plus dans leurs relations sociales, et à leur inspirer, soit en. particulier, soit en commun, une bonne émulation d'estime et de gloire, mère des progrès utiles. L'objet de ces différentes fêtes sera, comme celui, de chaque partie de l'enseignement, développé dans de petits livres classiques faits exprès. Je ne sais, mais il me semble que, pour peu 'que l'en- > thousiasme et l'imagination française se prêtent aux jeux et aux fêtes que l'on propose, nous n'^aurons bientôt plus rien ,à çj:;i,vjer à rancienne Grèce. » .'.,'..,;; i
Un autre point du projet qui. fut vivement attà"»que, c'était l'institution d'une Clonim,i,:^sjon centrale de l'instruction publique, dont, le^ membres, au nombre de douze, renouvelés annuellement par tiers, devaient être nommés soit pa.r le Conseil, exécutif (dans la première rédaction du projet), soit par le Corps législatif, mais « sur une liste double présentée par la Commission, elle-même ». On vit là un danger; Hassenfratz montra que « dans le système du prêtre Sieyès, dix-huit ou vingt membres rouleraient perpétuellement sur eux-mêmes et formeraient ainsi une coterie particulière, un nouveau sommet d'aristocratie >?. Sieyès, après avoir essayé de défendre le principe de la cooptation, comprit qu'il fallait céder sur ce point; il déclara {Journal d'instruction socialen» 6) qu'il renonçait à convaincre des contradiç teurs qui ne voulaient entendre à aucune raison. (( C'est égal, dit-on, la Commission ne vaut rien- Je fais, en ce cas, ma meilleure réponse, puis, qu'elle est la dernière, et qu'elle flie délivre ou de ma propre ei'reur, ou de cell§ des autres., Gu. ne vaut rien, dites-vous; eh bien, , M. n'y a qu'à
effacer, ^r ^. ,'.,.. ,,,!,-•,; ^i lu)" o-'ni;-. 4 ' ■> r.-r-.
Nous àvÔnS' dît ailleurs (y . Cq.r\ve^tiç>iir, p,, $33) comment le projet du 26 juin fut écarte dans la séance du 3 juillet. La Convention chargea^ upe commission spéciale de six memlircs de lui présenter un nouveau plan, et le Comité d'instruction pubUque se trouva dessaisi de la question. Sieyès fut vivement affecté de son échec; à partir de ce moment, il rentra dans le silence; dès le mois suivant, il ne fait plus partie du Comité, soit qu'il en lût sorti volontairement,, ^pît qvi'^lij^'iefi^jt. pas été réélu. ' '. " " •,.. ', ,' ', ,,
Pendant toute la période de la dictature montagnarde, Sieyès resta muet, connue la plupart 4p,5 hommes du Centre. Dans une occasion seulempnt il fut amené à prendre la parole; ce fut dans la journée de la « doprôtrisation » (17 brumaire an II). Tandis que Grégoire'* annonçait sa résolution de rester évoque, Sieyès s'associa aux déclarations de Thomas Lindet, de Gay-Vernon, de Villars et autres prêtres du parti philosophique.
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le't,rinmphc de la inison é\it\k sùpat^ixtiùn^ iii io fanatisme. Ce jour est arrivé; je m'en réjouis coinme d'un des pliis çrafids bienfaits de la République française. Quoique j'aie déposé, depuis un {2;rand nombre d'années, tout caractère ecclésiastique bt qu'à cet égard ma profession de foi soit aticlcTiné et bien connue, qu'il me soit permis de profiter de la nouvelle occasion qui se présente pour déclarer encore, et cent fois s'il le faut, que je'n& reconnais d'autre cuite que celui de la liberté et de l'égalité, d'autre religion que l'amour de l'humanité ,ct de la patrie. » Il annonça ensuite qu'il faisait abandon d'une pension viagère do lôno livres dont il jouissait encore comme ancien bén^éficiairè*. ., 1 J1 1 f - • un -M'
Après le '9 théi-raidor, lû;'Squ0! Té ^b'tfvôir lut tombé des mains de la Montagne à celles du Centre'/on iit Sieyès rentrer en scène. Le 22 brumaire ah ÏIÏ, il fut nommé, avec Lakanal, commissaire de la Convention près l'École normale nouvellement créée ; mais il refusa sa nomination et fut remplacé par Deleyre. Cinq jours plus tard, il eut la satisfaction de voir la Convention reprendre, sur ,ië rapport de Lakanal, son ancien projet du 2G juin 1793, et le substituer au décret du 29 frimaire an II (décret du 27 brumaire an HI sur les écoles primaires) ; il est vrai que deux parties essentielles du plan Sieyès, le chapitre relatif à la Commission centrale et le chapitre des fêtes, furent sacrifiés. Tel ^u'il fut voté, ce décret du 27 brumaire constituait une législation très acceptable de l'instruction primaire, bien supérieureà celle que Daunou fit décréter l'année suivante. En pluviôse an III, Sioyès publia une brochure où il ^justifiait son mutisme pendant la crise de l'an II par cette sentence : « L'opinion publique était alors dans le silence. » Le mois suivant, il fut élu 'membre dti Comité de salut public en remplacement de Ca'rnot; ce fut lui qui fit voter la'loi dite « de grande police » (1er germinal), qui instituait la peine nouvelle de la déportation, ou, comme on l'appela alors, de la « guillotine sèche ». Après l'adoption do la constitution de l'an III, à laquelle il n'eut point de part et qu'il désapprouvait, il refusa de faire partie du Directoire.
