‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 424 sur 573 · TALLEYRAND-PÉRIGORD — 2858 — TALLEYRAND-^ÊRÏ60RD · texte numérisé non relu

TALLEYRAND-PÉRIGORD — 2858 — TALLEYRAND-^ÊRÏ60RD

« Los écoles d^èdepçirtèment {àvihcrorityiarticulièrcmcnt l'adolescetice à certains ëtatà dé' la société. . < ,. I. ^ ■ ', ■ ■ • ;• >; '

\<. Dans ces écoles on enseignera la théologie, la modccine, le droit, Vart militaire.

(( Mais la théologie, il a fallu la circonscrire; la n:éilecine, il a fallu la compléter; le droit, il a lalîu l'épurer; l'art militaire, il a fallu le faciliter à tous.

'< L'institut national réunit tout, perfectionne

tout : donc il était nécessaire d'en assortir toutes

les parties, de leur montrer un but, jamais un

terme, et de leur imprimçr, au milieu de tant de

mouvements divers, une directioii .fermé et rapide. ■ -■•■■•■-— A.V;.,,;0..r,..

« Les moyens d'instruction se sont bientôt offerts à nous, car c'est en eux et par eux que l'instruction vit et se perpétue.

« Nous avons parlé des instituteurs, q^vJ'A h.\xi savoir choisir, honorer, récompenser; des immenses productio7i$ de l'esprit humain, qu'on doit distribuer, classer, compléter, purifier pour l'avantage des sciences, pour le bien de la raison ; des encouragements dus aux promesses du talent; des prix dus encore plus à ses services.

« De là, nous sommes arrivés aux méthodes, ces premiers instruments de nos facultés; nous avons osé en chercher pour la raison elle-même, afin d'accroître sa force, afin de lui assurer cette rectitude qui doit faire son principal caractère ; nous en avons cherché pour la communication des idées, ce grand besoin de l'homme social. Là, nous avons accusé l'imperfection des langues; et, en nous plaçant à la source du mal, peut-être n'avons-nous pas été loin d'indiquer le remède. Nous avons voulu aussi des méthodes pour apprendre la morale; nous les avons cherchées dans la raison qui la démontre ; dans le sentiment qui l'anime ; dans la conscience qui la garde ; dans l'intérêt même qui la conseille ; dans l'histoire qui la célèbre; dans les premières habitudes qui l'impriment, etc.; nous les avons demandées à tout ce qui nous entoure, aux spectacles, aux fêtes, aux beaux-arts, à ce qui nous émeut, à ce qui nous enchante; et partout nous avons vu qne la société réunissait les moyens les plus féconds pour rendre les hommes meilleurs, en les rendant plus heureux.

« Quittant ces méthodes générales, nous nous sommes reposés un instant sur les méthodes usuelles que sollicitent l'agriculture et les arts mécaniques : nous avons du moins formé des vœux pour leur perfectionnement, et nous avons tâché de leur obtenir cette portion d'intérêt public qu'elles méritent.

« Enfin, nous avons traité à part l'éducation des femmes. Ici nous avons cherché les principes dans leurs droits, leurs droits dans leur destinée, leur destinée dans leur bonheur. »

Ces idées n'étaient pas d'ailleurs absolument particulières à Talleyrand. Léonard Bourdon* les exprimait en même temps dans son Mémoire sur l'instruction et sur l'éducation nationale (Paris, Desenne, 1791, in-8), où il n'a pu se servir du discours de l'ancien évêque d'Autun ; et il les reprendra dans son Rap}>ort au nom de la commission d'éducation nationale, \^^ août 17U3, et dans son Irojet de décret sur l'éducation nationale. Talleyrand semblait donc d'accord, pour le fond des choses, avec la moyenne de l'rpinion révolution tmh'e (voir la Chronique de Paris du 19 septembre 1701), et pourtant son rapport fut fort diversement accueilli.