Le reste de la carrière politique de Sieyès ne nous appartient pas. Rappelons seulement qu'il siégea au Conseil des Cinq Cents, dont il fut président après le 18 fructidor; qu'il devint membre du Directoire en l'an VII, avec le dessein avoué de renverser la constitution; qu'il ^'associa à cet effet avec Bonaparte ; mais que, joué par celui-ci, il fut écarte du pouvoir après le coup d'État du 18 brumaire. Devenu plus tard sénateur et comte de l'empire, il fut banni à l'époque de la seconde Restauration, se réfugia en Belgique, rentra en France en 1830, et mourut à Paris le 20 Juin ,; 1836, à l'âge de .quatre-vingt-huit ans.
^'^^■"" ""'■" "'■ " '• ; [J. Guillaume.]
SIGNES (Langage des). — On appelle ainsi, dans l'instruction des sourds-muets, le langage mimique qui, au, moyen de signes, représente des idées, indépendamment de toute expression phonétique donnée à ces idées dans une langue parlée. H ne faut pas confondre le langage des signes avec la dactylologie *, c'çst-à-dire avec l'emploi de l'alphabet manuel dans lequel chaque position différente des doigts représente une lettre. — V. SoUrds-muets.
SIMON. — Jean-Frédéric Simon, grammairien allemand, fut dans sa jeunesse l'un des collaborateurs de Bascdow * au Philanthropinum de Dessau. Il quitta cet établissement en 177G, en même temps Schvveighauser *, et ouvrit ensuite une école a Ncuwicd. II vmt plus tard se fixer en France, et occxipa quelque temps la place de professeur d'allemand au Prytanée dcSaînt-Cyr. Il publia en 180i des observations Sî^r Vorgamsation des premiers
degrés de Vlnitruction puhtif/iiè'^f*^Ti9, tevràuf^,"' •30 p.), où il expose les principes d'éducation de l'école philanthropinistc, et rccomi.iande la création d'écoles normales pour former de bons instituteurs. Le passage suivant do cette brochure offre un certain intérêt historique*.-
'( Je parle d'après une expérience fâcheuse lorsque j'insiste sur l'inaptitude des savants du premier ordre à organiser les commencements de l'instruction ; lié avec quelques membres du Comité d'instruction publique de la Convention nationale, j'essayai de leur faire senth*, il y a plus de six ans, la nécessité d'établir des écoles normales, pour former les instituteurs et créer un mode d'enseignement uniforme. J'eus le bonheur de persuader sans avoir celui d'être suffisamment compris. Les circonstances m'entraînèrent vers les frontières : ma proposition germa, mais elle ne produisit aucun des avantages que je m'en étais prorais, Ea lisant le décret relatif à cet objet, je m'aperçus avec douleur que mon idée n'avait point été .saisie, je m'empressai de l'observer au Comité, je représentai que l'établissement qu'on allait faire ne serait rien moins qu'une école normale, que les élèves y apprendraient tout, excepté ce qu'ils auraient dû principalement y apprendre, c'est-à-dire l'art d'enseigner la première jeunesse; que les Lagrange, les Volney, les Carat et autres professeurs de cette prétendue école normale, étaient les moins propres à tracer la marche pour l'enseignement des premiers degrés d'instruction publi(iue ; je prédis que cet établissement, qui a coûte des millions, qui nous a exposés à la risée des étrangers, ne procurerait d'autres fruits que celui de faire parler des, savants du premier mérite devant des auditeurs \ la plupart incapables de les entendi-e. On a vu un peu plus tard que mes conjectures étaient fondées. Je leur fis observer que l'idée des écoles normales n'était pas une idée neuve ; que ce n'était point la Révolution française qui l'avait fuit naître, que ces écoles existaient dans la monarchie autrichienne depuis Marie-Thérèse, et que c'était dans ces établissements qu'il fallait chercher des modèles en ce genre; qu'en 1776 j'étais moi-même professeur d'une école normale en Allemagne. Mes observations arrivèrent trop tard : il est de la nature de l'homme de ne point reconnaître qu'il s' est trompé, de ne point aimer à revenir sur ses pas, D'ailleurs comment renoncer à un projet qu'on avait annoncé avec tant de faste, qu'on présentait à la France, à l'Europe, comme le moyen de rendre l'instruction générale ?
» J'ai cru devoir rappeler ce fait, afin que le défaut de réussite de cette prétendue école normale ne décourage pas les premières autorités de la République, et n'influe pas d'une manière défavorable sur un plan qui est le fruit de plusieurs tentatives faites par différents amis de la jeunesse, sur un plan dont l'expérience a déjà fait sentir les avantages. »
Sous la Restauration, Simon devint professeur d'allemand du duc de Charties, fils aine du duc d'Orléans. Il mourut à Paris en 1829. Outre la brochure que nous venons de mentionner, on lui doit des ISot ions élémentaires de gratnmaire allemande (Paris. 1807, in-12), et un Précis degratnmaire générale [PaiThf 1819, in-8).
SLMULTAISÉ (Enseignement). — L'onsoiscnement, dans sa forme la plus générale, peut être individuel, mutuel ou simultuiié. De là u-oia modes qui se sont partage et qui, à divers dogré«, se partagent encore les écoles ; le mod? individuel, le mode mutuel et lo modo simultané, auxquels les pédagogues ajoutent le modo mijite^ qui est une sorte de moyen terme, de compromis entre les deux derniers. C'est do l'enseignement simultané que nous avons à parler icL
Ainsi que l'indique la dénomination qui lui est
SIMULTANE