Les monarchistes constitutionnels afTcctèrentun enthousiasme dont le députe-journaliste Duquesnoy se fit l'intcrp Je dans VAmi drs patriotes, feuille modérée qui se publiait aux frais de la liste civile. Duqueshoy exalte avec zcle « cet ouvrage

admirable, le mieux fait, le seul t5om^fet''.q\ii ait encore paru sur cette matière, le seul qui ombî'asse toutes les parties de l'éducation 'nationale. «Et, après un commentaire diffus, il s'écrie: « Oni à dit du rapport de M. Talleyrand que c'est une encyclopédie complète : et cette idée est parfaitement juste. Il n'est point de science, point d'arts qui lui soient étrangers : il parle de tous en philosophe qui les a étudiés, et qui les a étudies dans leur seul véritable rapport, celui de l'utilité générale. » Enfin il n'hésite pas à louer dans cet opuscule ce qu'il y a de moins louable, je veux parler du style, si négligé, si incorrect, parfois à peine français : « Le discours de M. Talleyrand, dit Duquesnoy, est écrit d'un style simple et pur; il est digne de figurer avec les meilleurs ouvrages de notre langue : le sentiment anime toujours son style; il traite chaque chose du ton qui lui convient; en un mot, un vieillard serait forcé de dire: c'est ainsi qu'on écrivait dans le bon temps. » [L'Ami de^ patriotes ou le défenseur de la constitution, t. III^ p. 499-516.)

Si on excepte le Patriote français de Brissot, no 76:^, où il y eut quelques mots d'éloge banal (mais Brissot ne veut pas d'éducation publique pour les filles), tout opposé fut l'accueil que le plan d'éducation nationale rencontra dans les rangs des partisans zélés de la Révolution, parmi ceux qu'on appelait alors les patriotes jacobins et qui devaient bientôt former ou soutenir l'extrême gauche de l'Assemblée législative. Leur opinion, qui était celle de Paris et des villes, fut exprimée avec rudesse dans un article fort remarqué dos Révolutions de Paris, le principal organe jacobin, le plus lu et le plus influent des journaux du temps.

Après avoir loué pour la forme l'idée générale du rapport, ie journaliste anonyme (peut-être Robert) en critique àvecJ' amertume chaque point particulier. ' ' '" *'

D'abord, il ne veut pas d'écoles primaires cantonales. A l'âge où Talleyrand y admet un enfant du peuple, cet enfant parle suffisamment bien et, s'il est le fils d'un villageois, « il n'a pas un moment à perdre puisqu'il commence à cette époque à se rendre utile et nécessaire. » On dit que le petit paysan apprendra à l'école les éléments du calcul, le toisé, l'arpentage : mais son père pourra fort bien lui apprendre ces choses dans les longues veillées d'hiver et aux jours de fête. « Il n'est pas convenable, dit le journaliste jacobin, qu'un enfant de sept ans et au-dessus laisse ses parents au travail et fasse une lieue pour prendre ses leçons. » Et la religion? Rousseau veut qu'on attende, pour l'enseigner, l'éveil complet de laconscience. Et la morale? « On conçoit la nécessité d'un maître de calcul, quand on veut pousser cette science un peu loin : mais un professeur de morale répugne; une telle institution calomnie le cœur humain. Est-ce qu'un père a besoin de leçons pour aimer son nouveau-né, et Tonlant. pour aimer sa mère? Est-ce qu'un père et une mère' ne doivent pas être les seuls professeurs de morale de leurs enfants, surtout lorsqu'il ne s'agit que des éléments de cette science nnturtlle, écrite dans le cœur de l'homme et qu'il sait lire en naissant? »

En somme, le rédacteur des Révolutions de î'aris ne veut pas d'écoles publiques, sauf pour les hautes sciences. « L'éducation nationale, ditil, devrait se borner à des cours de piiysiquc expérimentale, de langues étrangères, de médecine, de tactique et do législation politique. Mais, la logique et l'histoire, la langue du pays et le calcul, la morale et la religion, le commerce et même les arts, poui'raiont très bien s'apprendre t^ans sortir de la maison paternelle. Législateurs, prcncz-y garde; vous avez rccortimandé la consti-

,,tution aux nujiurs donictitiqucs : or, une école j struction publique un comité directeur et centrali-

y p,ubli((uc est le llo.iu dos mœurs domcstuiucs ». satour, et on s'écria (fort inju.stcnieiit) que l'an-

(I N oilà pour les écoles cantonales. Les écoles de cien évr;qno d'Autiin avait voulu livrer au pouvoir

district seront un pou plus utiles, mais ce sera | absolu, à 1.^ Iant:ii.>ic royale, toute la direction de

,Cncorc du luxe. Quant aux écoles dcpartemen 'taK'"*i l'enfant du pauvre aura-t-il les moyens de s'y transporter î — Mais on londcra des bourses. — Oui, répond aigrement le Journaliste : on chaulTera de petits prodiges qui tourneront au fruit secl — A quoi bon une école de médecine? La médecine s'apprend par la pratique. De même pour le droit. Quant à l'Institut national, ce sera le Collège de France renouvelé et embelli : or ((u'on nous cite « une seule découverte grande et utile, sortie de ce gymnase ».

Conclusion : pas ou peu d'éducation publique, nationale : l'éducation paternelle et domestique suffira amplement. Il fallait se borner k faire appel aux pères de famille-

On est confondu de rencontrer, dans la feuille révolutionnaire par excellence, ces assertions paradoxales et vraiment réti-ogrades. N'est-ce pas au contraire le propre de la Révolution d'avoir considéré l'éducation comme une chose avant tout nationale, comme une œuvre d'État, comme l'œuvre suprême, but et moyen de toute la politique démocratique? Le journal môme où s'étalaient ces fantaisies n'est-il pas celui (lui a vanté, qui vantera la conception de l'État enseignant? Même il rêve à l'occasion une éducation toute l)ublique, que dis-je? tliùàtralc. Ces boutades paraissaient dans le n" 114 (du 10 au 17 septembre 17'.)0). Or, le n" 113 contenait cet éloge presque naïf d'un projet de théâtre d'éducation :

« Un bon citoyen, M. P.J. Gérard, vient d'imaginer un théâtre d'éducation îiationale qui embrasse toutes les connaissances. Le mémoire qu'il public à ce sujet mérite considération; et le programme de la représentation d'une des pièces destinées à ce spectacle donne une idée favorable cles moyens d'exécution de l'auteur. Il a pris pour sujet la création ou le système du glol>e. Il introduit les plus célèbres philosophes de l'antiquité s'essayant à faire un monde ou du moins à l'expliquer, et se voyant obligés de céder la palme à Moïse. Ce sujet est édifiant et rempli d'une manière fort orthodoxe. »

Et le collaborateur de Prudhomme proposait de son côté un cours d'éducation civique par le théâtre : « On mettrait en scène chacun des décrets de l'Assemblée nationale et les députes qui en ont été les promoteurs ou les détracteurs. Très peu de personnes ayant pu assister à la délibération, ot ne pouvant bien saisir l'esprit d'une loi constitutionnelle ou autre, qu'après en avoir suivi la disci'.ssion, il serait piquant et utile d'en donner la rei)i-ésentation sur un théâtre d'éducation nationale. » Lui-même indiquait ensuite, avec verve, le canevas d'une comédie aristophanesque et éducalrice sur les débats parlementaires relatifs à l'inviolabilité royale.

Comment se fait-il donc que le même journal, épris à l'excès d'éducation publique, se soit fait, à propos du rapport de Tallcyrand, l'apologiste passionné et exclusif de l'cd'ucatioji au foyer? Comment l'opinion révolutionnaire l'a-t-clle soutenu dans cette étrange campagne?

. '.^ La vérité, c'est que ce fut là une thèse d'occasion et de parti. Le Rapport semblait le testament de cette majorité défaillante et impopulaire qui, après la fuite à Varennes, avait replacé sur le trône le roi parjure, tâché de lui refaire une bonne foi et revisé la constitution dans un sens rétrograde. Ou prit le plan d'éducation nationale pour une arme do guerre contre la Révolution; on le jugea sur les éloges des journaux feuillants et royalistes ; on allecta, dans le monde politiciue, de n'y voir quuA article, celui qui plaçait à la tyte de l'iii-

l'enseignemont national, tout l'avenir de la Révolution et de la Fi-ance.

D'autre part, l'uiuvre de Tallcyrand fut l'objet, en ce qui concerne l'instruction primaire, de critiques tout à fait toclrd(iuos de la part des maîtres de pension de Paris, qui redigèrent et publièrent des Observations dont les exemplaires sont devenus fort rares. Il en existe un à la J3ibliothèque nationale dans le recueil factice intitulé les Stromates de Jamet, tome XXI. Voici le titre complet : Observations sur le rapport que M. de Talleyrand-Périr/ijrd, ancien c'véquc d'Antun, a fuit à l'Assemblée nationale sur l'instruction puolique les 10, 11 et 17 septembre 1791, suivies d'un plan d'instruction primaire nationale, par les maîtres de pension de Paris, l'an de l'ère chrétienne 1791 et de la liberté conquise le troisième. S. 1,, in-& de 74 pages. Signataires : Chemelat, Rouillau, Le Bœuf, Lambert, Devergie, Plongenet, Duverger, Barbe, Morizot, Patris, Lechevalier, V^apereau, Gourdault, Goussu.

Tallcyrand avait fixé à 48 le nombre des maîtresd'écoles primaires à Paris, soit un par section, aux appointements de 1000 livres. Les auteurs des Observations établissent que ce serait donner à chaque maître TiGO élèves au moins, avec un traitement insuffisant pour vivre. Il faudrait dix fois plus de maîtres pour que la loi ne fût pas un vain mot.

Par économie, le rapporteur du Comité de constitution proposait des écoles communes aux deux sexes, mais (jue les filles ne suivraient que da l'âge de (5 à 8 ans. Ses critiques demandent des écoles distinctes, des maîtres pour les garçons et des maîtresses pour les filles; ot, pour cellesci, une plus longue scolarité : « Cette première éducation étant la seule que le plus grand nombre d'entre elles pourra se procurer, il est de la justice et de la géncrositô de la nation, ii est même de l'intérêt de la société de la leur donner bonne^ solide et complète dans son genre. »

Enfin, les maîtres de pension présentaient,, pour l'organisation de l'enseignement primaire à Paris, un contre-projd^'t fort intéressant et dont voici les principales lignes :

1° Les enfants seront admis dans les écoles primaires indistinctement (et gratuitement), riches ou pauvi-es, depuis .l'âge de 6 ans jusqu'à celui de 13. Les connaissances essentielles à tous les hommes seront la base et la matière de l'instruction qui leur sera donnée.

2° Qualités requises des instituteurs : qu'avant tout ils soient mariés ou que, du moins, ils n'aient pas renoncé par état au mariage.

3" Traitement des instituteurs à Paris : 1800 livres (qui valaient 4000 fr. d'aujourd'hui) avec ua logement de ôOO livres ; pas de casuel, comme le voulait Tallcyrand, pas de rétribution volontaire donnée par les élèves.

4° Les 48 sections auront 240 écoles primaires, soit 100 élèves par maître.

5° Il y aura des écoles distinctes pour les deux sexes, et autant d'écoles pour les filles que pour les garçons. Le traitement des maîtresses sera de 500 'livres au moins et de lOJO livres au plus, avec un logement de 300 livres.

0° Il y aura dans les écoles pi-imairos des précepteurs ou sous-maîtres et des submonitriccs. Ceux-là reccvr.mt de cinq à six cents livres, cellesci de quatre <à cinq cents. ,

Les autres aiticles établissaient un émf^ritat, ou retraite pécuniaire proportionnelle au nonbro d'années de service, une pon&ion pour les veuves des maîtres, enfin un tribunal d'cdmation dans chaque

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